INTRODUCTION
Le nouveau Yolume que la Société de l'Histoire de Normandie publie sur Neufch&tel-en-Bray est une suite nécessaire des Documents qu'elle a déjà publiés sur cette ville. Aussi l'impression en avait-elle été décidée en même temps que celle du Mémoire d'Adrien Miton, parce que, comme celui du président de l'Election deNeufchfttel, le travail de Dom Bodin renferme une foule de documents sur l'bistoire de cette ville, et qu'il a en plus le mérite d'offrir le premier tableau de cette histoire, depuis ses premiers temps jusqu'au début du xYm* siéde.
Pas plus pour Y Histoire de Neufchâtel par Dom Bodin que pour le Mémoire de Miton et le poème latin de Ber^^ nesatUt par Percheval de Grouchy, nous ne possédons le manuscrit original. C'est d'après une copie que nous publions le texte de cette histoire; mais, faite dans les conditions que nous allons exposer^ il faut reconnaître qu'une semblable copie a toute la valeur d'un manuscrit dû à la plume même de l'auteur.
L'ouvrage de Dom Bodin était plus connu que les deux autres, car il en existe au moins quatre cojjies, deux dans la Bibliothèque publique de Rouen, une troisième que l'on suppose se trouver en des mains particulières, à Bernay ou dans les environs, et la quatrième, dans la Bibliothèque publique de Neufchàtel. Mais, pour sûr, le manuscrit original a disparu, bien qu'on ait cru le voir un peu partout. Aussi est-il devenu l'ubjet d'une légende, qui sera discutée plus loin.
De cette Histoire de Neufchàtel, dont le manuscrit original portait la date de 1753, il fut fait une première copie, en 1782, celle que possède la Bibliothèque publique de Rouen, dans l'ancien fonds de ses Manuscrits, y 219, M. E. Frère dit à ce sujet : < Provenance indéterminée. — Copie faite en 178S, du ms. original qui se trouve dans la Bibliothèque Montbret, n^SS '. » C"eatunîn-8''de70pages, d'une écriture fine et serrée. Elle ne paraît pas avoir été faite d'après le ma. original de Dom Bodin. La raison en est que la disposition du texte et le nombre des < Remarqdes ET Additions » n'y sont plus les mêmes que dans le ms. Montbret, car la copie de 1782 a des passages intercalés dans le texte, ou des remarques au bas des passages, qui ont été ou su[iprïmé3, ou détachés pour être placés aux « Reu ARQUES ET Ai^DiTioNB > de la copie Montbret, et cela par le fait de l'auteur lui-même, comme on va le voir.
La seconde copie de la Bibliothèque do lîouen fait partie
■ Catatogvt dit Uanuicriti lU la liibliothèqm puhUquede Itouen, rtlMif» d la Normandie, p. 107. 1871. Daa« ca Catalogue (p. 139) el dmiu le Manuel du Bibliographe norman^I. 1858, (i. Uu) M. E. KrAre donns daui auwuri àMlM Htitoire de Neufchàtel, Bomn sr Viorsui- Noua na uiou d ■j>Na qualle BUIorlU,
du Fonds Montbret, Manuscrits normands, n^ 31. C*est un in-4^, du TLYuf siècle, de 126 pages, qui porte sur l'un de ses plats de précieuses annotations pour nous éclairer sur la destinée dece ms., depuis Dom Bodin jusqu'à son entrée dans la Bibliothèque de Rouen, en 1849.
Avant le titre, le verso de la feuille de garde offre cette note : « La copie cy jointe est exacte et s'est faite sous mes yeux ». C'est donc bien une « copie », et non le « manuscrit original » lui-même ; mais, faite dans de semblables conditions, cette copie a toute la valeur d'un original.
Sur le plat intérieur, au centre, on voit VEx-Libris, bien connu, de l'abbé Germain Barré, curé de Monville près Rouen, qui a écrit, au-dessus, les détails suivants : « Après quelques renseignements pris à Neufchâtel, ce livre a été la propriété du Révérend Père Bodin, procureur de l'abbaye de Beaubec. Les notes sont surment (sic) de lui, ainsi que les remarques qui sept à la fin du livre. On m'a dit qu'il avait confié ce manuscrit à Noël, alors imprimeur à Rouen, qui a pris la fuite pour cause de mauvaises affaires, et ce manuscrit s'est trouvé vendu à la Beurrière comme tant d'autres. »
Le Neufchâtelois qui donnait ces détails à l'abbé Barré visait Simon Barthélémy Joseph Noël de la Morinière, né à Dieppe, imprimeur à Rouen et rédacteur du Journal de Rouerty depuis le P' janvier 1792 jusqu'au 2 septembre 1799, date de la cession du journal à M. Duval. Comme il s'occupa de notre histoire locale, sous bien des rapports, ainsi que le prouvent ses deux Essais sur le département delà Seine 'Inférieure, 2 vol. in-8°, Rouen, 1795, Noël aurait pu prier Dom Bodin de lui confier son manuscrit sur rhistoirede Neufchâtel, et s'en aider pour esquisser l'his-
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Ce Tdnine n^alla donc point en Norvqp^. n parait, an contraire, être resié entr« les mains d<^ Dom Bi>iin» jnaqa*à sa morty arrirée en 1803, et c'est alors que, dans Tigno» rance de sa Taleor, il aura été vendu « à la Beunère comme tant d'antres. » Mais, par nn bonheur inonî, Q est tombé entre les mains de M. Barré, qui, avant de se £ûre
I ifQ^p§auxdoeumenU sur la ville de Seufckàtei'^n'Braf. Rbtte DB Roon • 1851, p. W8.
prêtre, s'était établi libraire-boaquiniate, à Rouen, dans une des échoppes avoiBiuant la porte Grand-Pont. A quelle époque cela se passa-t-il ? on l'ignore ; toutefioîs ce fut avant 1814, conune on vient de le voir.
L'abbé Barré le conserva jusqu'à sa mort, en 1836, puisqu'il figure dans le Catalogue de vente de sa bibliothèque : € SuppijhfBNT : Livres concernant la Normandie, n^ 153 : Histoire civile de Neufchàtel-en-Bray, 1753, in-4'' br. (Manuscrit). » Page 102. Le lundi, 28 novembre 1836, il fut adjugé à un autre bibliophile non moins fameux, M. Eugène Coquebert de Montbret, qui écrivit, sur le même plat que l'abbé Barré, cette note pour marquer sa prise de possession : <Eug. de Montbret. Manuscrit acheté à Rouen, à la vente de l'abbé Barré, 1836. » Enfin, à la moH du nouveau possesseur, arrivée à Paris, en 1847, il se trouva parmi les manuscrits de sa riche bibliothèque léguée à la ville de Rouen, qui le possède, depuis 1849, dans sa Bibliothèque municipale.
La copie de ce manuscrit, que M. l'abbé Barré avait laissé prendre par M. Le Prévost, servit à &ire celle de la Bibliothèque de Neufchâtel, d'après le titre explicatif mis en tête de cette troisième copie : Histoire de la ville de Neufchâtel^ rédigée par un religieuœ de V ordre de Citeauœ de l'abbaye de Beaubec en rannéeMDCCLIII, copiée sur un exemplaire appartenant à M. Auguste Le Prévost, membre de l'Académie de Rouen. Cette copie fut faite par les soins du bibliothécaire de Neufchâtel, M. J.-B. Mathon, en 1819. Au bas de la même page, on a mis : € Collationnésur deux manuscrits et copié par M. Alavoine. »
La copie de Neufchâtel est un petit in-folio de 104
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pages. Le texte occupe les 94 premières pages, et les « Reuarques et Additions • root de la page 9G à 104. On croit, à Neufcliâtel, que le manuscrit de M, Le Pravost, qui 8 servi à la faire, doit se trouver à Bemay ouaux eDvi- TOUS, chez un membre de la famille, après la mort du savant polygraphe normand, en 1859.
Revenons au manuscrit de la Bibliothèf^ue Montbi d'où procèdent ces deux dernières copies. C'est un m-4' 126 pages, relié en parchemin, d'une très belle écriti sur beau papier. Les 111 premières pages sont de la du copiste, qui availtraTaillé sous les yeux de Dom Bodin, pour transcrire le texte de son manuscrit. Les 15 dernières, au contraire, sont de la mainde l'auteur et contienneutses « Remarques E:r Additions, » Quand cette copie fut faite, Dom Bodin ne cessa de placer, k la mai^e ou au bas des pages, des notes plus ou moins longues pour compléter ou pour expliquer le texte, et toutes de sa main, sauf deux ou trois '.
Avant d'aborder l'Histoire cii>ile et militaire de Neufr, châiel, disons quelques mots de son auteur.
< Dom Robert Bodin naquit àNoufchàtel, paroisse Sain^' Jacques, le 31 juillet 1731, de Charles-François Bodin, advocat, et de Mat^uerite Delamare. Son parrain fut : M" Robert Mouchard hailly de Londinières eteslu. et sa marraine, D"" Marie-Thérèse Chastelain, ét>ou3e de M. CIi. David LevaiUant, êcuyer, sieur de Rainneraare. »
D avait donc vingt-deux ans, quand il termina la com- [■osition de son hiateire, qu'il ne cessa de compléter depuis, comme on vient de le voir, pendant un demi siècle.
toiùonr* l'indiouioB dan* RM ii
ir le UxM.
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Le titre*dd la copie de 1753 ne lui donne aucune qualité, mais on trouve, sur le recto de la première feuille de garde, sa signature avec paraphe, et elle nous paraît être un F et un R entrelacés, suivis du nom de < Bodin, » et de la date € 1753. » Au titre original de Fauteur, le copiste de 1782 a cru devoir ajouter : (Histoire) composée par Dont Ro^ bert Bodin, religieux Bernardin et procureur de la commune de Beaubec^ en 1753.
€ Dom Robert Bodin était l'un des derniers descendants de la branche restée à Neufchfttel (l'autre était àOournay), de la très ancienne famille Bodin, que l'on voit figurer dès 1550 sur les registres de l'état civil de Neufchfttel, où elle occupait les plus hautes fonctions judiciaires.
€ Cette famille, qui prétendait appartenir à celle du fameux jurisconsulte, Jean Bodin, ainsi qu'on peut le voir par quelques passages de la copie manuscrite, prétention qui ne parait pas du tout justifiée, était originaire de Bretagne, et non pas de TAnjou, d'où était Jean Bodin.
« Dans le relevé des diverses Réformations delanoblesse de la province de Bretagne, depuis 1400 jusqu'en 1668, par Briant de Laubière, on voit figurer les Bodin avec les titres de sieur de Lermo (qu'on ne revoit pas ici), s' de Durdent^ s*" de Beaurepaire^ s' de Elargies (ces trois derniers portés par les Bodin de Neufchfttel et de Goumay), et s^ de Nbufchatel. — On rencontre aussi à Neufchâtel les Bodin de Mélinville et de Caumont.
« hosBoàinfOTtBdentidegueidesàdetuofascesd'her^ mine.
« Robert Bodin est décédé à Neufchfttel, le 26 floréal
an XT (17 mai 1803), rue Grapaudière. On le qualifie dans l'acte d'ex-religieux pensionné ^ »
La Bibliothèque publique de Neufcbfttel possède un portrait de Dom Bodin, à Thuile, représenté à mî-corpt, dans son costume de religieux. Il provient de Tabbaye de Beaubec, où notre auteur remplissait les fonctions relatées dans le titre de l'une des copies de son Histoire de NeyfchâtA. La tète est intelligente, et l'exécution n'a rien de remarquable.
L'ouvrage de Dom Bodin est divisé en deux parties : 1* Histoire civile delà ville de Neufchât^-en^Bray; 2* Histoire militaire de la ville de Neufchâtel^enBrajf, pour servir en même temps d* introduction à V Histoire générale de Normandie. Ces deux histoires sont d*iine étendue bien inégale, puisque la première forme à peine le cinquième de la seconde, tant on attachait alors une importance exclusive aux récits de sièges, d'assauts et de batailles dans l'histoire d'une ville, comme dans l'histoire d'un peuple.
Sous ce titre d^Histoirç civile^ Dom Bodin comprend bien des choses différentes : des étymologies; quelques mots sur le Bailliage de Saint-Pierre, anciennement établi à Neufchâtel ; ses édifices et ses paroisses ; ses seigneurs, son gouvernement ecclésiastique, ses hôpitaux ; enfin la fondation d'un collège avec la donation d'une bibliothèque publique. 11 n'a rien dit des administrations qui relevaient
1 La partie de cette notice biographique, placée entre guillemets, est une communication de M. Ch. Lefebvre, avoué à Neufchfttel, très versé dans la connaiisance de tout ce qui touche à Tbistoire et ^aux familles de Neufcbfttel et du pays de Bray. Nous le remercions de ce nouveau service, qui s*ajoute à ceux qu*il nous a déjà rendus pour le Mémoire d€
da Parlemœt, de la Chambre des Comptea» de la Qmr des Aides» ni des Eaux et Forêts. On a d'autant plus lieu de s'en étonner que Farin lui avait donné l'exemple du contraire, dans son Histoire de RotÂen^ et que le Mémoire de Miiofij dont il eut connaissance, lui en fournissait les éléments. Il est fâcheux qu'il n'ait pas suivi la voie ouverte par Farin, comme l'ont fait Oursel, Lecocq de Yilleray et Servin, ses contemporains, dans leur Histoire de Rouen. L'absence de cette partie importante et le peu de développement donné au reste, sauf pour tout ce qui se rattache à l'église, font que cette première partie est plutôt une Histoire religieuse qu'une Histoire civile de Neuf-châtel.
La seconde partie justifie un peu mieux son titre : Histoire militaire de la ville de Neufchàtel-en^Bray. Cependant c'est une bien singulière idée d'avoir voulu la faire c servir en même temps d'introduction à l'Histoire générale de la Normandie. » On ne comprend guère la dualité de son but, ni surtout le moyen d'j parvenir. Pour le dire en passant, Dom Bodin a méconnu l'une des premières lois de la composition : l'unité du sujet, indispensable à toute œuvre littéraire. Il a été moins bien inspiré que son prédécesseur Miton, qui, après la composition de son Mémoire sur Neufchàtel, ayant appris « plusieurs choses qu'il n avait pu employer, doutant confusion, et aussi de ce qui concernait le public, en avait fait Recueil, séparément et à part dans un Inventaire de la France ^ »
Dom Bodin, suivant l'habitude de tous les historiens ses prédécesseurs, remonte au temps des Romains, où il ne
I Mémoire de Miton. Voir la fin du titre, page 1.
pouvait guère être question deNeufchâtel. Il arrive ensuite uux Normands, à leurs ducs, dont il retrace rapidument l'histoire, en y mêlant, de loin en loin, les événementji qui se rapportent à Neufchâtel, son véritable sujet, mais en 1« noyant dans les faits généraux, dont la province (ut le théâtre, après son retouràla couronne, en 1204, et pendant la Guerre de Cent ans. A nos yeux, ce sont de vraiœ digressions, dont plusieurs ne tiennent à Neufchâtel, quand elles y tiennent, que par un fil très léger. Souvent même i! faut parcourir bien des pages avant d'y rencontrer le nom de Neufchâtel. Celui de Jeanne Darc ne s'y rattache que par la mention du tombeau de l'un de ses parents, Jacques Baillard du Lys, placé dans l'abbaye de Beaubec, où il était religieux, et dont l'épitaphe est rappelée dans une addition de Dom Bodîn, au bas du texte primitif'. Vers la fia seulement des guerres de Religion, et avec Henri IV, le rôle de Neufchâtel, devenu pi'épondérant, reprend la place qu'il devrait toujours occuper dans cette histoire. Enfin l'ouvrage s'arrête brusquement, en 1505, et cela devait être, puisque l'histoire militaire de Neufchâtel se termine avec la démolition de son donjon et de son château, ne lui laissant d'une place de guerre que les murailles de la ville, désormais impuissantes et inutiles. Il n'ajoute plus que quelques pages, trop sommaires et assez inexactes, sur la famille des Lestendart, barons de Bully, d'où les rois de France tirèrent les gouverneurs de Neufchâtel, depuis 1620 jusqu'en 1753, date de la composition decette Histoire lie Neufdiâlel.
Notre auteur ne se pique ni d'invention, ni d'originalité,
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ni d'une grande critique. Chez lui, comme chez bien d'autres, on trouve de ces assertions qui, à force d'être répétées, sont devenues des axiomes, sans aucun droit à cet honneur. Oubliant que la première et la plus sûre règle de critique historique est de s'attacher tout d'abord aux sources, il a bien souvent recours à des ouvrages de seconde main, le plus sûr des procédés décomposition pour aboutif à l'erreur.
Avec une bonne foi qui l'honore, il a donné, l'un des premiers, à notre connaissance, l'indication de ses sources, en écrivant de sa main, sur le verso d'une feuille de garde, placée inmiédiatement avant les premières lignes du. manuscrit, la Uste des auteurs et des ouvrages auxquels il a fait ses emprunts. La voici textuellement :
€ Noms dbs historibns dont j'at extraii les f atts db gbttb histoire.
€ L'histoire civile est tirée de la Description de la Haute Normandie par un auteur Religieux Bénédictin anonime^.
— De Scipion Dupleix, historiographe de France '.
— De Masseville, historien de Normandie.
— Qu Père Daniel, Jésuite, historien de France.
— De Davila, historien des guerres civiles.
— Du Président de Thou, Thuanus, Historia sui Temporis.
1 Plus tard, Dom Bodin ajouta : « Dom TouMaint Dapletsis de la congrégation de Saint-Maur. » Paris, 2 tomes in-4<», 1740. Sédition est anonyme.
> La copie de 1782 porte en pins : « L'Histoire militaire est faitte sur les historiens dont les noms suirent. » Ces mots nécessaires deraient se trouver sur la copie originale de Dom Bodin, et ils auront été omis» par inadvertance, sur celle qu'il fit faire sous ses yeux, sans rétablir l^omission.
— De d6 Prade, historien de FVanoe.
-* De Jean de Serres, historien de Franoê.- «- De Nicolas Gilles, autenr des Chroniques et Aniiaks de France.
— De THistoire de 1* Abbaye de Sf Catherine K
— Des Mémoires da Chancelier Hortant *. »
On doit croire qne ce sont là les seules antofités ttttsoltées par Dom Bodin pour son c Histoire militaire, » posaiBll rafRrme. Cependant il en est d'antres qn'on poomit signaler, par exemple les Chroniques de Normandie, édi-. t^parLeTallenr on par Le Mesgissier, et dont le fimd se retrrmye ponr les premiers temps de cette « Histoire milita] re. » S*il ne l'a pas fait, c'est qne les antenrs de l'Histoire de France qu'il cite l'avaient fait ponr lui et à son insn.
Dom Bodin ne se borne pas totijours & cextraire les fidts des historiens » qu'il cite. On trouve chez lui de nombreux emprunte, presque textuels et d'une asses grande étendue, par exemple, dans son < Histoire civile, » entièrement tirée Ah la Deâcriplion de la Haute-Normandie par p. T. ImplcHsis. Pour « l'Histoire militaire, » après les dncs de Normandie, il abr^e surtout VHistoire sommaire de Normandie par le s** de Masseville, et, pour le récit du ormbat d'Aumale, il copie en entier le Père Daniel, et cite même des textes latins empruntés au Présidait de Thou, dans la narration du si^e de NeufchÂtel par le duc de I^arme. Sa part d'originalité se trouve dans les notes, les
1 Pur Don PooiiiMrâje, à la tuKe de soo Histoire de VAhbape 4e Stiim^Otien de Bouen.
' Philippe Hnrault comte de Cheveniy, Chancelier de Franoe, auteur de Mémoireê d'Etat.
critiques, les Remarques et Additions, placées eu marge, au bas des pages ou rejetées à la fin de son travail.
Au moment de déposer la plume, il disait : « Si nous pouvons par la suite faire quelques nouvelles découvertes qui concernent notre illustre patrie, nous ferons part de toutes celles qui nous paraîtront importantes par les Additioiis que nous ferons çy-après. » Il a tenu parcde, car, bien que Touvrage fût terminé en 1753, il n'a cessé de le réviser et de le compléter de deux manières. Le manuscrit offire, en effet, des notes marginales ou bien au bas des pages, enasses grand nombre, et surtout des « Remarques et Additions, » qui ne faisaient pas partie du texte primitif. Assez restreintes dans la copie de 1782, elles s'élèvent à quinze dans le ms. que nous publions. Les sujets de ces Remarques et ADDmoNS se rapportent à l'Histoire civile, militaire et religieuse de Neufchâtel, et on les trouvera ci-après ^
Obéissant encore au désir d'améliorer son œuvre, il fit un travail du même genre, sous le double titre de Drinoourt ou Nbufchatrl, avec ce sous-titre explicatif : « Copie de chartes latines avec leurs traductions et notes depuis la charte de l'année 1 1 88 inclusivement pour servir à la rédaotion de l'histoire de Drincourt^ qui depuis a pris le nom de
Neufchâtel jusques et compris la charte de l'année
1250. » Elles sont au nombre de douze, et toutes ont trait aux établissements religieux de Neufchâtel et des environs, pour établir leurs droits respectifs.
Ce nouveau manuscrit forme un recueil de 28 pages in-4^, d'une très belle écriture, et qui est joint à celui de YHistoire de Neufchâtel ^ de Dom Bodin, légué à la Biblio-
1 Voir, pages 121-142.
thèqne de Rooen par M. de MoQtbret ^ Une note, de la main de M. l'abbé Barré, plaeée an bas dn titre, nous apprend qae : < Cette copie a été fidte snr celle de M. Bodin, religieux de Tabbaye de Beaubec, restée entre les mains desasœnr '. » D'après cela, ne serait-ce pas M. l'abbé Barré qui aurait £ait faire cette copie pour la joindre an ms. dé Dom Bodin. qu elle Tient compléter heureusement! Hais, si le trarail est très bien lait, au point de vue de la calligraf^e, il laisse un peu à désirer pour l'exactitude des textes latins '.
Telle qu'elle est, cette Histoire de Neufchâtel a sa valeur propre. Elle vient de ce que l'auteur a groupé, avec un zèle des plus louables, la plupart des matériaux fournis par les historiens ses devanciers, et qu'il y a joint des observations personnelles pour écrire l'histoire < de son illustre patrie. > Elle vient de ce que, le premier, il en a Eût un récit suivi, qui le place à la tête de tous les historiens de Neufchâtel, et par la date et par le mérite ; car ses successeurs n'ont ajouté que fort peu de chose aux éléments contenus dans son texte et dans les divers compléments dont il l'a accompagné, pour toute la période dont il s'occupe.
M. Gnilmeth s'est borné à résumer, d'une façon sèche et incomplète, Y Histoire de Neufchâtel de Dom Bodin dans
1 Nous publions œ manuscrit àlasoite des Rsma&qubs et Additioiis, pages 143-163, ei on en Terra le détail dans la « Table générale du volume. »
* « Les débris de sa Mbliothéque se trouvaient en la possession de Mad*ii< Rosalie Bodin, sa parente, décédée il y a une vingtaine d'années, à Neuville-Ferrières. » Communication de M. Ch. Lefebvre.
^ Nuus remercions M. Charles de Beaurepaire d*avoir bien voulu oollationner celles de ces chartes dont les originaux sont aui Archives de la Stiine-luférioure.
sa Description de rA rromâitn jmemi ée ASra/bftéM (1838), pages 8-25, sans citer «ksmIs fcb U wnda raateur. Hus cop sci a K Jq n et plus jsste, M. Fakèé D»corde, dans s(m Bsm Usiariqme et arekèoiogÊfme smr te canton de Neufchâtel (1848), pages 23-60, bit rartîde < Nenfcliàtel, > en indiqfoant comme sowce une < Histoire
de NeofchiteU ms.* » donl une copie exislait i la BiblkH thèque pufaliqae de Neofichitd, eten dcxmanl, Tefs la fin, le nom de Tauteiir, Dom Bodin, sniri de cette remarque : « Nous avims souTentconsolté œmannscrit poor la rédaction du présent article. » (P. 59). Cest à lui qu'il roiToie, près d*une trentaine de fms, quand il met en note : < His^ ioire de Neufchâtel, ms. » Sauf qudques déUils secondaires, on n*y trouve guère que le résumé du texte de Dom Bodin. M. Léon de Duranville en parla* accidentellement, mais ne s'en servit pas dans ses c I^ouveaux documente sur la ville de Neufchâtel-en-Braj, » Rbyub de Rouen, 1851, pages 395-418, sauf pour les ExtraitsduA#emotre «fil rfrten Miton ^ que contenait le manuscrit consulté par lui. Enfin M. Potin de la Mairie le mit à contribution plus souvent qu'il ne le pensait. Trois ou quatre fois il mentionne une Histoire de Neufchâtel^ qui est celle de Dom Bodin, sans se douter qu'il en a reproduit le texte dans tous les emprunte faite à MM. Guilmeth, l'abbé Decorde et autres. On voit que Dom Bodin a été jusqu'ici la source où les historiens de Neufchâtel, ou plutôt les faiseurs de Notices, ont puisé presque exclusivement. Il a joué, pour l'Histoire de cette ville, le rôle de Farin pour l'Histoire de Rouen.
n a encore cette ressemblance avec lui qu'il s'arrête à la
1 Voir notre Introduction au Mémoire de Miton, pages xxvui-xxix.
xxn
fin da XVII* siècde, car il n'en aort guère que pour donner le nom de quelques gouverneurs de Neufdiâtel se rattachant à la famille des Lestendart, seigneurs de BuUy, ou bien pour faire quelques remarques secondaires, placées sur les marges, à l'occasion d'un fait généralement peu important La rédaction de cette histoire étant terminée, dès 1753, il ne va pas même jusque là, faute de faits importants, sans doute, tant il est vrai de dire que l'importance de Neui^ châtel était attachée à son rôle de place de guerre. U en résulte que son travail, incomplet, laisse encore une longue carrière à parcourir pour les futurs historiens de cette viUe. C'est sûr les deux derniers siècles surtout que portera la nouveauté de leur travail, Dom Bodin ne pouvant leur venir en aide que pour les siècles antérieurs.
Mais un mérite qu'on ne saurait lui contester, est d'avoir bien compris que Neufçhâtel devait toute son importance à son rôle de place de guerre, comme nous l'avons déjà fait remarquer, en parlant du Mémoire de Miton ^ Dom Bodin y revient à plusieurs reprises^ Au début du xu* siècle, il dit : € Le lecteur me permettra de faire icy une digression, pour luifaire observer que ce fut vers ce temps, qu'Henri I**, roi d'Angleterre et dixième duc de Normandie, substitua à la ville de Dr incourt un château dont luy vient le nom de Neufçhâtel, qu'elle porte aujourd'huy ; l'augmentation de cette ville et oe nouveau château, que ses fortifications mettoient en étatde soutenir les plus forts assauts, la firent regarder comme une place propre à la sûreté et à la défense de la partie septentrionale de la province. En effet, les sièges sanglants qu'elle a essuyés, dont parle l'histoire,
1 Voir InlrodiictioD, p. vui-ix*
xxin
Font rendue ékWbre, malgré l'injare da tenaps K p Avec la démolition de ses remparts^ NeufehAtal perdit de son importance, en 7 gagnant plus de tranquillité, ainsi que Dom Bodin le constate : < Le château de Neufchâtel, di^41, et les principales fortifications des remparts de la ville furent des premières rasées en 1595, et dès lors ceste ville, qui depuis sa fondation avmt presque toujours été en proye aux ravages de la guerre, se vit affermie dans une par&ite tranquillité dont elle a toujours jouy jusques à présent. Nos monarques, pour y entretenir le bon ordre, ont continué depuis d'y nommer des gouverneurs *. » Son rôle militaire lui avait valu une autre institution, celle d'un hôpital royal, exclusivement destiné aux gens de guerre, ce qui subsista jusqu'à la révolution, comme le dit notre auteur : « On ne recevoit alors et on ne reçoit encore aujourdliuy que des gens de guerre à l'hôpital royal '. »
On comprend donc qu'arrivé à la fin de s(mi récit, il ait pu dire, avec un sentiment d'oi^eil : « Le cours de cette histoire nous fait assésvoir que si les malheurs delà guerre servent à illustrer, Neufchâtel n'est pas une des villes du royaume qui se soit acquis le moins de gloire. Le grand ncmibre de ses exploits, que l'on peut compter par ses ses sièges, la met même sans contredit en parallèle, pour la Taleur, avec les principales du royaume et la rend une des plus célèbres de la province^. » S'il y a quelque peu d'exagération, dû au patriotisme local de Dom Bodin, il faut reoonnaitre, d'après son récit et d'après le Mémoire de
1 Voir, page 35^.
s y<nr, pages 11M18.
«Voir, p. 11.
« Voit, p. 119,
MiUm, que ce rôle de plaœ gaorre imposa à la Tille Neafohàiel des devoirs qu'elle sat remplir avec hoimear.
Enfin , bien que V Histoire de Neufdiâtd ne soit qu'une réunion, une collection de textes divers, il firat reconnaître que l'auteur les a assez habilement reliés et fondus entreeux, en suivant rigoureusement l'ordre successif des £uts avec leur date^ mise en manchettes, et que le tout, présenté dans un style dair et sans prétention, forme un ensemble d'une lecture &dle et attachante. Une fois de plus se trouve justifiée la remarque d'un ancien : c L'histoire plaît, de quelque fiB^^n qu'elle soit écrite ; car l'homme est naturellement curieux, et la connaissance toute simple des faits le captive, habitué qu'il est à se laisser séduire par des bavardages et même par des contes ^ >
Mais comme sa méthode de prendre des textes un peu de tous côtés a ses périls, et que, pour être compris, pour être consulté, pour être cru, Dom Bodin avait besoin d'être commenté, contrôlé, discuté, nous avons joint à son texte de nombreuses notes pour bien préciser les faits etles dates et même des Appendices pour compléter les points trop sommairement indiqués.
Si nous suivons une fois de plus ce mode de publication, c'est que nous pensons comme l'un des maîtres de la critique et de la philosophie contemporaines, c Rien n'est plus utile et plus agréable que de trouver au bas de la page la clef des personnages et des événements auxquels il est fait allusion ; c'est la méthode moderne de faire circuler à flots
^ « Historia quoquo modo acripta delectat Sont enim homioM natura curioai, et quainlibet imda rerum oogaitiooe eapiuntar, ot qui sermuihculis etiam fabellisque ducantar. » Pline le Jeune, Lettres^ v. S.
la lumière autour des textes que Ton édite, et cette méthode est la bonne ^ »
Comprise de cette façon, l'œuvre inédite de Dom Bodin aura quelques chances de plus d'obtenir des lecteurs la grâce qu*il en attendait : « Le lecteur voudra bien se contenter, disait-il, des découvertes que nous faisons icy, et nous osons nous promettre une indulgence entière pour tout ce petit ouvrage, qui n*est qu'un faible reste de tout ce que la mémoire ingrate a pu nous fournir '. »
Eu tout cas, son Histoire de Neufchâtelj œuvre plus saine et de plus longue haleine que toutes celles de ses successeurs, aura toujours le mérite de fournir, aux futurs historiens de cette ville, une suite de faits relatés dans leur nudité, mais généralement incontestables, un répertoire de sources pour l'ensemble de son histc ire, et un cadre utile et commode pour 7 présenter, avec plus de succès, le résultat de leurs travaux et de leurs découvertes.
C'est dans ce but que le Bureau de la Société de l'histoire de Normandie a décidé la publication de V Histoire de Neufcnàtel-en-Bray par Dom Bodin, restée jusqu'ici manuscrite, avec l'espoir d'échapper au blâme que la critique de nos jours a parfois formulé en ces termes : « L'inédit trop souvent n'est inédit que parce qu'il ne vaut pas la peine d'être édité. » Le Bureau a pris cette décision parce qu'à ses yeux, cette seconde publication de notre Société sur la même ville ne fait point double emploi avec
i M. Garo. Journal des Savants ^ocUyhve 1881. p. 606.
1 Ce passage, qui ne figure pas dsins la copie de 1782, a été ajouté au texte du manuscrit que nous publions par Dom Bodin lui-môme, et bien ceiftainement, à la fin de sa vie, comme le prouve Texcuse tirée de « sa mémoire ingrate. »
la premièie, le Mémoire d'Adrien Miton; car le Mémoire met l'homme en relief, tandis que YHistoire sacrifie rhomme aux événements.
Aussi, après ces deux publications, comme nous l'avons déjà remarqué ', il restera encore une tâche à remplir^ tant la vérité historique est lente et tardive : ce sera de dégager le vrai des nouveaux éléments historiques qu'elles renferment et d'en composer, sur un plan méthodique, une histoire définitive de Neufchâtel, où le lecteur trouvera le tableau véridique et complet de tout ce qui se rattache à cette ville, depuis son berceau jusqu'à nos jours, en insistant sur la partie la plus curieuse de ses annales, son rôle longtemps important de place forte, à deux jours de marche seulement de notre ancienne firontière.
1 Documents eomoernaml VkUtoire de ffeufahàUlneW'Bray^ Introduction, page LY.