CHAPITRE Ill
GUILLAUME MOOR z2r FRANÇOIS SMITH.
Recherche du même passage au nordouest.— Hiver passé près du fort d’ York.
—Rigueur du froid. — Reconnaissance
- de divers points.—Retour en Angleterre.
L’orinron publique, qui était en faveur de l'existence d’un passage an nord-ouest, ne fut aucunement ébranlée par le manque de succès du voyage de Middleton. Les accusations graves dirigées contre lui par Dobbs, et les argumens de ce dernier en faveur du
passage, finirent par l'emporter. La désap- We probation tacite de la conduite de cet officier
par les lords de l’amirauté, et la récompense ni libérale qui, à leur demande ; avait été pro- ii
mise à quiconque découvrirait ce passage, | fig
nord- P Fort.
Issance
leterre.
eur de st, ne que de aCCU- Dobbs, eur du désapofficier 1pense
lé pro-
ssage ,
( 95°) produisirent l’effetqu’on pouvait en âttendre. Le plan d’unenouvelle expédition fut ausstôt concu; et, afin de subvenir aux dépenses, on proposa d'ouvrir une souscription pour lever la somme de 10,000 livres sterling, qui serait divisée en cent actions de 100 liv.
__ sterling chacune. On nomma un comité , et
l'on acheta deux petits bâtimens , le Doëës, de cent quatre-vingts tonneaux, et la Caifornie, de cent quarante. Le commandentent du premier fut donné au capitaine Guillaume Mocr, et celui du second au capitaine François Smith. Henri Ellis fut chargé d’accompagner l'expédition en qualité d’agént du comité. Il a paru deux relations de ce voyage: l’une, par Ellis; est claire, sans prétention, et parfaitement intelligible (1); l’autre, par Drage, écrivain de la Californie, n’est qu’une composition pédantesque remplie de dissertations à perte de vue, et de déclamations
(1) Voyage à la baie d'Hudson, par Henri Ellis, Loudres , 1748, 1 vol. in-8.° avec cartes et figures , traduit en français.—-Paris , 1749, 2 vol. in-12 avec figures. Cette traduction est mauvaisse.
(94 ) sub Ellis (1). L’extrait suivant est üré da journal d’Ellis.
: Les deux bâtimens partirent de Gravesend le 30 mai 1746; ils commencèrent à voir des glaces le 27 juin à l’est du cap Farewell, par 58° 30’ de latitude , et bientôt après des quantités de bois flottans , dont Ellis veut expliquer l’origine par des con-
(1) Relation d’un voyage pour la déconverte d'un passage au nord-ouest, pour pénétrer par le détroit d'Hudson dans l'Océan occidental et méridional, par Pécrivain de la Californie, Londres, 1749, 2 vol. in-8°;iavec cartes et figures. — Drage ; malgré son animosité contre Ellis , est d’accord avec lui sar les faits principaux. Il convient que l’on n’a pas exploré assez soigneusement toutes les ouvertures qui se sont . présentées. Il croit aussi à l'existence du passage, et fonde son opinion sur la relation de l'amiral De Fonte. Du réête, il partage l’idée de Middleton sur l'existence d’une mer glaciale qui, partant de la” baie Repulse ; unit le Welcome à la baie. de Baffin * et au détroit d'Hudson. Sa carte des passages du nord-ouest de la baie d'Hudson.est plus exacte que
celle d'Ellis : il s'étend beaucoup sur les mœurs des sauvages de l'Amérique septentrionale, mais presque toujours il copie littéralement le hvre du Père Laffittau. (T.)
tiré. du
Graveérent à “ap Fabientôt dont es CONn-
rte d'un > détroit idional, +9, 2 vol.
gré son
i sar les
(95) jectures vagues et certainement fausses ; car il suppose que ce bois vient de la côte oecidentale du Groënland ; où il aurait dû savotr qu'il n’y en a d'aucune espèce. Il fait aussi quelques réflexions sur l'origine de ces montagnes de glace qui flottent ‘sur le détroit d'Hudson, et partage l'opinion de Hans Egede, qui est incontestablement la bonne; c'est qu'elles sont originairement formées à terre. | Les ‘Anglais doublèrent l'île de la Résolution et l'tle Sauvage, où ils virent les Esquimaux, dont l'extérieur, l’habillement, les ustensiles et les canots sont décrits avec beaucoup d’exactitude. Ellisremarque qu’on peut toujours s’apercevoir qu'on approche des grandes iles ou plaines de glace, par le changement subit de la température. Le froid succède aussitôt à la chaleur, et Pon : voit généralement des brouillards bas: et épais suspendus dans l'air. Il faitencore observer que la réfraction est si grande , qu’il n’est pas rare de voir la glace se projeter audessus de l’horizon au moins de six degrés, ‘Le à août, ils doublèrent le cap Digges,
(96 ) passèrent devant les iles de Mansell , et, le 13 , eurent connaissance de la côte occidentale du Welcome, par 64° de latitude nord; .
De là ils se dirigèrent vers l’île de Marbre, où ils firent quelques observations sur les marées et sur les courans ; et , voyant que le flux déscendait du nord le long de la côte; ils conçurent de grandes espérances de trouver un passage; mais ; comme la saison était avancée , ils résolurent d’aller relâcher dans le port Nelson , jugeant que c'était l'endroit le plus convenable pour passer l'hiver. Ils firent donc voile vers ce ‘port le 17 août; mais, lé 26, le Dobbs toncha sur des basfonds , près d’un endroit appelé Five-Fa- ‘ thom-Hole , à environ sept milles. du fort d’York. Un poteau avait été érigé pour servir de direction ; mais le gouverneur della baie d'Hudson l'avait fait abattre, quoiqu'il sût très-bien, dit Ellis, qui nous étions. Ce ne fut pas tout; il leur ordonna de n’approcher, sous aucun prétexte que ce fût, de la factorerie, sans produire une autorisation en règle, soit du gouverneur, soit de la.
compagnie de la baie d'Hudson. Cependant
et; le ciden-
nord; .
bre , sur les que le côte, etroun était r dans ndroit er. Ils août; s bas-
u fort servir
. (9) ( le Dobbs parvint à remettre en mer; et, sans s'inquiéter des menaces du gouverneur, les deux bâtimens remontèrent la rivière Hayes , et jetèrent l’ancre dans une crique, à environ deux milles au-dessus du fort d’York. Tout le monde se mit aussitôt @ l’ouvrage; les uns creusaient des trous dans la
.\ terre pour enterrer le vin et la bière; les
autres constrüisaient des cabanes de bis pour se mettre à l'abri du froid, de la neige et de la gelée. — « Le froid est rigoureux, sans doute, dit Ellis, mais il ne paraît pas cependant justifier les récits terribles que. quelques auteurs ont faits de ce pays, » voulant sans doute parler de la relation exagérée du capitaine James.
Le 1.7 novembre , ils étaient tous logés
* aussi commodément qu'il était possible; le
2 , le froïd fut si rigoureux, que l'ancre ge-> lait auprès du feu, ainsi que les bouteilles de bière qu'ils n'avaient point enterrées, et qui bientôt ne continrent plus que des de çons. Le froid augmenta à un tel point, que le capitaine crut de la prudence de faire venir dans les cabanes tous ceux des mate-
(98 ) lots qu’on avait laissés à bord des deux ‘bâtimens,
Il paraît cependant que le froid se fait rarement sentir avec autant de violence pendant plus de quatre à cinq jours par mois, et qua c'est généralement vers le temps de la pleine lune et du changement de lune; le vent vient alors ordinairement du nordouest , et souffle avec impétuosité; mais autrement, quoiqu'il gèle très-fort, Ellis dit que le temps n’est pas très-désagréable. Le vent est variable et modéré, et le temps favorable pour aller à la chasse des animaux ou pour les attraper dans des pièges, surtout les lapins et les perdrix, dont on prepait des quantités considérables, En faisant continuellement de l'exercice lorsque :le le temps le permettait, en entretenant de grands feux, et en bouchant la cheminée . dès que le bois était brûlé , les Anglais souffrirent très-peu des effets du froid.
Ellis remarque qué la différence entre la température de l'air et celle de l'intérieur des cabanes était si grande, que la plupart . d’entre eux s'évanouissaient souvent en y
eux ‘b4-
| se fait ce penr mois, mps de lune ; le | nordnais aulis dit ble. Le temps nimaux S ; SU on pre“ faisant que le ant de eminée s souf-
ntre la térieur lupart | en y
entrant, et resta) jent pendant quelque temps privés de connaissance ; que, si l'on ouvrait seulement se porte ou ane fenêtre, l'air glacial pénétrait aussitôt, et changéait en flocons de heige la vapeur concentrée dans la cabane. La sève des troncs d'arbges qui avaiént servi à la construction de leurs demeures , gelant et dégelant tour à tour, les faisaient craquer avec un bruit presque égal à celui d’un coup de fusil. L'esprit-de-vin ne se changeait pas en glace par l'influence de la gelée, mais devenait de la consistance de l'huile. Les différentes espèces de gibier | qu'ils prirent depuis novembre jusqu’en avril , étant gelées, se gardiient aisément, sans qu'il fût besoin de les saler. Lorsqu'une partie quelconque du corps hunrain était gelée , elle devenait dure et blanche comme k glace ; si l’on frattait cette partie avec la main , elle révenait dans son état naturel, et il ne se formait qu'une ampoule; mais si l'on n’y touchait point , elle se gangrenait.
Le froid extrême paraissait produire à peu près le même effet que l'extrême chaleur; et les souffrances qu’il occasionnait
( 100 ) exigeaient presque le mêmetraitement. Ellis ne peut parler du degré de froid absoiu, parce qu ils n'avaient qu’un seul thermomètre qui avait été brisé avant qu'ils fussent arrivés dans cet endroit. Une note mise à la main sur l’exemplaire du livre d’Ellis, d’où cet extrait est pris, porte que « le plus grand degré de froid observé (par l'écrivain) à Churchill, était 45° au-dessous de zéro du thermomètre de Fahrenheit. »
Les effets du froid sont assez remarquables. — « Si nous touchons dans l'hiver, dit Ellis, du fer ou toute autre surface solide unie, nos doigts y sont'aussitôt attachés par la gelée. Si, en buvant une goutte d’eaude-vie, la langue ou les lèvres touchent le verre , la peau y reste attachée {lorsqu'on le retire. » Nous en eûmes un exemple singulier dans un de nos matelots, qui portait une bouteille d’eau-de-vie de la maison dans sa tente; n’ayant pas de bouchon , il se servit de son doigt pour la boucher ,.et la gelée l'y fixa avec tant de force, qu il fut obligé d'en perdre une partie pour qu'on pât guésir l’autre. Tous les corps solides, tels que
grand ro du
rquaer, dit solide és par l'eauent le on le inguortait
dans
> Ser— a gebligé puéque
se à la , d’où
ain) à
Cro1) | le verre, le fer, la glace, etc., acquièrent un degré de froid si excessif, qu'ils résistent . même pendant long-temps à l’action d’une forte chaleur. |
« Cependant les habitans, dit Ellis, ne :
sont ni à plaindre ni malheureux. » Il va même jusqu’à assurer que. des Européens qui y ont vécu plusieurs années préfèrent cet endroit à tous'les autres, et que, lorsqu'ils le quittent et remontent sur leurs bâtimens pour retourner dans leur natrie, ils se lassent ordinairement, au bout de quelques mois, d’un climat plus tempéré, et attendent avec impatience le retour de la saison qui doit leur fournir l’occasion d'aller rendre une nouvelle visite à ces tégions glaciales. NL
Ce ne fut que le 2 juin que l'hiver finit entièrement et que le temps permit aux Anglais de descendre à l'embouchure de Ja rivière; mais ce ne fut que le 24 qu'ils réussirent à sortir des bas-fonds ; ils se dirigèrent alors au nord pour faire des découvertes. Au nord de Churchill, la mer était libre de glaces. Ellis remarque que,
le long du rivage et au milieu des îles, les aiguilles des boussoles semblaient perdre leur vertu magnétique, l’une se mouvant dans telle directon, et l’autre dans une autre, encore ne demeuraient - elles jamais, long-temps dans la même. Ses conjectures sur ce fait qui a été remarqué parmi les :
îles de la baie d'Hudson et avant et depuis ce lemp;, ne paraissent pas jeler ‘beaucoup de lumière sur ce phénomène, et il est par conséquent inutile de les rapporter.
Ils sedirigèrent vers le nord jusqu’à 65°5?, dans le Welcome, où ils trouvèrent que le flux arrivait du nord. Cette direction dé la marée et la proximité du détroit du Wager, sur lequel, il y avait eu une dispute si violente entre Dobbs et le capitaine Middleton, déterminèrent les capitaines du Dobës et de la Califoraie à y entrer pour l’examiner. L'entrée de ce détroit est formée par le çap Montague au nord, et par le cap Dobës au midi, À environ cinq lieues dans l’intérieur, il se rétrécit, et n'a guère que cinq milles de largeur. Dans cet endroit, le flux se précipite avec tant d'impétuosité qu'Ellis
Duvant pe au
ctures
depuis ucoup st par
65057, que le dé la Vager, si VIiO— iddle- Dobës xamipar le Dobës l’intécinq e flux
Ellis
jamais #
ni les :
le compare à un torrent qui s’échappe d’une écluse; plus loin le détroit s’élargit de nouveau, et forme de bons havres et d’excellens ancrages. À cent cinquante milles de l'entrée, la couleur dé l’eau était très-brillante , et le goût en était très-salé. Dans cet endroit ; un courant rapide traversait le.
détroit; les chaloupes passèrent cependant sans difiieulté, et, plus loin, la profondeur augmentait à un tel point qu’ils ne trouvaient point de fond à 140 brasses. L'eau sur la surface était douce; mais, en enfonçant une bouteille vide à la profondeur de trente brasses, on la retirait remplie d'eau aussi salée que celle del’Atlantique. Bientôt après l'eau diminua tout-à-coup , et l’on découvrit que ce détroit se séparait en deux branches et formait deux rivières qui n'étaient point navigables, l’une prenaitsasource dans un grand lac situé au sud-ouest. |
Trompés dans leur espoir de trouver un passage par le Wager , car ils supposaient que c’était ce détroit, quelquesuns d’entre eux proposèrent d'examiner une autre ouverture au nord qui paraissait être
le détroit glacé du capitaine: Middleton , et qui est connu, aujourd’hui sous le nom de baie Répulse, Ils étaient, d'autant plus ‘encouragés à faire celte tentative , que plüs ils avançaient vers le nord le long de celte côte, plus ils voyaient augmenter l’espoir de trouver un passage communiquant avec.un grand Océan; car les marées étaient toujours plus hautes, et le temips de la haute mer arrivait plus 1ôt que vers le sud. Ellis dit: « La salure et la transparence de l’eau dans le Welcome était telle, qu’on pouvait voir le, fond à la profondeur de douze à quatorze brasses; » et il ajoute, pour nouvelles preuves, « le grand nombre de baleines qu'on voit continuellement sur la côle, et l'expérience réitérée que. nous fimes, que les vents nord-ouest amenaient . les plus-hautes marées. »
Cependant, les commandans et les offciers ne furent pas du même avis, lorsqu'on proposa d'aller reconnaître celte baie. Ees uns prétendaient que c'était s’écarter de leurs instructions; et la plupart désiraient évidemment qu’on .ne poussât pas plus loin
leton , e. nom it plus » que ong. de er l’esiquant étaient | haute d. Ellis e l’eau )ouvait ouze à T-nOU-
( ro )
les recherches, donnant pour prétexte la saison avancée , quoiqu'on ne fût encore qu'au 7 août, et que l'hiver commence rarement avant le commencement ou le milieu d'octobre. Dès ce moment on ne fit plus rien, pas même la moindre teutative ; on tint conseil,etil fut décidé qu'on retournerait directementen Angleterre, ce qui fut mis sur-lechamp à exéculion.-Le 29 août, Îles deux vaisseaux -arrivérent à l'entrée occidentale du détroit d'Hudson. par un temps chaud et très-agréable, qui dura jusqu'au 3 septembre; et, après être restés quelque temps aux Orcades, ils arrivèrent dans la rade d'Yarmouth, le 14 octobre, après une absence d’un an quatre mois dix-sept jours.
« Ainsi finit, dit Ellis, un voyage qui avait excité la plus grande attention non seulement parmi nous, mais dans la plus grande partie de l'Europe, surtout dans les pays maritimes, qui pouvaient le mieux en apprécier la nature et les conséquences, ainsi que les importans résultats que devait avoir une pareille entreprise, si elle était couronnée de succès. Ainsi, dis-je, finit ce
Re
. (106 ) voyage malheureux, mais non pas inutile; car, quoique nous n’ayons pas découvert ‘un passage au nord-ouest, cependant, bien loin d’en présumer l'existence impossible ou même improbable, nous rapportâmes , au contraire des preuves plus claires et plus complètes, fondées uniquement sur: l’évidence, sur des faits certains, et sur des observations exactes, qui démontrent qu’il existe sans doute un passage das cetie direction. »
VORARAURRAAARARIEPÉ