‹ Histoire civile et religieuse de la Colombe depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

La colombe messagère.

J*ai entendu dire mille fois que le pigeon esl ramené vers le colombier, par son instinct : soit; mais quelles sont les facultés physiques qui viennent en aide à cet instinct et le secondent dans ses merveilleux effets? — Jamais on n'a pu me donner une réponse satisfaisante à cette question, ce qui me porte à croire qu'on ne s'est point assez occupé jusqu'à présent de cet étrange mystère : espérons que ce sera à notre siècle qu'appartiendra encore Thonneur

de le dévoiler. QaoiqaMI en soit, voyons maintenant les services signalés que la colombe a rendus aux hommes en maintes circonstances.

L'usage de se servir du pigeon pour porter des messages , se perd dans la nuit des temps : il remonte probablement à l'époque même où cet oiseau reçut un asile au milieu des cabanes que les premiers habitants de la terre se construisirent. Il est impossible, en effet, que ceux-ci n'aient pas remarqué tout d*abord l'admirable fidélité avec laquelle le pigeon retourne toujours à son logement ; et les grandes difficultés que présentaient les voies de communication entre les diverses peuplades, nées les unes des autres, et séparées par des fleuves, des forêts, des chaînes de montagnes, ont dû faire venir, tout naturellement, me semble-t-il, l'idée de mettre cette fidélité à profit. Nous savons déjà que les Grecs en tiraient de précieux avantages, et quMls la firent connaître aux Romains. — Avant la mémorable époque où ces derniers s'enrichirent de la civilisation d'Athènes et de Corinthe, on se servait, en Italie, d'hirondelles au lieu de colombes, en guise de courriers. Pline rapporte ^ qu'un Cécina de Volaterre, de

* Hist nat lib. X. c. 34.

Tordre équestre, entrepreneur de chars pour les jeux , emportait des hirondelles à Rome , et les renvoyait pour annoncer à ses amis le succès des courses. Elles revenaient dans leurs nids, peintes de la couleur victorieuse. Le même auteur cite un second eiemple tiré des Annales du plus ancien historien romain» Fabius Pictor K Une garnison romaine étant assiégée par les Liguriens, on apporta à Fabius une hirondelle prise dans son nid, afin qu*en lui attachant une ficelle à la patte, il fit connaître aux assiégés, par le nombre des nœuds, le jour qu'ils seraient secourus, pour qu'ils fissent en même temps une sortie.

L'hirondelle n'est pas du reste le seul oiseau dont, en pareilles circonstances, on fit usage dans l'antiquité. Un roi d'Egypte, du nom de Marrés, avait une corneille si admirablement dressée, que, si Ton en croit Élien ^, elle portait rapidement des lettres dans toutes les directions : on n'avait qu'à lui indiquer l'endroit. J'ai parlé déjà du tombeau que Marrés fit élever pour honorer la mémoire de cet oiseau.

C'est du temps de Varron, c'est-à-dire, un demi siècle après la conquête de la Grèce, que les Romains

* Cet historien vivait 220 avant J.-C.

* De anim, nat. , lib. VI , c. 7.

commencèrent à confier des missives aux pigeons. Une conséquence bien connue, dit ce docte écrivain ^, de Finslinct qni reconduit le pigeon au lieu d'où il est parti, c'est l'habitude qu'ont prise certaines personnes d'en apporter dans leur sein au théâtre, pour leur y donner la volée ; — ce qu'elles ne feraient pas , si elles n'avaient pas la certitude de voir ces pigeons revenir au logis.

Cette réflexion de Varron prouve à l'évidence que l'habitude dont il parle, et par conséquent la connaissance de l'instinct du pigeon, étaient encore de fraîche date chez les Romains. Quoiqu'il en soit, Juste-Lipse ^ croit, et avec raison, que ce qui se passait au théâtre, servit d'exemple à la garnison romaine lors du siège de Mutine^, qui eut lieu 44 ans avant Jésus-Christ. Decimus Brutus, renfermé dans cette ville par Antoine, recevait, par l'entremise de pigeons, des nouvelles fréquentes du consul Hirtius. — Que servaient, demande Pline, qui rapporte ce fait ^, que servaient à Antoine les profondeurs des retranchements, la vigilance des soldats, les filets tendus dans

* De re rtutica , lib. III , c. 7.

s SatumaL Serm,, l\h, II.

s Modène.

* £rw/.iiaf.,lib.X.,c.S3.

toute la largeur du fleuve, quand le courrier prenait sa route par le ciel? — On voit que Jean Dousa ^ n^a fait que mettre en vers ce passage du naturaliste latin, lorsqu'il dit dans son poème intitulé : Obsidio Ley demis :

Quid vigil obsidio, quid arces, Âut vaila prosunt, per spatia invii Eunte cœli nuncio ?

Frontin, dans ses Stratagèmes de guerre *, nous explique comment Brutus et Hirtius s'y prenaient pour faire arriver les pigeons dans la place. Après les avoir renfermés dans des lieux obscurs, et leur avoir fait endurer la faim, Hirtius leur attachait des lettres au cou, au moyen d'une soie ^, et les lâchait ensuite à l'endroit le plus rapproché des remparts. Les pigeons, avides de revoir la lumière et de trouver de la nourriture, volaient vers les faites des édifices de la ville , où ils étaient pris par Brutus , qui apprenait ainsi ce qui se passait au-dehors , surtout lorsqu'on plaçant de la nourriture en certains

^ Ou Jeau Van der Does, littérateur, diplomate el guerrier hollandais ; né en 1545 , mort en 1604.

* Ub. III. — Frontin naquit vers Tan 40 de J.-G. et mourut vers ran 106.

» Seta, un poil de porc.

endroits, il eut accoutumé ces messagers 5 venir s*y reposer.

Les Romains ont-ils eu recours aux pigeons en d'autres circonstances importantes encore que celle du siège de Blodène? On n'en saurait douter , me semble-t-il. Ce premier essai avait trop bien réussi pour ne pas le renouveler dans la suite, chaque fois que les communications étaient impossibles par tout autre chemin que celui du ciel. Nous trouvons du reste dans Martial une épigramme ^ qui autorise à croire que, dans la suite, les particuliers de Rome, de même que ceux d'Athènes, se servirent de notre oiseau pour correspondre entre eux. Voici une imitation extrêmement heureuse de cette charmante petite pièce du poète latin ; elle est due à la plume élégante de M. Ernest Buschmann :

* De columba Aretullœ.

Aéra per lacilum delapita sedenlis in ipso»

Fluiit , Aretullae, blanda colomba siniis . Luscrat hoc casus : nisi in observata mancret ,

Pennissftque sibi nollet abire fugft.

Si meliora piae fas est sperare sorori ,

Et dominam mvndi flectere vota valent ; HaBc à Sardois tibi forsitan exnlis cris,

Fratro revonuro , nancia venit avis.

Martiaus Epigram., lib. VIII, pp SS.

Martial, né en Espagne vers Tan 40, mourut vers i'an 103

Sur la Colombe dWrétuUa f.

Tandis qu'ÂrétuUa révease était assise,

Uce colombe qui divise L'air, de son aile blanche au léger battement. Vint sur son jeune sein se poser doucement. N'est-ce là qu'un hasard ? . . . Non, car la fuite est sûre. Et l'oiseau s'y refuse. — Oh ! s'il nous est permis, Arétulla, d'y voir un favorable augure.

Si le maitre du monde, à qui tout est soumis , Daigne écouter les vœux de ton âme qui saigne. Peut-être cet oiseau , beau messager ailé.

Vient des côtes de la Sardaigne , l'annoncer le retour de ton frère exilé I

Dans rOrienl, Fusage des colombes messagères appartient à la plus haute antiquité; cependant il ne s'en trouve pas, que je sache, de preuves historiques plus anciennes que celles qui se rattachent aux croisades. Quelques savants, dit M. Michaud ^, ne font pas remonter les messages des pigeons au-delà du règne de Nour-Eddin, qui imagina, comme on sait, d'organiser des postes régulières servies par des colombes. Le célèbre auteur de l'histoire des guerres saintes, fait remarquer que ce moyen de communication était

* Pour comprendre cette pièce , il faut savoir que l'empereur Domitien avait exilé en Sardaigne le frère d' Arétulla, et que ce malheureux, tendrement aimé de sa sœur, ne cessait de demander son rappel.

* HisL des crois., note du liv. III, anno i098.

très-ancien en Asie , mais qu'avant Nour-Eddin , il n'était employé que par accident et selon la fantaisie des particuliers. — Il est évident , en effet, que cet usage a dû exister bien longtemps avant que l'illustre sultan de Syrie et d'Egypte, conçût l'ingénieuse idée de l'exploiter au profit de l'utilité publique.

Ce qui prouve, dans tous les cas, que les savants dont parle M. Michaud, se trompent, c'est qu'il est fait mention , par les écrivains du moyen âge , de pigeons remplissant les fonctions de courriers, à des époques bien antérieures à celle de Nour-Eddin, qui ne monta sur le trône d'Âlep qu'en 1145.

Le chroniquer Albert d'Aix raconte ^ que la veuve d'un chevalier chrétien nommé Fulcher de Bouillon, étant tombée entre les mains des Infidèles , devint l'épouse du gouverneur musulman du château de Hasart. Ce chef se révolta contre son seigneur, Rodvan , prince d'Alep. Menacé des armes de son suzerain, il songea, d'après le conseil de sa femme, à implorer l'aide de Godefroid de Bouillon, auquel il envoya en ambassade un chrétien de Syrie. Comme le château renfermait beaucoup de prisonniers chrétiens, et qu'il commandait la route d'Antioche à

* Albertus aq. lib. V. c. 9.

— \të —

Édesse, Godefroid se montra disposé à traiter ; mais il demanda d*abord en otage le fils du gouverneur. Un arrangement fut conclu, et ce fut au moyen de colombes que le chef musulman reçut avis de l'issue des négociations. Godefroid et tous ceux qui étaient avec lui, ajoute le chroniqueur, furent dans l'admiration , en voyant cette manière de correspondre. Dux et universi , qui cum eo aderant, de hoc avium emissione mirantur.

C'est encore à la première expédition qu'appartient l'épisode suivant, dans lequel nous voyons un pigeon révéler miraculeusement, pour ainsi dire, aux croisés, une infâme trahison tramée contre eux par l'émir de Ptolémaïs (St.-Jean d'Acre). — Les soldats du Christ étaient arrivés devant cette ville : l'émir qui y commandait pour le calife d'Egypte , leur envoya des vivres, et leur promit de se rendre lorsqu'ils seraient maîtres de Jérusalem. Cette promesse, qui n'était qu'une ruse de guerre, causa une joie d'autant plus grande aux Francs qu'ils n'avaient pas l'intention d'attaquer la ville ; mais ils ne tardèrent pas à connaître la perfidie de l'émir. L'armée, après avoir quitté les plaines de Ptolémaïs, s'était dirigée entre la mer et le mont Carmel, et campait près de l'étang de Césarée , lorsqu'une colombe ,

échappée des serres d*un oiseau de proie , tomba sans vie aa milieu des soldats chrétiens. L'évéque d*Âpt, qui ramassa cet oiseau, trouva sous ses ailes une lettre écrite par Fémir de Ptolémaïs à celui de Césarée. c La race maudite des chrétiens , disait rémir, vient de traverser mon territoire; elle va passer sur le vôtre : que tous les chefs des villes musnimanes soient avertis de sa marche, et qu'ils prennent des mesures pour écraser nos ennemis. » Cette lettre fut lue dans le conseil des princes et devant toute Farmée. Les croisés, au rapport de Raymond d'Agiles , témoin oculaire , firent éclater leur surprise et leur joie, et ne doutèrent plus que Dieu ne protégeât leur entreprise, puisqu'il leur envoyait les oiseaux du ciel pour leur révéler les secrets des Infidèles ^

M. Michand ajoute dans une note, et sa remarque parait on ne peut plus fondée, que c'est évidemment ce récit de Raymond d'Agiles qui a inspiré au Tasse la fiction de son XVIII® livre, dans lequel un pigeon qui se dirigeait vers Solime , est poursuivi par un faucon et s'abat sur les genoux de Godefroid.

Si le pigeon, tombé entre les mains des chrétiens

* MiGHAUD, liv. IV, anno 1099.

près de Césarée, leur rendit un service éminent, un autre messager ailé ne leur fut pas moins utile au siège de Tyr. On sait que c'est sous Baudouin II que cette ville fut ajoutée à la domination des chrétiens, et que 9 par conséquent» cet événement est encore antérieur au règne de Mour-Eddin ^. Pendant que les croisés entouraient Fantique Reine des mers, ils remarquèrent qu'une colombe sortait fréquemment de la ville et y rentrait quelque temps après : ils se doutèrent aussitôt qu'elle servait d'intermédiaire entre les assiégés et leurs alliés , et qu'elle instruisait les premiers de tout ce qui se passait au-dehors. Il leur importait donc vivement de s'emparer de cet oiseau ; mais comment faire pour y parvenir ? Les traits de l'arbalète ne pouvaient l'atteindre dans son vol élevé. Enfin, on résolut que la première fois qu'il paraîtrait encore , l'armée entière , tant les troupes de mer que celles de terre , pousserait des cris étourdissants. Ce moyen ingénieux réussit, dit-on, à merveille ; la colombe épouvantée , abassourdie et comme précipitée par un ouragan, tomba sur le sol, ce qui remplit de joie les soldats du Christ : ils s'empressèrent de prendre connaissance du message

< Baudouin fut roi de Jérusalem de 1118a 1131.

que la colombe devait transmettre, ce jour-là, aux Tyriens. c Des secours ne tarderont pas à vous arriver, écrivait-on à ceux-ci; prenez courage, tenez ferme, et attendez. > Sur le champ, ce message est remplacé par un autre, tracé également en caractères barbares, et dans lequel on apprend aux assiégés que tout est perdu ; qu'ils ont satisfait à ce qu'exigeaient d'eux rhonneur et la fidélité; que la fortune les trahit ; enfin , qu'ils ne doivent plus espérer d'être secourus, l'ennemi ayant intercepté toutes les communications.

Chargée de ces trompeuses nouvelles, la colombe fut remise en liberté. Qu'on juge de la surprise et de la consternation des habitants de la ville. Abandonnés à eux-mêmes, que pouvaient-ils désormais? Et puis, une plus longue résistance ne rendrait-elle pas plus terrible encore la vengeance des chrétiens

devenus maîtres de la place ? Tous en étaient

persuadés, et Tyr ouvrit ses portes à l'armée de Baudouin ^.

11 est probable, me parait-il, que l'idée du moyen singulier dont les croisés se servirent en cette circonstance, fut suggérée par la connaissance qu'avait

1 Ce fait est rapporlé par Juste-Lipse, EpisL Cent, ad liai, et Hisp., épist. 59. J'ignore de quelle source cet écrivain Ta tiré.

Fan ou l'autre chef, de ce qui s'était passé» au dire de quelques historiens, deux siècles* avant Jésus-Christ, aux jeux néméens, lorsque le consul Flaminius, fit annoncer, par un crieur public, que les Grecs étaient remis en liberté. — En apprenant cette grande et heureuse nouvelle, tous les assistants, à ce que Ton raconte, jetèrent des cris de joie tellement bruyants, que les oiseaux qui, par hasard , passaient en ce moment audessus de leurs tètes, tombèrent éperdus dans Farène.

Pour moi, j'avoue que je ne crois pas plus à cette anecdote, qu'à celle de la colombe de Tyr.

Dans la quatrième croisade, en 1197, le prince d'Antioche étant venu se joindre aux chétiens, il envoya une colombe dans sa capitale , pour annoncer à tous les habitants de sa principauté, les triomphes miraculeux des soldats de la croix ^. Arnold de Lubeck, qui rapporte ce message, parait craindre, dit M. Michaud, qu'on n'ajoute pas foi à son récit, et croit devoir expliquer ce fait pour le faire croire. — Voici comment Arnold s'exprime dans le chapitre III de sa chronique : c Je vais parler maintenant d'un usage non pas ridicule , mais ridiculement emprunté par les chrétiens aux Gentils , qui , plus sages dans la conduite de leurs aifaires que les enfants de lumière,

* MiGHÀUD, liv. lX,annoll97.

inventent beaucoup de choses que nous ne connaîtrions pas, si nous ne les avions apprises d'eux par hasard. Quand ils sortent pour quelque afiB»ire, ils emportent toujours avec eux des colombes qui ont ou des œufs ou des petits récemment éclos; et si, pendant leur voyage, ils veulent annoncer une nouvelle dans le lieu d*où ils sont partis, ils attachent, avec beaucoup d*habileté, une lettre à Tune de ces colombes et la laissent voler. Comme l'oiseau se bâte de rejoindre ses petits, il apporte rapidement aux amis de son maître, le message désiré ».

Cette ignorance où était l'Europe, à la fin du XIT'' siècle, à regard d'un fait connu de toute l'antiquité , — je veux parler des avantages que l'on peut tirer de l'instinct du pigeon, — prouve d'une manière frappante, que rien à cette époque, n'avait pénétré encore en Occident, ni de la civilisation grecque ou romaine, ni de celle de l'Orient. Cette seule particularité suffirait, au besoin, pour nous donner une idée delà profonde barbarie de nos pères au moyen âge, et cette particularité est d'autant plus remarquable, que, depuis plusieurs siècles, on élevait des pigeons dans divers pays de l'Europe, comme nous le verrons plus loin par deux capitulaires donnés l'un, en 630, par Dagobert et l'autre par Charlemagne, en 800.

M. WilkeD, dans son Histoire des croisades^, nous apprend qae la garnison musulàiane de Ptolémaïs, assiégée par les chrétiens en 1190, entretenait une correspondance active avec le sultan Saladin , qui essayait en vain de rompre les lignes des assiégeants, et que cette correspondance se faisait au moyen de pigeons, sous les ailes desquels on attachait des lettres. Voici, ajoute l'historien allemand, un passage, tiré d'un écrivain contemporain arabe, (Omad,) et reproduit par le chroniqueur oriental Abu Schamah dans son histoire de Saladin, dont le manuscrit se trouve à la bibliothèque royale de Paris. < Il y avait dans le camp du sultan un soldat qui s'amusait à dresser des colombes à voter autour de sa tente et à y rentrer. Il avait construit une petite tour en bois plus léger que du roseau, et il habitua, par degrés, les colombes à voler toujours plus loin et à revenir. Nous lui dîmes qu'il se donnait des peines inutiles; mais pendant le siège de Ptolémaïs, nous apprîmes tout l'avantage qu'on pouvait tirer de ces oiseaux. Jour et nuit, nous demandions à cet homme des colombes dressées par lui, et elles finirent par devenir très-rares, parce que nous en avions envoyé en nombre considérable aux habitants de la ville. > * Geschichte der Kreuzzûge, tom VI.

Au siège de Damiette par Farinée des croisés, en 1319, les musulmans employèrent encore des colombes pour communiquer avec la garnison et les habitants de la ville *.

L'usage des pigeons messagers s*est toujours conservé en Asie, depuis les croisades jusqu'à nos jours. Un voyageur hollandais du XVP siècle, nommé Jean Huygen Van Linschoten ^ nous dit dans son Voyage aux Indes-Qrientales , que le Grand-Turc recevait sans cesse de tous ses royaumes et pays, et y envoyait de même , des communications portées par des pigeons. On se sert de ces oiseaux dans toute la Turquie, ajoute Van Linschoten : ils sont dressés à cela; on leur attache un petit anneau à la patte ; on les transporte de Bassora et de Babylone à Alep et à Constantinople, ou bien de ces deux dernières villes aux deux premières, de sorte que si de la ville où le pigeon est retenu, on veut faire parvenir une nouvelle importante à celle d'où il a été apporté, on suspend tout simplement une lettre à Tanneau de sa patte, et on lui donne la volée. Ce qui paraîtra incroyable, ajoute le voyageur hollandais, bien que cela

* WiLKEN, lOCO cit.

« Itinerario, voyage ofte êchipvaert van Jan Huygen van Linschoten naer Oost ofte Portugaels Indien , etc., Amsterdam , 1595.

m'ait été affirmé par beaucoup de personnes venaes de la Turquie 9 c'est que ces pigeons traversent parfois on espace de mille milles , et même davantage.

Dans rOrient , surtout dans la Syrie, dans TÂrabie et dans l'Egypte, dit le célèbre voyageur Tavernier \ on dresse des pigeons à porter des billets sous leurs ailes , et à rapporter la réponse à ceux qui les ont envoyés. Le Mogol fait nourrir en beaucoup d'endroits, des pigeons qui servent à porter des lettres dans les occasions où l'on a besoin d'une extrême diligence ; ils les portent d'un bout de ses États à l'autre. Tous les jours le consul d'Alexandrette envoie des nouvelles à Âlep, en cinq heures, quoique ces villes soient éloignées de trois journées de cheval.

Les caravanes qui voyagent en Arabie, font savoir leur marche aux souverains arabes , avec qui elles sont entrées en alliance , par des pigeons à qui on met un billet sous l'aile K Ces oiseaux vont avec une rapidité et une promptitude extraordinaires, et reviennent avec encore plus de diligence, pour se rendre au lieu où ils ont été nourris et où ils ont leurs nids. On a souvent vu de ces pigeons couchés sur le sable, le ventre en

< Voy. Dict, de la Bible, pzT dom GALMET,art. colombe^ — La distance d'Alexandrette à Alep, est de 124 kilomètres. * Relation des Caravaiui ; Voy. dom GALMETf looo cit.

Tair et le bec ouvert, attendant la rosée pour se rafraîchir et reprendre baleine.

Dans une lettre adressée en 1675 , par un missionnaire jésuite à M. Savary , agent-général des affaires du duc de Mantoue en France ^, nous lisons les détails suivants : Le 21 nous arrivâmes à Alep, accompagnés d'un grand nombre de Français qui étaient venus audevant de nous. Us avaient appris l'arrivée de notre vaisseau à Alexandrette, par des pigeons qu'on avait lâchés avec un billet sous l'aile, et qui s'en étaient retournés à Âlep, d'où on les apporte dans des cages. Ces messagers volants sont fort communs dans ce pays ; ils vont même de Bassora à Bagdad , qui en est éloigné de plus de cent lieues ^

Comme on a pu le remarquer» c'est généralement sous l'aile que les Orientaux avaient, et ont peut-être encore aujourd'hui, l'habitude d'attacher le message. Tout le monde sait parmi nous, que ce mode a de fâcheux inconvénients que l'on prévient en liant le billet à l'une des plumes de la queue, au moyen d'un 61 de laiton d'une extrême ténuité et qu'en flamand on appelle citerdraed (fil de sistre).

< Lettres édif, et curieuses, tom. III de Tédit de Paris 1830.

< La distance entre ces deux filles est de 410 kilom.

Ce n'est pas en Asie seulement, mais encore en Egypte que Ton confiait des lettres à notre oiseau. Jusle^Lipse dit avoir lu dans un écrivain du nom de Bernard Bredenbach ^ qui avait visité la Syrie et rÉgypte, que le gouverneur d'Alexandrie, appelé Amiral par les Sarrasins, alors maîtres du pays, avait toujours avec lui des colombes si bien instruites que partout où on les portait, elles revenaient incontinent, au palais, et même sur la table de leur maître. C'était dans la fidélité de ces oiseaux que l'amiral plaçait en grande partie sa sûreté, ainsi que celle de la ville, et voici comment. Chaque jour des gardes étaient envoyés en mer pour visiter les vaisseaux qui arrivaient de loin, et se convaincre ainsi <iu'ils ne renfermaient point de soldats. Ces gardes emportaient deux ou trois de ces pigeons avec eux, et dès qu'ils avaient appris quelque chose d'important, ils attachaient un billet au cou d'un de leurs courriers ailés, qui se rendait aussitôt auprès du gouverneur. Si dans la journée il se présentait quelqu'aulre incident dont ils crussent devoir instruire ce dernier, ils lui envoyaient une autre colombe, et grâce à ce moyen ingénieux,

* In Bernardo quodam Bmdbmsachio ; Epist. tent. ad iéak et Hisp. Ep.59.

rentrée du port et de la ville jouissait d*uiie parfaite sécurité.

Toutes les villes et les villages de la Haute et Basse-Egypte, dit le célèbre missionnaire Sicard ^, ont des colombiers sur les toits de la plupart des maisons, ou dans un coin de la basse-cour, avec cette différence que les colombiers de la Haute- Egypte représentent une tour carrée, et que ceux de la Basse-Egypte sont composés de plusieurs tourelles faites en cône, et construites en rond. On dit communément dans le Saïd, qu'un père de famille qui est à son aise, ne donnerait pas sa fille en mariage à un jeune homme qui n'aurait pas chez Iqi un colombier.

A quelle époque les peuples occidentaux ont-ils commencé à se servir de pigeons voyageurs ? C'est ce que l'on ne saurait dire ; il est probable que Tusage s'en introduisit parmi eux, avec tant d'autres, immédiatement après les croisades. Mais ce qui est certain, c'est que depuis près de trois siècles, ht colombe, comme oiseau messager, jouit dans l'Europe entière, d'une célébrité aussi grande que celle dont elle était, de temps immémorial, en possession dans

* Lettre adressée au comte de Toulouse, i7i6; Voy. Lett. édif. et ctir. Paris 1830, tom.VlII.

rOrient. Cette renommée loi fut acquise lors des sièges de Haarlem et de Leyde, ces deux lugubres, mais glorieuses pages de Thistoire des Pays-Bas ^ Les services que les pigeons rendirent aux malheureux concitoyens du magnanime Vander Werff et à ceux de la valeureuse Kenau Hasselaar, leur ont valu depuis» de la part de tous les Hollandais, une affection qui ne s'est jamais affitiblie. Voici ce que Juste-Lipse fait dire au poète Dousa ^ : — Les colombes sont en grande vénération chez nous autres Bataves, et ce n'est pas sans raison» puisque nous leur devons la vie. Ce sont elles, en effet, qui, lorsque nous étions assiégés, faisaient connaître à nos alliés notre affreuse position, et qui, au moment où nous allions être perdus, nous apportèrent la nouvelle d'un puissant secours.

La vénération que les Hollandais avaient pour les colombes du temps de Juste-Lipse, c'est*à-dire il y a plus de deux siècles, subsiste encore maintenant dans toute sa force, témoin ce qui se passe chaque jour dans la ville de Rotterdam, où Ton voit un nombre considérable de ces oiseaux venir s'abattre dans le local de la Bourse pour ramasser les grains

* Le siège de Haarlem eut lieu en 4572 et 1573, et celui de Leyde en 1574.

• Satum. Serm. lib. II. Ëdit. d'Anvers, 1637.

éehappés des mains des marchands. Nul n'oserait, nnl ne voudrait leur faire le moindre mal; les gcanins euxmêmes les aiment et les respeclent ; aussi, la confiance avec laquelle ils exploitent cette terre promise, est si grande, qu'ils y affluent, et s'y promènent à l'heure où des cenlaines de personnes y sont réunies, tout aussi tranquillement qu'aux autres heures de la journée, lorsque le locsd est peu fréquenté. Souvent on laisse tomber des grains à leur intention. Un étranger, — un malheureux colombophobe, sans doute, — eut un jour l'imprudence de frappa un de ces pigeons avec sa canne; mais il ^t à s'en repentir aussitôt; car tous ceux qai l'entouraient, lui firent comprendre par un regard et par des gestes non équivoques, Tindignation que cet acte de brutalité leur faisait éprouver.

Dans un journal rédigé jour par jour, heure par heure, un écrivain hollandais rapporte tous les événements qui eurent lien dans ville de Haarlem, pendant les trente et une êemaines que dura le siège K Il va sans dire qu'il n'a pas manqué de faire mention des lettres qui furent apportées par des pigeons.

f Korte historische aenteekeningeti wegens het voorgev€Ulene in de tpaensche bdegering der stad Haarlem in de jaareti 1S72 en 1573 : te Haarlem, 1729; door N. Van Rooswtk.

et qoi, tour à toar, vinrent ranimer on abattre le courage et les espérances de la population affamée. Voici quelques détails curieux à ce sujet.

Le 12 mai, on vit arriver dans la ville un messager ailé (een vliegende po$t), apportant un billet attaché à Tune de ses pattes. On tira vingt-deux fois sur lui. — Le lendemain un deuxième messager fut encore envoyé vers la ville.

Le 8 juin y une colombe, lâchée par le seigneur de Batenburg, apprend aux habitants que le Prince d'Orange forcerait bientôt les Espagnols à lever le siège; mais cette annonce , dit l'auteur de la chronique, console fort peu les bourgeois. — Probable* ment qu'au milieu des souffrances que la famine comimnçait à leur faire ressentir, ils n'osaient croire à la possibilité d'un si grand succès.

Le 18, un pigeon apporte une missive écrite par le seigneur Goulyn, qui fait savwr aux assiégés que le Prince est à Leyde; que de Batenburg s'est posté entre Utrecht et Amsterdam pour arrêter les convois destinés à l'armée espagnole; enfin, que lui, Goulyn, avancera les affaires de la ville autant qu'il est en son pouvoir. Hélas! s'écrie Van Rooswyk, la misère et la faim étaient si grandes en ce moment, qu'à défaut d'aliments substantiels, on était

réduit à manger des peaux de chevaux, et d*autres animaux.

Le jour suivant, le Prince écrit lui-même : le pigeon chargé de la lettre était un de ceux que le seigneur Serraats avait emportés avec lui de la ville. — Son Excellence s'étonne vivement de n'avoir pas reçu depuis longtemps un m^sage de la part des assiégés en réponse de ceux qu'il leur avait expédiés lui-même par la voie des airs. — Aucun de ces derniers n'était arrivé dans la ville.

Le 24, le Prince fait parvenir une seconde lettre à la malheureuse population, et lui promet devenir la secourir sous peu. Cette promesse ne produisit pas, parait-il, plus d'effet que celle du seigneur de Batenburg. Hélas! s'écrie encore notre chroniqueur, la faim était alors plus aiguë que jamais : il n'y avait plus d'autre nourriture que de la viande de chevaux et de chats ; des cuirs , des tourteaux de navet et du chènevis; ce qui, ajoute-t-il, — et tout le monde l'en croira volontiers sur parole, — ce qui n'était nullement appétissant ^

* Maarhelaas! op dezen tijd was den honger noch al scherper; daar was nu niet meer in de slad te eeten als paarden, huiden, katten, raapsbrood, kennipzaad . enz., dat gants niet smaakelyk <mt te eeten wtu.

Le 28, encore un billet de son Excellence, et, celte fois, grande joie dans la ville. Yan Rooswyck ne dit rien du contenu de ce billet; mais on peut conjecturer que le Taciturne engageait les assiégés à faire une sortie, la nuit, leur promettant que l'armée des États viendrait à leur rencontre pour agir de concert avec eux. — La nuit étant venue, les habitants sortirent, en efiet, de la ville, au nombre de mille environ , portant tous des chemises blanches par dessus leurs vêtements. — Il est presqu'inutile de dire qu'ils imaginèrent cette mesure de précaution afin de pouvoir se reconnaître facilement les uns les autres, dans Tobscurité, pendant qu'ils en seraient aux mains avec les Espagnols. — Leur courageuse tentative demeura sans résultat, car les soldats des vaisseaux du Prince ne bougèrent point; ce qui affligea profondément toute la population.

Le 30, un pigeon apporte deux lettres ; — grande fut de nouveau la joie des habitants; mais elle ne devait durer que quelques heures , car le surlendemain, on se vit enfin forcé de déployer un drapeau noir sur la principale tour de Haarlem, pour faire connaître à Guillaume et à son armée, l'affreuse extrémité où Von était réduit.

Le 4 juillet, le funèbre signal flotte une seconde fois

dans les airs. La désolation est générale, le désespoir

est à son comble Cependant un pigeon arrive; il

est envoyé par le Prince: que vient-il annoncer? La délivrance de la ville! — Son Excellence» en effet, fait savoir à ses infortunés compatriotes que^ la nuit suivante , il leur fera parvenir des vivres et qu'il forcera Fennemi à lever le siège. — On renaît à la vie, et Ton attend la fin du jour avec une indicible impatience. Le soir tombe enfin , et une partie des soldats de la garnison, revêtus, comme la première fois, de chemises blanches, se glisse hors de la ville, pour se joindre aux troupes, qui, d'après la promesse de Guillaume, devaient venir attaquer les assiégeants. — Ces braves furent encore trompés dans leurs espérances; ils attendirent pendant plusieurs heures; mais aucun homme ne descendit des vaisseaux du Prince.

Enfin, le 9 juillet, — jour de malheur et de deuil! — une colombe vient apprendre tout-à-coup aux habitants de Haarlem que Tarmée des États est détruite. Ainsi donc, plus d'espoir désormais. — La consternation et la douleur que cette nouvelle répandit dans la ville , ne sauraient se décrire. A quoi servait-il , maintenant, d'avoir montré tant d'héroïsme, d'avoir supporté si longtemps, la misère la plus affreuse,

la famine la plus atroce? Que D'avait^on pas à

redouter de la fureur des Espagnols? La longue résistance qu'on leur avait faite, ne devait-elle pas rendre la vengeance plus cruelle , plus sanglante encore ? Cela n'était que trop certain : aussi, quelques capitaines recommandèrent-ils aux hommes de leurs régiments de se préparer à sortir de la ville, où l'on abandonnerait les enfants et les femmes. Mais ce projet ayant été connu de ces infortunées, elles se rassemblèrent dans les rues et les places publiques, en poussant des cris déchirants. Le tumulte fut si grand t qu'on ne trouva aucun moyen de l'apaiser; il fallut donc renoncer à l'horrible résolution que le désespoir seul avait pu inspirer.

Le lendemain la population se disposa à quitter la ville, mais tout entière à la fois. Il fut ordonné que sept bataillons, composés la plupart d'arquebusiers , ouvriraient la marche ; qu'ils seraient suivis des membres du conseil de la ville, des confréries et des bourgeois, avec les femmes et les enfants. L'arrière-garde devait être formée de neuf bataillons de soldats.

Pour le malheur de la ville, cette disposition ne fut pas exécutée, par suite d'une lettre qu'on reçut du duc d'Albe, dans laquelle ce représentant de

PUKppe II, promeltait de recefoir tons les habitants eo gAeeK

Le 12, les deox bourgmestres et quelques autres diefs, eoudoreot atec les Espagnols on premier aeeord touchant la reddition de la place. — Le lendemain, à 4 heores do matin, le magistrat assembla les booi^eois et les soldats, et leor demanda s'ils ▼oolaient rester et se mettre à la merci do doc tfAlbe ^, oo bien, s'ils préféraient qoittar la ville, mais sans armes. Qoelqo'embarrassante qoe fût Faltemative, on ne balança point; soldats et bourgeois répondirent qo'ils aimaient mieox rester, s'abandonnant à la divine Providence, et résignés d'avance au sort qui les attendait, quel qu'il dût être.

A 9 heures, ceux qui avaient conclu la convention de la veille, se rendirent une seconde fois au camp ennemi pour la sanctionna définitivement. La ville fat rachetée du pillage pour la somme de 240,000 florins, payable en deux parties ; la première avant 12 jours, la seconde avant 3 mois.

Le contrat étant signé de part et d'autre, les

* Dat aile die in de stad waren , in genade zonde worden aengenomen.

* Of ze wilden op genade en ongenade ?an dac d*Âlva in de stad blyven....

Espagnols prirent, possession de cette héroïque cité, que la famine seule faisait enfin tomber en leur pouvoir. Le siège avait duré 217 jours! ! — C'est le 44 juillet 1572, que don Frédéric, fils du duc d'Albe, fit son entrée à Haarlem, et c'est le lendemain que commença, pour ne se terminer que le 21 du mois suivant , Thorrible boucherie qui contribua si puissamment à rendre la domination espagnole à jamais exécrable aux Pays-Bas.

Au siège de Leyde, immortalisé, comme tout le monde le sait, par le sublime dévouement du bourgmestre Vander Werff, on se servit également avec le plus heureux succès, de messagers ailés. Un écrivain contemporain ^ nous apprend que le 27 septembre 1574, Tamiral Louis de Boissot fit partir un pigeon chargé d'une lettre adressée aux habitants de la ville. 11 les engageait à placer avec confiance en Dieu , Fespoir de leur délivrance ; à demeurer fermes dans la résolution qu'ils avaient prise de se défendre vaillamment ; enfin, à ne laisser entrer aucun convoi de vivres dans leurs murs , à moins qu'on ne le vit , lui , Boissot , arriver en même temps , ou qu'on

* Kortc beschryvinge van de strenge belegeringe en wonderbare verlossinge der stad Leidetif in den jaare 1574, door Jan Fruytiers , welke in dien tyd geleefd heeft. Haarlem^ 1739.

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n'eût la certilode qae le convoi venait de sa part. Il craignait qne les Espagnols n'enssent recours, pour pénétrer dans la place, à Fun on l'autre stratagème dans lequel ils Teraient usage de son nom. — On sait par quelle ruse ingénieuse les confédérés s'emparèrent, en 4590 de la ville de Bréda.

Soit qu'il s'égarât, soit quMl Tût tué par l'ennemi ou par un oiseau de proie, le pigeon de l'amiral n'arriva point à sa destination.

Un autre, lâché le lendemain, réussit mieux, et la satisfaction que la lettre dont il était porteur , répandit dans la ville , fut si vive que les magistrats firent mettre toutes les cloches en branle, pendant qu'ils donnèrent au peuple lecture de la bienheureuse missive. Elle annonçait que son Excellence s'était rendue elle-même à l'armée , et qu'elle avait pris

toutes les mesures propres à secourir la ville ; qu'elle saluait amicalement tous les habitaals de Leyde ; qu'elle désirait les voir persévérer eucore un peu de temps dans leur fermeté; enfin , qu'elle les assurait que le Dieu des armées pourvoirait aux moyens de leur délivrance.

On peut dire que le messager de cette lettre contribua puissamment au salut de Leyde , car cette missive augmenta encore le courage des assiégés, et leur fit oublier la famine qui déjà désolait la ville : ils remercièrent le ciel et prièrent sans interruption, ainsi que le faisaient toutes les autres villes alliées.

Mais bientôt la famine devint afireuse : heureun: celui qui trouvait à se nourrir d'un lambeau de chair de cheval, de chien, ou de chat !.... Cependant, le souvenir des cruautés commises par les Espagnols à Naarden , à Zulphen , à Haarlem , indignait tellement les Leydois, qu'ils résolurent de résister jusqu'à la mort, et les femmes elles-mêmes les soutenaient dans cette magnanime détermination. Ils firent donc savoir à l'ennemi que si la faim les y forçait, ils mangeraient leur bras gauche, pendant qu'ils se serviraient de leur bras droit pour combattre le tyran et sa soldatesque avide de sang, (bloeddorstigen hoopj et que, quand il leur serait devenu impossible de

lutter plas longtemps, ils mettraient le feu à la ville> plutôt que de devenir esclaves des Espagnols.

Tout le monde àait de quelle manière fut sauvée cette population dont la conduite» durant ce siège, a enrichi Tbistoire moderne d'un des plus beaux épisodes.

Dans tous les faits que je viens de rapporter , c'est rbomroe qui a recours à Tintelligence et à la fidélité de la colombe. Ce n'est pas à ce seul rôle que celle-ci devait borner sa renommée, comme oiseau messager : le ciel lui-même lui accorda Tbonneur insigne de la charger d'une mission. On sait que ce fut une colombe qui , lors du sacre de Clovis ,

apporta la divine ampoule à Saint Rémy, pour oindre le front du fondateur de la monarchie française. G*est le célèbre archevêque de Rheims, Hinckmar ^ qui raconte ce miracle. D'autres écrivains prétendent que ce fut un ange, et non pas une colombe, qui remit le vase précieux au grand apôtre des Gaules. Quoiqu'il en soit, c'est la colombe qui a prévalu dans la tradition, comme le témoigne spécialement Tantique et riche reliquaire qui contenait l'ampoule, et qu'un stupide Vandale bonnet-rouge mit en pièces en 1793. Dans ce reliquaire, la sainte fiole était portée par une colombe d'or au bec de corail et aux pieds rouges ^.

* Il devint arcbevêqae en 845, et mourut en 68â.

* Voy. h Magasin Pittoresque, livraison de Février, 1846.

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