‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. Dulaure (volume 2)Chapitre 16 sur 21 · SOI7S LA. P^EMIEAE RACE. 34 Z · texte numérisé non relu

SOI7S LA. P^EMIEAE RACE. 34 Z

,par contraction , on a fait celui de Saint- Merri, On trouvera ailleurs ce qui reste à dire sur l'histoire de cet établissement religieux. •

On aurait une fausse idée de ces chapelles , églises ou abbayes , si on les croyait semblables à celles que Ton voit aujourd'hui : leurs constructions étaient fort exiguës. J'ai vu d'îEintiques oratoires dont l'intérieur pouvait à peine contenir l'autel et le prêtre^ et, si l'on excepte les églises et abbayes les plus richement dotées, et qui se trouvaient solidement bâties, le plus grand nombre de ces édifices pieux n'était construit qu'en bois \ c'est pourquoi ils devenaient facilement la proie des flammes.

§ y. Tableau physique de Paris.

Paris , sous la première race , n'éprouva d'autres changemens que ceux qui résultèrent des établissemens que je viens de décrîre^i La Cité, comprise dans l'île qui porte encore ce nom , devait, comme les autres cités de la Gaule , être protégée par un mur

34^ ntsTome i>c PAniâ

d'enceinte. Il est vraisemblable que vers la fin de la domination romakie ce mur existait, mais ce n'est pas que sous la première race dtt roîs francs que se trouve la preuve de son existence.

E^cEtKTE DE LA CrtÉ. Daus le diplôme de la fondation de l'église de Saint-Vincent et de Saînte^roix , aujourd'hui Saînt-Germain-des^Prés , diplôme de l'an 558, CAi7debert déclare qu'il a entrepris de bâtir un temple dans Paris , et non loin des murs de la Cité. Cœpi conslruere tempïum in urhe Parisiacd , propè muras- cwitatis. Il donne à ce temple les moulins situés entre la porte de la Cité et la tour; cum molendinîs inter portant Ci\ntaiisei turrim posais (i).

Bertrand, évèque du Mans , donne , en l'an 6i 5, i l'église de cette ville une maison qu'avait fait bâtir Eusèbe , et que le roi Ctelaîre lui avait donnée; celte maison était située dans les murs de la Cité , intrà muros cmtaiis Parisiorum («).

(i) Diplomata, Chartœ , etc., editoribus de Bre> quignj et I#a Porte Dutheil, tom. I, pag. i4« (d) Idem , toM. I, pag. io4'

sous LÀ PREMIERE RàCE. 343

Grégoire de Tours dil que Frédégonde , après Tassassinat du roi son époux, soup-* fOBnée d'en être TaïUeur, se réfugia dans la cité de Paris et dans Tasile de Téglise de cette cité, y transféra ses trésors qu'elle arait cachés dans Y enceinte des murs \ quos infrà murorum septa concluserat (i).

Ainsi voilà une enceinte y des murs^ une pof'te , une tour^ qui sont dans la cité , et Tenvironnent.

Le mot turrimy employé dans Je diplôme de Childeberty présenté isolément , désigne non une des tours engagées dans les murailles des villes, mais une cons^ tmction vaste, un cbàteau, une forteresse. Qstle forteresse était certainement située à l'extrémité occidentale de Tile de la Cité. L'espace où se trouvaient les moulins donnés par ce roi devait être celui qui existait le long d'une des rives de la Seine, entre une des deux portes de la Cité et la pointe occidentale de l'île où s'élevait la tour ou forteresse.

(i) Gregorii Turen, Niu» lib. 7, Câp 4*

Il résulte de ces notions que Pile de la Gîté était protégée par un mur d'enceinte , qu'une des portes était attenante à ces murs , et par conséquent placée en deçà des ponts , et non au-delà : et , comme les monumens historiques ne font mention que de cette enceinte de la Cité, il faut en conclure, malgré les assertions de plusieurs écrivains , que les faubourgs en étaient absolument dépourvus.

L'île de la Cité , moins étendue qu'elle n'est aujourd'hui, était divisée en deux par^ tîes par la roule qui la traversait , et qui du Petit-Pont allait aboutir au Grand-Pont , depuis appelé Pont - au - Change. Cette route, partant du Petit -Pont, s'avançât dans l'intérieur de l'île , suivait la direction de la rue du Marché-Palud jusqu'au point où viennent y aboutir les rues Saînt- Christophe et de la Calandre.

Arrivée à ce point , la route , tournant à gauche et presque à angle droit , suivait la rue de la Calandre , qui , dans un titre du treizième siècle , est désignée par ces mots : Roule gui du Petit-Pont va à la place Saint"

sous LÀ PREMIÈRE RACE. 34$

Michel (i). Au bout de celte rue de la Calandre 5 moins longue qu'elle n'est aujourd'hui , était la place du Commerce , place qui dans la suite reçut le nom de Saint- JUichelj k cause d'une chapelle ainsi nommée y bâtie sur cette place , du côté du palais.

La route ensuite retournait à droite , suivait la direction de la rue Saint-Barthélemi, et aboutissait au Grand-Pont.

A l'est de cette route étaient YégKse cathédrale ^ la maison de F église ^ le baptistère ^ V école ^ V hospice des pampres malriculaireSy hospice qui fut l'origine de VHôteUDieu ; enfin l'ensemble des constructions contenues ordinairement dans l'enceinte épiscopale , qu'alors on nommait atrium.

On arrivait à cette église et aux autres édifices circonvoislns , par la rue de Saint- Christophe , qui s'ouvre sur la rue du Marché-Palud, et par une ruelle, appelée des Sablons , dont l'entrée était proche de l'ex-

(i) Pans un titre d'échang;e , du mois d'août xa3o , cett« rue de la Calandre est ainsi désignée : yia qud itur àparsfoponte adplateam Sancti-Michaelis. (Recherchée sur Paris, par Jaillot , tom, I, pag^. 36^)

346 HISTOIRE DE PktIS

trémité septentrionale du Petit -Pont et bordait le bras de la Seine. La rue Neuve de Notre-Dame n'existait pas encore ^ et ne fut ouverte qu'en Pan it64*

Du même c6të de la Cité , et sur le bord septentrional de l'ile , près de remplacement de Saint-Denis-de4a-Ghartre , sur une partie de remplacement actuel du quai aux Fleurs , était une prison , que l'auteur des Gestesr du roi Dagobert nomme carcer Glauciniy prison de Glaucin (i). C'est à cause du voisinage de cette prison que les églises de Saint-Denis «t de Saint-Sjmpho-» rien ont reçu le ^surnom de la Charti^yqpi signifie prison.

Il est vraisemblable que les restes des murs*et ceux d'une tour 5 appelée d'abord tour de Marquefas ^ puis tour Rolland^ appartenaient à cette ancienne prison.

Cette grande partie de la Cité y située à l'orient de la route , était en outre occupée par des propriétés particulières, par des places , des cases , des maisons. Chil-

(i) Gesta Dag^erti régis , cap. 33.

sous LA PIlEMIËftE llACK. i^J

debert , dans le diplôme de fondation de l'église de Saint- Vincent et Sainte- Croix (i), donne à cette église, en 558 , diiférens biens , avec des places et des ca-* ses situées dans la Cité de Paris. Dans le testament de Bertrand, évèque du Mans, on lit qu'il cède à son église une maison si" tuée dans les murs de la Cité de Paris, maison que Clotaire lui avait donnée, et qu'^auparavant Eusèhe avait fait bâtir (a)* Saint Eloi obtint du roi Dagobert , vers Tan 6i5, un espace de terrein assez considérable pour établir le monastère de Saint- Martial.

De Tatitré côté de la route, et vers l'extrémité occidentale de l'ile de la Cité^ sur l'emplacement actuel du palais, s'élevait une fortificatioii qui , dans une charte que j'ai citée , est qualifiée de tour. Ce mot , dans les temps barbares , comme je l'ai dit, signifiait un château , une citadelle (3). Sous

(i) Diplomata, Chartœ, editçiribus de Brequigny et Duthcil, tom. I, pag- 54* (i) Idem, pag. 104.

(3) V^yn le Glossaire de Dueange , au mot Tum's.

34d HISTOIRE DE PÀKIS

la domination romaine , cet édifice dut ser- TÎr à Tordre municipal, et sous celle des Francs , à la demeure des rois on des comteis. Dans toutes les anciennes cités de la Gaule se trouvait, à. cette époque, le même ordre de choses'. Une part était destinée au culte , et l'autre aux administrations civiles.

Cette partie occidentale de la Cité contenait encore une vaste place dont je vais parler.

Place du commerce. A l'ouest de la route que j'ai décrite , entre l'église cathédrale et le château ou palais, se trouvait une vaste place consacrée au commerce ] elle était , à l'est, limitée par la route qui partait du Petit-Pont , au nord par cette même route , remplacée aujourd'hui par la rue de la Calandre , à l'ouest par le château et ses dé-* pendances ,.et au sud par la rive septentrionale du petit bras de la Seine. Malgré le sentiment de tous les écrivains qui m'ont précédé , je suis suffisanmient autorisé à fixer cette place dans ces limites. Les dénominations actuelles ou anciennes des parties qui la composaient ou l'avolsinaient

SOUft LA PREMIÈRE RAGE. 349

suffiraient pour attester son existence en

cette partie de Tile. La route qui, partant

du Petit-Pont , s'avance dans cette île jus-

iju'à la rue de la Calandre, a toujours porte

et porte encore le nom de Marché^Palud ^

nom qui indique une place contiguë où se

tenait le marché , et le surnom Palud

prouve que cette partie de la place, située

siu* la rive de la Seine , était fangeuse ou

marécageuse.

A Touest de cette route et de ce marché est la place du Marché-Neuf ^ qui portait anciennement le nom de place ou rue de TOrberie, Ce mot Orberie signifie luimême une place (i). Le Marché-Neuf est évidenmoient un reste de la place du commerce.

La chapelle tSai/2<-ilficAe/, quePhilippele-Bel enserra dans une enceinte qu'il fit construire autour du Palais , portait plus anciennement le nom de Saint-MicheUde^ lorPlace. Cette chapelle était donc située sur une place , comme l'indique sou nom \

(i) Voyet Ducange, aa ipot Orbus vicus.

35o HISTOIRE DE PÀItlS

or , celte place ne peut être que celle qui , s¥ tendait depuis le Palais jusqu^à 1a route ou rue dite Marché-Pàlud, De plus, on a vu que la rue de la Calandre était désignée par ces mots : Rue qui "va du Petit-Ponl à la PLAGE Saint-MicheL Ainsi voilà T existence de cette pUce suffisamment démontrée. Quelques faits historiques vont prouver SA destination.

En Tan 586 , un habitant de la Cité de^aris entra , au commencement de la nuit , dans un celUer \ après y avoir pus ce qu'il venait y chercher, il en sortit et laissa près d'une barrique d'huile la lumière qui l'éclairait. Cette barrique s^enflftmma, et la flamme dévora la maison. Cette maison était contiguë à la porte méridionale de la Cité. De proche en proche , le feu, favorisé par le vent , se communiqua aux maisons voisines , étendit ses ravages dans toiile la largeur de l'ile , et ne fut arrêté que par le bras septentrional de la Seioe. lia prison dont j'ai parlé , située sur le bord de cetle riVière et sur l'emplacement du quai aux ^eurs , fut aueinte par le^ flMiwe» : les

S0U6 LA PAEUflE&E RACE. 35 1

prisonnieri» profitant du désordre général f s^échappèrent , sortirent de la Cité, et vin«> rent se réfugier dans lasile de l'église de Saimt-pYincent et de Sainle-Groix ( Saint* G«nnain-*des-Prés ).

L'incendie , commencé à la porte du sud de la Cité, s'était étendu jusqu'à la porte du nord : là était un petit oratoire cons-r irait en branclies d'arbre, dédié à saint Martin ] il fut épargné ainsi que les églises et le palais. On voit que le vent , se diri* géant du midi au nord , ne poussait les flammes ni à droite ni à gaucbfi , et qu'elles ne devaient porter leur ravage , ni de Tun ni de Pâutre côté.

Grégoire de Tours, dont je suis le redit, en le dégageant du merveilleux dont il a voulu l'embellir, dit, ea rapportant les paroles d'une femme qui avait prophétisé cet incendie ^ que les maisons destinées à être brûlées seraient celles de négociaas , dmios n^gotianiium. Comme , suivant cet écrivais 9 la prophétie fut accomplie par l'incendie, il résulte que les maisons des négocians furent bruines , et que, le feu

35l filSTOIEE DE PARIS

parcourant l'espace qui se trouve entre la porte méridionale de la Cité et sa porte sep* tentrionale , ces maisons des négocians se trouvaient dans cet espace > et pouvaient border la place du commerce , qui s'y trouvait aussi (i).

Le second passage de Grégoire de Tours est plus décisif encore.

En Tan 583 , un jour de dimanche, Chil^ péric et son épouse Frédégonde entendaient la messe dans Féglise sainte {in ecclesid sanctd)^ expression qui, dans le langage du temps , signifiait l'église cathédrale. Le comte Leudaste<^ accusé de divers attentats, s'y rendit, se prosterna, se roula tour à tour aux pieds de ce roi et de cette reine , et , versant dès larmes , implc^ra son par^ don .11 fut repoussé et chassé de l'église. Dès qu'il en fut sorti (de l'église qui est remplacée par celle de Notre-Dame) , il arriva dans la place (in plateam) ; et , sans s'inquiéter du sort qui le menaçait , il parcourut les maisons des marchands {domosque nego^

<i) Gregor, Tur. Hist. lib. 8, cap. 33.

SOtTS LÀ PREMIERE RACE. 353

tiantium circumiens) , il s'informait du prix de divers objets, en marchandait plusieurs. J^ achèterai ceci , cela , disait-il , car il me reste assez ^argent. Pendant qu'il s'occupait ainsi , arrivent subitement les satellites (pueri) de la reine ^ ils s'eflforcent de le saisir , de le garrotter : alors il tire son épée , se défend , blesse les uns , irrite led autres par sa résistance. Les satellites se jettent sur lui les armes à la main", un d'eux lui porte sur la tête un coup d'épée qui lui détache une partie de la peau du crâne. Le comte blessé fuit , et , courant sur le pont de la ville , son pied s'engage entre deux pièces de bois entr'ouvertes , il se casse une jambe et tombe entre les mains de ceux qui le poursuivent (i), Leudaste mourut bientôt dans les supplices que la reine lui fit subir , supplices dont je ne parlerai pas.

Il n'est pas possible de placer ce^scèues ailleurs que dans File de la Cité , dans l'église oatbédrale , sur la place où se trou-

(i) Gregpr» Tur. Hist, lib. 6, cap. 3).

354 fllSTOlKE DE »ÂR1S

vaient les maisons des négociaas , et sur le pont par lequel on pouvait t'évader de cette lie. Ainsi tous les doutes ^sparaissent : il est certain qu'il existait dans la Cité une place du commerce , 'et que cette place n'était point au dehors sui^ remplacement des rues de la Huckette et de la BÂcherie , comme Font avancé plusieurs écrivains qui m'ont précédé.

Les négocians avaient besoin d'abriter leurs marchandises dans un lieu sûr et fortifié comme Tétait Tile de la Cité ^ ils payaient, fort cher cette protection , comttie on le verra dans la section suivante.

La ville de Paris et ses environs furent , en Tan 583 , inondés par le débordement extraordinaire de la Marne et de la Seine ; on allait en bateaux dans la partie septen*trionale de Paris ; et plusieurs naufrages eurent lieu , dit Grégoire de Tours , entre la Cité et Téglise de Saint-^Lanrent (i)« Si Ton considère que le sol dans cette partie a été, à diverses reprises, élevé ^e i^ à iS

(i) Gregor. Trn^n. Ifist. lib. S, cap. a5.

SOV$ JLâ PREMHatB RiCIT. ^ 355

pieds 9 on trewvera moins étrange qu'un diél>ordem<mt ail enyaU cet espace*

Paris éprouva , pendant cette période , plusieiirs acçidens qui contribuèrent à' la mine des édifices romains^ le roi Sigebert, en Tan 5^4 ? ^^^^ ^^^^ des guerres qu'il fit à son frère Chilpéric , entra dans Paris et brûla une grande partie des quartiers de cette ville (i).

En Fan 586 , la Cité fut presque entièrement détruite par les flammes , comme il a 4té dit ciniessus 5 voici ce que Grégoire de Tours rapporte à propos de cet accident : « On disait que cette ville avait ancienne- » ment été consacrée , 4^ telle sorte que )» les incendies ne pouvaient y étendre n leurs ravages , ni les kdrs et les serpens » y paraître. Dernièrement, en réparant )> les fondations du pont , et en enlevant » la boue dont ils étaient remplis , on dé- » couvrit un loir et un serpent de bronze ; y> dès quo ces figures furent enlevées , les » loits ef les serpens se montrèrent en

(1) Gri^or. Tm*, Hist. fib. 9> cap. 33.

356 ^ HISTOIUE D£ PÀ&IS

)) grand nombre dans la ville , et Ton com-- )) mença à y voir reparaître > des incen- » dies (i). »

^ Tout ce qui portait le caractère du merveilleux et du surnaturel était avi4eme]it accueilli par cet historien»

J VI. Étaimil de Paris.

Les coutumes barbares des Francs triomphèrent bientôt des institutions .romaines. X)eux peuples habitaient la Gaule, les vainqueurs et les vaincus \ les premiers conse^ vèrent leurs usages ^ on laissa aux seconds les lois r<»naines pour leur servir de règle dans les discussions relatives à leurs transactions pat'ticulières : concession de tolérance ou plutôt d'ignorance , fjaibles limites que le pouvoir absolu renversait au premier caprice. Ces lois se soutenaient sans garantie ^ existaient parce qu'elles avaient existé ^ parce que les Francs étaient incapables de les remplacer. Quant à Fétat civil des vaincus , il

(i) Maximamviùoi*ujn ejus partem incendto concre-mayit, {Greg, Tur» Miracula, lib. i , cap. 71.)

^ SOyS LÀ PREMIÈRE RAGE. iSy

reposait sur des bases très-mobiles ; tous les droits de la société, les droits même les plus sacrés de la nature étaient méconnus , transgressés par les vainqueurs qui n'avaient quelque respect que pour leurs coutumes : encore s'en écartaient^ils souvent.

Les ordres municipaux des villes , seules institutions populaires , avilis , outragés , cessèrent d'exister : aux décurions onséna^ leurs qui les composaient , succédèrent des scabins ou rachimbourgs , assesseurs qui , de concert avec le comte , jugeaient les procès. Paris eut son comte et ses scabins^ dont le nom a été changé en celui d'^cAeifins.

Nous aurions une idée peu avantageuse de la manière dont se rendait la justice , si nous en jugions d'après ce que dit Grégoire de Tours du comte Leudasle qui , lorsqu'il siégeait sur son tribunal , entrait en fureur contre ceux qui venaient lui exposer leurs affaires contentieuses , les accablait d'injures, faisait maltraiter les prêtres, frapper de verges les militaires , et exerçait suy

358 HISTOIAB DE PARIS

les plaideurs toutes sortes de cruautés (i).

Nous aurions aussi une idée peu favorable de la probité de ces comtes , si le portrait que cet historien nous a laissé à^Judon 9 comte de Paris , est fidèle : il était tin concussionnaire , le vil satellite et le complice des fureurs de Texécrable Frédégonde (a).

On pourra aussi juger de la jurisprudence de ces tribunaux par cette conslitotion qu'en l'an 56o donna le i-oi Clotaire : tt Si quelqu'un est accusé d'un crime , il n« » faut pas le condamner sans l'entendre ; » n<m condemnetur penitùs înauditus (3)- » Ce principe , dont la justice est évidente a tous les yeux, et qui hcmore celui qui le remit en vigueur , était donc méconnu , puisqu'on est obligé de le rappeler aux juge».

Veut-on connaître la con^tion des haKtans de Paris et des campagnes environ-

(i) Gregor, Tur, Hist. iib. 5, cap. 49.

(2) Idem, Iib. 7, cap. i5.

(3) Capitul. Baluzii, tom, I, col. 7, art. 3j col. 24» art aa.

sous LA PHEMIÈRB RACE. 3Sg

nantes , et la tyrannie des roit francs envers leurs sujets? Le fait suivant va nous iusr trtrire.

£n août 584 > ^^ ambassadeurs du roi d'Espagne vinrent demander à Ckfipéric sa fille Rigonthe en mariage. « Chilpéric^ dit » Grégoire de Tours, rentra aussitôt dans » Paris , et ordonna qu un grand nombre » de familles, des maisons de son fisc, se- » raient enlevées de leur demeure et pla- » cées dans des chariots. La plupart de ces » malheureux pleuraient et refusaient de » se rendre aux ordres du roi; il les fit )> traîner en prison, afin de pouvoir plus )> fecilement les faire partir avec sa fille. » On dit que quelques-uns , désespérés de -» se voir séparés de leurs proches parens^ )} dans Texcès de leur chagrin , se> donnè- » v&al la mort. Le fils était arraché des » bras de scm père, la fille de ceux de sa » mère -, leiyr séparation était accompagnée » de gémissemens, de plaintes amères et » de malédictions contre le tyran. La dé- » solation était si grande dans Paris, qu'on » pouvait la comparer à celle de l'Egypte.

36o HISTOIRE DE PAB.18

)) Plusieurs de ces malheureux forces de » s^expatrier étaient d'une naissance dis- » tinguée \ ils disposaient de leurs biens , » les donnaient aux églises , et deman- » daient que leur testament fut ouvert dès M qu^on aurait appris Feutrée de la jeune )» princesse en Espagne. Us considéraient » ce départ comme le terme de leur » vie (i). ))

Ces personnes , enlevées pour satisfaire la vanité de Chilpéric et donner plus de pompe au cortège de sa fille , n'étaient point de condition serve. Leur résistance, leur excessive douleur , . sa manifestation publique , suffiraient pour faire présumer qu^elles jouissaient de la liberté civile ; maïs tous les doutes se dissipent ^ lorsque Grigoire de Tours nous les présente comme des propriétaires , léguant leurs biens par testament ; et nous apprend que plusieurs pouvaient se prévaloir d'une naissance distinguée (^mulii vero meliores nota).

Ainsi les hommes de condition libi% ap**

(() Gtegor, 7\ir- ffist. lib. 6, cap. 4^«

sous LÀ PREMIÈRE RACE. 36 1

partenaient à Chilpéric ; il les traitait comme des esclaves, et disposait de leur personne comme d'un meuble.

Chilpéric , prince féroce comme tous ceux de sa race, répandait partout la terreur, et n était contenu par aucun frein. « 11 pre- » nait plaisir à dévaster les campagnes, >i à incendier les habitations. Lorsqu'il in- » timait des ordres aux agens de son fisc , » il était ^n usage d'employer cette for- » mule : Si quelquun s écarte de mes ordon- » nançes , quon lui arrache les yeux (i). »

On conçoit de quelle manière, sous des rois de cette espèce, les personnes et les propriétés devaient être respectées.

Dans la plupart des supplices ou exécutions dont Paris fut le théâtre , et que les rois ou les reine;5 ordonnèrent , je vois bien des assassins , des tourmenteurs^ des bourreaux \ j(f n'y vois pas de juges.

Si la justice s'exerçait sans principes, sans règles , les autres branches administ]ratives n'étaient pas mieux ordonnées.

(i) Grêgor, Tur, Hist, lib. 6, cap. 46.

36? HISTOIRE Bt PARIS

GoKMERCE DE Paris. FaTorisé par une navigatioâ commode , le commerce de cette ville , établi sous la domination romaine , se maintint sous celle des Francs. Comme tous les barbares, ceux-ci, passionnés pour le luxe , pour la richesse des yétemens , pour les bijoux et les armes en métal précieux , ne contrarièrent point le débit de telles marchandises. Des Juifs, des Syriens, des hommes du midi delà Gaule et d'autres pays figuraient parmi les principaux négocians de Paris. Il ne parait pas' que les habitans de cette ville prissent une part considérable à ce genre d'industrie.

Les incursions du commencement du cànquième siècle , les désordres qtû en furent la suite , durent causer aux négorians des pertes immenses *, mais dès que l'ëtat politique devîilt plus calme , ils repiirent un commerce, ,sans doute foft lucratif.

Quelquôfi^uns fireiit de grandes fortunes. Un de c€^ marchands juifs , appelé Sakn mon, devîiït receveur général des revenus du fisc du roi Dagobert. Un Syrien , nommé Eusèbcy isy^nit assez ée richesses pour

sous LA FREMIÈRE RACB. 363

acheter F^isQopat; et, après la mort de Ragnçmode^ en Tan Spi, il fut nonuné érèque de Paris (i).

L'espoir du gain fait braver bien des périls. Le plus ordinairement , les marchandises étaient transportées par eau *, sur mer, elles araient à redouter les attaques des pirates ^ sur la Seine , celles des riverains puissant *, mais les transports par terre étaient exposés à des dangers plus grands encore* Des troupes de brigands, commandés par des chefs francs, de familles les plus distinguées , infestaient les routes : tels étaient ^e duc ChUdéric , surnommé le Saxon ^ qui, dans la lutte scandaleuse q^i se manifesta dans Tabbaye de Poitiers , fournit ta troupe de brigands à la religieuse Chrodielde^ et mit en fuite tous les ^vèques assemblés en concile dans Téglise de Saint-Hilaire de cette ville (î).

ïjes guerres civiles , sous la première race, désolaient pontinuellement la Gaule ^ et les armées étaient en usage , sans distinguer

(i) Gregor. Tur. Hist. lib. lo, cap. a6. (a) Idem, tib. 10, cap. 21.

pays amis ou ennemis , de piller et dévaster tout sur leur passage. Les marchands qu'elles rencontraient ne devaient pas être affi'anchis de cet usage.

Wadon^ maire du palais de Ckilpéric, qui pilla les trésors de la fille de ce roi en l'escortant dans son voyage , ne devait guère respecter les marchands. Ses fils, dignes d'Un tel père , faisaient le métier de brigands dans le Poitou : à la faveur des ténèbres de la nuit, ils arrêtaient les marchands sur les chemins , les dépouillaient «t les égorgeaient (i).

Ces dangers n'étaient pas les seules entraves qu'éprouvait le commerce : sur les routes , il était gêné par des exactions , des péages et avanies. Voici le dénombrement des .contributions que le fisc percevait à Paris sur les marchandises, avant d'être débarquées et logées. Elles sont au nombre de quinze , et se trouvent dénommées dans un diplôme , donné en 629 par le roi Dagoberl, «n faveur de l'abbaye de Saint-Denis.

(i) Gregor, Tftr. Hi$t, lib. |o^ cap. 91 >

SOUd LA PKEMIERE KÀGE. 365

Ce roi établit une foire dans un lieu situé entre l'église de Saint-Martin et celle de Saint-Laurent , lieu nommé le Petit^Pas ou fc Petit'Pont de SainuMartùi {Pacellus Sancti Martini) {\\ et en cède les revenus à l'abbaye de Saint-Denis , qu'il venait de fonder. Ce roi , en conséquence , défend à trois comtes, Leuthon^ f^ulfion et Rançon ^ à leurs vicaires (ou vicomtes), aux centeniers et autres agens , de ne percevoir , pendant trois ans, aucune contribution sur les marchands de son royaume , ni sur ceux qui , de Rouen et du port de Vick , se rendent à Paris pour y acheter des vins , du miel et de la garance. Il déclare que , pendant cet espace de temps , il les exempte de tous impôts. Ce temps révolu , il sera perçu, par les agens de l'abbaye de Saint-Denis , deux sous sur chaque charretée ( quar-

(i) Le Petit-Pas, Ou le Petit-Pont, près duquel cette foire fut établie, devait être situé non loin de la' porte actuelle de Saint-Martin , et sur le ruisseau qui descendait de Ménilmontant , ruisseau tari par l'exploitation des carrières , et dont le lit servait et sert encore d'égout dans cette partie de Paris. Il est aujourd'hui couvert par une voûte , et porte le nom* de Grand-Égoût,

radà) de miel -, deux âous sur cbaque mesure de garance. Il veut aussi que les marchands saxons, ceux de Vick et de Rouen paient douze deniers pour chaque charretée ( quoT" roda ) des mêmes marchandises , qu ils paient en outre les droits appelés nasngios^ vultattcos et passionaticos. Il permet , à ces conditions, aux marchands de Lomhardie, d^Espagne , de Provence et d'autres régions, de se rendre à cette foire ; il défend à ceux du territoire parisien d'établir , pendant sa durée , leur commerce ailleurs que dans le marché qu'il fonde en feveur de Fabbaye de Saint«Denis. Il ordonne à tous ses officiers de ne porter aucun empêchement au marché , soit dans la Cité de Paris , soit au dehors , et de ne percevoir sur les marchandises transportées aucun des droits en usage, qu'il dénombre ainsi qu'il suit :

Naifigios ^ le droit que paient ceux qui naviguent sur la Seine •,

PortalicQS , droit perçu sur le port , au débarquement des marchandises ;

Pontaticos , péage en passant sur ou sous les ponts \

sous LA PREMIÈRIS RAGE. 36^

Rwaticos ^ droit payé pour être autorisé à laisser les barques sur le rivage -, Rotaticos, pour les dommages que les voitures peuvent faire en détériorant la v<Me publique ;

f^uhaticos , droit inconnu : peut-être était-il le prix d'une autorisation pour loger les marchandises dans les celliers ou dans les caves voûtées ;

Temonatieos , droit de timon : peutêtre ce droit avait-il pour motif la permission accordée au marchand de conduire lui-*mètne sa voiture , ou de vendre sa marchandise sur cette même voiture";

Chespetaticos y imp6t pour la réparation des terres qui bordaient les chemins , ou pour dédommager les propriétaires des terres voisines des dégâts que pouvaient faire les voitures*)

Pulsferaiicos y droit inconnu : peut-être

avait-il pour prétexte la poussière occa-

sionée par le transport des marchandises \

Foraticos , contribution à laquelle on,

assujettissait les vins forains ^

Mestaticos , peut-être inistaticos , droit

qui autorisait le mélange des vins , ou mutaticos i, droit de mouvement 5

Laudaticos , droit inconnu : peut-être avait-il pour motif la permission d'annoncer publiquement les marchandises , et d'en faire l'éloge ^

Saumaticos , droit perçu sur les mar-?

cbandises portées sur le dos de bètes de somme \

Salutaticos , c'était un présent fait au roi ou au comte en lui faisant le salut 5

PâssicfnaticoSy droit de passage , qui devait être perçu sur les marchandises qui passaient par la Cité pour se rendre au champ de la foire ou ailleurs (i).

Ce diplôme en faveur de l'abbaye de Saint - Denis fut confirmé plusieurs fois par les successeurs de Dagobert^ mais dans leur charte de confirmation ces droits ne sont point *tous dénommés. Dans celle de Chilpéric II, de l'an 716, on ne trouve que les suivans : portaticus , pontaticus , rotaliciis ^ il ajoute , en latin barbare : « Et les autres

(i) Diplomata, Chartœ, editoribus de Breqnigny et Laporte Dutheil , pa^. i3i.

SOtJS LA PREMIÈRB RACE. 369

» redevances que les juges^ publics sont en » usage de percevoir (i). »

Ce commerce , entravé par le brigandage des Francs , par les exactions du fisc ^ consistait en objets de luxe ^ tels que bijoux , ornemens , armes , baudriers et ceintures , garnis dW, de pierreries^ en objets miles, tels que vins , builes , miel , garance , etc.

Les étoffes propres aux'vètemens et aux meubles étaient manufacturées dans le pays. Chaque roi, chaque homme puissant avait sa manufacture , son gynœceum^ où des femmes esclaves filaient et tissaient le lin et la laine. Ces gynécées^ que les Francs trouvèrent établis dans les Gaules, devinrent en quelque sorte des sérails pour les rois , les princes , les ducs , etc. C^était de ces ateliers qu'ils tiraient leurs concubines , et quelquefois leurs épouses (st).

Les gynécées étaient, du temps des Romains, nombreux dans la Gaule, ainsi que

(i) Fielreliquas redebecionis quod àjudicibus pu-blicis exigetur de carra eorum. {Idem, pag. 4^7.)

(3) Fbyez le Glossaire de Dacange , au mot G/nce^ ceum.

370 BI8T0IEB DB PIBIS

les ateliers de teintures appelés baphias , dont on ne voit plus de traces pendant cette période. Hors les fabriques domestiques des gynécées , on ne découvre aucune autre manufacture remarquable. La plupart des objets de ]uxe et même de nécessité Tenaient de l'étranger.

On employait ordinairement pour écrire le papyrus ou papier \ les vaisseaux des marchands le transféraient d'Egypte dans la Gaule par Marseille. Grégoire de Tours, se plaignant des calomnies répandues contre son frère par Félix , évèque de Nantes , lui écrivit pour les reponsser^ et dans sa réponse on lit cette phrase : « Si tu possédais » Tévèché de Marseille , tu n'exigerais des 9 vaisseaux qui débarquent dans son port » ni huile Mi autres marchandises ^ tu ne » voudrais que du papier , afin de pouvoir, )i tout à ton aise , l'employer à diâamer les » gens de bien : il est malheureux que la » rareté du papier mette un terme à tes » calomnies (i). »

(i) Gregor, Tur. ffist. lib. 5, cap. 5.

sous I.A PmKMIÈRB RACE. 3'Jl

S Vn. Tableau monJ de Paris.

La moralité des gouvernans sert toujours de modèle à celle des gouvernés ; en peignant les mœurs des premiers on pourra en tirer des inductions , obtenir des certi* tudes approximatives sur les mœurs des seconds. L'histoire , trop souvent muette suif le caractère des peuples , l'est beaucoup moins sur celui de leurs chefs. Les notions qu'elle laisse à désirer sur les uns seront remplacées par celles qu'elle me fournira sur les autres. Je commencerai toujours par les rois, puis je continuerai par les personnes qui, après eux, exercent le plus d'influence sur la multitude. Je suivrai cette méthode dans le cours de cet ouvrage.

L'histoire nous présente l'exemple de quelques nations subjuguées par des conquérans qui adoptèrent leurs lois et leurs habitudes , où la civilisation des vaincus triompha de la barbarie des vainqueurs. Il n'en fut pas ainsi dans la Gaule : soit parce que la férocité des Francs était d'une na->

37 2 HISTOIRE DE Finis

ture peu flexible , soit parce qu'en s'établîssaiit dans cette région , ils y trouvèrent la civilisation penchant vers son déclin ^ la barbarie parvint facilement à y fonder son empire.

. Chlodovech ou Cloi^is <, et ses successeurs , justifient dans leur conduite tout ce que les écrivains de l'antiquité ont dit sur le caractère des Francs : ardeur du pillage , férocité , mauvaise foi, telles sont les habitudes vicieuses dont ces écrivains les accusent. Les Francs , dit Vopi&cus , méprisent leurs sermens , et rient en les violant (i). Salvîen les traite de nation sans foi , gens Francorum infidelis ; il les* loue d'être hospitaliers , et les blâme d'être menteurs (2). « Les Francs, )) dit Libanius , ne peuvent supporter la » servitude \ ils se croient réduits à ce fô-

if

)) cheux état , dès qu'ils ne trouvent per- » sonne à piller (3), »

(i) Historiœ Augustœ scriptores , Vopiscuê, cU Proculoj tom. n, pag. 762.

(a) De Gubernatione JDei, lib. 4? pa^ST* ^9 ^i^* 7) pag. 169.

(3) Oratio 3, pag. 137.

sots LA PREMIERE RACE. ^^^

Un proverbe grec , cité par Eginhard , porte : P^ous pouvez ai^oir un Franc pour ami 'y mais ne T ayez jamais pour voisin (i).

Isidore cite Topinion de quelques écrivains qui pensent que les Francs doivent leur nom à la férocité de leur caractère. « Il est certain 5 ajoute -t -il, que leurs » mœurs sont corrompues , et que leur na- » turel est très-féroce (neUuralisque feroci'- » tas animorum) (2). »

Nazaire , dans son panégyrique de Cons- , tantin , nous représente lès Francs comme les plus cruels de tous les barbares (prœter cœtera truces). Il ajoute que cette nation est adonnée à toutes sortes de vices (Jecunda malis suis natio) (3).

Eusèbe dit que les moeurs des Francs ressemblent à celles des bétes féroces (4)*

Sidoine Apollinaire décrit la stature monstrueuse de leur corps , leur force , leur agi-^-

(i) Vita CaroliMagni, cap. 16.

(a) Isidor, Origin. lib. 9, col. io4a>

(3) yeteret panegyric. Naxarius in Constantin* cap. 16.

(4) yita Constantirf,, lib* 1 > cap. a5.

lité j leur ardeur dans les combats. Agathias parle avec quel<pie éloge de la civilisation des Francs , dominateurs de la Gaule , et s'étonne de voir régner entre eux la paix et la justice (i). On va juger si le témoignage de ce dernier écrivain mérite plus de confiance que celui des précédens.

Chloeloî^echoji Clow^ chef de la dynastie de la première race, favorisé par la fortune , par les circonstances , et par le clergé , parvint à s'élever à un degré de puissance qu'il n'avait sans doute pas espéré ; mais les succès ne justifient pas les moyens employés pour lés obtenir. Ce roi se rendit coupable d'actes iniques et atroces ; et l'histoire de sa vie , si l'on en excepte ses exploits guerriers, n'offre pas une seule action digne d'éloge.

Sa réputation de mauvaise foi était établie jusqu^en Orient. L'empereur Justinien , dans une lettre qu'il adressa à Théodebert, petit-fils de Chlodovech , accuse ce dernier de parjure et d'impiété. Cette lettre de Justinien nous manque ) mais la réponse de

(i) Jgatkiœ HiHt lib. i , pag. i3.

sous LÀ PBElSIÈltE BÀGE. 3^5

Théodebert est restée. Il y repousse cette double accusation en faisant valoir surtout les succès militaires de son aïeul (i) : comme si la fortune aveugla ne couronnait pas trop souvent les plus exécrables forfaits , surtout ceux des conquérans !

Le crime que commit ce roi après son baptême , et que l'auteur de la Vie de saint Éleutlière n'ose pas nommer , à cause de son énormité (a) ^ les meurtres qu'il exécuta de sa propre main , sa complicité dans la perfidie de Godégésile qui trahit et livra Gondeucb son frère , roi des Bourguignons , ne sont que des fautes légères en comparaison des crimes dont Grégoire de Tours et toas les historiens de son temps ont chargé sa mémoire.

JX existait dans la Gaule , du temps de

Cblodovecb ^ cinq ou six petits rois , tous

. Beis parens. U leur devait des égards à cause

de leur parenté ; il leur devait de la recon-

(i) Recueil des Historiens de France, tom. IV, • pag. 58.

(a) fitasancti ELeutheri, n» i5, apudBoUand, ao febr.

naissance , parce que tous Pavaient aidé dans ses conquêtes. Dès qu^il fut puissant , et qu'il eut fixé sa résidence à Paris , son ambition lui suggéra Tabominable projet de faire périr tous ces rois sesparens , ses bienfaiteurs, et de sVmparer de leurs trésors et de leurs Etats : voici comment il le mit k ei^écution.

Chararic était roi des Morins. Chlodovech vint auprès de lui , se saisit par trahison de sa personne et de celle de son fils , les chargea de chaînes , et leur coupa la chevelure , qui , chez ces barbares , était le signe de la royauté, et en était aussi le titre ; puis il ordonna que le père serait fait prêtre , et le fils diacre. Chararic et son fils, indignés de leur état d'humiliation , résolurent de laisser croître leur chevelure. Chladovech en fut instruit, fit couper la tête à tous les deux, s'emj^ara de leur Etat, de leurs trésors et de leur peuple (regnum eorum cwn thesauris et populo adqui^ swit) (i).

(i) Gregor. Turon, Hist. lib. a, cap. 4^*

sous LÀ PRElflERE RACE. df^'J

Sigeberty autre parent du fondateur de la

monarchie , ëtait roî de Cologne \ en aidant

Chlodovech à combattre les Allemands , il

avait reçu une blessure au genou , blessure

qui le faisait boiter. « Chlodovech , dit

» Grégoire de Tours , envoya secrètement

» auprès du fils de Sigebert un affidé qui

» lur dît : Kotre père commence à ss faire

» Dieux ; il boite d'une jambe : par sa mo/t

V vous seriez assuré de son royaume et de

» notre amitié. Séduit par ces promesses et

» par le désir de régner, ce fils, qui se

» non^mait Chlodéric , résolut de tuer le

» roî son père. Sigebert sortit un jour de

» la ville de Cologne pour aller au-delà du

» Rhin se promener dans la forêt de Bu-

» connie -, et pendant que , vers le milieu

)) du jour , il dormait dans sa tente , des

» assassins envoyés par son fils Tégorgè-

» rent. »

Chlodovech ne borna point ses projets criminels à faire assassiner le père par le fils y écoutons encore Grégoire de Tours.

« Chlodéric envoie aussitôt des ambas* )) sadeurs auprès de Chlodovech , et les

3^8 HISTOÏRE PE PARIS

)) charge de lui dire : Mon père est mort , » son royaume et ses trésors sont à ma dis- » position. Env^oyez quelques personnes au^ » près do moi; elles pourront choisir dans- # ses trésors ce qui pourra le mieux vous » plaire ,* je le leur remettrai volontiers. » Chlodovecli lui fit répondre : Je vous re- » mercie de votre offre , et vous prie de » montrer à ceux que je vous ensfoie toutes » les richesses que vous possédez. Les en- )) voyés de ce roi étant arrivés à Cologne , » Cblodéric s'empresse d'étaler à leurs » yeux les trésors de son père ; et , pendant » qu'ils les examinaient , il dit : Mon père » élait en usage d^entasser dans ce petit » coffre plusieurs pièces de monnaie dtor. » Alors les envoyés dirent à Clilodéric : » Portez la main jusqu'au fond , et vous » les tj'ouuerez toutes. Pendant que CUo- » déric s'incline dans le coffre pour cher- » cher ces pièces, un d'eux lève sa hache , M lui en décharge un coup sur la tête , et le » tue.

» Chlodovech, instruit que Sîgebert et » son fils étaient tués , vient à Cologne ,

SOI'S LÀ PREMIÈBE &àC£. 3^9

» y assemble le peuple , et dit : Écoutez ce » qui est arrivé. Je nas^îguals sur F Escaut , » lorsque Chlodérîç , Jils de mon parent , » poursitwait son père , et disait que je vou" » lais le tuer. Pendant que le père fuyait r> dans la foret de Buconnie^ il fut tué par » des voleurs , que son fils a\^ait enifojés » contre hii. Ce fils ensuite , en parcourant » les trésors de son père, a été tué par je ne » sais qui. Quant à moi.,, je suis fort inno- » cent , et incapable de faire répandre le » sang de m es parens : ce qui serait un crime. » Mais 5 après un tel éi^énement , je vous le » demande , vous parais-je digne de vous » commander ? Unissez-vous à moi , afin V que vous soyez sous ma protection. Le >• peuple applaudit par des cris et par le » bruit des armes. On Féleva sur le pavois , » el il fut proclamé roi (i). »

Ici les moyens de déception, la perfidie, le mensonge, seryent d'auxiliaires aux envahissemens , aux assassinats* La yie de ce prince offre d'autres preuves de celte réunrion de vices.

(i) Gregor. Turon, Hist. lib. q , -cap. 4o.

38o RISTOIRB I>£ PARIS

Il existait aussi un état de Cambrai , et Ita" gnachaira en était roi. Chlodovech , dans le dessein d'envahir ce r.oyaume , et de justifier ses projets régicides , prétexta les mœurs déréglées de ce prince , s'érigea en vengeur de la morale publique ; puis il corrompit secrètement les Leudes ou fidèles de ïlagnachaire , les détermina à trahir leur roi 5 et , pour prix de leur future trahison , il leur donna des bracelets , des baudriers d'or en apparence , mais qui n'étaient que de cuivre doré. Tout étant . disposé , Chlodovech marche contre le roi de Cambrai. Celui-ci s'apprête à la défense \ mais , voyant ses ^rfè/e5 l'abandonner, il veut prendre la fuite. Alors ces mêmes fidèles l'arrêtent , lui lient les mains derrière le dos , et en cet état le livrent à Chlodovech. Richaire , frère de ce malheureux roi, éprouva le même sort.

En voyant ces deux princes garottés , Chlodovech , avec une feinte colère , ditkau roi Ragnachaire : PourqiM>i .t'es-tu aùtsi laissé garoUer ? tu déshonores notre fa-mille ^ il vaudrait mieux qiie tu fusses moit. Alors il lève sa hache , et lui fend la tête.

SOVS LÀ PREMIÊHE BÀCE. 38 1

Puis se tournant vers Richaîre : Malheureux l si tu as^ais secouru ton frère ^ lui dît-il, il n aurait pas eu Thumiliation dC avoir été conduit les mains liées. En disant ces mots , il lève sa hache , et le tue de même.

Les Leudes ou fidèles de ces deux princes s'aperçurent bientôt que Chlodovech les surpassait en perfidie \ ils reconnurent que ce roi n'avait payé leur crime qu'avec de Tor faux : ils vinrent s'en plaindre. Chlodovech leur répondit avec sa duplicité accoutumée : Ceux qui volontairement livrent leurs maitres à la mort ne doivent être récompensés quavec de la fausse monnaie.

Les Leudes n'insistèrent pas -, et , dans U crainte des supplices , ils se retirèrent.

Ces deux princes trahis et assassinés avaient un frère nommé Rignomère , roi du Mans. Cette victime avait jusqu'alors échappé à la fureur ambitieuse du roi des Francs. Rassuré par le succès de ses crimes précédens , il ne crut pas devoir employer SOS moyens ordinaires : il envoya tout simplement à la cour de ce roi des assassins qui

38d HISTOniE DE PARIS

regorgèrent. Chlodovech alors s'empara de son royaume et de ses trésors.

Grégoire de Tours , qui avait le courage de faire le récit des crimes de ce roi , quoiqu'il n'eût pas celui de les blâmer , et qui semble plutôt les offrir à la postérité comme d'honorables succès , va , par un dernier coup de pinceau, compléter cet horrible portrait.

« Chlodovech , ayant fait mourir ces prin- » ces et plusieurs autres rois ( aliis nmltis » regîbus ) , et surtout ses plus proches pa- » rens , parce qu'il redoutait leurs entre- » prises , étendit sa domination sur tontes » les Gaules. Un jour , ayant rassemblé » ses fidèles , on rapporte qu'il leur fit » part du chagrin qu'il éprouvait d'être » privé de sa famille 9 que lui-même il avait » fait périr , et leur dit : Je suis bien mal^ » heureux *y me voilà réduit à Tétat éCunvoya- » geur qui se trouve au milieu d*ime nation » étrangère ; je nai pas un seul parent dont » en cas de maVieur je puisse attendre des » secours. Ce n'était pas qu'il fût fiché de

sous LÀ PRETMtIÈRE RACC. 383

» la mort de ses pareus { mais il paris^it » ainsi par ruse , pour engager ceux qui » Tëcoutaient à lui découvrir quelques pa- » rens , s'il en existait encore, afin de les » faire tuer(i). »

On voit ^ par ces traits , que ce prince barbare , aussi cruel que dissimulé , cherchait , par de vaines raisons , à justifier ses crimes , accusait injustement ses victimes , en les immolant , comme le loup de là fable accuse Fagneau \ que son avarice bravait tous les devoirs , tous les principes sociaux et religieux. Les évêques , qui tenaient de ce roi leurs richesses et leur autorité , lui prodiguèrent les éloges , poussèrent la reconnaissance ou la flatterie jusqu'à l'immoralité. Ayant besoin de faire respecter la source peu respectable de leur accroissement de fortune , ils le qualifièrent de grand liùmme^ même de saint. En outrageant ainsi la morale et la religion, ils prouvèrent qu'ils méconnaissaient l'une et l'autre. Je sais qu'aux yeux d'un vulgaire stupide , les

(i) Gregor. Turon. Hist lib. a, cap, 42.

actes d^iniquité les plus révoltans paraissent légitimes , lorsqu'ils put pour auteurs des hommes revêtus de Tautorité suprême ^ mais la possession du pouvoir en justifie-t-elle les abus ? et les crimes , pour être commis par des rois , en sont-ils moins des crimes ? . Les quatre fils de Clovis, Théodoric^ Chlothachaiirc , Childchert et Chlodomère , héritèrent de ses Etats et de sou natui^el fourbe et féroce.

Théodoric ou Thiéri , sollicité par Hermenfred , roi de la Thuringe , de Taîder à tuer son frère Beauderic , consent avec joie d'être le complice , même le principal acteur de ce meurtre , à condition qu'il lui sera donné la moitié des Etats du prince assassiné. Mais Hermenfred , étant seul parvenu à tuer «on frère , refusa de partager avec Thiéri le fruit d'un assassinat auquel ce dernier n'avait pris aucune part. Thiéri , furieux, prend les armes contre Hermenfred , engage son frère Chlothachaire à le seconder *, puis , s'adressant à ses Francs , il leur débite un discours où il trace le tableau des cruautés exercées dans la Gaule

sous LA PREMIERE RAGE. ^&85

par les rois de la Thurînge ^ tableau horrible que j^épargne à mes lecteurs. Après ce discours , prononcé pour allumer la vengeance dans le cœur des Francs , il part , met Hermenfred en fuite , et la Thuringe à feu et à sang.

Thiéri , quelque temps après , rappelle Hermenfred, lui promet sûreté, l'engage à venir près de Im en lui envoyant des présens considérables. Rassuré par des invitations fréquentes et par ces dons , le roi détrôné se rend auprès de son vainqueur. Un jour qu'ils se promenaient ensemble sur la cime des murs de» Tolbiac, Thiéri pousse et précipite dU haut en bas Hermenfred qui meurt dans sa chute. Ce digne fils de Clovis ne se borne pas là ^ il ordonne regorgement des enfans de celui qu'il venait de faire périr (i).

Thiéri , pour déterminer son frère Chlothachaire à l'aider dans la conquête» de la Thuringe , lui avait promis' la moitié de ce

(i) Xxregor. Turon, Hist, lib. 3, cap. 7,8, Geata regum Francorum , cap. 23. Adonis Chrome. Recueil des Historiens de France, tom. Il, pag. 667. T. I. 33

386^ •' HISTOIRE 0È PâRIS

xoyaxime. Il fallait tenir cette promesse, ou soutenir une guerre contre Chlothachaire. Pour ne faire ni Tun ni l'autre , il trouve un expédient, celui dVssassiner son frère. Il rinvite avec instance à se rendre anprès de lui *, des assassins sont cachés sous des tentes dressées le long d'un naur , dans un endroit de sa maison ^ mais ces tentes trop courtes laissent voir les pieds des hommes embusqués, Chlothachaire , instruit du piégé , entre chez son frère , accompagné d'une nombreuse escorte , lui demande le motif de son invitation. Thîéri , déconcerté , hérite à répondre 5 et , pour sortir de son embarras , il donne à son frère un plat d'argent , qu'il parvient dans la suite à lui

enlever (i).

Thiéri se rentfct coupable de plusieurs autres crimes \ il tua de sa main son parent Sîgisvald. et chargea son fils Théodebert d'assassînerOîvald, fils de ce parent^ mais ce dernier assassinat ne fut point exécuté (2).

Chlodomère , autre fiU de Çlovis , pour

(1) Gregor. Turon. Hist. Ub. 3, cap. 7.

(2) Idem^ lib. 3 , Câp. i3.

sous LA PllÉMI'ÈïlE RACE* 3^8^

servir la vengeance de sa mère Chroihechilde, porte la guerre dans les Etats de Sigîsmond, roi des Bourguignons , son parent, le fait prisonnier, le tue , tue sa femme , tiie ses enfans, et fait jeter Jeurs -corps dans uïi puits à Orléans (i). Dans la suite , Chlodomérc, trahi par son frère Thiérî, qui avait ëpousè la fille de Sigismond , fut pris par les Bourguignons, décapité, et Pon vit sa tète portée au bout d'une lance (2).

La mort de CModomère occasiona des scènes atroces dont Paris fut lé théâtre^ scènes qui peignent fortement le caractère <te CMotbach^ire çl de Childebert , autre fifc de Clovis , et dont le rédt me dispensera d'en rapporter d'autres du même genre.

Chlodomète , ea mourant , kissa trois fils en bas âge : Théodovalde , Taîné , avait atteint sa dixième année *, le second , nom*mé Gontbaîre , sa septième , et Chlodovaide étïiit plus jeune encore. Ces enfans vivaient à Paris auprès de leur grand'mère Chrothecbîlde ou Clotilde.

(i) Gregor. Turon. Hist, lib. 3, cap. 6. (2) Epitomata Gregorii Turon. cap. S6.

388 HISTOIRE DE PAUIS

« Childebert voyait avec jalousie, cette » reine , sa mère , prodiguer toute son af; )) faction aux seuls fils de Chlodomère : il » craignait de plus qu'elle ne parvint à leur » conf^erver Théritage et le trône de leur » père. Agité par ce double sentiment , » il envoya un messager à son frère Chlo- » tbachaire et lui fit dire : Notre mère » garde auprès délie . les fils , de notre » frère ^ elle veut quilf soient rois^ viens » promptement à Paris , o^/i que nous » nous concertions ensemble sur ce quil » cornaient de faire : nous déciderons s*il » faut, en leur coupant la chevelure , les » réduire à la condition des personnes du^ » peuple, ou bien s* il faut les tuer^ en ce » cas nous nous partagerons, à portions « égales, le royaume de notre frère. Trè$ » content de cette proposition , Chlotb$i- » cbaire part pour se rendre ^ Paris.

» Childebert avait déjà fait circuler parmi 3) le peuple que son entrevue ^vec le roi » son frère n'avait pour objet que d^élever » ces enfans sur le trône de leur père.

>) Cblotbachaire étant arrivé, il fut fé-

SOUd LÀ PREMIÈRE RAGE. ^89

» solu' entre lui et Childebert qu'ils adres- » seraient un message à leur mère qui dè- » meurait alors à Paris. Ce message portait : » Enuoyez-nous ces enfans , afin que nous » en fassions dès rois. A ces mots , Chro- » thechilde ,• transportée de joie (ear elle » ignorait le piège qu'on lui tendait) , fait » manger et boire ces enfans , les livre aux » envoyés de leurs oncles , et leur dit en » les quittant : ^oublierai que fai perdu » mon fils Chlodomère , si vous êtes élevés » au rang des rois (i). »

Aussitôt que œs enfans sont arrivés près de leurs oncles , on les saisit , on saisit leurs serviteurs , on les renferme dans des prisons séparées. ^

Arcadius (Gaulois, fils d'Apollinaire, sénateur d'Auvergne ) est envoyé par Childe-

(i) Si les Francs étaient familiarisés avec les crimes, il faut avouer qu'on parvenait facilement à les tromper. Ghrothechilde devait connaître la scélératesse de ses fils ; mais elle s'y confie , parce qu'ils ont flatté son orgueil en lui promettant d'élever les fils de Chlodomère au rang des rois. On trouve dans Grégoire de Tours plusieurs autres exemples d'hommes qui se laissent aussi facilement décevoir.

390 HISTOI&E DE PiRIS

bert et Chlothacliaire auprès de leur mère Cbrothechilde. «Il se présente devant cette » reine , tenant d'une main une paire de >t ciseaux , et de Tautre un poignard nu. O » reine très-glorieuse l dit-il , vos fils , nos )» mailreSy attendent que vous manifestiez )» votre volonté et que vous prononciez sur » le sort de vos pelits-enfans. V^oulez-^ous yi quils vivent prisses de leurs chevelures ^ ou )> bien voules-vous quils soient égorgés ? » A ces mots, et surtout à la vue des deux )) instrumens de la dégradation ou de la » prochaine mort de ses enfans, elle est » tour à tour agitée par des sentimens de » terreur et de colère \ dans Texcès de sa )) douleur, ne sachant trop ce qu elle devait » répondre , elle dit Ingénument : Puis- » quils rien font . point des rois , faime » mieux que ces enfans meurent , que s'ils d) vivaient privés de leur chevelure (i).

(1) Trois observatioos sont à faire sur cette partie du récit de Grégoire d« Tours. IVabord il faut remarquer l'usage des symboles propres à frapper les yeux, à servir de supplément à la parole j la vue de la paire de ciseaux et du poignard nu fit sur*Ghrotliecbiide plu*

sous LA PREMIÈRE RACE. i^l

» Ârcadius peu touché de la douleur de )) cette reine , et sans prévoir les suites df» )) la réponsQ quil allait transmettre, se )» rendit promptement auprès des rois ses » maîtres , et leur dit : Faites ce que vous -» avez projeté i la reine y consent ; elie-*' )» même approuve votre résolution , et veut » quelle soit exécutée.

» Aussitôt Ghlothachairc saisit par le bras » le plus âgé de ses neveux , le renverse à ]) terre , et lui plonge son poignard dans le

xï'effct que le discours d'Ârcadius. Il parait que cet Ikomme ne parlait pas le langage des Francs , puisqu'il «st obligé d'employer des symboles pour se faire entendre par Ghrothechilde.

On voit avec peine cet l^mme , d'une famille romaine et illustre à plusieurs égards , fils d'Apollinaire , sénateur d^Âuvergtie , et sénateur lui-même , s'ayîlir jusqu'à être domestique dans la maison de ces rois> jusqu'à les servir dans leurs prc^ets abomiaables. La barbarie s'était rapidement propagée ; elle avait étouffé dans ce Gaulois tous les sentimens généreux.

Grégoire de Tours cherche à justifier la fatale et cmelte décision de Ghrothechilde ; mais , à travers tout ce qu'il dit pour excuser sa réponse , on voit distinctement percer l'orgueil et la fierté d'une femme barbare , disposée à leur sacrifier tous les devoirs sociaux , toutes les affections de la nature.

39^ HISTOIRE DE PÀAIS

» sein : l'enfant expire en poussant des » cris.

» Le second enfant , effrayé , se jette aux » pieds de son oncle Childebert , embrasse » ses genoux, et dît en pleurant : Secou- » rez-moij mon cher oncle j que je ne pé- » risse pas comme mon frère l Childebert, » touché jusqu'aux larmes , dit à Chlotha- 5> chaire : Mon cher frère , je ien prie , » laisse la "vie à cet enfant^ accorde-moi » cette grâce , et je Raccorderai ce que tu » désireras. Je te le demande , ne le tue » pas.

» Ces prières mettent Chlothachaîre en » fureur : Repousse cet enfant de tes bras , » ou tu vas mourir avec lui^ s'écria-t-il , )> c'est loi qui as formé le complot , et tu » manques si promptement à ta parole ! » Childebert repousse son neveu -, Chlo- » thachaire s'en saisit , lui enfonce son poir> gnard dans le côté , et le tue comme il » avait tué Fainé. Puis les deux rois vont )) égorger les serviteurs et les nourriciers » de ces enfans. Après ces exploits, Chlo-^ )) thachaire , sans s'inquiéter des meurtres

sous LÀ PREMIÈRE RACE. SqÎ

» qu'il venait de commettre , monte à che-

' » val , et quitte Paris 5 et Childebert se

» rend dans une maison de campagne voi-

» sine de cette ville (i).

» La reine Chroth^childe fit enseveKries

)> corps de ces deux enfans*, leur convoi

» funèbre fut célébré avec magnificence et

» beaucoup de chants. Ils furent inhumés

M dans Téglise de Saint-Pierre et de Saint-

» Paul (depuis Sainte-Geneviève).

» Quant au troisième enfant, nommé

» Chlodovalde , des hommes puissans ( des

» leudes) l'enlevèrent, et le ravirent à la

» mort. Il s'adonna à la religion , coupa de

» ses mains sa longue chevelure, devint

» prêtre, et se distingua par de bonnes

» œuvres (2). »

(i) Peut-être au lieu appelé Clipiacum , aujourd'hui Clichi, ou bien à Saisies, maison royale, située à l'entrée de Belleville, du côté de Paris, et à droite en montant. (Dissertation sur l'Histoire ecclésiastique et civile de Paris, par Tabbé Lebeuf, t. II, pag. 100 et

lia.)

(a) Ce prince, échappé aux poignards de ses oncles, fut considéré comme un saint , et de son nom Cfal<vdo* yalde on a fait celui de Cloud. Saint Gloud fut inhumé

ig^ BISTOIRB 0S PARIS

Childebert et Chlothacliaire se partagèrent , à lance égale , Fhéritage de leur frère Ghlodomère dont ils venaient d'égorger les enfans (i).

Ces scènes se passèrent en Tan 533 ^ elles révolteraient des cannibales ^ elles ne portèrent alors nulle atteinte à la réputation des deux rois qui y jouèrent les principaux rôles. Childebert fut un prince très-pieux , très-cliarîtable , parce <ju'il fonda Téglise de Saint-Vincent et de Sainte-Croix, aujour* çl'hui Saint-Germain-des-Prés •, Chlotbacliaire, un prince très-grand, parce qu'il réunit les quatre royaumes de la Gaule sou» sa domination.

Chlothachaire termina, en Tan 56 1 , une longue carrière remplie de succès et de crimes bas ou atroces. Il s'étonna , en mourant, de voir que la puissance de Dieu était supérieure à la sienne. Uwa! ùval criait-il^ quelle est donc la puissance du Dieu du ciel y

dans le bourg qui porte son nom , bourg situé à de«x lieues et à l'ouest de Paris , sur la rive gauche de la Seine.

(i) Grégor. T\iron. Hist.j lib. S, cap. i8.

sous LA PREMIÈRE RACE. 3q5

puîsquil peut abattre un aussi grand roi que moi (i)?

Ce roi eut de «es quatre épouses ou concubines sept fils, Charibertj Gunthaire^ Chramn , Childéric y Gwitchramn , Chilr péric et Sigebert , qui , élevés à la même cour , eurent les inclinations de leur père.

Charibert se chargea, en Tan 556, de faire la guerre à son propre frère Chramn. Après la mort de son père , il fut roi de Paris 5 il eut quatre épouses vivantes en même temps*

Ea Tan 562, Honorius , nommé évèque de Saintes , vint à Paris demander à ce roi la confirmation de son élection ^ Cbaribert le reçut avec colère, le chassa de son palais, le fi^ attacher sur un chariot rempli d'épi-

(i) Gregor. Turon. Hist., lib. 4j cap. ai, Gesta Francorum , lib. I , etc. XJva , ou wa , est une excla- ■utlon d'élonnément, d'admiration; le vieux mot fran^ çais ouais , que l'on trouve encore dans Molière , semble être la traduction â!u{^ ; ou bien c'est le même que le cri de détrèsaesi souvent poussé par les Juifs ajlemapds à Mclz : Ovaie-ovaic !

396 HISTOIRE DE PÀKIS

nés, et en cet état l'envoya en exil(i). Gliaribert mourut en 567.

Gunthai/^ fut, en Fan 533 , envoyé contre les Goths \ il arriva jusque dans le Rouergue et s'y arrêta sans poursuivre son expédition. Il revint , et l'histoise n'en parle plus.

Chramn , envoyé en Auvergne par son père , se livra à toute espèce de violence ; il enlevait les filles et les femmes des sénateurs de Clermont , et , après en avoir abusé , il les livrait à ses compagnons de débauche. Il se révolta plusieurs fois contre son père qui chargeait ses autres fils d'aller le combattre. Ghlothachaire marcha luimême contre ce fils , qui , n'osant lui résister , prit la fuite , et fut arrêté ^ sa femme et ses filles éprouvèrent le même sort ; Ghlothachaire ordonna qu'ils fussent tous brûlés vifs. Cet ordre cruel fut exécuté (2).

Guntchramn ou Gontran , roi d'Orléans et de Bourgogne , dont le nom figure encore dans le calendrier , au 28 mars , parmi les

(i) Gregor» Turon. Hist,^ iib. 4) cap* 36. (a) Idem , lil>. 4» cap. 20.

sous LA PREMIERE RACE. 897

saints que TEglise révère , offrit , dans sa conduite , un mélange de dévotion et d actions criminelles. Il fit long-temps la guerre à ses frères' Chramn, Sigebert et Chilpéric. Il quittait tour à tour , et suivant ses intérêts, un parti pour embrasser le parti contraire. Il fit souffrir d^horribles tourmens aux ambassadeurs de Gundovalde , malheureux prince , victime de la perfidie de plusieurs ducs, et qui,^ à ce qu^il parait, était le frère du roi Guntchramn (i). H fit périr dans les supplices Févèque Épiphane , qui , chassé de son siège par Tannée des Lombards, n'avait commis d'autre faute que celle de s'être réfugié chez Févèque de Marseille (2).

Il égorgea ou fit égorger les deux fils de Magnachaire, son beau-père, pour quelqujiS paroles indiscrètes qui leur étaient échappées contre la reine Austrechilde son épouse (3).

En l'an 58o , Ai:^trechilde , sa méchante

(i) Greger. Turon. Jlist, , lib. 7 , cap. 3a. (a) Idem, lib. 6, cap. a4- (3) Idem, lib. 5, cap. 17.

398 SISTOniE DE TkfiïS

épouse , près de rendre son ame scélérate "i Dieu , comme ^exprime Grégoire de Tours , exigea de Guntchraran <jue les médecins qtiî l'avaient soignée pendant le cours de sa maladie fussent mis à mort. A peine est- elle expirée,» que ce roi, voulant rempKr les dernières intentions de son épouse , fit souffrir plusieurs tortures à ses m^édecins , les fit égorger et enterrer avec elle (i).

ïl fit attacher à w\ pot^effU et lapider son chambellan Chundon , accusé , mais non convaincu , d'avoir tué un bufSè dans une forêt (ti).

Son frère, Charîben, avait laisse une veuve , appelée Theudechîlde. Cette vetive, encore jeune , fit savoir à Guntchramn soi désir de vivre à -sa cour , et même à}j vivre en qualité de ;5on épouse. Ce roi réptm^ dit : Qutlh vienne auprès de moi^ qu'elle vienne a\^ec ses trésors, Taccepte toffre q\i elle me fait ,• ye la ferai grande aux yeux du peuple et elle sera auec moi plus hono-

(i) Gregor. Turon, Hist. , Hb. 5, cap. 36, EpiUimata Aimonius, eodem anrtb, (3) Idem, lib. io,<»p. 10.

SOLS LA PREMIÈHE RACE. îgg

rée quelle ne Tétait ayec mon frère, Theudecbilde, transportée de joie, se met en marche, et arrive avec ses trésors. Guntchramn les regarde , et dit : Tai droit à ces trésors ; je peux en disposer : ils viennent dCuneJemme qui s était rendue indigne de partager la couche de mon frère. Après cet a:ccueuil brutal, Guntchramn lui prit la plus grande partie de ses richesses , et la fit conduire dans un couvent à Arles , où , soumise aux austérités de la règle , étroitement resserrée, eHe fut en butte aux rigueurs et même aux coups de l'abbesse, et où elle passa le reste de sa vie , tourmentée par ses passions et parles châtimens qu'elles hii attiraient (i).

Je pourrais ajouter , sur ce saint roi , plusieurs autres traits qui contribueraient à prouver que sa dévotion ne tempérait point son naturel barbare , et ne le rendait pas plus homme de bien. Ce prince fourbe, lâche et cruel , ne manquait guère d'assister aux offices divins. Il donna du bien aux églises , voilà ce qui le fit proclamer saint.

(i) Gregor. Turon. Hist,, lil>. 4» cap. a6.

4oO HISTOIRE DE PÀEIS

Chilpéric, roi de Soissons et ensuite de Paris, fut inspiré par son caractère lâche et féroce et par son infernale ëpouse. Sa vie n'offrit qu'une suite de crimes : je ne parlerai point des guerres longues et cruelles qu'il fit pour envahir les Etats de ses frères,* de l'assassinat deSigebert l'un d'eux, ni de la mort 4e son épouse Galswinde qu'il consentit à faire étrangler dans son lit pour épouser Frédégonde , sa concubîne(i); je n'oserai exposer les horribles supplices qu'il fit subir à Sigila, serviteur de son frère Sigebert : ce serviteur était coupable d'avoir défendu le roi son maître contre les sicaires que sa belle-sœur Frédégonde avait envoyés pour l'assassiner (2). Je me bornerai à dire, qu'après avoir appris avec joie l'assassinat de ce frère , Chilpéric vient à Paris , où résidait la reine Brunichilde, veuve de Sigebert', sans avoir égard à sa douleur , il la chasse de cette ville , l'exile à Rouen , et veut égorger le fils de cette veuve, son propre neveu, qui aYait à peine atteint l'âge de cinq ans y

(i) Gregor. Turon. Hist. , lib. 4 » cap. 28. (3) Idem, lih. 4» cap. 5a.

sous LÀ PREMIERE RACE. 4^1

.mais le duc. Gundovalde parvient à Tarracher de ses mains , et à le mettre en sûreté à Metz(i),

Il persécute son fils Mërovée , qui , réduit

au dernier désespoir, se fait poignarder par

un de ses domestiques. Par ]es ordres de

Chîlpéric , on arrête tous les serviteurs de

ce fils \ on les torture , et ils expirent dans

des tourmens qui font frémir d'horreur (2).

11 exerce de pareils actes de cruauté contre

le préfet Mummolus ; et , après lavoir fait

long-temps souffrir , il ordonne sa mort (i^

Grégoire de Tours le qualifie d^Hcrode

et de Néron de son temps. « Souvent', dit-

» il , à l'exemple de ce dernier, il prenait

» uu grand plaisir à dévaster et à incendier

» des régions entières... Souvent il fit in-

» justement périr des hommes pour envahir

» leurs biens. Adonné à la gourmandise , il

)) faisait un dieu de son ventre.... Il serait

» difficile d'imaginer toutes les recherches

» qu'il employait pour satisfaire sa luxure ,

(i) Gregor. Turon. Hist, , lib. 5, cap. 1. (a) Idem, lib. 4 9 cap. 5a.

^(3) /<fo«i,lib.6,cap 35.

4d9. HISTOIRE Bt PARfô

» d'imtiginer tous les excès de sa débauche. )) II s'occupait sans cesse à inventer de nou- » veaux moyens d'opprimer le peuplé. L'é- » vulsion des yeux était la peine ordinaire -» qu'il infligeait aux condamnés ; et les » ordonnances, que pour ses intérêts par- » ticuliers il adressait aux juges , se ter- )) minaient , comme je l'ai dit , par ces )) mots : Siqiielquun s^ écarte de mes ordres^ » quLon lui arraché les jeux (i). »

Chilpéric, perfide et cruel, tyran exécrable, était encore surpassé en scélératesse par son épouse Frédégonde qui , en Pan 584? le fit assassiner à Chelles. Ce roi méritait certainement la qualification à^Hérodé et de Néron que Grégoire de Tours lui attri* bue : mais pourquoi cet écrivain blâme-t-il , dans Ghilpéric, des crimes qu'il n'a pas blâmés dans Guntckramn , dans Childebert 5 etc. , et qu'il a presque loués dans Clovis? C'est parce que Clovis , Childebert et Guntchramn avaient comblé le clergé de richesses et de pouvoir , fondé des monas-

(i) Gregm\ Turon. Hist., lib. 6, cap. 4©.

sous LA PKEIXIERIE RfCE. ifo3

tères , enricliî des églises 5 parce qu'enfin dhilpéric «e récriait contre le luxe , l'orgneil, les richesses et le pouvoir des évêques.

Sigebert , roi de Metz , céda trop souvent aux inspirations de sa vindicative épouse Bmnicbilde ou Bmnehaud , et fat presque toujours en guerre contre ses frères. Actif, courageux , plus malheureux que criminel , il résista^ souvent avec un succès inattendu ^ aux attaques de sa famille ; mais il succomba k la perfidie de son frère Chilpéric , ou plutôt à celle de sa belle-sœur Frédégonde : il mourut , au milieu de son camp , poignardé par les émissaires de cette femme.

Dans la conduite et le caractère des rois qui succédèrent aux quatre fils de Chlothachaire , se trouvent le même mépris pour tout ce qui constitue Tordre social , pour la justice , pour la foi {n'omise ^ les mêmes outrages aux lois de la nature , les mêmes actes de férocité , et la même bassesse dans leurs motifs.

•' ChUdebert II appelle auprès de lui le duc Magnovalde , l'accueille , et le fait assister à un combat d'animaux. Le duc considérait

4o4 HISTOIKE I>E PARIS

un animal poursuivi par de><ffîens, et riait aux éclats , ainsi que les autres spectateurs ; lorsqu^un homme , aposté derrière lui , lève sa hache et lui abat la tète. Son corps mort est jeté par l«s fenêtres. Aussitôt le roi fait saisir le trésor de celui qu'il venait de faire assassiner (i).

Je passe une infinité de traits de cette nature *, les guerres scandaleuses entre les membres de la même famille ; le tableau des frères armés contre les frères , qui cherchent à se ravir leurs richesses , à s'arracher réciproquement la vie , dont l'un égorge les enfans de l'autre 5 une reine ^ âgée d'environ soixante-dix ans. ( Brunichilde ) , suppliciée pendant trois jours , enfin écartelée par les ordres de son neveu qui l'accuse, d'avoir fait périr dix rois francs (2). Telle est l'esquisse des scènes horribles qu'à la fin du sixième siècle offrit la Gaule asservie spus la don»* nation des Francs.

Dagobert^ le dernier des rois de celte race qui aient par eux-mêmes exercé le pou-

(i) Gregor, Turon. Hist., lib. 8, cap. 36. (a) Frédegarii C/trômc, cap. 4^.

^ sous LÀ PREMIÈRE H ACE. 4^5

voir absolu , voit avec impatience son frère

Charibert posséder, dans le midi de la

Gaule , une petite portion de Théritage de

leur' père. 11 place auprès de ce frère un de

ses affidés , appelé iEga. Il fait tuer Bro-

dulfe , oncle de Charibert , qui lui portait

ombrage, parce qu'il employait plusieurs

moyens pour maintenir le roi son neveu

sur son trône. Bientôt Charibert mourut de

mort violente , et, peu de jours après, son

fils Chilpéric éprouva le même sort. On

rapporte , dit Frédégaire , que Charibert

tut tué par la faction de Dagobert (i).

Ce roi envoya aussitôt au palais de son frère , pour reconnaître ses trésors , et les faire transporter à Paris. Le duc Baronte , chargé de cette commission , s'appropria une partie des richesses de cette succession (a). Il fit couper la tête à Bozon , fils d'Audolénus , à Chrodoald , auquel il avait promis pardon et amitié , etc. Ces exécutions , qui ne se faisaient point par le bourreau, mais par des ducs qui s'en chargeaient avec em-

(i) Fredegani Chronic, cap. 5a, 67.

(a) Idem , cap. 47*

4o6 HISTOIRE DB PÀ«IS

pressement, étaient alors et furent longtemps après considérées comme les actes»

ordinaires et légitimes de la royauté , comme les prérogatives du troue.

Dagoberl porta la guerre chez les Saxons, tua leur duc Berthoald , dévasta toute la Saxe y et fit massacrer tous les habitans dQnt la stature surpassait en hauteur la longueui* desonépée (i). Ce trait est conforme au génie des barbares \ le suivant est bien plus

atroce.

. En Tan 63 1 , neuf à dix mille Bulgare» , sans y comprendre leurs femmes et leurs enfans , chassés de la Pannouie, leur patrie , vinrent demander à Dagobert un asile dans les terres de sa domination, et la permission de s'y établir. Ce roi. leur fit répondre qu il allait prendre des arrangemens relatifs à leur demandé , et qu'en attendant il les autorisait à passer l'hiver dans la Bavière , et à se répartir dans les maisons des habitans de ce pays. Les Bulgares obéissent. Bientôt après , Dagobert ordonne aux habitans qui

(i) Gesta regum Francorum^ cap- 4'-

SOtâ LA PILEMXCRP RAGE. 4^^

logent ces étrangers dans leprs maisons de les égorger tous dans la même nuit , sans excepter les fenmies et les enfans. Cet ordre est exécuté : près de vingt mille personnes , de tout âge , de tout sexe , furent égorgées dans leur lit et dans les maisons où ils ayaient reçu l'hospitalité. Sept cents hommes avec leurs femmes et leurs enfans purent, suivant Frédégaire(i), échapper à ce massacre y suivant d'autres , ils périrent tous.

Cette boucherie d'hommes fut ordonnée froidement) sans motif, si ce n'est celui de se débarrasser d*une population dont Dagobert ne savait que faire, trop inhabile pour l'utiliser.

Les successeurs de Dagobert n'eurent de roi que le titre , et furent placés sous la tutelle des maires du palais , qui exercèrent le pouvoir absolu. Sous ces nouveaux maîtres, les mêmes erreurs , la même barbarie , les mêmes vices dans l'état politique produisirent de semblables désordres et des

(i) Fredegarii Chroiiic. , cap. 72. Gesta Dagoberiij cap. 28.

4o8 HISTOIRE DE PARIS

crimes aussi nombreux , aussi révoltans. ' Si Ton m'accusait d'avoir chargé ce ta*bleau , d'avoir montré les crimes , et caché les actions vertueuses , je répondrais que j'ai textuellement et avec fidélité traduit et cité mes autorités , que j'ai même sacrifié , à la nécessité d'abréger, à la crainte d'exciter des sentimens pénibles , une infinité de traits odieux qui auraient contribué beaucoup à mettre en évidence les vices de la barbarie , ceux de l'absurde régime que les Francs apportèrent dans la Gaulé ; je répondrais que je n'ai pu parler de leurs actions louables , puisque l'histoire ne leur en accorde aucune ^ que je n'ai pu faire uu choix , puisque les historiens originaux sont unanimes sur tous ces princes : ils nous les présentent chargés de vices bas et atroces , et dépourvus de toutes vertus sociales -, ils nous les représentent comme la honte et le fléau de l'espèce humaine.

A cette-esquisse sur les rois de la première race il faudrait joindre celle de la vie des reines et princesses *, il faudrait peindre le dévergondage de Basine , les vengeances et

S0tT8 hk PHEMIÈRB RlGE. 4^9

Forgneil <k Chrotheckilde eu Clotilde^ la cruauté d<î Marcatrude , celle d'Austrechilde , deux femmes de Guntchramu -, la première ^ qui fit empoisonner le fils de son époux , la seconde , qui , en mourant , exigea de ce roi le supplice de ses deux médecins.

Il faudrait parler de cette Chrodielde 9 fille du roi Ckildebert , religieuse au couvent de Poitiers , qui , apportant dans le cloitre toutes les passions tumultueuses d^une princesse barbare 9 tout Torgueil qui dominait dans les cours des francs , fit naître de si longs désordres , de si étranges scandales , et transforma les vierges du Seigneur en bacchantes furieuses.

Il faudrait réciter la longue série dé^ guerres , d^assassinats , d'empoisonnemens , de crimes de toute espèce , excités , commandés et commis par deux reines, épouses de deux frères ennemis , par deux femmes qu'animait Tune contre Tautre la plus violente des haines féminines et royales. Brunicbilde, rolgairement nommée Brunehaut, et Frédégonde sont ces furies ^qm semblent T. I. 35

4lO HISTOIRE DE PARIS

romies par les enfers pour le malheur de leur siècle. La première fit 'couler des lorrens de sang , couvrit une partie de la Gaule de ruines. On peut Taccuser d'assassinats , d'intrigues criminelles , Taccuser comme fit le roi son neveu , d'avoir donné la mort à dix rois \ mais , au milieu dé ses forfaits , on distingue quelques actes dignes d'éloges. On présume qu'elle fit dans ses États réparer les voies romaines , qui portent encore aujourd'hui le nom de chaussées de Brunehaut. Un motif louable la poussa dans la carrière des vengeances \ sa sœur , la reine Galswinde , fut étranglée dans son Ut, à l'instigation de Frédégonde. Le seul trait vraiment héroïque qui figure dans l'histoire de la^ première race lui appartient. L« Yoici:

Trois ducs , Rauchin , Ursîon et Bertefred , ligués contre Loup , duc de Champagne , veulent lui arracher ce duché et la vie. Loup se dispose à la défense. Les deux armées s'approchent , le combat va s'engager ; «lors, entre les deux armées y on voit s'avancer y montée sur un cheval , vêtue en

sous Là première race. 4^1 I

habit de guerre , la reine BrunicMlde. Arrêtez , guerriers , s'écrie-t-elle , arrêtez , épargnez un innocent ,• pour un seul homme jimt-il livrer une bataille , exposer les inté' rets étune province ? Le duc Ursion lui cria \^Femme , retire-toi : lu as régné du temps du roi ton époux ^ c'est maintenant ton Jils qui règne \ ce yiest pas à toi , c'est à nous à le défendre : retire-toi ; ou crains d^être foulée aux pieds des chevaux. Brunichilde ne se retira point/ et parvint, après d« longs débats, à obtenir une suspension d'armes (i).

La vie de Frëdëgonde n'oflfre aucune action pareille ^ ses forfaits ne sont compensés par " aucune action lotiable. Chea elle les crimes se montrent dans leur horriole nudijté. Cette fenmie ne rêvait que meurtres , empoisonnemens , supplices. Elle fit égorger les 01s de son mari ; elle tenta plusieurs fois de faire assassiner ses frères , et Sigebert ne put éviter le poignard des émissaires de cette furie.

(i) Grêgor. Turon. Niât., lib. 6, cap. 4*

4l2 HISTOIRB PS V/lAIS

Le timide Guntchrama la redoutai^ , n'osait lui déplaire , et Pavait en horreur. Devant les évèques qui , en 588 , vinrent hâ reprocher ses liaisons avec elle, il latr^iu ^ennemiode Dieu et des hommes* CofnmffA pourrais'je ,.a)puta-t-il , me lier sinc^ilfi^^ avec cette femme ^ qui a somment envoyé ff^ de inoi des assassins pour m arracher U vie (i) ?

Childebert , quelques anu^ auparavant, avait fait dire à Guntchramn , par ses anir bassadeurs : Rendez^-moi cette reine honar cide ,• eUe a étranglé ma tante , tué «W» père et mon oncle , fait poignarder f^ cousins (ji).

EHe chargea un ecclésiastique d'aller

assassiner la pdne Brunichilde* l^ P^" jet de cet envoyé étant découvert, il ^^ battu de verges par ordre de BrunîchiW** et , de retour auprès de Frédégonde , ceW dernière lui fil couper un pied et une m^* Aipsi , puni pour avpir tenté le crime » î

(i) Gregor. Toron, HUu^ lib. 9, cap. 20. (a) Idêm^ lil*. 7, wp. 7.

ii«

SOtTS LA PREMIERS RACE. 4'^

fat encore plus grayement pour ne ravoir pas consommé (i).

Elle fit assassiner son époux , le roi Ghilpério.

Le jour de Pâques, dans la cathédrale de Rouen, pendant qu'il célébrait les offices divins , elle fit. assassiner l'évêque* Prétextât (a).

Elle tenta d'étrangler sa propre fille Rigonthe. Voici comment Grégoire de Tours rapporte* le fait. Ces deux princesses vivaient entre elles en mt mauvaise intelligence ; toujours en querelle , elles se battaient à coups de poings. Un j(mr , la mère , battue , dit à Rigontbe t Fille , pourquoi me

(i) Gregor. Turon. Hist.^ lib. 7, cap. 20. Cette reine atctt des elerci on ecdésiaitiqties aë rang de ses dom^Hîfget \ elle s'en serrait pour assassiner ses enn^ mis. Lorsqu'eo 585 elle voulut faire périr Ghildebertll, elle employa deux ecclésiastiques , leur fit de magnifiqiies promesses , leur donna des instructions sur les moyens d'approcher de ce roi , et les arma de poignards empoisonnés. Ces assassins furent découverts^ avouèrent le projet criminel de Frédégonde, et furent cruellement mutilés. {Gregor. Turon, Hist., lib. 8, cap. 29.)

(a) Grêgor. Turon» HisU, iib. 9, eap. aov

4l4 HISTOIEB DE PlRIS

maUraites-tu ? f^oilà les richesses que ton père a mises à ma disposition ; prends^les , etfaù-en ce que tu ^voudras. Elle entre dans un cabinet , ouvre un coffrje , en tire divers ornemens précieux,. et puis elle dit à sa fille : Je suis lasse ,• tire toi-même de ce coffre tout ce quil contient, Rigonthe se penche dans Tintérieur du coffire ^ aussitôt la mère en fait tomber le couvercle sur le cou de sa fille , le presse avec effort , Tétrangle , de sorte que les yeux de la patiente étaient près de lui sortir de la^^te. Une des suivantes de Rigonthe , voyant le' danger , s'écrie : Au secours , accourez vite , on étrangle ma maîtresse^ cest sa mère qui V étrangle L On accourt , on rompt I^s portes du cabinet , on délivre Rîgontbe , près d'expirer. Cette scène fut suivie de plusieurs autres semblables. Ces deux princesses s'injuriaiM|t, se battaient continuellement ^ et leur animosité avait pour cause les débauches de Rigonthe (i).

Je ne finirais point sur cette méchante reine -, j'en ai dit beaucoup, et n'ai qu'ef-

(i) Gregor^ Turon. Hist,, lib. 9, cap. 34.

sous LA PREMIÈRE RACE. 4^^

fleuré la matière. Je terminerai par ce trait qui se rattache à THistoire de Paris.

Un jeune enfant de Frédégonde fut atteint de la dyssenterie , maladie alors dominante ', il mourut : on fit croire à la mère que cette mort avait pour cause des enchantemens , des opérations magiques. Alors , furieuse , elle fait arrêter plusieurs femmes parisiennes qu'elle soupçonne coupables de ce prétendu maléfice. Ces femmes sont , par son ordre , battues à coups de verges , exposées à d'effroyables tortures. La douleur des toarmens leur arrache des aveux ^ elles confessent, à la reine , présente à ce supplice , qu'elles sont sorcières , qu'elles ont donné la mort à plusieurs personnes , enfin qu'elles ont fait périr son fils , pour sauver la vie du préfet Mummolus. Ces aveux, loin de calmer Frédégonde , accroissent sa rage ; elle fait souffrir à ces femmes des supplices plus affreux encore *, les unes sont assommées, d'autres brûlées vives *, plusieurs, après avoir eu les membres rompu, sont attachées sur des roues (i). •

(i) Gregor, Turon. Hitt, , lib. 6, cap. S5.

4l6 HISTOIRE DE PlRIS

Lé préfet Mumm^Ius fuf aussi arrêté , exposé à des tortures cruelles : il n'aTOiOa

rien.

Ces rois , ces reines vivaient des revenus des villages de leurs fiscs , de diverses contributious qu'ils imposaient à volonté. Ils possédaient chacun un trésor composé d^orapmens d'or , de ceintures , de baudriers , d'armes enrichies de pierreries ^ tous les hommes puîssans en étaient pourvus , et cherchaient les uns les autres, par subtilité ou par force , à s'en dépouiller. Husieurs rois ont fait tuer des ducs , dans Tunique dessein de s'approprier leurs trésors. Les ducs ou comtes j accusés auprès des rois , détachaient de leurs trésors quelques pièces pour obtenir d'eus l'impunité dont ils avaient besoin* Dans ces trésors y objets de luxe et d'envie , aliment de l'orgueil , composés de richesses stériles ^ consistait le principal mérite des Francs. . J'ai peu parlé des excès de débauches de ces princes et princesses. Chaque roi avait trois ou quatre épouses qualifiées de reines y et un plus grand nombre de concubines.

sous LA PREMIERE RAGE. 4^7

Les évèques He se mêlaient guère de ces dësordres.'Saînt Germain, ëvèque de Paris, fut le premier qui chercha à les faire cesser ; il excommunia, pour cause de polygamie, Charib^ert, roi de Paris, qui avait en même temps trois épouses -reines , Ingoberge , Marco\^èse et Méreflède^ et qui, bientôt après , en eut une quatrième appelée Theu" dechilde (i). Cest, je crois, le premier exemple d'une excommunication lancée contre un roi franc pour aâaire matrimoniale. On verra danç la suite , sous la troisième race , les évêq^es de Rome s^ngérer dans ces matières , et usurper le droit de juger souverainement et d'annuler des mariages bien plus légitimes.

Je dois parler des évèques de la Gaule , de ces prélats qui, pour prix de leurs intrigues en fareur des Francs, de leur trahison envers leur souverain, obtinrent des pouvoirs , des richesses y dont jamais ils n'avaient joui : richesses et pouvoirs contraires aux mœurs, condamnées par TÉvangile et

(i) Gregor. 7\tron. Hist.y lib. 4» cap- ^^-

4l8 HISTOIRE DE PARIS

les lois ecclésiastiques. Dès-lors la morale ^ méconnue , fut séparée de la religion j et celle-ci , déna-ttrée , reçut des règles opposées à celles que son divin fondateur avait prescrites. Jésus avait proliibé l'exercice du pouvoir et recommandé^l'abnégation de de soi-même \ il avait condamné les richesses comme des moyens de perdition ,• les évèques changèrent tout. Ils exercèrent le pouvoir, possédèrent de grandes richesses, qu'ils acquirent en trompant ceux qui les leur concédaient. Ils les trompaient en leur promettant , pour prix de leurs donations tjsmporelles , des récompenses célestes , qid ne s'acquièrent que par l'exercice des vertus \ ils les trompaient en leur vendant un biens qu'ils n'étaient pas à même de leur livrer 5 ils les trompaient enfin en leur vendant des expiations , des absolutions qui ne sont efficaces que lorsqu'elles résultent d'un sincère repentir et d'une réparation proportionnée au délit.

L'Évangile dit qu'il est extrêmement difficile aux riches d'entrer dans le ciel. Les évéques et le clergé se conduisirent d'après

sous LA PREMIÈRE RAGE. 4^9

des principes diamétralement opposés ^ il suffisait aux riches , pour obtenir le royaume des cieuX| de donner aux églises et aux monastères une partie de leurs biens mal acquis (i). '

Ainsi les riches étaient dispensés d'avoir

(i) Dans l'Evangile selon saint Mathieu, on lit qu'il est aussi difficile à un riche d'entrer dans le ciel qu'à un chameau , ou plutôt à un câble , de passer par le trou d'une aiguille. Les moines n'ont jamais cité ce passage dans les chartes de donation , et lui ont préféré cet autre de l'Éyangile de saint Luc (chap. 16, vers. 9) : «Je w yous le dis , faitj^-yous des amis par la mammone de » l'iniquité^ afin que, lorsque yous mourrez, ces amis » yous reçoivent dans les tabernacles éternels. r> Faciie vobis amicos de'mammond iniquitatis , ut, cùm défi" ceritis, recipiant vos in œtema tabernacula.

Ce texte de l'Éyangile, dont on a beaucoup abusé, a , seryi souvent d'autorisation aux moines pour recevoir des donations de biens , même de biens mal acquis , ou acquis par la mammone de l'iniquité. Dans un diplôme de Dagobert I«', de l'an 687 , on lit : ce II faut, avec les » biens périssables de ce monde, acquérir des biens » étemels , suivant ce précepte : Faites^vous des amis 9 delà mammone d'iniquiti'. Il me faut, avec la mam" » mone d'iniquité^ acheter (mercan) les biens célestes » et étemels ; et, si nous donnons aux prêtres des quan- 9 tttés suijïsantes de fonds de terre , nous recevrons en » récompense les tabernacles éternels » {Dijpiomata,

4aO UISTOIKK DB PARIS

des vertufi. Voilà un démenti donné à TE* vangile \ voilà les idées- da juste et de rinjuste méconnues , et Timmoralité érigée en principe. ' •

Chilpéric P' , qui s'était aperçu de la c<»^ raption du clergé , et qui en connaissait les causes, ne cessait de déclamer contre lui ) et, lorsqu'il se trouvait avec ses plus familiers, dit Grégoire de Tours , « il se répandait en » médisance contre les évêques, "les tour- » nait en ridicule » se permettait sur eux

Chartœ, editoribua Duthcil et B^iMfnîffDJy pfr» ';

Glûlpéric II, dans un diplôme ccmânnatif do pm** légcs de Fabbaje de Saint-Denû, de l'<n 716, iàntarise da même Terset de saint Lac f et aaploie les mêmes expresiions pour en tirer la toÀms zcnséqvteùce. ( Gm»'^ ckrUtianay tom. VU, Instrumenta ^ pag. 5*)

Je pourrma citer Un gncid non^ce de chartes fu ceatiemient cette foimulé immonde ; de mime fea po^*^ ims produire beaucoup d'autre» où oa lit ces tm^ * « Je donne à tels saints^ à teUe smnte, pour le rcio^^ » de mon âme, pour l'e<piation de mes crâoies éùorm^^i >» teU bûfts que je posséda {mtemeut ou injort*''^^' » juêté €Uit injuste* »

Ainsi , en ooaunettsBQi de* crimes ^ en esMrqtt*^^ '^^ kiem de se» voisins, pourru qu'on le» poitag'^t av^' TEglise , on pouvait gagner le de).

SOVS LA VREMIÈRE EÂCE: 4^1

» mille plaisanteries. L'un était un fanfaron, » Tautre un orgueilleux ^ celui-ci se faisait )> remarquer par ses prodigalités, celui-là » par sa luxure ; enfin , il accusait plusieurs ^ autres de fierté et d'arrogance. Il détes- )> tait le clergé , et disait souvent : Les re^ )> venus du fisc sont très^réduits ,* toutes nos » richesses ont passé aux églises. Ce ne sont » pbis les rois ^ mais les seuls é%féques qui » règn&tt. Le trône a perdu ses prérogay^' tildes f les é^éques des cités les ont en-- » ifahies (i), n

Ces imputations , quoique suspectes dans la bouche de Chilpéric , ne sont point dé<pourvues de Térité *, et Tbistoire de Grégoire de Tours elle-même nous en o£Fre de suflSsantés preuves.

Lliumiliié n'était certainement pas la tertu d(»ninante de ces évèques. Dans leurs communications éjnstolaires , ils se prodigvaieat entre eux y, même en se faisant des reproches, les qualifications orgueilleuses de saints j très^saints , vraiment saints; de

(i) Gregor. Turon* Hist , lib. 6, cap. 4^

très-dignes du siège apostolique ^ de trèsdigne pape^ de seigneurs saints^ de "votre sainteté , de voCre béatitude (i).

Les évéques , qui s^abaissaient à îoner auprès des roîs le rôle de courtisans , n'hésitaient pas , pour remplir dignement ce rôle, de sacrifier tous leurs devoirs. Je vais en rapporter quelques exemples.

Un certain Cla\idius coupable de sacrilège, ayant même d'être ordonné prêtre , avait emprunté de l'argent pour acheter un évêché. Le roi Clovîs , qui en était le vendeur, chargea saint Rémi d'accomplir le marché. Le saint , plus soumis aux ordres de son maître qu'aux lois de l'Église ,. s'empressa d'obéir. 11 imposa une pénitence à Claudius pour le purger de son sacrilège ,.lui conféra l'ordre de la prêtrise, et chargea trois évêques de le sacrer. Ces évêqùes étaient Héraclius de Paris, Léon de Sens et Théodore d'Auxerre. Scandalisés de la condescendance de saint Rémi, ils lui adressèrent

(i) Mecueil des Historiens de France, t. IT, p. 36, Sa,S4,ete.

sous LÀ PREMIÈRE RACE. 4^3

une épitre pleine de r^roches , exprimés sans ménagement et même avec dureté. Ils lui dirent qu'il vaudrait mieux pour eux n'avoir jamais vu le jour que àé consentir à une pareille transgression , ils le traitèrent de jubiléen ou centenaire, épithète qu'on lui donnait alors, à cause de son grand âge.

Piqué de ces reproches et de leur amer^tulkne , saint Rémi fit aux trois évèques une réponse qui offre Tunique témoignage de cette querelle. A la suscription, il les qualifie poliment de seigneurs vraiment saints et de frères bienheureux» Puis il se plaint d'être accusé de transgresser les lois ecclésiastiques 9 et ne se justifie de cette lacousatiou qu'en disant qu'il n'a point été corrompu par des présens , et qu'il s'est conformé à la volonté du roi 5 ^e roi, dit-il, défenseur et propagateur de la foi catholir que : « Vous m'écrivez, continue-t-il , quS N ses ordres sont en opposition avec les loi» )• canoniques : exercez-vous donc le souve- >i raîn sacerdoce pour en décider ainsi ? Ne. » doit-on pas obéir aux ordres du chef des

4^4 • HISTOIRE Dï PARIS

» régions , du protecteur de la patrie , du » triomphateur des nations (i)? ïf

Cette réponse, qui est celle d'un évèque courtisan , ne satisfera certainement ni les canonistes , ni les hommes fermes dans leur devoir. Il s'agissait^ci, non du régime temporel, mais de la consécration d'un évéque indigne de Tètre; il s'agissait de légitimer la simonie. Saint Rémi se montre dispose à céder k toutes les volontés de son maître barbare ; et cette disposition fait présmsier que ce saint n'a pas été fort scrupuleux dans le choix des moyens 'qu'il employa pour favoriser les conquêtes de Clovis, pour gagner sa confiance , pour obtenir de lui les richesses et les pouvoirs dont le clergé fut comblé , dans le choix des moyens qu'il mît en oeuvre poiu* le déterminer à se faire baptiser. . •

Voici un autre exemple de pareille complaisance, dont se rendit coupable, non uq seul évèque , mais presque .tous les évèques rassemblés en un concile.

(i) Recueil des Historiens de France, tom. J\ ^ pag. 53.

sots I^A ^KÈltlEHB A ACE. 4^^

Pfëtextat , évèqae de Rotten , accusé

d'avoir conspiré contre Chilpéric, d^avoir

célébré le mariage de Mérovée ^ fils de ce

rei 9 avec la reine Brunickilde , tante de ce

jeune prince , fut traduit devant un concife

atssemblé, en Tan 677 , à Paris, dans la ba-

agftique de Saint-Pierre et de Saint-Paul ^

depuis nonnnéé église de Sainte-Geneviève.

Chilpéric ouvrît la séance par un exposé

àes chefs d'accusation pcirtés conti^ Pré-

ieirtat* Sa vive décl^piation , entendue par

les Francs qui accompagnaient ce roi , et

qui étaient placés dans un lieu roisin ^ les

fie frémir de rage. Ils essayèrent de rompre

les portes de la basilique , pour en arracher

Tévèque accusé et pour le lapider, he roi

les contint.

Prétextât commença sa justification , nia tous les^ faits dont il était accusé, et soutint qu'il n'existait contre lui que l'apparctticedes cirimes qu'on lui imputait.

Des témoins à charge sont alors produits ; ils montrent l'argent que l'évêque leur a distribué pour les corrompre , et les rendre complice» de sa conspiration. Grégoire dit

4^ HISTOIKE DE PARIS

qu^ils sont de faux témoins. Prétextât re* pousse avec assez davantage leur allégation.

Chilpéric s'était retiré dans une pièce Toisine ] les évéques , réunis dans la sacristie, devaient hautement émettre leur opinion ^ ils conversaient entre eux'; aucun n'osait élever la voix en faveur de leur confrère accusé , lorsque Aétius , arclii^ diacre de Paris 9 s'avança , salua 'les prélats, et , par un discours énergique , essaya de ranimer leur courage abattu. <c Si 9 bannis- )» sant toute crainte, leur dit-il , vous vous » . montrez fermes , vos noms couverts de » gloire passeront à l'immortalité. Si vous V cédez à votre pusillanimité, vous serez â » jamais jugés indignes du divin sacer- » doce. »

Après ce discours, un morne silence règne dans l'assemblée \ aucun' évèque n'ose prendre la parole ; chacun , redoutant les vengeances de Frédégonde , l'ame de toute cette intrigue , comprimait ses lèvres avec son doigt.

Alors Grégoire de Tours , acteur et historien de cette scène, se lève, et, après

sous LÀ PREMIÈKE RAGE. 4^7

quelques phrases, il dit : « C'est à vous » particulièrement que je m'adresse , évê- » qûes, qui paraissez être dans la familiarité y du roi ; donnez-lui le vertueux et saint )» conseil de ne pas diriger le feu de sa » colère contre un ministre de Dieu, de » peur qu'il n'en soit lui-même la- victime , n et qu'il ne perde son royaume et sa .» gloire. »

Nouveau silence dans l'assemblée.

Grégoire de Tours continue, et cherche k intéresser les évèques , en fusant valoir le grand respect du à leur caractère. Ce nouveau levier n'ébranle point la masse du concile.' Les évèques gardent encore le silence, a Chacun des membres semblait » plongé dans un état de rêverie et de stu- » pidité. »

Cependant, deux pères de ce concile, Bertchramn ou Bertrand, évêque de Bor* deaux, Bagnemode, évêque de Paris, vont auprès de Chilpéric dénoncer Grégoire de Tours. Ils le peignent comme son plus grand ennemi. Chilpéric mande Grégoire. d« Tours : grande altercation entre le roi et

4^8 etSTOIU tA PlfiH

réyéqae. Ce dernier reçoit ensuite de&éaûs^ saires de Frëdégonde, qui lui aunoucent que tous les évèques du coadle sont déroués à cette reine , que lui seul s'oppose à la co^da^lnation de Prétextât, et que» s'il veut y consentir^ elle lui donnera deux cents livres pesant en argent, (k'égoire rejette ses propositions.

Le lendemain ) des évèques du concile viennent , auprès de Grégoire de Tours , tenter encore une fois de le corrompre : il résiste. ^

La seconde séance du concile s'ouvre; CMIpéric y inspiré par son épouse , vient produire un nouveau chef d'accusation contres Prétextât; il Taccuse de vol. L'accusé se justifie si bien ^ que Chilpério lui^ooiéoie le proclame innocent. Prétextât 9 après sa justification victorieuse , se retire. Chilpéric dit aux évèques ; // ne faut pattU contrarier la reine ^ que dois-je faire ? jiJlet trouver "Brétextat / conseillez-lui , amune de votre part , de s'a^ùer coupable ; diteslui qu* après cet aueu , vous vous jetterez tous à mes pieds et me demanderez son pardon.

sous Là. PaSMIÈAE HàCE. 4^

Les évèqties suivent ce conseil^ à force de aollicitatioiis , ils parviennent à détermi- U€r PréteKtat à cette inconcevable làcketé. Bientèt ou voit cet évèque s'avancer auprès du roi , se prosterner , s'étendre à ses pieds , et on Tenteud crier : Toi péché contre le ciel et contre vous , ô roi très-miséricordieux ; je Sids un abominable homicide ^ foi voubi "Vùuâ faire périr ^ et placer votre fils sur votre trône.

Après cette étrange confession , le roi se prosterne aux pieds des évèques, et leur dit : f^ous Fentendez , 6 très-pieux évéques , le coupable avoue son exécrable crime.

(( Nous relevâmes en pleuranrt , dit Gré- » goire de Tours^ Prétextât^ couché par y^ terre , et le roi j ayant ordonné qu'il fut )i mis hors de la basilique, se retira. »

Les évèques ne se jetèrent point aux pieds de Chilpéric , pour implorer le pardon, de leur confrère , comme ils l'avaient promis ^ ils ne pensèrent qu'à le déposer. Bertrand , évèque de Bordeaux , dit à Prétextât, qui restait plongé dans un état de stupeur : Écoulez , 6 mon frère jet eo^éyé^

43o HISTOIRE DS PARIS

que , nous ne poussons point exercer noire charité em^ers "vous , parce *que vous n'at/ez point obtenu votre grâce du roi y Hfaût donc avant vous rendre digne de son indulgence.

Chilpéric ordonne qu on déchire la tunique de Prétextât, qu'il soit maudit et excommunié à perpétuité. Grégoire de Tours fit de vains efforts pour s'opposer à cet ordre \ il ne fut secondé par aucun prélat. Le malheureux évèque de Rouen , arrêté^ mis en prison, grièvement blessé en essayant de s'évader, fut envoyé en exil dans une île voisine des côtes de Bretagne , où il resta jusqu'à la mort du roi (i). Rétabli alors sur sou siège , Frédégonde ne l'y laissa pas longtemps , et deux ans après , en 586 , elle le fit, comme je l'ai dit, assassiner, le jourde Pâques , dans son église , au milieu de son clergé , qui ne lui porta aucun secours (a).

De quarante-cinq évèques qui composaient le concile de Paris, il ne s'en trouva qu'un seul , Grégoire de Tours , qui remplit son devoir : tous les autres, inspirés par

(i) Gregor. Turon. Hist., lib. V, cap. 19. (a) Idem,Àlh. 8, cap. 3i.

sous LÀ PREMIÈRE RlGE. 4^1

Frédégonde ou par la peur, se montrèrent lâches, perfides, corrompus, <|prrupteurs et complices de cotte reine.

£gidius , ëvèque de Reims , se mêla beaucoup d^intrigués de cour , et s'en mèltt pour semer. la discorde, pour exciter les guerres civiles , pour armer le neveu contre l'oncle , le frère contre le frère. Il conspira deux fois contre la vie de Childebert , contre ceUe de la reine Brunichilde. Tant de crimes excitèrent les plaintes des intéressés. Un concile , en Sgo , s'assemble à Metz pour le juger. Il y est convaincu de plusieurs délits graves, même d'avoir fabriqué de faux titres pour s'approprier des biens sur lesquels il n'avait aucun droit. Après s'être long-temps défendu , ne trouvant aucun moyen de justification , il a recours à la miséricorde des évèques du concile : Je ne veux pas, leur dit-il , 4p^ vous tardiez daî^antage à prononcer votre jugement contre un crimineL Je me reconnais coupable du crime de lèse-majesté , et digne de mort , pour ai^oir conspiré contre la prospérité du roi et de la reine. Je recon--

43^ H1ST011.E DE PAKIS

nais que ^ par mes conseils ^ plusieurs guerres oiA éîéfailt^ , plusieurs cantons de la Garnie ont été dépeuplés, -«

Cet aveu , accompagné de larmed , toueha le» pères du concile 7 ils se bornèrent à Tesi- 1er à Strasbourg (i).

Aridifus , évèqme de Ljon , le conseiller de Branichilde et le complice des crime» de cette rein», fit lapider son confrère Désidérîus , évêque de Vieône (2).

Lorsqfu'en 585 Guntch(amn eut convoqué phifflenrs évèques à Orléans, éyècpies qm , la plupart , étaient en^és dans la eoxtspîration de Gundoval^e contre ce roi , Bertrand ^ évëque de Bordeaint, prélat coHrtisan et perfidie , qu'on a vu figurer lâ«bement dans l'affaire de Prétextât, reçut, en eette circonstance , une amère réprin^n^. Les évèques Nicaise d'AngouJèSne , Atitidms d'Agnan , furent à leur tout a«:ca&lés de re^ proches ^ mais Palladius d^ Saintes- fut le plus mal traité. Te voilà pour la Craèsième

* (i) Gregor, Toron. Bht., Ub. lO, cap. ig. (à) Frede§ttr. Ckron, , cap. 24 et 3a.

sous £À PISHIBUE ItACE. 4^3

fois coiwmncu de parjure , lui dit le roi : im mas tmmpéj em m* adressant defaux-rap* ports ytu appram^ais ma conduite dans te^ lettres ^ et tu la eondanmais par d'autres lettres j que tu adressms à mon frère*,.. Toujours avec moi tu t'es conduit en fourbe (i).

Le dîmancke saÎTftBt, ce roi, étant à l'égHse , vit Pal^kdias s'apprêtant à faire un semuHft ^ ému de colère , il sortit en disam : Je neveux point entendre les prédications de mon ennemi y de cet homme sisoiwent inf^ dèle , si souvient perfide (2).

Dans la même année fut assesablé un concile k Màcon, où furent eontdbinnéa les érèques PaHadivs , Oùrestse de Basas , et Ui> sicinus de Cahqrs. Gcu dernier fut inteirdic avec défense, pendant troi» ans, de coi^v ses chcTeux et sa barl^e, de célébrer là messe^ de donner les eulogies , avec injono^ tion de s^abstenir de vin et de cbaiit:, etc.

Un autre intrigant de cour , un ambitieux^

prélat , était Leudemundua , évèqp&e de

(i) Fredegar. Chron,, lib. 8, cap. a.

(a) Gregor. Turvi. MîmU, lib» fty*cap^ j. T. I. ij

Sion , qui , de concert a^ec quelques ducs j fit périr le duc Herpon. Après cet exploit, il vint prédire à la reine Bertrade q[ue.son mari Clotaire mourrais dans le cours de Tannée, et lui conseiller d'enlever ses trésors , de les faire transférer dans la place forte de Sion , et d'épouser le palrice Aiethéus, qui était disposé à répudi'er sa feiDm.e. Cette prophétie , ses propositions furent mal reçues par Bertrade. Son mari Clotaire, persuadé que l'évêque n^«ivait agi que par les conseils du patrice, fit poignarder ce dernier (i).

Voici encore deux évèques qui s'écartèrent étrangement des lois canoniques:

Rumildus de Maguelone , et Ranimire , d'abord abbé, puis évèque ^ Nismes. Ces deux prêtres parvinrent à soulever une partie du midi de la Gaule ,' toute la province septimanique , contre son roi Wamba.

Pendant cette révolte , Ranimire chassa et fit prisonnier Arégius, évèque de Nismes, et se mit à sa place.

(l) Fredegar. Chron, , cap. 4^ , 44»

sous LÀ PREMIERS RAGE. 4^^

Les deux prélats s'étaient déjà cirfparés de toute la province , lorsque le roi Wamba vint lui-mêm2 la reconquérir. Ranîmire , à soii approche , se réfugie à Narbonne , poursuiv' , il se retire dans le territoire de Béziers, . où il est pris et tué. L'évêque Rumihdus se défend dans la ville de Maguelone ^ mais , en s'échappant , il éprouve le même sort que son complice (i).

Je pourrais placer ces prélats dans la catégorie des guerriers , parce qu'ils ont suscité des guerres , soutenu plusieurs combats ^ mais l'histoire ne nous les montre pas combattant eux-mêmes les armes à la main. Je les range parmi les intrigans audacieux. Voici les évéques vraiment guerriers.

Sagittarius , évèque de Gap , et Salonius son frère , évèque d'Ejnbrun , tous deux élèves de saint Nicétius , évèque de Lyon , ont , je crois , donné dans la Gaule le premier 'exemple de l'étrange association du casque et de la mitre.

(x) Hisioria Vambœ régis; Recueil des Historiens de France, tom. II, pàg. 708 et suiv.

436 mSTOIRE 9Z PARIS

C^ deux prélats s'élaûem déjà signalés par une expédition contre Victor y ^vèque des Tricastins. Pendant que ce dernicar donnait une fête , et .qu'il avait pour cela éloigné ses gardes > Sagittarius et Salomns fondent brusquement sur la maison de Victor , et , lea armes k la main , frappent les serviteurs de Févéque , déchirent leurs yètemens , enlèvent les vases et tout ce qui était. préparé pour le festin (i).

Un concile punit cette violence. En lan 572 , les Lombards ayant lait une insursion dans la Gaule et dans les diocèses de Sagîttaritts et d^ Salonius , ces deux évèqnes.^ sous le commandement du patrice Mummolns, marcbèrent en armes contre les ennemis.

Cette action 9 louable dans tome autre per-^ sonne que celle d'un prêtre chrétien , était contraire aux lois canoniques. Grégoire de Tours s'en plaint , comme d'un forfait inouï ; « Ils se montrèrent à la guerre 9 dit-«il , non )) munis du signe céleste de la croix , maïs » armés comme des guerriers , le casque en

(i) GrMgor. Twwt, ffi$t» Kb. $, caf. ai.

sous- LA PREMIÈRE BAGE. 4^^

)» tète , -la cuirasse sur le dos^ et , ce qui est » plus condamnable encore , ils versèrent » de leurs mains le sïing de plusieurs enne- M mis (i). »

Cette conduite et des excès d'une nature plu3 grave les firent condamner à la dégra«dation par un concile tenu en 579 , à Chà- Ions. -Ils menèrent long-temps une vie vagabonde ^ on ignore la fin de Salonius } mais on sait que son frère Sagittarius , après avoir combattu dans l'armée de'Gundovalde et au siège de la cité des Convenues , se rendjtt , et , contre la foi promise , fut décapité (a).

Depuis cette époque jusqu'au règne de Louis XIV, l'histoire nous offre une multitude innombrable d'évèques , d'abbés , de prêtres , de moines qtti ont fait le métier de militaires , et -même de conquérans , comme le prouve l'exemple suivant.

Savaricus , évèquc d'Auxerre , entreprit d'ajouter au territoire de son évèché les

(i) Gregor. Tur, Hist, lib. 4» cap. 4^. (3) Idem, Ub. 7 , cap. %.

438 HISTOIEE DE PâRlS

territoires de son voisinage : il s'empara, à la tète d'une armée , des diocèses d'Orléans , de Nevers , de Tonnerre , d'Avalon et de Troyes. Cet évèque conquérant, à la faveur, des guerres civiles qui désolaient la Gaule , se proposait encore de faire le siège de Lyon *, mais , en Tan 7 1 5 , marchant contre cette ville, suivi d'une armée nombreuse, la foudre *du ciel l'atteignit , et suspendît le cours de ses victoires. Son corps, transporté' à Auxerre , fut enterré dans l'église de Saint-Germain (i).

Les évêques coupables de crimes ou de déréglemens sont nombreux^ tel fut Bricius , ou saint Brice , évèque de Tours , qui ridiculisait et maltraitait saint Martin son prédécesseur , scandalisait les citoyens de Tours par ses débauches , et ne laissait pas , de temps en temps , d'opérer quelques miracles. Il est honoré comme un saint (2).

Priscus, évèque de Lyon, de concert avec son épouse , persécutait les citoyens de j

^ (i) Accueil des Historiens de Frxuice , lom. III, <

pag. 639.

(3] Gre§or, Turon. Hist,, lib. a, cap. i.

sous CA PREMI£RE RACE. 4^9

cette ville, et ne cessait de dénigrer la mémoire de saint Nicéiius, son prédécesseur (i). '

Papolus, évèque de Langres^ souilla par ses crimes le siège' épiscopal. Ses actes tyranniques obligeaient ses diocésains à fuir hors du territoire ; il mourut des suites de vigoureux coups de bâton qu'un homme, prétendu rovenant , sous le nom de Saint^ Tréticus^ vint , pendant la nuit , lui appliquer sur la poitrine (2).

J'ai parlé de. Tintrigant et persécuteur Aridius, évèque de Lyon, qui fit lapider sou confrère Désidérius, évèque de Vienne. Ahbo, ou Bobo, évèque de Valence, Désidératus, ou Dido, évèque de Châlons , se rendirent coupables d'un crime seinblable. Us parvinrent par* leurs intrigues à faire martyriser leur confrère Léodéjgarius , ou saint Léger , évèque d'Autun. Bobo joignit à l'infamie de participer à ce meurtre- celle, de succéder à sa victime (3).

(1) Gregor, Tur. Hist, lib. 4 9 cap. 36.

(a) Idem, lib. 5, ca^f. 5. •?

(3) Vita sancti Leodegarii, cap. 10, i3.

44o lifsxoxaE ne Finis

FrontiMiius ^ 'évèc|ue d'Angoulétne , pour arriver à Tépiscopal , fit empoisonner scné prédécesseur Tévèque Maracharius , li^^iiinie généralemeiit estim» (i).

iMëlafitias concerta avec Frédé^onde TassRSsinat de Prétextât , éréque de Ronen y et devint par ce crime évèque de ceUe ville (a).

Cautinus , qui avait extorqué révédbé de Clermont, désirait ardemment une terre, appartenant à un prêtre , nommé Anastase : pour l'obtenir, il employa près de lui les caresses, les séductions^ puis les menaces et les vidbnces, et le fit traîner en prison» Alors il envoya dire à Anastase qUe , s'H persistaitdaus ses refus^ ille laiœerait moarir de faim , et lui ferait endurer pluMeurs supplices. Le prêtre fit eettie réponse : Taim» fmeux soufftir pendant quelque temps ^fcdme mieux périr de faim que de Uvrer pour toujours mes enfeuif aux hor*- ^reurs de la misère.

L'évêque , furieux , ordonne aux gardes

(i) ^Gregor, TuiPÊft. Hist. jik ^ , «aj^. Sy, (2) Idem, lib,^, cup. 4*'

sous LA PREMIERS tlÀCE. 44^

de le priver de nourriture 5 le prêtre reste inâ^ranlnble.

L'évéque alors le &il transférer de sa prison dans une petite église d'un faubourg.

Sous cette égHse^st un caveau sépulcral. La on voit un tombeau de marbre , qui renfemie un cadavre à demi-corrompu. Dans ce tombeau et sur ce cadavre on étend le malheureux Anastase •, le couvercle tombe ^ et renferme vivant dans le séjour de la mort.

Il faut Hre dans Grégoire .de Tours , les détails de cette scène horrible , le récit des soui&ances qu^endara ce prêtre^, et des SQO^Tvns qui lui procurèrent son exhnma*tion(ï).

Ce crime resta impuni. L'évéque Cautinus ne fut ni poursuivi , ni réprimandé.

Badégisile , ^vèqme du Mans , avait été maire du palais 5 Tévécké de cette ville venant à vaquer ,- il l'obtint de la faveur du roi, se fit tonsurer , et, «en 585, fut sacré

(1) Gregor. Tur. ffist, lâ>. 49 c<^P* ^^*

44^ HISTOIRE DE PÀBIS

évêque. « Il était très-cruel envers le peu- » pie , dit Grégoire de Tours 5 il enlevait , « pillait les biens de diverses personnes. » Son épouse , qui le surpassait en férocité , » Fexcitait par ses abominables conseils à » commettre les crimes les plus affreux*... » Je ne saurais trouver d'expressions assez » énergiques pour peindre convenablement )» la mécbanceté de celte femme , appelée » Magnatrude. Elle a souvent coupé les » parties sexuelles des hoinmes , ainsi que » la peau de leur ventre , et brûlé les en- » droits les p}us secrets du corps des fem- » mes , avec des lames de métal rougies au v feu : elle en faisait bien d'autres ^ mais je » crois qu'il vaut mieux les passer sous si- )) lence (i). »

Ce n'est pas sans répugnance que je me suis déterminé à traduire ces borribles détails ^ mais il faut faire connaître des moeurs que les ignorans ou les fourbes préconisent encore.

Sans nous arrêter sur plusieurs autres

(i) Gregor. Tur. Hist, ]ib. 8, cap. 39.

sous LÀ PREMIERE RAGE. 44^

traits propres à mieux earactériseir les crimes de ces évêques , leur rapacité , les supercheries, les violences qu'ils employaient pour s'approprier les biens d'autrui , pas-^ sons à leur débauche et à leur ivrognerie.

Droctégisilus , évèque de Sôissons ^ se livrait à de tels excès d'ivrognerie qu'il tomba dans u^ état de démence*. Son archidiacre qui aiaoLbitionnait sa dignité le &t sortir de la ville, sous prétexte que sa folie était plus modérée hors des murs qu'au dedans. « Il était grand mangeur, dit Gré - » goire de Tours, buvait extraordinaire- » ment , et bien au-delà des bornes qu'un » évèque doit se prescrire dans ses repas. » Le concile de Sourcy ordonna que , malgré son état d'aliénation , il serait maintenu sur son siège épiscopal (i).*

Audovéus , évèque d'Angers , vivait familièrement avec Théodulfe , archidiacre de Paris. Théodulfe avait quitté l'église de cette dernière ville , parce que l'évèque Ragnemode , souvent en querelle avec lui , le

(i) Gregor» TuroH. Hist, lib. 99 cap. 3^7.

444 filSTOIKft »« FÀKlâ

laissait fieul à IWtel. Il se réfbgia auprès

ii!Audos>eus , qui ra£Sectionnait , et qui se

* montrait ami de la joie. « Àudoyeus était,

«» dit Grégoire de Tours , irrogne , dissolu

» dans ses mœurs, et coupable d'adultère. »

S'étant liyf'é à la débauche dans ua Lel- Yéder qu'il ayait fait construire sur les remparts d* Angers , et se retirant un soir de ce lieu , iyre , et ne pouvant faire un pas sans être soutenu, il donna, on ne sait pourqum, un coup de poing à resclave qui , devant lui , portait le flambeau. L'esclavç , perdant Féquilibre , est précipité du haut des murs en bas : en tombant , il s'accrocha au mouchoir qui pendait à la ceinture de l'évèque , et l'aurait entraîné dans sa chute , si l'abbé ne l'eut retenu par les pieds -, mais renversé par l'effort , il se heurta contre ijine pierre , et mourut (f).

Guntharius , évèque de Tours , était si adonné aux excès du vin , qu*il en devînt hébété. Sa stupidité ne lui permettait pas de reconnaître les personnes ordinairement

(i) Grtgor. Tkrotu Mttt, Sh- m, «Bf>. i4*

SOVS hk PBEMlàlLE BAGE. 44^

mvitées a sa table , quoiqVil fût habitué à les voir; dans son état d'ivresse, il leur faisait des reproches , et leur disait des injures (i).

(( Cautinus \ évêque de Qerniont , dit » Grégoire d^^ours , n'ofiîcait dans sa con- » duite , aucun acte digne de son saint mi- » nistère; il ne respectait rien; il était fort » ignorant *, les ouvrages de littérature ^t » les livres saints lui étaient également in^ » connus. <..t II devint l'objet de l'exécra- » tion publique. U s'était livré au vin, et » en buvait outre mesure. U se réduisait M souvent à un tel état d'ivresse , que quatre )> hommes étaient obligés de le porter de la >} table au Uu Celte vie crapuleuse lui at- » tira des attaques d'épilepsîe qui se mani- » festaient souvent en public (a)« »

Voici commenê le même historien décrit Ia vie des évèques Saloniùs et Sagittarius , et remploi de leuf journée entière : « Ils » passaient a table presque toutes les nuits,

(i) Gregor. Tur, Aist. lij). lo, cap. 3i,

444 fiisTomfe I» PÀnis

laissait seul à rautel. Il se réfugia auprès à^Audoi^eus , qui rafifectionnait , et <{cii se montrait ami <le la joie. « Audoveus était, ♦» dit Grégoire de Tours , irrogne , dissolu » dans ses mœurs , et coupable d'adultère, n

S'étant liyi'é à la débauche dans un belyéder qu'il arait fait construire sur les remparts d* Angers , et se retirant un soir de ce lieu , irre , et ne pouvant feire un pas sans être soutenu, il donna, on ne sait pourqucM, un coup de poing à Tesclave qui , devant lui , portait le flambeau. L'esclavç , perdant Féquilibre , est précipité du haut des murs en bas : en tombant , il s'accrocha an mouchoir qui pendait à la ceinture de Tévèque , et l'aurait entraîné dans sa chute , si l'abbé ne Yeéi retenu par le» pieds 5 mai^ renversé par relFort , il se heurta contre ijine pierre , et mourut (f).

Guntharius , évèque de Tours , était si adonné aux excès du vin , qu*il en devint hébété. Sa stupidité ne lui permettait pas de reconnaître les personnes ordinairement

(i) Gregor. Twron. ffist. lib. w^ ceç. i4*

sous LA. PAEMIS&E ItACE. 44^

invitées à sa table , quoiquHl fut habitué à les voir; dans son état dHvresse, il leur faisait des reproches , et leur disait des mjures (i).

(( Cautinus ', évêque de Oemxont , dit

» Grégoire diQ^ours, B.*oflfrait dans sa con-

i> duite y aucun acte digne de son saint mi-

» nistère ^ il ne respectait rien ^ il était fort

» ignorant -, les ouvrages de littérature et

» les livres saints lui étaient également in^

» connus. «.t II devînt Tobjet de Texéçra-

» tion pixblique. Il s'était livré au vin, et

)> en buvait outre mesure. Il se réduisait

)) souvent à nn tel état d'ivresse , que quatre

» hommes étaient obligés de le porter de la

)i table au lit. Cette vie crapuleuse lui at-

» tira des attaques d'épilepsie qui se m>ni-

» fcstaieut souvent en public (a). »

Voici comment le même historien décrit La vie des évèques Saloniùs et Sagittariua , et remploi de leur journée entière : « Ils )> passaient à table presque toutes les nuits,

(i) Gregor. Tur, Aist, Itt). lo, cap. 3i,

toute espèce , uotammeut de^ iFisions , des apparitions , de faux miracles dont les fausses légendes sont remplies. J'en ai déjà , dans Tarticle de V Établissement du christianisme à Paris , donné plusieurs preuves ; en Yoici de nouvelles que me fournissent les religieux bénédictins , auteurs de VJffiS" toire littéraire dé France.

« Les faiseurs de légendes, au aînième » siècle 9 ne laissaient pas , disent-ils , d a- )) jouter des miracles imaginés aux réels , m et de les orner de quelques nouvelles » circonstances «qui en relevaient le mer- » veilleux. La trc^ grande crédulité et le » déCsiut de lumières firent recevoir , ; ^ns » examen y les unes comme les autres , et » donner même dans des visions et des ap* )> pariiions d'autant plus ridicules qu'elles » étaient extraordinaires (i), » *

Ce genre d'immoralité Si bientôt des progrès rapides, k Au sixième siècle, di* m ' seut les mêmes écrivains , on renchérit » sur le sixième, au sujet des légendes

(i) Miêtoire linérmre d% F^mee, tam. ID, psg. 3

BOV$ hk raBMffi&B BACS. 449

» faites à loiiir» On a vu <Ikn8 le siècle pi^*- » cèdent que , pour accréditer la dérotion D aux tombeaux des saints..,., la piété, » mais une piété qui n^était ni solide ni » éclairée , portait quelquefois à amplifier n et grossir les nuerTeilles de leurs légen- » des. D'autres fois, lorsqu'on manquait de )> ries originales , on y en substituait d'au- » tives faites après coup ; Ton se défit de ce » scrupule , et on alla jusqu'à en supposer » à^ entièrement faùues (i). »

Parmi les fraudes qui furent imaginées pendant cette période, il faudrait citer ce grandnofflbre àe fausses reliques.^ espèces d'amulettes ou talismaujb qu'on offrait impudemment à la vénération publique : la citation serait trop longue.

N'a-t-on pas vu, ep $79, les pères du concile de Cbàlons imputer sciemment un faux délit à leurs confrères Sagittarius et Salonius? Ces deux évèques étaient simplement accusés di adultère et é^homicide. Ces forfaits n'auraient pas suffi pour déterminer

(1) Histoire littéraire de France, tom. m» p. 4^5.

45c> HisToi&E d£ Paris

le roi Guntchramn à les punir. Le concile tout entier ne craignit pas de proclamer un mensonge , en les accusant d'un crime d'Etat dont ils étaient innocent, a Ces cvè- » qiies , dit Grégoire dte To.urs , afin de » purger par la pénitence les crimes des » deux accusés , jugèrent convenable d'a- » jouter qu'ils étaient aussi criminels de » lèee-majesté et de trahison contre la pa-

» tiie(i). »

Trois lois sont insérées dans le code TUéodosien, au titre Extrauagans , ou Titulus subditus. Dans la première , le savant Jacques Godefroi a découvart plus de "vingt preus^es de fausseté. Ces lois, toutes en faveur de l'autorité temporelle des évêques , ne sont-elles pas l'ouvrage de quelque ecclésiastique faussaire (2) ?

Combien d'autres /wuwe£«5 imaginées sous la première race , multipliées dans la suite , n'auraîs-je pas à signaler, si j'entreprenais de les décrire toutes ! Il suffira de dire

(i) Gregor. Tur.Hist. hb 5, cap. 28.

(2) Codex Theodosianus , lib. 16, tit. la, pag. 3o3, édit. i665.

sous LÀ PREMIÈRE RÀÇE. 4^'

qu^elles ont été érigées en . principes , et qu'on les a même honorées d'une qualification respectable, en ' les nommant jfr^udfaj pieuses.

On peut .aussi reprocher aux évèques de cette période d'avoir donné aux Francs qu'ils convertirent de fausses idées du christianisme, de leur avoir présenté cette religion dépouillée de sa morale et réduite à des pratiques ; d'avoir négligé le principal pour ne s'attacher qu'à l'accessoire. Pourquoi ont -ils souffert dans les églises chrétiennes les pratiques païennes ou magiques des auspices et du sort des saints ?

Pourquoi n'ont-ils jamais osé , devant les Francs , avides de pillages , prêcher le respeci pour le bien d'autrui , respect si strictement recommandé dans l'Evangile ? Pourquoi n'ont-ils jamais.prescrit le pardon des injures à ces barbares qui plaçaient la vengeance au rang de leurs premiers devoirs? Pourquoi n'ont -ils pas continueUement combattu leurs habitudes cruelles , lem* penchant à répandre le sang de leurs .semr

45a . JUSITOIBS JME PARIS

blabies ? Pourquoi uc leur tmt4lA pas sam ce&se reproduit le premier prêche du Dé*cslogue 9 Tu ne tueras poiat^ œC «sitre pcécepte de FËvangile , Qui frappe du giem^e pérùki par es glaii^e? Pourquoi n'ont-ils presque jamais eu le oonrag^e de s'âever eonire leiu*s wices familiers, la violatioii des sermens, la perfidie, le brigandage, les assassinais^ «vices n^rouvés par touies les religions, par la morale d^ toivs ie5 temps , de tous les pays ? Ils TOulRient nué^ uagter leurs nouveaux nmtres , mériter leurs bienfaits, en obtenir de nouveaux, et ils redoutaient leur £érocké. Ainsi ^ par reconnaissance , par. avidité ou par cminte , au lieu de sounuettre lecaractère des Francs amxloisdu cbrîstiaaaiçine , ils sounirenç cette religion au car.actère des Francs.

Lorsque les gmerri^ civiles et les borri*bles calamités qu'elles entraînaient désolaient le phis fortement la G9«le., que fireni: les évèques pour en arrêter le covis^ pour en dimiimer le$ effets? Rien , ou presque rieu. On trouve cependant quelques pré-

laXs <[uî s'^fibroèreBtkoléosieat d'arrêter Ott de détourner ce fléau. Mais leur zèle fut sans succès.

En Tan 573, le roi Guntchramn , daii$ le dessein de faire cesser les guerres désastreuçes que ses deux frères, Sigeberit et Chilpéric, se faisaient depuis long*>temps, £onyo<[ua , dans la ville de Paris , un concile où se réunirent trente-^teux évêques. Ce roi les invita à s'occuper àçB anoyeos propres à ramener la paix si nécessaire. Ces prâats refusèrent o^màtrénueni leurs coaseils et leur médiation.

a Comme eette guerre , dit Grégoire de » Tours 9 devenaix chaque jiQur plus aeliar- » née> les évèques, à caujse des crimes qu'y )> commettaient les deu^ frèrei^ ennemis 9 )> ne Toulurent pas s'en mêler (i). 1» Aî&si? le molif qui leujr faisait un devoir 4* tra^ vailler promintement à. une pjaçijica^n fujt celui de leur re&ks à s'y prêter*

Cependant I je dois le dire, au ccHiunen*cemeat de la première race , lor-sque le mal

(1) Grêgor, Tur, Hiat. Kh. 4 , cap. 4«.

n'avait pas encore acquis toute son énergie , la Gaule et Paris eurent^ des évêques dont les noms méritent d'être honorablement transmis à la postérité. Eptadius , par modestie, refusa Tépiscopat, dépensa sa fortune en rachetant , et rendant à la liberté et à leur famille plusieurs des nombreux esclaves que Chlodovech avait faits en conquérant le royaume deç Wisigoths. Saint Landri , évêque de Paris , vendit ses meubles et les vases sacrés de son église pour nourrir les pauvres pendant une famine.

Saint Germain, autre évêque de Paris, eut le courage de châtier les moeurs scanda* leuses du roi Charibert , et s'efforça d'éteindre ou de diminuer le feu des guerres civiles. On trouve aussi quelques autres évèques' qm employèrent avec succès' l'ascetîdant que leur donnait leur ministère sur l'esprit-des rois , pour tempérer leur colère, et leur soustraire quelques victimes*, mais bientôt , la corruption ayant fait des progrès , ces actes de bienfaisance et de générosité ne reparurent plus , et furent remplacés par des actes tout contraires.

sous LÀ PREMIÈRE RAGE. 4^^

A la fin de la première race, Faction progressive de la barbarie avait étendu ses envahissemens sur toutes les classes de la société , et acquis une déplorable consistance. Des nombreux témoignages de cette triste vérité , je ne rapporterai qu'une lettre adressée, en 74^5 P*r saint Boniface, évèque de Mayence , à Zacharie , évèque de Rome. Ce saint lui annonce que Carloman, duc des Francs , Fa invité à convoquer un synode dans la partie de la Gaule qui lui est soumise , « où , dii-il , depuis soixante ou » soixante-dix ans , la religion ecclésiastique » est détruite ou tombée dans le mépris. )) Les habitans les plus âgés disent que, » depuis plus de quatre-vingts ans, il ne » s'y est pas tenu de concile-, qu'on n'y a » pas vu d^archevêque ^ qu'aucune église » n'y a été fondée ni rétablie ^ de sorte que » la plus grande partie des sièges épisco- » paux sont devenus la propriété de laï- » ques avides , et de prêtres débauchés qui » font un trafic des biens de TÉglise, ou » en jouissent comme s'ils étaient des biens » séculiers. . . . Parmi ces espèces d'évêque» ,

456 HISTOI&E DE PAEIS

i» oa en trouve qoelques-ona qui se dûent » iaiM)ceos de fornication et d adultères^ « loaia iJ8 sont des ivrognes , ou des hai»- » ine9 sans cesse occupés du plaisir de la D chasse ou du métier de la guerre , où ils » vont armés, et , de leur main , répandent ' » indifféremment le #ang des païens et celui » dfis chrétiens (i)^ )>

 la suite de cette notice générale 'jsur la dépravation morale du clergé gaulois ;, pendant la première raoe des jnois francs, je vais en joindre une qui est particulière aine étréqnes de Paris. J'ai déjà parlé, sous le rapport de la propagation du christianisme , d«6 prcaniers évèques de cette ville ; je vais , autant que la disette des monumens me le permettra, les présenter sous le rapport moral.

jSaffiuiacus, évèque de Paris en^Tan 549 ? fut, vers l'an 55 z , dans un concîie tenu à Paris ^ déposé pour des crimes capitaux : les uns prétendent qu'il était accusé de simonie \

(i) Recueil des ffistùriens de France , tom. lY,

sous LA PREMIÈRE RACE. , 4^7

d^autres pensent que ses fréquens adultères furent, cause de sa déposition.

Saint Germain, vingtième évêque de ' Paris, étïiât, suivant tous le» témoignages,, recommandable par sa doctrine et ses bonnes actions. L'histoire nous le présente sous c^ rapport av£^ntageux ; sa légende lui. attribue plusieurs actes surnaturels. Le public d'alorat dédaignait les vertus , et n^admirait que les Huracles. Il mourut en 5^6.

Ragnemode, vingt et unième évêque, figure dans This toire comme un , prélat de cour , un favori de l'infernale Frédégonde , .dont il parait , à certains égards, avoir été le complice. Il mourut en Sgi.

Eusèbe , vingt-deuxième évêque , était un marchand syrien, qui aspira aux hon* neurs et aux richesses de Tépisçopat : préféré au frère de Ragnemode , son concurrent, ^ parce qu'il fournit unje plus grande somme d'argent , l'évêché lui fut ajljugé. Il chassa tout le. clergé de son prédécesseur , et le re&iplaça par des ecclésiastiques syriens , attachés à sa maison.

Il occupa peu de temps le siège épiscopal. T. I. 39

458 flISTOtRB DE PARTS

Faramondus , son compëtiteU'f , le rèïDplaça

bientôt : on ne sait si ^pour cela , il àttëb-

dit la mort d^Eiisèbe. Des éyèqdes qui

viennent en^te je Vais dtér'ies pliis

-connus.

■ * Landericus ou saibt landri, yingt-hui-

tième évéque , est du petit nombre de cetax dont le nom tnérite d'ètrè bèhorâblèfiièiit mentionné ; il Ait, en l'an ^5o, ëlêvé au siège épiscopal. L'aiihée suivante , tihe'liôrrible famine ^désolà^les habitâïis de sàh diocèse : notre évêqùe , ainsi quHl a été dît , vendit les meublés dé sa maison , lès vases précieux de son léglise , pour nourrir les pauvres.'

On lui attribue la fondation de PHôtel- Dîeu', celte assertion n'est àppuyce ^ur auçtonfe preuve. Ob sait 'qu'avant lui, pires de toutes îès égKsës càïHëdrales , il existait 4in ^ospîèe'destînélaùx pauvres , appelés matriéùiài^es , c^ést-à-fee enregistrés dans la matricule ^de tes églises: pèut-ètré iaîiit tandki fit-il tecônstrWre 6u ri^if*it'èr le bâtiment qui leur était cotfôàbi*é.

XaèVirî eut p6ur Successeur ^CWodoIier-

sous LÀ t^REWIEUt BÀCE. 4^

trts , dèhit 'léS àétfens sOlît^peu toïlîïues.

^Sigôtiatfdifs àvL Sîgobcrra'udtis , trentième ^êque de'Paris,'fest traHé, daiis la vie de Baînte Rtthildé, èe mis'éraBle ét^etiue , àont l'orgueil câUsa la ^ mort. En 664 ? îl vîtit à Ckelles, atîprès de la teine Bathîlde , prit qneréHieâtWc lés Francs^ de Kiétte reine-, il ^n'tëSttlra. une émeuie où cet êvéque fut tûé.''L>tiieûrde la vie de saîAte Bathîïde dit qu'il mérita sa taôrt (ï).

Itriptii'tùhtis âuccéda'à'Sigiberraùdùs. Il rt^est édUliti *quie par mie 'eôt*rtéspicmdafnce qu'iP'eùt ' siVèc FrodtAé^tus* , évèque de Toiiffs. <î(Er dernier , peliidant qUe les habitansde^son diotèse souffraient toe rigoutteu^e'liarfiirie, chargea Itioportttiiiïs ^de'ltd ^(ihetér du blé , et de le hirettvoyer àTonrs. (De- blé sirrîvé ^^ trouva - corrompii ^ il étadt imfifoëi^il^le de ' é'én nourrir* Frodobeftûs s'en pilaîgn^'à ï'évêque de Paris etikd envoya litf 'écbàiltillhn du ' pain fifbHqUé . avec éc M-é 5^ ^ur » lui prouver i^'îl if^étâit pas uismg'éable. Quoique les plaintes de- Frodo-

(i) Gallià ch^istitma^'iom, Vtl, col. 17 et suiv.

46o HISTOll^B DE PARIS

bertps ne fussent accompagnées d'aucune parole offensante , Importunus en fut vivement piqué. Au lieu de justifier sa conduite, il lui répond qu'il ne veiut avoir aucun démêlé avec lui ni avec ses pareils. Il lui reproche d'avoir fait enlever la femniQ.uiiique de Grimoalde , maire du palais de Sigeberi, de l'avoir fait trançférer dans un monastère de Touraine ; où il vivait avec elle dans un commerqe scandaleux. . '

L'évêque de Paris , dans une autre missive, accable Frodobertus des injures les plus violente^, les plus grossières : a Une » , croit, dit- il) ni à Dieu, ni à son fils, ni j} aux saints^ il est dominé par le diablf^ -)) U a toujours, fait du mal. Tes père ei » mère , ajou|;e-t-il , n'avaient aucun res- » pect pour le Christ , puisqu'il t'opt toi- » mên;^, engendré dans un monastère. .. . ». Rappelle-i^oi les iniquités quç tu as com- » mises contre le maire du palais Gri- » moaldç , contre sa femme, que tu lui )) as enlevée..;. Tu lui as ravi son or, son >» argent , sOn honneur. » U lui parle ensuite de ses amours avec une jeune fille, le

SOLS LA. PAtfMIÈRE KACE. 4^1

traite de fomicateur , et lui donne un conseil , que sans doute l¥vêque" de Tours> n'aura pas suivi , celui de se soumettre à une certaine opération, seule capable de mettre fin à so# libertinage Çper.omnia jubé te castrare ut non pereas per ta- • lia (i). ~

f C'est ainsi que se traitaient les évêques gaulois que les modernes nous présentent, dans le lointain du passé 7 sous l'appareil de .graves et saints personnages. Sont-ils rapprochés de nous , le prestige s'évanouit , et l'on ne voit que des êtres peu estimables.

Agîlbertus succéda, vers l'an 669, à l'évèque Importunus. Avant d'être ékvé au siège de Paris, Agîlbertus ava.it , pendant quelques années , rempli les fonctions d'évêquel en Irlande. Si , dans ce pays étranger, il acquit 'quelqueis connaissances dans la religion ecclésiastique , il n'y puisa point des préceptes de morale ; on en jugera par le trait suivant.

(i) Câpitularia regum Fnmcorum; Baluzii nova CoUectio Jbrmularum , tom. Il, col. 563.

46a HISTOV^ DE. PiRl$

Ébroîn ^ ]3p^ire, du; palais ,. aprÀ$>la ]^ataille de, liafaut) poursu^TÎt. $0x1 ennemi , le duc Martin, qui sç. réfugia 4ans Inipctere^se de Liu>n. Ebroîi^j craignant d^ perdre trop de temps au siège de cefljl place ,. résolut demployoE un moyen plus ^^çpéditif • Il députa auprès du duc Martin deux évêcjues , Agilbe)r.tius de^PairîiSç,, Qt EégMiu$,de Reims , qui,, a^. nQm de, le;Uï; maitre > proipii^en^ la vie à ce duc,« s'il consentait à rend;re la place ; et corrobor^èrqnt, cetjl;^ p^oaiejss^e par un $ern)ep.t snlun^ellement prononcé sur un» reliimaii-e. Ce serment , p]:eté paf deux prélats sur un objet sacré, déteripina le duc Mfif Ûn^ \ H refidit la pl^pe., M^i^ à p«ine en fiijt-U dçfe^oiî^,. qu'il ^eys\% ftf jailli p9^ 1^^ gens d'ÉJ^roi^., qui, viol«tQt la îçi jurée., le wwreint, ejt Je poig^ardèficfli*.

Mais le serment des éyèques, dii:a7troa? Çe^ évéque/» épient s^ns foi.. Mai^, à^n^ Imm opinions sap4^rû|:îeu^e^, M'auraientils pi^si du cii^jind^re U v^nge^ucev du saint sur les reliques duqu^l ils venaient de se parjurer ? Ils avaient eu la précaution de les retirer dVapce » e^t de u^ J^irç hw s.e?-

sous LA PlUEMIEflE mACE. 4^3

meut que s^r uu rçU(juf\ire vide.(i). ^oilà les finesses , les fraudes pieuses du hpVk viçux temps. Le roi Robert , surnommé le df yôt , faisait de nièipe prêter serment sur de3 relfquairjes xides, co^w^jç le dirai Am& la. Sjuije (2).

Les autres évèques des derniers temps de la prenuère race , mentionnés dans les catalqguies, dans les cbartres, ne le ^<imt point dans l'histoire.

Il convient, pour compléter le tableau moral d^ cette période , de rassepabler un petit nombre de traits propres à caractériser les mœurs de la noblesse , de ces hommes privilégiés, connus sous le nom de leudes ^ domestiques , ducs , comtes , etc. Cette classe aristocratique se composait ordinai-* renient de Francs et de Romains.

Les Leudes , Francs, d'origine , ne remplirent d'abord que des fonctions militaires ; ce fut parmi les Romains un peu lettrés qi^ç les ^*ois ç^ioisi^ieQ^ des. référendaii^es ,

(i) F(redegarii Çhronic. pajrs Hi-Hecueil dçê ffdsr toriens de France, tom. II, pag. é^bi.

(2) Voyez ci-aprè$, troisième race , le voïRobiert»

des percepteurs d^imposîtions , et des comtes charges de rendre la justice. Ces deux classes , d^ abord distinctes sous le rapport des mœurs, se confondirent bientôt. Les habitudes des Francs , fortifiées par le pouvoir , prévalurent sur celles des Romains alsservis. Ces derniers se laissèrent entraîner par le torrent de la barbarie 5 cependant il se conserva encore quelque temps des nuances diverses entre les mœurs des uns et celles des autres. Pour rendre ces Nuances sensibles et abréger un tableau déjà trop étendu, j'ai imaginé d'offrir aux lecteurs deux parallèles exposés dans deux notes qui vont suivre.

Dans la première , je présente les actions de deux ducs , Fun Romain et Fautre Franc , qui , tous deux^ paraissent être les plus criminels de tous les hommes mentionnés dans Thistoire de Grégoire de Tours (i).

(1) Eulalius, d'origine gauloise , comte d'Auvergne, était fort déréglé dans ses mœurs. Sa mère , très-dévote , le réprimandait sooyent : elle fui trouvée étranglée daçs son lit. L'évêque excommunia ce duc, et ^^ependant Ini permit d'assister à la solennité des messes , et de parti-

sous LÀ PREMIÈRE RAGE, 4^5

Dans la seconde note • je réunis deux ducs de diverses origines , qui , d'après le

cîper à la communion : Le bruit public vous accuse de parricide , lui dit hautement ce prélat ; j'ignore si vous en ^tes coupable :jen laisse le jugement à Dieu et au bienheureux martyr saint Julien. Si vous êtes innocent , comme vous le dites, approchez, et recevez une portion de l'Eucharistie , mettez-la dans votre bouche : alors Dieu verra l'ii^térieur de votre conscience. Après cette étrange manière d^administrer la communion, Eulalius prit rËucharistie , et se retira. (Voyez, dans le Traité des superstitions , par l'abbé Thiers, tom. II, chap. 9, pag. Bso, 33 1 , plusieurs antres exemples de cette pratique remarquable , où la communion était administrée sans tonfession.) * Eulalius se livrait à la débauche avec ses servantes, aDandounait sa femme Tétradia , lui enlevait son or , ses bijoux, et la frappait jusqu'à la blesser grièvement. Il fit un voyage en cour. Pendant son absence , son neveu Vérus épousa sa femme Téti*adia : puis , craignant la colère d'Eulalius , il la livra au duc Désidérius qui à son tour l'épousa. Que de désordres !

Eulalius , indigné , tue Vérus , son neveu , qui avait épousé sa femme, va se plaindre à la cour de Guntchramn, contre Désidérius qui l'avait de nouveau épousée ; et l'objet de sa plainte , à la cour de ce saint roi, est tourné en ridicule : on se moque de lui.

Eulalius enlève une jeune religieuse du couvent de Lyon ; mais ses concubines, jalouses d'elle , la bouclèrent {oppilaverunt)^ on lui firent une opération qui

466 flisTom^ DE PA&is

même historien, se sont signalé^ par ^es actions les plus dignes d^éloges ^ ce o^yen,

la rendait impropre à recevoir les caresses des hoogmioa.

Eulalius attaqua en trahison Émérius , ^ou^in de,cçtte religieuse enlevée , et lui donna la mort II tua^g^^p^^ lement Socratius , frère illégitime de sa sœur. Il c^^i^i^it^ j^usieurs autres crimes , dit Grégoire de Tours ; n^iûs le, récit en serait trop long. ( Gregor» Turon. Histf lib. 8, cap. 27, 4^; lib. 10, cap. 8.j

l^arlous maintenant du duc de Rauching, qui certainement é4ait d'origine barbare.

Il avait à son service un jeune garçon et une jeune fille , qui , épris d^amour l'un pour l'autre , soUicitèreik^ la permission d'être unis par les solennités de l'Eglise. Le duc seconde leurs vœux , et demande au prêtre leur absolution. Le prêtre lui dit : yoiu connaissez le respect dû aux actes de l'Eglise de Dieu , vous sawez qu*en recevant ces époux , vous devez vous engager, par serment , de maintenir leur if/iion et de les exempter de chdtimens corporels.

Rauching alors parut hésiter, se tut, puis, prc^aant sa résolution , il prêta sur l'autel ce serment : Je jure de ne séparer jamais ces époux, et promets que le garçon n'épousera point une autre fille y ni la fille un autre garçon, La cérémonie terminée, Rauching, rentré ches liii, fait couper un arbre, excaver son tronc en forme de cercueil, et creuser un fossé. Le tronc excavé est placé dans le fossé , la jeune épouse et son mari sont attac^s et placés dans l'excavation de l'arbre ; un couvercle est posé sur leurs corps vivans , et le tout est recouvert de

sous LA PREMIÈRE RACE. 4^^

d'upe impartialité sévère, met sous les yeux du lecteur les, termes de compai:;ai$on

tgaeÇi, Jen't^pQÎnt vhlé mpt\ s€rmeutf disait 1^ duc, jt^n*tfl pQÎnti^éparji.le^s 4pou^^ ; l^s voilà. unis pour ZVternité»

Ii^^tf;mt de cqtt^.a^ocité^ le prêtre accourt, dei^ctande ^yeç ij^t^ace, et a^o^b^ent qu'avec peiae Pexhumatiopf des dpii]^ époux. La^ fosse est découverte ;.le jeune homme vivait encore ; la fille était morte suifoqiiée. ( Gregor* Tur. àist, lib, 5, ç. 3.) * ^

Un autre trait suffira^ pour caractériser la méchanceté du duc'Eauching. Je; laisse parler Grégoire d^ Tours.

cc-Iiprsfjue, suivant l'us(ige, un de ses serviteurs tenait, j» devant lui^ pends^nt ses rcpa^, un cierge allumé, il 12. exigeait <me<T®: serviteur ehX les japibes. nues,^ et <]p'il 9. iippliquât sur ellies le flambeaii. jusqu'à ce qu'il fût >^. 4t^û>^* AJLors il le lui faisait rallumer pour recommencer

V le m^e sifpplice jusqu'à ce que les jambes du patien^

V fussent entièrement brûlées. Si la douleur lui arrachait

M quelques cris , ou le faisait changer de place , Rauchinç » aussitôt tirait son^ poignard, et menaçait de l'en percer. » Les larmes que versait ce malheureiix servitei^ avaient 9. d^s^ charges poifr le duc , et lui causaient des traas- » ports de joie. » ( Gr^egoV' Tur. liist. lib. 5, cap. 3.)

Le duc Rauching fut assassiné dans le palais de Ghildebert, et p^^ ordre de ce roi, non en expiaUon |^es cru^^tés dont on vient de pitprler (elles étaient toiijpjiur^ imp^I^es), ma^ ppu^ avoir conspiré coi^tre sa personne.

On aperçoit maintenant la nuance qui distingue, b (^ç^rv^i^té; d<^ duc £ulali^8 de celLç dv^ duc Rauching.

(Taprès lesquels il pourra sans difficulté porter son jugement (i).

(x) Le tluc Bertefrcd, Franc d'origine, n'était certainement pas un homme exempt de crimes : ligué aVèc le duc Ursion , il fit une guerre d'extermination à Lupus , duc de Champagne , et voulait lui enlever son duché et la Viei Quelques années après , Bertefred se ligue aussi avec Ursion et Rauching , et forme avec eux le projet de détrAner Ghildebert, de fj^re mourir ce roi, de dépouiller de toute sou autorité la reine Brunichilde, de la réduire à l'état le plus abject, de se partager FAustrasie, et d'accuser les Tourangeaux et Poitevins qui se •trouvaient à la cour, d'éti^e les auteurs de ces crimes. La conspiration est connue, les conspirateurs sont poursuivis: Rauching est tué; Ursion et Bertefred se dé- «» fendent les armes à la main. La reine Brunichilde qui veut sauver Bertefred , parce qu'il est moins coupable qu'Ursion , et parce qu'elle avait tenu sa fille sur les fonts baptismaux, lui fait dire : Séparez-^ous de cet homme, notre ennemi, la vie vous sera accordée, Bertefred fit cette réponse : Je ne l'abandonnerai jamais j la moft seule nous séparera.

Voilà l'unique trait de générosité que l'on découvre chez les Francs dans Fhistoire de Grégoire de Tours (lib. 9, cap. 9).

Le duc Chrodinus était évidemment Gaulois-Romain : Grégoire de Tours loue la bonté de son cœur , sa piété , les nombreuses aumônes qu'il distribuait aux pauvres. Pepdant la jeunesse de Sigebert, il fut nommé maire do palais de ce roi \ il refusa cette dignité , et motiva ton

sous Li. PREMiÈKE RAGE. ^6g

.Je* n'ajouterai, sur les nobles de U première race , que la relation d'un voyage contenant plusieurs traits propres à faire juger de leur fidélité envers leur roi.

En l'an 584 > le mariage de Rigonthe, fille de Çhilpérîc et de Frédégonde , avec Récarède , prince des Goths , fut conclu. Chilpéric se rend à Paris , y convoque ses Leudes ou fidèles , et fait célébrer le mariage. .

Par ses ordres , on arraohe de leur foyer un grand nombre de familles parisiennes , pour , coDune je Tai dit , servir à la pompe du cortège de sa fille. Tous les apprêts sont

Refus sur Fimpossibilité qu'il trouvait à faire le bien» f< Il a souvent établi. des villages, planté, des vignes, » bâti des maisons, favorisé la culture des terres. Il » logeait, il nourrissait à sa table des évêques sans » éyéché , et qui n'étaient pas riches . il leur donnait ,» des habitations , des terres et des hommes pour trai) Tailler; il leur distribuait de l'argent, des meubles, »,des tapisseries, des ustensiles. II serait trop long, dit j» Grégoire de Tours , de rapporter en détail toutes ses » bonnes actions. » Il mourut en l'an 583 , à l'âge de près de quatre-vingts ans. ( Gregor, Tur, Bist. lib. 6, cap. 30 ; Epitomàta, cap. 58, 69 )

Ces deux ducs dliSerent entre eiy[ , comme celui qui détruit diffère de celui qui édifie. i

4^0 HislonifiirtE p^iKïs

faits. CWlp'Mc avait donné à Rigionthe 'des ~ trésors liftihetises. Frédégônde , pins libérale enéore , ^i^riéHérit éHr U' gériërOiitë de son m^ri/ën ^dtitâiit à ces défis trtie qtiantîté étohnante à'6r, d'argent, de bijoux «t dé vètèihens pfécîeux. Cbîlpéric et ses Leudes, téteioiÉis de ces dons, ketnbïèrent s'étènnèr de té prodigieux amas de' ritîhesses. FrédëgkyÉtde prévînt leurs répt^ôdiés, en !èùr disait qu'elles fee'provenàîièiit poSnt du tféàbr des andens rois , maïs qu'elles réstdtaiént de sofa économie , dé la bôntie adittî- Yiïsti'àliôn de ses biens jtjii' elles étaient le fruit de ses épargnes et des présens qu'elle «aT«St reçtts de '8<wr épôttx.

einquame vdtilirès sufcèfat à' J>eitie'i^^ charîer le riche bagage de la, princesse RiigonAe, Sbn côttége secè'mposaiit de plus die quàlti^e ttiîlle ^bônimès armés, à Jiierd oo à cheval. Les ducs JÛômégîsèllus , Ansoalde , BladastQ^le maire du palais Wadon , étaient ^péifeiiàleB$ënt=di*rgéd de^cfémmtiïidiei' là bril- ^laiiïé escorte , et dé veiller à la sûreté de la ipripçesçe et de ses trésqrs.

Le eortége , fowlàé* àemf'ht tSté de^ Paris ,

sous LA PREMIÈRE RAGE. */^^l

se met en marclie \ mais en sortant par la poHe méridionale de cette ville , Fessieu Itftine des voitures se rompt, Les^assistans , eSràjés par tel accident, en tirent un funeste présage , et s'écrient : O malheur (mata hora) !

'Enfin le cortège quitte Paris. Après avoir pàr(X)uru ùh espace d'enviton huit milles ^trois lieues) , il s'arrête -, od dresse des tenues pour y passer la nuit (i).

léi cothméncént les malheurs dû voyage de Rigomhe.

Pendant la nuit , cinquante hoînmes de l'escorte se lèvent , s'emparent de cent des meilleurs chevaux , de leurs freins d'or , de 'déhix grandes chaînes de ce précieux métal , et fttient avec ce butin dans les États du roi Ghildebert.*

: (t) il hféiMBàt aléti sàr les rôtîtes , ni dans les lielix Btfbitéa, attcun logement, aucune hôtellerie pour les voyageurs ; ils couchaient sous la tente. Entre autres exemples que je pourrais citer , est celui de Marculfe , ëv^iiuedé Sérfis ,' qui , venant à Paris pour avoir une audience ide eUlpérie , ftàu , dit 'GM^éiré dëf Tèu^ , sans pouvoir Fobtenir y troii |ourt sf^lis la tente: (Liy. ^, cap. 46. )

é^jX HISTOIRE DE PAUIS

Pendant tout le reste de la route , les ri- 'chesses de Rigonthe devinrent successivement la proie des personnes chargées de les protéger -, mais cette princesse ne fut pas la seule victime de l'avidité de sa gard^«

Chilpéric avait sévèrement recommandé de ne prendre, pour la nourriture des kommesde Tescorte^ aucune denrée, aucune cliose dans les terres de son fisc ^ de sorte que les personnes et les chevaux devaient être alimentés par des exactions ou par le pillage. Aussi les villes et les campagnes qui se trouvaient sur le passage furent-elles mises à contribution et horriblement dévastées.

(( Pendant toute la route , dit Grégoire de » Tours , ceux qui composaient Ife cortège » se livrèrent à tant de pillages , s'enrichi- » rent de tant de butin , qu'il «erait impos*- * » sible d'en rendre compte. Les moindres » chaumières des pauvres ne purent échap- )) per à ia rapacité de ces brigands \ ils dé- )) truisaienl les vignes , en coupant les ceps » pour avoir le fruit ] ils enlevaient les bes- A tîaux : tout fut miné sur leur .passage, » où ils ne laissèrent rien à prendre.... Ce

sous LÀ PREMIÈHE RACE. 4^^

» désastre eut lieu dans uu temps où la » gelëe et une rigoureuse sécheresse avaient » emporté la récolte ^ et ce qu'anait épar- » gné ce double fléau fut e^tièremenjt en- » levé (i).

Cependant la princesse continuait sa

- route 5 et son cortège , qtii ruinait toutes les

campagnes , la ruinait aussi \ car, à chaque.

station , il la dépouillait de quelques parties

de ses trésors. Arrivée à Poitiers , elle se vit

(i) Gregor. Tur. Hist. lib. 6, cap; l\S.

C'était Tusage constant dès Francs , soit qu'il» entrassent en pays amis ou ennemis ; ils dévastaient tout , détruisaient les habitations, coupaient les arbres, égorgeaient les habitansqui n'avaient pu fuir, et ne laissaient que le sol qu'ils ne pouvaient enlever. Grégoire de Tours déplore fréquemment de pareils désastres.

Le duc Beppolénus , qui fut , par le roi Guntchramn , nommé duc d'Anjou, fit ainsi son entrée dans cette province : « U enleva, dit Grégoire de Tours, les moissons , » le blé , le foin , le vin dans les maisons des habitans. M il s'empara de tout ce qu'elles contenaient j il enfonça :A les portes , sans attendre qu'on lui en remît les clefs, » aecabla de coups, les propriétaires , et lés foula aux X) pieds. » (Liv. 8, cap. 3i.) La conduite de ce duc dans son nouveau gouvernement répondit parfaitement au cérémonial qu'il avait observé à son entrée. Voilà comment les ducs gouvernaient les provinces.

abandoBvée par [dn^ieur^ diiipa cIb «on es^ corte : c^ux qui resjtèpent nuprè^ d'elle rao compagnèrent comme ils pureni jusqu'à Toulouse où lattrendaieiit de nouveaux malheurs.

Elle reçut en «hemiu la nouvelLs de la mort du roi sOu père., de Chilpério , assaa- .sine par les ordres de Firédégonde. Arrivée i Toulouse , on lui oonseilla d'y séjourner , pour laisser reposer son escorte fatiguée et pour réparer les vêtemens et les voitures : elle y consentit. Pendant qu'elle séjournait dans celte ville , on y vît arriver le duc Désidériusq^, à 1^ tête d'ime trompe #rméis^ vint , sans autre fannalké ^ s^Aparer de ee qui restait des trésors de Rîgonthe.

Il fit trapsférer ces riçhessçs dan3 un lieu fort 9 et les cojofia à la garde 4'laioniaies qui lui étaient dévoués.

' Les chefs du cortège, ces nobles francs, chargés de protéger la prÀoioess^ çt ses tré-« sors, n'opposèrent auounô pésiat«mceài'attent tat de Désidérius 5 quelques-uns inéme , tel§ que Iç di^c Bladaste çt Iç fl[iaire 4u palai^ Wadon, s'unirent «au spoliateur et de-f»

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