SUPPLÉMENT
Voyage de M. Buchan dans l’intérieur de Terre-Neuve.
Depuis le premier établissement des pêcheries sur:les bancs de Terre-Neuve, l’on n’a eu que peu de communications avec les habitans indigènes de cette grande île; on regardait même comme douteux qu’il s’y en trouvât qui eussent des demeures fixes :
beaucoup de personnes pensaient que les hommes qu’on y aperçoit quelquefois sur la côte occidentale n’y venaient dans leurs canots , en traversant le détroit de Belle-Isle, que pour y chasser ou y, pêcher. Un Euroropéen rapporta pourtant, dans l'automne de 1810 , qu'il avait découvert une espèce de magasin des naturels du pays, sur les
. bords de la rivière des Exploits. D’rnrès cet avis, sir John -Duckworth ordonna au lieutenant, aujourd’hui capitaine Buchan , d’aller avec la goëlettel’Ædonis à la baie des Exploits, et de faireuneexcursion dans l’intérieur pour
ouvrir des relations avec les indigènes si l’on en rencontrait. Ce bâliment se trouva arrêté par les glaces dans la baie, et, le 12 janvier 1811, M. Buchan se mit en marche pär terre en remontant la rivière des Ex-
‘ploits:il avait avec lui vingt-quatre hommes de son équipage et.trois guides. Après avoir fait environ cent trente milles, il décor: 1: des cabanes, et y surprit leurs habitans, 5 nombre de soixante-dix individus : il eut de Ja. peine à calmer leur'extrême frayeur ; enfin il. y réussit, et la bonne intelligence
s'établit, Quatre. hommes, parmi lesquels était le chef de ces Indiens, acceptérent l'invitation du capitaine de l’accompagner avec sa troupe jusqu’à un. endroit où.il fit entendre par signes, à ces gens, qu'il avait laissé des présens qu’il leur vi tioait.
: La:confiance était alors. réciproque, et
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(239 ) même si grande , que deux hommes de l'équipage de M. Buchan demandèrent à rester avec les Indiens , jusqu’à ce qu'il reyint avec les présens. Ils en obtinrent la permission, et M. Buchan partit avec le reste de ses gens et les quatre Indiens. Ils firent environ six milles , et arrivèrent à l'endroit où ils avaient passé la puit précédente. Le chef alors refusa d'aller plus loin, et se retira avec un des Indiens , donnant ordre aux deux autres de continuer à suivre M. Buchan. Arrivés près de l'endroit qui &vait être le but de leur voyage, l’un d'eux fut frappé d’une terreur panique et prit la fuite. Le caractère de son compagnon était tout différent ; il continua à montrer la plus grande confiance dans ses nouveaux amis, persista dans sa résolution , fit gaiement signe aux Anglais de continuer leur route sans se mettre en peine de son camarade, et semblait presque
mécontent du geste par lequel M. Bucban
lui donna à entendre qu'il était libre de s’en aller aussi s’il le désirait, Les Anglais, rendus au lieu où ils avaient établi leur dépôt, y passèrent une nuit, et en repartirent ensuite
avec‘les présens destinés aux Indiens. Celui qu était resté avec eux ne changea pas de conduite ; il montra toujours une généreuse confiance, etinspira à M. Buchan une véritable estime.
Ea arrivant aux cabanes, ils les trouverent abandonnées. Cetle circonstance parut . inspirer de vives alarmes à l'Indien. M. Buchan , pour le rassurer, ordonna de lui laisser la plus grande liberté, traitement qui parut ranimer sa confiance et son courage.
On passa la nuit pres des cabanes, et. l’on se rèmit en marche le léndemain matin.
Après avoir fait environ un mille, M. Buchan, quiétait ün peu.en avant de sa troupe, vit l’Indien prendre la fuite en arrière, en poussant de grands cris, et en courant avec une vitesse qui rendait toute poursuite inutile. Il en comprit bientôt la cause, quardil aperçut les corps des deux hommes qui étaient restés avec les naturels, étendus sur la place; nus, percés de flèches , et auxquels on avait coupé la tête. Il est évident’ que lIndi a, qui avait pris la fuite à l'endroit où ils avaient été cherchèr les présens, avait
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dônné alarme à ‘sa peuplade, et il est à croire que, pour justifier son retour et sa lâcheté, il leur avait cônté quelques men songes qui les avaient peut-être déterminés:
à un acte de cruauté qu'ils regardaient sans’ doute commé une juste vengeance.
Voici un extrait du journal de M. Buchan.