‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 11 sur 27 · TABLEAU MORAL · texte numérisé non relu

TABLEAU MORAL

de bassesses : le duc de Guise se prosternait aux pieds de Henri III au moment où il s^occupait à le détrôner. Ils voulaient acquérir de la gloire, et ils n'avaient ni été- .valion d'ame , ni talent , ni vertus.

D'autre part, se présentent ces prêtres catholiques qui , oubliant les devoirs de leur x religion, les préceptes de l'Évangile, vendus aux cours de Rome et d'Espagne, loin de prêcher l'union , la concorde et la paix, enflammaient les passions des Français , soulevaient les tempêtes populaires , ne prêchaient que la vengeance , le meurtre et la guerre \ chargés d'éclairer le peuple par d'utiles vérités , ils ne lui faisaient entendre que les accens de la fureur et des paroles mensongères.

Tous les principes religieux et civils étaient méconnus et outragés par ces prêtres catholiques, qui poussèrent le délire de l'esprit de parti jusqu'à profaner les autels dont ils étaient les ministres , en asso^ ciant aux cérémonies les plus vénérées du christianisme des pratiques magiques, des pratiques sacrilèges, absurdes, mais très-

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crimineUes , parce qu'elles avaient ponr objet de donner la mort au roi.

Au milieu de ces scènes tumultueuses, où l'ambition et Timposture jouaient les premiers rôles , les lumières de la raison s'affaiblirent, le fanatisme politique et religieux remplaça la probité^ il n'exista de bonne foi que dans les hommes faciles à tromper , qui devinrent les victimes de leur crédulité : la morale fut toujours outragée.

Henri IV parut : ces désordres diminuèrent. Il affermit sa puissance ; mais rétablit-il la morale ? C'est ce que je vais rechercher.

Ce prince , qui a laissé de grands souvenirs , dont la mémoire , recommandable par de brillantes qualités , par un noble caractère f par la vivacité de son esprit , par sa bravoure , sa franchise , ses bonnes intentions , et surtout par la paix qu'il rendit à la France, après tant d'années de dissensions civiles , acquit une gloire immortelle 5 mais cette gloire ne fut pas sans tache : il eut des défauts et .même des vices qui con-

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tribuèrent à maintenir la corruption des mœurs en France. Sa passion pour les femmes ûe s^amortit pas même dans un âge assez avancé. Si, dans le choix de ses épouses, il se laissa guider par la poli tiq[ae, dans celui de ses maîtresses il suivit l'impulsion de l'instinct , il fut entraîné par les qualités extérieures plut6t que par celles de l'ame. On a dît avec raison qu'il fut malheureux en femmes et en maîtresses : les unes et les autres firent le tourment de sa vie,

« Tous les grands personnages ont quel- » ques faibles en eux qui leur ôtent le titre » de parfait.,, dit Bassompierre 5 le roi y) Henri IV avoit celui des femmes à redire » en lui , qui bien qu'il fût tolérable en ce » qu'il n'enlei^oit point les filles ni les femmes » à leurs pères j à leurs m>ans,.,, il y avoit )) néanmoins beaucoup de mauvais exem- » pies et de scandales.

» Étant dans sa première jeunesse, à » La Rochelle , il débaucha une bourgeoise, I) nommée dame Martine^ de laquelle il yi eut un fils qui mourut ; les ministres et

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¥ le consistoire lui en firent de publiques » réprimandes au presche. )>

11 épousa , en 167 a, Marguerite de Va" lois^ sœur du roi de France*, ce qui ne Tempècha pas d^avoir pour maîtresse Ta Grecque Dayelle et Charlotte de Beaune de Samblançai , épouse de Simon de Fizes , baron de Sauves , toutes deux jolies , filles d'honneur de Catherine de Médicis , et que cette reine, en iS^S, amena en Gascogne pour amuser et séduire ce roi de Navarre.

Il eut aussi plusieurs autres maîtresses de divers . états : telles étaient les demoiselles Tignonville ^ de Montaigu et VArnaudvie (garce du veneur Labrosse), lit-on dans la confession de Sanci \ Catherine du Luc^ demoiselle d^Agen, qui eut de ce roi un enfant , lequel , suivant d'Aubigné , mourut de faim ^ Fleurette^ fille du jardinier du château de Nérac^ la demoiselle Rebours et Françoise de Montmorency^ dite la belle Fosseuse , fiHes d'honneur de la reine son épouse \ il eut même un enfant de cette dernière maîtresse , enfant qui mourut jeune ^ il eut aussi , pendant qu'il était en Gasco»

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gne, Une autre demoiselle appelée la Le^ clain (i).

Laissons Bassompierre continuer la no-^ menclature des maîtresses de Henri IV^ « Après qu'il fut marié ( avec Marguerite » de Valois ) il devînt amoureux de ma- » dame de Narmoustier.... Puis ensuite, » étant à Pau , il se piqua de la veuve du » comte de Graramont ( Diane de Con- » sandre d^Andoins ) , nommée comtesse » de La Guiche (2) •, eî le désir qu'il eut » de la revoir lui fit quitter et perdre tous » les avantages qu'il pouvoit tirer du gain » de la bataille de Coutras. Durant cet le » passion , il vint à la couronne ; et ayan t » vu en passant la comtesse de La Roche-- » guyon (marquise de Guercheville), il en » devint amoureux , et faisoit , pour l'aller » voir, des traites et des équipées aux- » quelles il faillit plusieurs fois être pris )) par ses ennemis. »

(1) Anecdotes des reines et régentes de France, par Dreux du Radier , tom. Y et VI.

(a) On a imprimé un Recueil de lettres de Henri IV* à cette dame.

Cette dame fut une des maîtresses de ce prince qui eurent Fhonneur de résister à ses poursuites ; elle lui dit : Je suis trop pauvre pour être votre femme , et de trop bonne maison pour être votre maîtresse*

« Ayant vu Gabrielle ctEstrées , contî- » nue Bassompierre , il en devint tellement )» amoureux quHl oublia la comtesse de » La Rocheguyon. Il eut la jouissance de » l'abbesse de Montmartre ( Claudine de » Beauvilliers)^ très -belle femme, à la- » quelle ( en iSgo) il donna Tabbaye de » Pont-aux-Dames ; de Fabbesse de Vemon, )) et d'une religieuse de Longcbamp , qu'il » aimoit auparavant. »

Ici Bassompierre doit être repris ; d'une maîtresse il en fait deux , parce qu'elle avait eu pendant ses amours ayec le roi deux états successifs. Catherine de p^erdun , religieuse à Longcbamp , avait vingt-deux ans lorsque Henri IV en devint amoureux. Ce roi la récompensa de ses faveurs en lui donnant , en iSgo, l'abbaye ou plutôt le prieuré de Saint-Louis de Vernon , et en accordant ensuite à son frère , le sieur de Verdun ,

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