‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 16 sur 27 · TABLEAU MORAL. 35Ô · texte numérisé non relu

TABLEAU MORAL. 35Ô

même tableau : <( Débauches et folies, bal- -» lets , paillardises, duels et autres vices » et impiétés étoient en ce temps plus^en » règne que jamais (i). »

Je pourrais ajouier plusieurs passages de cette nature, puisés dans d'autres écrivains de ce temps I et notamment dans les registres manuscrits du parlement, et composer un tableau hideux des mœurs de cette période. Mais c'en est assez-, et si l'on me reprochait d'avoir , dans les traits que j'aî rassemblés , choisi le mal de préférence au bien , je répondrais que , les monumens historiques ne m'ayant offert que des erreurs , des vices et des crimes , je n'ai pas eu k choisir. Cependant du milieu de ce cloaque de corruption s'élèvent quelques actions dignes d'éloges ^ elles sont particulières, très-rares, et n'opposent à la règle générale que de faibles exceptions. Je vais rapporter celles qui sont dignes de remarque.

Au mois de mars iSSg, on découvrit dans

(i) Journal de Henri /K, février 1607.

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Paris ua ministre protestant appelé Damours : il fut conduit prisonnier à la Bastille. Il aurait, suivant l'usage , été brûlé vif; mais Bussi-Leclerc, ce fameux et redoutable ligueur , loin de le faire tourmenter , eut pour lui beaucoup d'égards. « Il disoit, » en j uran t Dieu comme un bon ca tholiqu e , » queDamours, tout huguenot qu'il étoit, » valoit mieux que tous ces politiques de » présidens et conseillers qui n'étoîeni que » des hypocrites , et fit si bien que le mî- 3^ nistre sortît (i). »

Au mois de juin iSSp, deux honnêtes dames de Paris , toutes deux protestantes , qui depuis les barricades s'étaient toujours tenues cachées , tantôt dans un lieu , tantôt dans un autre , furent enfin découvertes par le peuple a qui , suivant TEstoile ^ sans » autre figure ni forme de procès , les vou- » loit saccager et traîner en la rivière. »

Pour être mieux autorisé dans cette exécution violente , le peuple les traîna dans la maison du curé Wincestre , « un des doc-

(i) Journal de Henri IF, tom. n, pag. 186.

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» leurs tirant gage de madame de Mont- » pensîer , et des plus séditieux et fendans » prédicateurs de Paris, qui ne prêchoit » que le sang et le meurtre , principalement

» contre tels gens Ces deux bonnes

» dames ne s'attendoîent à guère mieux, » attendu la renommée et qualité du per- » sonnage , et le temps et la religion dont )) elles faisoient profession ^ et toutefois , » comme si de loup, en un instant, cet » homme fût transformé en agneau, et de- » venu tout autre homme , elles trouvèrent » en lui tant de douceur et d'humanité , » qu'après avoir conféré amiablemeni avec » elles, remontré et disputé sur les points » de leur religion , les ayant trouvées fer- » mes et résolues d*y persister, et même » ayant trouvé à une desdiles dames une )) méditation de Théodore de Bèze sur le » psaume 80, après la lui avoir rendue, » non-seulement les conduisit lui-même en » lic^u de sûreté, les tirant des mains de » cette populace enragée , à laquelle il fit » accroire qu'elles étoient toutes réduites )) et converties à retourner à la messe, en-

» core qu elles n^eussent rien promis , mais » aussi leur donna moyen d'évader et sortir » de la ville, et leur aida en ce qu'il put, » Dieu les retirant du gouffre de la mort » par les mains de cet hocpme, leur capî- » tal ennemi , et se servant de lui en cette » œuvre pour les conserver et mettre en » liberté (f). »

Les circonstances font ressortir le mérite de ces deux bonnes actions.

En voici une autre que je ne dois pas omettre , et qui eut lieu à Paris sous le règne de Henri IV, pendant la famine et la contagion qui , en i5q6 ^ désolaient cette ville. Laissons parler l'Es toile qui décrit cette bonne action , et dit en avoir été luimême témoin :

« Une fille des bonnes maisons de Paris, » laquelle ayant été en ce temps accordée, » et son accordé lui ayant donné , comme )> on a de coutume , cinquante écus dans » une bourse , pour être employés en ses » menus négoces et affiquets , au lieu de les

(i) Journal de Henri IP^, tom. II,pag. 196, 196-

TABLEAU MORAL. . 35gf

» y employer les donna aux pauvres et les )> distribua ellt-mème de sa main, là où » efle vit la nécessité (i). »

On cherche en vain, dans les actions des hommes les plus renommés de ce règne , des traits dignes des éloges de l'histoire. On trouve du courage chez plusieurs, quelques traits d'une rigide probité, notamment chez les protestans ^ mais , il faut l'avouer , Henri IV est le seul de son temps qui soit digne de fixer les regards de la postérité'*. Ce prince, par ses habitudes vicieuses, sou mépris pour les règles de la bienséance , était au niveau de sou Siècle ; mais il s'élevait fort au-dessus par ses vues politiques, par sa conduite magnanime envers ses ennemis vaincus , par ses saillies spirituelles et par sa loyauté.

Une nation sans garantie , sans bases fondamentales, gouvernée par la volonté de ses maîtres , régie ou plutôt opprimée par une infinité de lois immorales, telles que celles qui concernaient les finances, lois qui

(i) Journal de Henri IV , tom. Il, pag^. 390.

36o HISTOIRE DE PARIS.

ouvraient la carrière à tous les vices; une nation autorisée dans son antique corruption par la vénalité des magistratures , l'iniquité 5 la partialité des juges , par une religion défigurée et toujours séparée de la morale, enfin par les nombreux exemples de perversité que lui donnaient les hommes éminens en pouvoir , etc. , ne pouvait qu être vicieuse. Ces causes agissaient sous le règne de Henri IV , comme elles avaient agi sous ceux de ses prédécesseurs, comme elles agirent sous les règnes suivans ; mais leurs désastreux effets furent tempérés par les progrès de la civilisation , qui , malgré lies fureurs du fanatisme et les excès de l'ambition , allaient toujours en croissant.

Les commentateurs facilitèrent l'étude de l'antiquité 5 les satires de d'Aubîgné, la satire Ménippée furent des modèles et offrirent un genre de plaisanterie, un art de manier le ridicule , qui n'est plus guère en usage dans notre littérature.

De Thou, au milieu de l'orage des factions, produisit une histoire universelle, remarquable par son impartialité 5 l'Estoile

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