CHAPITRE IX
Le capiTaing (aujourd’hui aminar.) LOWENORN , le zrgurexanr EGÈDE et le ieurenanr ROTHÉ.
1786: et 1787.
Tentatives pour découvrir la côte orientale du Groënland. — Variation de la boussole en Islande. — Phénomène ressemblant à une aurore boréale. — Baie formée par les glaces.—Vue du Groënland oriental. — Impossibilité d’en approcher. — Retour de Lowenorn en Danemarck. — Egède reste en Islande. — Tentatives réitérées et inutiles pour aborder en Groënland.
Le roi de Danemarck, à la recommandation de l’évêque Egède, fils de Hans Egède,' fondateur des missions du Groënland , prépara uneexpédition en 1786 pour chercherla côte orientale du Groënland, Le comman-
(1:56) dement en fut confié au capitaine Lowenèrn.
Egède , qui, dans son enfance, avait accom-
pagné son père au Groënland, était persuadé que la colonie, perdue depuis si long-temps sur la côte orientale de ce pays, existait encore ou avait existé sous le même parallèle que le milieu de la côte occidentale de lIslande; il pensait que la distance qui les séparait, n'était que d'environ cent quatre-vingts milles ; que, du milieu de la mer on voyait en même temps les deux côtes, ou du moins les sommets des montägnes; enfin, que cette côte du Groënland, qu’on suppose être la partie anciennement habitée parles Danois, s’étendait à trois cents milles au sud-ouest, ou au sud-sud-ouest d'Herjolsnes, et se prolongeait dans cette direction jusqu'au cap Farewell. Cette opinion d’'Egède fut ensuite combattue dans un Traité de M. Eggers; celui-ci a cherché à prouver que la parue du Groënland anciennement découverte, e. que plusieurs personnes supposent perdue, est le district appelé aujourd'hui Julianshaab, habité par les Danois, et que cette parlie n’a reçu le nom de Gooën-
land situé gén 1) d’un qu'il avait verse jusq parti part, la fa qui a par le L’é plus f: était L que nord pitain arrive l'été, « glace, librel.
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land: oriental que parce qu’elle se trouve située un peu à l’est de celle qu'on appelle généralement la côte occidentale.
‘Cependant , le gouvernement danois fut d’une opinion différente. La seule question qu’il mit en:doute, fut de savoir si Frobisher avait réellement passé un détroit qui, traversant le Groënland depuis la côte de l’est jusqu’à celle de l’ouest, en coupât unegrande: partie; le capitaine Lôwendrn, avant son depart, écrivit un mémoire pour démontrer la fausseté d’une semblable supposition, ce qui avait é‘e prouvé long-temps auparavant par les anciens navigateurs anglais.
L’évêque Egède pensait que la saison la plus favorable pour entreprendre ce voyage, était le commencement du printemps, avant.
que les masses de glace descendissent du nord et s’attachassent à la côte; mais le capitaine Lôwenôrn opinait pour chercher à arriver à la hauteur de la côte, au milieu de l'été, ou même plus tard, parce qu'alors la glace, descendue plus au sud, aurait laissé libre la côte orientale du Groënland, et préférait la côte occidentale d'Islande pour
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point de départ. Le gouvernement choisit pour cette expédition l’Ærnest Scheinmelmann, de deux cent quarante-six tonneaux, employé ordinairement à la pêche de la baleine. On lui adjoignit un petit bâtiment de soixante tonneaux , sous le commandement du lieutenant Egède, fils de l’évêque. Ces deux bâtimens devaient passer l'hiver en Islande , afin de continuer leurs recherches l'été suivant, dans le cas où ils ne réussiraient pas la première année. Le capitaine Lôwenôrn futen même temps chargé d’examinér avec soin la situation géographique des îles Shetland et dé faire la reconnaissance des côtes de l'Islande, afin de rendre plus complète l’hydrographie de cette île.
Il devait aussi reconnaître la situation d’une petite île volcanique qu’on avait aperçue en 1783, mais qui, suivant le rapport de plusieurs navigateurs, avait disparu l’année suivante. |
Les deux vaisseaux partirent de Copenbague le 2 mai 1786 , et arrivèrent en Islande le 16 du même mois. Ils firent plusieurs observations sur la variation de la boussole,
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(159 ) sur l'exactitude desquelles on ne peut compter, parce que le grand nombre de volcans qui se trouvent dans presque toutes les parties de l’île jet qui contiennent, dit-on, des matières magnétiques, paralyse tellement la vertu de l'aiguille, qu’elle varie de plusieurs degrés dans les distances les plus courtes.
C’est ainsi qu'Olafsen a remarqué que, sur le sommet de Snæfell Jokul ,la boussole se tournait alternativement vers toutes les directions.
Le, capitaine Lôwe:.ôrn ne put obtenir en Islande aucun renseignement exact sur l’ancien Groënland , et ne put s'assurer qu’il füt possible de voir. en même temps les côtes de l'Islande et du Groënland. Le 20 juin, il quitta Scolmensham, et, le 29, il vit pendant le jour un phénomène qu'il prit pour une aurore boréale. L'atmosphère était chargée de vapeurs, et d’une blancheur extraordinaire; le soleil était entouré d’un cercle de lumière pâle; vers le nord-ouest, l'air était plus clair, et de l'horizon s’élançaient des colonnes et des points lumineux qui ressemblaient à l'aurore boréale, étince-
( 160 ÿ lans et changeans de forme de la même
manière que ce météore. Le même phéno+
mêne dis le lendemain : mais plus faiblement. Si c'était l'aurore boréale , c’est probablement la première fois qu’on l'ait observée en plein jour , et lorsque le soleil était au-dessus de l'horizon. bi:
Le 30 juin , les Danois voyaient le Snœfell
Jokul à l’est, à la distance d’environ quatre-
vingt-dix milles; en même temps ils se figurèrent qu'ils apercevaient, à l’ouest, des montagnes blanches couvertes de neige ; et ils firent route de ce côté. Le 1.° juillet, l'atmosphère était chargée de vapeurs; à
midi, ils crurent découvrir une terre mon-
tagneuse; ils étaient alors par 65° 15 de latitude, sur 31° 16 de longitude à à l’ouest de Paris. Le brouillard était épais ; mais de
temps en temps ils ’éclaircissait, etilss’ima-
ginaient ‘apercevoir la terre: enfin, l'air s'étant entièrément éclairci, ils ne virent que des masses de glace et quelquesiles flottantes.
Le » juillet, ils entrèrent dans une baie de glace ; mais, au lieu de terre, ils ne virent qu’une étendue de glace immense et impé-
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nétrable , au milieu de. laquelle s’élevaient d'énormes montagnes de glaces. La vapeur et la brume, produites par cette étendue:
de glace, les eüssent empêchés de voir la côte, quand mêine ils en eussent été près;.
mais si la terre eût été montagneuse, ils eussent dû.en apercevair les cimes, même à une grande distance au-delà de la plaine de glace, d'autant plus que de temps.en temps le brouillard s’éclaircissait.
Cette plaine qui jusqu'alors s'était étendue dans la direction du nord-est au sudouest, tournait dans celte baie à l’ouest et un peu au nord, et permit aux vaisseaux de faire route à l’ouest. Le 2 juillet, à midi, ils étaient au moins à cent soixante milles de Snæfell-Jokul, par 65° 6’ de latitude, et 32° 3/ de longitude à l'ouest de Paris; et, suivant les anciennes caites, ils devaient être. alors tres-près de l’ancien GroënJand. En al. lant à l’ouest, ils remarquèrent constamment au nord un certain reflet, qui indique le voisinage d'une plaine de glace continue, et qu'on voit généralement lorsqu'on en est à la distance de dix ou douze milles, et sou-
Il. 14
vent même de bzaucoup plus loit ; c’est ce que l'on appelle le clignotement de) la glace; ; mais on ne l’observe jamais lorsqu'il 1: a que des glaçons détachés. Les nusges prenaient quelquefois la forme de la terre.
Le 5 juillet, à midi, étant à deux cent soixante-dix milles de Snæfell- Jokul , par 65° 117 de latitude et 35° 8’ de longitude, et entourés par les glaces, ils apercuren:
"our la première fois la terre. La variation de la boussole était, dans cet endroit, de 45° iu’. Geite terre était composée de montagues très-hautes vers le nord; et comme ils les virent deux jours de suite, toujours dans la même forme et dans la même position ; ils furent convaincus que ce n'étaient point des nuages. Ils calculèrent qu’elle devait être à la distance de cinquante milles de l’endroit où ils se trouvaient, ou à envirou deux cent quatre-vingt- dix milles de Saæfell-Jokul. La glace était partout si fortement unie, et d’une si vaste étendue , qu'ils n'avaient pas le moindre espoir de se frayer un passage au travers ; et quand même ils auraient pu y entrer, ils auraient sans doute