‹ Histoire chronologique des voyages vers le pôle arctique [microforme]Chapitre 12 sur 43 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SAMUEL HEARNE. 21769 à 1772

: Voyage par terre pour chercher une mine - de cuivre au nord de la baie d’ Hudson.

— Hearne , abandonné par son guide, revient. — Second voyage qui n’est pas plus heureux. — Troisième voyage. — Fatigue et dangers de la route. — Barbarie des Indiens qui lui servaient de conducteurs. — Il arrive au bord de la mer du nord. — Doutes sur Pexactitude de la relation.

Lx résultat peu satisfaisant du voyage du Dobbs et de la Californie parut assoupir l’ardeur des découvertes dans le nord, ardeur que la récompense offerte par le parlement, quelque brillante qu’elle fût, ne put réveiller. Pendant près de trente ans, aucune

tentative ne fut faite par mer, de ce côté, ni par le gouvernement , ni par les particuliers. A la fin, cependant , la compagnie de la baie d'Hudson entreprit de faire des découvertes au nord par terre, tant pour chercher la grande rivière sur lquelle était la mine de cuivre dont il est si souvent parlé, que pour avoir des détails et des renseignemens corrects sur la géographie du pays. Samuel Hearne, employé principal à la factorerie sur la rivière. Churchill, fut choisi pour conduire cette expédition! ! un

Il-partit du fort du prince de Galles le 6 novembre 1769, traversa le Seal River et parcourut des terrains nus et stériles; mais comme le froid était déjà très-rigoureux, que toutes ses provisions étaient épuisées, sans qu’il pût s'en procurer d’autres, et que le chef des Indiens qui l’accompagnaient, après lut avoir témoigné le désir de retourner; finit par le quitter, il fut obligé de revenir sur $es pas, sans avoir été au-delà de 64° de latitude. Il rentra à la fuctorerie le 11 décembre.

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Le 25 février 1770, il partit une seconde fois accompagné de cinq Indiens, trois du nord, et deux du midi. Ils continuèrent à avancer lentement vers le nord-ouest, subsistant de ce que le, pays leur fourniséait, yant quelquefois desalimens en abondance, et quelquefois n'ayant rien du tout, « Nous avions quelquefois trop , dit Hearne , rarement assez, souvent trop peu, et fréquemment nous n’avions rien du tout. Il sufiira de dire que nous avons passé plusieurs fois deux jours et deux nuits, et deux fois plus.

de trois jours sans manger, et qu’une fois nous avons.-été près de sept jours sans avoir d'autre nourriture, que quelques fruits sauvages, de l’eau , des morceaux de viéux Cuir . et des os brülés. »

Vers la fin de juillet, son guide lui fit entendre que l’année était trop avancée pour qu'ils pussent songer à aller alors jusqu’à la rivière de la mine de cuivre, et il lui proposa de passer l'hiver chez une tribu d’Indiens, au milieu de laquelle ils étaient alors, entre 63 et 64° de latitude; mais, le 11 août, pendant qu'Hearne était occupé

à faire une observation pour déterminer la latitude, un coup de vent renversa tout-à< coup ses instrumens; et, comme le terrain était pierreux , ils se brisèrent en mille pièces. Ce malheur fut cause qu'il se décida à retourner encore une fois au fort, quoiqu'il fût alors par 63° 10’ de latitude nord, et environ 10° 40”: dè longitude à l’ouest de la rivière Churchill. Après avoir éprouvé beaucoup d'obstacles, et avoir extrêmement souf fert de la rigueur du froid et de la faim, il arriva au fort du prince de Galles, le 25 novembre, après une absence de huit mois et vingt-deux jours.

* Le 7 décembre, Hearne partit pour la troisième fois ; le 1° juillet 1771, il arriva dans un endroit appelé Conghecathähatchaga , qui est remarquable non seulement par la longueur de son nom, mais aussi comme étant le seul point, dansunaussilong voyage, où Hearne ait fait quelque observation pour déterminer la latitude ; encore ne donne:t:il aucuns détails; il dit simplement qu'il fit deux observations qui déterminèrent la latitude de ce lieu à 68° 46 nord, et 24° 2”

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(in) de longitude à l’ouest du fort du prince de Galles, ou 118° 15 de Londres.

Le 13 du même mois, il arriva sur le bord de la rivière de la mine de cuivre; et, le 15, il commença à l'examiner. Les Indiens qui l’accompagnuient sont en guerre continuelle avec les Esquimaux qui demeurent sur les bords de la rivière; ils se préparèrent à les attaquer dans leurs tentes, dont ils approchèrent le 17 vers une heure du matin.

Voyant que tous les Esquimaux étaient tranquillement dans leurs tentes , ils avancèrent doucement;et,;tombant à l’improviste sur ces pauvres malheureux sans défiance, ils commencèrent un horrible massacre, pendant lequel Hearne, frémissant de douleur, setenait à l'écart. Cette petite horde consistaiten vingt personnes environ ; hommes , femmes etenfans, qui furent tous mis à mort de la manière la plus atroce et la plus barbare,

Une autre petire tribu d’Esquimaux échappa à la fureur brutale des Indiens; mais ceux-ei jetèrent toutes leurs tentes dans la rivière, détryuisirent une grande quantité de saumon sec et d’autres provisions, bri-

(119) sèrent tontes les marmites de pierre ; en un mot firent tout ce qu'ils purent pour ne laiss ser aucune ressource à ces malheureux qui de loin regardaient tristement la perte immense , peut-être irréparable, qu'ils avaient faite. LR E:

Après ce nouvel acte de scélératesse, « nous nous assîmes , dit Hearne, et fimes un bon repas de saumon frais. Il ajoute : 11 était alors environ cinq heures du matin , et je voyais alors la mer qui s'étendait du nordouest-quart-ouest au nord-est, à environ huit milles de distance. Je commençai aussiôt l'examen de la rivière , et je la descendis jusqu’à son embouchure. Je lu trouvai si remplie de bancs de sable et de cataractes, qu’elle n'était pas navigable, même pourune chaloüpe; et elle passait sur une barre pour se jeter dans la mer. » La marée avait baissé; mais il jugea, d’après les marques qu’il aperçut sur le bord de la glace, qu'elle s'élevait à douze ou quatorze pieds de mer basse ; l'eau de la rivière était parfaitement douce ; mais il ajoute : « Je suis certain que c'est i2 m4 ou quelque branche de la mer que j'ai vue,

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à cause du graod nombre de fanons, de baleines et de peaux de phoques qne les Es. quimaux avaient daos leurs tentes, et aussi à cause de la quantité de ces derniers animaux que je vis sur la glace. » Il observe .en outré au’: l'embouchure de la rivière , la mer ese seu. ie d’iles.et de bas-fonds, aussi md qi} pt distinguer avec le secoursd’un bon. télescope. Il alla ensuite reconnaître la mine de cuivre située à trente milles dansle sud-sud-est de l’embouchure du fleuve , et poursuivit sa route au sud-sud-ouest. Enfin, le 30 juin 1772 , il rentra au fort, après une absence de dix-huit mois et vingt-trois jours. L'année suivante, la compagnie lui écrivit une lettre de félicitation; qu'elle accompa+ gna d’une gratification. En 1775, il fut nom mé. gouverneur du fort, revint en Anglé-

terre en 1787,et mourut en 1793 (1).

Quelques personnes doutent que Hearne

(1) Sa relation est intitulée : Voyage depuis le fort du prince de Galles dans la baie d’ Hudson jusqu’à l’Océan nord. — Londres, 1795, in-4.°, avee cartes et figures, traduit en français. Paris, an 5, 1 vol. in-4.° ou 2 vol. in-8.°, avec cartes et figures. :

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(aug } soit arrivé jusqu’à la.mer.; parce qu'il rapporte que l’eau, à l'embouchure de la rivière, était parfaitement.douce de marée basse,.ce qui ne peut être; puisque. la marée s'élevait jusqu’à quatorze pieds. On pouvait s’attendre qu'après avoir fait un trajet aussi long et aussi hasardeux, Hearne aurait pris toutes les mesures possibles pour s'assurer, de la manière la plus positive et la plus certaine ;.s'il était réellement parvenu sûr la côte du nord de l'Amérique septentrionale etsur lesbords de la mer Hyperboréenne. Si la marée était basse dansla matinée du 17, elle dut monter vers le milieu du même jour; et comme Hearne ne quittaque dans la matinée du 18,le bord dela rivière, ou la côte de cequ'ilregar dait comme la mer, et que par conséquent il s’y trouva pendant le fluxet le reflux de deux marées distinctes, il est assurément assez difficile d'expliquer pourquoi il jugea simplement , d’après les marques qu'il vit sur la glace, que la marée montait de quatorze pieds ; et il ne l’est pas moins de comprendre comment l’eau, à l'embouchure d’une rivière dans laquelle la marée s'élève à

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Ce qu'il dit par rapport à la latitude de l'embouchure de la rivière de la mine de ‘cuivre n’est pas plus satisfaisant: Il nous apprend qu’il survint un brouillard épais et une petite pluie fine, et que, « voyant que ni la rivière ni la mer ne pouvaient être d'aucune utilité , il n'avait pas cru que ce füt la peine d'attendre le beau temps pour déterminer exactement la latitude par l’observation. » Quel était donc le but. de son voyage? pourrait-on lui demander: Il nous dit, et nous voyons, d'après ses instractions, qu'il fut chargé de l’entreprendre, parce qu'il savait déterminer la latitude ; et cependant , pendant ce long et intéressant voyage de douze à treize cent milles en allant, et autant.en revenant , il ne fait qu’une seule observation pour la détermirier; ce

qui est d'autant plus inexplicable que, d’après une remarque qu'il fait lui-même, il a dû manquer rarement! d'occasions de dé terminer ce point essentiel sans lequel la

véritable, géographie de cette partie du con- 8 *

( 116) tinent doit toujours ‘rester donteuse: Sa remarque est que , « dans ces latitudeséle* vées ,'et dans 'cétte saison , le soleil est toujours à uné bonne hauteur au-dessus de Fhorizon; de sorte que , non seulement il faisait: clair pendant tonte la nuit, mais que le soleil brillait alorscomme:en plein jour.» H'dit ensuite qu’on peut regarder comme exäcte la latitude de l'embouchure de la rivière, quoiqu'il ne- dise pas dans le texte quelle était cette latitude; nous la: retrouvons seulement sur la carte, d’après laquelle elle paraîträit être environ 73° 30’. Or; en évaluant, par comparaison, la distance qu’il parcourut après avoir quitté ConghecathAbatchaga, où il fit son unique observation qui lui donna 68° 46’ , et en calculant par les directions et par les distances la différence de latitude entre cet endroit et l’embouchure de la rivière, cette différence ne paraîtrait pas excéder trois degrés ; de sorte que cette latitude qui, dit Hearne, « peut être regardée comme exacte, » et qui, sur.

la carte, est 75° 30”, doit plutôt être prise à 72° 547. Le docteur Douglas , qui eut entre.

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les mains le journal maouscrit long - temps avant qu'il fût publié, dit que la latitude de l'embouchure de la rivière, est 72°; mais Dalry mple, après avoir soigneusement comparé les distances d'Hearne .et la direction qu'il suivit, avec les. cartes dressées par les babitans du Canada et avec les autres renseignemens qu'il put.se procurer; enfin, après lui, M. Arrowsmith et d’autres géographes se sont accordés à réduire la latitude de Hearne à 69°, qui est à peu près celle de la côte que Mackenzie vit ensuite plus à l’ouest, et qu'il supposa être celle de la mer.

On peut révoquer en doute, sous beaucoup de rapports, l'exactitude de larelation de Hearne. Par exemple, le soleil ne pouvait pas être toujours à une bonne hauteur au-dessus de l’horizon, sous la latitude de 69°, surtout à l’époque où il s'y trouvait; car sa déclinaison, le 18 juillet, étant d’environ vingt degrés nord, le soleil ne pou-

vait être, au milieu de la nuit du 18, que

juste à l'horizon. Mais , dans la partie de son journal où se trouvent les expressions rap-

portées plus haut et citées par le docteur : Douglas, il n'est aucunement question du soleil qui brillait toute la nuit. Quoi qu’il en soit, le voyage de Hearne prouva la possibi- . dité de parvenir à la côte septentrionale de l'Amérique » étikest à regretter que la compagnie de la baie d'Hudson n'ait jamais fait de vouvelles tentatives de ce côté.

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