CHAPITRE II
JEAN NOSS, DAVID BUCHAN, GUILLAUME ÉDOUARD PARRY et JEAN FRANKLN.
Motifs qui déterminent le gouvernement anglais d envoyer deux expéditions aw nord, Vune par la baie da Bafin;
: Pautre droit au pôle. — Résultat de ces deux voyages.
De toutes les expéditions parties des ports de l'Europe pour découvrir dans le nord une communication entre la mer Pacifique
(1) Ce chapitre n’offre qu’un abrégé de l'original , mais en même temps il contient des additions nécessaires. M. Barrow , qui etait le grand promoteur de la doublt expédition au nord, s’éténdait avec complaisance sur les moiudres détails relatifs à larmement. Ces détails, sans doute très - satisfaisans
SDS IE Sens
et l'Océan Atlantique, aucune ne fut pré-
parée avec tant de soin, ni si complétement équipée sous tous les rapports, que les deux
. qui partirent d'Angleterre en 1818. Les ten-
tatives nombreuses faites parles Anglais, depuis l’époque la plus reculée où leur navigation commença à prendre l'essor, jusqu’à la
fin du dix-huitième siècle, démontrent que
pour lui, n’auraient probablement causé que del'ennui au lecteur; tar il faut convenir que lon met peu d'intérêt à savoir par qui tel ou tel instrument ‘émbarqué sur un vaisseau .a été fourni ou même inventé. L'auteur finissait par laisser Ia double expédition au moment du départ, comptant bien
qu’il n’en aurait des nouvelles que de la Chine ou
du Mexique: dis aliter visum. Malgré les raisonnemens et les faits insérés dans le Quateriy Review,
| pôur prouver que jamais l’époque n'avait été plus
favorable pour assürer le succès de l'expédition et pour pronostiquer une pleine réussite, tout.s’est passé comme dans les voyages précédens entrepris dans les mêmes parages. L'éditeur a donc recueilli dans les journaux anglais toutce qu'ilsavaient raconté sur la troisième expédition, jusqu'au moment où elle est revenue eu port. Au moins l'ouvrage offre un dénouement (T.)
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( 209 ) la découverte d’un passage au nord-ouest.
pour aller en Chine et dans l'Inde, a tous Jours été régardé comme un objet particulièrement intéressant pour la Grande-Bre- ‘ tagne. Ce sujet a attiré l'attention et obtenu les encouragemens des premiers littéräteurs du siècle et des négocians les plus recommandables. Les sonverains ont accordé leur protection à ceux qui s'occupäient de cé projet, et divers.parlemens ont assuré des récompenses pour sa réussite, Jamais ce su-
. jet n’a manqué d’exciter le plus vif intérêt
parmi toutes les classes de la société. Les principales nations maritimes de l’Europe ont tenté la même entreprise à différentes époques; la Russie même, comme nous avons vu, ét, qui plus est, un particulier russe, a depuis peu équipé ün navire à ses frais pour découvrir une communication entre les deux Océans en traversant le nord
dé l'Amérique.
Il y eût donc eu plus que de l'indifférence si, SOUS un règne éminemment distingué par l'esprit qui a dirigé les voyages de découvertes, l'Angleterre fût rétée spec-
atrice oisive, et eût souffert qu'une autre
nation effectuât la seule découverte intéressante qui reste encore à faire en géographie, découverte dont ses anciens navigateurs ont ouvert le chémin.
D'ailleurs, ‘une circonstance particulière engagea -le gouvernement anglais à préparer; en 1818, une: expédition pour tenier cette découverte. Depuis trois ans , on avait vu flotter dans l’Atlantique des quantités extraordinaires de glace venant du pôle. En 1817, la côte orientale du Groënland, qu’on suppose avoir été fermée par les glaces de-
puis quatre siècles, se trouva. accessible
depuis le 70. degré de latitude jusqu’au 80., et la mer qui la sépare du Spitzberg fut entièrement ouverte sous ce dernier parallèle (1). Cette disparition des glaces boréales sur une étendue si considérable des mers du Groënland , fut regardée comme très-propre à favoriser yne nonvèlle tentative; elle parut offrir une espérance de
ot Un bâtiment de Hambourg payigua sous cette latitude.
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(au) succès, surtout pour essayer d'approcher du pôle arctique; ce qui, malgré le défaut de réussite du capitaine Phipps (depuis lord Mulgrave), n’étaitnullement regardé comme une entreprise impossible. L'opinion des hommes instruits et l’expérience des iarins quis ‘occupent de la péche de la baleine, s'étaient prononcées depuis long-temps en faveur de l'existence d’une mer polaire ouverte , et de la possibilité d’atteindre à cette extrémite septentrionale du globe. ,
On résolut en conséquence de préparer déux'expéditions distinctes; l’une pour monter par le milieu du détroit de Davis jusqu’à unehautelatitude,et alorsle traverser en tournant à gauche, dans l'espérance de pouvoir doubler l'extrémité septentrionale de l’Amérique et d’arriver par cette route au détroit de
” Bebring; l’autre pourifaire route directement
vers le nord , entre le Groënland etle Spitzberg, et, si elle trouvait une mer polaire ouverte, sans aucune terre, et, comme on
pouvait l’espérer en ce cas, sans aucune glace, de gagner directement le détroit de
( 222 ) Bebring , traversée qui seroit plus courte que la ‘première de près d’un tiers.
. Les bâtimens armés pour chercher le passage au nord-ouest furent l’Zsabelle, de trois
.. cent quatre-vingt - deux tonneaux, com-
mandé par le capitaine Jean Ross, et l4lexandre, de deux cent cinquante-deux, par le lieutenant Guillaume-Edouard Parry on destioa, pour le voyage direct au pôle, la Dorothée,detrois cent soixante-dixtonneaux, sous les ordres du capitaine David Buchan, etle Trent, de deux cent cinquante, sous ceux du lieutenant Jean Franklin. On attacha en outre à chaque bâtiment un renfort d’officiers habiles ; des astronomes, des dessinateurs, des capitaines marchands et des mattres versés dans la connaissance des mers du Groënland, par leur expérience acquise dans la pêche de la baleine; ils devaient servir de pilote. On voulut que ces deux expéditions fussent munies des instrumens
les plus parfaits pour faire des observations
Là É:
et des expériences propres à accroître le domaine des sciences physiques et mathématiques.
ations ître le n athé-
Le nombre d'hommes sur chaque bâtiment, y compris les officiers, les matelots et lessoldats de marine; était de cinquantesix sur les grands , et de quarante sur les deux autres. Ils furent tous approvisionnés pour deux ans. Les membrures des quatre bâtimens furent renforcées; leur doublage, de six pouces d'épaisseur, fut recouvert d’une .double feuille de cuivre ; chaque ob-
jet d'équipement eut six rechanges. Enfin,
chaque expédition emportait une maison en bois dont les pièces toutes préparées pouvaient s’assembler:en peu d'heures. On avait pris cette précaution pour le eas'où les équipages passeraient l'hiver dans une des contrées boréales qu'ils allaient reconnaître.
Tous les officiers , jusqu’au dernier, s’embarquèrent, parfaitement satisfaits , et dans la pleine confiance de réussir dans le grand objet de leur voyage, ou du moins avec la ferme détermination d'en constater l’impossibilité.
Les quatre bâtimens partirent ensemble en avril, et arrivèrent aux îles Shetland,
( 214) l'Zsabelle le 50, la Dorothée le 1" mai. Les officiers descendirent à terre ; les. matelots furent consignés à bord de leurs bâtimens respectifs, parce qu’on craignait qu'ils ne désertassent. On avait annoncé pourtant qu'on n'avait composé les équipages que de gens qui s'étaient offerts volontairement pour ce service, ou du moins qui l'avaient accepté librement, et que leur paie avait été doublée. |
Ce fut aux îles Shetland que s’effectua la séparation des navires destinés aux deux expéditions. Le 3 mai, l’Zsabelle partit, accampagné de l’#/exandre, pour la baie de Bafio. Les deux bâtimens arrivèrent, le 22, à la bauteur du cap Farewell; la température de l’air et de l’eau était presque lamême qu'aux îles Shetland , et le thermomètre de F'ahrenheit marquait de 41 à 42 degrés (4° à 4° 44). Le 28, ils rencontrèrent la première montagne de glace; il tomba beaucoup de neige et de verglas, et la mer se couvrit d’un grand nombre de glaçons dé-
tachés. Le 2 juin, par 95° 42’ de latitude,
ils trouvèrent à l’ouest une vaste plaine de
( 215 } glace qu’ils supposèrent s'étendre jusqu'aux côtes de l'Amérique, et virentle Groënland le 4; mais ils n’en approchèrent pas. Le 8, n’en étant qu’à quelques lieues , par 68° 20” de latitude, et 55° 5o/ de longitude ( méridien de Greenwich }, ils se trouvèrent tellement resserrés entre les glaces, qu'ils étaient obligés de changer de route à chaque instant pour découvrir un passage. Le 9, ils mouillèrent à un mille de la côte, par trente-huit brasses de fond , en s’amarrant à une montagne de glace. Le 10, ïl fallut s'éloigner, parce que le vent poussait sur eux d’énormesglaçons, et chercher à sortir d’une mer si encombrée de glaces.
Le 14, ils touchèrent à l’île de la Baleine ( Whale-Island ), où se trouve uncomptoir danois. Le résident vint à bord de l’Zsabelle; il raconta que l’hiver précédent avait été très-rigoureux. Le 16, les Anglais étaient par 70° 39’, ayant toujours en vue des glaces sans fin du côté du nord. Els-s’amarrèrent à une montagne de glace à un mille de Vextrémité nord-ouest de l'ile de Waigatz, au nord de Disco. Beaucoup de bâtimens,
(216 ) destinés à la pêche de la baleine ; y attendaient que les glaces leur permissent de s’avañcer au nord, la pêche dans les latitudes plus méridionales n'ayant'pas réussi cette année. L'ile de Waigatz a huit à neuf milles de longueur; elle est inhabitée. Les rochers y sont de basalte, et quelques-uns ont de douze à quinze cents pieds de hauteur. On trouve de la houille à très-peu de profondeur sur la partie nord-ouest de cette île.
+ Le 20, la glace parut s'ouvrir un peu au nord, mais le vent était faible et variable , on éprouvait des calmes fréquens ; et, le 26, les bâtimens n'étaient encore qu’à vingt milles de Waigatz. Etant alors dans des eaux plus libres , ils avancèrent jusqu’à 70° . a” + de latitude, le long d’une plaine de glace, au nord de Jacob’s Bight, et par - 54° 17’ de longitude occidentale, d’après les observations lunaires qui étaient d’accord avec les chronomètres.
Le 27, ils eurent l'espoir de trouver une ouverture dans les glaces, et croisèrent jus-
qu'au 2 juillet dans un espace assez res-
serré. Enfin, un vent favorable leur ouvrit
len- | s’ades ette illes bers t de On )fonle.
eu au able ’ e 26, vingt des à 70° ne de t par après d’ac-
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(17) un passage, et, le 7 juillet, ils arrivèrent à 74, où ils se trouvèrent de nouveau entourés de montagnes de glaces et de glaçons plats, d’une plus grande bauteur et d’une étendue plus considérable qu'ils n'en avaient encore vu :.ils étaient alors dans le même lieu où Baflin avait jeté l'ancre deux siècles auparavant. Ils reconnurent les Three Islands, qu'il décrit ; mais il les place à 74° 4!-, et ils les trouvèrent à 74° 1/3.
Le 8, ils étaient, à la hauteur de l'endroit nommé Devil’s - Thumb, retenus par les glaces qui les empêchaient d'avancer plus Join. La mer était littéralement couverte de montagnes. de glace, et le grand objet de discussion parmi les offieiers était de savoir où elles se formaient. Une chose qui leur parut certaine, c’est qu’elles se forment sur terre ou près du rivage ; car on voyait, sur quelques-unes, des quartiers de rochers d’une grosseur considérable ; d’autres étaient couvertes de sable et de terre, d'autres composées de lits successifs et ré-guliers de glace, de sable et de'pierres. Les glaces suivent ordinairement le cours du
(m8) du vent; il faut pourtant qu'il existe uw courant qui les porte au sud, puisqu'il est certain qu’elles ne se forment pas dans les latitudes où on les rencontre; cependant on n'en put reconnaître aucun en cet endroit.
La marée venait du sud, le temps était assez beau. Le thermomètre, au soleil, montait à 76 (19°.54), et ne descendait guère, à Fombre, au-dessous de 53 (0.44). Il ne pleuvait pas ; quelquefois il neigeait; souvent d'épais brouillards remplissaient l’atmosphère ; le soleil brillait parfois pendant Ja journée toute entière. :
De petits ruisseaux coulaient du haut des montagnes de glace, mais sans diminuer sensibleaent leur masse. Les glaçons détachés , au contraire, devenaiént de jour en jour moins nombreux et moins considérables. Enfin, le 21 ,les bâtimens trouvèrent une ouverture et avancèrent le long de la côte jusqu'à 75°. La terre n'offrait qu'une masse de neige continue , à travers laquelle on voyait seulement percer çà et là quelques rochers de couleur noire ; une nappe dé glace s’étendait depuis le continent jus--
(219) | qu’à troiset quatre lieues en mer, de sorte qu'on ne pouvait en approcher.
Les bâtimens furgnt encore arrêtés le 22 par les glaces , et y restèrent trois jours. Le 25 au matin, ils avancèrent jusqu'à 75° 21’.
Ils voyaient devant eux une mer plus libre , ils espéraient y naviguer bientôt plus tranquillement; mais tout-à-coup les glaces se resserrèrent autour d’eux, et les emprisonnèrent de nouveau. Le 28, ils parvinrent à 95° 50", et ils étaient alors au nord, de tous les bâtimens, occupés de la pêche de la baleine dans la baie de Bafñfin.
Le 1.” août, ils n'étaient encore que par 75° 48! de latitude et 61° 30’ de longitude; le vent chassait la glace au nordest, et ils avaient l'espoir de s'élever jusqu’à une latitude plus septentrionale , les Esquimaux leur ayant assuré que, l’année précédente, toute celle partie du détroit était libre de glaces. |
Le 9 août, ils étaient, près du cap Dudley Digges, amarrés à une montagne de glace depuis deux jours; ils venaient de pousser au large , lorsqu'ils virent des
( 220 ) hommes venir de l’intérieur vers le bord de la mer, dans des tratneaux attelés de chiens. Aussitôt on viga de bord, et l’on mit un canot à la mer; mais à peine les Anglais eurent-ils abordé, que les Esquimaux s'enfuirent. Comme on désirait beaucoup communiquer avec ce peuple, l’Esquimau que les Anglais avaient avec eux courut après les fuyards , et les atteignit aprèsavoir fait trois milles sur la glace. Il dit qu'il pouvait lier conversation avec eux, puisque de part et d’autre” on se comprenait. Ils lui demandèrent d'abord si tous ces gens qu’ils voyaient venaient du soleil ou de la lune :
l'Esquimau leur répondit que c'était d’un grand pays situé bien loin dans le sud. Ils répliquèrent que cela. ne se pouvait pas, parce qu'il n’y avait au sud que des glaces inhabitables.L’Esquimau eut bien dé la peine à les convaincre de leur erreur et à leur persuadér que les Anglais n’étaient pas des hommes descendus de quelque planète. D’a- … bord leur surprise fut extrême à chaque objet qui frappa leurs yeux. Il fallut beaucoùp de temps pour leur faire perdre l'idée
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( 291 ) que les vaisseaux étaient des animaux doués de la faculté de parler. Quand on leur dit qu'ils étaient de la nature des maisons , ils répliquèrent que cela ne se pouvait pas, puisqu'ils’ allaient et venaient, tandis que les maisons étaient immobiles. Ils maniaient sans cesse les vêlemens de l'équipage, et ne pouvaient concevoir de quelles peaux ils étaient faits. Les leurs consistaient uniquement en dépouilles d'animaux. Ils ne connaissaient pas l'usage du pain ni du grain.
On les engagea à mettre un morceau de pain dans leur bouche; ils le mâchèrent quelque temps, et le rejetèrent comme insipide. Il paraît qu'ils se nourrissent princi- ‘ palement de phoqués, de poissons et de francolins. Ils n'avaient jamais vu de bois de charpente, et n’en concevaient pas la propriété. En ayant aperçu un gros morceau, un d'eux essaya de le prendre comme un corps léger. Un autre descendit dans la cabane ; on le mit devant un miroir , il recula de surprise; ce ne fut qu'après des assurances et des expériences répélées qu'on lui fit concevoir qu'il n’y avait personne
Le
( 222 ) derrière le miroir. Il a paru qu’ils n'avaient aucune idée d’un dieu ou d’un état futur; il semble aussi qu'ils n’ont pas d'ennemis et qu'ils se regardent comme les seuls habitans de la terre.
Ces hommes, comme tous ceux chez lesquels les navigateurs européens ont abordé pour la première fois, prenaient sans scrupule tous les objets qui étaient à leur portée, ais ils le faisaient maladroitement ; ils cachaient mal ce qu'ils avaient dérobé, et ne cherchaient pas à en défendre la possession.
Il paraît que l’Esquimau embarqué sur l’Zsabelle a fait des dessins du costume de ces sauvages. Il est assez plaisant de voir un Esquimau servir de dessinateur sur un bàtiment anglais.
On fut très-surpris ‘de trouver entre les mains de ces Esquimaux des instrumens de fer , et l'on était porté à en conclure qu’ils avaient eu, nimporte à quelle époque, des communications avec quelque nation européenne. Mais on apprit bientôt que le fer était une production indigène de ce pays, car on.en découvrit une masse énorme à la sur-
aient ur; il ns et bitans
27 lesbordé y sCrUortée, ils ca-
ays, Car la sur-
face de la terre. On en rapporta un fragment en Angleterre, et l'analyse qui en a été faite a prouvé, dit-on, qu'il s’y trouve trois centièmes de nikel, circonstance d’autant plus étonnante, que le nikel ne s’est jamais trouvé joint avec le fer que dans un fragment apporté de Russie par le professeur Pallas , et que les Académies royales de Londres et de Paris déclarèrent météorique ou tombé des nues. Il est donc probable que celui qui a été trouvé à la baie de Bafin a la même origine. |
Le capitaine Ross a rapporté un traîneau de ces Esquimaux, construit entièrement avec des os, quatre chiens et deux chiennes qui, par la-tête et la queue, ont quelque ressemblance avec le renard , et un fouet qui sert à les conduire, avéc d’autres objets d'histoire naturelle , qui sont déjà déposés dans le muséum britannique. Les chiens sont de diverses couleurs, très- dodes et couverts de forts longs poils. On en
a tué un pour l’empailler.
La mer s'étant ouverte, on profita du vent qui se mit à souffler , et l'on fit route
au nord. L'on n’était pas encore avancé beaucoup, lorsque l'aspect de la neige couverte de larges taches d’un rouge foncé , sur les flancs des montagnes, attira l’ättention des Anglais; ils virent avec surprise qu’elle conservait la même apparence sur une étendue de près de douze milles. Ayant débarqué près d’une de ces taches, ils ramassèrent une certaine quantité de cette neige pour la rapporter en Angleterre. Elle y arriva converlie en eau d'un rouge foncé, qui dépose un sédiment terreux et rougeâtre. On fit toutes sortes de conjectures sur la cause de ce phénomène; on lattribuait au fer météorique et aù nikel; mais l’analyse à fait reconnaître que ce beau rouge est tout simplement dû aux excrémens des oiseaux aquatiques. On en voit effectivement des myriades couvrir la glace et la neige dans ces parages ; il n’y a pas d’exagération à dire que, lorsqu'ils s'envolent, ils obscurcissent le ciel. Les Anglais en tuëérent des quantités innombrables; l'équipage s'en nourrit, et l'on en mit dans des barriques avec des couches de glace pour les conserver.
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Après avoir doublé le cap Duddiey Digges, l’on aperçut une rade ou détroit. On supposa que cette ouverture était la même que celle à laquelle Baffin donna le nom de Wolstenholm’s Sound; mais le peu de profondeur de l’eau et la glace qui remplissait cette ouverture ne laissèrent aucune espé- rance de trouver un passage dans cet endroit : en conséquence , on passa à environ quinze à vingt milles de distance. Le #'hale Sound ne répondit pas mieux à l’objet que l’on avait en vue. Plusieurs personnes pensèrent qu'il convenait de s'approcher d’un autre enfoncement nommé par Baflin Sir Thomas Smith’s Sound, et situé à l'extrémité nord-ouest de la baie : il présentait une ouverture très-large ; mais on le laissa à cinquante ou soixante milles. La terre courait au sud-ouest; on la prolongea dans cette direction, mais à un si graud éloignement, qu'on ne l’apercevait que par intervalles quand le temps était clair: il le devint assez. pour permettre de voir une autre ouverture.
On reconnut alors que c'était lÆ/derman Jones’s Sound dé Bafin. Le temps était géné-
( 226 ) ralement doux et agréable, et la mer, dans la partie supérieure de la baie , entièrement libre de’glaces, à l'exception de quelques montagnes isolées, tantôt flottantes, tantôt fixes.
Le 50 août, par le 30’ de latitude, on trouva tout-à-coup cent ‘cinquante, puis cent soixante, enfin sepé cent ciuquante “brasses de fond. On était vis-à-vis le Sir James Lancaster’s Sound, ouverture qui a au moins cinquante milles de largeur de la pointe nord à la pointe sud. On conçut alors les plus vives espérances, et l’on se flatta d’avoir trouvé le passage au nord-ouest; mais après avoir fait environ dix lieues dans cette ouverture, dont l’eau était entièrement libre de glaces, l’Isabelle. aperçut la terre au fond de l'entrée ; les bâtimens ayant encore six cent cinquante brasses de profondeur.
En passant près de la pointe méridionale du ZLancaster's Sound, la profondeur de l’eau était augmentée jusqu’à. mille brasses. On débarqua, tout près de ceite pointe, sur une jolie plage.sablonneuse en pente , au fond d’une petite baie, dans laquelle se jetait une rivière large d'environ deux cents
pie nat éta yer
gra
ses pou cor cére au n valle lan soup latitr onn
nt libre erre au encore
pieds; et dont l’eau montait jusqu'aux genoux. Le terrain bas sur lequel elle coulait était dégagé de glaces, et paraissait couvert d’un sol assez bon, où croissait une grande variété de plantes. On trouva sur ses hords une branche de sapin de cinq pouces de diamètre, et un morceau c’écorce de bouleau, On ne manqua pas, à la cérémonie , de prendre possession du pays au nom du roi de la Grande - Bretagne. La vallée était entourée de montagnes aiguës :
la neige éparse sur leurs flancs faisait seule soupçonner que lon se trouvait sous une latitude si élevée; car, en regardant au large, on r’apercevait pas la moindre particule de glace. . dé
On aperçut ensuite plusieurs ouvertures au sud-est; mais l’on n’en examina aucune.
La mer était libre et le temps assez doux, mais rarement clair. Vers 70° de latitude, on rencontra la plus grande montagne de glace que l’on eût encore vue; elle avait à peu près deux milles de long et autant de large : on estima son poids à trente millions de tonneaux. Un grand ours blanc, placé sur
le sommet, voyant les Anglais s’avanter vers Jui pour l’attaquer, se précipita de cinquante pieds de hauteur dans l’eau. On continua à côtoyer la terre jusqu’au cap Walsingham, qui forme la côte septentrionale de l'entrée du détroit de Cumberland, dans lequel Davis parcourut cent quatre-vingts milles. On voyait très - fréquemment des aurores boréales qui étaient d’üne magnificence imposante, mais on ne reconnut pas qu'elles produisissent une influence sensible sur l'aiguille magnétique.
En partant du cap Walsingham, situé par 66° de latitude et 84° de longitude est , .on fit voile pour l'île de la Résolution, à l'entrée du détroit d'Hudson , et enfin pour l'Angleterre. Les deux bâtimens arrivèrent, le 30 octobre ;:en bon état, à Brassa Sound Lerwick, dans les îles Shetland. Ils n’avaient pas perdu un seul homme, et n’avaient pas même eu un seul malade.
Le capitaine Ross s’est assuré, dit- on dans un écrit semi - officiel , qu’il n'existe dans la baïe de Baflin aucun passage pouvaut servir de communication entre cette
er vers quante inua à gham, entrée el Daes. On es boimpo=-
S pro-
iguille
» Situé de est , ion, à
pour érent, Sound s n’aet n’a-
it- on "existe e poue cette
vasté mer et le grand Océan , la totalité de celte immense étendue d’eau étant bornée par des terres très - hautes. - Néanmoins quelques officiers ont pensé que toute la côte , à partir du Wolstenholme’s Sound, en faisant le tour de la baie jusqu’à la côte septentrionale du Labrador, est tellement coupée d'entrées et de canaux, quela terre, à l’ouest du détroit de Davis , doit, d’après l'apparence qu’elle présente, former un immense groupe d'îles ou archipel au-delà duquel est la mer polaire. C’est à l’expérience à décider si quelqu'un de ces canaux est navigable. | |
Le capitaine Ross, après avoir exploré toutes les parties de la baie de Bañin, s’est convaincu de la justesse de la description que nous en a laissée l'habile et intrépide navigateur dont elle porte le nom. A l’exception de quelques erreurs en longitude
‘eten latitude, les. détails qu’il donne cor-
respondent exactement avec les observations faites par l’Zsabelle et l’Alexander; ce qui est d'autant plus digne de remarque, que Bain, comme on fa noté dans l'article qui
le concerne, n’a pas lui-même publié le Journal de son voyage. Ainsi , parmi les retrancheméns -que léditeur lui à fait subir, quelques-uns ont pu porter sur des points essentiels, : et peut-être, dans ce qu'on a laissé, se sera-t-il glissé des erreurs dont Bafinne doit pas répondre.
Il ne reste plus maintenant qu’à découvrir jusqu'où s'étend la baie Repulse de Middleton , et à reconnaître, dans le nord, si le Groëuland est une île ou s’il fait partie du continent américain. L’Angleterre arme, dit+on, une nouvelle expédition destinée pour-le nord. Les géographes,, et en général les amis des sciences, font des vœux pour que ses résultats puissent enfin jeter du jour sur ces points encore obscurs.
La Dorothée, malheureux bâtiment qui avait fait le voyage de Congo avec le capitaine Tuckey, ne partit des îles Shétland-que le 27 mai, accompagnée du Zrent. Us rencontrèrent les prémières glaces près de l'île Cherry, située à environ cent cinquante
lié le es resubir, points on à dont
ouvrir tddle- |, si le tie du arme , estinée rénéral £ pour u jour
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capid'que s ren-
e l’île 0 uante
( 231 ) milles ‘ : sud de Spitzberg : elle est petite ; et consiste en rochers aigus et très-hants, qu'on dirait avoir été séparés les uns des autres par quelque violente commotion de Ja nature. Quelques jours avant de voir les glaces, on avait éprouvé un changement considérable dans la température, le thermomètre étant tombé presque tout-à-coup à 32° (0), et un peu au-dessous; il descéndit même, vers la fin de mai , jusqu’à 18 et 14° (-6°22 -7°99). Les bâlimens ne tardèrent pas à découvrir le Spitzberg, et firent route pour en passer à l'ouest ; mais ils furent arrêtés par une immense barrière de glace qui se prolongeait de toutes parts aussi loin que la vue pouvaits’étendre, et qui fermait toutes les baies. La Dorothée parvint pourtant presque
. au 80.° degré de latitude; mais comme elle
avait été séparée du Trent par un fort coup de vent, elle revint sur ses pas pour le re-
joindre , et le revit effectivement le lende-
maio.
Ils entrèrent alors dans la baie de la Madeleine par 79° 55’ de latitude, et se dirigèrent ensuite à l’ouest, en côtoyant la glace, qui
| ( 232 ) leur offrait partout une masse solide, Le to juin, ils rencontrèrent quelques bâtimens faisant la pêche de la baleine, et apprirent d'eux qu'ils ne pouvaient pas espérer de s’avancer au nord par l’ouest. L'opinion unapime des capitaines de tous les vaisseaux était qu'ils devaient se diriger plein nord en côtoyant le Spitzberg. D’après cet avis, qui se trouva conforme à celui de leurs pilotes, la Dorothée et le Trent relournèrent sur leurs‘pas, et eureht quelque temps l'espérance de pouvoir s’avancer au nord par l'est, la mer paraissant plus libre de ce côté, mais ils ne tardèrent pas à se trouver complétement enfermés par des masses énormes de glaces.
Ils restèrent dix à douze jours.dans cette situation, et ne changeant de position que lorsque le courant les entraïnait avec les glaces, ce dont ils ne s’apercevaient que par la différence d’aspect que leur présentait le Spitzberg, dont ils étaient éloignés. de neuf à dix lieues. Un coup de vent ouvrit enfin la barrière fermée autour d’eux, et leur per: mit de sortir de cette position dangereuse.
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Ils suivirent alors les bords de la glace ; cherchant une ouverture pour s'avancer au nord; et, n’en trouvant point, ils mouillèrent le 26 juin dans Fair-Haven, située entre les îles de Vogel Sang et de Cloven ClifF, sur la côte du Spitzherg. Ils virent sur ces îles des troupes nombreuses de rennes ; et ils aperçurent sur la glace une immense quantité de morses couchés en troupes; ils res semblaient de loin à un troupeau de bestiaux : il y en avait d'une grosseur monstrueuse. Les Anglais en tuërent un qui pesait deux mille livres. Ces animaux exhalaient une odeur insupportable; et dès qu'on les avait écorchés on s'empressait d’en jeter
‘lescorps à la mer. Leur cuir est fort épais; on
en garnissait l'extérieur des vaisseaux pour empéclier le frottement des glaces. On-tua un grand nombre de rennes. On vit aussi plusieurs ours blancs, mais on n’en tua qu'un seul.
Après être restés huit jours à l’ancre dans Fair-Haven, les bâtimens remirent en mer et s’avancèrent au nord par l’est. Ayant déœuvert quelques ouvertures partielles dans
la glace, ils parvinreut à y passer, et arrivèrent à 80° 52’. Là, ilsse trouvèrentencore entourés et enfermés par les glaces : ils restérent trois semaines dans cet état. Enfin, à force de travail et de fatigue, ils parvinrent à s'en dégager le 29 juillet, et gagnèrent des eaux moins embarrassées par les glaces.
Is s'applaudissaient de leur bonheur, et ne songeaient guère à la catastrophe qui pe menaçait.
Ils étaient déjà à neuf ou dix milles de distance des masses énormes, du milieu desquelles ils venaient de sortir, quand, le 30 juillet, à quatre heures du matin, un ouragan épouvantable les repoussa de ce côté sans qu'il lenr fût possible de faire aucune manœuvre pour échapper. Ils furent irrésistiblement entraînés vers ces montagnes de glace, contre lesquelles ils devaient indubitablement se briser s'ils les heurtaient. Il ne restait qu’un parti à prendre, c'était celui de mettre toutes voiles dehors, d’arriver sur les glaces, et de chercher à s’y frayer de force un passage. La Dorothée en montra l'exemple, le Trent le suivit. Le moment
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où ils approchèrent des glaces fut terrible.
Le vent redoublait de fureur, la mer roulait des montagnes d’eau qui s’élevaient au-dessus des mâts, et couvraient à chaque instant le pont des deux bâtimens; enfin ils entrèrent au milieu des glaces. Un craquement épouvantable fit frémir ies marins les plus intrépides. Les vaisseaux n'auraient pas résisté à ce premier choc, s'ils n'eussent été d’uné solidité à toute épreuve. La force du vent, secondée par les voiles, les aida à pénétrer dans les glaces; mais elles étaient si serrées les unes contre les autres, et d’une grosseur si prodigieuse, qu’il se passa une demi-heure-avant qu'ils y eussent avancé de trois fois leur longueur.
* Enfin ils se trouvèrent une troisième fois arrêtés au milieu des glaces , mais avec cette différence ; qu’ils avaient considérablement souffert de la pression que leur avaient fait éprouver les montagnes qui les avaient entourés. La Dorothée surtout était tellement endommagée ; qu’elle fut obligée de faire jouer toutes ses pompes sans interruption , pour ne pas couler à fond. FHeureuse-
ment le vent se calma, la matinée du lendemain fut belle, les glaces se séparèrent assez pour livrer passage aux deux vaisseeux, qui parvintent à gagner la baie de Smeerenberg dans le Spitzherg. Ils y passèrent tout le mois d'août à se radouber. Le Trent fut bientôt en état de tenir la mer ; mais la Dorothée avait éprouvé des avaries si, considérables, qu'on jugea que la prudence exigeait que le Trent ne miît pas à la voile avant elle, de crainte qu'il ne lui arrivât quelque accident. en route. Les deux bâtimens quittèrent donc ensemble la baie de Snecranhorg au commencement de sep- ” tembre, t arrivèrent sur les côtes d’ Aogleterre le 10 octobre.
Pendant leur séjour dans la baie de Smeerenberg, on fit des expériences intéressantes sur le pendule , et des observations astronomiques qui seront utiles à la science nautique. On examina l’intérieur et les côtes du Spitzberg , ce qui mettra à même de donner des détails étendus sur son histoire naturelle. |