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Vers la fin du mois de mai 1620, ceux qui avaient survécu eurent le désespoir d'apprendre qu’il ne leur restait plus aucune espèce de provisions, et la famine joignit alors ses ravages à ceux de la maladie, Les forces leur manquaient absolument pour poursuivre les animaux qui les entouraient. Munk luimême, réduit à la dernière extrémité, resta seul dans une petite cabane, livré à un si profoud désespoir, qu’il n'attendait plus qié la mort. À la fin, cependant, pressé par la faim, il eut le courage de se traîner hors de sa cabane pour voir ce qu’étaient devenus ses malheureux compagnons; il n’en trouva que deux ayant encore un souffle de vie ; tous les autres avaient péri. Ces trois hommes s exhortèrent l’un l'autre à faire une dernière tentative pour se procurer quelque nourriture.Ïls arrachèrent avecleurs onglesla neige endurcie sur la terre, et trouvérent des gacines qu'ils dévorèrent avidement. Hs
(6) deviprent graduellement en état de prendre des’oiseaux, et des poissons à mesure que la glate se détachait du rivage. Ils pensèrent alors à retourner chez eux; ét, à cet effet, ils équipèrent le petit navire avec les agrès du grand, repassèrent le détroit d'Hudson, et, après une traversée difficile, dans laquelle le bâtiment fut presque abandonné à Juimême, ils arrivèrent dans un port de Norvège le 25 septembre.
Ils furent reçus en Danemarck comme des hommes’ sortis du tombeau ; et le récit de leurs aventures et de leurs souffrances inté- -ressa vivement en leur faveur. Tel paraît avoir été en effet l'intérêt excité par ces nouvelles découvertes que Munk, malgré sès souffrances, proposa de faire une nouvelle tentative pour découvrir un passage au nordouest. Une souscription fut ouverte pour en défrayer les dépenses, et tout fut préparé pour son départ. Quand il prit congé de la cour, la conversation tourna sur l'issue déplorable de sa premiereentreprise; etle roi, en lui recommandant d’être plus prudent que dans son premier voyage, semblaattri-
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(7) buer à quelque faute de ça part la mort des malheureux dont i! avait été si près de par-. tager le sort, Ce reproche fit une vive imr pression sur Muuk, qui répondit d’une ma-
nière moins respectueuse que celle à laquelle
l'oreille royale était accoutumée ; alors le roi, oubliant sa dignité pour n'écouter que sa fureur, le frappa de sa canne. Rien ne pouvait effacer un pareil outrage, et le mal-
. heureux navigateur mourut, dit-on, de dé-
sespoir quelques jours après.
Il y a une espèce de triste romanesque jetée sur une grande partie de la relation du voyage de Munk; les souffrances incroyables de l'équipage ; la conservation miraculeuse de trois personnes qui échappent des portes de la mort en mangeant des herbes et des racines ; la manière dont ils se procurent des provisions suflisantes pour entreprendre un voyage si long, et dont ils parviennent à ramener Fun des vaisseaux en
Janemarck; toutes ces circonstances ne sont pas physiquement impossibles , quoiqu’elles ne soient pas très-probables ; enfin, ce qui concerne la conduite du roi, est vraisembla-
(8) "5 blement une de ces histoires qui, sur une simple assertion, sont répétées de bouche en bouche et d’écrits en écrits, sans avoir aucun fondement réel de vérité. Forster assure, mais sans citer son autorité, que le même Munk fut, après son retour, employé parle roi en 1624, 1625 et 1626, dansla mer du nord et sur l’Elbe, et qu’il mourut le 3 juin 1628, dans le cours d'une expédition navale,
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