TRBBAI QUE JE SUIS PRINCE 5 JE VOUS TUE
» RAI , et il ny a personne qui m en sût »^ garder* »
Servin reprocha au duc Tindécenoe de son procédé et Tinsulte qu'il faisaiu^-iHi , avocat du roi dans sa propre XEiâ^son , à ses fonctions et à la jttSFtice^ et lui remontra
3i6 histoihe de pabis.
qu'il devait porter ses plaintes au roi. A ces mots le duc de Mercœur ordonne à ceux qui raccompagnent d'entourer le magistrat , et dit que la chose ne valait la plainte, « que lui sieur de Mercœur se )> feroît lui-même justice , et donneroît » cent coups d'étrivières audit Louis Servin, )) que nul ne l'en pourroit empêcher.... » Quoi disant , ledit sieur de Mercœur au* »^ roit mis derechef la main sur son épée , » pour la tirer , jurant et blasphémant le )) nom de Dieu , et disant audit Servin 5) qu'il le tueroit , finissant ce propos par ^ plusieurs injures , se mettant en effort » d'offenser ledit avocat du roi , lui rëpé- » tant quil lui couperoit le coui et, re- » mettant une troisième fois la main à son » épée , de laquelle il auroit frappé ledit » avocat du roi, comme il l'en menaçoit ^ » mais il fut contenu par un particulier, qui )» se mit au-devant dudit sieur de Mer- » cœur, en lui disant : Monsieur, que » voulèz^vous faire ? »
. Le duc de Mercœur redoubla ses injure» ^ ses juremens, ses menaces , et se retira.
TABLEAU MOKÀL. • SlJ
Le parlement fut bientôt informé de l'insolente agr*îssion de ce »eigneur : il nomma une commission pour en informer , et enr voya deux de ses membres pour s'en plaindre au roi. On ignore le résultat de cette affaire : ce qu'il importe de faire connaître , c'est que par son orgueil et sa férocité le duc de Mercœur avait acquis une célébrité égale à celle du maréchal Biaise de Montluc, du connétable Anne de Montmorency. On voit qu'il établissait ses droits à la principauté , et signalait dignement son caractère par ces paroles dignes de remarque : Je "vous montrerai que je suis prince ; je vous tuerai.
L'honneur, ou plutôt l'orgueil de la noblesse était alors d'une constitution trèsrobuste. Les nobles pouvaient se livrer aux actions les plus viles , les plus ignominieuses, les plus criminelles, sans que leur fierté en souffrit aucune atteinte, ni leur gloire la moindre tache. Malgré ces accidens , ils transmettaient à leur postérité une noblesse pure. Le métier infâme que plusieurs remplissaient , à la cour , auprès des rois enclins à la débauche , ne les désho-
3l8 BISTOIRE BIS FJIRIS.
iiorait point, et la trahison n'apportak ani- -cnne flétri ^ure à leur honneur mvnhié» Table. Les nobles dérogeaient en exerçant le commerce ou un métier utile; ils ne dé- )rogeaient pas en volant les marchands sur les chemins. '
Ils empruntaient, ne payaient pas, et leur noblesse leur donnait le privilège de manquer à leur parole sans être déshonorés •, de battre, de mutiler, de tuer ef de jeter par leurs fenêtrel , dans les fossés de leurs petites forteresses, les malheureux sergens qui venaient , au nom du roi et de la part de leurs créanciers , leur signifier quelque sentence , ou exécuter une saisie. On trouve dans les registres criminels du parlement un grand nombre de ces gentillesses.
Le comte de Belin , le comte de Brissac trahissent leur parti, violent leurs sermens pour vendre chèrement la ville de Paris à Henri IV -, un grand nombre de gouverneurs les imitent : leur noblesse n'en souffre pas la moindre altération : et leurs descendans s^enorgueillissent de les avoir pour aïeux»
TÂBLEÀtT MORAL. SlQ
Nicolas du Hai'lay, baron de Se^ncy, envoyé par le roi pour lever des troupes en Suisse 7 manquant d'argent pour les payer, apprît, étant à Bâle , que vingtdeux voyageurs., portant chacun 4ooo écus cousus dans les selles de leurs chevaux, devaient passer près de cette ville. Il alla, bien accompagné, se mettre en embuscade sur leur chemin, les dépouilla 4e leurs richesses , les attacha à des arbres , et $e retira chargé de leur or qui lui servit à payer les Suisses (i).
Lorsque les nobles volaient pour leur compte , les tribunaux en faisaient quelquefois justice ] et , sous le règne de Henri IV, la place de' Grève a vu périr , par la main du bourreau, de hauts «t puissafns seigneurs de Tarrondissement du parlement de Paris, condamnés pour leurs exploits sur les grands chemins.
Voici la notice de quelques-uns de ces coupables , d'après le Journal de TEstoile.
Le 19 avril iSg^, un gentilhomme fut
(1) Mémoires nouveaux de Ba$9ompierre , pag. 5-1.
décapité pour volerie. L'Estoile ne dit pas
son nom (i).
Iëu 1602, Gui Eder de Beaumanoir de Lavardin , baron de Fontenelles , cousingermain du maréchal de Lavardin , appartenant à Tune des plus illustres maisons de la Bretagne, faisait le métier de voleur suriner et sur terre. Outre ses brigandages et ses vols ^ le baron de Fontenelles était coupable d'actes de cruautés qui font horreur, et conspirait même contre le roi. Le vendredi , 27 septembre 1602 , il fut rompu vif en place de Grève , ainsi que quelquesuns de ses nobles complices (2).
Un jeune gentilhomme, convaincu de plusieurs vols , assassinats et de plusieurs autres actes étranges pour sou âge , fut , le 28 avril i6o3, exécuté en place de Grève-. Le journaliste ne donne pas le nom de ce gentilhomme voleur : il dit qu'il tua un pauvre homme, son créancier, qui venait lui demander de largent (3).
(i) Journal de Henri IV , au 19 août iSqj. (a) Idem , au 27 septembre 1602.
(3) Idem, au 28^ avril i6o3i.
TÀBLEAtr MORAL. . 3a I
Dans le même temps , la Grange -Sanlerre , gentilhomme de grand lieu , dit FEsloile , et insigne voleur^ fut, le 3o avril i6o3, exécuté en place de Grève. M. de Vitry demanda sa grâce à Henri IV qui répondit : Proui^ez-moi quil na jamais volé sur les grands chemins , et je vous V accorde. La Grange avait toute sa vie exercé le métier de voleur. « On a re- » marqué de lui et de sa maison une chose » notable , ajoute TEsioile ; c'est que son » grand-père avoit été exécuté pour vole- » ries , et son père étoit en prison pour le » même crime (i). »
Le vendredi, 'i mai ( i6o3), les deux frères de la Grange-Sanlerre furent décapités en Grève, avec un nommé La Rivière, et un autre qui fut pendu : tous « grands » voleurs , et principalement La Rivière , » qui étoit un gentilhomme du pays de Gas- » tinoîs , qui se faisoit appeler le baron du » Plat y vrai athéiste et scélérat jusqu'au » bout. Il y en eut aussi un de la même » faction condamné aux galères (2). »
(i) Journal de Henri 1 y, au 3o avril i6a3L (a) Idem , au 3 mai i6o3.
Un gentilhomme voleur, que le journaliste ne fait pas connaître ^ fut exécuté sur la place de Grève : il jeta du haut en bas de Téchafeudun cordelier qui voulait le confesser 'j il manqua d'étrangler le bourreau avec ses dents* Il fut roué vif (i).
Il y eut à Paris un très-grand nombre de gentilshommes exécutés pour des crimes plus énormes. Il y en eut dont l'histoire ne parle point : il y en eut qui , coupables de vols sur les grands chemins, ne furent jamais poursuivis par la justice , ou qui obtinrent des lettres de rémission, que HenrilY ne refusait guère lorsqu'elles étaient sollicitées par des femmes*
Les provinces et chaque capton de pro* vince étaient désolés par de nobles voleurs , qui, accoutumés aux brigandages des guerres civiles , les continuaient pendant la paix« Si je ne craignais de dépasser les bornes que je me suis prescrites, je rapporterais la Ion* gue liste de leurs noms de famille ; noms que les généalogistes placent pour ta plu^
(i) Journal de Henri IV ^ a» a5^ février 1606»
TA0LE1U MOItÂL. 82^J
p£(rt au l'ang des plus illustres : hiaîs je me -borne au trait suivant ^ qui caractérisera aœ grande partie de la noblesse du règne de Henri IV.
Trois frères, nobles Bretons, appelés Guilleris, rassemblèrent une troupe d'environ quatre cents gentilshommes qnr, pendant six années consécutives , désolèrent la Bretagne, le Poitou, la Saintonge, etc. Ils avaient affiché sur les arbres des grands chemins ces mots : Paix aux gentilshomrmes, la mort aux prévôts et archers^ et la bourse aux marchands. On réunit contre ces brigands une armée de quatre mille cinq^ cents hommes , qui , avec quelques pièces d'artillerie , parvînt à s'emparer de leur repaire : il en périt plusieurs dans le combat : quatre-vingts furent pris et roués vifs (i).
Si les vices de la barbarie déshonoraient la noblesse de France , le clergé en était aussi fortement entaché. Les prêtres faisaient la guerre, étaient livrés à la débauche , et les plus sages d'entre eux s'adon-
(i) Journal de Henri IV , septembre 1608. — His^ toire générale des Larrons , liv. a , pag. i".
324 HISTOIRE DE PÀKIS.
naient à des superstitions absurdes, à des pratiques sacrilèges ou ridicules, qui leur attiraient le mépris de tous les gens probes et raisonnables.
Le haut clergé, sous Henri IV, était aussi scandaleux que dans les temps de la plus épaisse barbarie.
On a vu , pendant la Ligue , presque tous les prêtres et moines de Paris s'armer et faire le métier de soldat.
Le cardinal d'Autriche remplissait les fonctions dégénérai, et, à la tête d'une petite armée , il vint faire la guerre à Henri IV pendant que ce roi assiégeait Amiens.
Plusieurs évêques de France commandaient des troupes.
Le cardinal de Guise avait entretenu pendant un an Gabrielle d'Estrées avant qu'elle échût à Henri IV : le cardinal de Reims devint aussi amoureux d'une autre maîtresse de ce roi , Charlotte des Essarts , l'épousa secrètement, et en eut desenfans(i).
(i) Nouveaux Mémoires de Bassompierre , pag. 176. -^Mercure historique et politique , avril x688,p. 87 5.
TABLEAU MORAL. 3â5
Quant aii cardinal de La Rochefoucauld, si ses mœurs étaient sans reproche , sa raison ne Fétaît pas. Pendant qu'il occupait le siège de Clermont, il fut, par un stupide aveuglement , ou pour les intérêts de son parti , de concert avec son frère , abbé de Saînt-Martîn-de-Randan , le soutien et même le provocateur des impostures de Marthe Brossier, fille de Jacques, tisserand de Romorantin. Cet homme , peu fortuné , imagina de mettre à profit la crédulité publique, en faisant passer sa fille Marthe pour démoniaque. L'ayant exercée à faire des contorsions, des grimaces, à prendre des postures extraordinaires, à pousser des hurlemens , il la fit débuter dans les villes et bourgs voisins de la Loire ^ puis en Anjou, où son imposture fut démasquée par Charles Miron, évêque d'Angers. Ce prélat, après une sévère réprimande , lui ordonna de se retirer dans son pays , et de ne plus abuser le public (i).
(i) Toici par quelles épreuves Tëvéque d'Angers se convainquit de la fourberie de Marthe Brossier. Il la ûi
3ti6 HISTOIRE DÉ PARIS.
Au lieu de se soumettre à Tordre de ce sage prélat, la prétendue possédée, son diable^ Jacques £ro55Îer, père de cette fille, et ses deux sœurs s^acheminèrent vers un théâtre plus favorable à leurs impostuies : ils vin-; rent à Paris , et , à la fin de mars 1699, se logèrent près de Tabbaye de Sainte-Geneviève.
A la nouvelle de l'arrivée de cette troupe , les capucins se présentèrent les premiers pour lutter bravement contre le diable dont Marthe Brossier était possédée : dans l'excès de leur zèle , ils négligèrent les formalités ordinaires, et se mirent à exorci-
manger à sa table, et boire de l'eau bénite sans l'en prévenir ; elle n'éprouva aucune émotion.
11 lui fit verser de l'eau commune, qu'il disait être de l'eau bénite ; alors elle entra dans une grande agitation , et eut des convulsions extraordinaires.
Il demanda tout haut qu'on lui apportât le Rituel des exercismes. Il se fit apporter un Virgile ; il y lut quelques vers de l'Enéide. La fille, croyant qu'il prononçait des paroles du Rituel, parut aussitôt tourmentée par le diable, et fit d'horribles contorsions.
{Histoire dé de Thou, liv. i!i5, édition de i734> vol. i3,pttg. 39a.)
cette fille ^sans rautorisation des supérieurs.
Le cardinal de Gdndi , eyêque de Paris , procéda dans cette affaire avec plus de régularité , et employa les moyens propres à s'éclairer sur la yérité de cette possession. Il fit assembler plusieurs docteurs en théologie et plusieurs docteurs en médecine : parmi ces derniers , se trouvaient les plus célèbres médecins de Paris, Michel Marescot y Nicolas Ellaifif Jean ffaultm^ Jean Riolan «t Louis DureU
Le 3o nrars 1699 9 ^^^^^ scène impatiem* ment attendue s'ouvrit avec solennité , et ofint aux spectateurs, dit TEstoile, des sauts, des contorsions et des tons de voix< extraoriËuaîres.
C'était, alors, un principe généralement admis que le diable possédait parfaitement toutes les langues anciennes et modernes : en conséquence, pour s'assurer de la présence de cet esprit malin dans le corps de la jeune fille, le docteur Marins l'interrogea en grec , et le m^lecin Marescot , en latin : le diable resta sot et muet \ et , dès-lors ,
on décida que la jeune âlle n'était point pos-* sédée.
Cette décision ne plaisait point à plusieurs prêtres intéressés à prouver la présence du diable , et à démontrer leur pouvoir sur cet esprit invisible et malfaisant. .
Le lendemain , nouvelle scène : elle eut lieu dans une chapelle de SainterGeneviève : Marthe Brossier , bien endoctrinée , renouvela ses convulsions et ses tours de force : deux médecins lui enfoncèrent, dit-on, une aiguille entre le pouce et Tindex -, elle supporta cette opération sans donner aucun signe de douleur. Marescot douta de cette épreuve , et déclara qu'il ne l'avait point vu faire.
Le premier avril, Marthe Brossier est soumise à de nouvelles expériences : un-capucin ouvre la séance , en prononçant l'exorcisme -, et lorsqu'il en fut à ces mots : et hombfactus est^ cette fille tira la langue , fit des contorsions horribles, et se traîna depuis l'autel jusqu'à la porte de. la chapelle avec une célérité qui étonna les assistaii«.