PARIS SOUS LA PREMIERE H ACE DES ROIS
IPRANCS.
§ I«r. Établissement des Francs à Paris ; nature de leur
goaTcrnement.
Pendamt cette période , h scène historique éprouve de grands changemens : la domination romaine, établie depuis plus de cinq eents ans , s'évanouit ; sur ses ruines s'élèvent des trônes nouveaux ^ des hommes féroces , et depuis long-temps habitués au brigandage , deviennent maîtres de la Gaulr^ Dès lors se termine la période des ten^ps antiques ou romains , et commence celle du moyen âge ou de la barbarie.
Les Romains , en introduisant dans les provinces un grand nombre de nations étrangères, qualifiées de Gentils ou de
^la HlSfOIHE »E PARIS
Lètes (i)j en leur accordant des terres, eu éleyant plusieurs de leurs chefs aux dignité» les plus éminentes de TEmpire, avaient c(Hnmencé Fœuvre de là dégradation sociale ', les événemens du cinquième siècle l'achevèrent. Les lumières s'éteignirent ^ et ce ne fut qu'après dix siècles d'anarchie, d'erreurs, de calamités et de crimes, qu'elles parvinrent à se rallumer.
Au mois de décembre Ao6 , des hordes de barbares fondent, cpmme par torrens, sur diverses parties de l'Empire romain ^ les unes les parcourent, en les pillant, en les dévastant, et vont plus loin porter leurs ravages y les liutres les pillent , les dévas-* tent , ety'fixent .leur demeure. La Gaule eut beaucoup à souffrir dos succès de ces féroces étrangers. Quelques-uns , tels que les» Saxons , les Allemands, tentèrent d'y former des étyblissemens ; les Saxons se maintin-
(i) On trouve les noms de ces nations étrangères, et celui des lieux où elles étaient placées , dans la notice des dignités de PEmpire. Il existait des Sarmates sur le territoire des iParisiens , et très probablement au lieu de Gentill/,
sous LÀ PREMIERE RACE. 2l3
rent sans consistance , et les Allemands fu«^ rent chasses. Plus paissans qâ^enx, les Tflr sigqtfis et les Bourguignons y fondèrent deux royaumes , les premiers , dans le midi , les seconds, dans la partie orientale de la 6aiile.
A la faveur dii désordre causé par les incursions et les établissemens dé ces barbares 9 des Sicambres , de la ligue des Francs , iFi<>lant les traités qui les liaient à la cause du gouvernement romain, franchirent, vers Tan 44^ 9 1^ barrière du Rhin, et, profitant de Tétai d'affaiblissement où se trouvait ce gouvefmenient , parvinrent k s'emparer "des villes de Cologne , de Tournai , de Cambrai , etCi , dont chaque chef se fit souverain.
Malgré ces envahîssemens successifs , TEmpire romain se maintenait encore dans plusieurs grandes parties des provinces bel* giques.
Childéric , roi de Tournai , un des chefs francs auquel on attribue quelques exploits dans Paris , et même un long siège de cette
<2l4 V HISTOIRE DE PARIS
ville (i)) étant mort en 48 1 9 son fils Chlo^ âo\>ech (Clom) (2), jeune barbare, dévoré par la soif des richesses , ayant réuni plusieurs petits rois de sa famille, quitta, en
(i) Ces prétendus exploits de ChUdéric ne sont attestés que par on seul de ces monument peu respectés par les historiens , pw la légende de Sainte-Geneyiève. On y parle d'un siège de Paris, qui a duré dix ans suivant certains exemplaires de cette légende , et cinq ans suivant d'autres. On ignore l'époque de ce siège : on est même fondé à douter si ce fut Childéric , ou son fils Clodouech, qui mit le siège devant cette^Iace^ on ne conçoit pas comment , l'intervalle , qui se trouve^ entre Paris et Tournai où résidaient ces deux princes, étant occupé par àts troupes et des places romaines , l'un ou l'autre de ces petits rois a pu porter ses armes jusqu'à Paris , et l'assiéger pendant si long-temps. Cette légende, si elle renferme quelques vérités, contient aussi beaucoup de fables. (Voyez \e Eecueil des Historiens de France, tom. m, pag. 369, 370, et les notes. )
(a) Ce nom barbare , dont la prononciation était dure et gutturale,' a été, dans la suite, corrompu et«douci. Les moines , qui ont traduit en vieux français les monumens historiques pour en composer les Chroniques de Saint-Denis, ont dénaturé les noms propres : de Chlodovech, ils ont fait Clovis ^ de Chlothachcdre , Clotairef de Chrotechilde , Clotildei de Guntchramn, Gontram, etc.
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Tan 4369 son camp de Tournar, marcha contre Siagrius^ géiiéral romain, le combattit dans les plaines de Soissons , et remporta sur lui une victoire complète. Il pilla eette ville , puis il s'avança sur Reims qui fut pillée à son tour. De l'église de cette dernière ville fut enlevé un vase appelé urcée ; vase qui donna occasion à une aventure trèsconnne, de laquelle on peut induire que Tautorité de ce roi franc était celle qu'un chef exerce sur ses compagnons de brigandage. •
En l'an 494 ? Chhdoi^ech étendit son royaume jusqu'à la Seine , et, en 496 , jusqu'à la Loire. Plusieurs annales et chroniques attestent ces faits (i).
Dans la première - expédition , il dut se rendre maître de Paris ^ puisqu'il était mai* tre du cours de la Seine , et qu'il donna le château de Melun à Âurélien. Cette ville se rendit à lui sans résistance. Les évéques qui dirigeaient alors ce jeune prince, lui livrèrent, à ce qu'il parait, la capitale des
(i) Mecueil des Historiens de France, tom. III, pag. 8, 38, 169, 336—337.
ai6 HISTOIAB DB PARIS
Parisiens. Il est certain qae les évèqnes gaulois, par les conseils qu'ils donnèrent à Chlodovech , par Tinfluence quHls exerçaient sur l'esprit des peuples , par leurs intrigues et leurs conspirations dont quelques-unes furent découvertes, et {>unies, contribuèrent puissamment à ses conquêtes, et reçurent , pour prix de leurs grands services , des biens et des pouvoirs , dont ils n'avaient encore jamais jdui (i).
De ces services çt de leur récompense naquirent les richesses du clergé, la juridiction temporelle des prélats , l'union de l*autel et du trône , et leurs déplorables conséquences.
A la suite de ces diverses expéditions, en Pan 5o8 , Chlodovech fixa sa résidence à Paris qui devint alors la capitale des Etats deç Francs 5 et , après trente années de rè-
(i) Quelques-uns des évéques de la Bourgogne qui conspirèrent pour Ghlodoyech contre leur souverain sont nommés par Grégoire de Tours (lib. 2, cap. 2q; lib. 3, cap. 17; lib, 10, cap. 3i , etc.). Le même historien nous cite ceux du royaume des Wisigoths qui conspirèrent de même (id. lib. a, dap. 36; lib. 3, cap. a; lib. 10, cap. 3i ). U fat même conclv ," entre CÛodçvecli et les
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gne , il y mourut , en Tan 5t r , et fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul , depuis nommée ^Sainte-Gène^ vièi^e.
Les quatre fils de Chlodovech , Théodo^ rich ^ ChlodoTnire ^ Childebert^ Chlotha^ chaire j partagèrent $es Etats , et la Gaule fut divisée en quatre royaumes •, mais ce partage fut si irrégulier , qu'il serait difficile de déterminer précisément la part de chacun d'eux. Une province , un canton , une ville ^oième , appartenaient à deux , à trois souverains. Paris devint la propriété de ces quatre fils de Chlodovech , de manière qu'un d'eux ne pouvait y entrer sans la permission des autres. Les Francs voulaient tout partager, et n'entendaient rien aux compensations.
Chlodomire '<f en l'an 624? périt à Ja
évêques 9 un traité mentionné dans nnc lettre que leur fit écrire ce roi > après qu'il eut conquis le royaume des Wisigotbs ) dans laquelle il se prévaut d'avoir rigoureusement rempli les conditions de ce traité. ( Recueil des Historiens de France, par dom Bouquet, tom. 4) j^g. 54, nO;.)
ai8 HISTOIKE DE PAEIS
guerre. Il laissa trois fils : deux furent égorgés par leurs oncles \ le troisième fut réduit à la condition ecclésiastique. Alors la Gaule se trouva divisée en trois royaumes , et dominée par trois rois.
Childebert eut en partage Paris^ Meaua:^ Sénîis 5 Beaus^aîs , etc. , et prit le titre de roi de Paris ^ qu'il conserva jusqu'en 558 , époque de sa mort.
Chlothachaire ou Chtairelm succéda dans le royaume de Paris ^ mais, devenu, peu. d'années après, maître unique des trois royaumes de la Gaule , il ne prit plus le
titre de roi de Paris.
Il meurt en 56i ; aloirs ses quatre fils se partagent ses Etats, et la Gatde est de nouveau divisée en quatre royaumes. Cha^ ri()ert devient roi de Pariât ] Gunickramn , roi de Bourgogne et d'Orléans^ Sigeberl , roi de Metz ^ et Chilpéric , roi de Soissons.
Charibert porta le titre de roi de Paris jusqu'à sa mort , arrivée en 56^ .
Chilpéric , roi de Soissons , réunit alors le royaume de cette ville ^à celui de Paris. Ces deux royaumes n'en foimèrent qu'un
sous LA PAEKIEAE RACE. 219
seul, et ce roi fit sa résidence ordinaire (lans celte dernière ville.
Outre la division de la Gaule en trois royaumes, il existait alors une autre division en deux parties , la Neustrie et VAmtreisie* La Neustrie comprenait toute la partie occidentale de la Gaule , et VAiistrasie sa partie orientale. Cette nouvelle division se manifesta en Fan 5^0 , époque de la mort de Sigebert , roi de Metz , et de la succession de son fils ChUdebert II k ce royaume. Ce dernier prit le titre de roi de Metz et A^Austrasie.
Paris était compris dans la Neustrie. Il parait qu'après la mort de Charibert , cette ville , cessant d'être capitale d'un royaume , devint celle d'un duché nommé Dentelin ou Denzelin, Ce duché avait pour limites rOcéan, et s'étendah le long du cours des rivières de l'Oise, et de la Seine. Dès l'an 600, Frédegaire fait mention de ce duché , qui fut distrait de la Neustrie , dont il faisait partie , parce qu'alors Clotaire 11^ roi de Soissons , fut forcé de le céder à Théodebert II ^ roi de Metz et d'Austrasie-
Théodorich^ ou Thierri II ^ roi d'Orléans et de Bourgogne , promit à Clotaire II de lui restituer le duché DenteUn , s'il consentait à lui fournir des troupes pour com^ battre son frère Téodebert II ^ roideMetz- Clotaîre II y consentit, et en 612, conformément audit traité, il se mit en possession de ce duché.
Mais le duché DenteUn fut enlevé de nouveau au roi de Soissons , et distrait de la Neustrie par les rois d'Austrasie. En 633 , Dagobert , devenu seul makre de la Gaule, en assignant à ses deux fils la porrtion des Etats dont ils devaient hériter après sa mort , donna l'Austrasie à Sigebert , en excepta le duché DenteUn^ que les rois austrasiens avaient usurpé , et le restitua à la Neustrie. Ce duché, ainsi que la Bourgogne, devint le partagé de Glosais II: son autre fils , Sigebert 11^ eut pour lot l'Austrasie , moins le duché DenteUn rendu à la Neustrie.
Depuis ce partage, il n'est plus parlé, dans les monumens historiques , du duché DenteUn^ qui, sans doute, fut confondu
sous LA PREMIÈRE RACE. Sâl
avec la Neustrie , dont , par sa situation géographique, il devait faire partie.
Je reprends là série des rois :
ChilpéiHjc , roi de Soissons , meurt assassiné en 584* H a* pour successeur, dans les royaumes de Soissons et de Paris , son fils Chtaire IIj qui, après la mort ou l'assassinat de plusieurs princes de sa famille , réunît en 6i3 sur sa tête les trois couronnes, et règne seul dans la Gaule. Il réside à Pari^, y meurt en 628 , et laisse deux fils, Dtêgobert et Charibert II.
La domination de la Gaule est alors divisée en deux royaumes. L'un, occupé par Charibert II , ne consiste que dans quelques provinces méridionales 5 l'autre , bien plus considérable, compasc de toutes les autres provinces, mémç de plusieurs régions situées au-delà du Rhin , est le partage de DagoberL Charibert meurt en63i , et Dagobert se trouve se^ possesseur des vastes Etats des Francs. Sa résidence ordinaire est à Paris ou dans des maisons voisines de cette capitale. Il meurt le 19 janvier 638 , et laisse deux fils en bas âge , Sigebert II ^ qui fut
roi d'Austrasie , et Ch^is 11^ roi de Neuslrie et de Bourgogne.
A l'époque de cette mort et de cette suc^ cession , commence à décroitre la puissance des rois, et à se fortifier celle des majors^ donws ou maires du palais. Ces officiers domestiques profitent de la grande jeunesse du fils de Dagobert , et* régnent sous le nom des rois qui ne possèdent que ce titre, et qui 5 en l'an jS*2 , perdent cette unique prérogative. Pépin-le-Bref , duc et maire du palais 5 fait condamner Childéric III , le dernier de ces rois fainéans , à être déposé , rasé et renfermé dans un monastère , et se fait proclamer roi à sa place.
L'usage des fils , de partager entre eux le royaume de leur père , les guerres continuelles qui résultaient de ces partages , la faiblesse des T(Às\ l'ambitioiudes ducs et des maires du palais , et plus encore la nature d'un gouvernement saiy baseksolides , ame* nèrent la ruine de la première dynastie des Francs : la noblesse et le clergé réunis renversèrent facilement un trône si mal fondé.
Jetons un eoup-d'ocil rapide sur le gou-
sous LA PREMIÈRE RACE. 3^3
yemement des Francs ^ et sur la nature des pouTorrs dont il se composait. Il est difficile de trouver un régime plus défectueux , plus fécond en rivalités , en dissensions civiles et en crimes.
En entrant dans la Gaule, les Francs^ incapables de créer une constitution politique , laissèrent subsister Tétat des choses , dans iout ce qui ne contrariait pas leurs coutumes barbares. Us conservèrent les dénominations de ducs, de comtes, etc. , mais en approprièrent les fonctions à ces coutumes.
Chaque duc , vers la fin de la domination romaine , commandait la force armée dans unfe province ^ chaque comte , subordonné au duc, la «ommàndait dans une ville ou cite.
Sous les Francs, chaque duc exerçait dans sa province un empire souverain ,* levait à so^ gré des troupes, les dirigeait contre ses voisins , avait le droit de vie et de mort, de paix et de guerre. Le comte conduisait, sous les ordres du duc, son contingent de troupes , levait les contribu-
â24 HISTOIRE DE PÀKIS
lions et rendait la justice avec ses assesseurs* Il agissait en souverain dans sa cité. Ces deux espèces de fonctionnaires, es^mpts de responsabilité , sûrs d'une entière impunité^ exploitaient à leur gré la. population dépourvue de garanties.
Dans cet état de choses , les institutions préexistantes 9 lés ordres municipaux, les sénats des Gaules ne purent subsister longtemps. Les princes , les ducs et les comtes ne cessaient d'en outrager lesjnembres ] ils furent presque tous abolis.
Il existait une autre classe d'hommes puissans appelés XeuJe^ , Anirustîons^ c'estk'àirejidèles. Compagnons d'armes du chef, ils avaient partagé avec lui le butin et les terres , qu'on appela terres saliques ,• ils participèrent au gouvernement. Le chef ne pouvait entreprendre aucune guerre sans leur consentement. Ils exerçaient une sorte d'autorité dans les conseils des rois , avaient part à leur tutelle pendant leur minorité , traitaient en souverains les habitans de leurs terres , et souvent ils étaient chargés des fonctions de ducs.
SOtTS LA PAGHIÈRE RAGE. 223
Le pouvoir du roi , dans les terres qui lui étaient échues el^ partage , ne différait de celui des Leudes ou fidèles qu'en ce que ceUis:-ci lui devaiêfit services , secours , une obéissance conditionnelle, et des présens en certaines circonstances. Le roi était le clief des Leudes, comme, avant rétablissement des Francs dans la Gaule, il avait été le chef de ses compagnons de guerre ; comme , dans les commencemens de la troisième race, il fut le chef de ses pairs ^ le premîpr entre ses égaux, primus inter pares (i).
Le patronage du roi sur ses compagnons d'armes ou Leudes était héréditaire dans
(i) La part d'autorité que les Leudes exerçaient originairement sur les. rois est attestée pftr plusieurs témoignages ; je me borne à produire les suiyans :
Childéric, père de Chlodovech, est diassé de ses États par ses Leudes ou compagnons d'armes , parce qu'il abusait violemment de leurs filles. Après un exil de huit ans, ils lui permettent de rentrer. {Greg. Turon. Hist.^ lib. a, cap. ix)
Chlodouech, après le pillage de'*l'église de Reims, demande à ses compagnons un vase précieux , qui faisait partie du butin ; ses coi^pagaons le lui accordent , mai9 un d'eux porte un coup de hache à ce yase, et lui dit ;
2a6 HISTOIKB DE PARIS
sa famille -, maïs ce patronage , exercé ar- Jntrairement , et dépourvu de limites certaines , donnait naissance à des loiimosités , à une continuelle réciprocité d'attentats entre les chefs et ses con;ipagnons. La tyran-
Tu n'auras rien, hormis ce que le sort t'accordera. ( lâem., lib. a , cap. 27. )
Chlodoifech, voulant entreprendre la guerre contre Marie, roi des Wisigoths, emploie, pour engager ses Francs à le suivre dans cette expédition , non des ordres , mais des moyens de persuasion. (Idem / lib. a^ cap. 37.)
Bans la lettre que ce roi adressa aux évéques après son expédition contre les Wisigoths, il leur demande une certaine formalité , et dit que c'est son peuple qui Pexige. Il parlait évidemment de ses Francs ou compagnons d'armes. (Mecueildes Historiens de France, par dom Bouquet, tom. 4» pag* ^4*)
loirsque fut conclu lé mariage de Jiigonthe avec un piiece espagnol , Frédégonde , mère de cette jeune princesse^ lui donna une quantité considéreble d'or, d'argent •I de vétemens précieux. Chilpéric en parut étonné, mais Frëdegomde, se tournant vers les Leudes qui assis* taient à la cérémonie, leur dit ; JVe pensez pas que ces richesses proviennent du-trésordes ancien» roisjhancsj ils résultent de mes revenus , des dons du roi et de ma bonneiOdminiHratiwu,.. Je n'ai rien pris dans le trésor ptdOic, (Greg. Turon. Hist. , lib. 6, cap. 45.) On voit qu'ici Frédégottde prévient les feprot^es que les Leudes aurmont pu ou étaient en droft de lai faire.
sous LÀ PREMIÈRE RAGE. 29^
nie des uns Qtait sans cesse aux prises contre la tyrannie des autres. Le roi n^intervenait nullement dans l'exercice du pouvoir de ses Leudes^ou ducs sur les hommes qui leur étaient échus. Us pouvaient ravager leur territoire , celui de leurs voisins , commettre les crimes les plus atroces , le roi. ne s'en mêlait point. J'en citerai de nombreux exemples (i).
Les atteintes portées à la royauté, à la personne royale , étaient les seules punies par les rois. On condamnait le coupable à des peines arbitraires, ouïe plus souvent, sans forme de procès , le roi l'attirait dans des pièges, et le faisait assassiner. Pour échapper au supplice ou à l'assassinat , l'accusé avait deux ressources : l'une consistait a se l'éfugier dans un royaume voisin , l'autre à se mettre en sûreté dans l'asile d'une église. Ces asiles, quoique la crainte d^ètre puni par le saint qu^on y vénérait les fit respecter, étaient quelquefois violés par les rois ^ ou bien ils chargeaient un homme dé-
(i) Voyez ci-après, Tableau def Moeurs.
228 HISTOiRE DE PÂ.KIS
voué d'employer la séduction ou la perfidie pour entraîner le réfugié hors de son asile, et le poignarder ensuite.
Dans les premiers temps du règne de Chlodovech , il n'existait que deux pouvoirs ^ celui du roi et celui des Leudes, fidèles ou compagnons d'armes. Dans la suite , les duchés furent donnés à ces derniers , qui ne dédaignèrent pas cette fonction , à cause des avantages personnels qu'elle procurait. Les ducs , Leudes ou nou , quoique amovibles , procurèrent une force dangereuse au second pouvoir dç l'Etat, et devinrent dans la suite les auteurs de la ruine de la dynastie.
A c6te.de ces deux pouvoirs , essentielle^ ment ennemis , on vit , après l'invasioA de la Gaule par les Francs , s'en élever un troisième, celui des évèques, qui, ayant favorisé cette invasion par leurs intrigues et leur influence, obtinrent, pour récompense de ce service, des terres considérables et une autdrité temporelle. Ils furent placés dans la catégorie des Leudes. Comme eux, ils exerçaient sur lés territoires qui leur
sous LA PREMIERE RACE. 220
furent concédés une puissance souveraine, qui n'était tempérée que par un faible reste de pudeur religieuse.
Comme les ducs et les Leudes , les évéques avaient une juridiction sur leurs terres et dans la cité où ils résidaient ; mais les comtes y avaient aussi la leur. Ces deux juridictions en contact faisaient naître entre Tévèque et le comte des rivalités et des guerres continuelles.
L'autorité temporelle des évèques était fortifiée par leur autorité spirituelle , autorité d'autant plus redoutable pour les Francs', qu'ils n'en connaissaient ni la source ni l'étendue. Les évèques l'opposaient à leurs ennemis comme un épouvantail souvent efficace. Les Francs respectaient les évèques, parce qu'ils les considéraient comme les protégés, les amis des saints, dont ils redoutaient généfîEilement la colère.
Les évèques avaient de plus, sur leurs maîtres barbares, l'avantage de FinstrucT tion; ils rédigeaient les lois , appliquaient à l'ordre civil des lois canoniques préexistantes. Ainsi , dans plusieurs-circonstances , on
23o HISTOIILE DE PARIS
voit les ëvéques de cette période exercer à la fois un triple pouvoir, le temporel, le ' spirituel et le législatif. Malgré ces moyens de résistance, Içs évèques furent souvent victimes de la férocité des Francs, et durent plusieurs fois se repentir d'avoir favorisé leur établissement dans la Gaule.
Les hommes pourvus ^de Tun ou Tautre de ces trois pouvoirs étaient autant de souverains. Le lien qui les unissait ou qui les rendait dépendans les uns des autres , devenait pour eux ^es chaînes insupportables qu'ils secouaient sans cesse pour s'en afiranchir. Leur barbarie ajoutait de nouveaux vices aux vices de ce régime : le caractère des hommes et l'état des choses concouraient aux malheurs publics.
Une des coutumes introduites par tes Francs dans la Gaule y mit la domesticité en honneur , et contribua à l'avilissement général. Les Romains, pour le service de leurs personnes, avaient des esclaves. Les Francs, orgueilleux comme le sont tous les barbares, trouvèrent cet usage indigne d'eux.
Ils continuèrent , suivant leurs antiques
sous LA PREMIERE RACE. Sl3l
coutumes , à se faire servir par des hommes d'une naissance illuîstre , par les fils de leurs parens , de leurs Leudes ou fidèles^ ils renvoyèrent à l'agriculture et aux travaux mécaniques les esclaves romains , et les serviles emplois de ces xlemiers fut^at remplis par des fils de princes ou de nobles (i) , jeimes
(i) De cette coutume barbare est résultée l'espèce d'illustration accordée en France à des places de domestiques.
Celui qui, chez les Francs, était chargé de la surveillance des chevaux, des écuries et des étables, devint le premier dignitaire de la monarchie française, sous le titre de cornes stabuli, comte de Tétable ou connétable^
Le titre de maréchal désignait originairement et désigne encore aujourd'hui un homme qui pansait et ferrait les chevaux ; le nom de ce métier est devenu un titre éminent dans le militaire. *
Le sénéchal n'était qu'un domestique qui veillait à la sûreté' de la maison, qui percevait les redevances du maître, et qui le servait à table : on en fit depuis un grand officier de justice.
Le grand pannetier qui, dan^ l'origine, n'était qu'un boulanger, est devenu un grand officier de la couronne. U en fut de même du grand bouteillier qui surveillait les cave^,Wtonneaux6tles bouteilles; du grand ^teneur, et du grand louuetier , qui n'étaient que des domes« tiques chasseurs. Que de familles se sont enorgueillies de compter, parmi leurs aïeux » des persomefi chargée» de
'ïi^ HISTOIRE DE PARIS
gens que Grégoire de Tours qualifie de pueri , employés aux services domestiques , et chargés d^exécuter les assassinats que leurs maîtres ou maîtresses leur commandaient.
Il y eut rarement un seul roi franc dans la Gaule \ souvent il s^en trouva deux , trois , et même quatre : plus ces rois et les royaumes étaient nombreux , plus abondaient les germes des guerres civiles. Ces rois appar*^ tenaient lam à la même famille \ et plus leur parenté était proche , plus les guerres qu'ils se livraient devenaient durables et acharnées. Pendant près de deux siècles que s'est maintenue cette dynastie , elle a presque continuellement offert le ^canda-r
titres qui rappellent des professions extrêmement roturières et seryil«6 î
Les nobles, depuis la première raee jusqu'à nos jours, ont continué ^d'envoyer leurs enfans dans les maisons des hommes puissans , et se sont crus fort honorés de poi:t- ▼oir procurer à leurs fils, à leurs filles, des places de domestiques portant livrées; et les titres de varlets, valets, servantes fjilles , dénominations qui, dans des temps plus polis, ont été changées, en celles àe gentils^ hommes, deJiUes ou dames d'honneur.
sous LÀ PKEMI£KE RACE. 2 33
leux spectacle de cousins armés contre des cousins , de neveux contre leur oncle ,' de frères contre leurs frères , quelquefois de fils contre leur père. Trop souvent , dans Fincertîtude qu'offrent les chances de la guerre , ils eurent , les uns contre les autres , recours aux assassinats.
Cet ordre de choses , que je ne puis qualifier de gouifernement ^ parce que ceux qui .possédaient Tautorîté exploitaient et ne gouvernaient pas ; parce que les pouvoirs , vaguement limités ou sans limites , étiiient répartis sur un trop grand nombre d'individus ; parce que les droits restaient sans garanties , le corps social sans bases législatives \ parc^ que la force , l'arbitraire , un aveugle et ignoble " despotisme , remplaçaient tout ce qui constitue un gouvernement \ cet ordre de choses , dis-je , pouvait convenir à des hordes à demi-sauvages , vivant de brigandages dans les forêts de la Germanie \ mais il dut paraître fort étrange et causer une consternation générale , lorsqu'il fut transplanté dans un grand Etat, au milieu d'une nation façonnée, depuis
ao
Ît34 HISTOIILE DE PARIS
^nq cents ans , aux lois y aux arts et à la civilisation des Romains.
Dans le Tableiiu des mœurs , placé à la fin de ce chapitre , on trouvera plusieurs £dts qui serviront de preunres à T esquisse' que je viens de tracer.
Avant de décrire les institutions existanttes à Paris pendant la pi!«mière race , insti* tutîons toutes religieuses, il convient de faire précéder leur description d'une notice hîs^ torique sur rétablissement de la religion chrétienne dans la Gaule , et particulièrement à Paris.
ÉTABLJSSEMEIÏT DU CHRISTIÀlfISME A PARIS.
Dans la carrière que je V;ais parcourir , où se présentent a chaque pas des contradîbtîons , des obstacles insurmontables ^ et des ténèbres que je ne me âatte pas de disaipfpr elQitièrement, j'aurai souvent des erreuni el des impostures à signaler ; mais ^ en les omettant en évidence , je aiervirai la vérité*
Grégoire de Tours , après avoir briàveme^trapporté la persécution quie les chré-
sous LÀ PREMIERE RAGE. ^35
lâens souffrirent sous l'empereur Décius , s'eicprime ainsi : « En ce même temps , sept » hommes ordonnés évèques, furent en- » voyé« dans les Gaules pour y prêcher, 1» comme le rapporte Thistoire de la passion » du saint martyr Saturnin -, il y est dit : » Sous les oonsuls Décius et GrcUus , 5iii- )» iHmt une tmàùion fidèle , la ville de » Toulouse commença à as^oir^ pourpre- » irder é^équCy saint Saturnin. Les évêques » qui furent envoyés dans les Gaules sont : » Gratian à Tours , Tropldsme à Arles , » Paul à Narbonne , Satutnin à Toulouse , » Dionjsius à Paris , Sïrémonius à Cler- » mont, et Martial ht Limoges» L'un d'eux, » )e bienheureux Dîonysius ^ .évêque des » Parisiens , plein de zèle pour le nom du » Christ 9 souffrît diverses peines , et un n glaive cruel l'arracha de cette vie (r). »
D'après ce passage , il parait certain que saint DionysiusovL Denis , fut envoyé à Paris alP»eç fe titre d'évêque , sous le consulat de Déciu& et de Gratus , consulat qui répond
(i) GregorU Turon,\ Hist, , lib. i , cap. a8.
à Fan 25o de notre ère. Ainsi voilà rëpoque de la mission de saint Denis clairement établie ; mais une difficulté assez forte s'élève. Les actes de saint Saturnin , dont s'autorise ici Grégoire de Tours , existent encore .5 on y parle de ce Saturnin . et de son martyr , mais on n'y fait nulle mention de saint Denis , ni des autres évèques envoyés dans les Gaules. Cette erreur ou cette méprise , que dom Bouquet a relevée dans une note placée à l'endroit de ce passage , commence a faire naître des doutes sur l'époque et la réalité de la mission des sept évêques(i). La crédulité de Grégoire de Tours est connue : dans le récit, des ëvénemens antérieurs à son temps , des événemens dont il n'a pas été le témoin , il mérite peu 4^ confiance (2). Sans examen , sans critique , il admettait toutes les traditions qui lui parvenaient ^ trop souvent il
(i) Recueil des Historiens de France, tom. II, p. 147 , note (/).
{1) Voyez le jugement qu'en portent \e$ bénédictins , auteurs de r/TiVfoire littéraire de France, tom. III, pag. 391.
sors LÀ PREMIERE BACE. 23^
renonçait à la dignité d'historien, pour s'abaisser au rôle de légendaire.
Les évêques qu'il nomme, s'ils furent réellement envoyés en l'an aSo dans les Gaules , y firent peu de prosélytes , n'organisèrent point un culte public , puisque le paganisme y dominait encore vers la fin du, quatrième siècle 5 témoin la lettre trèsaulhentique qu'écrivirent , ep l'an 889 , à sainte Radegonde, sept évèques gaulois, parmi lesquels se trouvaient Euphronius de Tours et saint Germain de Paris 5 lettre que Grégoire de Tours a lui-même insérée dans son histoire , et qui est plus digne de confiance que le passage de cet historien qu'on vient de citer.
Or , dans cette lettre', on lit que saint Martin , envoyé dans la Gaule vers le milieu du quatrième siècle , y répandit les semences de la foi chrétienne. « Il fit éclore » les premiers germes de notre foi vénéra- » ble , y.: est-il dit , car alors les mystères » ineflfables de la Trinité divine n'étaient » encore parvenus à la connaissance que
St3ft HISTOIRE DE PARIS
» d'un petit nombre de personnes (t). » Ce passage, qui est fortifié par le témoignage de Sulpice Sévère , prouve qu'avant L'an 37a, époque où saint Martin commença à prècUer l'Evangile dans les Gaules , le christianisme n'y était connu que par un très-petit nombre de personnes, et que le« prédications de saint Denis et des autres envoyés, dit-on , dans les Gaules, plus d'an siècle avant, si elles eurent lieu, furent très«peu fructueuses. On voit, en effet, du temps même de saint Martin, le culte idolâtre dominer dans les villes , et surtout dans les campagnes ^ on y voit des temples , des divinités , leurs prêtres , enfin la religion des anciens Romains en plein exercice.
U est évident que c'est plut6t à saint Mcurtin qu'à saint Denis qu'appartient la gloire d'avoir converti les Gaulois au christianisme.
Le passage de Grégoire de Tours se trou«
(i) Gregot, Tur, Hist, lib. 9, câp. 39, JSx€mpiar epi$tolœ.
sous LA MBMIÈRE RÀCfi. ^3g
Tant en contradiction avec la lettre des
ëvèques qu'il a lui-mèpie insérée dans son histoire 9 et ces deux ^témoignages de cet historien n'établissant que Pin certitude, il convient de chercher la vérité ailleurs.
La légende de sainte Geneviève composée , dit-on , au sixième siècle , porte que saint Denis fut enterré dans, un lieu appelé Catolocus , qui , suivant les uns , est représenté par la ville de Saint-Denis , suivant d'autres par les villages de Chateuil qu de Chaillot. Cette légende , qtd nous fournit ces notions nouvelles., a été si souvent retouchée , altérée , augmentée dans la suite , qu'elle a perdu le caractère de pièce historique. Suivant Adrien de Valois, elle ne mérite aucune créance (i).
Au huitième siècle, parurent des actes de saint Denis. Ces ^ctés , loin d'apporter
(i) Les bénédictins , auteurs de V Histoire littéraire de France, disent que cette légende a éprouvé plusieurs alténiiioiis , additions et changemens ; et que , lors» qu'eu iG63 on la traduisit en français, on fujt obligé, pour rtndre cette traduction soutenable , d'en retrancher les choses qui paraissaient les plus incroyables. (Histoire Uttéraire, toin. III, pag. i5i-— 153.)
dé nouvelles lumières sur Texistence et Fépoque de notre saint , accumulent les ténèbres et jettent dans de nouveaux embarras les investigateurs de la vérité.
Ces actes donnent un démenti formel à la tradition rapportée par Grégoire de Tours ; ils placent la mission de saint Denis et des autres évèques au temps du pape Clément , qui a siégé depuis Tap 91 jus- qu^en Tan 100 ; ainsi voilà plus de cent cinquante ans de différence entre Tépoqiie de cette mission , fixée par ces actes , et celle que leur assigne positivement Grégoire de Tours,
Les copies de ces actes sont nombreuses ; elles diffèrent beaucoup entre elles pour les faits et pour la forme. Â ces motifs de suspicion , il faut ajouter que Tauteur a la franchise d*avouer que , pour les rédiger , il n'a consulté aucun monument historique, qu'il s'est borné à suivre la tradition populaire fidelium relatione , qu'il a écrit long-temps après l'événement , et a recueilli des faits incertains et obscurcis par le si«lence dupasse^ quœlongo tempore fuerunt
sous lÀ PRiaRlERE ilACE. 2^1
obumhrata sûeniio (i). L'abbé Lebeuf a' démontré que ces actes ne sont composés que de pbrases empruntées de quelques légendes d'autres saints et de lambeaux du missel gallican (2). '
Maïs ^e qui augmente les doutes et fait perdre les traces de la rérité , c'est que les faits les plus importans sont , dans quelques versions de ces actes , absolument contraires à ceux des autres versions- Les unes désignent , pour tbéàtre des exploits évangéliques de saint Denis et de son martyre, Paris et les bords de la Seine \ d'autres le placent sur les bords du Rhin (3). Aussi Téglise de Saint-Emmeran de Ratisbonne a-t-elle prétendu posséder le corps de ce saint qu'elle a vénéré comzae celui de son apôtre ^ et cette prétention, appuyée sur des témoignages tout aussi authentiques que ceux dont Tabbaye de Sain-i-Denis paurrait.se prévaloir, a occasioné de vives querelles
(i) Histoire littéraire da la France , par des bénédictins , tom. lY , pag. 38.
(a) Dissertations de Tabbé Lebeuf, tom. I, pag. 4S. (3) Dissertations dePabbé Lebeuf, tom. I, pag. 4?-
T. I. ai
a43 HISTOIRE ">ȣ PARIS
ônu« cette église et oc^te abbaye ^ ceaai&e (Ml le verrà'bientôt (i).
L'existence de iraint Denise, -mivqyé dai^s ks 6«ule8 par Clément, é^éq^ie de Rome , vers l'an 96, ou envoyé jsojos Dédiis^ «a Van â5o, martyrisé sur ^les bprds de la Seine 9 et aussi martyrisé sur les borda du Rhin ', la tradition rapportée par Gtégma de Tours, et les diverses légendes 0M1traîres à cette tradition, contraires entre elles , parurent si incertaines , si fàbulauses , si indignes de confiance à Hilduin^ aU>é de SftiBt*'Dem« , que cet abbé, étant, au nieuvieiXLe siècle, chargé par Loiiift*le<4>é^ bonnaîre d- écrire la- vie dé ce saint patroti , rejeta entièrement, et sansrespeei pour eUes, toutes les traditions antécédentes^' rejeta même, comme ^un être iiâa^naire, le «aînt Denis mentionné par ce» tradkicms , et le rem|4aça par un nouveau saint) por^ tant lé même nom , et dont l'existence était moins contestable. Ce nouveau saint fut
Denis - TAréopcigite , ' converti par l'apôtre
(t) OirùH. Saxon. Mecueil des Historiens <k France^ / tom. %I, pag. 437*
sous SJL PREMlàUB RACE. ^43
MiirtrBfttil) etimûlué premier évèque d'Athèaes.
Lès «êtes êff éa saint Benis-l'Aréépagite proureot qu'il v^çui le xnart^ daniÀ la ville à'Atkukms» i et que son corps devint la proie des âaainiefi. Hildmn^ au contraire, soutient que rAréopagite persécuté se rendit d'Athènes à Rome , que de-là il fut envoyé dans les Gaules par le pape Qétnent -, qu'à Parris il fut décapité avec ses compagnons BjuHiqtte et Eleuihère^ qu'après aa déccJjia-tùm le saint ae releva , prit sa tète entre ses mains, et la transporta, conduit par des anges ) du Heu de.son supplice au lieu dé sa sépiùlture^ Fable .ridule et qui' se trouve repcodinte ^«ns les légendes de j^usieurs aatnetf aaiats(i). ^
Mïldmn ^ pour donner de la ccmaistance et de l'éclat aux changemens qu'il venait d'i^trodipre , écrivit un volume intitulé les
[i) Saint Principin, à Souvigny en Bourbonnais j sainte Valérie , dans le Limousin ; saint îficaise , premier éyèque de Rouen ; saint Lucien , apôtre de Beau* Vais; saint Lucdin, apôtre de Paris; saint Nicolas^ évoque de Myre , etc. , etc. , ont tous une légende sem*^
jiréopagitiques ^ contenant , outre la. vie de saint Denis-rAréopagite , plusieurs pièces qui lui sont relatives. Il fit valoir les livres attribués à ce saint, et soutint quUl en était Fauteur. Il parait qu'en outre il engagea un Grec appelé Mélhodiùs \ à écrire la vie de saint Denis, et à soutenir son aréopagi-tisme (i). •
Cette substitution d'un patron à un autre , ce cbangement apporté dans des opinions invétérées, excitèrent du mécontentement.^ il se présenta des contradicteur^ : Hilduin leur répondit par des injures, et les traita (( de légers , d'arrogans , de demi-savans , » d'aveugles , d'imbéciles , d'impies, d'opi- » niâtres , de compagnons du père du men- )) songe, de murmurateurs , d'hommes de n la plus qxauvaise espèce, de têtes folles :
blable, ont tous été décapités, ont ramassé leur tête, et Toyagé en la portant dans leurs mains ; plusieurs ont eu deux compagnons ; et leur fête , comme celle de saint DeiMS,.est célébrée dans le mois d'octobre, mois des vendanges. •
(i) Histoire littéraire de France, tom. IV , p. 6i i , '6ia; tom. y, pag. 576.
sous LÀ PaEMIERE RAGE. u/^5
» il alla jusqu^à dire qu'ils n'ëtaienl pas des » hommes (i). »
Ainsi toutes les traditions orales ou écrites , les actes de sainte Geneviève , le témoignage de Grégoire de Tours , etc. , furent considérés comme des fables. JLi'opinion d'^iUum 9 d'abord combattue , fitiitpar être adoptée , et se maintint pendant huit cents ans , depuis le neuvième siècle jusqu'au dixseptième , époque où des savans en grand nombre surélevèrent contre Faréopagitisme de saint Denis , et traitèrent d'imposture la relation de l'abbé Hildum,
Il se présentait une difficulté qui embarrasserait beaucoup aujourd'hui les partisans de l' Aréopagite ^ mais alors on avait réponse à tout. Le saint Denis , membre de l'Aréopage , et brûlé dans Athènes , ne pouvait être le saint Denis décapité k Paris ^ son corps , réduit en cendres , ne pouvait être celui qui était tout entier vénéré dans l'abbaye de ce nom. On se tira facilemeot de cette difficulté, en disant que saint Denis
(i) Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique et ciyile de Paris, par Pabbé Lebeuf, tom. I, pag. 67.
^46 BISTOlKK'lyE 1PAR18'
d'Âtttènes y qaoîq[ae brûlé dans cette vîUe, y ressuscita , se rendit promptement 4 Rome) et de Rome à Paris poury prèckçr, et s'y fit masiyriser une seconde fois*
Que pettt*on croire de Fexistezice d'un personnage <|ui tantôt nous est présenté comme vivant au premier siècle de notre cre 9 et tantôt comme vivant au milieu du troisième \ qui^ reçoit lé martyre à Paris et en même temps sur lesiK>rds du Rhin ; qm , suivant d'autres, après «voir été brûlé i Athènes , est ensuite décapité chez les Pa-» risiens, et dont la légende est. la même que celle de plusieurs autres saints ? On voit , à la vërkéy partout le même ncMU Dionysias ou /)e/K>j piais oi)l ne-trouve point identité d'époque, d'événemeits*, ni identité de lieu, ni par conséquent identité de personnage ; dans ces diverses traditions il n^e^t rien de réel que Iç nom de Denis.
Les savans qui , au disysepmème. siècle , entreprirent d'agiter la question de l'aréo* pagitisme de saint Denis , combattirent , avec assez* de succès. , Jbs opinions.de Tahbé Hilduinj nms.iis ne pvmxvérent pas latoli^
sous OLà PREMIÈRE I^ÀCE. ^^^
dité'^efi ofânloDS contr^ines et antérieures ; ils se bornèrent à modifier le témoignage de Gfëgotire de Tours v ils avancèrent. de plusieuifs aimées réjUnque de la mitotpn de saisi Denis ,' et ràyancèrent sans auitiirité ^ à la place des notions inadmissibles Garnies par cet historien 9 ils substituèrent lenra conjeolures(i).
L'histoire et les lég6ndiea' ne fournissant que des notions vagues et eoiUtadiotoires, et ne donnant aucune lumière sur Texistenc^e de^notre saint, ehercho»»-en aillem's ;
(i) U est peu de matières qu'on ait plus soî^eusement diiscntées. Dans^ la BièUoikèque historique de France (tom.'I» pagf. 369 et ms^ry tom. ÏV > P9>if- a^)» on compte jii«(|u'à ;»Qiijante ouvrages spéciaux sur saint D«nÎ5, pour et contre son aréopagitisme, sams y comprendre un grand nombre d'autres ouvragés où , sous un titre génifira] , 1# question est traltéé'aceessoirèment , 'tek qtië «lès cemvi^f ^ rab)>4 -L0l»^| l'Histoire litté^jaire 4# Frano^ , et le$ diverses histoires de Paris. Les Bollandistes ont 9 dans leur volume d'octobre, consacré près de 3oo pages in-folio à ce sujet, sans qu'il ^ résulte aucune lunâére poiir.l'biBtfrirelilfii^ auteurs du ^MUa'ehristiana partot deJU.disQussiQli qu'a occasioné^ cette matière difficilf; mais ils ne dqnnent point leurs opinions , et s'en dispensent ea- disant:: noetrmn* imh est Uuads lite* cortKpon^re, ( QaUùi chrMûmât \ami VH^ col* 5« )
^48 HISTOIRE DE PABIS
explorons les archives de Fâ^baye ée Saint- Denis. . .. ' .
- Sur vingt chartes ou diplômes attribués au roi Dagobertëu favetfr de cette abbaye, il en est seize qui sont reconnues complètement fausses , deux sont douteuses , et deux autres seulement ont été jugées exemptes de faussetés (i).
Dans ces temps de ténèbres, partout où Ton cherche la vérité, Foii trouve l'imposture.
Il est à remarquer que, dans quelques diplômes faux, le nom de saint DerUs est associé à ceux de ses prétendus compagnons^ Rustique et hleuthère^ et que dans les diplômes vrais, les noms de ces compagnons nejse trouvent jamais. On peut conclure de cette remarque certaine que les diplômes entachés de faussetés , étant fabriqués plus récemment , le furent au neu- . vîème siècle , à l'époque où l'abbé. Hilduin avait déjà mis en crédit sa fable sur ^aint Denis -l'Aréopagite, et que, les diplômes
(i) Diplomata, Chartœ, erfi«ori6iM Brequigny et Dutbeil, tom. L Prolegomena, pag. 4^ et seq.
sous LA PREMIERE RAGE. n/^g
vrais, rédigés du temps du roi Dagobert^ ne contenant point les noms de ces compagnons du saint , ces noms , ainsi que la fable qui les met en scène , étaient alors inconnus.
Ainsi le génie du mensonge inspirait également les rédacteurs des chartes et ceux des légendes : c'est là Tunique vérité qui résulte de l-examen de ces deux espèces de mpnumens historiques.
Mais on pourra m'objecter un fait positif : le corps" de saint Denis conservé, vénéré pendant plusieurs siècles , dans Tabbaye qui porte ce nom , offre une preuve de l'existence du saint. Je vais examiner le mérite de cette preuve; mais je ne puis le faire sans mettre au jour de nouvelles impostures, sans produire de nouveaux motifs de doute sur l'existence, de saint Denis.
Dans un temps où les fraudes , qualifiées de pieuses , étaient communes , on pouvait facilement faire, et Ton faisait sans scrupule considérer le corps d'un mort ordinaire comme le corps d'un saint : il ne s'agissait, pour maîtriser à cet égard la crédulité publique , que d'enchâsser précieusement ce
25o hisi^ozhe im vA^ib
corp&f de le placer da^& un lieu honorable > de Fenvironner du prestige des eér^onie^ religieuses , el d'y faire osteusiUemem opérer quelques nûracles préparés^ alors^ pour retenu té, le corps d'un mort ' ordimire était érigé en corps saint. De pareilles fi>in>bc^es ne sont pas sans exemple^; il en est même qu'on* a publiquement déYoilées>{t). Ainsi les moines de Saint-^Denia auraient pu posséder^ offrir à. la vénération des fidèles, un çQie^s Jument enchâssé , un corps qualifié dé sàmt^ sans qu'il fût pmutant le véritable corps de saint Denis. Mais ne noH^ arrêtons pas à des suppositions .poasibks;, citons dès faits.
Si le ecHrps vénéré à l'abbaye 4e Sami*-
(i) Au neuvième siècle , deux rëligîeas %â^îctiiK adielèrent k Rome > et traniportèrent dam U monastère de Manglieu en Auvergne , le corps d'un empereur païen, et le présentèrent comme celui de saint Sébastien. Viinposture fut découverte et punie, {jicta 55. ordin, Sancti Bene^Hi^ s€9cul, 4 , pieig. 4oa et 4o3 ; Dissertatioit sur la sainte larme de Vendôme, par l'abbé ThifBrs, éj^tjre dédicatoire à Févéque du Mans, pag. 3.) On voit, dans cette épître de l'abbé Thîers, plusieurs aufl«8 exemples de semUftbiiei fourberies.
sous LA PRElfIBRB RiGE. !fr5l
Denift: n^est psHs cdlui de, rAréopagite, comme on Ta cm depuis le quatrième sièdb jusqu'au neuvième, et depuis le dix^sep* tâème jusqu'à nos jours , et si ce corps saint est celui de l'Aréopagite , comme on Ta cru <ïepuis le neuvième siècle jusqu^au dix* septième , il faut conclure cpiHla existé deux personnages , et par conséquent deux ûorps de saint Denis ^ l'un brûlé, l'autre décapité : et s'il ne se trouve qu'un seul corps, et que ce corps appartienne à deuxperson* nages, TÂréopagite et le non Aréopagite, il y a erreur et contradiction. ,
Un troisième corps de saint Denis était conservé dans Féglise de Saint-Emmeran , h Ratisbonne , et les chanoines de cette collégiale, dès que Faréopagitisme fut mis en vogue, soutinrent avec opiniâtreté que le corps^ qu'ils possédaient était le véritable corps de saint Denis -TAréopagite. Cette prétention causa de longues et vives querelles entre ces chanoines et les moines de Tabbaye. Gomment la ville de Ratisbonne a-t-elle p)i obtenir un corps de saint Denû^^
Dans un des exemplaires des actes de ce
^52 HISTOIRE DE PÂKIS
saint , on lit qu^il prêcha la foi chrétienne datas une ville située près des bords du Rhin, et qu'il y établit le culte chrétien (i). Ratisboime n'est pas éloignée des bords du Rhin , et des souvenirs du saint pouvaient s'y être conservés.
Mais voici une autre voie par lacpielle le culte et le corps de saint Denis ont pu être transférés à Ratisbonne. Alberîc dit. , sous Fan SgS , que le roi de France , Charles-le^imple , pour obtenir la protection de Tempereur Arnoul^ lui donna le. corps de saint Denis , et que cet empereur en enrichit l'église de Saint-Emmeran de Ratisbonne (2).
Suivant une autre tradition , . un nommé Gisàlbert parvint à enlever la précieuse relique , et vint roffrir à l'église de Saint- Emmeran (3).
Enfin on trouve , dans l'épitaphe d'Arnoul , les deux vers suivans , qui donnent à
(1) Dissertations sur PHistoire de Paris , par Pabbé Lebeuf, tom. I,'pag. 47* #(2] Recueil des^Historiens de France^ tom. IX, p. 6a.
(3) Idem, ibidem, page 10a, note (b).
sous LA. PREMIERE RAGE. 253
cet empereur toute la gloire dé cet exploit :
Ad nostram cineres JHonysi transtulit urbem , Finibus è gallis quos (piajurta) tulit (i).
* Suivant la chronique à! Sibérie le corps de saint Denis aurait été donné à Amoul^ et 5 suivant l'épitaplie, cet empereur l'aurait enlevé lui-même \ laquelle de ces deux relations faut-il croire?
Le vol des reliques était fréquent alors , et le fut encore dans la suite. On s'en faisait honneur ; on le qualifiait de vol pieux {piafurta).
le ne prétends pas garantir la translation de ce corps à Ratisbonne \ mais il est certain qu'il CMStaît un corps de saint Denis à l'abbaye de ce nom , qu''en même temps il se trûi^it un autre corps du même saint dans rë^TJR de Saint-Emmeran de Ratisbonne , et que chacune des deux églises croyait posséder le véritable.
En io48 5 le pape Léon IX , étant à Ratisbonne , visita , dans l'église de Saint-
(i) Recueil des UUtoriens de France, t. IX, p. loa.
•1^4 fllSTOnlLE DU; PAUIS
Etnmpraii , la cliasde dé Miat Denis ; Teiapereur Henri IH, deux ambassadeurs du roi de France et plusieurs autres personnes furent présens à cette visite. Il fut solennellement décidé qu'elle contenait le véritable corps de saint Denis (i).
De retour en France , les deux an^assadeurs rapportèrent à Henri I*' la décision du pape sur le corps de saint Denis à Ratisbonne. Ce roi en fut très-a£9igé : il rassembla ses barons , les prélats de son royaume et Tabbé de Saint-Denis , pour leur demander conseil dans une si fâcheuse occurrence» Il fiit décidé que les moines de Saint -Denis composeraient une relation à Tavantage de leur relique et contre celle de Ratisbonne, que Ton découvrirait solennellement le corps de saint Denis, et qu'on ferait de belles processions : le tout fîit exécuté. if ^
On convoqua un grand nombre de personnes à Tabbaye de Saint-Denis \ on assigna le jour de cette solennité. Ce jour arrivé, en présence d'un peuple immense , on 6t
(i) Ihiquè haberi prohavit. Annal. Saxon. Bscmil d€9 HUtâriemdtFrimeB^ tout. XI, pa|p. 49?*
sous lA'PUHlklIE &AGE. ^55
de la ch&sse : <c Et forent iroyé » entièrement li os dou précîex martyr » àir n 'l^nt le» chroniques 4^ Saint-Denis , @i- » velopé en un drap de soie si viel et porri » que il s'esvanoissait et devenait poudre. . . ii..Tuit forent maintenant raempli de si n gpand oudor que il disoient que noie es» » pîce ne nule oudor aromatique ne pooit si y^ soiief flairier (i)« »
Ainsi, à la bonne odeur du cadavre enw
bftumé , <m jugea que le pape Léon IX «'étidt
trompé^ et que c^était là le corps du vérita*
ble saint Denis \ une procession pompeuse
vint enstdte confirmer ce jugement. Alors
on se ^ofitentait de telles preuves. En con«
séquence de ce qui avait été résolu , les
moines de Saint-^Denis composèrent un écrit,
oàilsracontentqaerabbédeSàiut^Emmeràn,
faisant exécuter quelques réparations dans
son église , découvrît, dans les fondemens
d^im vieœe mur , un cadavre qui fut reconnu,
(m;ne sait à quel signe, potur celui de saint
Dems-TAréopagite. Ils ajoutent que les
(i) Chronique de SamÊr-Denis , chap. VDI; Mecueil des Bùtoriens de France , tom. XI, pag. 4oB*
chanoÎDes de Saint-Emnieran sont des mi-^ sérables , plongés dans raveuglement de l'ignorance , qui ont eu Taudace , pour faire valoir leur église , de donner le nom de saint- Denis à une charogne (i).
Jusqu'à présent on a vu figurer sur le théâtre de la crédulité trois corps de saint Denis , vrais ou faux : celui de T Aréopagite brûlé , celui de saint Denis décapité à Paris , et celui de l'église de Saint-Emmeran à Ratîsbonne ^ un quatrième corps , tout aussi authentique ,, va paraître sur la scène.
En 12 15, des moines de l'abbaye de Saint*-Denis y envoyés à Rome pour assister au concile de Latran, reçurent du pape Innocent m un nouveau corps de saint Denis- 1^'Aréopagite. Ce don fut accompagné d'une bulle , dont voici la substance : « U n'est pas
(i) Chroniques de Saint-Denis, De detectationë corporom sanctorum Dionjsii, Rustici, Eleutherii. Recueil des' Historiens de France , tom. XI, "pag. 4o^ ^^ 4^*
La découyerte du cadayre dans les fondemens d'un vieux mur paraît être une fable inventée par les moines de Saint-Denis, pour discréditer le corps saint de Ratlsbonne. Il est certain qu'un corps saint existait sous le nom de saint Denis, dans cette église, dés l'an 896
sous L4 I^HEMIERE RACE. sS»^
)) certain que vous possédiez le corps de » saint Denis-l'Aréopagîte 5 recevez toujours » celui-ci , afin qu'ayant des reliques de l'un » et de l'autre on ne puisse plus douter que » celles de saint Denis - l'Aréopugîte ne » soient chez vous. »
Le don de ce nouveau corps saint, le contenu de cette bulle, remettaient en question l'authenticité de la relique anciennement vénérée dans cette abbaye. Les moines le sentirent, et quoique le pape , en dgnnant ce corps , eût déclaré qu'il était celui de VAréo^ pagiie^ ils jugèrent convenable de lui imposer une autre dénomination ^ ils l'appelèrent saint Denis de Corinihe ( i ).
• Voilà quatre corps qui certainement possédaient chacun leur tète , ce qui fait quatre tètes. Il s'en trouva plusieurs autres : dans une église du duché du Luxembourg on vénérait une cinquième tête du même saint \ l'église de Long-Pont, au diocèse de Soissons, en possédait une sixième, dont l'existence est attestée par une vieille prose contenue
(i) Histoire ecclésiastique y par l'abbé FJeury , in-4°'j tom. XVI, pag. 4*^) 4^^'
258 , âtSÏÛtlLti t>Ë l'ÀfttS
dans le bréviaire du diocèse, Voiqi le passage de cei^e prose :
Nostri tènent cœnobitœ Caput Areopugitœ (i).
Enfin le chapitre de Nolvé-^Dame da Piu:']» mettait au rang de se» reliques les plus précieuses la tète de saint Deiids-VAréopagite* L'authenticité de cette dernière et septième tète fut vivement contestée par les moines de Saint-Denis. Des querelles très-animées, et même accompagn^pes de voies de fait , s'ëlevèrent entre cette abbaye et cette caihé^^ drale ; cœnmencées en 1291 , elles ne furent apaisées que le 19 avril i4ii par un arrêt du parlement , qui décida que Tabbaye possédait la tète de scdnt DeniS'^r^réopagitey et la cathédrale celle de saint DemS'-le-Co^ rinthien(^).
Je ne parle pas d*ùn bras qu'en Pan 654
(i) Foyez la coUeetion des BoUandUtes, yolmne 4Nw* fo^ire y au 9 de ce laois.
(a) Histoire de Vabbaye de Saint-Denis, parFélibien, p. 33a; Registres du parlement de Paris, au 19 avril
sous LA 1>U£MI£R£ RAcr.. %^g
Clovis n coupa, au corps de saint Deiiis(i), ni d^une main du même saint , détachée , que Charles-le-Simple envoya en l'an 924 à Henri , roi de Germanie, comme un gage de la paixvl>ras^t main qui. ne manquaient oepi^iii^dantpoiatau corps révéré à Tabbaye de Sai&t'^Denîs (9)»
On peut j«igeir par cet eiiLposé, 4ont le^ faits sont tous puisés dans des sources ecclé<siastiques , qpieUe confianceméritent les ra* Uques de Saint-^Denis, et combien peu elles servent à dissiper Tépais nuage qui Aous ca<che la vérité sur Torigine et sur Teidstence de ce patron des Parisiens. En effet , dé fauisses légendes , de fausses traditions ^ de fausses chartes , de fausses reliques ^ toutes contrat dictoires > qui toutes se démenient réciprp^, quement, mettent dans leplus grand jour les nombreuses impostures de cens qui domi-' , naient et e:kploitaient la crédulité publiqite 9 accroissent Tobscnrité, multiplient les incer-
(i) BecueildeM Historiens de France, tom. II, p# 669, 5ô6, 669.
I (a) Jtnnal. Vitichind. Chron. Sax, , etc. ; Mecueil
des Historiens àe-F^ance^ tonié Vm, p. aiS t aa6, 3ia.
^6o klSTOIRÈ DE tAllIS
titudes surrexîstence de saîni Denis, et autorisent , fortifient l'opinion déjà manifestée , d'après laquelle ce saint patron ne serait qu'un être fantastique , qu'une divinité païenne dont le culte fut christianisé, qu'une continuation de celui de Bacchus , dieu du vin, pareillement nommé Dionjsius^ ou Denis. La disette des monutnetis historiques sur cette matière ne me permet ni d'admettre ni de rejeter cette opîilion.
Le nom du dieu et du saint n'est pas la seule conformité qui existe entre eux, il en est beaucoup d'autr^es. L'on sait que , lors de l'établisséiiient de la religion chrétieime dans les Gàuies , il d'est opéré des amalgames inévitables ^ que la religion nouvelle a fait plusieurs concessions à l'ancienne ^ que certaines divinités du paganisme furent par ignorance transformées en saints : je pour-^ rais en citer des exemples.
Les traditions incertaines et contradictoires qui nous restent sur l'existence de saint Denis sont déjà propres à faire naître des doutes sur cette- existence. Les conformités frappantes qui se trouvent entre le
sous LA PREMIÈRE RÀGË. 26 i
dieu et le saint /conformités que j'expose dans la note suivante , vont accroître ces doutes ; si elles ne prouvent pas l'identité de ces deux personnages , leur exposé répandra au moins des lumière^ nouvelles sutune matière peu connue (i). ^
(i) Le dieu du vin, en Grèce, portait le nom deDionjrsus , Dîonjrsius, ou Denis ^ le saint portait ce même nom.
Le patron de Paris était qualifié de saint ; le dieu du -vin, ainsi que plusieurs autres divinités, avait la même qualification. Un poëtè du quatorzième siècle, appelé Geoffroy^ a coinposé une longue pièce de vers sur le dieu du vin , elle est intitulée le Martyre de saint Bacchus : on la lui donne dans plusieurs inscriptions votives. Je préfère citer la suivante , où ce dieu est désiré par un de ses surnoms, par celai d'Eteutherus, dont on a fait le nom d'un des compagnons de saint Dénis : Silvano
iSAWCTO LARUM PhILEMON P. SANCTl ElEUTHERI DD.
(Joseph Scaliger , Castigationes ^ in Sext. Pomp.Jest. adverbum Marspiter. ) Le surnom d^Meuthère^ donné par les Grecs à Baccfaus ou à Dionysus , répondait au surnom de Liber, que les Eomain s appliquaient ordinairement à ce dieu : ainsi, d'un surnom de Bacchus , qualifié de saint Éleuthère ^ on a pu faire un saint Éleu^ î^ère> compagnon de saint Denis.
Saint Denis avait un autre compagnon appelé Rustique : ce nom était celui d'une des' fêtes 'de Bacchus, fêtes nommées ruraliâ ou rustica , parce qu'où les célébrait
^6^ HISTOIRE nS PAAIS
Paris eut aussi deux autres àpÀlres dout on parle très-peu , parce qu'aucun roi n^a fait pour eux ce que Pagpbert a fait pour
dans les champs ; ce nom serrait à les distingiaer de celles ■ qa'on appelait urbana, célébrées dans les villes. Cette fête rustique, où figuraient des yignerons, aussi nommée JîÈte des vendanges et du pressoir , a peut-être fouri^ son nom au second compagnon du saint.
"Ed. voyant le nom de Dion/sus associé à ceux è^Éfeu^ ihère et de Rustique , on est porté à conjecturer que Fabbé Hilduin, qui a composé la dernière légende de saint Denis ■} a été déterminé à réunir ce& trois noms , par la vue de quelque inscription antique , où il aura In le nom du dieu du vin Dionjrsus , son surnom Eleutheruê, et celui d'une de ses fêtes Bustica, H aura pris pour un monument éleyé à saint Denis un monument destiné à conserver la mémoire d'une f4te bachique* De pcffeilles méprises ne sont pas sans exemples.
Le culte de Bacchus fut en vigueur dans la Gaule j ou ne peut en douter; mais ce culte ne pouvait exister qu'avec des vignes : elles y étaient peu nombreuses avant Domitien ; cet empereur les fit toutes arracher* Deax siècles après, en l'an a8i de notre ère, l'empereor Probos permit aux Gaulois d'en planter. Ce dut être cinq ou six ans après cette permission , vers les années 286 ou 387, lorsque les vignes purent donner des fruit* abondans , que le culte de Bacchus dut commencer k êt^e aâ& en vijgueur. C'est aussi à la même époque , en l'an 2871 q^e.TiUemont, dans son ffittoire ecclésiasm tigu^^ iom Riyet, dans son Histoire Utaéroin., dt
sous LÀ P&EMI£1l]Ç.BiGE. 263
saiut Dénia ^ parce qu'on n'a fcoidé ni abbaye ni moinet pour exalter leur répma* tion ^ et célébrer leur puissanee»
Fronça,^ fimfinf^ l^tftxes vatfoké^t apsai 4i|twgQé«^ pjj|«49t h Gommsneementàu ciUte de mat Deoii â^OB Ia Ow|k< Cetto ideuDitité d'époq»B, où Vun «t l'antre c^lle ontfMiif A^ûsç^AC^ dans le même pay^, est tr(^»««9^
ÏIq.^i» qwitité d'ancien dieo^oleil, et à caiK^ des «spl pl9;i^t^f .dps «i^t JQi^s de h.&eniajlne, Baoshwi devait être traiU comme le$ diçux ses pareils , et le nombre sçpt devait ^péf^ialçment être affecta wx cérémonie d9 s<m culte. D«QS plii^icujr^ ]>ASrrcIiefs et aatreit monumi^ns 9lir tiques, «tnqtafnmenjt sur h belle patère d^or^trouvi^ à Rennest WK 1774 >^t conservée au c^inet detaïUiqnes de U Bibliothèque royale, on voit ce di«a avec «U cook pagQOi»^ fi. formant le septième. {Monumtns .aati^iU inéditfi^ p^r MUlia^ tom. I, pag, aa5.)
Da9S 1q département de BJbin-et-^Moselle , dp9 restai du dite de JQaccbus et de ses cérémonies s^^nt coor servét- Au rlUage de Bifccharat, situé au bord duJUuo, les vi^uerons , au temps des vendanges , nomment entre eux un comité de régulateuris de la fête bachique» comité qui |ngç dQ3 in^fictions comndses contre les rites établis, et inflige des peines aux délinqu«ui3. Ce comité est con»po^é de.^^ mem^re^, nonmiés les sept buveurs, on. les sept bons compagnons. (Statistique généraU de la Fhxnçeii dépiurtfiment de BJbin^t-Moselle, pag. 109.)
D)m9 k village de Yiti^r, près de Paris, o» célébrai!
à b mifmAipQqii^nm p«r^«;f4lie, cit<m<^bsçrTMt de*
!264 HISTOIRE DE PÀKlâ
Saint Lucain est un de ces apôtres qui j
comme tant d^autres , est condamné à Pou-
bli. On ignore Tépoque de sa mission et de
rites semblables ; un comité , aussi composé de .sept Tigiierons, nommés lès sept sages, présidait les cérémo-^ nies bachiques. [Lettre de l'abbé Lebeuf, Mercure d'octobre i73o, p. iias. Variétés historiques, t. III, p. a8i , 282.] L'abbé Lebeuf, qui a décrit cette céré> monie bachique , n'ose pas nommer le village où elle se célébrait; il se borne à indiquer sa distance de Paris par stades. J'ai acquis la certitude que ce village était eelui de Yitry, dont le faubourg, situé du côté de la capitale', porte encore le nom dejàubourg de Bacchus. •
Il en est de même des différens saints Denis qui figurent dans les légendes. On les vdit tous accompagnés dé six compagnons , et formant le septième. Sdint Denis d'Ephèse avait six compagnons dormansj il faisait le septième. Saint Denis de Tivoli était un des sept biotanates. Saint Denis-le-Phe'nicien , saint Denis-le-Pourvoyeur faisaient l'un et l'autre partie d'une société de sept personnes. Enlin , saint Denis , patron de Paris, était un des sept évéques qui furent avec lui envoyés dans les Gaules.
' Ainsi la société dû dieu du vin, celle des ministres de son culte, et celle des saints qui ont porté son nom Denis, se composaient pareillement de sept personnages.
Passons à d'autres confcH'mités. Les principaux objets du cultie de saint Denis étaient, dans l'abbaye qui porte son nom, un'tcmbeau et une tête , l'un et l'autre ri-
sous LA PREMIÈRE RACE. ^65
sa mort : sa légende est la copie ou l'original de celle ({ue Vahhé Hilduin composa pour saint Denis - TÀrëopagite. Il fut ,
chôment enchâssés. Au temple de Delphes *, lés principaux objets du culte de jDionjrsiuséùàeat aussi. uit tombeau et une tête. Dans l'un et Pàutre lieu',' le saint et le dieu avaient été martyrisés , pour ayoir 'tenté d^établir un culte. nouveau : le saiint le fut par les païens, qui lui coupèrent la tête ; et le dieu par les Titans , qui lui coupèrent aussi la tète ' que | Minerve recueillit et porta à Jupiter. ( Vôye^s, la légende ^de saint Denis, et le Dictionnaire mythologique de:Noël, tom. I, pag. 146. ) On vénérait le tombeau. de Dyoniàiûs à Delphes. (Plutarque, traité -d'Jsis et d'Osiris-; ClsL-yier^. notes sur ApoUodhre ) tom. II, pag. '87 5.) A Delphes et chez hes Méthymuéens , Bacchus- était aussi représenté par une tktd^ et on le nommait en conséquence Ce'phalen. (f^ôy.EvLseh. Chronic./Uh. a; P'ausanias, Phôcide, chap. 19.)
Au trésor de Fabbaye de Saint-Denis , troisième armoire , on voyait la tête de ce saint richement enchâssée, qu'on nommait le chef de saint Denis.
Ce qui est "très-remarquable, c'est que, dans le même trésor, de Saint-Denis , et dans la quatrième armoire , 'se trouvait ce précieux vase d'agate orientale, une des plus rares antiquités que possède la France ^ vase qu'on a transféré dans le cabinet des antiques de la Bibliothèque royale , et dont les bas-reliefs représentent tous lesobjets nécessaires aux fêtes et mystères de Bacchus. Parmi ces objets sacrés , on voit , posée sur un cippe , la
a66 HISTOIRE, DE PÀHIS
comme lui , décapité pour avoir prêché le christianisme.. Après son supplice il se releva, prit sa tète entre ses mains, et par-
tétc de BoGchtts Cephalen, et entre le cippe ctcçttc tète , la peau da»paafhère qui caractérise ce dieii. ^o\is avons fait graver le vase et ses basHreltefS' ( f^oyez les planches 8, get lo.)
La distance de Delphes à Paris n'est, ppur ceux qui connaissent un peu l'histoire de la propag^on des sectes religieuses , qu'une objection frivole. Au deuxième siècle de notre ère , presque tous les cultes orientaux se répandirent dans PËmpire romain. Le culte de Mithra parvint de Perse jusque dyans la Gaule, et s'établit même à Pa^is. Les sectes du paganisme avaient lenT^ propagandistes , leurs missionnaires , dont le ^^^ °^ connaissait ni dangers ni distance.
Terminons ce parallèle par un trait frappant de coq? formité. Les fêtes de Bacchus, qui, depuis un temps iogunémorial jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, se célébraient par lés vignerons des eaVirons de Paris , ou l'on adorait une' figure de ce dieu, où, comme il a été dit, on élisait sept ministres qi^i présidaient à son culte; ces fêtes, dis-je, avaient lieu le 7 et le 9 octobi-e. {f^^riétés historiques, tom. III, !3« partie*^ pag. 385. } ^''' le '7 et le 9 de ce mois des vendanges, le clergé de Paris solennisait'les fêtes de deux sailits dont l'origine de L'Un, est inc<mnae, et celle de l'autre est en question : le 7 octobre , on fêtait dans l'église, de SaintrBenoît, autrefois située au. miUeu d'un vigfnoble, un saint appelé Bacchus {vofez ci*après Ssant-Benoît)^ et le 9 octobre
sous LA PREMIÈRE RACE. 267
courut 9 en la portant, Fespace d^une demilieue, n parait qu^il fut enterré à Ligni , près de Gorbeil, Pendant les ravages des
éti^t et est encore le jour conçaeré à k solennité de notre saint Vionysius ou Denis,
Il faut avouer que si saint Denis n'est pas le dieu Dionysius ou Bacchus , ce saint et ce dieu ont entre eux tant de res.semhkince qu'on est bien excusable de se tromper, en les confondant, en prenant l'un pour Tautre.
En effet, ils porkeat le mémo nom, la même qualffîcation , celle de saint.
Éleuthère et BustUfuCy prétendus associés de saint Denis, sont, le premier, un surnom de Bacchus; le second , le nom d'une de ses fêtes.
Il e^ prouvé que le culte du saint et celui du dieu ont commencé dans la Gaule à la même époque.
Saint Denis, et plusieurs saints <{ui portent son nom, figurent aTec six compagnons; et cfaiieun d'eux forme le septième. Bacchus est pareillement représenté , et sa fête est eélébrée avec le nvême nombre de eompa» gnôAS*
Un tombeau et une» tête étaient les objets sacrés^ du culte de sa^t Denis à l'abbaye qui porte son nom ; un tombeau et une tête étaient les objets sacrés du cultetie Dienysius à Éphèse et ailleurs»
La fête de s^nt Bacchus dan» Téglise-de Saint-Benoît, et celle de saint Denis dans* tout» la chrétienté, sont fixées, Ja première , le 7 octobre, et la seconde , le 9 de ce mois; et les fêtes du dieu du vin so célébraient dans
â68 HISTOIRE DE PARIS
Normands , sa châsse, ainsi que celles de plusieurs autres saints, fut mise en dépôt dans l'église de Notre-Dame de Paris. Les chanoines de cette cathédrale ont toujours refusé de la restituer, et l'ont gardée jusqu'à nos jours. Sa fête se célébrait le 3o octobre.
les eQTirOQS de Paris, dans le même mois, dans les mêmes jours.
Il serait , je crois , très-difficile de trouver , entre des •QJbjets aussi étrangers, entre le saint et le dieu du vin, des rapports plus frappans ; entre les cultes de l'un et de l'autre , des conformités plus nombreuses. .
Cependant Ces conformités , toutes décisives qu'elles paraissent, ne prouvejit pas qu'un évéque appelé Denis ne soit venu prêcher l'Évangile à Paris , et n'y ait été décapité. Cet évêque , le peii 4^ succès de ses prédt-* cations, et son martyre auront laissé des souvenirs vagues,, dont la superstition populaire se sera emparée. L'identité de nom l'aura fait confondre avec le dieu Bacchus ou Dionjrsius, On aura fait çpïncider Forigine du culte du saint avec celle du culte du dieu , la fête de l'un avec celle de l'autre ; et, en substituant d'autres amalgames , le culte du^aigt et celui du dieu auront acquis les con « formités qu'on vient de remarquer.
C'est ainsi que les habitans ie l'île de Rugen méta> morphosèrent un saint du christianisme, saint Fitus, en dieu du paîganisme, et l'adorèrent sous le nom de Suantovituf» {Elàis Schedius de Dis germanis, sint grammafa 3«, çap. X9, pag. 5oa.)
sous Là PREMIÈRE RAGE. 369
Parmi les évèques qui, après .saint Denis ) ont prêché la foi chrétienne à Paris , le premier dont l'existence soit à l'abri de la cdUqué est f^ictorinus ^ que, dans l'ordre chronologique , on a nommé le sixième éyéqUe de Paris , et qui pourrait bien être le premier qui ait mérité ce titre , lé premier qui ait organisé un clergé à Paris et qui ait donué quelque consistance au' christiamsme. Il est en effet le premier dont on trouve le nom, avec le titre d'évèque Me Paris, dans le^ actes d'un concile, dans celui dé Cologne tenu en 346.
Il se tint , dit^n , pour la première fois , vers les années 36o ou 36i , un synode ou concile à Paris. On ne sait point quel était alors l'évèque de cette ville , ni le nombre de ceux qui y assistèrent. On doit en induire que cette cité contenait alors un établissement stable et- propre au culte chrétien ^ mais l'œuvre de la conversion des Parisiens n'était encore qu'ébauchée. L'antique religion des Roniain&domiiiait dans la Gaule. La statue de la Victoire était encore un objet d'adoration dans le sénat de Rome.
DsLUSf la Gaule et à Paris le christianifiaoïe ne at présentait que sous les formes d'une secXe naissante.
Lesi érèques Pauh» et Prkdentms, tpà çuccéôbirent à Victffrinus^^ sont peu connu».
Apvès eux vmx Marcelhis , fameuic à Pa*ris SOU6 le nom àe' saint Moroei ou saint Marceau (i). Si Ton s'en rapporte à sa 1^«gende, il convertit un grand nombre de païens ; il métamorphosait en Tin excellent et en baume Feau puisée dans la Seine. On n'employait point alors ^pour convain* cre les esprits , la puissance du raisonne-* ment *, maise'était a^ec des guérisons étonnantes, des opérations' merveilleuses 9 qu'on lés subjuguait.
Ce n'est point la légende du saîtit qui me détermime à croire aux; progrès qu'il fit.faire à la religion chrétienne , mais bien ' la victoire qu^l remporta sur un diragon- , qui désolait Paris. Toujours, à. cette* époque , le dragon vaincu par un saint était l'emblème des cou versions' nombreuses, du
(i) Voyez ci-après, section a de la présente période, alticle Saint-Marcel.
sous LA I^REMIÈnË RACE. 27 1
triomphe du christianisme sur le démon , ennemi de celte religion*, démon représenté sous la forme d'un -serpent.
Saint MurceBus mourut en Païf 4^6 ; il avait sans doute fait beaucoup de prosélytes à la religion chrétienne ; mais il en laissa un très-grand nombre à faire , puisque ^ plus d'un siècle après lui , on voit encore le paganisme dominer dans les campagnes.
Une loi de Childèbert, roi de Paris, d'environ l'an 554 5 Prouve que l'idolâtrie sfl>slî«îaît encore à' cette époque.
* « Nous ordonnons^ y est-il dit, à ceux » qui auront dans leur champ ou dans un » autre lieu des simulacres ou idoles dédiés » au démon , de les renverser aussitôt qu'ils T) en seront avertis. Nous- leur défendôi^s D de s'opposer à ce que les évéques les dé- » truisent ^ et si , après^ s'être engagés par » caution à les détruire, ils les conservent » encore, nous voulons qu'ils soient tra- » duits en notre présence. Nous défendons )) aussi les désordres qui se comi^etteut » pendant la nuit à la veillée des^ fêtes ,
37^ HlSTOmB DE PÀRl» •
» même de celles de Pâques et de Noël , » veillées où l'on 'ne s'occupe qu'à chanter, )j boire et s'enivrer , et où l'on se livre à » d'autres débauches. Nous défendons aussi ))»aux femmes qui , le jour de dimanche , » parcourent les campagnes en dansant^ )) de cesser cette pratique qui offense » Dieu(i). ».
Vers la fin du quatrième siècle, le culte de Cybèle Berecynlhe était encore publiquement célébré dans la ville d'Autun. La figure de cette divînjté , accompagnée d'adorateurs qui dansaient et chantaient devant elle, était traînée sur un char dans les* campagnes , que ^a présence devait fertiliser (2).
Plusieurs habitans de la Gaule assistaient aux cérémonies de l'Église, sans néanmoins renoncer aux pratiques du paganisme. En l'an 568 , Grégoire , pape ou évêque de Rome, écrit à Brunichilde( Brunehaut), reine des Francs : « Vous devez aussi avec )» modération contraindre vos sujets à se
(i) Capitularia Bahmi f tom. I, paç. i.
(a) Gregorii Turon, Gloria confèssorum, cap, 19.
sous LÀ PREMIERE RACE. 2^3
» soumettre à la discipline de TÉglise ; de » sorte qu'ils n'immolent plus aux idoles , n qu'ils n'adorent plus des arbres , qu'ils n'é* » talent plus en public les tètes des animaux » dont ils ont fait des sacrifices impies. Nou« )i sommes même infonnés que plusieurs » chrétiens , qui accourent aux églises cou- » tinnent cependant , chose abominable ! à n rendre un culte aux démons (i). »
Au septième siècle , Venus avait encore un temple et des prêtresses à Rouen ; les fêtes 9 les cérémonies religieuses consacrées à cette divinité étaient publiquement célébrées dans cette ville , et ne furent abolies que par saint Romain (2).
Pendant cette période 9 aux superstitions rcmiaines et gauloises vinrent se joindre oelles des Francs. Les évêques ne combattirent que celles qui pouvaient nuire à leur domination et à leurs intérêts ; il$ adoptèrent divers genres de divinationsnCt d'opé-
(i) Recueil des Historiens de France, tpm. IV, pag. a3.
(3) Vita sancti Romani, thésaurus anecdotorum, tom. m, col. i656«
^74 HI5T0IRB BË PARIS
rations magiques* Ils christianisèrent les dénominations , et maintinrent la chose ; les philactères, les talismans furent rempla* ces par des reliques ; Teau lustrale par Feau bénite ; les ambarvales par les litanies ou rogations , etc. , etc. Les Èoris virgî/iens ou homériques reçurent le ném de sort des saints. Clovis , tout baptisé qu'il était , pas* sant par Tours , pour aller combattre les Visîgoths , demande à prèndi^e les auspices» Le clergé de cette église se prêta' coniplaîsamment à cette pratique païenne. Grégoire de Tout 8 n'a pas le courage de la blâmer en cette circonstance ; mais , dans une autre , il la qualifie de pratique barbare (i).
(i) Greg. Turon. Historia , lib. 2, cap. 87 , etlib. 7, cdp. 2^.
Gette- pratique fut: encore long-temps en vigueur; lorsqu'un éyéque était élu , pour connaître quel serait le sort de son gouvernement, on ouvrait au hasard le livre des Évangiles , et les paroles qui se trouvaient au commencement de la première page étaient cmisidérées comtne'Utf pronostic certain àts événemens de son- épiscopat. Guibert, abbé de lïogent, cite, sans lés désap» prouver, d^s exemples de eette pratique. [Recneil des Historiens de France , tom. XII , pag. a45 , 260. )
sous LA. PREMIÈKE RiCE. ^^5
Ce mélange impor , commencé sous le règne de Constantin , s'accrut beaucoup sous la domiâfation des Francs : le& évèques ne. prêchaient plus la morale, et ne recommandaient que Tobseryation de certaines cérémonies , la plupart originaires du paganisme. La religion chrétienne fut considérablement dénaturée , et resta dans cet état pendant tous les siècles'de barbarie*
§ II. ÉUblissemens relmeux dans la pavde Aièridioiule
de Paris.
Basilique (i) des APÔrraEs saist Pierre EX SAINT Paul , depuis nommée Abbaye de Sainte- Gene\^iève , fondée vers Tan 5o8. Grégoire de Tours dit que Chlodovech ou
(i) Grégoire de Tours, et les écrivains de son temps, donnent constamment Ift qualification de BasiUques aax bâtimens de fondation royale , consacrés au culte chrétien. Le' moi Église n'était jamais employé que pour signifier Peujsemble des fidèles , la réunloti du clergé et du peuple. Les Romains donnaient le nom de Basi - ÏMjues aux édifices publics , aux pàlàis deS empereurs , des proconsuls , aux édifices destinés à Tadministration de la justice. De ce moiBastlique on a fait celui de Basoche.
2^6 HISTOIRE DE PlRlS
C7om , de concert avec la reine Chrothe^ childe ou Clotilde , son épouse , en fut le fondateur ; mal» lorsque notre historien fait le récit de la mort de cette reine,^ il semble n'attribuer qu^à elle seule rhouneur de celte fondation.
Chlodovech , iBort en 5 1 1, y fut enterré. On a vu , jusqu à Fépoque de la révolution , le tombeau de ce roi figurer dans le cbœur de Téglise de Sainte - Geneviève , tombeau dont la construction n'avait point le caractère des monumens du sixième siècle , et appartenait à des temps plus récens. Il est présumable que Tabbé Etienne , qui , en ii^y , fit presque entièrement reconstruire l'église, rétablit à la même époque ce monument sépulcral. Sa restauration , mais non par sa date , est attestée par Tinscription suivante placée sur ce tombeau, m
Chlodoi^eo magno, hujus ecclesiœ Jbndatori, Sepulcrum vulgaH oUm lapide structum et hngo œvo deformatum abbas et couvent, meliori opère H forma renovaverunt.
Ainsi le tombeau primitif , construit de pierres communes et ruiné par le temps ,
sous LÀ PEEMIÈftE RACE. 2'J'J
Alt reconstruit avec plus de soin et d'élégance.
Ce dernier tombeau , transféré pendant ' la révolution au Musée des monumens français, Ta été en 1816 dans Féglise de Tancienne abbaye de Saint-Denis.
Ckrothechilde ou Clotilde mourut en Tan 545 , et fiit enterrée dans la même église , sans doute dans le tombeau de son époux \ car on ne lui en connaît aucun qui lui soit particuliei".
Les Danois , en 65 7 , détruisirent et brûlèrent cette basilique. Etienne de Tournai en déplore la ruine. « Elle était , dit-il , de » construction royale , décorée au dedans n et au debors de mosaïques , comme ses » ruines en offrent la preuve , et ornée de )) peintures. Ces misérables la livrèrent aux » flammes ; Jils n'épargnèrent ni le saint » lieu , ni la bienbeureuse Vierge ( sainte )) Geneviève ) , ni les autres saints qui y » reposent (i). » '
Je reviendrai sur celte église , et décrirai ,
{\) Recueil des Historiens de France , tom. VII, pag. 73 , not« D.
2^8 HISTOIRE DE PÀKIS
à leur époque ^ les changemens qu'elle â éprouvés.
t Basilique de Saikt-Viitçbnt et de Sainte- Caonc, depuis nommée église de Tabbaye de SaUiuGermain- des-* Prés. Le roi CfiUd^ Bfirt-i fils de Clovis , eu Tau 54^ » parcourant et pillant Pf^spagne , vint assiéger la ville de Saragos^e. Les babîtans ne prirent point les armes ppur se défendre ; ils récitèrent dos prières , jeûipkèrent , se couvrirent de ciliées , et firent , en psalmodiant ^ des procis^sious .autour des l'eisparti^.^ portant avec cofifiauce la tunique du bi^eiaheureux saint Vinceni;. Ce singulier moyen de défendre une place frappa d'étonnanent et de terreur le roi Childebert. Il leva le siège , et alla porter ailleurs le fléau de ses armes. Ayant ravagé une grande partie de TEspa* gne , chargé de dépouilles , il revint dans la Gaule* Telle est la substance du récit de Grégoire de Tours (i). **
Un autre écrivain dit* que ChUdebert , voyant l'étole ou la tunique de saint Vin-
(i) Gregor. Turon. Hist. lib. 3, cap. 29.
sous LA PR£MI£ll£ RACE. 2^9
cent ainsi propienée autour des murs de Saragosse, fit a|^eler Tévèque de cette ville, et lui demanda cette relique qui lui fut accordée. Muni de cet objet préjcieux, Childebert , après avpir pillé et dévasté une ^rtie de TËspagne y yint à Paris , et y fit bâtir l'église de Saint-Vincent (i),
L!auteur de la Vie de saint Doctrovée , premier abbé de S^int-Vincent , parle de l'expédition d'Espagne par Childebert y et ajoute que ce roi i< enleva de l'église de To-^ ».lède!une croix d'or ^enrichie de pierres D préicieuses fabriquées , ainsi qu'on le rap» » porte , par le roi Salomon ; trente cali- » ces, quin:^e patènes, et vingt cassettes )) destinées à contenir les év^gilea. En » prince très-dévot, au lieu de s'appro-» n prier ces objets, il les distribua aux » églises. U en fit bàtix" une dans un fau- » bourgdeP^ris» faubourg autrefois nonuné » LocuiitiuSy et voulut que son plan eût la )> forme d'une croix , en mémoire de la )) croix qu'il avait apportée de Tolède,
(i) Getta regumfraticorum , cap. a6.
» dont il fit présent à cette église , ainsi » que de plusieurs ornemens de grand » prix. » •
Le légendaire donne ensuite la. descrîp^ tion de cette basilique.
« Les arceaux de chaque fenêtre étaient » supportés par des colonnes de marbre )» très-précieux. Des peintures , rehaussées )> d^or, brillaient au plafond et sur les )> murs. Les toits, composés «de lamjps de » bronze doré , lorsque les rayons du soleil » venaient à les frapper, produisaient dies » éclats de lumière , qui éblouissaient les » yeux. Ce notait pas sans raison, diaprés » tant de magnificences, qu^on nommait » autrefois , par métaphore , cet édifice le » palais doré de Germain (i). »
Ce roi, qui piUait des églises pour en enrichir d^autres, ne borna point ses pieuses largesses à des bàtimens, à des reliquaires^ il dota richement la basilique de Saint-Vincent et de Sainte-Croix -, et , peu de temps avant sa mort, en Tan 5*58,
(i) Recueil des Historienu de fhmce, tom. m, pag. 436, 437.
SOVS. hk SEEMlàaE RACE. 2&I
il Itti dopna le fief d^Isciac ou àUssjTy et tout ce qui en dépendait^ le cours de la Seine ^ Time etPautre dé ses rives, des bois et des prés ; de plus ,. un terrain et des cases situés dans la tcitéde Paris \ une terre, une vigne et Toratoire «de Saint^^ Andëôl \ plusieurs* moulins placés entre la porte de la Cité et la toùp^ ^ à tcmtes ces donations il joignit cdles des pécheurs , des serfs inquilins , des serfs, àffraxu^k , des mini^ériaux , excepté ceux àux(fUiéls il. avait accordé Tingénuat ou la liberté (l)J Ces donations , funestçs <à Faccsoiasement ^ iaux embéllissemens de Pana, tœiinie on en verra dans la suite plumtùrs'preuves, furent faites le a3' décembre 558 à l'évèque de Paris , connu sous le nom de.iMt£ Ge^vnoi/i. Ce même jour, cet érèque célébra b dédioace de cette église ; et^ à eause de Tétole de saint Vincent et de
(i) Cette €liaFté'4eddnalioti, ainsi que la charte par JaqoeU|^tffiifi€ Geralaiiij^i^pta €^j9 église et ses, propriétés de la juridiction épiscopale, ont vigoureusement été .tfa^es 4|e. fausseté ip%r: le docteunâft Zaunoi^'i célèbre critique ;, et faiblement défend|ps'iifar.il^ s^giélix appelé
1àS% aiSTDfllB DB BARISr
la croix, dotitjCUUcl^ëiî; lfanu£'gixU%ée , elle re^t' IcH^dénommatièii 4e Saainb'f^m-
Ce même jowe «îtoore^ià ce:ij[a'oli cedifri, :Childebert mourati, et futi eùt^xri dans^Ja basilique qu^ilàviit foradée^ «et qnliliTênaû d'enriGliik-. .... .
A la nouvelle ^ k mort dé ec roi^. son frère CUotba^aire yiut s^enxpafer de «es trésors, chassa et envoya en eadl sa'vnesuve Vltrogothe y et ses deux fîlks (Shrothe^ berge et CbFOihesinde (2)» Cette) tipieçÈve et ^s fiUea furent: dans la- suite eBtenpées-daiis •cette basilique V ainsi que révécpeâtfrm^iii». Ces témbeaux et plàsieurs; àutres^dela même Êimille^.pillés^et rtdnës par les Neanuands lars. dfi' leui!^. divèrsés\ iaourâtaonft âuPaeis^ furent oétablidi^ les mx& dkus le jdœu^ièine siècle.', les autiws^ «b lôSS. iVoîduwie |io<tîce des principaux monumens qui appartienj|:ke]>t;à réppj^^cjHrinilûvQ de-cet édifice.
La Bierré dtt>^Citobéfltf«^de' (^iih^tty k
(i) Quelques 'pôrsonttesfi p«if8étit que cétie <^é4icàc« eut lieu Pannes pi^écréildMk. ' ^^t .: •>.
(2) Gre^oA Tur. iïwCTibK>4i cai^. aoi
sous LA FREMmie HACE. a83
été conserv^&y' ainsi que- Inscription et leà seuiptiïres qu'elle «|H)rtait: Cestaine longua pierre de iiais^ mv laquelle est représentée eu bas^élief la» figure de^oe roi , qui tient d'une mut^ieinod^ dé Téglise, d^Paiitrb le seeptveroyaliç cette: figure peu ancienne a été renourel^ en r656 sur le dessin de Vouef>9 d'après im^ autre figure qui n'était que du quàtoraième «iècld^
Sur un côté du totabeau, une tablé' die marbre tftffraït en' lettres d'ôr une épiraphe, ou, suivant l'usage, se trouyait unc^agni-» fique éloge èa roi défont. «Il triompha de^ » AHobroges 7 de» Daees , des Arvernes , » du roi des Bretons , des Goths et de FEa^ » pagne, il fonda lé palais (auUt) de Saint* ]» Yme^&t,' enrichit les temples de Dîéfi , » dbtvibiia de> l'argent anse pauvres , et ac^ » ctunulait ainsi dans le ciel des trésorti » étemels (i). »
Le tombeail dé ce roi , compèsé d^ùn double vase en plomb , contenait aussi le corps à^UItrogothe sbn épouse. En ï656, ce dou-^
(\) De regali Abbatia Sancti Germani. Recueil des Historiés de France ^ tom. II,pag. 7a5.
^84 HISTOIRE DE PAEIS
ble tombeau 9 restauré, fut placé au milieii du chœur de Féglise de Saîut-Germain.
Pendant la révolution on le transféra daiis le Musée des monumens français , et en 1 8 1 6 dans Féglise de Tabbaye de Saint-Denis*
On Terra dans le tableau des mœurs de cette période, que CMldebert^ ce roi dévot,, fondateur d^église , tant loué par les moines ses obligés, n'était qu'un misérable barbare, souillé de crimes énormes.
Des réparations , exécutées dans cette église pendant les années i653 et i656, nécessitèrent des fouilles, qui mirent au jour plusieurs monumens curieux ; on y découvrit le tombeau de ChUpéric F' , assassiné en 584 9 P^^ Tordre de Frédégonde , son épouse. La structure* de ce tombeau , simple et dépourvu d'omemens, offrait cette unique inscription :
Bex Ckilpericus hoc UgUur lapide.
Ce roi fourbe et cruel , que Grégoire de Tours compare à Néron et à Hérode, était surpassé en scélératesse par son épouse
sous 2.À PfiEMIERE &iCE. >85
Frédégonde , dont on voyait aussi le tombeau eu cette église.
Ou à cru , mais sans preuves , qu'un autre tombeau plus magnifique et placé dans la même église, était celui de cette Frédégonde, la plus méchante des reines. Il se. composa d'une longue table de [âerre de liais, dont la surface présente , en mosaïque , la. figure en pied d'une femme. Sa tète est couvei:W d'une couronne fleuronnée terminée pav un fleuron (i) \ d'une main elle tient un Ipng sceptre. Cette mosaïque est formée de petites parties d'émaux , fixées par un mastic , où l'on a mêlé quelques ornemens en cuivre. La tète 9 les main^, les pieds sont indiqués par des contours 9 dont l'intérieur est vide de linéamens et de peintures : ce. qui ferait penser que l'ouvrage, qui a dû coûter beaju* coup de soins et de temps , n'a pas été achevé. Cependant, si l'on en juge d'après plusieurs autres monumens semblables et du m^me
(i) Quelques amateurs ont vu sur la couronne et à l'extrémité du sceptre des fleurs de lis. Il faut être doué d'une forte prévention pour y yoir autre chose qu'un simple fleuron* . 1
a86 HlSTOtllB I>6* PARIS
te^si'On sera- j^rtéô'crdîre que ces vides étaient remplis des rondes-bosses^en itrg^ht , ou mé^e en or, ûgurant le visage, les matKS et les pieâsâe cette princeésë-'jiet^qttfe ces précieuses parties du tombeau ont été enlevas , peut-être par leà Normands.
- Le dessin de cette figure est roidé et barbai^e. dette pierre èéptdéralé , dbnt la gra*vure- se trouve dans plusieurs rédtièSfe, a été trflnslléi'ée , 'de TégHsie de Saînt^-GértiiaSti , daïiiik^Mùsëé des mônuiiicfns fraii^slls, et,ew i8ï6i de ce Muëéci, dans Téglise de Saint-De«iiè.>
• Ou' a déiîouvei^ aus«i dans Vëglise de S^itil-43ermaitf 4ë tonibeatt è^ChUdéric //. n fit fouetta un nèbie franc , appelé Boêi» fon^^'ccfliii^ -se vengea en assassmatlt ee rdî liam^ k forèt'de' LiVify , amsî qtiè son épdU^ SSéMd&i qui était ^ eiicrfntte. On m^uyàf'dàns' s6n fômbeaù' quelques signes dé i*5ràuté'^ ^ï' cette însbrîptibn :- Childr. rex.
Plusieurs autres monumetis sépulcraux furent trouvés dans ces fouillesv Je ne par* lerai que de celui d'tm certain HUpéric^
sous LA- PRBMllîniÊ UACE. 287
qtà pen^c ^uVôir 8é fiti^ tÀ^ ^pti^s» nicrit; Dan^'deu^ in^H^tioâ» , il orckmùe et demande avec priêi^s qUe ëfes'osJsenieîis ne sc^enë ni èîite^ nî d^^àëës;
L'^li*r de Sttîlit-Vittcéhret dk.Mnté^ Crcity Hânéè k plnsiëtt)^ reprisës-pèir tes Ni0irknAtedÀ*; pëndftnt 1^ seconde raëe', eotv^ servà: peu dé reste* de sa cbrtstrtictîon pri-J inîtî^*. Ob â petiË^ '<7Cié là tour cafhréfe c]fBâ s*^éïftve à l^entrée de . <:;et édifice , et qxir doniie à'CefHetl,'cdiisaC!*é'àtt^ ppièl^es, Tftsi pcct d'hutte fenei'ë^e, ap^Mniéhr à cewe première idotistitiction. Orii dcSt dlsfiflgtlfer fci • dëàx èbnstrtictidnè àppacrteàscnt à des époque^ dîflKrfentfes : celle de la partie itifôrietirëdè'tettfc toUr, et celte du dockei^ qui • h suntrème. Là *pèftr*e^ «rfMèttré pa^ raîl hi plu^'^icie^yAi^l^ et l^ëf o^ute où èHe af ëtë 'CôttètrûSte tiôùrtiffé bWn réiriéùl^t'au *dftitfe siéée. Qukrit ail deAer , ëleré'srir cette tour ,^0 'est ^ d'un tettij)s pîus rëeeiit. 8« côilstdtdiôri ,• ëtam de nièfee -styîe qtj^ celle? dfes'^miSes dèilx tbùr^ qtiî s'ëlevaîéht kù* deux éôtéà'du ckbetir-, rfôît^ côfaamé celte de ces itoiirs latérales, àpjlartenîr au
a68 HI0TO[ftB I>B 1^ARI9
oauème siècle ^ l^ur arcUt^ctiure se rapproche da style grec , et nV rien du gmirq vulgairement nommé gothique*
On a Aussi p^sé que T^poq^ ji^es huit statues placées sous le porche ou sous la yieiUe- tour, qui sert d^entrée ^incipale^ statues détruites pendant la révolution, mais dont les gravures se trouvent dans plusieurs ouvrages, remontait au temps de la première construction* Cette opinion a étéï contestée. La voûte du porches, et les nicJbes qu'où voit encore , sont , on ne peut en di^uter , des ouvrages du treizième siècle ^ mais il 9«rait très-possible que ces statues -^ssent antérieures à' cette voûte , iS^ ces ntchesi ^ elles présentent des formes et d,es costumes qui apparti^nem^ an sixième sièçle^n Quoi, qu'il ea:$oit^ voici la*4e^iption de ces. statues:.
On en oomptaifi ^voit : quatr^^^d'un côté, et .autant ^e.lautre* ^aijpVenç^^» .qp se voyait adroite en-entrafity.^t^^.of^le 4' un i*»î,qpe J'en croit ^e, Çlilqtfmchaire qu QûUi^re : quelques restes dç let^Pjes peintes sur tm rouleau déplçyéiqciQ ,te^it'cet,te ^ure,„9i^^i^nt lire ce ^o^lQirLOx.. .v^sjL^a
SQUS Li PREMIÈRE lULCE. 289
seconde statue représentait une reine cou* ronnëe ^ deux tresses de cheveux lui descendaient de chaque côté jusqu'aux genoux : on a cru -y voir Ulirogothe. La statue sui* vante offrait un roi , tenant un rouleau d^une main y un sceptre de l'autre , et un livre sous le bras. On présume avec raison que c'ét%it ChUdebert, fondateur de cette, église. A la suite , la dernière statue de ce cèté représentait un roi, que Ton croit être Théodorich ou Thierry. ;
Du côté gauche , la première statue appartenait à un roi. Quelq^s lettres peintes sur un rouleau déployé formaient ce nom CLODOMmus \ ainsi on Ta attribuée à Chlodomire , fils aine du roi qu'on nomme vulgairement Clovns. Puis suivait une statue de femme qui, dit-on, représentait la reine: ChrothechUdey sa mère. Les omemens et la richesse de la troisième statue ont fait juger qu'elle était celle de Chlodoifech ou Cîo^îs» Enfin, la quatrième statue était celle d'un évèque que l'on présume être saint Rémi; il foule à ses pieds une figure de monstre , emblème de l'idolâtrie vaincue* T. I. ' aS
290 0ISTOI&E D« PAJLIS
Au fond du porqhe , et au-deams de la
porte de Téglûe , est un grand bas-relief
représentant la cène. On y remarque saint
Jean4'£yangél)stQ , cQucbé dans une atti*
' tude ridicule sur les genoux de Jésus.
Au-dessus de ce bas^relief il en est. un autre qui n'a jamais été ni gravé ni décrit. Il présente une seule figure humain^ , à micorps, de &ce et dans Tattitude que prenaient les premiers clurétiens lorsqu'ils priaient, les bras étendus, les mains^éle^ vées comme les tient à la messe le prêtre en prononçant ces if^ts '* Orate , fralres (i).
On doit mettre au rang de la construction primitive de cet édifice, un puita situé au fond du sanctuaire , nommé P^its éh Sàwir- Germain^ parce quil était placé près du tombeau de ce saint. Ses eaux avaient la réputation de guérir miraculeusement plu* sieurs maladies. Abbon, dans son poëme sur le Siège de Paris par lea Normands ,
(1) Ces deux bas-rreliefs, qui remontât certainement aux premiers temps du christianisme dans la Gaule, peuvent être cités comme des preuves de Pantiqnîté de {a tour au bas de la<]ueUe ils sont placés*
sous LA' PREHTÈltE RACE. agi
mentionne ce puits et les verttts mervèii^ leuses de son eau. Ce puits ne fait plus de miracles ; c9t^ depuis long-temps , Touverture en est fermée. La plupart de* ancien* nés églises avaient des puits pareillement miraculeux.
A rexiériëur de cet édifice et sur la fece dèr là tour septentrionale, était adèssée une statue en plâtre d'une fonne peu ordinaire et devant laquelle des' femmes faisaient brûler des cierges •, le cardinal GuiHaume de Briçonnet ^' ahhé d© Saint -Gemaain- des- Prés , vit , dans cette statue , une idole du paganisme, et, dans lé culte que lui rendaient CQS femmes, une idolâtrie. Il fit enlérrer.^ siàlue et mettre à sa place une ,croix'«n bois' couverte- de kffiés de •e;5oré. Depuis, des écrivains, persuades *qtfe te wm dfe la: ville de^ Parjp était conyjmé Û^e^mà^Im^ déesse qui devait en bôS^queflce y avoir été adorée , n'ont pas il^sH^ué de soutenir que celte statue était c^lle d'une Isis. Cette opinion , sans importance èomme sans fondesûsent , et que
j*Ri déjà réfutée , ue mérite pas que je m'y arrête de nouTeau(i).
On trouvera la suite de la nolice de cette église et du monastère de son nom, lorsque je serai parvenu à des temps plus avancés.
Sàint-Juliem-le-Pauvre , ancienne église située, dans la rue de ce nom, n^ i3. On ignore absolument son origine ^ elle existait au septième siècle , et , malgré la révolution, elle existe encore. Grégoire de Tours est le premierqui en fasse mention ^ il la qualifie de Basilique , et nous apprend qu'il logea ft dans les bàtimens qui en dépendaient lorsqu'il venait à Paris (2) : ce qui porte à croire que les maisons dépendantes de cette basilique servaient d'hospice ou dj • loj^^ aux étrangers, aux pèlerins , aux voyageurs pwvres. On sait que les voyageurs , pour tfctenir un bon gîte , invoquaient ordinairement saint Julien, dontja réputation^ à cet égard , était depuis long- temps él^bue. Jj'écrivain qui, au treizième siècle'^ » mis
(i) f^oyez ci-dessus, pag. 81 , 8q.
(a) Grggor. Tur. Hist.Uh. 6, cap. 17 J li)>.9i cap.^.
«Or$ LÀ FREMIERË KÀCE. SQS
en rimes les Moutiers de Paris j désigne ainri Téglise dont il est ici question :
. Sftmt JaJiensi Qui héberge lés chrétiens (i)«
Les Normands ruinèrent les bàtimens dé cette église , et des seigneurs faïques s'emparèrent de tous ses biens , cotnme c'était l'usage dors»
Par une chaite de Tan to3i ou loSa^ Henri I*' donne celte église , ainsi que plusieurs autres du même quartier, à Pévèque de Paris , mais à condition qu'un, clepc nommé Girauld^ qui les possédait, jouirait de leurs biens pendant sa vie.
Dans le^ commencemens du douzième siècle, les biens de l'église de Saint-Julien étaient possédés par Etienne de Vitry et
(i) Les Yoyagenrs rédtaieiit, le jour, l'oraison d« ^ûnt Julien , pour ayoir le soir un bon gîte. Bocace et après tui.{ia Fontaine ont publié un conte fondé sur cet usage. Cette église et Fhospice qui en dépendait étaient situés hors de Paris et yers Penlrée de la Cité. Lorsque dans la suite on établit une seconde enceinte, un autre hospice fut fondé plus loin , à l'entrée de la nouvelle enceinte : ce fut l'église et Phospice de Saint-Benoît.
094 HISTOULE OE PARIS
Hugues de Muntelery qfû les donnèrent à Tabbaye de Longpont. Dans la suite , les religieux de cette abbaye en firent reconstruire les bàtimens , «t érigèrent Téglise en prieuré. En i655, ce prieuré fiit réuni à môtel-DïQu.
he bàtimtnt de Téglise n'avait rien de xemar<{uable, si ce n'est un puits, placé au chevet, dont Peau avait la réputation d'o^ pérer des guérisons miraculeuses. Cette eau, tant c[u'elle fut distribuée pour de Targent, faisait des merveilles *, mai^, dès qu'il fut permis de la puiser gratis, , sa réputation s'évanouit.
Cette église n'a point été démolie.
Saint-Sévekin , église paroissiale et seconde SUCCURSALE 9E Sàikt-Sulpice , situéc dans la rue de son nom, entre lea n°' 3 et 5.
L'ori^ne die belle église est inooilBnie ; on ne sïdt pm^ même si le saint dont elle portcle nom était saint $é vérin d'Âgaune , saint Séverin apôtre de la Bavâère^ saint Se* vérin évéqtie de Cologne , ou saint Séverin évècjue d/e Bordéaux^j lequel est vulgairemen t
S0I7S hk PREMliRS HÀCE. d^S
nommé saiht Surin. On a ^fifia en» que cette église contenait le tombeau de 6aim Séverin solitaire d'un faubourg de Paris.
L'emplacement de cette basilique , com* pris dans Feticlos dii Palais des Thermes , pourrait avoir, sous des empereurs chrétiens, ^sèryi de diapetle à ce palais; sa fou-» dation remonterait alors au quatrième sii-* cle ; elle parait être la même qui se trouve smîvent mentionnée dans le testament ' qu'en Tan 700 fit une femme nommée Er'minethrude. Cette femme donne de grands biens à une église de Pàri^ 5 qu'elle appelle Basique de saint SinsuHen (BiùiUàa sancti Sinsuriani) (i) , parce que son fils Deoro"
(i) Mabillon, qui, le premier, a publié ce testament, a pensé que sanctus Sinsurianus était saint SimphoHen. Payais , d'après une telle autorité , adopté cette opiuion dans ma première édition; mais j^enai changé en cônsidéroSt qu'il est bien plus convenable de faire dériver saint Sinsurien de saint Séuerin que de saint Simpho^ rien, Qe dtcmier noln tt*a pu, en se syficopant, perdre la syllabte pho : cette syllabe est trop marquante. Saibt Séverin , nommé à Bordeaux saint Surin -, a pu stùiit à i^iris UB^femblable métamorphose ; on aura dit ^sàint Surien^^e rédacteur du testament de la dame EiTiuliitethrude paraît avoir ^ de ces deuzmolB, fait liti séulifOtt,
2g/6 HISTOIEK DE PAKld
uaitle y était enterré. Elle lui donne , entre autres biens , un frein valant douze sous (i) , un cheval avec ses harnais , un chariot où . elle montait ordinairement , et les deux ,boeufs qui le traînaient , une litière avec ses harnais y etc.
On ignore le sort de cette église jasqu^en
• io3i ou loSs, époque où Henri P' en fit
don , avec plusieurs autres églises , à Tév^
que de Paris. En 1210 , Téglise de Sainte
Séverin était paroissiale.
L'édifice a été reconstruit et accru à di-verses époques^ notamment dans les années 1347 ®^ '4% 9 ^^^^ ^argent produit par la vente des indulgences , vente autorisée par des bulles du pape.
A la principale entrée de cette église y on voit , d'un côté et de Tautre , deux lions en pierre, symbole de la force. C'était entre ces deux figures et à la porte de cette égliséfqul^
précédé de la qualification de s'aini, en écnyant Saint"' Swien. L'ignorance extrême qui régnait à cette époque autorise ma conjecture.
(1) Sous tournois, ou sous saliques d'or« ^jyigt soos saliques d'or égalaient douze livres touruois vu quatre marc3 d'argent.
sous LÀ PRElflfeftB AAGE. ^g^
les dignitaires rendaient la justice, ^t Pou connaît plusieurs seliteuces qui se terminent par cette formule : Donnée entre deux lions {i).
Un des battans de la porte de la même entrée était autrefois presque entièrement couyert de fers de cheval. J'ai ru de pareils fers cloués aux portes de plusieurs églises. C'était un. vieil usage , lorsqu'on entreprenait un voyage , d'invoquer pour son succès l'assistance do saint Martin : ce saint était un des patrons de la paroisse. Pour témot*gnage de son invocation , on attachait un fer de cheval à la porte de cette église \ et , pour que le saint p^tégeàt le voyageur et sa monture , on faisait rougir au feu la clef de sa chapelle y et on en iQarquait l'ani-* mal (2).
Lorsque les femmes relevées de couche venaient entendre à cette église leur messe de relevailles , on leur mettait un manteau
(i) Histoire de la ville et du diocèse de Paris y par Pabbé Lebeuf, tom. I, pag. 174-
(a) Recherches sur la ville de Paris, par Jaillot^ tom. V, quartier Saint-André-des-An , pag. r3S-
•fourré sur les éjpaules, ppur lès présenrér du froid.
 la fête de la Pentecôte on était en usage de lâcher dans cette église un ou plù- «i^rs pigeons, pour figurer la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Cette espèce de spectacle se donnait le même jour dsns plusieurs autres églises de Paris (i).
Entre plusieurs reliques conservées prédeusement dans cette église, on distinguait le bras de monseigneur, saint Séi^erin. L'abbé Lebeuf| qui parait avoir examiné cette relique , dit qu'elle n'était qu'un petit os de la jambe droite (a)*
Sur la porte du passage qui , de l'ancien
cdmetière de Saint*^âéverin , mené à la rue
-de la Parcheqcdnerie , on lisait , il y a peu
d'années, cette moralité remarquable par
ses jeux de niots :
Passant, penses-tu passer par ce passage,
Où, pensant, f ai passé?
Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage; Car, en n*y pensant pas, tu te yeiTas passé.
(i) Antiquitéi de Paru, par Sauvai, tom. H, p. 633. (%) Hiêfirêdê la vUh étdudwoési de Paris, ton. I, pag. 170.
sous LA PREMIEIIE RAGE. 2^9
. Le baldaquin qui décore le principal autel est supporté par Ixuit colonnes de marbre, orné de bronze doré. Cette décoration futexécutée par TuLy^ sur les dessins de le Brun. Plusieurs morts célèbres reposaient dans cette église : les plus distingués sont Etienne . Postuler ^ Scéuok et Louis de Samte-Marthe, frères jumeaux, premiers rédacteurs du Galliachristiana, Louis-Llies O^ipin^ etc.
L'église de Saint-Séverin fut, en 1812 , érigée en seconde succursale de la paroisse de Saiût-Sulpice.
Saiwt-Etiekiîe-des-Grés, église détruite , dont remplacement était dans la rue de 9e nom , n^ 1 1. Il existe beaucoup d'obscixrité sur sou origine et sur celle de son nom. On a suppléé ||u silence des monumens historiques par des conjectures que je ne rapporterai pas. Le monument le plus certain qui atteste Texistence de cette église est l'acte de donation , plusieurs fois meur tioi^né , par lequel Henri I^^ donne , en io3o ou io3i, à l'évèque de Paris, plttsieurs églises abandonnées après la mort d'un nommé Girauldy qtii jouissait de leurs
3oO HISTOIRE DÉ PÀRtS
biens; acte dans lequel lYglise de Sa^nt- Etienne est comprise avec les autres.
Cependant il existe un testament de Van 70O5 par lequel une datne nommée Ermùie-^ thrudcy faisant dés legs à plusieurs églises de Paris , donne à celle de Saint-Etienne un. anneau d'or émaillé , valant quatre sous \ baselicœ domiii Stefani anolo aureo nigeU lato, vaknte soi, quatuor^ dari volo. L'abbé Lebeuf pense que ce legs regarde Téglise de Saint*Etientie-des-Grés.; et M. Jaillot eé% porté à croire que l'église désignée dans ce testament est celle de Saint-É tienne qui fiiisait partie de l'église cathédrale. Ces deux opinions peuvent être soutenues , mais je donne la préférence à celle de l'abbé Lebeuf, parce que dans le même testament Téglise de Saint-Etienne et la cathédrale sont toutes deux mentionnées avec des différences notables 5 c'est ce qui me déterimne à placçr celle de Saint-Étienne-des- Grés au rang des établissemens religieux de la première race (1). De plus l'annaliste de
(1) Dan(^ ce testament on parle de Péglise de Saint- Etienne, puis d'une aulre égalise, honorablement désignée
sous LA PfLEMlkHE RACE. 3oi
Saînt-Bertîn parle d'une église de Saint- Etienne , qui se racheta du pillage des Normands. Cette église ne pouvait être <pie celle-ci.
On ignore Torigiue de ce surnom des.
grés y exprimé en latin de charte, par ces mots de gressiSy de gressibus , de gradibus. Il parait que des degrés qui de la rue Saint- Jacques conduisaient à cette église , lui ont fait appliquer ce surnom.
Cette église y au onzième siècle , devint collégiale. Au treizième , elle était encore entourée de vignes , et tout auprès de son bâtiment se trouvait le pressoir du roij où Ton portait les vendanges Recueillies dans le Closle-Roi et le Ctos-Mureaux , situés au faubourg Saint- Jacques.
Cette église , peu étendue , n^ofTrait rien de remarquable \ elle fut démolie au commencement de la révoliition. Une maison particulière, n* ii^ fut élevée sur une partie de son emplacement.
Saint -Benoit, église située rue Saint- ^
coipme église cathédrale ^««(cro-faractœ ecclesùe civiuuis Paritiorum, {Diplomata Charta, tom. I, pag. 36a.) ,
302 HISTOItlE DE PARIS
Jacqnes, n« g6. J'ai conjecturé que, sous la domination romaine , il existait en ce lieu , encore entouré de vignes au treizième siècle 9 un autel consacré à Bacchus ; cette conjecture est appuyée sur Porîgine incertaine de cette église , sur les fables qu'on a imaginées pour cacher cette incertitude, et sur le nom de Bacchus^ que donne à l'objet vénéré en ce lieu le plus ancien et le {dus certain monument }iistorique qui en fasse mention. Ce monument est l'acte , déjà cité, de \^ donation faite en to3o ou io3i, par Henri \^^ , en faveur de Pévèque de Paris , de plusieurs églises abandonnées. L'énum^ation de ces -églises se termine par ces mots : Nècnon et sancH Bacthîi (i).
Cette opinion est aussi appuyée sur ce que saint' Baccbus n'a poî^t de légende particulière, et sur ce que sa fête était célébrée dans le même mois et au même jour que les vignerons des environs de Paris célébraient, il n'y a pas un siècle, la fête du dieu Bacchus.
'{t) Becueil' dei Mïitorièns de France, tom. XI, pag. 578.
sous LA PREMiJERfi RACE. aoS*
Dans Téglise de Saint*>Benoit, qui a suc^ cédé à celle de Saint^Bacchus , on a , jusqu'à ces derniers temps, rendu un culte à ce dernier saint, nommé en franç^ûs Saint Bacch^ 89ns Tassocier à 5€iint Sérgius^ comme Font fait plusieurs agiographes, parce que la fête de l'un et de l'autre saints tombait le même jour (i). Le nom de saini Baccbus , son défaut de légende, le lieu de son culte , situé au milieu d'un vignoble ,
(i) Grégoire de Tours , en divers endroîU de se$ oivvrages , parle de saint Sergius , de ses reliques ( /T»toria, lib. 7, cap. 26; lib. 10, cap. 3i,.no 19; Gloria Mûrtyrurriy lib. i, cap. 97), et ne Paccorde jamais à s(^int Bacçhm; et, dans l'acte que je viens de citer, le noip de saint Bacchus n'est point uni à celui de saint , Sergius : cette adjonction a dû s'opérer un peu tard, et roici comment : la fête de saint Sergius était célébrée le 7 octobre , la fête du dieu ou de saint Bacchus Vétûi le même, jour ^ comme. on n'avait autune légende sur Bacchus, on associa Bacchus et Sergius ^ fêtés en même temps , ils furent mis en communauté' d^événemens et de martyre. Les légendaires n'étaient jamais embarrassés. Q^aiijd on manqusât de légendes, disent les bénédictins, auteurs de V Histoire littéraire de Franc<i (tom. 4 9 pa|^ !>7A) , « OQ en (^c^po^aijt^e son cl^^f.... qi^elqttefpis M pi^ jiuisî^if,<jlflpf l^^.i^çf^ d'autf-e^s^i^ et,QA,l9^ i;Qg-;. >i fondait ainsi les uns avec les autres. >^
3o4 HISTOIRE DE JPlRIS ^
la coïncidence du jour de sa fête avec le jour où Ton célébrait celle du dieu du vin dans les environs de Paris , rendent ma conjecture très-vraisemblable (i).
Examinons ce' qu'on a imaginé pour donner un caractère d'authenticité à Forigine de cet établissement chrétien , et pourquoi , portant d'abord le nom de Saint-Bacclius , il a reçu ensuite celui de Sauil-Benoil.
Sur un vitrage d'une chapelle de cette église , on lisait ces mots : Jn hoc sacello , sanctus Dionysius cœpit inuocare nomen sanctœ Trinitatis, « Dans cette chapelle, » 3aint Denis commença à invoquer le nom » de la sainte Trinité. » L'écriture de cette inscription est du quatorzième siècle. Adrien de Valois en traite le contenu de fable 5 et l'abbé Lebeuf , chereliant la cause du changement de nohi de cette église, s'appuie sur celle inscription. Il dît que la Trinité était qualifiée de benedicta , benoîte , et que de bénotie on a fait saint Benoit. Lancé
(i) Voyez ci<*de8Stts, article ^utet àBacchus, p. ig6, article Établissement du Christianisme à Paris, p. a66, et la note.
$0V& LA PRCMIEHS ^RACE. 3o5
daDS le champ des conjectures, il s^y égare. Voici la cause de ce changement de nom.
Près de cette ëglise , il existait une aumàneriede Saint-Benoît^ Eleemosyna Sancti Bénédictin mentionnée dans un acte de Fan n38, par lequel Louis Vil donne une obole de cens à cette aumônerîe, située dans e faubourg de Paris, à coté du lieu appelé les Thermes (i). Cette espèce d*ho8pice était placée près et hors delà seconde enceinte, comme l'hospice de Sainte-Julien Tétait , quelques siècles avant , au dehors de la Cité et près la porte du Pelit-Pont.
Il parait que Téglise de Saint -Bacchus fut réunie à cette aumônerie de Saint-Benoit, laquelle était fort pauvre , si Ton en juge par des vers qu'un chanoine de la cathedra e , appelé Léontius , adressa en 1 155 au ptpe Adrien IV ; et sa pauvreté dut déterminer cette réunion. Alors le nom de SaintrBenoit^ fort accrédité, prévalut sur le nom de Bacchus^ un peu suspect. Ce dernier resta toujours un des patrons de
(i)' HiMîûirt de Pari$, par Felibien, tora. fil, "p. 91.
3o6 . HISTOIRE .DÇ 9ARIS
PégUse^ mais il fut subordonné au patron nouveau.
L'aumônerie fut , dans la suite , yers Tan i2o3 , donnée aux pères de la Trinité de la Rédemption des capti& , depuis dits Màthurins* Quelques années après , ces pères, secourus par les libéralités de saint Louis , achetèrent tin terrain dans le voisinage, et firent construire une mai«son conventuelle et une église sur une partie de remplacement du Palais des Thermes. Alors Téglise de Saint-Benoit fui en»tièrement séparée de Taumônerie^ mai^ elle en conserva toujours le nom»
Cette église ^ avant même l'an i i8i , était desservie par mi chapelain et quelques autres prêtres , qualifiés de chanoines. La preuve en résulte d'une lettre qu'Etie|ine^ abbé de .Sainte-Geneyièv€r, écrivit ai^^^a^ Luce III ^ où il parle (^s querelles d^in^é*rét qui existaient alors entre le chapdw^ et ces prêtres.
On ne sait pourquoi cette église^ avait son chevet tourné du côté de Toccident , situations contraire au rit obaervé gésiérale-
sous LÀ PRt;MrièRC hàce. 3^^
ment pcir les pafïéns et les chrétiens , qui obligeait le prêtre célébrant de tourner là fftee du oàté du soleil levant. Cette contra* ▼ention à Fusage général valut à Téglise de Saint-Benoit les surnoms de Malè versus , de Sétoumé^ ou mal tournée» Dans }a pièce des Moustiers de Paris , on Kl :
Saint Bénëois li bestornez Aidies à toz mal atornez.
Au quatorzième sièôïé, on fit*disparaîtfe cette ïiitOït^ëTiMacé , en transportant dtt côté de l'orient Fautel placé à Poccidettt dé Téglise. Alor» elle reçut le surnom de Bien taurhée ; ecùlesîà Sancti Benedicti béhè
Le 1 1 jttillet 1^364 9 jour de la translation def Siiînl^-Benoît , ïes chanoines de NoU^êî-' DàMe vinrent en procession et cette église. Instruits de leur approche , les prêtres de S^t^Benolt leé fif^nt avertir de né point attentéy à leurs immunités, privilèges et ffKticIiidés. LéJs chanoines de la cathédrale coàt&Mèrént leur enti^eprise , entrèrent
3o8 BISTOiaE SE PÀ1U8
dans Téglise , dirent la messe à Tautel de Saint-Nicolas, pois pénétrèrent dan» le chœur et y firent lire des titres qui tendaient à prouver les droits du chapitre de la cathédrale. Les chanoines de Saint -Benoit demandèrent acte de cette yiolence k un notaire , chanoine de leur chapitre , appelé M. Jean Leclerc, Ce Notaire accourt aussitôt vêtu de son surplis , de sa chape de soie et de son aumusse. Sa présence excite tant de vacarme, qu^ ne lui est pas possible ^ de se faire entendre. Les chanoines de Notre* Dame se jettent sur lui , et Taccablent de coups ] les chanoines de Saint-Benoit veulent le défendre \ çiais , moins nombreux , ils sont vaincus. Le malheureux chanoine notaire , battu, foulé aux piieds , est conduit dans les prisons du chapitre de Notre-Dame. Cette querelle donna naissance à un procès entre les deux chapitre^, procès, qui dura trente-un ans. Enfin un arrêt du parlement, du 19 février iSpS , condamna le chapitre de Notre-Dame à des réparations ; à .une amende ^ et^ maintint les pri villes et
sous LÀ PftEMIEftE BÂÇE. Zog
immùnitës de celui de Saint-Benoit (i).
Sous François I®', en iSi^ , on entre* prit de rebâtir cette église ; la nef et les bas^ côtés furent achevés. Au dix-septième siècle y on reconstruisit le sanctuaire %ur les dessins de Claude PerrcuiU. Son.arçhitec^ ture , composée d'arcades ornées de pilas* très corinthiens, n*ett point en harmonie avec les formes sarrasines et les voûtes ei| ogive de la nef.*
Cette église contenait les cendres ou les monumens sépulcrau:]^ de plusieurs personnes -dignes de mémoire : Jean Dorât » poëte , surnommé autrefois le Pindare français ,* René Chopin , Jean Domat 9 .^exoi célèbres jurisconsultes \ Claude Per^ rault y savant architei^ ] Michel Baron , comédien; Tabbé René PuceUe ^ célèbre par son attachement au parti anti-jésuitique , mort en 1745.
Jean Boucher ^ docteur de Sorbonne, fut en i586 nommé curé de cette paroisse ; prédicateur des plus séditieux de la Ligue ,
(i) Vixibtueily Jntiguités de Paris, pag. 360; Millio, Antiquités nationales, tom. III, Saint-Benoît, pag.'g.
3ib msToiEB im pieis^ -
souvent , au son du tocsin , il ametttaàt ses paroissiens contix) Henri III^ Il fut l'a^logiste de Tassassin de te roi ^ ce qui fit croire qu^il était son complice. U écrivit des Hbelkf furieux contre Henri IV. Ce roi , dès qu'il fut maître de Paris, chassa' (kf cette vilie ce curé séditieux qui se retira h Tonrnai , où , etfi 16649 iltermitva sa vie'turlHi<* lente.
Un de ses successeurs à la curé dé Saint'^ Benoit , Claude Gruet , fut un pasteur vertueux et bienfaisani : il institua d^ns stt parois^ de petites écoles de cliarité, et mourut en 1702.
Le cbapkre de Saint* Benoit avait, stm^ rétendue de sa paroisse , une jporviiction , des officiers et des prisons.
En 181 3 9 cette église fut fermée, et de* puiâ elle s^rt de dépôt aux farin^â/
Notre-Dàmb-dks-Châmps , nommée dana la suite église des Carmélites , située rue d^Enfer , n* 67 , entre cette rue et celle du fauboutrg Saint-** Jacques. Elle existait en qualité d'oratoire , au milieu du vaste champ de sépultures dont il a été parlé au ckapitre
sous hk PREMHïAS RACE. 3ll
prëcëdent* L'abbé Lebeuf :peme que cet oratoire était dédié à saint Michel , parce qu^on y déterra une statue de ce saint qui , en i6o5 , fut placée sur le pignon de cette égU^. On dit , on écrivit que cette statue était celle d'une Cér^s, d'une Isis, d'un Mercure ; enfin il fut constaté qu'elle était la figui:e de saint Michel tenant eu main une balance dont les bassins çoutenaient de$ tètes d'enfans , symboles des âmes. J*ai vu» d^ns divers cimetières 9 et m^me sur les duues^ deê églises^, des figures de saint Mi* chel avec de pareils attributs.
Les chrétiens attribuèrent à Tarchange saùit Micjbtel une des fonctions que le (Ueu Mercure remplissait chez les païens : Tuu et l'autre conduisaient les âmes dans I9 se- ÎM^r des morts.
L'église de Notre - Dame , menticmnée dans Iq, testament de l'an 700 dUErmine^ ihrude^ n'est point, comme l'a pensé l'abbé Lebeiif 9 celle de Notre^DamcKles^hampS' \ mais elle est plus ^raisemblablemeut 1 comme l'a écrit Jaillot, la cathédrale de Notre-Dame. Je reviendrai sur cet oratoire y
3li HISTOIRE XKR PARIS
sltlx époques des t^hangemens quHl a éprouvés.
Sâiht-Margel , ou Siwtt-Marceau ^ église sifUée dans le quartier de ce nom , au bout de la rue des Francs-Bourgeoîs , place de la Collégiale , n** 3. J'ai parlé de saint MàrceÙus ou Marcel^ évêque de Paris (i) \ il fut enterré vers fan 4^6, dans remplacement de cette église , sur une éminence «nommée Mons Cetardus. Son tombeau , vénéré, illustré par des miracles, donna naissance à cette église , et à un bourg qui dans la suite se forma à Tentour.
Ce bourg d'abord perdit en se^ormant le nom de Mons Cetardus^ nom que la rue qui y conduit de Paris conserva seule ^ de Moins Cetardus , ou Mont Céiard^ estprov^u le nom de Mouffetard. Ce bourg fot ensuite nommé Chambois , eut sa juridiction particulière , et fut même entouré de fossés •, enfin il se trouya , par l'effet de raccroissement de Paris , englobé dans un faubourg de cette ville, faubourg appelé
(i) /^o/ez ci-devant, section ir«, arfide J^aMissement ikê Chnstùmisme â Farts, pag. 370.
sous LÀ. PREMIERE R«àGEi 3l3
. Saint-Marcel. Voilà* ce que j'ai pu recueillir sur Torique de Téglise et du bourgs *
Quant à Thistoire du saint patron et à celle de la fondation de son église , âes.prer mières époques sont tellement couvertes de tqikèbres ou défigurées par des fables dJgnes des temps appelés héroïques^ quWa bien de la peiné à réunir quelques faibles traits de: vérité.
Saint Marcel délivra les Parisiens , dit Grégoire de Tours, d'un énorme dragon qui désolait leur territoire (i). Cette allé- ^rie a été spuyent employée dans les légendes pour désigner U victoire remportée «ur-Tidolàtrie par im apôtre »élé du chrifl^ tianisme. Plusieurs villes de France qC^servent la mémoire d'un prétendu s où dragon > vaincu par le céleste co d'un saint ou d'une sainte. .
La fondation, de l'église ne put échapperi au merveilleux \ elle fut attrH)uée à ce guerrier si fameux, pari^ les/ton^^nciers > à. ce paladin Roland j^ neveiv supposé de Char-
iengin ott^pf
{i) Gloria Confes$ovum, cap. 89.
3l4 HISTOIRE DE PÀKIS
lemagne. Les écrivains du christianisme, croyaient , à une époque de la barbarie , être obligés d'illustrer la mémoire de leurs saints par de brillans mensonges.
Sous la première race des rois francs , Tédifice de Saint-Mfircel ne consistait qu^en un mémorial ou petit oratoire élevé sur le tombeau du saint. Grégoire de Tours en parle comme d'un tombeau renommé par les miracles qui s'y opéraient. H raconte que Ragnemode, évèque de Paris , attaqué de la fièvre quarte, passa près de ce tombeau une journée entière en prières sans boire ni mangçr -, qu'il s'y endormit le soir , et se réveilla le lendemain radicalement goeri(i). '■
éÊfjf^ qui est plus certain , c'est qu'en l'an Sm l'église de Saint<rMarcel était desservie par un clergé , et qu'en l'an 847 ce clergé possédait une terre près d'Essone.
(i) Gregor.' Turon. Gloria Confèss. cap. 819. Cet évéque miraculé- est celui qui fut le courtban et peut-être le complice d'une partie des cwiDes de Chilpéric et de Frédégonde. Le titre de sitcerdos, que lui donne "Grégpoire de Tours,* signifie toujoiijrs, cheicet écriyain, um ffcyêque.
sous LA PREMlikRE RAGE. 3l5
Celte église eut sans doute beaucpup à souffrir des ravages des Normands. Les prêtres de Saint-Marcel , pour sauver des mains de ces brigands le corps de leur patron , le transférèrent dans Téglise de Notxe-Dame de la Cité , place qui se trouvait alors en état de défense. Lorsque le danger fut passé , ces prêtres réclamèrent cette relique précieuse \ l'évèque et le chapitre de la cathédrale refusèrent, et ont constamment refusé de. la restituer (i).
L^église de Saint-Marcel, ruinée par les Normands ou par le temps , fut reconstruite vers le milieu du onzième siècle. Le caractère des parties les plus anciennes de cet édifice 9 celui des chapiteaux des colonnes de Téglise souterraine ou de la crypte située sous le chœur , convenait parfaitement à cette époque. Ces. chapiteaux ont été transférés au Musée des antiquités nationales.
(i) Dissertation sur le temps auquel le corps de saint Marcel, évéque de Paris, a été transféra', de Féglise de son nom, dans celle de Notre-Dame ; par l'abbé Lebeuf , Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique et civile de Fùrisy tom. I, pa^. io3.
Îl6 HISTOIRE DE PARIS.
Au milieu du choeur de cette église se voyait le tombeau de Pierre Lombard^ fameux théologien en son temps , sum<»iimé le maître des sentences. Il mourut en < 164. Le corps de saint Marcel, n'étant plus^dans son église, ne pouvait y opérer des miracles-, la pierre de son tt^mbeau y sùpfJéa. Suivant un ancien usage , dont parle Grégoire de Tours, on raclait cette pierre-^ et sa poussière , infusée dans un verre d^eau , dévotement avalée , passait pour un puissant spécifique contre plusieurs maladies. On cite l'exemple d'un curé de Beauvaîs qui , se croyant empoisonné , trouva dans la raclure de la pierre de ce tombeau un antidote au prétendu poison.
En 1806, celte église fut démolie, et on recueillit , outre les chapiteaux dont je viens de parler , un bloc de pierre de Saint-Leu, de 4 pieds de long» Il était , avant la démo^ lition, placé à un des angles du clocher. Une de ses faces présente, en demi^-relief grossièjc'ement sculpté , un taureau couché. Cette figurç a été diversement expliquée.(i).
(i) Voy€% 1^1. a , fig. n« 8.
SetJS LA PREMIEEE RAGE. if)
SttiTant la tradition populaire, cette pierre fut placée en ce lieu comme un monument de la Yertu miraculeuse de saint Marcel. Un bœuf échappé 9 dit-on', des boucheries parcourait les rues de Paris, et y répandait Teffroi et la mort. Les Parisiens vinrent alors implorer TaiSsistance de saint MarceU Aussitôt accourut le saint, lequel, fortifié par ' ses habits pontificaux dcmt il s'était muni pour cette ^pédition, se présenta courageusement devant. Fanimal furibond qui , à son approche , devint calino , docile , et même respectueux , car il se prosterna aux pieds du saint évéque« Celui-ci , profitant de son humble posture , lui passa subtilement son étole autour du cou, le condidsit en triomphe dans les carrefours de la ville , et de-là sans doute à la boucherie.
L'abbé Lebeuf s'est plus approché de la vérité , en considérant ce taureau conune un objet sacré du paganisme. M. Lenoir , dans une dissertation qu'il a publiée à ce sujet , y voit le taureau céleste ou l'image du printemps , et Iç signe du zodiaque gui représente cet animaL
3l8 HISTOIRE DE PARIS
Je me permettrai de fournir aussi ma conjecture.
Jamais , dans le zodiaque , le taureau n'est représenté ' couché. Toujours , dans les monumens mithriaques , ce quadrupède est étendu à terre comme il l'est dans le bas-relief de Saint-MarcéL Je présume donc que ce bas-relief était la partie inférieure d'un de ces monumens du dieu-soleil Mitbra , monument dont ]p)usieui*s existent en France. On en voit deux dans les salles des antiques du Louvre (i). Un pareil monument de Mithra a été découvert dans Templacement de Notre-Dame-des-Champs(a).
D'après Je principe établi plus haut , xfXe toujours dans le même lieu un culte succédait à un autre, que sur la souche d'une ancienne religion était entée une religion nouvelle (3), et d'après la découverte de ce.
(i) Nous en avons déjà parlé dans ce Tolume : la planche y reproduit exactement celui qui nous a paru le plus intéressant et le mieux conservé.
(2) Ployez période 3 , sect. 4> Champ des Sépultures ^ pag. 190, 191.
(3) V^oyez ci-<dessus , pag. 87 ,88.
SOtTS LÀ PEEMIÈRE RACE. 3l9
monument, étranger au culte chrétien, on pourrait en induire que là , sur «le lieu appelé- Mons .Cetardus , était un sanc<tuaire du paganisme, peut-ètre.un sanctuaire de Mithra , auquel a succédé Téglise . de Saint-Marcel.
Cette pierrç , transférée au Muséum des monumens français , Fa depuis été dans les salles des antiques au Louvre.
L'église de Saîut-Marcel , comme toutes les anciennes collégiales , avait im cloitre. Ce fut , . suivant Tabbé Lebeuf , dans ce cloitre que des chirurgiens et plusieurs ecclésiastiques se réunirent pour vérifier uh grand nombre de reliques ou ossemens de saints inconnus envoyés de. Rome à Paris^ Ces reliques furent toutes déclarées faus«^ ses (O.
§ III. Établissemens relig;ieaz dans la Cité.
Eglise cathédrale. On a cru que la basilique de Sainte- Croix et de Saint- pincent ,
(i) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, tom. I, pag. aoo.
3^0 HISTOXBE HE PAKIS
aujourd'hui Saint-Germmn^es-Prés , aY^it , sous la première raee , été cathédrale de Paris , parce que le poète Fortunat la qualifie d'égUse^ titre qu^alors ou donnait gé^ uéralement aux basiliques épiscopales v mais un poëte peut se tromper sur. les qualifica-^ •tions. Grégoire de Tours indique plusieurs fois une égli«e principale dans la Cité., et le testament d'Erminethi'ude , d^environ Fan 700 , y désigne 4'une. manière incontestable une église principale par ces mots : ^acrûsaneta ecclesia cwifatis Parisiorum.
La première cathédrale porta le nom de SainUÉtienne ^ elle fut établie à peu- près à la place où, bous le règne de Tibère, oto «avait élevé un autel à Jupiter. A cc^fte basilique , qui devint sans doute insuffisante , on en joignit une seconde nommée , dans fe testament d'Erinineth'rude , basilique de dame'9farie; basèJicœ dotnnœ Mariœ, Cette dernière reçoit pour legs un vase^en argent en forme de conque, appelé gayata^ vase qui vaut douze sous , et une croix d'or valant sept sous. LMglî^ de la xi té des Parisiens,'que ja testatrice qualifie desacro^
dOUS Lk BR^MIÈRS RÀGC. . 3^1
sanela , et à laquelle elle donne nn plat d'argent (missorio argenteo) valant cinquante sôtts (i), n'est autre chose que la réunion des prêtres , ou le clergé de la cathédrale (a).
Dans un diplôme de Charles-le-Chauve, de l'an 86 1, cette caljiédrale est qualifiée de Saint-Élienneel de Sainte^- Marie ^ mère de Dieu (3). Quoique ce diplôme soit entaché de fausseti^s, comme beaucoup d'autres^ ces faussetés ne devaient consister qu'en des choses d'intérêt, et non dans les appel'» lations locales •,* d'ailleurs, plusieurs autres monumens historiques viennent à l'ap-* puî de cette vérité. Le concile de Parîs^ de Tan 829, où assistèrent vingt-cinq évèques , se tint dans l'église de Saint-Etienne , alors cathédrale.
(1) C'étaient des sous tournois ou des sous d'or saliqttes; Vingt sous saliques d'or égalaient douze livres tournois ou quatre marcs d'argent
(a) Dfplomata, Chartœ, editoribus de Brequigny et Laporte Dutheil , pag. 363.
(3) Becueil des Historiens de France , tom. VIII, pag. 568.
On ne connaît ni les dimensions,. qi la matière des deux édifices qui composaient. la cathédrale de Paris. ^ on ignore même les époques de la fondation de Tun et de Tautre : ils restèrent, à ce qu'il paraît, dans le même état, jusquà Tan ii63, époque où.
Maurice de Sully, évèque, entreprit la construction de l'édifice qu on voit aujour— çl'hui, et dont il sera parlé an son lieu(i).
Saint-Denis - de - la - Cbartrb^ basilique située dans la Cité , à l'extrémité méridio— nale du pont Notre-Dame et au coin septentrional de la rue du Haut -Moulin. C'est encore ici un établissement religieux dont l'origine est inconnue , mais qui semble remonter au temps de la première race. Il parait que cette église de Saint-Denis était celle qui , en l'an 856 , se racheta du pillage des Normands. Si elle était assez considérable pour leur payer une forte rançon , il est présumable qu'elle existait bien antérieurement à l'époque de leurs incursions dans la Gaule. Suivant les traditions des
(i) f^q^-ez ci-après, Notre-Dame, cathédrale de Paris,
\ sous Li PREMIERE RACE. 323
légendaires , en ce lieu saint Denis fut emprisonné avec ses compagnons ; ils y endiïrèrent divers supplices dont , avant* la démolition decette église, on montrait encore , comme* des témoignages incontestables, quelques instrumens dont je parlerai dans la suite de cet article.
Le monument, le plus ancien qui constate Fexistence de cette église est du onzième siècle. Alors elle était desservie par des chanoines. Deux chartes du roi Robert^ données en 10149 confirment les donations qu'un chevalier, nommé Ansoïd^ et sa femme Reitrade^ avaient faites à cette église* Elle se trouve désignée , dans YpXke et Fautre , par ces mots : Canonieis Sancti DÎQnysii de Pansiaco à carcere, les chanoines de Saint-Denis-de-la-Prison de Paris, ou de la Chartre (i). Ce surnom lui vient d'une prison ou chartre située dans le voisinage.
. Les biens de celte église devinrent , peu de temps après, la proie des seigneurs laï-
(1) Recueil des Historiens de France, tom. X, pag. 595 , 596.
3a4 msTOiEE i»b pk^is
ques. Henri j fils de Lou^'Ie-Gros y les possédait , et prenait, le titre à' abbé de Saint-Denù^de-la-Çhartre. Le roi- son père,- par un échange qu'il fit , en 1 1 33 ^ avec les religieux de Saint-Martin-des- Champs , donna cette église à Etienne , évè-* que de Senlis , qui aussitôt en fit ceésion à ses religieux : elle reçut dès-lors le titre de prieuré , et dépendit de Saint-Martin.
Cette église éprouva depuis plusieurs changeméns peu intéressant. Son prieuré fut, en 1704, uni à la communauté des prêtres pauvres et infirmes, établie par saint Francois-de-Sales^
L'édifice de Saint-Denis-de-la-Charlre fut rebâti aux quatorzième et quinzième siècles : le portail était certainement de cette dernière époque. Le bas-relief placé au-dessus ue^ la porte représentait des figures chargées de ventres très-proénâ*nens ^ c'était la mode , sous le règne de Louis XI 5 de porter des ventres postiches. Le sol de cette église était beaucoup plus bas que celui de la rue. On y entrait après avoir descendu plusieurs marchés. On
SOIJS LÀ PREMIÈRE RACE* 3a5
y fit diverses réparations ^ et son principal aotel fut reconstruit à neuf, en i665, par les libéralités de la reine Anne d'Antriehe.
Comme toutes les anciennes églises, celle*c4 ayaii une crypte ou église souterraine ^ c^était dans cette crypte que , suivant une tradition, saint Denis fut emprisonné : on y montrait , comme je Tai dit., 'une grosse pierre carrée , ayant à son milieu .un trou circulaire. On disait que cette pierre était un instrument dé son supplice , et qu'on avait forcé le saint à passer sa tète dans ee trou, et à la porter sur ses épaules. Cette -pierre était évidemment une table d*autel à Fusage du paganisme, et son existence en -ce lieu nous autorise à conjecturer que Téglise de la Chartre fat bâtie sur un endroit consacré à une divinité des anciens Ho-^ mains.
L'église de Saint-Dénis^de-la-Chartre lut démolie en 1810. Sur son emplacement et sur celui de ses dépendances, est aujouiw d*hui Touverture du quai delà Cité, aiasi qu'une-belle maison.partioulîère qui «fait fstce
3a6 HISTOIRE DE PARIS
au quai aux fleurs. Cette démolition a embelli, éclairé ce quartier, autrefois obscur et humide^
Saint-Symphoribn ou Chapelle de Saint- Luc , située dans la Cité , à coté et au sud de Saint-Denis^e-la-Cbartre , rue du Haut- Moulin , n^ II. Jaillot pense que cette église doit son origine à une chapelle de Saime-Catlierine, qui existait sous la premiè^re race.
Cette chapelle abandonnée tombait en ruines; ses biens étaient envahis par des seigneurs laïques, lorsqu'un d'eux, Mathieu de Montmorency^ comte de Beaumont , la céda à Tévéque de Paris en 1 206. Ce comte fit cette cesaion pour se racheter de la pénitence qu'il avait encourue en n'accomplissant point le vœu qu'il avait formé d'aller en pèlerinage k Jérusalem. Èliénor^ comtesse de Yermandois , fit don à cette église de cent marcs d'argent, afin qu'on y priât Dieu pour l'ame dij^gnès de Mérdnie^ seconde épouse de Philippe-Auguste. Garnier de Sainl^Lazare ^ et Agnès sa femme, donnèrent aussi à cette église une mai-
sous LA PREMIERE RACE. 827
son siiuée devant Saint -Julien -le -Pauvre, et quatre arpens de vigtaes. Avec ces secours, Tévèque de Paris fit , en 1207, construire Téglise , et y plaça quatre chapelains pour la desservir. Elle portait , en I2i4î la dénomination de Sabu-Sympho^ rien-de-la-Chartrey à cause <ie la prison voisine. En 161 8 , l'évêque de Paris adjoignit à cette église la petite paroisse de Saint" Leu et Saint-Gilles^ dont le service se faisait à un autel de Téglise de Saint-Denisde-la-Chartre. En 1698, Mf. de Noailles , archevêque de Paris, supprima cette paroisse ainsi que les chapelains devenus chanoines , et unit les biens et les paroissiens à Péglise de la'Madelaîne de la Cité. Enfin, en 1704 , le bâtiment fut cédé à la communauté des peintres, sculpteurs et graveurs, qui le rétablirent, le décorèrent et placèrent sur l'autel un tableau représentant saint Luc, leur patron. Depuis ce changement , ce bâtiment a povté le nom de Chapelle de Saint-^Luc, Devenu, en 1792, propriété nationale , il a été vendu , et sert aujourd'hui de magasin à un potier.
SaS HISTOIRE DE PARIS
Saint-Màrtiàl, abbaye , située dans U Cité et dans remplacement contenu entre le$ rues de la Barillerie , de la Calandre • aux Fèves, et de la Vieille-Draperie. Cette circonscription a porté long-temps le n^m de Ceinture de Saint-ÉloL -Dans cet emplacement , où depuis fut établi le couyenl des Bamabites , était une y^ste maison av^ un oratoire dédié à Saint- MartiaL Cette maison et ses dépendances furent données k Eligius on Éloi^ orfèvre, argentier 4» roi Dagobert , de plus évéque , et depuis saint. Il y fit construire un monastère où il plaça environ trois cents filles, présidées par une abbesse appelée Aurée , connue depuis sous le nom de Sainte idujre. Cet établissement s'efiectaa yers les années 63a ou 633 , el porta le nom de l'ancien ora^WÎ^ •de Saint-Martiah Sous la seconde race 9 époque où presque tous les établissemeo5 religieux de Pari$ changèrent de déaonû^ naûon , il reçut celui de Saint^Éloi , son fondateur.
Un incendie , qui , en io34 , ravagea k Cité de Paris , réduisit en cendres les bâ-
sous LÀ PREMIERE RAGE. 3%g
timons de cette aEbaye : ils furent rétabli» peu de temps après. •
Un autre événement vint changer tolalenlent Fétat de ce mona5tère. Les filles qui rhabitaient ^e relâchèrent de la règle que saint Eloi leur avait . imposée ; leurs mœurs extrêmement débordée^ , et les désordres introduits dans l'administration des biens de cette maison , obligèrent , en 1 107, Galon 9 évéque de Paris , d'en chasser toutes les religieuses, de les répartir dans divers côovens, et de les remplacer par des moines de Saint-Maur^es'Fossés.
Je reviendrai dans la suite stir cet établissement.
Siiiit*Chrïstophe, petite église, était située me de ce nom , et à Tangle que cette rue forme avec la ligne des bàtimens qui sont sur le parvis de Notre-Dame et en £ice de cette église. La charte ou testament def Vandemir, datée de Tan 690, contient une donation en faveur de cet établissement , qui s'y irou^ve qualifié de Monastère defiUes , duquel Landretude était abbesse» On -ne sait rien sur le sort des religieuses de ce
monastère ; mais on sait qu'au neuvième sièdie cet établissement était converti en hôpital depaus^resi ■
Au douzième siècle, cette petite église fut érigée en paroisse, ^tre les années i494 6t i5io, les bàtimens furent rétabKs. Lorsqu'on 1747 on construisit la maison des Enfans -Trouvés , on sacrifia à ce nouvel édifice la petite église de Saint-Ghrislophe, qui fut alors démolie.
Saint-Jean-le-Rond , chapelle située aif nord de l'église cathédrale de ]>fotre-Dame , et presque dans l'alignement de sa façade ; elle avait servi de baptistère à l'église de Notre-Dame. On y. voyait une cuve ou bassin ^' destiné au baptême par immersion. Cet édifice, dont l'origine est peu connue, mais qui semble remoiiter au temps de la première race, fut démoli en 1748, etTen- Yrée de la rue* du Cloilre occupé aujourd'hui: son emplacement.
Il pouvait exister dans la Cité, sous la première race , quelques autres petites égUseis ou chapelles , dont l'origine et l'existence, à cette époque, sont fort incertaines.
sous XiÀ PREMIÈRE RACE. 33 1
^ IV. ÉtabJissemens religieux dans la partie sepfentrio-*
nale de Paris.
Sai»t-Germaiw-l'Auxerrois , église située sur la place de ce nom, entre cette place et la rue de l' Arbre-Sec , la rue des Prêtres et celle de Chilpéric. LHgnorance , où Ton a long-temps été sur Torigine de cette église, a ouvert aux conjectures un vaste champ , où se sont égarés presque tous ceux qui ont écrit sur Paris. Jaillot a le premier fixé solidement .cette origine, et a prouvé d'une manière incontestable que le roi Ghïlpéric , et non ChUdebert , est le fondateur de cette église-, que saint Germain de Paris , et non saint Germain d* Auxerre , en fut le patron.
Chilpéric , qui , dans sa conduite , savait parfaitement allier les crimes les plus atroces avec les acte» de dévotion , pour s'attirer la bienveillance et mériter Tintercession de saint Germain , évèque de Paris^, lui fit construire une basilique , dans laquelle il se proposait de transférer son tombeau. En Tau 606 , cette église était construite -, le
33l HISTOIRE DE PXMB
corps de saint Germain n^y ^tait pas transféré, mais alors on espérait qu'il le serait bientôt. C'est ce que prouve le testament de Bertrand , évèque du Mans , qui donne y en cette année , des biens à t^ette bitsiUqm nouwisUe^ à condition q^e le corps de ^aint Germain y sera placé. Cette église , pendant la première race , ne porta jamais le noïXideSaint*'Germain'ï^uxerroù^ mais celui de Saint-- Germain. Sous la seconde race^ elle fvit ap^lée Sa'mt'Germain'-Ie^Iiond^ parce . que son édifice étaic élevé sur un plan circulaire. Abbon dans son poëme donne deux fois à cette église le noip de S'-Germanumteretem ou rotundum, suivant sa glose. . .
Jje corps de saint Germain n'y fut jamais transféré : ainsi la basilique y dont xious parlons, eut le nom de Saint-Gerniain sans en posséder le corps (t).
(t) Mecherches critiques et historiques sur Paris,, pai'Jaillot, tom. I, pag. 25 et suiy. Voici ce que porte le testament de Tévéque Bertrand : il donne à la basi- Jique de Saint-Vincent , « où impose le petit coips (corr i> pusculum) de saint Germain, la Xtm de Baiwilh-
sous 14 PKËMIÈHE RACE. 333
Au commencement de la troisième race , le roi Robert fit reconstruire cette église , rainée par les Normands , et , pour qu'on ne la confondît pas avec Tabbaye #e Saint-* Vincent et de Sainte-Croix , qui avait pris le nom de Scànt-Germain^ elle fut alor» pour la première fois , diC-on , nommée SainuGefUnaîn-tAuxerrois. Cependant une bulle du pape Alexandre III , de Tan 1 1 65 ,' lui conserve son vieux nom de Saint^-Ger^ mam-le^Rond : monasterium sancli GermaHi f'Otundi(i).
Cette église , dans laquelle fut , en Fan 656 , enterré Landericus onhandri , évèque de Paris , resta long-^temps la seule paroisse d'une grande portion de la partie septentrionale de Paris. Ses prêtres exercèrent sur ce vaste territoire un empire vraiment
» shuée dans le territoire d'Étampes , sur la rivière de V Calla, terre dont Payait gratifié le roi- Glotaire; et i' » la donne à cette condition que le corps de saint Ger- » main serait transféré , sMl était possible , dans la basi- M liqae nouyelK qn'a fait construire le roi Chilpéric » {DiplomcUa, Chartœ, ecUtoribus Bréquigny et Dutheil , pag. io3.) (i) jinnaUs de Paris , pag. loi.
féodal \ ils prétendaient avoir le droit de s'opposer à l'établissement de nouyelles églises que l'accroissement de la population rendait nécessaires ; à plusieurs reprises ils manifestèrent un esprit de domination et une opiniâtreté contraires aux principes de la religion , et s'ijs consentaient à des concessipns I c'est lorsqu'elles semblaient très-profitables à eux et très-onéreuses aux autres. J'en parlerai dans la suite.
Saikt-Gervats , église située entre les rues du Monceau , du Pourtour , des Barres et de Longpont. On ignore son origine, mais on est certain qu'elle existait sous 1'^piscopat de saint Germain. Fortunat, quiU nomme Basilique de Saint- Germais et de Saifit-P rotais , raconte deux-miracles qu'en sa présence opéra saint Germain. Le plus fort de ces miracles consiste dans Fouverture tie la porte de celte église , qui se trouvait fermée lorsqu'il vint la visiter. .
Elle fut érigée , on ne sait à quelle époque , en église paroissiale. En onzième siècle , elle devint la proie des comtes de Meulan. Il est présumable qu'alors elle se
sors LA PREMIÈRE RACE. * 335
trouvait hors de l'enceinte de Paris. Les produits de son autel appartenaient à divers particuliers , puisque Guillaume , archidiacre de Paris , 4Bhia au chapitre de Notre- Dame la troisième partie .des revenus de l'autel de Saint-Gervais 5 tertiam partent altaris Sancti" Gen^asii Parisiensis. Les revenus des autels étaient considérés comme ceux d^un immeuble ; on les vendait, on les partageait, etc. Je reviendrai sur cette église, qui existé encore.
- Sàuït-Paul , église située dans la rue de ce nom , était , sous la première race , utt petit oratoire que fit bâtir saint Eloi,au milieu du cimetière destiné aux religieuses de l'abbaye de Saint-Martial , qu'il avait fondée dans la Cité. Saint Ouen-, auteur de la Vie de saint Eloi , nous apprend que ce petit édifice était recouvert de laniefi de plomb. Cet oratoire suivit le sort de l'établissement dont il dépendait \ il fut y en 1 107 , réuni à l'abbaye de Saînt-Maur-des- Fossés. Je parlerai en son lieu des changemens que le temps lui fil éprouver.
Saimt-Laurent , située rue du faubourg
Saint-Denis : Forigine et même la position de cette église sont peu connues. Elle existait au dixième siècle , si c^est d^elle qu^a parlé Grégoire de Tours'^JlPorsqu^il fait le récit d'un débordement de la Seine et de l^t Marne, arrivé en Tan 583 5 débordement si considérable, que Teau couvrait tout Tespace qui s'étend depuis la Cité jusqu'à la basilique de Saint-Laurent , et qu'entre ces deux points il arriva , dit-il , plusieurs naufrages (i). Il en parle aussi à propos de Domnolè^ abbé de cette basilique,. et depuis évéque du Mans (2).
On convient assez généralement que l'église de Saint-Laurent était située dans le faubourg Saint-Denis , et qu'elle occupait,
. dans les premiers temps , l'emplacement actuel de Saint-rLazare : on convient aussi que le cimetière de* cette église était placé de l'autre côté de la route , et que , dans la
^ suite , on éleva sur son emplacement une autre église de Saint^Laurent ^ cpi a subsisté jusqu'à nos jours. Cette opinion est
(i) Gregor, Tur. Hist. lib. 6 , cap. a5. (a) Idem , iib. 6 , cap. 9.
S0U3 lA PREMIÈRE RAGE, 33^
appuyée notajament sur la découverle. qui fut faîte ters la fin du dix-septième siècle, dans remplacement actuel de Saint-Laurent , de'plusîeurs tombeaux en pierre et en plâtre , contenant des cadavres vêtu? d^habits noirs , semblables h. ceux des moines : tombeaux qui furent alors jugés avoir neuf cents ans d'antiquité (i^
U parait que Féglise et le monastère de Saint-Laurent furent dévastés par les Normands. U n'en est plus fait mention jusqu'au douzième siècle , époque où dans des lettres de Thibaud^ évêque de.Paris, on voit cette église soumise à celle de Saint-Martin-des- Champs« U est présumable qu'après sa rtdne totale elle ne fut pas rétablie au même endroit, mais qu'on la réédifia,- comme je l'ai dit, sur remplacement.de son cimetière , à la place d'un oratoire qui , suivant l'usage , devait s'y trouver. Cette église fut entièrement reconstruite au quinzième siècle, dédiée en 14^99 augmentée en i548, en grande partie reconstruite en iSgS, et con-
(i) Recueil des Historiens de France, tom. X, pag. 271, note (gr).
338 HISTOIR£ DE PJlHIS
sidérablement réparée et enrichie d'un por** tail en 1621a.
Le dessin de Taatel principal a été fourni par Lepautre^ on remarque la chapelle des fonts baptismaux. Cette égUse est maintenant PÀUOXSSE DU cmQUIÈMB ARB-OliDISSE- ME3f<r.
Saint- Martin ^des-Chihk, église et monastère situés rue SaintoMartin , entre les n®* 208 et 210.
Saint Martin fut d'abord le patron des Français , et devint , après sa mort , le saint le plus révéré et le plus redouté de son temps. Sa chape était portée aux armées comme le palladium de la France^ Téten* dard de la victoire. L'abbaye de Saint- Denis, devenue pinssante, jalouse de l'in-f mense crédit de saint Martin, parvint bientôt à le diminuer^ et la -chape de. ce saint fut supplantée par l'oriflamme de saint Denis.
Saint Martin, pendant quç sa puissance était encore prépondérante, dut avoir un . ^culte à Paris. Sans parler, d'une petite chapelle construite en branches d'arbres dans
SOVS I.i PI^EMIÈRE &ÀGE. 3%
la Cité , et do»t parle Grégoire de Tours , U ebt certain qu'il existait au nord de Park , soii^ le noi» 4^ qç saint y un établissenj^ent flu$ durable.
Dagobert /, dap^ un diplôme de Tan j$99, accorde une foire à Fâbbaye de Sain^ Deniâ , et en fixe le cbamp sur le chemin .qui opuduit d6 la Cité dans un Uieu nommé Â? Poni ou fo Pm-'Sumt^Martm* Dans iwi p/^iV de Childcbtrt III , de Tan 7 f o , ^n Ik que ce cbamp de foir^ est situé euire l?fs |»asiliques de Saint ^Martin et d€ Sainte Laurent : Inter Smcti Martini et Saneii JjOHreniii basisUçe (1)*
De ^s «oitiçns il résulte qu'entre h cba^p ijk faire qui devs^ît être ^itué prè« de Tare dp (ripmphe de âaiut->Deui^ et la cité de Paris , il^ se triMiiyaii , sur h^ route de cette viUe, un établissement religieux, portant le nmfk de iSain^Martm , et qualifié de B^ êiUque. Cet établisseo^^ot existait avant les iQCuriiQus des Sfonxu^uds, puisqn^ils le détruislreut lîommfB le porte un diplôme 4^
. (i) Diplomata, Chartœ, etc*, efUtortbus de Breqwgoy ^ DoUmpI , poy. i9 1 9 389.
34o HISTOIRE DE PARIS
1060, par lequel Henri I** atteste sa mine, et déclare son intention de le réédifier. Je citerai en son lieu les expressions de ce diplôme , en continuant la description de cette église , dont il me suiBt , quant à présent, d'avoir constaté Texistence et remplacement.
Saint-Pierre , chapelle située rue Saint- Martin , entre les n* 2 et 4* H paraît certain qu'au sixième siècle il existait vers ce lieu une petite cellule ou chapelle. Le défaut de monumens historiques a ici , comme ailleurs , laissé place à des conjectures , que je ûe reproduirai pas. Medericus ou Merri^ et son compagnon Frodulfu$ ou Frou , vinrent , à une époque qu'on ne peut préciser, occuper une cellule qu'ils construisirent en ce lieu -, ils élevèrent auprès un petit oratoire dédié à saint Pierre. Saint Medericus mourut en l'an 700, et son tombeau fut vénéré comme celui d'un saint. La chapelle reçut , sous la seconde race , le nom du saint dont elle recelait les cendres. Dès l'an 820 un diplôme de Louis-le-Débonnaire }ui donne le nom de Saint-^Médéric , dopt