PERIODE II
LES PAMSIEHS SOCS LA DOMINATIOIl KOMAUfE. $ !«*'. De rétablissement et des exploits des Eomaios.
En Tan 700 de la fondation de Rome , ou cinquante-quatre ans avant notre ère vulgaire , la nation des Parîsii , ou Parisiens , figure pour la première fois sur la scène Wstorique, et y joue un rôle très-secondaire conforme à son peu d'importance.
Jules Cësar, le fléau de son siècle , dévoré par la soif du pouvoir et des richesses , malheureusement doué du génie et des talens propres à satisfaire ces passions désastreuses, avait déjà soumis une partie dès nations gauloises. Pressé par le besoin de renforcer sa cavalerie pour continuer ses conquêtes , il convoqua , dans tin lieu qu'Si ne nomme pas , une assemblée générale des nations gauloises. Celles des Treviri 1 des
go HISTOIRE DE PARIS
Carnutes , des Senones , les plus puissantes de la Gaule, n'y députèrent point. L'al>— sence des députés de ces nations annonçais au général romain un mépris pour sa convocation , des intentions hostiles , et déconcertait son plan de conquête. Instruit que la faible nation parisienne, quoique dépendante des SenoneSj n'avait pris niJle part à cette résistance, il convoqua une nouvelle assemblée dans Liitèce , place forte des Parisii, et marcha le même jour , à la tête de ses légions, contre les Senones indociles qui , à son approche , promirent d'envoyer des députés. Les Carnutes imitèrent cet exemple. César, parvenu à réunir dans^ Lutece les principaux Je la Gaule , les fit résoudre à lui fournir un secours de cavalerie , unique objet de sa convocation (i).
L'année suivante , presque toutes les nations gauloises se soulevèrent contre la tyrannie du conquérant romain , qui , péniblement victorieux en Berri, battu en Auvergne , se vit forcé de fuir et d'aller rejoindre les légions que Labienus, son lieu-
(i) Gjssar , de Bello gallico , Hb. 6 , cap. 3.
sous LES ROMAIIÏS. gi
tenant, commandait à Agedincum , place située sur le territoire des Senones.
Cependant les nations voisines des Parisiens avaient aussi levé l'étendard de l'insurrection , et cherchaient à secouer un joug odieux. A cette nouvelle , Labienus se dirigea vers les insurgés de 3on voisinage. Il partit â^Agedincam, aujourd'hui Sens (i), longea la rive méridionale de la Seine , et s'avança vers Lutèce , place forte des Parisiens.
Les Gaulois insurgés, instruits de l'approche de Labienus et des légions romaines , rassemblent des troupes nombreuses , en confient le commandement à un vieil-
(i) On a , dans quelques mémoires manuscrits ou imprimés , avancé qii^^gedincum n'était point Sens , mais Provins . Autorisé par des sayans respectables, je crus, dans ma première édition , devoir adopter cette opinion ; mais depuis, la matière soumise à un examen plus attentif, je me suis convaincu qu'il fallait revenir à Topinion de d'Aoville et d'autres géographes , et placer ^ge^ dmcum à Sens. Je dois cette conviction à un mémoire manuscrit récemment composé par un étudiant en droit nommé Chabrol, Ce jeune homme a traité la question ayec une érudition et une judiciaire dignes d'un homme yieilli dans la science.
g% HISTOIRE DE PARIS
lard, de la nation des Aulerci, noncuiié Camulogène ^ marchent du côté où s'avançaient les Romains, et campent derrière un marais prolongé qui aboutissait à la Seine. Ce marais ne pouvait être formé que par le cours de la Bièvre.
Labienus , arrêté par le double obstacle du marais et de Tarmée gauloise , se décide à prendre une route plus praticable; il rétrograde , va assiéger Melun , une des forteresses des Sonones , située , comme celle de Lutèce^ dans une lie de la Seine ; il prend cette place , rétablit le pont coupé quelques jours auparavant par les Gaulois , y passe la rivière , et suivant sa rive septentrionale , marche de nouveau vers Luièce.
Les Gaulois , informés du retour de Tarmée romaine par une autre route, quittent , le poste qu'ils occupaient près des marais formés par le cours de la Bièvre , vont camper en face de l'île de Lutèce , sur la rive méridionale de la Seine , et , pour ôter aux Romains les moyens d'arriver jusqu'à eux , ils brûlent les constructions qui se trouvent dans cette île , et en coupent les ponts.
sous LES noMAms. 93
Labienus posa son camp en face de celm des Gaulois , c'est^-dîre sur la rive septentrionale.
Ce fut alors que ce général romain apprit les revers de César et sa marche précipitée vers ^gedincum. Cette nouvelle changea ses dispositions 5 ne pouvant vaincre les Gaulois , il résolut de leur échapper avec honneur.
11 avait enlevé à Melun cinquante barques , et les avait remplies de troupes ; lorscpi'elles furent arrivées vers Lutèce , il confia le commandement de chacune d'elles à un chevalier romain , fit en silence , et à la faveur de la nuit , descendre ces barques sur la rivière , au-dessous de Lutèce jusqu'à un lieu qu'il indiqua , et où il promit de se rendre bientôt. Ce lieu , distant du camp romain de quatre milles, «'est- à-dire d'une lieue et demie , était vraisemblablement situé au-dessus du pont de Sèvres.
Labienus ordonna aussi à cinq cohortes , placées 3ur d'autres barques , de remonter la Seine ostensiblement , et même avec bruit. Il laissa cinq autres cohortes pour la
94 HISTOIRE DE PAUIS
garde de son camp , situe en face de Lutèce j et marcha , à la tète de trois légions , ver» le lieu assigné aux cinquante barques qui avaient descendu la Seine. Là , favorisé par un orage violent qui ralentit la surveillance des sentinelles gauloises, il parvint à traverser cette rivière.
Au point du jour , les Gaulois sont avertis quMls allaient être attaqués sur trois points , par les cohortes restées dans le camp romain, qui affectaient des dispositions menaçantes ; par un corps considérable qui avait remonté la Seine -, enfin , par plusieurs légions qui , après avoir descendu cette rivière sur d.es barques , étaient parvenues à la traverser.
Les Gaulois divisèrent aussitôt leur armée en trois corps. L'un resta au camp pour faire face aux troupes du camp romain \ l'autre , plus faible , fut envoyé vers un lieu nommé Metiosedum ou Josedum (i), afin d'observer la marche des troupes romaines
(i) Metiosedum , suivant plusieurs manuscrits âes Commentaires de César , et Josedum , suivant quelques autres , devait être placé sur la rive méridionale de k Seine , du côté d'Ivry.
sous LES ROMAllïS. qS
qui remontaient la Semé ^ le troisième se .porta vers l'endroit où Lahienus , avec ses légions , avait traversé celte rivière.
• Ce fut ce troisième corps qui combattit contre Lahienus. Le combat dut se donner dans les plaines dlssy.
L'aile droite des Romains parvint à repousser les Gaulois qui lui étaient opposés \ à l'aile gaucbe , ceux-ci tenaient ferme , se battaient et ne fuyaient pas. Alors , une des légions romaines qui avaient obtenu des avantages sur la droite , tourna la partie de Vannée gauloise qui opposait le plus de résistance. Les Gaulois , enveloppés , se battirent avec une ardeur qui étonna les Romains ] mais leur courage céda à la supériorité des talens. Camulogène et une grande partie de son armée périrent dans ce combat.
A la nouvelle de cette défaite , ceux qui se trouvaient dans le camp gaulois vinrent au secours de leurs frères ; mais ils ne parent soutenir le cboc des légions victorieuses , et furent entraînés par la foule des fuyards. Tout ce qui ne put trouver
g6 HISTOIRE DE PARIS
asile sur les hauteurs ou dans lés bois fut tué par la cavalerie romaine. Ces hauteurs et ces bois devaieùt être ceux de Meudon.
La cause sainte que défendaient les Gaulois était digne d'un meilleur sort.
Après cette action , Ltabienus^ qui n^avait d'autre objet que de ramener son armée saine et sauve à Agendicum^ où il avait dé* posé ses bagages, après avoir réuni ses troupes , marcha vers cette forteresse-
Sans doute les Parisiens , dont le territoire fut le théâtre de cette expédition, contribuèrent selon leurs moyens à la défense commune^ mais leur forteresse , privée de ses ponts, ne fut ni attaquée , ni défendue , comme le disent plusietu*» modernes trèsmal instruits.
César nous présente d'abord les Parisiens comme une nation dévouée à ses intérêts \ mais il est évident qu'elle céda à la crainte plutôt qu'à son inclination. Il faut beaucoup s« méfier d'un conquérant qui écrit lui-*mème ses exploits : César a souvent trahi la vérité (i).
(i) Gjesab, de^Bûllo gallico , 10). 7, cap. 58^-^.
Di^BS cette gjûLwrç, smsi ^wr daos celles fpii «uivireiit , ^ou vmt les Parisiens eoBS- Uusimettt uiûfiii 'l^i^s ocofédérés , «t arwës coBtre Te^i^e&û comm^iili ^ oa les voit, peu de temps après , fommir leur coBting^at de If^ipes à Tarmée gauloise deistinée.à cûm* battre celle qofi iQésar commandait son siège
d'AUs^.
.1^ xÇOnÙBffefOr 4^6 Paxisiem , >en ^eetle ocpa«kM»i9 (dc(pi%e la .mesjQiTe .de leur {fbrse. 1463 bdtbitaiits du SpîtPUj, icaiiis^ 'de -la Tcxo^ i^ii^e, du ^Sojjsaf^siais 9 j^éunis auj^ iialataos du fkerrîtowe parîeÂeu^ f^ .fousmaseiort en* semble que huit mille hc^vouos., Iaiiâi$>(piie cpM}qii<es jiatic^^ puissatates de la >Gaiâe , ^p^que déjà épuisées 9 <les£^'.» ^t surtout Ws it^^0rni^ ^nm>i^Sit ^i^Kicufie .iarente-^cinq laille GQmd)a(n»U's(éi).
Le «ii<MulH*e d'hoiBii^s fourni en xiette ôrcfîuafca^^is .paf^ Sla >iiaticm «pansienne >iie dut,{>a3i5-éleyer à |)lus de d^ux mille : ainsi sapuissâj^t^^^l^tà celle ides SEatâonsdupoe*-
qB histoire DS PA11I5
Depuis cette époque , et pendant quatre siècles , l'histoire se tait sur les Parisiens er leur Lutèce, La géographie seule nous apprend que cette nation , placée sur les frontières de la Belgique et de la Celtique , fut rangée dans la Lyonnaise , lorsque Auguste eut divisé la Gaule en provinces.
D'après toutes les notions historiques , îl est évident que les Parisiens étaient un peuple faible et passif. Leur petite forteresse , placée dans une lie de la Seine , se réduisait , comme toutes les forteresses de la Gaule , à un assemblage de cabanes , habitées seule* ment en temps de guerre.
Les écrivains qui en ont donné ime idée différente ont admis et propagé une erreur où sont tombés aussi les auteurs de V Histoire de Paris ^ les pères Félibien et Lobineau : ils disent que César augmenta le nombre des édifices de Paris , l'entoura de fortes murailles , et voulut que cette plaoe fut nommée la Cité de Jules-César. Ces auteurs se sont appuyés sur Un préteiîdu passage de Boëce , passage qui n'existe dans aucun des ouvrages de ce philosophe, comlne
sous LSS BOMAins. gg
Ta prouvé M. Bonami (i), passage tire d'im écriyaîn du treizième siècle, époque où Ton était fort en usage de recourir aux fictions , lorsqu^on manquait de connaissances positives.
n est des écrivains qui ont osé dire aussi, il en est d'autres qui ont avec confiance répété que Jules- César avait fait bâtir le Grand- Chdtelet^ détruisit, tua et pilla beaucoup, et ne construisit aucun édifice dans la Gaule. Cette assertion insoutenable sera réfutée quand je parlerai de cet édifice (2).
La description des monumens antiques , découverts ou conservés à Paris , peut donner une partie de la physionomie de cette place pendant la domination romaine, et suppléer, à quelques égards, au silence des liistoriens.
Je les décrirai donc, en commençant'par les antiquités de Tile de la Cité-, puis, je viendrai à celles qu'on a trouvées au-delA
(1) Mémoires de l'Académie des iDSCriptions et Belles L^t^s, tom. XV, paç. 673.
(a) Voyez article ChduUt,
d^Do mffirdinLE he paris
âe l'une et l'autre ti^eeèe la Seine. »H fa«t ôbercher dans le sein de la ^rre l€>s Ituaié- Fes qfue l^histc^re tions t»efirse.
J II; Ile de la Cité , ses ponts , ses aDti(|iii(ës.
Ile ^£ LA Csrii db Pàftis. Cette iie ., mràns ^ande autrefois q^'-elie n^a été depuis , pii{rQe <}u'en y a réuni , du càhé de I^ouest ^ deUK petites îles , et^ 4u cété de i'iest, ^n tiôn-din ou ment)c«ile factice., n'-étak pas., xàéme du tetnps «de JuKen, protégée i^ar un mur d'enceinte. Cet empereur , dans acin Misc^gon 9 a^rès avoir parlé de la Cité de Paris , 'qu'il ikomtne sa chèrfi Lutèee, a^joute : (( Elle lest entièrement enttmrée par les eaux » de la làvôère., et située dans une île pôu » étendue , où l'on aborde >de deux icètés » par des ponts en bois {i). »
Il est jprésumable que vers la 'fin ide la domination i^omaine, et il e6t certain qu'au eouxinencement de celledes Francs, tcetteile
(r) iLNibbé de La Ketterie a traduit îimTwwtrtmqat le Misopogon de Julien, lors<]a41 fait dire A oe frime n^uit cette place était environnée*de muraUlts,
sous L^S UOMi.]i£iS» l^\
élait dèiendxte. par ua»e enceinte de murailles*,
A la fin du quatFième siècle , Tile de la Cité devak coKitenir un palais ou édifiée destiné à Popâre muiûcipal , dout je parlerai bientdt (i). Cet édifice occupait certaineraentremplaeesient du Palais de Justice. À raotre extréxaité de l'ile, où se trouvaiit ua autel dédié à Jupiter^ autel dont je parlerai, fut établi , lorsque le cbrîstianiame eut fait des progris», uan leu^le chrétien , dédié à saint Etienne. Ce temple remplaça Tautet à Jupîier. Eutie cesi deux étaUiss^ Baea» était une place destinée au eoBunerce > dont je prouverai l'existence.
Poir6S>ni; Pajlis^ Par deux ponts en bois , éiai^li» sur Vvlw et Ta^iître bras« de la Sfeine y on. cenimum(|uaitt à Vite de la Cité. Le Petit-' Pont , où aboutissait la voie iUMaaine , venant du côté du midi, était placé au BBfaéme point ou se. trouve aujjourd'bui celui qui porte ee même nom \ le Grand^Pont occupait à peu près l'eiaiplacement du Pont-^au- Change^
(t) Foy9» «i^ftpiè«, 9«etiig|a 5. «
lOa HISTOIRE DE PARIS
Ces ponts ne se correspondaient pas di-^ reclement ^ pour arriver du Pelit-Pont au Grand^Pont , la route suivait la ligne de la rué du Marohé-Palu , se détournait à gauclie en formant un angle , et se continuait dans la direction de la rue de la Calandre. Aubotit de cette rue on arrivait à la place du Commerce , qui , pendant long-temps , fut nommée place Saint- Michel^ à cause d'une chapelle de ce nom qui s'y trouvait. La rtie de la Calandre est dans les anciens titres ainsi désignée : Rue par laquelle on vçt du Petit-Pont à la place Saint- Michel* De cette place la route se dirigeait vers le Grand-Pont.
La disposition extraordinaire, incommode et tortueuse de ces deux ponts , a certainement une cause puissante. Le Petit-Pont devait originairement être à la place de celui qu'on nomme «aujourd'hui de Saint-Michel. La route venant du village d'Issy passait sur ce pont présumé et traversait sans détour l'ile de Zufèce jusqu'au Grand-Pont, Mais 5 lorsqu'on établit le palais des Thermes et ses jardins , pour ne point diviser
AITEiL. \ .M)»iTK«.
sous LES ROMAINS. to3
leur ensemble, cette route fut détournée et portée à l'endroit où est aujourd'hui la rue Saint-Jacques : le Petit-Pont dut éjn-ouver la Bnàme^ translation. Je nç crois pas qu'on {voîs^er expliquer d'une manière plus'yrai<- 'stmblable. les détours de cette route et la <Bép03itkai indirecte de ces deux'ponts (i). ' Vofci'iesantîqtiités découvertes dans cette
■ Auo^Ei. A;. Jupiter. Ler i6 maïS ï^ti , en creusant sous le chœur de l'église ' cathé-
'^b9||i^^lJ^*KQ^^Samede PaHs;, pour, y construire un caveau 4estiné à l'inhumation des arcfi^^âqties. de-cette ville , on découvrit neuf
\gFOsses pierre^s ' cubiques , offrant chacune sui'^ïeûrsdiv'erses faces des bas-reliefs • et même dés inscriptious. Ces pierres- avaient , 4 une "époque îïïconriue , mais très-posténeure aux conquêtes deCésar, été employées à& coïïstrïrçtion d'un double mur qui fiit, .pendant cette fouille, rencontré à six pieds de profondeur ; mur dont la direction du
(i). ybyezcl^fths ûu. ptéseot chapitre, section 4 > palais des Thermes et jardin du palais des Thermes,
164 »lSTOrft'Er BE PÀMS
sad avb nerd traversait ï^ larg^éur au chûtfittr de cette église.
La j^ud grande de ces pierres a irois-piecEs et (fuelquie»^ poucçs de hanteur, et la plus p^li^ uil pied' et demi environ. Une d- elles: y dbnt trois fiices souii cliHrgiées de baâ*4?eliefe^ offre , sur hi' quatrième , cette iiiserîpiiott dédicatoîre (i).
TIB. CAESARE. AUG. JOVI. OPTVMO.' M<ArX8UMO.... Ai. ITAITTAI. PA'&ISIAC. PUBLICK FOSIBRUKT.
Cetïe iiis<iriptioÀ Iftt gravée par une maiii iniiabilë. Des letlrêS' ewiises ont , aprfe coup , été ajmnées attHiesâôus d^s mots oà eHws manquaient ) l'edpaee fruste qui se ter* mine par kt lettre M , doit , Suivant PopinidA gémévale', amorii^ée pai» des exemptes et par le pa«MmA)emi6ii|i| , formef aveé eeit^ettre le m«t' ù^am, Cés^ re^itificârtiotis^ faîtes , rinscrii^tion se Wafdtiit a*n»i : Snus Tibère César AufpMê y fo^ baieUer^ parisiens ont pubBnfuemeàt étepè cet akitél à Jupiter très-hon , très-grand (i). . ,
(i)i Fojr«8 pi. 1?,%. I.
80VS LB8 ItOUA^nV». to5
Leâ Crok seutres faces de la même pierre portent chacune un bas-^relief. Le premier a pour sujet deux figurer d'homme à mi-«orps , années de piques et de boucliers de forme ellipti<{ne. On y voit la place d'une tix)bièine figure fruste. Ces figures sont dans Tattitade d^hoinines en marche. Âu-^dessns de ce basrelief , dégradé par le temps> , devait être , comine est au-dessus des autres y une inscription cpie la cassure de la pierre a enlevée (i).
Sur la mém« pierre , un second bas-re-* licf y nueux- conserve , présente trois soldats barbas , armés de pique»^ et de boucMers en forme de losange à pan coupé. Un de ces sdidats se lait remarquer par un grand cerceau qu'il porte sous le bras droit. Au dessus du bas-relief est grsfevé ce mot ; Evai-
SES(a).
Le troisième bas-relief offre pareillement fcirois figilres» à mi-eorps , drapée» à la V4P^ ffiaïne' : deax se présentent de face •, tttte troisième , de profil , regarde les premières,
(2) Fbyez pi. I , fif^ 31
et semble leur adresser la parole : elle jparait tenir en main un aviron ou une rame. Ces figures sont très^frustes. Au-dessus on lit: Senani V..4 I. L. o. m. (i).
Ces trois bas -reliefs représentent , suivant ma conjecture , diverses nations gau-^ •loises , armées à la romaine , auxiliaires des légions , et qui , habitant les rives de la Seine , naviguaient sur cette rivière. Les inscrîptions placées au-dessus semblent of^ frîr les noms de ces nations (2)*
Les bas •'reliefs de cette pierre n'oflFrent que des figures d'hommes ^ et ceux des pierres dont je vais parler , représentent des divinités.
Une seconde pierre a , sur deux de ses
(i) f^o^ez pi.- 1 , %. 4-
(2) Evrises paraît être le nom contracté des Eburovices , nation voisine des Parisiens, dont le territoire •était situé sur la rive gauche de la Seine, et dont le ciief-lieu est représenté par Évreux . Senani est, je crois, le même nom que Senones , nation voisine de celle des Parisiens , et dont le territoire est en grande partie arrosé par le cours de la Seine. On a débité tant de conjectures ridicules sur ces inscriptions, que je ne dois pas craindre de hasarder la mienne.
sous LES ROMÀIlîS. 10^
ikces, deux figures à mi-corps , qui se ressemblent et ne difii&rent que dans quelques parties de leur vêtement. Toutes deux ont la main gauche armée d'une haste : chacune a le bras droit élevé sur la tèie d'un cheval , et en tient les rênes. Au-dessus d'une de ces figures on lit : Castor*, au-dessus dé l'autre la fracture de la pierre n'a laissé aucune trace d'inscription ; mais d'après la parité de ces deux figures , et d'après le nom de l'une d'elles , il est évident que celui de l'autre était Pollux (i).
Une autre face de la même pierre présente le buste d'une divinité dont le front chauve est armé de deux cornes élargies et fendues à leurs extrémités comme celles d'un cerf. De chaque corne pend un anneau qui parait être un bracelet gaulois , et ce qu'on a pris pour un second et petit anneau passé dans le premier n'est qu'un ornement (2). Le menton de cette figure -est
(i) y^ojrez pi. I , fig. 5 et 6.
(a) yojrez pi. i , fig. 7. Je possède un bracelet gaulois, et j'en ai vu plusieurs autres; ils sont creux, en cniyre y et ornés de parties saillantes à facettes > et
rô9 nisTd^fnnB ds vkmé
barbu, s«s épaules sont drapées; au-deftsuscm lit :' CfiXstîinsîoe ou; Cervuwiîos y car- fai. quatrième lettre de ce mot étant fmste , i peut être considérée comme une i( ou eommeun y. Ce nom est celui d'une divinité gau-* loîftc , peut-être d'un dieu topique dSes Parisiens (i).
Le bas-relief de la quatrième fa^e de cé^tte pierre a pour sujet un honuxie à mi-eoppS', tenant en main un faisceau de feuilles ^ fais*ceau qui ressemble à cet instrument de caJ^B^ que les Romains nommaient aspergilkun j et que les chrétiens appellent. ^.oii/7i//e»(^ou peut-être n'est-ce qu'une massue. Cet
ressemblent beaucou]^ aul anneaux de ce basHreUef» (i) Les conciles ont souvent prohibé en France le culte d'une divinité nommée Cervulus} n'y aurait-il pas de Ponulogie entre Cervnlus et Cemunnos on Cervun-^ 710J? (Voyez sur 1« Cervubts^ Ecloircissemens sur FHîstoire de France, par Tabbé Lehetif!, tom. I, pag. ^So^: et le Glossaire de Ducange aux mots Cervula, Cervu* his,) M. du Mége, duns un ouvrage publié en iài4i intitulé Monumens religieux des Volces Tectosetiges , des Garumni et des ConPénœ, iG^ônne la gravure d'un a«td dédié au dieu Caraniniia : DeoCàtuAÛ^'àu Canmiaia.- {fi^oytz. pa^. 33^, tt j^ 3 y v^ é^ , de ft envfageu) • î
-U'IMi.l.A -JrjHTKIl-
sons LBS BOiSAIIiS. IO9
hcmutte &eixil>}e nlenacer de cet iBsstrumeiDt vm aèrent ^ui 6 îélaBce «UiT lui.
Cette figinve barbue parait èupt eéUe d^an piîècre cpii maudit , exorcise , conjure tim. tfperge un serpeM, génie du mal , ou nm H^x^c (tpd va frapper de sa masfiue Thydre de Lieme. Au-desstis est cette insciaptioB fitiiste : SiviER.... os (i).
3Jne troisième pierre^ plus large ^e les préoédesztes , a des lias -reliefs sixr ses i]Bai£e faioes, et n'a point d4ziscnption« Snr Vime on croit i^eonnaitre Maes «t unefigune peu caractérisée (3) ; saur Taiitre^^ on rdistin-^ gue ternis vet Marcnre (3). Quelques aux* mes ^gnres frustes ocimpent lesdeux «utiles fieuass (4).
{jCS Ims-^neliefe qui vôeinnent d^éfece dé^ crits ne sont composés que de figures â:mi-^ corps ^ (dans ceux. qui vont ^snârre , les figures'sont en pied.
«beKpnlnièmepierFe.cnhique, f>ktsfort9
(i) Fo/ezpl. I, fig. 8.
(2) Foyez pï. 2, fig.'S.
(3) rayez pi. 2 , fig. 6.
(4J royez pL 2 , fig. 7 et 8.
110 HISTOIKE DE PARIS
en dimensions que les précédentes , offre , sur une de ses faces , un taureau , couvert de Tétole sacrée , et dessiné sur un fond de feuillage : trois grues sont placées , Tune sur sa tète , les deux autres sur son dos. L'inscription de ce bas-relief est entière ; la Toici : Tàrvos trigâranvs. On pense qu'au lieu de Tangos , ou plutôt Taruos , on doit lire Taurus. La mauvaise orthographe des inscriptions de ce monument autorise cette opinion , que le raisonnement confirme. Le mot trigaranus semble désigner les trois grues : ainsi cette inscription pourrait être traduite par le taureau aux trois grues. Le bas-relief est ici l'interprète de l'inscription. Ce taureau , objet d'un culte presque universel , était aussi celui du culte des Gaulois (i).
Sur une autre face de la même pierre est une figure en pied , à demi-couverte d'une draperie ou paJudamentwn j qui ne dépasse pas les genoux : elle tient de la main droite un marteau , et de la gauche des tenailles.
(i) Foyez^h a,fig. 3.
J/j-to^rti-A™, pt,3
«ONIIHEHS l>E LA ItFE VIVIENNB .
sous LKs RO]ttAiiirs. m
L'inscription porte Volcàwvs 5 c'est le dieu Vulcain (i), ' -
Sur la troisième fitce< on Yôit une -figure d'k<^mneJb4r}>u, et à demi-couvert d'nne amplâ^^'cpii >lui des^nd jusqu'aux {iieds. n s'appBÎë-'d^iMte ihainsuriineliâste, attribut de la Yoy^auté'^ à sé^ pieds on distingue une aigle éployée \ l'inscription porte Jovis. C'est Wpère Jou y ou Jupiter, avec ses attributS;Oi*dinaires (2).
La qBi|triè|ne fece de • là inéîBie. pierre offre, un iloti^BEie barbu , cèuro^né de lauriers , teisaèi de la main drdhe un instrument làrààichant ^i^rès d'un arbre ,' dont il semble abattre les branches. Onlitaurdessus , Esvs j^dîvinîté gauloise très-connue (3).
H resté/ çkiq autres pierres, • moins instructives :■ l'une d'elles présente-, sur xme de ses faces, la fîjgure très-fruste d'u^ dan-r
Une seconde a la formé d'un piédestal grossier, et une troisième celle d'une table
(1) Ployez pi. a, fig. 4*
(2) Foyez'pL a, fig. i.
(3) f^ojrez pi. a, fig. a.
lia HISTOIRE DE 'PàBIS
d'auteL Au milieu de cette dernière 'est iLne ouverture circulaire d'environ 8 (pouces «^e diamètre. Cette ouverture, lors^'on fit la découverte , se trouvait encore rei^plie de diarbons et d'encens. On éprouva que ce charbon était facilement oombustijble , et quje fencens présenté au feu répandait eoeicore une odeur agréable.
Enfin , orne autre de .ceÂ\|^erEes est bfuiucoup plus large dans sa partie i^upérienoe cpie ilans Tixiférieure. Sa suj^faoe a la forme d'une table 9 divisée en deux parties p^^ une entaille profonde 9 d'environ 7 pouoes de lasge à son orifice, et qui^eteracoineM^ gulaîrement en pénélfl^ant dans la pîei»*e. On a pensé que œnte table appaoiienak À un autel de sacrifice , et «que l'entaâle était destinée à l'écoulement du sang ^les wîr* times (i).
De toutes ces pierres trouvées danstiiu nrffeme 'lieu , «de leurs fomies diversea, de leurs inscriptkos et de leurs bas-tretiefs., lil résulte que , sous le règne de Tibère , entre
(i) ybjrez pi. 3, fig. i et a.
sous LE» rohauss^ ti3
les aimées i/f et 87 de notre ère, il existait ebez les Parisien» uixe carporatioa de bateliers Çmmtœ) ou navigateurs sur la Seine y comme il s'en trouvait dans plusieurs autres lieux de la Gaule , sitaes sur des rivières fiieilement navigables ( 1 ) ^
Que cette corporation de bateliers fit, à cette^époque , ériger, à Textrémité orientale de rHe de Lutèee , ixn monument refigiemx, dédié spécialement à Jupiter^
Que ce monument étak isolé, puisque les pierres cubiques qui le composaient sont sculptées sur leurs quatre faces ; que Tensemble de ce monument formait un autd situé au confluent des deuii bras de laiSeine . C'est ainsi qu'à Lycm, à Saintes, et dans d'astres lieux de la Gaixle, des autels étaient placés au confluent de deux ririères;
(i) Dans le Recueil des Inscriptions de Gruter, on trouve la preuve de l'existence de ces coq>orations de bateliers , également nommées Nautœ à Tienne sur le BMne , à Lyon sur le RbAne et la Snô&c , sur la Dmance et sur la Loire. En 1804, on a découvert, sur Fempla* cément de Fantique ÂTenche en Helyétie , une inscription où sont mentionnés Tes Nautœ avrand et aramki.
zo
Il4 HISTOIRE VE PARIS
Que ce monument , composé des pierres cubiques qui viennent d'être décrites, formait une pile ou piédestal d'environ six pieds de hauteur, qui vraisemblablement portait la statue de Jupiter *,
Que ce piédestal était accompagné de deux autels , l'un destiné aux sacrifices , et l'autre à faire brûler de l'encens •,
Enfin , que les pierres qui n'ont pas en largeur la même dimension que les autres ont pu appartenir à des parties accessoires du monument principal»
On remarque dans ce monument la réunion des dieux gaulois et romains , des dieux des vainqueurs et de ceux des vaincus, l'association paisible des divinités du Capitole, Castor^ Polltix , Jupiter j F^uleam , Vénus , Mars^ etc., avec les dieux barbares, Èsus et Cernunnos : cette association devenait facile entre des religions qui n'étaient point exclusives.
Je dois faire observer qu'à l'époque de rérèction de ce monument, les routes de terre étant rares et impraticables , les Romains n'efiectuaient le transport des vivres
sors LES KOMims. 1 1 5
etmomtions nécessaires à leurs armées , que par la voie des rivières navigables. Lutèce , située sur la Seine, rivière dont la navigation est commode , dans laquelle viennent déboucher quelques autres , telles que l'Yonne, le Marne et l'Oise, parut dans une 'position heureuse, et servit de point central à la navigation d'une partie de la Gaule. Aussi voit-on, vers la fin du quatrième siècle , qu'il existait sur la Seine , à Andresy , une flotte de bateaux sous la direction d*un préfet résidant à Paris •, et que , lorsque les Francs eurent succédé aux Romains, une corporation de bateliers s'est maintenue long-temps dans cette ville , sous les noms de Mercatores aquœ parisiaci , de marchands par eau, de la confrérie des marchands de F eau, etc. Les pierres de ce monument ont en partie été transférées, en 1818, du Musée des Monumens français au Musée des Antiques du Louvre ] en 1822, elles furent réunies dans une des salles des Augustins , ci - devant Musée des Monumens français \ elles doivent
ii6 msÈm^n ifs vAxm
être , dit-on , placées «a paàii» dés Tk^p-
mes (i). • ....
pOB^ruis^k ks bàtimétt^ (ivi Palâfs^ à^ Jiis-» tice^ situas rntà âe la Barillei^ie , e&tHe de la Sftmtâ*C Vapefie V on déesourtit;, êiifbuiUanft profoiuiément le sol , pmnnî phsietlîvpîerres qui pasrisdasaieut appartenir à au édifice tfès^ aiuîien , jaxk câppe qaadraisgvl^irtfeii.pîerrc , de k nâtvre de celks qui far,6iit ti^ottrëes , en 1711^ dai]»^ réglise de Notre-Z^mie. Ce cippe a 5 pkds 10 ponces de hftutetir , ne porte aucitne inscriptkm , etchaetuie de ses faces -ptéîenu , en gratfd^relkf , k. fignre en^ pied d'une divinité ; eesfigtirtf» ont 3^ pieds et demi dp kautetir (tî).
Sur ut^e de ces faces est Mercure^ a^rec toixs^ses attribats.
(i) Ces ba««reliefs se trouvent gravés dap^ plusieurs ouvrages , notâminént dans les Mémoires de fÂcadémie des hàictiplkmi^ tôM. 10, in-4*^; dans THiiteire de Paris, par Fclibien, tom. I; dans l»s Mémoire de r Académie celtique , d» a , et dans les Siècles de la Monarchie , par M. Jorand, etc.
(a) Fo/en pi. 4.
S«p taie êeconde , on voit une (enOAe entièrement vèttte : sa tête e*t ornée d*ttn dî»dème d'où pairt un vôîle qui se d^jdoie sur se» épaules < elle tient en main un caducée , attribut étPêîÈtge dans la main d'mie divinité fémimiie , et qui fait conjecturer que cette figure était celle de la mère de Mercure^, de MiOaàotit le ctdte, répandu dans les Gaules, subsiste encore , à certains égards , chez les TÎUageeis de quelques parties méridionales de la France- Une troisième (kce offre h. figure d'un jeune homme , qtd , aus attributs d'^p^lon, Tare et lé eai^ds , réimit ceux d'un dieu qai pré^de à la navigatiena des rivières. Il tient d'une main un poisson ^ et de l'autre parait s'appuyer sur un atirdn : il est légè« rement vêtu du paludamentum. C'est , en mythologie , ime singtdarité remarqfuable de voir le même dieu joindre l'empire des airs à celui des eaux* Mais on ne s'en étonnera point ^ si l'on considère que cette figure est éyideihmeut l'emblème de la navigation sur la Seine , et que le vent et l'eau sont deux puissances nécessaires poiÉr naviguer sur les
Il8 HISTOIRE DE PARIS
fleuves^ De celte explication toute naturelle oii pourrait induire que les navigateurs sur •la Seine faisaient usage de voiles*
L'explication de la quatrième figure a paru difficile à M^ Grwaud , cpii a décrit et fait graver ce monument (i). Elle représenle un jeune homme en partie couvert du paludamentum. Deux ailes éployées sont à sa tête^ et deux autres à ses épaules. Il est dans une attitude ascendante : il pose un de ses pieds sur un gradin , et semble s'élancer en lair : dans une de ses mains il tient un disque qu'il élève vers le ciel.
Suidas décrit et explique une pareille figure , et l'attribue au dieu-soleil Horus ou Priape. « Ses ailes indiquent la vélocité de » sa course , et le disque la rotondité de » l'univers \ et c'est lui qui fait éclore les » germes cachés dans le sein de la terre (2). » Ainsi la figure de ce jeune homme est l'emblème du soleil au printemps.
Le style de la sculpture de ce monument ,
(t) Recueil des Monumens antiques, Paris, 1817 ^ tom. II, pag. 127., pi. i5.
(a) Suidas, adverbum Priapus.
SOUS LES ROMâlHS. II9
l'air étrange de ces figures mythologiques, me font croire qu'il appartient au troisième siècle, époque où les cultes orientaux, se mêlant à ceux des Romains , ont porté par ce mélange des altérations dans les attributs de diverses divinités.
Ce cippe antique fut déposé en 1784 au cabinet d'antiquités de la Bibliothèque royale.
Prison de GLÀucuf. Il est très-présuinable , mais il n'est pas certain qu'il existait , du temps de la domination romaine , sur la rive de la Seine, près du Pont-au- Change et sur l'emplacement du quai aux Fleurs, une prison dont parle Grégoire de Tours (i), et que l'auteur des Gestes du roi Dagobert nomme Carcer Gîaucini , prison de Glailcin , voisine d'une porte de Paris (2). Je placecelte pr ison sur le quai aux Fleurs, parce que deux églises, celle de Saint-Denis et de Saint-Symphorien, à cause de leur voisinage de cette prison, ont porté le snmom de la Chartres^ mot qui signifie
(i) Gr^. Turon, Historia, lib. 8, cap. 33. (aj Gesta Dagoberti régis , cap. 33.
IIÔ Ul&tOtKE D£ PÀHIS
prison, et que ces église» étaient situées près de ce quai. Je place cet établiss^nesst pendasH la période romaine , parce qu'ont a la preiffre de son existence peu de tenxps «prés cette période , que les premiers roi^ francs n'étaient guère en usage de faire construire d«s édifices civils , et que le mot Glaucin est latin .
Une tour voisine de cette prison , ou cjui en &i«ai| psrrtie, se nomma d'abord Tourfl^Marqiiefas , puis Tcmr-'Roland*
L'autel et le cippe que je vient» de décri re, quelques briques antique» découvertes ert 1^4^ , à quinzç pieds sous terre , sur remplacement de la maison des Ënfans-^Trouvës , quelques figures déterrées , suivant Sauvai , sous une des piles du Pont-au-Chaii§^e, sont les seuls restes connus des antiquités e^xhumées dans File de la Cité.
) Ut. AntiquîtëA de la pftrile septentrionale de Par».
L'eâpace encadré par le cours de la Seine et les hauteurs de Chaillot, de Clichy, de Montmartre , de Ménilmontant et de Cha-
SOTIS LES HOHÀIKS. 121
ronne, qui contient aujourd'hui la partie la plus étendue , la plus peuplée , la plus industrieuse de Paris , était , dans les premiers temps de la période romaine, une solitude composée de forêts et de marécages. Au quatrième siècle, des édifices y furent construits , et Ton vit dès-lors s'élever au milieu de ce terrain sauvage des productions des arts et de l'opulence . Des fonilles exécutées sur divers points ont révélé des faits que l'histoire s'obstinait à nous cacher.
• Cette partie de Paris était traversée par une voie romaine , qui , partant de la Cité et du Grand-Pont^ aujourd'hui remplacé par le Pont-au-Change , se dirigeait au nord jusqu'aux environs du marché des Innocens. Il parait qu'au-delà de ce pont, était à droite un terrain appelé .Tudella, dont on ignore l'étendue et la destination. Puis, on arrivait à une bifurcation , dont une branche suivait la direction de la rue Montmartre , passait à Clichy, et de là au bourg de VEstrée , près Saint-Denis , puis à Pierre-Laie et à Pontoise. Quelques par- T. I. "
l%% nSTOIfiB I^E PAXa
tics de cette y<He romaine suJbsMtent en* core entre oes deux dernières positions.
L'autre branche se dirigeait vers les liem nommés àejifsàsSamt'Dems, P£errefitte,éU^ U eidstait certainement d'autres routes , et notamment une qui suivait la direction de la rue Saint- Antoine j elle s'est conser* vée : au douzième siècle, elW était qut* lifiée de voie royale.
Passons aux établissemens romains contenus dans cette partie de Paris.
Aqueduc de Chaillot et Bassihs df Pa* Xiiis-KoYAL (i). Un aqueduc souterrain jffe» naît son commencement sur les hauteurs de Chaillot, à la source des eaux minérales de ce lieu, traversait les emplacemens des Champs-Elysées , d^unë partie du jar£n des Tuileries , et aboutissait vraisembîahlement vers le milieu du sol oqcupé par le jardin du Palais-Royal.
Lorsqu'en 1763 on travaillait à la £<»'•' mation de la place Louis XV, on reconnnl les tuyaux de conduite de cet aqueduc. On
(1) §^ojrez h Plan de Paris 80U5 la domination ronttine^
d^ouvrît à Chaillot im resjte de maçoniime auti^pie qui présente une des parties de cet aqqeduc, que M. de Caylus a décrit avee détail (i).
Mais ce qu'il n'a pu décrire , c'e»t le résultat des fouilles faites en 178 1 au jardin du Palaîs^RoyaL Vers l'extrémité méridio^ nale de ce jardin, à trois pieds auniessous du sol, on a découvert un bassin ou réser- ▼oii: de construction romaine , dont la forme «lait un carré de ao pieds de côté, et en même temps des médailles d'Auréli^i , de Diodétien , de Posthume , de Magnence , de Crispe et de Valentinien I««*. L'époque de ce -dernier empereur .doit être celle du bassin, c'est-À-dire de la fin du quatrième siècle , au ^tts.tard de Tan 3^5 de notre ère (a).
Une coïncidence remarquable tend à prouver que l'aqueduc de Chaillot aboutissait au bassin découve]rt dans le jardin du Palais-Royal : la ligne de cet aqueduc, re-
(1) Foyez son Recueil d'antiquités, tom. H, pag, 375.
(a) ObsertHUions sur - quelques antiquités romaines déterrées dans le jardin du Palais^Royal , au mois de Aoyembre 1781 , par M. BourigODa de S^Mut^s»
124 HISTOIKE SE PARIS
connue par M. de Caylus , depuis Chaillot jusqu'à la place Louis XV, étant prolongée dans la même direction , rencontre précisément ce bassin (i). Ainsi , il est très-yraiseimblable que Taqueduc a été fait pour le bassin , et que la construction de Tun et de Tautre est du même temps.
Cet aqueduc avait évidemment pour objet d'alimenter les eaux de ce bassin, espèce de layacrwn ou bassin à prendre des bains.
Les fouilles du jardin du Palais-Royal ont produit la découverte d'un autre bassin antique, situé dans la partie septentrionale de ce jardin \ il s'étendait depuis le café de Foi jusqu'au passage de Radziwill. Le pavé de ce bassin , composé de moellons , se trouvait a près de cinq pieds au-dessous du soh Comme on ne déterra que des portions de ce second bassin , on ne put en connaître les dimensions : il était certainement beaucoup plus vaste que le premier (2).
(1) Voyez le Plan de Paris sous la domination romaine. «
(3) Observations sur quelques antiquités romaines déterrées dans le jardin du Palais^Royal , au mois de novembre 1781, par M. Bourignon, pag. S9.
sous LES FiOMAlNS. IStS
Cimetière, tombeaux et autres antiquités i^ UL RUE YiYiENNE. NoD loin des bassins dont on vient de parler, on rencontra sous terre, en 1^5 1, en travaillant aux fondations d'one écurie , dans une maison de la rue Vivienne , huit fragmens de marbre ^ ornés de bas-reliefs. M. de Caylus , qui en a publié les gravures et la description , ne doute pas que ces fragmens n'aient appartenu à des tombeaux (i).
L'un représente un homme à demi -cou-* ché sur un lit de table , et un esclave chargé d'un plat : l'autre , Bacchu^ couché près d'Ariadne : sur un troisième est une prêtresse qui rend des oracles , et un honune qui les écrit dans un livre : le quatrième oflTre un repas , trois convives couchés sur leur lit , et un esclave portant un plat. Sur la table on voit , dans un autre plat , une hure de sanglier. Ces bas-reliefs, dont j'omets les moins întéressans , paraissent tous appartenir au même tombeau.
Dans la même fouille fut trouvée une
(i) Recueil d'Antiquités , tom. H, pag. 373 et suivantes.
Il6 dtSTOISB DB PARIS
urne cinéraire en marbre ,-dont la face principale est ornée d^un feston de fleurs et de fruits , qui se rattache à des tètes de béliers placées à la partie supérieure de^ angles de cette urne. Âu-dessons de ce feston est une inscription portant <pie Pithusa a fait exé-^ cuter ce monument pour sa fille j/mpuduM Amanday morteà Tâge de dix-sept ans (i^*
Un couTercle de marbre , richement orné de sculptures , appartenant à une autre urne cinéraire , plus grande que la pcécédente y atteste Fexistence d'un troisième monument sépulcral dans le même Ueu.
Un quatrième monument de la même es-* pèce fut découvert en 1806 , dans la même maison , rue Vivienne , n* 8 , appartenant aujourd'hui à madame Fialart de Sainte Morys. En y faisant réparer un four, on déterra une urne cinéraire pareille â celles qui viennent d'être décrites. A chaque angle 9 des têtes de bélier soutiennent de larges festons de fleurs et de fruits qui décorent les quatre faces« Quatre aigles éployées
(i) fV^spl-3,% S.
MVS LES HOUkim. 12^
docupent la partie inférieure de ces angles. Sur une des faces , au-dessus du feston y est une inscription annonçant que Chrestus^ affranclii , a fait à ses dépens ériger ce monument à son patron Nonius Junius Epigonus. Au-dessous de cette inscription on voit , en ba9--relief un peu fruste , une biche fuyant un aigle qui lui déchire le dos. Ce bas-re* fief est peut-être Tallégôrie d^une persécution exercée par le gouvernement des empereurs contre la famille connue à^Epi^ gonus.
Sur les autres faces , au-dessous du fes*' ton , est une plante , une patère et une aiguière ovLprœfericuJum (i).
Cette coïncidence de monumens sépul-' craux , dans le même lieu , a fait penser à M« de Saint-Morjs que là était Thypogée de quelque famille puissante et constituée eâ* dignité. On peut aussi conjecturer que non
(i) yoyezis^' 3, fig. 3. M. Vialartde Saint-Moiys, fils de la dame, propriétaire de la maison de la rue Ymenney amateur éclairé , connu par sa fin tragique, airiyée en 1818, a puUié la description et la gravure de cette orne dans les Mémoires de l'Académie celti* que, n^ 4*
Ïâ8 HlSTOmS DE PARIS
loin de ce lieu était rhabitation dW homme riche et ptdssant , peut-être d'un des préfets romains qui présidaient dans le cheflieu des Parisiens ; préfets dont je parlerai dans la suite.
Lp bassin découvert dans le jardin duPa— laisrRoyal , jardin très-voisin de la rue Vî— vienne , et Tacpieduc qui semble y aboutir^ ainsi que les autres antiquités trouvées dans la. même rue ou dans le voisinage , rendent vraisemblable , sinon l'existence de cette habitation romaine , au moins celle d'un lieu, consacré aux sépultures et aux lavations ou ablutions d'une classe particulière et puissante de quelques habitans de Lutèce. Ce cimetière , destiné aux gens opulens , n'était pas le seul dans la partie septentrionale de cette ville ^ on verra bientôt qu'il en existait un second plus considérable.
Voici quelques autres antiquités de la rue Vivienne :
En 1628, un jardinier fouillant la terre pour déra^ciner un arbre à l'entrée de la rue Viyienne,dans le jardin de l'ancienne Bourse de Paris , fit la découverte de neuf cuirasses
sous LBS ROMAINS. I29
de femmes. Les formes arrondies du sein ne laissaient pas de doute sur le sexe des personjues auxquelles elles avaient servi. A quel temps, à quelle nation appartenaient ces cuirasses ? Ceux qui publièrent cette découverte négligèrent de fournir les détails nécessaires à la résolution de ces questions.
Dans une maison de la même rue Y ivienne fut trouvée sous terre une épée de bronze , que Montfaucon a fait graver dans ses Antiquités.
A l'extrémité septentrionale de la même me Vîvienne, à Tendroit où l'on voit le nouvel édifice de la Bourse , et lorsqu'on travaillait à sa fondation , on déterra plusieiu's fragmens de poterie<^omaine et deux poids antiques en verre , que M. Lenoîr a recueillis.
L'emplacement , où toutes ces antiquités ont été trouvées , était traversé par tme voie romaine , qui , partant de Pontoise ( J?nVa harœ) , passait au lieu de VEstree , près Saint -Denis (Strata), puis au village de Clichy ( CUpiacum) , et de là à Paris. Les Romains plaçaient leurs habitations ,
I^ blSTOBLJS DB PAAiS
ainsi que leurs tombeaux , près des graadetf routes*
TàxlE DE GT)ièLK(i). Dans les fondenaens d'une ancienne tour dépendante de la nm-' raille de Paris, située au bout de la rue Coquillière, Tis4->Yis Féglisede Saint-Eustache, on rencontra , en 1657 , une tête de Cybèie en bronze , plus grande que nature ^ couronnée d'une tour élevée , symbole caractéristique de cette divinité* Cette tète â ai pouces 8 lignes de bauteur , ^y compris latour, haute de 7 pouces. M. deCaylus, <fui en adonné une description et une graTure, pense qu'elle a été portée de Rome à Paris 9 comme un objet de magnificence oii de su^ perstition (a). Msôs cette opinion est fort douteuse ^ le champ des conjectures est vaste. Peut-être que là se trouvait un autel ou un œdieuhan- consacré à Cybèie. Cette tète de bronze , découverte dans un lieu voisin de l'église Saint-Eustache , me le fait croire. Toujours , à l'endroit destiné au culte
(i) Voyez pi. 3, ûç, 4.
(a) Antiquités, toa». Il, p. 379*
sons LES EOMAIKS. l3l
d*une drvixiité païenne , les chrétiens placent le culte d'un Saint (i).
Il ne faxLt pas quitter cette partie de Pans ) sans parler des antiquités tfouvées dans des lieixx autrefois éloignés de cette ville , et qui aujourd'hui lui sont contigus.
Médâii^es. En 1807, lorsqu'on creusait \el>assiii du canal de l'Ourcq, àla Villette , on découvrit un vase de terre contenant environ, deux mille cinq cents médailles de bronze saucé ; elles appartenaient à l'époque comprise entre Diocléiien et Constantin , c'est-à-dire à la fin du troisième siècle et att commencement du. quatrième. L'histoire de Paris retire peu d'avantages de cette découverte (2).
AirriQuiTÉs TRoiTVÉES À MoSTMARTRE. Une montagne , un bourg ou village, un fau-
• (1) Â k phce et l'autel de Jupiter^ sitité dans la Qté
de Paris, Ie« chrétiens ont snBstitaé une église dédiée à
Motre^Danre ; à la pkce d'un autel à Bacchus , le culte
d'un saint Bacchus; le cippe antfcpe, offrant les imageff
de quatre divinités païennes, éxistart près du lieu où
depuis ou a construit la Saintfr-Qtapelle du Palais, etc.
(9) ^o/'tfz Recueil de Monumens antiques, par SI. Gri-
f and , tom. II , pag. 355.
l32 HISTOIRE DE PÀHIS
bourg de Paris qui leur est contîgu, portent le nom de Montmartre. Cette montagne est nommée parFrédégah*e Morts Mercorii^ par Fabbé Hilduîn Mons Màrtis , par Frodoart et autres écrivains moins anciens Mons Murtyrum. En conséquence de ces différens noms , des écrivains modernes y ont placé un temple de BÏercure et un temple de Mairs , ou en ont fait un lieu destiné au supplice des martyrs. C'est là , suivant quelques légendaires, que saint Denis et ses compagnons furent décapités. Rien ne le prouve ; mais il est certain que le mot marte ou mar" tre indique un lieu destiné à Texécution des criminels (i).
Un vieil édifice, situé au nord et sur le penchant de cette montagne, a certaine-
(i) Le mot martre est commun à plusieurs lieux de France ; en outre un grand nombre de yiUes et hourgs ont des rues , des places nommées Martre, MartraU, Martrois, Marthuret, Plusieurs pierres druidiques ont conservé les noms de Marte, Martet, Martine, Une rue de Paris , située entre rHôtel-de-Yille et l'église de Saint-Geryais , porte le nom du Martrai ou du Martrois Cette rue aboutit à la place de Grèye , lieu de supplice.
sous LES ROMÀIJVS. l33
ment accrédité l'opinion que là était un temple de Mercure ou de Mars. Cet édifice fut, en l'an 944 j renversé par un ouragan furieux qui dévasfa tous les environs. Frodoart, qui nous l'apprend, ajoute : « On y> raconte qu'alors on vit des démons , sous » la forme de chevaliers qui, après avoir » démoli une église du voisinage , se servi- » rent des poutres qu'ils en avaient tirées D pour abattre les murs antiques de cet » édifice trèâ-solidement construit, et arra- » citèrent toutes les vignes (i). »
En 1^37 et 1788, des fouilles furent ordonnées en cet endroit de la montagne, fin y découvrit les restes d'un bâtiment , dont le plan offrait un parallélogramme divisé intérieurement en cellules \ dans quelquesunes d'elles étaient des fourneaux. On y reconnut les vestiges de deux chambres soigneusement cimentées en dehors et en de7 dans. Du côté du midi , l'eau arrivait à cet édifice par un canal qui descendait de la fontaine du Bue 5 et, après avoir côtoyé la moi-»-
(i) Recueil des Historiens de France, tom. VIII | pag. 198.
^34 HISTOIRB DE PAUIS
jtîé d'une face de renceinte , elle y pénétrait par une ouverture voisine des fourneaux*
M. Tabbé Lebeuf , qui suivit les travaux de ces fouilles, qui en a décrit les résultats , au Ueu d'un temple , n'y vit qu'une maisom de bains particuliers ; et M. de Caylus, qui, avec les ressources et le zèle d'un amateur opulent et instruit , a recueilli toutes les notions relatives à ces recbêrcbes , qui a fait dessiner et graver tout ce qu'elles avaient mis à découvert, n'y a reconnu qu'un bâtiment destiné à des fonderies (i).
Dans les ruines de ce prétendu temple de Mercure ou de Mars , on trouva un vase de
(i) A ces fouilles assistèrent des magistrats cliaorgés d'en dresser procès^yerbal. Un pUisapt imagina d'ei»pninter les formes de cette procédure et les noms de ces magistrats , pour publier avec plus de succès une description des prétendues découvertes que ces fouilles aTaie»t produites. C'étaient des temples soutemûas» vastes et superbes, enrichis de plusieurs milliers de sta*tues d'argent et d'or, de colonnes de matières les plus précieuses ; l'imagination des poètes , des romanciers ., n'evait encore rien en£»nté de plus merveilleux. Plur sieurs Parisiens furent dupes de cette mystification.
éOVé LES EOMAISiS. l3S
terre d^un travail grossier, et une tête de bronze grande comme nature (i).
An bas de la même montagne > et mtr sa
potie opposée au midi et à Fonest, on dé^
couvrit , en creusant un puits , deux frag*
mens de bas^relief en marbre blanc, repré>»
sentant des enfans ailes, occupés à monter
flor xm char et à le diriger. M. de Giylus les
a fidt grayer, ainsi qu'un bras de bronze ,
qui, d'^après ses proportions , a dû apparte^
nir à une statue de 8 pieds a pouces et 8 li«-
gnes de hauteur \ mais il n'est pas assez bien
constaté que cette dernière antiquité soit
provenue de' Montmartre.
On a aussi découvert sur Montmartre des fragmens de poterie romaine , et un petit Jmste décrit et gravé dans l'ouvrage de la Religion des Gaulois, par dom Martin.
De ces découvertes il feut conclure qu^l existait sur le revers et en bas de cette mon^ taigne , quelques maisons de campagne bâties et habitées par des Romains , ou quel-
(i) M. de Caylus a fait graver le plan de Montmartre, de la fonderie, et les dessins du yase et de la tète, dans ses Aatiquités, toÉi. lU.
l36 HISTOIRE DE PARIS
ques établissemens antiques dont le temps a effacé les traces.
Faubourg de Lutege. Dans cette même partie de Paris , au nord de la Seine , était un faubourg , dont parle ÂmmienM s«*celliii. Julien , apprenant l'arrivée prochaine des troupes auxiliaires qui devaient passer par le chef-lîeu des Parisiens , pour, se rendre en Perse , fut , suivant Tusage , dit Ammien Marcellin, au-devant d'elles dans le faubourg. In suburbanîs princeps occurrit (i). Ces troupes , composées S^Érules , de Potaves ^ des Pétulans^ des Celtes^ et de Télite de plusieurs légions , venaient du nord : le faubourg où Julien ûit à leur rencontre était donc de ce côté.
Second Cimetière du faubourg septeh* TRI01TA.L. Nous avons acquis la preuve qu'il existait, pendant la période romaine, un second cimetière pour les habitans de ce faubourg. Il occupait l'espace compris entre la rue de la Verrerie, la rue du Mouton, la place de Grève, le marché Saint-Jean, et remplacement de Téglise de Saint-Gervais \ sans
(i) Ammian, MarcelUn,, 11b. ao, cap. 4*
sous LES ROMAINS. 13^
doute il s^étendait au-delà de ces limites. Dans la rue de la Tixeranderie , en face de celle du Mouton, est remplacement d'un ancien liôtel des comtes d'Anjou. En fouillant les fondations de cet hôtel , on décou* Yrit, en 1612, plusieurs tombeaux antiques, dont deux ont été mentionnés par Paul Petau, par Tabbé Lebeuf et autres sayans. L'im contenait un squelette et des médailles , dont la plus récente appartenait au tyran Magnence^ proclamé Auguste dans la Gaule , en Tannée 35o \ l'autre , gravé dans les antiquités de Sallengre , porte pour inscription : Patïlius^fils de Partichus.
La place du Marché-Saint-Jean , peu distante de la rue de la Tixeranderie et de l'église de Saint-Gervais , et qui remplit à peu près l'inlervaUe entre ces deux points , était nommée au treizième siècle, la place du Vieux-Cimetière , Platea veteris cîmeterii.
L'abbé Lebeuf nous apprend qu'en 17 17 on construisit des maisons entre l'église de Saint*Geryais et la rue du Monceau, et qu'à 1 3 pieds au-dessous du sol on découvrit plusieurs cercueils en pierre , fort anciens ,
l38 HISTOIRB DE PARIS
comme Findique la profondeur de leur gise-«ment.
En 1 8 1 8, pour établir une conduite d^eau , on creusa profondément les rues du Monceau et du Martroî : on trouva, notamment près de Téglise de Saint-Gervais, un grand nombre de tombeaux en pierres tendres, dont les fragmens purent remplir douze à quinze charrettes. Les corps et même les os étaient entièrement pulvérisés ; ce qui prouve la haute antiqtdté de ces monumens et les principes éminemment dissolvans contenns dans le sol (i).
La personne qui, a présidé à ce creusement témoigne que les parties osseuses des cadavres avaient seules laissé des traces dans le fond de chaque tombe *, que ces traces consistaient en des traînées de poudre ressemblant à de la cendre ^ elles étaient plus
(i) Le sol de ce quartier doit certainement sa qualité dissolvante et corrosive à une butte, monticule factice, ou yoine composée de gravois et d*immondices entassés près de l'église de Saint-Gervais , et qu'on nommait le Monceau Saint-Gervais, dont une rué' voisine, celle du Monceau, a conservé le nom. {^oyez ci-dessos,
S0T7S LES ROMÀIKS. iSq
considérables là où les os avaient plus de ^Toliune ^ à l'endroit occupé par la tête, ce résidu poudreux paraissait le jflus abondant. ' Une autre preuve de Fantiquité de ce cimetière résulte de la découverte qu'on a faite dans Fun de ces tombeaux; elle consiste en une médaille d'argent de bas aloi, qui, quoique fort oxidée, laisse voir une tête imberbe avec une couronne radiée , autour de laquelle on lit facilement jântoninus Plus Aug. Cet empereur régna depuis l'an i38 jusqu'en i6i de notre ère. Ainsi , les babitans du faubourg septentrional de Paiis avaient , sous la domination romaine , deux cbamps de sépulture à leur proximité : celui dont on vient de parler, et celui de l'emplacement de la rue Vivienne , qui paraît avoir été particulièrement consacré aux morts opulens. On verra qu'il en existait un autre beaucoup plus étendu , dans la partie méridionale de -cette ville , dont je parlerai.
Telles sont les antiquités trouvées dans la partie septentrionale de Paris : l'aque* duc de Cbaillot , les réservoirs du iPalais-
l4o HISTOIRE DE PÀKIS
Royal , les antiquités de Montmartre et deux cimetières.
^ IV. Antiquités de la partie méridionale de Paris.
Cette partie , aujourd'hui moins étendue, moins peuplée que la partie septentrionale , était , pendant la période romaine , bien plus riche en monumens et en institutions religieuses 5 civiles et militaires.
Alors , et long-temps après , on la qualifiait de faubourg , qu on nommait LucoUtius ou Locotitîe , comme nous l'apprennent diverses pièces historiques (i)*;, et ce nom , à la désinence près , est le même que celui
(i) Dans le diplôme de fondation de l'église de Saint- Vincenty dite aujourd'hui de Saùit-Germain-des-Prés , on lit que le roi Ghildebert fonda cette église, in terrd quce aspicit adjîscum isciacensem , in loco gui appellatur Locotitîe. [Diplomata, Cartœ, etc,, tom. I, pag. 54- ) La Vie de saint Doctroyée , abbé de ce monastère, porte que Ghildebert vint à Paris, et fonda une église en l'honneur de saint Vincent , dans un £siubourg de cette- yille , et dans un lieii qui autrefois était nommé Lucotitius, {Recueil des Historiens de France^ t. III,
SOUS LES EOMAIUS. l4l
de Tile de la Cité , appelée Lutetia on plutôt Locuteticu
Plusieurs routes ou voies , dont deux seules sont connues , traversaient ce faubourg.
La principale, partant du Petit -Pont et suivant la direction de la rue Saint-Jacques , avait à droite l'enceinte du palais des Thermes : ensuite , s'élevant comme le coteau , dont la pente était autrefois plus roide qu^elle n'est aujourd'hui, elle laissait à gauche des vignobles , et à droite un lieu que je conjecture avoir été consacré à Bacchus , puis les places et avenues qui précédaient ce palais. Parvenue à la hauteur du plateau , cette voie , après avoir traversé les emplacemens de la Sorbonne et des Jacobins, dans la direction d'une rue qui a existé entre l'emplacement de la Sorbonne et l'église de Saint -Benoît , se prolongeait entre un camp romain et un vaste champ de sépultures,, à travers l'ancien emplacement des Chartreux , et aUait aboutira Issy , et de là à Orléans.
La seconde voie naissait de la précédente ,
l4a HISTOIRE DE PARIS '
à peu près k Tendroit où la rue Galande débouche dans celle de Saint -Jacques , et , suiyant la direction de cette première rue et de celle de la montagne Sainte-Geneviève , s^élevait au milieu des vignoble^ jig^niVu ]^}ateau« Arrivée' à ce poiut'^ èlle'ISSii à gauche ua lieu appelé, les Jtrèties , ^$dn6 auiL spectacles pqbKcs» A droite ; et $arV^xi* placement même ^e* l'édifice dix I^^imh'éon , étaient des exploitations de térres>>pij:ipi)«s à h poterie et ùiieM>rîx}ue de vases rouaiaixis. Cette voie suivait ensuite la- direçtioQr de la rueJMpufietard , et , traversa:nt le cteitQp des sépultures^ que îeî mentionnertii v^bieittôt , aboutissait Â' un lieu: appelé Mons^ Ci^rdus. Çjé lieu a reçu dans là suite le Bomde6'm/it« ilfarceZf ihais la rue qui y mène a^oûservé , à quelques altérations .piïès ^ ia dénomina-' tion antique ; de Mans Cetarduà pu a^ fait MontrCetàrd^ puis MouffétardJ
. Voici lès objets contenus dans Tespaoe que je viens de décrire :
Pàulis hes Thêrices.(i)« Dds restes de cet
(i) Vpjf&i^ pi. 5^ Qt 1q Plan del^irls $oûs la domination fomaine. .
■I^ÎTK.TtllEn* BT FJVLM.% !li>KS TflS!Ii.?IMS.
sous LES ROMAINS. l43
antkpie édifice sont situés dans le quartier compris entre les rues de la Harpe , du Foin , de Saint-Jacqiies et des Mathurins. Avant 1819, on y entrait par la porte cochère d'une maison située rue de la Harpe , au n" 53. En cette année, le préfet du département fit , pour la ville , Taccjuisition de cette maison , de remplacement et des restes de cet édifice. En 1819 , la maison a été démolie ; et , en 1820 , on s'est occupé à dé-* blayer les antiquités et à réparer leurs parties existantes. «
Avant de décrire ces restes antiques , je dois donner quelques notions sur les Thermes de la ville de Rome , et ensuite produire les témoignages de l'antiquité des Thermes de Paris.
A Rome , on donnait Je nom de Thermes à de vastes édifices destinés à des bains chands , comme Tindique ce nom. Dans l'origine , ces édifices étaient seulement simples et commodes -, mais , dès que les con- (piëtes eurent enrichi les Romains , que leurs richesses les eurent asservis et corrompus y les Thermes devinrent des palais
l44 HISTOIRE DE PARIS
superbe* ; il n'appartint qu'aux empereurs de les faire construire , et d'y loger avec leur immense suite. On distinguait à Rome les Thermes d' Agrippa , de Néron , d'An— tonin Garacalla , de Gordien , et ceux de Dioclétien , qui surpassaient tous les autres par leur étendue , leur magnificence , et dont il existe encore des restes imposans. Ces Thermes contenaient plusieurs salies de bains , des salles de jeux , des salles d'exercices 5 des galeries, des portiques, des théâtres , etc. •, ils étaient de plus accompagnes de vastes jardins.
A Paris , et dans la partie méridionale de cette ville , il s'est conservé des restes considérables d'un édifice de construction romaine , qui , depuis environ sept cents ans , a porté Iç nom de palais des Thermes^ et qui le porte encore. Ce palais était certaineijient le même que celui où quelques césars et quelques augustes ont, dans les troisième et quatrième siècles , passé leurs quartiers d'hiver. Il n'est point d'autre édifice à Paris qui, pendant tant de siècles, ait résisté à l'action destructive du temps et des hommes.
sous LES ROMillfS. l45
Trois écrivains de Tantiquité donnent des détails sur ce palais de Paris , l'indiquent ou le qualifient bonorablement. Julien le désigne sans le nommer, lorsque , dans son Misopogon qu'il composa à Antioche, il raconte un événement dont il faillit être la victime. « Autrefois , dit -il , je passais mes » quartiers d'hiver dans ma chère Lutèce ^ » c^est ainsi que les Gaulois nomment la » petite forteresse des Parisiens. » Il ajoute que , pendant un hiver rigoureux, il se refusa d'abord à ce qu'on aUumàtdes fourneaux destinés à réchaufiSer la chambre où il couohait ^ mars que , le froid devenant plus âpre, il consentit , afin de sécher les parois des murs couverts d'humidité , à ce qu'on y ap* portât des charbons ardens dont la vapeur l'incommoda beaucoup.
Julien , dans son manifeste adressé au sénat et au peuple d'Athènes, en racontant les événemens qui précédèrent son élévation'à la dignité d'auguste, parle plusieurs fois de ce palais , où il résidait avec son épouse Hélène , sœur de l'empereur Gons-* tance, parle de l'arrivée des troupes étran-
l46 HlàTOIEE DE PARIS
gères qui se rendirent à Paris, de leurs soulèvemens, et d'une chambre, voisine de celle de son épouse , où il méditait sur les moyens d'apaiser lé tumulte des troupes qai environnaient le palais.
Joignons à ces détails ceux que nou6 fournit Thistorien Zozime , en décrivant les scènes tumultueuses dont le palais de Paria et ses environs furent le théâtre. Il donne à ce palais la qualification honorable de Bûsi' lique , qui signifie rofal : il raconte comment des troupes aunliaires, récemment arrivées des bords du Rhin à Paris, mécontentes d'une expédition lointaine à laquelle en les destinait , résolurent d'élever le césar Julien , qui résidait alors à Paris , à la dignité d'auguste. Impatientées des refus de ce prince , elles se portèrent avec foreur au palais, et en brisèrent les portes (i).
Âmmien Marcellin -entre dans de pta* grands détails sur cet événement , qui se passa dans Paris , en l'an 36o. H qualifie l'édifice où logeait le césar Julien , de palais , palatium , de maison royale, regia; il nous
(i) Zozim. Hist.y lib. 3.
SOTTS LES ROMÂIIfS. 14^
apprend que cet édifice contenait des appartemens secrets ou souterrains , latebras occuh€is y où Julien alla se renfermer pour se dérober atix poursuites des troupes auxi- Uâires , qui , l'ayant malgré lui proclamé Auguste , craignaient qu'il ne renonçât à cette dignité , et que quelques hommes dévoués à Constance n^attentassent à sa vie. Ensuite il nous parle d'une salle consacrée aux délibérations , salle qu'il qualifie de consistorium , où Julien , après avoir cédé au rœu des troupes , tenait son conseil , et où ces troupes, soulevées par le bruit de sa mort, se portèrent tumultueusemeiit , et finirent par s'apaiser en voyant (dans cette salle) ce prince vivant et revêtu des insignes de sa nouvelle dignité.
U ajoute que celui qui répandit le faux bruit de sa mort était le décurion du palais , dont la fonction éminente faisait partie des dignités impériales (i).
Les empereurs Valentinien et Valens ont séjourné à Paris pendant l'hiver de 365. Tcois de leurs lois , contenues dans le Code
(i) Ammian, Marcel, 9 lib. 20, cap. 4-
l4S HISTOIRE DE PARIS
Théodosien , sont datées de cette ville (i)* Ainsi , il est certain qu'au quatrième siècle de notre ère il existait à Paris un palais impérial. On est , en conséquence , autorisé à dire qu'il avait toute Tétendue et la magnificence convenables à sa destination.
, Cet édifice devait être situé au lieu où sont aujourd'hui des restes antiques appelés PaUtis des Thermes; une tradition constante y place un palais , qu'au sixième siècle Grégoire de Tours désigne sans le nommer. Çhroie^, childe , ou Clotilde , l'habitait avec ses petitsrfils, lorsque les rois Childeberl et Chlo^ taire firent yenir ces enfans, leurs neveux , dans un autre palais, qui ne peut être q[ue celui delà Cité , et les y égorgèreut froide-, ment pour s'emparer de leurs biens.
Au septième siècle , f ortunat ii^dique ce palais , et le qualifie de vaste édifice , ou de citadelle distinguée par son éléva^on , arx celsa. Ce poëte recommande aux Parisiens
(i) Codex Theodoiianuê ^ de Numerariis^ lez ii^ tom. II, pag. 449^ ^ MetaUii, lex 3, tom. III , pag. 491; d4 Jnnona et trihutU , lez |3, tom IV,
sous LE8 R0MAI5S. l49
de chérir le roi Childebert , qui résidait dans ce magnifique bâtiment.
Dilige fegnantem eelsâ, Parisius, arce (i).
Le même Fortunat, en décrivant les jardins qui accompagnaient ce palais, nous apprend que la reine Ultrogothe , veuve du même Cliildebert , roi de Paris , y logeait avec ses filles (i)»
Au douzième siècle , des monumens bistoricpies remettent cet édifice en lumière. Un litre , de l'an 1 138 , relatif à l'aumône rie de Saint-Benoît , porte que cette aum6nerie était contiguë au palais des Thermes ; juxtà locum qui dicitur Thermce (3). Jean de Hauteville , qui florissaît à Paris eu I i8o , dans ses poésies , où il se donne la dénomination d^uirchîtreniks y fait un tableau pompeux de cet édifice , qu'il qualifie d'habitation des rois , Domus aula regum.
(i) Fortunati Carmina, lib. 6, carmen 4*
(a) Fortunati Carminu, Mb. 6^ de fforto UUrogt^
thonis, carmen 8.
(3) Uiêpoire de Parié, par Félibien, preuves, 1. 111,
l5o HISTOIRE DE PÀBI5
(c Ce palais des rois , dit-il , dont les cimes )) s'élèvent jusqu'aux ciçux , et dont les foix-
)> démens atteignent Fempire des morts
» -Au centre se distingue le principal corps » de logis , dont les ailes s'étendent sur le » même alignement , et , se déployant y » semblent embrasser la montagne (i). »
Avant 1218 , Simon de Poissî jouissait de ce palais, et Philippe-Auguste , en cette année, en fit don à Henri ^ son chambellan. « Nous donnons à perpétuité , porte l'acte » de donation , le palais des Thermes , /?«• » latium de Termînis ^ que possédait Si'-' )) mon de Poîssi , avec le pressoir situé dans » le même palais (2). »
Dans la Vie de saint Louis , écrite par le 4X)nfesseur de la reine Marguerite , on lit que ce roi , ((||roulant fonder le collège de » Sorbonne , acheta des maisons situées de- » vant le paies des Termes' (3). »
(i) Architremus Joannis jâhxmUœ , lib. 4» cap* '^> de Aiddin'montU veHice cônstiuaâ,
(aj Mémoires de l'Académie des Inscription», t. XV^ p. 681, à U note. Je donne le texte avec 8e« faates.
(3] Histoire de Saint Louis, édit. 1761 , p. 34^
sous LES ^OHAmS. l5l
Dans le rôle d^une contribution levée en
i3i3 sur les habitans de Paris , à Toccasion
de la clievalerie du fils de Philippe-le-Bel ,
on lit : « L^encloitre Saint - Benoit d'une
» part, et d'autre le palais des Thermes (i). i»
Guillot de Paris , qui , vers le même
lemps , a mis en rimes les rues de cette
ville , n'oublie pas le palais des Thermes.
Je m'en allai tout simplement D'iluecques au palais des Termes (a).
Jl est mutile de citer un plus grand nombre de témoignages , pour prouver que cet édifice a constamment reçu la qualification de Palais , ou une autre équiyalepte.
n était d'une grande étendue. Les batimens et les cours (atria) qui en dépendaient s'élevaient , du côté du sud, jusqu'aux environs de la Sorbonne. La Vie de saint Louis atteste que ses bâtimens en étaient voisins , et Jean de Hauteville , qui écrivait avant que Philippe- Auguste , pour cons-
(i) Histoire de Paris, parFélibien, preuves, vol. Y, p. 621.
(a) Le dit des mes de Paris, outre Petit-Pont.
l52 HISTOIRE DE YillIS
truire le mur de Tenceinte de Pçris , eût fait disparaître plusieurs parties de cet édifice 7 nous en parle comme si le principal bâtiment de ce palais fût situé sur la partie la plus élevée de la montagne. Voici le titre du chapitre où il décrit ce palais : De Auld> înmoniis verlice constitutd ; du palais construit sur le haut de la montagne. S'il en était ainsi , la salle dite aujourd'hui des Thermes né serait qu'une dépendance , qu'un accessoire du principal édifice.
Au-delà j et du même ^té , devait être aussi la place d'armes , ou le campus désigné par Ammien MarçcUin. Stir cette place, le césar Julien fut proclamé Auguste , et harangua les troupes. Julien ^ dans son manifeste au sénat et au peuple d'Athènes , parle aussi de cette place publique, en disant qu'un officier de son épouse , instruit des trames perfides des agens de Constance , lesquels avaient répandu de l'argent parmi les troupes , pour les faire soulever contref Julien , vint dans la place publique, et cria: Braves guerriers ^ étrangers ou citoyens j gardez-vous de trahir votre empereur.
SOira LES EOSCàINS. iS3
A cette place, qui devait occuper les emplacemens de Tancien couyent des Jacobins 9 de la place Saint-Michel,- etc. , aboutissait la voie romaine qui , venant d^Orléans , passait au village d'Issy.
Toute cette partie méridionale dépendait du palais des Thermes , pmsqu^on a la certitude que les rois de France , qui ont succédé aux empereurs romains dans la propriété de ce palais , possédaient de même ces emplacemens méridionaux , et qu'ils étaient sous leur censive. Au nord , en partant du point où git aujourd'hui la salle des Thermes , les bàtimens de ce palais se prolongeaient jusqu'à la rive gauche du petit bras de la Seine. M. de Caylus , qui a soigneusement exploré les traces de ces constructions antiques , assure que , dans les caves des maisons situées entre cette rivière et cette salle , on trouve des piliers et des voûtes de la même maçonnerie : il ajoute qu'avant la démolition du Petit -Châtelef, forteresse située au bas de la rue Saint-Jacques , et à l'extrémité méridionale du Petit- Pont , on voyait des arrachemens de mujs
x54 HtSTOIRE DB PiUlS.
antiques , qui se dirigeaient vers le palais des Thermes : il en tire cette conséquence , que les bàtimens de ce palais s'étendaient jusqu'à la rive de la Seine (i).
La salle qui subsiste encore (2), unique reste d'un palais aussi vaste , offre , dans son plan , deux parallélogramnie3 contigUs qui forment ensemble une seule pièce. Le plus grand a 62 pieds de longueur sur 4^ de largeur; le plus petit a, 3g pieds sur 18. Les voûtes à arêtes et à plein pintre qui couvrent cette salle s'élèvent jusqu'à ^^ pieds audessus au sol. Elles sont solidement cons-^ truites , puisqu'elles ont résisté à l'action de quinze siècles , et que depuis long-temps , sans éprouver de dégradations sensibles, elles ont supporté une épaisse coucbe de terre, cultivée en jardin et plantée dîarbres.
L'architecture simple et majestueuse de cette salle ne présente que peu d'ornemens. Les faces des murs sont décorées de trois gran» des arcades, dont celle du milieu est la plus
(i) Recueil d* Antiquités , tom. Il, pag. SyS. (a) Voyez la pi. 5.
sous LES EOMÀISS. x55
élevée , genre de décoration fort en usage au quatrième siècle. La face du mur mérî-* dioual a cela de particulier, que Tarcade du milieu se présente sous la forme d'une grande niche , dout le plan est demi-circulaire. Quelques trous , pratiqués dans cette niche et dans les arcades latérales , ont fai; présumer qu'ils servaient à Tintroduction des eaux destinées aux bains. Pour prononcer affirmativement sur la destination de cette «aile, il faut attendre le résultat des fouilles qu'on doit y exécuter (t).
(i) Ce seul monument Architectural dont Paris puiss* se glorifier , propre à répandre quelque four sur l'antiqae état de cette ville; ces restes du pelais des Césars , qui depuis quinze cents ans ont avec succès résisté à tons les moyens de destruction, étaient la propriété d'an tonnelier : 0 pouvait à son gré dégrader cet èdi* See un le détruire entièrement. Ces considérations ont sans doute déterminé le préfet de la Seine à l'acquérir, afin de le faire servir à un établissement d'utilité publique. Au mois d'ao&t 1819^ on a commencé la démofition des maisons situées sur la rue de la Harpe, dernkn lesquelles était caché ce nire monunwnt.
Lorsqu'en 1818 je suis allé visiter cette salle du palais des Thermes, des tonneaux en très-grand nombre en ■asquaient les iBurs, et ne. laksatent apercevoir (^'nse petite partie de sa voûte. J'en sortis peu satitÊût de
l56 BISTOIR£ DE PÀRÏS
Les arêtes des voûtes , en descendant sur les faces des murs, se rapprochent et s'appuient sur une console qtd représente la poupe d'un vaisseau; Dans Tune, on distingue quelques figures humaines. Ces poupes j symboles des eaux , ont peutrètre servi à caractériser un lieu destiné à des bains.
La maçonnerie de cette salle se compose de trois rangs de moellons régulièrement taillés, dont chacun sl ^ on 5 pouces de hauteur, et de quatre rangs de briques^, dont chaque raQ:g peut avoir un pouce d'épaisseur. Ces rangs alternatifs de moellons et de briques ont, en quelques endroits, été recouverts par une couche de stuc ,. épaisse de 4 à 5 pouces.
Depuis que cette salle est débarrassée des futailles qui couvraient entièrement les faoes de ses piurs , on a pu découvrir que la maçonnerie , surtout du côté septentrional , et dans la partie de la salle placée en retour, avait éprouvé à diverses époques des res* taurations qui diSèrent du système général,
trouver, au lien d'un palais des empereurs romains, «a magasin de futailles.
SOUS LES ROMAINS. iS^
Dans cette partie en retour, on a remarqué des bandeaux d'arcades à plein cintre , com* posés de pierres d'un grain fin , sculptées en cannelure , bien conservées.
Dans cette même partie de la salle , qui vient d'être fouillée jusqu'à environ 2 ou 3 pieds de profondeur, on a découvert, au rez-de-terre , un mur qui la séparait de Tautre partie 5 peut-être qu'en cet endroit était le bassin ou la piscine des bains. Cette fouille a produit aussi une plaque de fonte, haute de deux pieds et quelques pouces, et Urge de i pied 9 pouces* Si sa partie supérieure ne se terminait pas en forme pyramidale, elle ressemblerait parfaitement aux l^aques de nos cheminées*, elle est ornée d'une bordure qui se compose d'une suite d'oves. Je ne prononcerai point sur l'anti- ({oité de ce monumept isolé et de peu d'importancCf
On a aussi mis à découvert, dans la partie occidentale de la grande pièce , la naissance d'un escalier par lequel on devait descendre pour parvenir aux souterrains, Cer-
l58 HISTOIRE DE PARIS.
tainement on aurait fait plusieurs autres découvertes qui eussent suppléé au silence de l'histoire , si les travaux de la restauration de cet édifice n'eussent pas, en i8ai, été suspendus.
On ne connaît pas entièrement Tétendue des souterrains ^ des amas de décombres s'opposent à ce qu'on y pénètre au-delà de go pieds. Ces souterrains sont à deux étages , l'un sur l'autre ^ le premier est à dix pieds au-dessous du sol , et le second est à six pieds au-dessous du premier. Chaque étage est divisé en trois berceaux parallèles, soutenus par des murs de quatre pieds d'é-, paisseur, et se communiquant entre eux par des portes.
Ces souterrains , qui , comme l'a réconnu M. de Caylus , s'étendaient jusqu'au bord de la Seine , doivent aussi s'étendre jusque sous l'hôtel de Clugny, bâti sur une partie de l'emplacement du palais des Thermes , et sous le ci- devant monastère des Mathurins , pareillement élevé sur une autre partie du même emplacement *, deux établisse-
SOtJS LES R0MAIN5« iSg
TBBDS qui furent construits évidemment aux dépens du sol de ce palais , et de ses matériaux.
En 1676 , un événement fit reepnnaitre les souterrains placés sous le couvent des Mathurins. Cette découverte est attestée par une inscription , dont voici la partie intéressante : « £n j^6 , au mois d^aoùt, une » ouverture s^étant faite au pavé de cette » cour , environ le milieu du ruisseau, )» plus près néanmoins de la cuisine que de » la salle du jardin , Ton creusa , et Ton » aperçut une grande ouverture , à peu près )) semblable aux trois arcades qui formait » le présent escalier ^ dans laquelle un do- T» mestique de céans , étant descendu par )) une entrée qui commençait du côté de la » salle , observa que c'était un grand trou » qui prenait son origine dessous le palais » des Tbermes , rue des Mathurins , la-*- » quelle ouverture fut bouchée avec trois )) grosses poutres , etc. »
L'obscurité de cette rédaction n'empêche pas de reconnaître le fait principaL: il exis^ tait sous le monastère des Mathurins des
i6o HISTOIRE DB PIMS
constructions souterraines qui communiquaient à celles du palais des Thermes.
Sur les diverses parties du sol qui enrironne la salle de ce palais , se trouvent plusieurs restes de constructions antiques. A Thôtel de Clugny , dans un bâtiment situé à gaucbe en entrant dans la cour de cet hôtel , sont plusieurs murs^et voûtes qui dépendaient de Tédifice principal. Entre cet édifice et la rue de la Harpe , on voit, en face et des deux côtés, des murs et des formes d^arcades , semblables à celles qui existent sur lés murs de la salle.
Derrière cette salle , il en existait une seconde , moins étendue , qui , comme la première, était couverte par une voûte chargée d'une épaisse couche de terre , cultivée en ^ jardin et plantée d'arbres. Cette voûte subsista'jusqu'en 1737, époque où, suivant M. Bonàmi, elle fut démolie (1). Enfin ce palais s'élevait , coinme on Ta prouvé , jusqu'à la hauteur du coteau.
Maintenant que j'ai établi l'étendue et
(1) Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XY, p. 679-
sous LBS ROMÀIlfS. l6t
Vimportance des Thermes de Paris , que j^ai décrit Tunique pèce qui subsiste entière , et les masures , ruines ou souterrains qui l'environnent , je vais rechercher à quelle époque et par quel prince fut fondé ce palais.
Suivant la commune opinion , le césar h Julien le fit constroire pendant son séjour dans les Gaules , c'est-à-dire depuis les derniers mois de Tan 355 jusqu'au printemps de 36i. En conséquence de cette opinion , ^ on nomme vulgairement cet édifice le Pa^ hm de Julien oviles Thermes de Julien. 11 est certain que ce césar a passé quatre ou cinq quartiers d'hiver à Paris , qu'il y habitait un palais considérable , honorablement mentionné par des écrivains de son temps , et qui ne peut être différent de celui qu^on vient de décrire; mais il ne s'ensuit pas qu'il l'eût fait construire. Julien 9 envoyé dans la Gaule pour en chasser des barbares qui la dévastaient depuis long-temps , employa les deux premières années de son séjour à composer des armées , à créer des finances , à faire une guerre continuelle ,
l6a HISTOIRE DE PÂRI9
et les aûuëes suivantes à reparer les maux kmombrables que ces brigands y avaient causés. Ce n'est pas dans des temps de crise et de pénurie que Ton pense à éLever des palais. D'ailleurs Içs goûts simples de ce. prince , ses mœurs austères y sqsl économie sévère , son éloignement pour le luxe et la magnificence ne permettent pas de lui attribuer cette construction. Le palais des Thermes était construit avant l'arrivée de Julien dans les Gaules.
Le nom de JuKen , ajouté à la qualifica* tion de cet édifice , est une invention moderne. Jamais, depuis les temps les ploj anciens jusqu'au seizième siècle , on ne trouve ce nom uni à cette qualification. Le libraire Corroxet , qui publia , vers le milieu de ce siècle , une description de Paris, est , je crois , le premier écrivain qui ait mis en avant cette opinion , laquelle , n'a jant point été combattue, s'est soutenue jusqu'à ce jour.
La construction de cet édifice doit être attribuée à un souverain qui , pendant tm long séjour dans les Gaules , y aura joui du
SOTJS L£S UOltÀIlï^ t63
calme propre à cette entreprii^. Constance* Chlore réunit ces convenances s durant quar torze ans consécutifs , depuis Tan 292 jus-^ qu^en 3o6 y il séjourna dans ces contrées* Collègue de Dioclétien , il y régna en sou* yerain , , d'abord en qualité de César , en* swte en celle d^Auguste. Aucun empereur, avant et après celui-ci , n'a resté aussi longtemps dans les Gaules. Son règne fut paisible , etThistoire , pendant sa durée , n'ocre aucun événement capable de contrarier une telle construction, (i).
Diodétien fit élever à Rome > ville située dans la partie de FEmpire qu'il s'était réservée , un magnifique palai^ des Thermes , dont les restes sont encore conservé^. Constance-Chlore, dans la partie de l'Empire qui lui fut donnée en partage, dut, à l'exemple de son collègue , faire bâtir un palais des Tberme» dans les Gaules ; car dans ceile région , et dans les métropoles de provinces , il existait des bâtimens app^és ^re- UÀres j naais non des palais pour les empe-
(il n est probable que ce prince fit battre monnaie k Lutèce. Voyez trois pièces a son effigie, pi. 6.
l64 HISTOIRE DE PARIS
reurs , qui jusqu'alors n'y avstùe'nt jamais résidé (i). Il fallait un palais impérial à an Empire nouveau : Constance-CMore eut le temps , et de plus le besoin d'en construire un 9 et à lui seul convient la construction, des Thermes de Paris. Une autre considé* ration peut concourir à confirmer cette opinion et à déterminer à peu près l'époque de cette construction. Ijâ^genre d'architecture et de maçonnerie des Thermes de Dioclétien à Rome , a des conformités frappantes avec celui de l'architecture et de la maçonnerie des Thermes de Paris. Ces deux édifice» pouvaient donc être contemporains, r Ainsi ce ne peut être Julien , mais bien plutôt son grand-père , Constance-Chlore , qui , vers la fin du troisième siècle , ou plus
(i) I] existait dans la Gaule, yers la fin de la période romaine, plusieurs édifices ou bains magnifiques. On ▼oit par une inscription, rapportée dans le Recueil des Historiens de France , tom. I, pag. i45, que Gonstan^ tin II, fils de Constantin dit le Grand, fit, entre les années 33^ et 34o > élcyer à ses frais des Thermes dans )a YîUe de Reims. Sidoine Apollinaire cite et décrit plusieurs de ces édifices dont il exalte l'étendue et la magnificence, é;iifices qui ont disparu depuis l'arrivée des Francs dans la Gaule.
f socs LES ROMAIliS. l65
tard, dans les premières années du quatrième, fit construire le palais des Thermes de Paris.
JAKDIlf DU PALAIS DES THERMES. A Rome ,
les palais des empereurs , les maisons des «citoyens opulens , étaient toujours accompagnés de vastes et magnifiques jardins. Ceux du roi Tarquin , de Jules César , d'Agrippa, qui, après lui, appartinrent à Caligula et à Néron ^ ceux de Pompée , de Lucullus et de Salluste sont célèbres dans Thistoire : les Romains en faisaient leurs délices. Les Thermes de Paris, construits pour un empereur romain, devaientavoirleur jardin. Le poëte Fortunat nous. apprend qu^au sixième siècle il existait , entre le palais habité par Childebert , roi de Paris , et Téglise de Saint-Germain-des-Prés , de vastes jardins , qu'il décrit dans une pièce de vers , intitulée des Jardins de la reine Ullrogothe ; il dit que Childebert traversait ce jardin pour se rendre à Téglise. .
Hinc iter ejus ertU, cùm Umina sancta petebat (i).
(i) Fortunatî Carmina, lib. 6, de Horto Ultrogo-^ thonÎM regtnœ, carmen 8.
t66 msToms 0E paris
L^église que ce poëte désigne par ce« «mots limina sancta est celle qu^on nomme aujourd'hui Saint^Germain-dcs-Prés ; elle était Féglise chérie de ce roi ; il Tavait fondée 5 il y fut enterré avec son épouse Ultrogothe. Il serait possible , mais il n'est pas prouvé que cette église eût été établie â l'extrémité occidentale de ce jardin , et comprise dans son enceinte : c'est nue conjecture que je donne sans m'y arrêter (i). Je passe aux limites de ce jardin.
Au midi , la limite est incertaine ; elle devait partir des points les plus méridionaux du palais des Thermes , et laissant en dehors l'emplacement actuel du Luxem- Jxmrg y qui avait une destination dont je parlerai , s'étendre jusqu'auprès de l'église de Saint-Germain-des-Prés.
A l'est « ce jardin était évidemment borné par les batimens des Thermes.
(i) Dans le diplôme de la fondation de cette église y Childebeit dit seulement qu'il la fondée dans le territoire parisien , non loin des murs de la Gté , dans la terre qui dépend du fief d'Issy , et dans le lien DO0Bié Locotitie, (Diplomata, cartœ, etc,^ tom. I^ p» 540
SOTTS LES ROMAINS. 167
Âa nord , le cours dé la Seine le limitail entièrement. Cette borne naturelle , qui contribuait à rembellissemenl et à la sàreté de ce jardin, ne devait pas être négligée. Puisque les bàtimens du palais s'étendaient jusqu'au bord de cette rivière , le jardin devait avoir la même extension : il est prouvé qu'aucun espace intermédiaire , pas même un cbemin , ne le séparait de la rive ; la première route établie sur ce bord ne le fut qu'au commencement du quatorzième siècle , sous le règuede Philippe-le-Bel.
A l'ouest enfin , ce jardin était en tout ou en partie borné par un canal qui commaniqnaît à la . Seine , et se rempli«6ait de ses eaux.
Ce canal , où coulent aujourd'hui les eaux des égoûts de la rue de l'Égout et de celle de Jacob , partait des fossés de SaintrGermaîn-des-Prés et de lame Saint-Benoît , traversait l'emplacement des maisons situées en face de cette rue , les emplacement de la cour et de l'église des Petîts-Augustrns , et s'étendait parallèlement à la rue de ce nom , jusqu'au quai Malaquais et jusqu'à la
l68 HISTOIRE DE PJL&IS
rive gauche de la Seine. Dans des titres des douzième et treizième siècles , ce canal est mentionné sous le nom de Fossé ^ et plus généralement sous celui de Petite^Seine (i). Il avait i4 toises de largeur, et environ vèo de longueur {i). Je soupçonne qu'il se prolongeait beaucoup plus loin au midi , et s'étendait jusqu'à la rue du Four (3).
(i) Histoire de Paris, par Félibien, t. I, p. 4^» JUcherches critiques sur la mile de Paris , par Jaillot , tom. y, quartier Saint-Germain«des-Prés , p. 4*
(a) F^o/ez le Plan de Paris sous la domination romaine.
(3) L'élévation de la partie méridionale de la me Saint-^enolt n'est point un obstacle à l'opinion de la continuité de ce canal jusqu'à la rue du Four. Ce canal a pn suivre la direction de la rue Saint-Benoit y bâtie en partie sur le fossé de Fabbaje Saint-Germain ; les eaux de la Seine pouvaient s'étendre jusqu'à la rue du Four. La rue dite de VÉlgoât est presque au niveau du bas de la me Saint-Benoit Les eaux de la rue du Four pouvaient couler par la conduite de l'égoùt, puisqu'elles y coulent encore , traverser Pextrémité orientale de la me TarannOy où se trouvait un vaste cloaque, peut-être reste du canal dont je parle ou des fossés de l'abbaye j cloaque qui ne disparut qu'en x64o, époque où l'on construisit Fégoùt, et où Ton exhaussa considérablement le sol de cette partie de la rue Taranne , ainsi que celui des parties les plus élevées de la rae Saint-Benoit. 0e
sous LES ROMAINS. 169
Ce canal , qui ne fut comblé que vers le milieu du seizième siècle, était, dans le moyen âge , absolument inutile à la défense de Tabbàye de Saint-Germain-des-Prés et à celle de la partie méridionale de Paris , puisque pouvait facilement le tourner, et qu'il ne fut poin t un obstacle aux Normands qui , à plusieurs reprises , pillèrent cette abbaye etlesliabitations de cette partie méridionale. Son creusement est donc antérieur au moyen âge où Ton ne s'occupait guère, sans une nécessité urgente, de travaux d'une telle knportance. Ainsi , n'étant point du moyen âge, il devait appartenir à la période romaine : voici ce qui confirme cette opinion.
En septembre 1 806, en fouillant la terre pour réparer l'égoût qui se verse dans la Seine y presqu'en face de la rue des Petits- Âugu3tins , on trouva précisément à l'angle déterre que formaient le cours dé cette ri-
cette supposition très-vraisemblable il résulterait que les bâtimeos de Féglise de Saint-Germain-des-Prés auraient été élevés dans l'enclos du jardin du palais des Thermes , depuis nommé Jardin de la reine Ultrogothe , et ensuite Clos de Lias.
vière et la rencontre de Tégoùt, des fragmens de construclîon antique , composés de pierres d'une forte dimension , et dans le même lieu, une douzaine de médailles d'or portant une. tète laurée , au revers un bige conduit par la Renommée , et pour légende le nom Philippe en caractères grecs. Le^ médailles de cet empereur en ce caractère sont communes-, elles furent sans doute multipliées à l'occasion des jeux séculaires que cet empereur célébra en l'an ^Ifi. Leur abondance les fit apparemment préférer à des médailles plus récentes. Peut-être ausri ces fondations contenaîént-elles d'autres médailles d'une époque moins ancienne, qu'on n'a pas découvertes. Celles qu'on a déterrées attestent Tantiquité de la construction, sans attester sou époque. Cette, censtruction , située à cet angle de terre , pouvait servir à l'agrément dti jardin comme à sa défense. Son antiquité peut aussi servir à prouver Tàntiqùité du canal (i).
L'espace compris entre ces limites , c'est-.
(i) Mémoires 4e l'Académie celtique ^ voi. I, n» q, p. 142.
30iqs LES KOMAlliS. 1^1
â«^e Fenclos du jardîn des Thermes, soit
qu'il ait cliaiigé de nom ou de maître, soit
qu'il ait cessé d'être jardin pour recevoir
une autre destination, s'est long -temps
maintenu dans son intégrité primitive. On
a vu que, sous la première race, Fortuuat
le désigne par ces mots : les jardins de la
mine Ultrogothe. Sous la troisième, et dans
des titres des douzième et treizième siècles ,
il est fréquemment iaentionné sous le nom
de Clos de Lias ou de Laos. Ce mot Laos ou
Lias se compose de notre article fe, rendu
par l'équivalent li ou /a , et de as, qui est
une altération du mot arx^ palais, cita-^
deDe^ altération dont Ducange offre des
exemples en France (i). Ainsi Clos dm Lias
âgnifie le clos , le jardin du palais ou de la
citadelle. C'est sôus cette dénomination
à'arXj que le poëte Fortuuat désigne le
palais des Thermes , où demeurait Childe-
bért , roi de Paris.
DiUge regnantem celsâ', Pansius , arce (a).
Ce qui prouve encore l'identité du jardin
(l) f^<tyez son Glo^saii^, aa mot As,
(s) Fortunati Carmina, lib. 6, cannen 4*
des Thermes et du Clos de Lias , c'est qae l'un et l'autre occupaient le même espace et étaient compris dans les mêmes limites. Ce jardin, détérioré au douzième siècle, appartenait aux abbés de Saint- Germain-des- Prés. L'abbé Hugues V,* en 1179, en aliéna plusieurs parties , à condition que des maisons y seraient construites. Divers titres prouvent que la rue de la Huchette , la rue Poupée , la rue de l'Hirondelle et celle de Saint-André-des-ATs ont été ouvertes sur le Clos de Lias ou de Laas. Ces trois dernières rues en ont même porté le nom , ainsi que la rue ou chemin établi sur le bord de la Seine. La rue Saint-André-des-Ars et l'église de ce nom étaient dans leur origine nommées de Laas ou Lias (i). Le surnom des ars leur vient évidemment de ces mots as\ ou de arx. Ce n'est pas tout : l'église , le monastère , les cours et jardins des Grands- Augustins, dont rensemble s'étendait de* puis la rue de ce nom jusqu'à celle de Gué- Ci) Voyez Recherches critiques sur Paris , par Jailîot, tom. V, Saint-André, p. 4» 7» ïo> n, 93, lao.
sous LES ROMÀIKS. 1*]^
négaud, étaient, ainsi que ces rues, établis sur le Clos de Lias (i).
On a la preuve que des terres , des vignes occupaient les autres parties de ce clos. Ainsi les limites du Clos de Lias sont les mêmes que celles qui ont été assignées au jardin da palais des Thermes : les unes confirment les autres. Le jardin de ce palais , sans changer de limites , a changé de nom , encore ce nom changé a-t-il le même sens : car , comme je l'ai dit , clos de Lias signifie clos ou jardin du palais. Il est impossible de placer ailleurs le jardin du palais des Thermes.
Nul des historiens de Paris n'a parlé de ce jardin , de ses limites , du canal de la Petite-Seine , qui le bornait àr l'ouest , ni de l'identité de ce jardin avec le Clos de Lias.
Aqueduc d'Arcueil. Arcueil est un village situé à deux lieues et au midi de Paris ^ il doit évidemment son nom aux arches ou arcades qui supportaient l'aqueduc romain , au-dessus du vallon formé par le cours de
(i) Histoire de Paris, par Féllbien, t. ni, p. 207.
1^6 âlSTOIRE DE PARIS
L'aulcur de ce passage a tracé sur un plan qu'il a publié dans sa Description des Ca^^ te^ombes de Paris , la direction et les sinuosités d'une partie de cet aqueduc ^ mais il ne parle point de <ioux-de ses fragniens qui sont à découvert aux deux côtés d'un chemin creux et montant , qu'on nomme le Chemin des Préires , et qui de Montsouris se dirige vers Arcueil. A gauche et à droite , et sur les talus de ce chemin creux , on voit la coupe de cet aqueduc , qui , comme le dît M. Héricart de Thury , n'y paraît pas avoir été couvert. La largeur ou la dimension horizontale de son ouverture est de 4 décimètres ou de I pied 2 poucps 4 lignes.
De ce Chemin des Prêtres ,• l'aqueduc se dirigeait à travers le petit jardin d'une maison de Montsouris , où j'ai vu ses traces , et traversait l'ancienne route d'Orléans ,
-d*uae couche de terre de 3 mètres d'épaisseur, on doit conclure qu'en ces endroits le sol s'est exhaussé de 3 mètres ou de plus de 9 pieds , ce qui fait environ '7 pouces par siècle : cette élévation, si elle est cer- *taine , doit s'attribuer aux eng^rais abondamment répandus sur les terres situées au-delà des murs de Paris.
sous LES ROMAmS. Ijy
puis la rue des Catacombes , où il a été recoimu par M. de Tliury.
' Voilà l'existence du palais des Thermel , de ses jardins , de son aqueduc , établie par des preuves qui , particulières à chacun de ces objets , sont en même temps communes à tous , se fortifient les unes par les autres , et ne laissent plus de place à l'incertitude.
Il me reste à prx>uver l'existence d'un autre établissement dépendant de ce palais des césars.
Camp komain (i). Toujours des camps étaient placés près des palais des césars et des augustes j'Ct même des présidens de province. Ammien Marcellîn et Zosime , en racontant comment Julien fut , par des troupes auxiliaires , élevé à la dignité d'auguste , parlent plusieurs fois du camp situé près de Paris. Le premier dit qu'après le repas que ce prince' donna aux chefs de ces troupes , ces chefs se retirèrent dans le camp accoutumé , in statîi^a solita recesse-
(i) Voyez le Plan de Paris sous la domination romaine.
1^8 HISfOIEE DE PARIS
nint (i). Le second indique ce camp où *les troupes firent un repas nocturne (2).
. Les modernes sont d^ accord sur ce point , et n'ont jamais révoqué en doute l'exislenLCe d'un camp près de Paris ^ mais ils ont beaucoup différé sur sa position : les uns le placent à la porte Baudet , où commence la |*ue Saint-Antoine ^ les autres dans la Cité , devant le Palais de Justice.
Ce camp était situé près du palais des Thermes. D'après le récit d'Ammien Marcellin , on voit que les communications du camp, à ce palais s'exécutaient avec promptitude. Zosime atteste positivement que le lieu où campaient les troupes était voisin du palais (3).
Je ne vois qu'un seul emplacement convenable à ce camp ^ les autres sont trop éloignés, car il aurait fallu traverser la. Seine pour s'y rendre \ ils sont peu commodes , et on a la preuve que ces emplacemens étaient, du temps des Romains , employés
{lyjâmmian. Marcell.y lib. ao, cap. 4.
(a) Zosùn., lib. 3, p. i5a, édiL d Oxon.
(3) Zositn, Hist.f li)>. 3, p 710, édit. d*0](on.
sous LBS ROMAINS. l'J§
k des usages qui ne pouvaient convenir à un camp (i).
Cet emplacement, presque contiguàFenclos du palais des Thermes , est aujourd'hui occupé par quelques maisons des rues de Vaugirard et de la rue d'Enfer , et par la partie orientale et le parterre du jardin du Luxembourg. On aurait ignoré- l'antique destination de cette partie de ce jardin , si des projets d'embellissemens qui , pendant les années 1801 et i8iï , y furent exécutés, n'eussent occasioné de grands mouvemens dans le sol , et exhumé une vâîté jusqu'alors cachée dans le sein de la terre.
L'exposé succinct des objets d'antiquités qui y furent découverts prouvera cette destîn«lion.
D'abord je dirai que les mouvemens du terrain n'ont produit aucun indice de tom^ beaux , aucune fondation d'édifice romain .
(i) L'emplacement de la porte Baudet était occupé
ptr un cimetière. (Voyez dnlessus second cimetière du
Jkubourg septentrionaL ) Il ne pouvait être devant le
palais de la Cité, puisque là était la place destinée aq
commerce 9 conmie on le yeira dans |a suite,
l8o HISTOIRE DE PAUIS
rien de stable , beaucoup d'objets mobiles et convenables à des campemens.
Déjà, avant ces travaux, on avait déterré quelques objets très -portatifs consacrés au culte. Sauvai nous apprend que , lorsqu'on jeta les fondemens du palais du Luxembourg , sous la régence de Marie de Médicis , on découvrit une figurine en bronze de 5 à 6 pouces de bauteur 5 elle représentait Mercure (i).
M. de Caylus recueillit dans la suite une petite idole d'Apollon en bronze , trouvée près de l'angle oriental du même palais , du côté du jardin (a).
Dans les fouilles faites en 1801 , on déterra quelques figurines de divinités , une petite idole de Mercure en bronze , uneicéte de Cybèle de même métal , et quelques instrumens que l'on croit destinés aux sacrifices.
Des objets qui appartiennent aux repas et aux alimens s'y montrèrent en abondance. Plusieurs ustensiles propres à la cuisine ,
(i) Antiquités de Paris, par Sauyal, t. II, p. 345. (a) Recueil d'Antiquités , tom. IL
SOTJS LES ROMAINS. l8l
tels qu un grand nombre de vases entiers ou en fragmens , de toutes former , de toutes dimensions ^ des plats , des cuillers , des fourchettes et des manches de couteaux , etc. Des ustensiles concernant les vêtemens et la toiktte , tels qu ornemens d'habits , miroirs , cure-oreilles , aiguilles en ivoire et en bronze , bracelets , clefs , dés à coudre , anneaux et styles.
On y déterra un nombre infini d'autres ustensiles , plus particulièrement propres aux militaires et à leur habillement , comme agrafes, boucles de diverses espèces avec leurs ardillons , que les Romains nommaient fibulœ ; des boutons , des crochets , des ornemens de ceinturon , de harnais de chevaux , et un bout de fourreau d'épée.
On y a recueilli plusieurs médailles 5 quelques-unes celtiques, d'autres consulaires, et une suite d'impériales , depuis Jules César jusqu'à Honorius. C'est à l'époque de ce dernier empereur quil faut fixer celle de la désertion entière de ce camp.
Quelques fragmens de mosaïque y furent aussi trouvés*, ils pourraient avoir appar-r
l82 HISTOIKE DE PlRIS
tenu à Festrade ou tribunal conslruit au milieu du camp, du haut duquel le chef - militaire prononçait ses sentences , ses harangues ou allocutions.
Toutes ces antiquités furent découvertes dans la partie du jardin du Luxembourg située à l'est du parterre. M. Grivaud^ archéologue distingué , les a recueillies avec zèle , et savamment décrites \ mais il s'est borné là , sans tirer aucune 'induction sur la destination du sol où on les a déterrées (i).
Lorsqu'cn 1811 le sol du parterre de ce jardin fut baissé d'environ 2 pieds, d'autres antiquités furent exhumées , et notamment un grand nombre de fragmens de poteries romaines avec bas-reliefs. J'en ai vu plusieurs et ramassé quelques-unes. Si ces dernières antiquités ont été recueillies, elles n'ont pas été publiées.
J'ai reconnu aussi, en juin 1817, ^^r®" qu'on a défriché la terre à l'est du palais des Pairs , pour y établir un rosaràan sem-
(i) Antiquités gauloises et romaines , recaeillies dans IjB jardin du palais du Sénat, 1807.
sous LES ROMAINS. l83
blable à celui qui se voit au côté opposé , plusieurs fragmens de poterie romaine»
Tant d^antiquités , relatives au culte , au
ménage, à la cuisine, aux yêtemens et aux
usages des militaires, réunies sur un même
«nplacement , annoncent que , pendant la
période romaine , cet emplacement fut ha»
bîté , et le fut par des militaires ; que ce lieu
habité n'offrant aucune trace d'édifice so^
lide , la surface ne devait être couverte que
de ces légères constructions propres aux
camps , et nommées par les anciens tentoria ,
tabefTtacula. Cette absence de constructions
solides , la nature des antiquités découver*
tes , le voisinage du palais des césars et de
la voie romaine : tout concourt à prouver
que cet emplacement était celui du camp
romain.
CéTÀMP DES sÉPULTtRES. Daus le vaste es^^ pace compris entre la place Saint-Michel , là rue d'Enfer, les extrémités des faubourgs Saint-Yictor, Saint-Marcel et Saint Jacques, on a déterré, à diverses époques, un si grand nombre de tombeaux romains > qu'on pè peut contester à cçt immense empl^ce*
l84 HISTOIRE DE PAIVIS
ment le titre de champ des sépultures , ou de cimetière.
Corrozet , qui écrivait ses Antiquités de Paris vers le milieu du seizième siècle, dit : « De nostre temps avons trouvé des » sépulcres au long des vignes, hors la » ville Saint-Marceau, et n'y a long-temps » qu'en une rue , vis-à-vis de Saint- Victor, )) en pavant icelle rue , qui ne l'avait onc )) été, nous fust monstre, au milieu d't- » celle , un sépulcre de pierre , long de 5 » pieds ou environ , au cbef et aux pieds » duquel furent trouvées deux médailles » antiques de bronze (i). »
L'abbé Lebeuf nous apprend qu'en jan-.vier i656, dans un jardin formé sur l'ancien cimetière de Saint-Marcel, presque derrière l'église de Saint-Martin, un jardinier, en remuant la terre , trouva soixanteHjuatre cercueils de pierre qui paraissaient appartenir à des personnes des premiers temps du christianisme. Un seul de ces tombeaux avait sur son couvercle une inscription por-
(i) Antiquités de Paris ^ par Corrozet, seconde édiv tion, p. 10,^ verso.
sous LES ROMAINS. l85
tant y YrrALis à Barbara , son épouse très-aimable^ dgée de vingt-trois ans cinq mois et vingt-huit jours. Sur ce tombeau étaient gravées deux colombes ^ emblème de l'amour conjugal , ainsi que le monogramme du Christ,' placé dans un cartel, entre V alpha et V oméga ^ signes fort en usage parmi les chrétiens du quatrième siècle (i).
De cette découverte on peut hardiment tirer cette conjecture , que les alentours de Téglise de Saint-Marcel étaient , sous la domination romaine, consacrés spécialement à la sépulture des chrétiens.'
Près de là était un territoire dont le nom ancien semble désigner le séjour des morts. Ce territoire, dans un titre de Tan 1245, est appelé terra de loco cinerum , le lieu des cendres, peut-être parce qu'on y brûlait les corps. Il s'étendait le long de la rivière de Bîèvre, et fut traversé par une longue
(i) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. J, p. 2o3.
ï86 mstonz oc vàsm
rue qui , de ces mots , de loco cinerum , a reçu le nom de Lourcine (i).
Ce n'est là qu'une conjecture qui n'a que le faible appui du rapport des noms, et celui du voisinage des tombeaux; mais lorsqu'on est pauvre , il faut réunir tout ce qu'on possède.
En i635, on fouilla la terre près du Marché aux Chevaux, et il en résulta la découverte .de plusieurs grands cercueils en pierre, tous antiques, remplis de corps d'une grandeur extraordinaire , et chargés d'inscriptions grecques , dit Sauvai , qui n'a certainement pas assisté à cette découverte*
Le même écrivain rapporte que , dans les fouilles faites derrière l'église de Saint- Etienne-des-Grés , on avait , peu d'années avant, rencontré une réunion de trente cercueils en pierre et en brique , dans lesquels étaient plusieurs médailles d'or et d'argent , appartenant aux empereurs Constantin , Constant et Constance.
(i) Histoire du diocèse de Paris, par Lebeaf , t. I,
sous li^ 1MSHU9S. l9j
L'eiaplaqement même de Fancienne égHse de Sainte-Geneviève, fouillé en i6ao, mît au jour un vaste cercueil de 6 pieds et demi de longueur et de 3 pieds de largueur ; ses côtés jetaient ornés de bas-reliefs représeiitant Diane et des chasses. Berger, qid parle de ce monument dans son Histoire des grands chemins- romains , a pensé qu'il était un ouvrage, du quatrième siècle.
En 1738, dans la rue des Amandiers, près de Sainte-Geûfeviète , vis^^à-vis le collégje des Grassins , on découvrit, en creusant des fondemens , plusieurs cercueils de pierre. L'abbé Lebeuf assure que , précédecntnent à^^cette époque , on avait , dans le voisinage de cette rjue , trouvé plusieurs tombeaux en plâtre et .en pierre tendre (i).
Lprsqu'eiÇL 1 807 on démolit . rancienné église de Sainte - Geneviève , on fit des fouilles qui produisirent quinze cercueils de pierre plaçésrSan^ ordre, et ccoiune par reflet' d'un: blmleversètiient ] mais il n'est
l88 BISTOIRE DE pauis
pas certain que ces tombeaux appartinssent à la période romaine (i).
Cette incertitude ne peut subsister à l'égard des nombreux monumens sépulcraux trouvés dans Tenclos des ci-devant Carmélites , autrefois nommé de Notre-Damedes- Champs^ et dans les environs de cet enclos.
Cet emplacement, situé à Test de la rue .d'Enfer, paraît avoir été le point le plus vénéré du vaste cimetière que nous décrivons, et le véritable sanctuaire sépulcral.
En fouillant à quinze pieds sous terre dans cet enclos , on rencontra , dit Sauvai , une grande voûte sous laquelle était un groupe de figures qu'il décrit ainsi : « La » principale figure représentait un homme » à cheval , suivi de trois autres figures à » pied, parmi lesquelles était un jeune en-
(i) yoyez, sur la découverte et l'état de ces tombeau^, ci-après Tarticle Abbaye de Sainte-Geneviève. Lorsqu'en 1807, et dans les années suivantes, on a, sur remplacement de cette église , ouvert une rue nommée de Clovis , l'ingénieur qui présidait à ces travaux a découvert plusieurs autres tombeaux , avec quelques médailles ou monnaies qui sont du temps de la monarchie.
SOIJS LES ROMAINS. 189
» faut. Chacune d'elles avait à la bouche » une médaille de grand bronze de Faustine » ou d'Antonîn-le-Pieux. Un des piétons » tenait de la main gauche une lampe qui » avait la forme d'un soulier garni de » clous (i).
)» La même figure avait à la main droite » une tasse contenant trois dés et trois je- » tons d'ivoire , qui se trouvèrent presque » pétrifiés. »
' Sauvai ajoute avoir vu chez une demoiselle , curieuse d'antiquités , cette tasse avec un de ces dés et un de ces jetons.
L'enfant était représenté tenant à sa main droite une cuiller d'ivoire dont le manche avait un pied de long : il dirigeait cette cuiller vers un grand vase encore rempli d'une liqueur odoriférante , qui , répandue par la rupture fortuite de ce vase, exhala une odeur dont l'air fut parfumé.
Ce moiiument très-curieux , quoique décrit deux fois , l'est imparfaitement par Sauvai. Cet écrivain nous laisse à désirer
(i) Dans les recueils d'antiquités, on trouve plusieurs lampes antiques qui ont cette forme.
190 HISTOIRE DE PÀBIS
des détails sur la matière, les dimensions 9 le costume et le goût du travail de ce groupe , qui appartient au deuxième siècle , comme le prouvent les médailles, prix du naulage, trouvées dans la bouche de chacune de ces figures.
Sauvai parle ensuite d'un tombeau situé , dit41, près de là, sans doute dans le même enclos. Il était orné de bas reliefs, où il remarqua un licteur vêtu à la romaine. On trouva dans ce tombeau une fibule ou agrafe, une boule et un cornet en brt>nze bien travaillé, qui portait cette inscription :