CHAPITRE VII
RICHARD PICKERSGILL. 1776.
Motifs du voyage.— Anse des Mosquites.
— Glaces du Groënland.—F oy age sans résultat,
Pour red rene succès del "expédition: de Cook, dé: cas où il pénétrerait jusqu’à la baie de Baflin ; le lieutenant Pickersgill reçut l’ordre d'aller dans le détroit de Davis surle Lion, brig de guerre pour protéger les Anglais occupés à la pêche de la baleine, ensuite remontér le détroit jusqu'à la baie de Baffin et en reconnaître les côtes. Il lui était recommandé de la quitter à temps pour assurer son retour en Angleterre avant la fin de l'année, et d'employer
Lane, son second, à examiner le pays,
à dresser des cartes, et à lever des vues des différentes baies, havres, etc. ; enfin IL 10
à faire toutes les observations qui pouvaient être utiles à la géograph.e et à la navigaion (1). Il n’entrait pas dans les instructions de Pickersgill de tenter le passage. Le but du voyage, en l’envoyant dans la baie de Baffin, était uniquement d'obtenir les renseignemens qui pouvaient être utiles aux vaisseaux qu'on se proposait d'envoyer l’année suivante à la recherche‘du capitaine
Cook, vers l’époque où l’on pouvait suppo-
ser qu'il approcherait de la côte orientale de l'Amérique, si son nue était couronnée de succès.
Le 25 mai 1776 Pickersgill partit de Deptford; le 29 juin, il jeta ia sonde sur un banc, à trois cent vingt ou trois cent trente brasses de profondeur, par 57° de latitude - nord , et 24° 24’ de longitude ouest. IL supposa que c’étaient les restes de île Buss, vue par un des vaisseaux de la flotte de Frobisher; le 7 juillet, il eut connaissance du cap Farewell, près duquel il se trouva arrêté le lendemain , au milieu d’une plaine de glace.
(:) Instructions manuscrites , 14 mai 1776.
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On y voyait plusieurs îles de glaces, sur l’une desquelles il y avait de la terre épaisse de plusieurs pieds, et des quartiers de rochers dont chacun paraissait peser plusieurs quintaux. De ses flancs coulaient des ruisseaux d’eau douce. Cette masse se dirigeait au sud : la mer étant parfaitement unie au milieu des glaces, fournit à Pickersgill ’occasion de faire plusieurs observations. La variation de l'aiguille magnétique était de 419 31’ à l’ouest, et l’inclinaison de 79° 30'; la latitude 60° 1’ nord, et la longitude, par observation du soleil et de la lune, 46° 36 ouest; d’après ces observations, et la distance à laquelle il se trouvait du cap Farewell, il: place ce promontoire, par 59° 32’ de htitude nord, et 44° 10’ de longitude à l’ouest de Greenwich.
- Pickersgill, en faisant route au nord, paraît avoir côtoyé le rivage d’aussi près que la glace et les rochersle permettaient. Le 15, il aperçut les étonnantes glaces du Groënland. « C'est, dit-il, une plaine de glace .
solide, d’une hauteur prodigieuse qui traverse le prétendu détroit de Frobisher, et
(148) qui est aussi élevée que les montagnes; elle présente l’aspect le plus pittoresque que l'on:
puisse s’imaginer, quoique le reflet ne'soit
pas aussi brillant que j'aurais été tenté de: le supposer d’après la description qu’on en a faite. » |
Continuant toujours à côtoyer le rivage à quatre lieues de distance, au milieu des rochers, des îles, des bancs de sable et de la glace, Pickersgill mouilla dans un endroit qu'il nomma l’Anse des Mosquites, à cause du grand nombre de ces insectes;
il suppose qu'ils proviennent des étangs
que l’eau de neige forme au milieu des rochers. Cette anse est par 64° 56” 207 nord, et 51° 55’ 30” de longitude ouest ; l’inclinaison de l'aiguille était de 81° 22 30”,
et la variation 5o° 30/ ouest. Pickersgill
communiqua en cet endroit avec les habitans du pays qu'il décrit comme polis, honnêtes, mais défians.
En continuant à faire route au nord, Pickersgill trouva la mer ouverte jusqu’à la hauteur du cap God’s Mercy, de Davis;
il y vit une immense plaine de glace, le long
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de laquelle il navigua pendant plus de cinquante milles. Le 3 août, étant par 65° 37° de latitude, il s'aperçut qu'il n'avait pas suivi, dans la navigation du détroit de Davis la marche qui convenait. Il n'avait jusqu’alors jamais fait plus de douze milles par jour, parce qu'il avait rangé la terre de trop près. Ce jour-là, au contraire, il marcha beaucoup plus vite, parce qu'il voguait au milieu du détroit.
Il fitce jour-là soixante-dix-sept milles, et atteignit 66° 53’ de latitude.—Mais bientôt le grand nombre d’iles de glace qu'il apercevait à mesure qu’il avançait , l'impétuosité du vent, une forte houle qui venait du sud, les nuits qui devenaient obscures de très-bonne heure, la saison qui s’avançait, les maladies qui se déclarèrent parmi l’équipage; enfin, le manque de tout ce qui était
… nécessaire pour hiverner, si l'on était surpris ” par la glace, firent penser à Pickersgill
qu’il était urgent de songer au retour.
Il alla cependant jusqu’à 68° 10’, et alors fit route au sud; mais il continua à naviguer . le long de la côte, au milieu des rochers,
* des îles et des plaines de glaces, de sorte qu’il n’arriva au cap Farewell que le 24 août. Le 4 septembre, il entra dans le havre de Porçupine, sur la côte du Labrador. Il y resla jusqu’au 27, puis revint en Angleterre, On fut très-mécontent de sa conduite , et le commandement du Zion fut donné à un autre officier.