‹ Histoire chronologique des voyages vers le pôle arctique [microforme]Chapitre 19 sur 43 · LP · texte numérisé non relu

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( 163 ) vu, pour prix de leur témérité, leurs vaisseaux se briser en mille pièces contre les montagnes de glace. À chaque instant les glaçons entouraient de plus en plus les hâtimens; et, pendant qu'ils étaient dans cette situation, ils découvrirent une énorme pièce de bois qui avait été équarrie ; elle était si grande, qu'ils ne purent la prendre à bord avant de l'avoir sciée en deux. Un grand nombre de mouettes étaient perchées sur cette poutre. On fut très-surpris de voir que c'était du bois d’acajou, dont la pesanteur spécifique est généralement trop considérable pour qu'il puisse flotter sur l'eau; mais . il était tellement rongé par les vers , même jusqu’au cœur, que le capitaine Lôwenôra conjectura que son poids avait pu en être diminué. On ne vit pas de morses ni d’autres animaux marins dans cette partie de l'Océan; il n’y avait que des mouettes en petit nombre. ; Comme la grande masse de la glace dérivait au sud-ouest, on résolut de ne pas pénétrer plus avant à l’ouest; car, en supposant même que l’on découvrirait dans la

glace une ouverture par laquelle on pourrait pénétrer, on parviendrait tout au plus à entrer dans une baie, au-delà de la glace, et on serait obligé d’hiverner dans le Groënland, à quoi l’un n’était nullement préparé. D’ailleurs on espérait trouver moins de glace au nord, et découvrir. une terre près de la baie de glace dans laquelle on était entré le 2 juillet.

.Le 7, par 65° 21/ de latitude et 30° 30/ de longitude, à cent vingt milles de Snæfell Jokul, le capita’:c Z.5vrenôrn crut de nouveau voir une chainc de rochers, mais ce n’était qu’une chaîne de :aontagnes de glace; en même temps il découvrit à l’ouest le même clignotement de la glace qu'il avait aperçu, le 2 juillet, presque à la même place. Le 8, en allant à l’est, il remarqua constamment, au nord, des montagnes de glace, ainsi que le clignotement, et passa entre plusieurs îles flottantes. Craignant que les masses de glace qui continuaient à descendre du nord ne remplissent toute la mer entre le Groënland et l'Islande, au point .

que la navigation n'en fût plus praticable,

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il préféra retourner en Islande, dont il n’était éloigné que d'environ soixante milles, et remit à faire une autre tentative pour découvrir la côte orientale du Groënland, lorsque les vents du nord et les courans auraient fait descendre la glace au sud. En conséquence ilentra, le 12 juin, dans le port de Dyreford. |

: Tous les renseignemens qu'il y recueilli le confirmèrent dans l'opinion qu'il y avait, cette année-là, plus de glace qu’à l'ordinaire, et que si elle se dispersait, ce qui n'était pas probable, ce ne serait que trèstard. Cependant, le capitaine Lowenôrn résolut .de remettre encore une fois en mer pourse convaincre de l'impossibilité de *ouver un passage à travers la glace. Il partit le 23 juillet, et, le 24, par 66° 35’ et ago 10’ de longitude, il rencontra de grandes masses de glace qui, par 65° 10’ de latitude et 29° de longitude, paraissaient tourner au sud-ouest, et former une grande baie; mais, afin de ne pas être enfermé par la glace, il se dirigea au sud, puis stourna au 65° 41” de latitude, à l'endroit où il était le 8. Il

essaya, encore une fois d'avancer à l'ouest, mais il fut arrêté par de grandes masses de glace; et, comme pendant plusieurs jours il ne vit autre chose de tous les côtés, il résolnt de retourner en Islande, où il entra dans le Havnefñord le 31 juillet. On commença alurs à radouber le petii bâtisnent commandé par le lieutenant Egède, qui devait rester pendant l'hiver en Islande, afin de poursuivre le voyage de découvertes le printemps suivant. Le capitaine Lôwenôrn retourna.en Danemarck avec son vaisseau.

Le capitaine Lowenôrn pense que la côte orientale du Groënland estabordable; mais il ne pense pas que ce soit la partie anciens <ment habitée et appelée Groënland oriental, qui est perdue depuis quatre siècles. 11 croit pouvoir expliquer d’une manière satisfaisante, par la couformation du globe, les masses immenses de glace qui descendent tous lesans le long de cette côte. « En supposant, dit-il, que la surface du globe ne fût que de l’eau, le courant de la mer devrait, par suite du mouvement-di la terre, sur son axe, de l’ouest à l’est, se faire constamment de l’est

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à l’ouest, et, en raison de la force centrifuge, les eaux devraient en même temps couler vers l'équateur ; mais les différens groupes de continens et d'îles ont modifié ces mouvemens. Les masses de glace autour du pôle àrctique, dans la mer, au nord de l'Asie et autour du Spitzberg , doivent donc, par l'effet du mouvement de rotation du globe, se. diriger de l’est à l’ouest et vers l’équateur, et passer , en conséquence, le long de de la côte orientale du Groënland-

Telle est la théorie de l'amiral Lôwenorn, et telle était, bien des années avant son voyage , celle de Fabricitis. Quelquelois, ous dit-il, ces masses de glace se brisent au printemps, à cause des orages , des vents, etc., et flottent au sud, quelques mois plus Lôt qu'à l'ordinaire, laissant la côte septentrionale de l'Islande entièrement libre ; mais, d'autres fois aussi; la glace reste immobile et rend cette côte inaccessible. 11 pense donc que, pour pénétrer jusqu’à la

. côte orientale du Groënland, il faut choisir

une année où la glace descende au sud au commencement de la saison, ce qu’on ne

peut apprendre que dans l'Islande. Le na- “vigateur doit approcher de la côte vers le 66° parallèle, et, en suivant le cours de la glace flottante, remonter jusqu'au cap Farewell. Dans les années 1951, 1752 et 1753, on essaya, en partant du Groënland, de suivre, dans de grandes chaloupes, la côte orientale, au nord du Statenhoek ou cap, Farewell ; mais différens obstacles empêchèrent d'aller: au-delà de soixante milles (1).

Le lieutenant Egède, avec son petit bâtiment, partit du port d'Havnefiord en Islande le 8 août 1786, rencontra pendant plusieurs jours des masses énormes de . glaces flottantes, et, le 16 août, découvrit la terre à la distance de soixante à soixante- . dix milles, par 65° 24/ 177 de latitude et . 830 10’.de longitude’ il en approcha à trente milles. Il remarqua que le courant portait au sud-ouest, et ne put trouver. fond à ‘cent brasses. Il y avait à l'horizon une clarté

- : (1) Extrait du journal manuscfit de l'amiral Lôweuorn,

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produite certainement par des masses de glace. La plaine de glace qui le séparait de la terre était fort large, mais il ne pat tronver aucune ouverture pour y entrer. Il sonda sans trouver fond. Il aperçunt un petit espace d’eau libre entre la glace et la terre. Celle-ci était très-élevée et surmontée d'éminences pointues et rocailleuses, qui paraissaient plus hautes que les montagnes de la Norvège , et étaient couvertes de neige; mais avec le télescope, il en découvrit plus bas quelques-unes sur lesquelles il n'y en avait point.

Le 20, il découvrit de nouveau la terre, à la distance d'environ trente-six milles, par 64° 58’ 53” de latitude et 34° 34’ de longitude; mais toute la côte était bordée par des masses de glace à travers lesquelles il était impossible de passer. Il aperçut une grande baie ou rivière dont l'ouverture était au nord, et qui s’enfoncait dans les terres en suivant cette direction. Il ne put approcher de la terre que de dix milles. La baie qui pouvait avoir quatre à cinq milles de largeur , était remplie d’iles de glace. La .

terre était très-haute, et les rochers pointus *

- qui s’élevaient sur ses bords étaient couver's de neige, Avec le télescope il apercut des fentes dans les rochers, et crut même voir de la mousse dans plusieurs endroits.

La côte s’étendait du nord-nord-est au sudsud-ouest ; mais. Egède conjecture qu’à quinze ou seize milles plus au sud, il eût pu voir Herjolsnes, dont la baie descend jusqu’à Statenhoek. Il y avait sur les îles de glace des morses, des mouettes et différentes espèces d'oiseaux de mer.

Egède côtoya la terre dans la direction du sud; et, quoique le temps füt très-clair, il ne-vit ni habitans , ni maisons, ni animaux. Il était cependant assez près de terre pour les découvrir s’il y en eût eu.-Le 21 , il continua à voir la côte; mais la glace l'en éloigna.

Alors, pour n'être pas enfermé, il crut de la prudence de prendre le large. Le lendemain, il essuya une tempête affreuse , qui endommagea considérablement le vaisseau.

Le 22 septembre, il regagna le port d’Havnefiord ‘en Islande , après qué le bâtiment eut été le jouet des vagues pendant plusieurs semaines.

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intus Le lieutenant Egède résolut de passer cou- | l'hiver dans cette île , 2fin de remettre à la ercut voile le printemps suivant. En conséquence même il partit le 6 mars 1787; mais il ne réncontra lroits. que des masses immenses de glaceflottantes 1 sud- dans toutes les directions: Son bâtiment fit qu'à eau:il fut obligé de gagner un port d'Isil eût lande , où il arriva le 23 avril. Il y apprit

escend que les deux années précédentes la glace y

îles de avait été en bien plus grande quantité qu'à rentes | l'ordinaire. Il partit pour la troisième (ois, le 8 mai, avec deux petits bâtimens , dont l’an

tion du était commandé par le lieutenant Rothé. Le .

clair, il 17 mai, il aperçut la terre sur la côte orienaux. Il tale du Groënland, étant alors par 65° 15” our les 58” de latitude et 34° 47’ de longitude. bntinua D Les bâtimens furent aussitôt entourés par loigna. des îles de glaces, et l’ôn remarqua que ce rut de jour-là et le lendemain le courant se portait lende- du sud au nord, ce qui était d’autant plus e, qui extraordinaire qu’on avait toujours observé isseau. qu'il coulait invariablement dans la direction d'Hav- contraire. Ils étaient alors dans une grande itiment baie formée par la glace, qui s’étendait à la

usieurs distance d'au moins trente milles du rivage,

(172) sans offrir la moindre ouverture. Egède dit qu'il n'avait jamais vu tant de glace. Ilentra dans cette baie , qui avait au moins quarante milles de profondeur.

Le 18, il approcha de la glace aussi près qu'il put, afin d’être à même de distinguer plus aisément la côte. Il.était alors à environ trente milles de la terre la plas proche, et à quarante milies de la partie la plus séptentrionale de la côte, qui s’étendait du nordnord-est au sud-sud-ouest : la latitude était 65° 54/ 18”, la longitude 36° 51’. Ilne vit que des rochers très-hauts , se terminant en pointe , et presque entièrement couverts de neige et de glace : il remarqua que si cette partie de la côte est habitée, les habitans doivent tirer leurs moyens de subsistance de l’intérieur du pays, en chassant et en péchant dans les rivières ; car il pense qu'ils ne pourraient subsister sur la côie, à cause des montagnes de glace qui l’entourent par terre et par mer.

Lorsque le courant reprit sa direction ordinaire , la glace commença de nouveau à descendre du nord, ee qui obligea Egède

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(175) de quitter la baie : il n’en sortit pas sans peine, et fit route pour l'Islande, où il arriva le 28 mai.

Le 8; juin, Egède mit encore une fois à la voile ; mais, ne rencontrant que des montagnes de glace à travers lesquelles il était impossible de trouver la moindre ouverture, il retourna en Islande , après une tentative infructueuse continuée pendant trois semaines. Le 14 juillet et le 25 août, il fit de nouveaux efforts pour se frayer un passage à travers la glace jusqu’à la côte de Groënland; mais toujours arrêté par des barrières de glaces impénétrables qui l'empéchaient même de voir la terre, il fut à la fin abligé de renoncer tou:-à-fait à cette entreprise, et de retourner en Danemarck. Les deux petits bâtimens avaient tellement souffert par les glaces et les tempêtes, qu’à tout moment ils étaient en danger de couler à fond (1).

(1) Extrait du journal manuscrit de l’amiral Lô- Wenorn.

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