CHRISTOPHE MIDDLETON
Recherche d’un passage.au nord de la baie d’'Hudson.—Le capitaine Middleton en est chargé. — Ilne réussit pas à le trouver.—On l’accuse de s’étre laissé gagner par la compagnie de la baie d’ Hudson pour ne pas faire des découvertes.
Lzs observations faites par Scroggs et par Barlow sur les marées et les ba!:ines qu'ils avaient vues dans le Welcome, ainsi que leur rapport sur la mine de cuivre, d’où il y avait une communication si facile avec la mer, enfin Ja carte tracée par les deux Indiens, parurent à un particulier anglais, nommé Dobbs, des preuves si positives de l'existence d’un passage conduisant dans le grand Océan occidental, qu'à force de sollicitations, de remontrances et d'importu-
(80 ) nités, il parvint à décider la compagnie de da baie d'Hudson à équiper deux petits bâti-
mens pour reconnaître la côte orientale du
Welcome au nord de leurs établissemens.
Ces bâtimens partirent en 1757; il paraît qu'on n’a jamais publié aucune relation de leur voyage ; maïs on suppose qu'ils n’allèrent'que jusqu’à 62° 30” de latitude nord, confirmant cependant ce qu’avaient dit Fox, Button et Scroggs, sur la forte marée qui venait du nord.
Il paraît que Dobbs ne fut pas très-sätisfait de cette expédition; il publia un écrit, dans lequel il accusa nettement la compagnie de la baie d'Hudson d'empêcher à dessein la ecntinuation des découvertes , au lieu de les faciliter. « La compagnie , ditil, évite, autant qu'il est possible, de faire des découvertes au nord de Churchill , ou d'étendre son commerce de ce côté , de peur de découvrir un passage vers l'Océan occidental de l'Amérique , et de faire connaître au resté des négocians anglfis un commerce qu’elle sait n'avoir pas de droit légal pour exercer exclusivement; en effct,
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(81) si le passage était trouvé, cette découverté exciterait les autres négocians non seulement à faire le commerce par ce passage , mais encore à profiter des grands avantages que pourrait offrir celui des rivières et des pays contigus à la baie, et la compagnie perdrait ainsi son précieux monopole : aussi, quoiqu’elle connaisse très-bien l'existence d’une belle mine de cuivre sur une branche navigable de la mer au nordouest de F'hale Cove (l'Anse de la Baleine), et quoique les Indiens aient offert d'y con-
duire ses bâtimens , la crainte de découvrir
le passage met des bornes à l'avarice dé la prudente compagnie, et l'empêche d’exploiter la mine qui, d’après tous les rapports , doit être fort abondante. Les Indiens assurent qu’elle est située sur un bras de mer navigable, et d’une grande profondeur, qui conduit au sud-ouest, et ajoutent qu’on y rencontre beaucoup de grands poissons noirs, faisant jaillir l’eau par leurs naseaux, ce qui confirme lopinion que les baleines qu’on voit entre Whale Cove et la rivire Wager y viennent toutes de il 6
( 82 ) l'Océan occidental, puisqu'on n'en voit dans aucun autre endroit de la baie ou du détroit d'Hudson (1).
Il est assez singulier qu'après avoir manifesté une opinion si forte contre la compagnie, Dobbs soit entré en correspondance avec le capitaine Middleton, qui était depuis plusieurs années au service de cette société , et qui devait natnrellement en dé-
(1) Description des pays contigus à la baie d'Hudson, par Arthur Dobbs.—Il est certain que la compagnie de la baie d'Hudson fut , pendant leng-temps, excessivement jalouse du monopole qu’elle exergait, et que, loin de faciliter en aucune manière les projets de découvèrtes dans le nord , elle cachait soi- ‘} gneusement à tous les yeux le peu de lumières qu’elle pouvait acquérir; mais, plus récemment, les gouverneurs de cette compagnie ont communiqué généreusement tous les renseignemens qui leur avaient été envoyés sur la géographie et sur l’hydrographie de la mer d'Hudson et des terres adjacentes : M, Arrowsmith peut l’attester. Que leurs employés n’aient pas été très-actifs dans leurs observations et dans leurs recherches , c’est un fait incontestable, mais il faut plutôt en accuser les individus que la com-
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"(85 ) fendre les intérêts. Cependant les faits qu'il apprit de ce capitaine le confirmèrent dans sa première opinion , et ne lui laissérent plus le moindre doute sur l’existence d’un passage conduisant dans la mer Pacifique.
Appuyé sur ces fuits, il décida les lords de Pamirauté à employer un bâtiment de Pétat à un voyage de découvertes , et à en donner le commandement au capitaine Middleton.
La bombarde la Fournaise, et la pinque la Découverte , commandée par Guillaume Moor, furent mises sous ses ordres.
Middleton quitta l'Angleterre en 1741, ét passa l’hiver dans la rivière de Churchill, par 58 56’ de latitude, où il fut retenu, lon ne sait pourquoi, jusqu'au 1. juillet 1742.
En sortant de cette rivière , il suivit la côte au nord, et, le 4, il vit Crook Cobham, qui était encore couvert de neiges. Le 10, il était par 63° 51” de latitude, et 88° 34 de longitude ouest. Le Welcome avait dans cet endroit onze: à douze lieues de largeur, et était rempli de glaces flottantes, dont la partie supérieure fournissait de l’eau fraîche pour l'usage de l'équipage.
Continuant à navigaer au milieu de la glace, Middleton aperçut , au nord du cap Dobbs, un autre promontoire sur le côté nord-ouest du Welcome, par les 65° 12/ de latitude et 86° 6’ de longitude ouest; au-delà était une belle entrée, ou rivière, large de sept à huit milles, et se prolongeant à quatre à cinq lieues. Les vaisseaux entrèrent dans cette ouverture pour se mettré à l'abri des glaçons, jusqu’à ce qu'ils se fussent dispersés dans le Welcome. L'entrée de cette rivière, qui estle Fager, se trouve par 65° 23’ de latitude. La glace entrait et sortait avec la marée; mais les bâtimenstrouvèrent un bon mouillage sur la côte septentrionale, à l’abri des glaçons , dans une anse qui fut appelée l’anse Sauvage. |
Le 15, Middleton envoya une chaloupe avec un lieutenant et neuf hommes bien armés, pour examiner la rivière. Ils revinrent, le 17, après avoir été aussi loin que la glace le permettait. Les bâtimens descendirent la rivière le 21, et le capitaine, en montant sur une éminence, à quelques milles au-dessus de l'entrée, vit que le
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(85) Welcome était encore entièrement couvert de glace. Dans une excursion, en remontant la rivière, on remarqua un grand nombre de baleines noiïrts et d’autres poissons, tandis que, plus.bas, dans l'endroit où les bâtimens étaient à l’ancre, ïls n’en avaient jamais vu. Cette circonstance fit espérer qu’il y avait une autre onverture que celle par laquelle ils étaient entrés. Le lieutenant et le maître furent chargés d'aller examiner touses les anses sur la côte septentrionale du Wager. Ils revinrent le premier août, après quatre jours d'absence , et rapportèrentqu’ilsavaieat vu grand nombre de baleines noires; qu’ils avaient examiné toutes les ouvertures qu’ils avaient vues, et qu’ils avaient éonstamment trouvé que le flux venait de l'est, c'est-à-dire entrait dans l'embouchure du Wager, ce qui fitévanouir tout espoir de trouver d'autre issue que celle par laquelle on était entré.
Le 4 août, les bâtimens sortirent de la rivière, étant par 65° 58’ de latitude et 87° 7! de longitude ouest: ils entrèrent dans
une autre ouverture située au nord-est du
Wager, qui avait treize lieues de largeur.
Le lendemain ils étaient par 66° 14/ de latitude ,et £6° 28’ de longitrd: ouest, en- | droit où cette ouverture se. rétrécissait, et n'avait plus que huit à neuf pieds de largeur. Quoique le flux vint de l'est, la vue d’un beau cap ou promontuire’et la direction de la côte causèrent la plus grande joie parmi tout l'équipage , qui se persuadait que ce cap était la pointe nord-est de l'Amérique.
Middleton lui donna, par cette raison, le nom de cap Hope (Espoir ).
Le lendemain, lorsque le brouillard se fut dissipé, il recounut que la terre se prolongeait au nord-ouest, et formait une baie profonde. Il navigua vers le fond de cette baie, et vit qu'il ne pouvait pas avancer au-delà de six à huit milles; il essaya de profiter du moment de la marée, mais il lrouva que ce n’était qu’une eau dormante, et il en conclut qu'il devait avoir passé l’ouverture par laquelle le flux entrait dans cet endroit. Middieton parle d’une manière fort peu intelligible d’un détroit glacé qu'il y avait à l’est ; il dit que, le 8, à dix heures
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(87) du matin, il alla à terre, accompagné du canonnier, du charpentier et de son écrivain, pour voir s’il pourrait découvrir par où le flux venait dans cette baie ou détroit. Il décrit l'entrée du détroit glacé, comme situé entre des îles sur la côte orientale. Il fit, ajoute-t-il, environ quinze milles pour mon«
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ce détroit, dit-il, a de quatre à cinq lieues de largeur; il y a des endroits où il en a jusqu’à sept; il a seize à dix-huit lienes de longueur, et il est rempli d’iles de différentes grandeurs. À l’ouest, il était couvert de glaces , non pas détachées , mais tenant fortement aux différentes îles et aux rochers.
N'ayant aucun espoir dans cette direction, Middleton, de l'avis de tout l'équipage, résolut d'examiner l’autre rive du Welcome, depuis le cap Dobbs jusqu’à Brook-Cobham, pour savoir s'il y avait une ouverture de ce côté, puis retourner en Angleterre.
En conséquence, le 9 août, il fit route au sud; et, le 15, après avoir reuouvelé son
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