THOMAS JAMES
Arrivée dans l’ile de la Résolution. — TIgnorance du capitaine et de son équipage. — Leur embarras au milieu des glaces.— Maux qu’ils éprouvent.— Expériences sur la fonte des glaces.
Le capitaine James reçut de Charles I”
les mêmes avantages que Fox. Il partit de . Bristol sur la Marie, bâtiment de soixantedix tonneaux, le 3 mai 1631 ; doubla le cap Fareweil le 9 juin, et, le 17, vit l’île de la Résolution. Les glaces avaient souvent retardé sa marche; l'air était continuellement couvert de brouillards épais; la mer paraissait noirâtre ; le froid était si percant, qu'il affectait la boussole, et retardait le mouvement de l'aiguille magnétique. En
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(ar) traversant le détroit d'Hudson, le vaisseau . fut presque toujours assiégé par les glaces, quelquefois entraîné de côté et d’autre; enfin, livré à la merci de la marée et des eourans. Pour ajouter au péril d’une pareille situation , les voiles étaient complétement gelées, et de gros glaçons pendaient aux cordages.
Si Fox était vain des connaissances qu'il avait acquises en étudiant les voyages de ses prédécesseurs, James paraît l'avoir été encore plus de son ignorance entière sur tout ce qu’on avait fait avant lui. Non seulement il n’avait jamais lu les relations des voyageurs qui l'avaient précédé; mais il nous apprend lui-même qu'il refusa absolument de prendre à bord aucun marin qui eût déjà été employé ou dans un voyage de découvertes dans le nord, ou à a pêche de.
la baleine. La conséquence fut que, lorsque le bâtiment se trouva entouré de glaces, personne ne savait comment le gouverner ; et non seulement Péquipage entier fut livré aux plus vives alarmes, mais le manque total d'expérience manqua d’avoir des suites
- (22) fatales pour le bâtiment et ceux qui le montalent; car, en.s'efforçant d'éviter la glace, Je navire se trouva arrêté sur une pointe de rocher, ét la marée, en se-retirant, le.
laissa suspendu par le milieu, et penché au point qu'il était impossible de rester à bord sans s’exposer au danger d’être submergé.
Après avoir fait, mais inutilement, tous les efforts possibles pour le relever, l'équipage
descendit sur la glace, ettomba à genoux
pour implorer la miséricorde divine.
La marée, en montant, remit le navire à flot. Cependant les glaçons continuaient à s’accumuler de tous côtés à un tel point que, du haut du mât, il était impossible de * voir sur la mer l espace d’un acre qui ne fût couvert de glaces; mais le vent, en chan-geant, les dispersa. Après beaucoup de dangers et de fatigues , le navire arriva à l’île de Salisbury le 5 juillet; et, le 15, toujours entouré de glace, tandis que l'équipage : s'attendait à chaque instant à le voir se briser en pièces, il passa entre les îles de Digges
et de Nottingham.
"On s’avança lentement vers le sud-ouest
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(25) de la baie d'Hudson. Par suite de l'ignorance de James et de son équipage, le navire était presque continuellement bloqué par les glaces , et ne pouvaitavancer, quoiqu'il déployät toutes les voiles, Il n’était pas étone nant que l'équipage commençât à murmurer et à croire que :probablement il passerait l'hiver au milieu de plaines de glaces et de neige, surtout lorsque, le 1. août, on vit que l’on n'avait pas beaucoup avancé vers l’ouest. Le 29, on rencontra le navire de Fox. Bientôtapres, un ouragan terrible, accompagné de neige et de grêle, mit James dans le plus grand péril. Les vagues venaient se briser sur le vaisseau avec une telle, violence, que ni le capitaine nises compagnons n'avaient jamais vu la mer dans une telle fureur. Le navire faisait eau de toutes parts.
. Le 12 septembre, James eut encore .le malheur d’échouer le navire au milieu de roches sur la côte de l’Amérique., vers 52° 50’ de latitude. Persuadé que, pour cette fois, c'en était fait du malheureux na-
vire, il ordonna de jeter dans la chaloupe
(24°) | quelques outils de charpentier, un baril de pain, un:baril. de poudre; quelques fusils, des mèches, des hamecçons, etc., et‘envoya ces objets à terre; il sortit cependant, par un nouveau miracle, de cette position désespérée ;, et le vaisseau se trouva ‘moins endommagé qu'il ne le ‘craignait. A la fin, après avoir essuyé tous tes dangers possibles, James arriva, le 2 octobre, à la hauteur d'une île qu'il appela l'ile da comte de Danby, qui est connue aujourd’hui sous le nom d'île Churton. Elle est située vers 52° de latitude.
Au bout de quelques j jours employés à à examiner l'île et à déterminer ce qu'il y avait à faire, les malades désirèrent aller à terre ; l’on construisit pour: eux une cabane qu’on couvrit avec la grande voile. Quelques orignals semblèrent d’abord être les seules ressources que l'ile offrait ; mais à l’'approche de l’hiver, beaucoup de renards noirs parurent tout-à-coup. Le sous-canonnier, occupé à les poursuivre, traversait un élang gelé ; la glace s’entr'ouvrit sous ses pieds,
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il tomba dans l’eau ;.et, la batrière épaisse
formée :par les glaçons se -refermantsur lui, ses compagnons ne le revirent plus:
. Avant la fin de novembre ;tout était couvert de neige, et le bâtiment semblait être
une masse de glace. Le 22, le canonnier mourut; il avait eu la'jambe coupée; et;
quoiqu’on entretint constamment ‘un grand feu dans sa chambre ; l'appareil gelait sur sa blessure , et sa:bouteille d’eau-de-vie sous sa tête. Le danger continuel, auquel les glaces flottantes et les tempêtes réitérées exposaient le navire, détermina les Anglais à le quitter et à transporter à terre toutes les provisions, ce qu'ils exécutèrent le 26 no-
-vembre. Leurs nez, leurs joues et leurs
doigts étaient gelés au point d’être blancs comme du papier, ‘et ils avaient sur tout: le corps: des ampoules aussi grosses que .des noix. Un puits, qu’ils avaient creusé, se gela; ils regardaient la neige fondue, comme trop malsaine pour en faire usage. Le froid leur coupait la respiration au point qu'ils avaient de la peine à parler. Toute l’eau-de-
vie, l'huile, le vinaigre , enfin tous les li= quides étaient devenus durs comme du bois; on les coupait avec urie hache. La cabane était entièrement gelée dans l’intérieur ;:et, à trois pieds du feu , il gelait à pierre fendre. Tout cela arriva avant le milieu de décembre, et sous une latitude qui est à La près celle de Londres.
En janvier, James détermina celle de sa tente à 51° 52/; il attribua la grande différence, entre cette observation et une autre qu'il avait faite précédemment, aux effets de la réfraction ; il allégue pour preuve que le disque du soleil ‘lorsqu'il était. près de l'horizon , paraissait être deux fois aussi long que large; et que, par plusieurs observations, iks’assura que, par suite de la réfraction de l’atmosphère , le soleil se levait vingt minutes avant le ‘temps vrai, et se couchait. vingt minutes : après. Pendant deux nuits, en particulier, il distingua deux tiers plus d'étoiles au firmament qu’il n’en avait. vu jusqu’alors. |
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mença à se manifester. À mesure que le printemps approchait, le froid augmentait sensiblement ; et les matélots éprouvèrent une sensation bien plus ‘insupportable en marchant dans l’eau, au commencement de juin, lorsque la mer était remplie de glace, qu’en décembre, lorsqu'elle s’y entassait, Il paraît que James n’a pas réfléchi que cette sensation-était occasionnée non par un plus grand degré de froid absolu, mais parce ‘qu’en juin, la différence entre la température de l'air et celle de l’eau glacée était plus considérable qu’en décembre. sn
® Vers le milieu d'avril, les Anglais commencèrent à écarter la glace qui entourait le vaisseau pour voir s’il pouvait. encore leur servir; ils trouvèrent à fond de caleun peu de bière et de vin qui n’avait pas été gelé, et qui fut d’un grand secours pour les malades, dont les souffrances étaient affreuses. La mort du charpentier retarda beaucoup leurs travaux. Enfin, le r.er juillet,'tout fut prêt pour partir; et, le lendemain, le capitaine mit à la voile; mais il alla encore
( 28) donner‘contre la glace avec tant de violence, que la proue manqua de'se briser en mille pièces, etque tout l'équipage se crut encore une fois en danger de périr.
‘James, pendant tout son voyage, fut à peine une heure débarrassé de glace, de sorte qu'il employa depuis le 2 juillet jusqu'au 24 août pour parcourir sept degrés ét demi de latitude, Ce jour-là, il découvrit ‘île de Nottingham , près de laquelle toute la mer était couverte de glace. Le 26, il consulta ses officiers sur la route qu'il devait ‘prendre. Ils lui donnèrent leur opinion par écrit; elle était unanime , tous voulaient retourner sur-le-champ en Angleterre. Il se rendit- à leurs désirs; et, le 26 octobre , il mouilla dans la rade de Bristol.
La relation du voyage de James peut être appelée un livre de lamentations et de douleurs ; il offre une suite continuelle de périls, d'obstacles et-de plaintes, depuis l'instant où il fut arrêté pour la première fois par la glace à la hauteur du cap Farewell, jusqu’à son retour au même point. Les-observations
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(29 ) qu'il renferme ne sont à présent d'aucune utilité. On dit néanmoins qu’elles ont été d'un grand-secours à Boyle pour composer son Traité sur le froid. Le thermomètre n'était pas encore ;en usage, et l’on ne connaissait aucun instrument pour mesurer le degré de froid absolu; mais les souffrances extraordinaires que le froid fit éprouver à l'équipage durent provenir en grande partie de l'inexpérience du capitaine, où d’un
manque de soin et d'attention ; ce qui sem-.
blerait le prouver, c'est queles personnes employées par la compagnie de la baie d'Hudson passent les hivers sans accidens le long de la côte près de laquelle l'ile Charton est
située, et huit à dix degrés plus au nord.
James & fait l'observation suivante, sur la lenteuravec laquelle la glace se fond. « En juillet et au commencement d'août, je pris à bord du navire des glaçons que je coupai.
en morceaux de déux pieds carrés; je les ex= posai dans la chaloupe au soleil, lorsqu'il dardait ses rayons avec le plus de force ; et, malgré lé feu continuel que nous faisions à
bord, la chaleur de notre haleine, et nos mouvemens, ils ne fondirent qu’au bout de huit à dix jours. C'était notre usage, lorsque nous devions passer deux jours dans quelque endroit, d'amarrer le navire à une montagne de glace ; et d’y faire une marque pour voir de combien elle diminueroïit ; mais elle restait toujours exactement la même, et ne s’affaissait pas d’une seule ligne pendant cet intervalle. Je pense néanmoins qu’il survient des tempêtes qui la détrüisent, où qu'il y a des années où la. chaleur la fond , autrement la baie finirait par être entièrement encombrée ; mais j'avoue que ces secrets de la nature passent ma compréhension (1). »
Quant aux découvertes, James n’a rien ajouté à celles des navigeteurs précédens ; cependant il assurehardiment qu'il n’est pas probable qu’il existe un passage nord-ouest.
Il eût pu donner tout aussi bien avant son voyage les raisons sur lesquelles ils” appuie, et il se füt par là épargné bien de peines
o Collection de voyages par Harris, Vol IL.
et nos bout de lorsque quelque à montaue pour mais elle 's et ne dant cet survient . qu'il y ; autre Prement rets de (1). »
n’a rien cédens ; rest pas l-ouest.
ant son appuie, peines
et de souffrances. Mais, comme l’observe le docteur Campbel, « toutes les difficultés ‘et tous les obstacles dont parle le capitaine James, et qui, peut-être, ne lui paraissent si formidables que parce qu'il n’a pas su les vaincre, se réduisent à rien, lorsqu'on les considère avec attention, et qu'on les compare avec ce que des voyages plus récens ont fait connaître , et ne doivent pas empèécher de continuer les tentatives du même côté, quand même elles.ne réussiraient pas mieux qu'auparavant. »
(5) RAR RAA RAA AAA AAARARAARS CHAPITRE XIY.
DANELL, 1652,
Voyage pour découvrir la côte orientale du Groënland,-Découverte de diverses {les.— Les glaces empéchent constamment d'approcher de la terre, — Second voyage.—Méme résultat.
Ex 1652, Frédéric IT, roi de Danemarck, donna au capitaine Danell l'ordre d’entreprendre un voyage pour découvrir le Groënland oriental. Danell partit de Copenhague avec deux bâtimens le 8 mai 1 652, et alla d’abord au nord de l'Islande. Alors, se dirigeant à l’ouest, il aperçut, le 2 juin, à la distance d’environ trente milles , la côte du Groënland , par 64° 50’ de latitude; mais il ne put en approcher à cause de la glace.
Au nord-est, à environ trois milles de distance , il vit deux petites îles qu’il appela
orientale diverses onstam- - Second
emarck, d’entre- > Groënenbague , et alla se dirin, à la côte du e; mais à glace.
de disappela
Nvidsolen et Mastelos Skib. Le 4 juin, il découvrit de nouveau la terre, qui était très-élevée et couverte de glace. Cette terre était à euviron trente-deux milles de distance. Il passa au milieu de quelques petites îles. La glace s’étendait depuis la côte jusqu’à dix-huit à vingt milles au large.
Le 6 juin, il vit, à quazorze milles de distance , cinq petites iles sous les 65° de latitude: elles étaient toutes couvertesde neiges, à l'exception d’une seule, et avaient énviron quatre milles de longueur; mais la glace lempêcha d’y aborder. Ces tles étaient à dixhuit ou vingt milles de la terre; l’eau qui coulait entre elles était d’une couleur brune; mais Danell n’y trouva ni poissons, ni oiséaux, ni phoques. On apercevait du large les montagnes, à la distance de près de soixante milles, Le cap le plus septentrionak qu'il vit sous les 65° 30’, reçut le nem de cap du roi Frédéric.Il côtoya la terre dans la direetion du sud-ouest; mais il ne pub:
aulle part se frayer une route à travers la glace, qui cependant n’était oi assez continue mi assz solide pour le porter lui et ses com-
pagnons lorsqu'ils voulaient ÿ ner pour gagner la terre. AUS
Le 12, sous les 620 de latitude; is virent une montagne fendue en deux, à quinze:ow seize milles’ à l’ouest de lendroit où ils se trouvaient : il y avait plusieurs petites baies le long de la côte , qui semblait le plus béau pays qu'ils eussent jamais vu dans le Groënlaad; mais la glace les empécha d’en appro- , cher à moins de vingt milles de distance, Ils doublérent le cap Farewell, et remontèrent la côte. occidentale du Groënland, où ils restérenit jusqu’au 16 juillet. Le 18,-ils repassèrent devant le cap Farewell;:et; le 22 du même mois, sous les 61° de latitude ; ils distinguèrent de nouveau la côte orientale du Groënland à soixante-dix milles au nordouest, et, dans deux endroits, ils s’imagi-
gèrent voir des édifices surmontés de tours. ,
Le 25 juillet, sous les‘61° de latitude, ils virent une baie entre deux . ‘grandes. montagnes ; ils y seraient entrés si la nuit ne-les en eût empêchés. Pendant plusieurs jours de suite, ils continuèrent à voir la terre, dont ils n'étaient plus séparés que par une
mais t à cinq masse:
occide en Da
re ne
is virent
n appro= distance.
emontèand; où 18:;-1ls et, le 22 ude ; ils rientale unord- 'imagi= > tours. , ude, ils MON tne les s jours terre , ar une
(55) distance de quatre à cinq milles; mais le mênre obstacle les empêcha d'y aborder, Ils . la côtoyèrent jusqu’à 63° 30’ de latitude :
ils furent à la fin obligés de renoncer à l’espoir d’en “pere, et retournèrent en Danemarck,
Le capitaine Danell partit de nouveau de Copenhague le 16 avril 1653, s’avança au nord de l'Islande jusqu’à 73° de läitude
au-delà de celle de l'île de Jean de Mayen, et suivit alors la direction du sud-ouest et de Pouest-sud-ouest. Le 13 juin, sous les 64° de latitude, il vit à l'horizon quelque chose de bleu, qu'il présuma être le cap du roi Frédéric. Le 19 juin, il vit Herjolfsnes dans le Groënland, sous les 64° de latitude; mais la glace s’étendait depuis la côte jusqu’à vingt - quatre et vingt-cinq milles au large. ‘ Il côtoya la terre jusqu’au cap Farewell, mais toujours à la distance de quarante-cinq à cinquante milles du rivage, à cause des masses de glace , et il fit voile vers la côte occidentale du Groënland, d’où il retourna en Danemarck.
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