‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 18 sur 27 · SI · texte numérisé non relu

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Lorsqu'à la tête d'un gouvernement dépourvu de bases solides se trouve placé un roi enfant, un prince faible, rautorité suprême est aussitôt envahie par le plus .audacieux ou le plus adroit des sujets -, cet audacieux ne règne pas , mais il exploite le royaume au nom du roi : c'est ce qui arriva sous Louis XIII.

Clet, envahisseur , exerçant l'autorité royale , excite bientôt la jalousie et le mécontentement de ses pareils. La rivalité s'établit , les guerres civiles s'allument ,•• et chaque parti , prétextant l'autorité du roi et le bonheur public , attente ouvertement à cette autorité , travaille au malheur du

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peuple^ et cause d'affreux déclûremetts-: c'est encore ce qui arriva sous Louis XIII. Peu d'heures après la mort tragique de Henri IV , le duc d'Epernon , celui qui , étant dans le carrosse du roi , l'avait vu assassiner , vint , accompagné de gardes françaises et de gardes suisses , à la cour du parlement qui siégeait alors dans le couvent des Grands- Augustins(i). Il y demanda, avec un ton menaçant , la régence du royaume pour la reine , et dit à cette cour en mettant la main à son épée : Elle est encore dans le fourreau; mçtis il faudra quelle en sorte si dans T instant on n accorde pas à la reine un titre qui lui est dû selon Tordre de la na-ture et de la justice. Le pfiarlement, sans délibérer, consentit à cette demande : c'é^ tait la première fois que cette cour conférait la régence , et depuis cette prérogative lui est restée.

(i) Le Palais de justice ayant été destiné aux festins et i^ux cérémonies du couronnement de la reine , le parlement fut obligé d'en déguerpir , et de transporter , le 17 avril précédent y ses séances aux Auguslins , dans . le réfectoire de ce couvent ^ ainsi que cela s'était pratiqué autrefois.

SOtT5 LOUIS XIII. 367

Ainsi le gouvernement de la France , que Henri IV avait péniblement garanti de* atteintes multipliées de la féodalité et du fanatisme , fut* livré à une femme étrangère , à un enfant de neuf ans , et à une foule de courtisans sans moralité, sans patrie, avides de pouvoir et de richesses.

La régente, dévote sans être pieuse, dépourvue de lumières et de jugement, ne se distinguait que par st)n opiniâtreté , par son dévouement aux jésuites et à la cour de Rome 5 elle fit tout ce que voulurent ses conseillers, ses directeurs perfides, et consentk à ce que tout l'ouvrage de Henri IV fût détruit pièce à pièce ; elle prit une route tout opposée à celle que ce roi avait suivie pour établir la prospérité et la tranquillité puibliques. Tous ceux qui avaient conspiré contre son époux , ceux que Topinion publique désignait 'comme les auteurs ou les complices de son assassinat , furent comblés de faveurs. Le comte d'Auvergne, qui pour crime de trahison était condamné à mort , et dont Henri IV avait par clémence commué, la peine en celle d'une prison perpé-

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tuelle , fat aussitôt mis en liberté et ponrva de fonctions éminentes. D'Épernon , les jésuites et autres , violemment soupçonnés du meurtre du roi , devinrent l'ame du gouvernement.

Sully, le vénérable Sully, éloigné de la cour, fut dépouillé de ses fonctions. Des Yveteaux, que Henri IV avait donné à son fils pour être son précepteur , fut renvoyé. Les millions que ce rdi avait entassés dans la Bastille devinrent la proie de misérables et avides courtisans. La conduite que tint alors Marie de Médîcis fonda les soi^çons, peut-être injustes , de sa complicité av«c les auteurs secrets de la mort de son royal époux. Elle fortifia ces soupçons en se refusant, malgré de nombreuses invitations , à faire rechercher et poursuivre les instigateurs dut crime de Rkvaillac.

Cette reine , après avoir composé un conseil de régence de tous ceux qui y prétendaient , conseil qui n^était que pour les apparences, et où Ton ne s'occupait que d'objets secondaires ,. forma un conseil secret où figuraient au premier rang les ennemis

sous LOUIS XIII^ 369

naturels de la prospérité française : un jésuite , le P. Cotton 5 le nonce du pape -, Concini , natif de Florence , espèce de domestique , qu'elle éleva au grade de maréchal de France, quoiqu'il n'eût jamais fait la guerre \ le duc d'Épernon , etc. 5 tous ou presque tous accusés , surtout ce dçrnîer , d'être les provocateurs ou les complices dé l'horrible assassinat du roi son épojix.

Ils avaient besoin sans doute d'une grande autorité pour étouffer les cris de l'indignation publique, pour imposer silence à l'histoire 5 pour faire disparaître les témoignages de leurs crimes 5 mais ils ne purent complètement y réussir : il en est resté des tra«es assez profondes pour. établir, sinon des preuves évidentes , au moins des conjectures très-vraisemblables (i).

(i) Les jésuites, le Juc d^Ëperaon, la marquise de Vcmeuil , paraissent s'être concertés pour opérer cet assassinat. •

Ravaillac déclara ^ue, quelques jours avant son crime, il avait e\\ des conférences avec le P. d'Aubigné, jésuite, dans l'église de la rue Saint-Antoine, et qu'il lui avait montré le couteau dont il se proposait de faire un si

3^0 HISTeiEE Dl£ PAltlS

Tout atteste l'existence d'un complot. Dtfc jHiblia eu même temps , eu Ton répandit

atroce nsage. {L'Estoile, Journal de Henri IV, t. IV^ pag. 80.

Le jésuite Cotton alla voir Ravaillac daos sa prison , lui dit de'prendre garde à ses paroles , et voulut lui faire croire qu'il était hugltenot. {Idem, pag. 81 , 82.)

Le dimanche 2^ août, le P. Portugais, cordelier, et quelques curés de Paris , entre autres- ceux de Saint- Barthélemi et de Saint-Pàul, taxèrent les jésuites en paroles couvertes , mais intelligibles à plusieurs , d'être fauteurs et complices de l'assassinat du feu roi. {Idem, pag. 84 )

Le mardi 26 , une querelle étant survenue entre le P. Cof ton et le sieur de Loménie , celui-ci , en plein cous^l , dit au jésuite que'c* était lui et ceux de sa société qui avaient tué le roi. {Idem. pag. 84.) •

Ces citations ne tendent^quà prouver l'opiniott da temps sur les auteurs de l'assassinat de Henri IV ; mais dans d'autres pièces historiques on trouve des notions plus positives.

Dans la pièce intitulée Rencontre de M. le duc d^Epernon et de François de Bauaillac , ce duc et le P. Ootton sont principalement accusés. On y lit que ce jésuite promit à trois assassins , du nombre desquels était Ravaillac , de leur faire obtenir du pape l'sflj^olution dé tous leurs péchés , et de leur faire Jire des messes pour leur ame , dans le cas qu'ils vinssent à périr dans leur expédition. Le duc d'Epernon leur donna 200 écns*

La pièce intitulée la Chemise sanglante de Ilenri-^U''

sous LOUIS xiir. 3^1

avec profusion des ouvrages déjà publiés^ où Ton soutenait la maxime jésuitique qui

Grand offre une yiolénte déclamation adressée par ce roi à son fik. On y parle de Dolé , de Bollion et du dut d*É^ pernoB , qui, dit-il, « tient encore sur la France le poi-. y gnard avec lequel Ravaillac m'a mis dans le tombeau. ». Ce son^t mes assassins et mes bourreaux , dit -il à » Louis XIII , et TOUS les souffrez près de votre per» » sonue. »

Dans le Factu/n et dans lé Manifeste de Pierre du Jardin, sieur de La Garde, imprimés à la suite dti Journal de Henri IV, on voit qu'un certain La Bruyère, ligueur, émigré à Naples,. conduisit le capitaine du Jar-> dia chez le jésuite Alagon, oncle du duc de Lerme, Espagnol; lequel jésuite, après s'étre^ssuré de ses dis-^ .positions ^lui proposa d'assassiner Henri lY , avec pro» messe, s'iTréussissait , de lui donner SOjOOO^écus, et de ^ui falre.obtenir le titre de grand d'Espagne ; que , peu-- •dant son séjour à Naples , il diuaavec le dit La Bruyère, Alagon ^t autres personnes, du nombre desquelles se trouva Ravaillac, qui leur annonça qu'il tuerait le roi, ou qu'il mourrait en la peine ; que Ravaillac avait été dépéché à jSaples par le duc d'Epernon , pour porter des lettres de sa part au vice-roi de Naples ; que queK ques jours après , du Jardin fut conduit chez le jésuite ALigon, qui lui proposa d^entreprendre l'exécution dont fi'était chargé Ravaillac, l'estimant plus digne d'une telle entreprise.

Dans la pièce intitulée Interrogation et déclaration de mtuUm<nseUe de Coman, la marquise de Verneuil et le

ijH HISTOIKE DE PARIS

permet de tuer les rois tyrans : tel était Touvrage d'un augustin d'Orléans, appelé frère Léonard Cogneau ; celui du jésuite

duc d'Épemon sont dénoncés comme complices de la conspiration , et tOQS les deux instigateurs de Rayaillac, qu'ils protégeaient et entretenaient.

La pièce qui paraît aussi authentique que ces dernières , et qui contient des faits plus détaillés sur le même sujet, esiV Extrait d'un manuscrit trouvé à la mort de M. d'Aumale, en son cabinet y approuvé , signé -de sa main et cacheté de ses armes. En parlant du duc d'É~ pernon ,' il y est dit : «Il est l'auteur de la mort du roi, » ayant suscité plusieurs désespérés gueui, et misérables » qu'il faisoit traiter par gens atitrés ; mais poursuivAit »■ leurs desseins ^et prêts de Texécuter , Dieu empêchoit » ses coups malheureux, et voyant (étant v^ par d'É- » pernon y«que les jours assignés et les occasions mani> » festées ( découvertes) refroidissaient ces pauvres gens, n il les faisoit empoisonner, de crainte que, frappés aa • cœur d'une juste repentance , ils se fussent rendus » dénonciateurs de celte entreprise abominable ; mais » néanmoins il a tant poursuivi , qu'enfin il a trouvé le » méchant RavAÎllac, qui étoit d'Angoulême, ville de ses

» gouvernemens » Puis il vient auT jésuites : « Y a-

» t«il nation plus pernicieuse pour la France que ces » pères , qui , sous prétexte de leur prédication , cha- » touillent tellement les oreilles des auditeurs, que l'on » les tient pour uniques entre les gens de bien ? Ces bons » pères , qui , sous leurs confessions , font couler mille n et mille appas, à cent Cfaastels et plus de Ravaillacs,

80u« LOUIS xin. 3^3

François Suarez , etc. Ces livres , ainsi que ceux du cardinal de Bellarmin et de Santarelle, furent désavoués par la Sorbonne,

» 56 sont à la fin vengés du plas pur sang que jamais la » France ait eu en partage. »

Il parle ensuite de la composition du conseil secret de la régente, dont il traite les membres de grands voleurs , qui ont pillé les denier^royanx de la Bastille , etc. *

L'éditeur finit ainsi : Le surplus contenu audit extrait , » je le mettrai sous silence , comme étant des choses si I) abominables que, cela venant à la vérification, il n faudroit ériger des bourreaux en titre d'office. »

Presque toutes ces pièces et plusieurs autres , qu'il serait trop long de citer , s'accordent en ce point , que d'Épemon et les jésuites furent les principaux instigateurs de Rayaillac.

Ce dernier criminel , dans ses interrogatoires impîri-^ ipés, n*accu«e personne que lui-même de son crime. ( Ployez Mémoires de Condé , tom. VI, la préface et les pièces placées à la fin de ce volume.) Mais il ne faut pas croire que cette pièce , telle qu'elle est imprimée-, soit l'entier et véritable interrogatoire de Ravaillac. L'auteur de V^rt de vérifier les dates (tom, I , pag, 668 , 3« édit.) dit, d'après Griftet : « On n'a ni Toriginal de son procès, » qui a disparu des registres du parlement, si jamais il j» y a été, ni la clef de son testament de mort, que le » greffier écrivit de manière qu'il est impossible de le » déchiffrer. »

Si Ravaillac n'eût dénoncé que des gens de son espèce, endurait publié jusqu'aux moindres circonttancei

374 HISTOIRE DB FÀRIS

ef^brûlés par la main du bourreau en la cour du Palais. L'avocat du roi, Louis Servin, demanda que le parlement fïi brûler celui de Suarez derant la porte des jésuites (i).

Le meurtre commis sur la personne de Henri IV n'était , à ce qu'il parait , que le prélude de l'exéeulion d'un plan plus vaste. Um gentilhomme , voyant les filles de la reine pleurer la mort de ce roi , s'en moqua , leur dit : V^ous en verrez bien <ï autres y et les avertit de garder leurs larmes, pour une autre occasion qui «e présenterait bientôt (ïî).

La veuve du capitaine Saint-Mathieu conseilla à une Parisienne de quitter Pî^ris. Pourquoi cela ? lui deraanda-t-elle ? Cest par^e qiC avant qu il soit huit jours il arrivera de grands malheurs dans, cette ville (3).

Le bruit sinistre d'une prochaine Sainte

de son procès. Le mystère de la procédure de cet assassin , la soustraction des principales pièces , prouvent que ses complices ou instigateurs étaient des gens puissans ou tfai en crédit, (i) Registres manuscrits du Parlement, au ao juin

(2) Journal de Henri IV, tom. IV, pag. 7a.

(3) Idem, tom. IV, pag. 73. •

sons LOUIS xiii. 875

Barthélemi se répandit. Sully se renferma dans l'Arsenal et le mit en état de défense. Les protestans>alarmés se barricadèrent dans leurs' maisons. Le 17 juillet 1610, on entendit crier pendant la nuit dans les rues : ^ux armes ! On voulait produire un mouvement , mais les crïeurs furent battus et mis en fuite par la milice parisienne. L'exëx^ution de ce projet sanguinaire fut manquée. ^< Le peuple , dit TEstoile , étoit las et re- » cru 4^s tromperies des grands ; étant » fait sage par les exemples passés , il n^é-* » toit plus possil^le de le faire mordre à cet » appât (i). »

'Louis S^III, placé fort jeune sur le trôn'e,

(i) Journal de Henri IF, tom. IV, pag. i6a, i63, 171, 172, 176.

L'Estoilc ajoute que le peuple , loin de vouloir servir dHastruméht aux projets ambitieux des hommes puissans, chantait tout haut, dans les rues de Paris , le Vaudeville suivant r

Vivent le pape et le roi catholi^e , Vivent Bourbon avec sa sainte Ligne-, .

Vivent le roi , la reine et son conseil , Vivent les bons et vaiUans huguenots , Vive Snll^ivec tous ses suppôts , Vive le diable , pourvu qu'ayons repos.

çt dans des circonstances si orageuses , n'ë-^ tait pas , même lorsqu'il eut atteint 1 âge de la virilité, doué d'un caractère propre à commander le calme^. Il différait beaucoup de son père, ou plutôt ne lui ressemblait en rien : il n'avait point son affabilité conciliante, ces saillies spirituelles, ces manières alBfectueuses qui caractérisaient éminemment Henri IV, et qui lui valurent l'amitié même de ses ennemis. Son fils , au contraire , dur , brusque , mélancolique , ombrageux, timide, insensible autant que faible et incapable , ne pouvait ni concevoir un projet ni l'exécuter. Il n'eut jamais d'autre volonté que celle des personnes qui le dominaient. On a dit de lui : a // n^dit pas » tout ce qu il pense ^ il ne fait pas toiU ce » quil veut^ il ne veut pas tout ce quil » peut. » Il connaissait , dit-on , son incapacité 5 et cette connaissance l'obligea à se soumettre aveuglément aux volontés de ses ministreâ en faveur.

Sans avoir la généreuse audace de son père , il ne manquait pas de bravoure.

Aucun roi avant lui n'avait tenu de si fré-

sous LOUIS XIII* 877

quens lits de justice^ et dans ces actes sop.' lènnels de despotisme , il pronouçait fidèlement cette même phrase qu'il adressait au parlement : Je suis venu en ce lieu sur les occasions qui se présentent) foi chargé M. le garde-^des-^cefuCv de vous dire ce qui est de mon intention (i).

H eut des favoris et ne pouvait s'en passer^ il l^s choisissait sans discemementf et les perdait sans regret : il eut même des favorites ; mais ses liaisons avec les demoi-

(i) La nature se montra très-avare pour Louis XIII : elle lui avait refusé une faculté très-nécessaire à un chef de nation, celle de parler avec facilité. Son bégaiement , très-sensible , dut influer fortement sur son caractère et accroître sa timidité naturelle. Un écrivain de son temps parlant du passage de ce roi dans le Lim<^sin, dit : « Je » lui'fis une* harangue en pleine campagne. Nous le trou- » vâmes dans un petit carrosse ayant le fouet à la main » et lé menoit tout seul. II n'y avoit. que lui dans ledit » carrosse , et (}uand il fut près de Darnac , il monta à » cheval, et avoit un manteau d'écarlate. Mon harangue 1» finie , il eut grand'peine a nous dire ; tenez-moi cela » et je vous serai bon roi} car il ne pou voit pas parler » qu'avec une grande peine ; mais il avoit un fort bon » jugement et étoit adroit à toutes sortes d'exercices. » [Description des monumens observées* dans la Haute ^ Fienne , par M. A Hou, ingénieur', pag. a3.)

lies de La Fayette et de Haulefort n'étaient -point de T^mour. Soit vice de constitution, soit timidité de caractère ou principe religieux , on n'a aucune galanterie à lui reprocher^ et en ce point, comme en plusieurs autres , il différait entièrenàent du toi sôa p'ère (i),

(t) Mademoiselle de Haulefort, favorite deJLouis XHI, n'aimait 4)oint le cardinal de Richelieu à qui elle était suspecte. Ce cardinal, dans les brouilleries qui surve^ naient entre le roi et la favorite, servait quelquefois de médiateur ; mais il ne jouait ce rôle que pour la perdre dans Tesprit du roi. Un jour il s'éleva entre eux une grande querelle : Louis XIII menaçait mademoiselle de Hautefort de la vengeance du cardinal, comme d'un homme bien plus puissant que lui ; il sortit pour lui faire part, dans une lettre , du mécontentement qu'il avait d'elle. Bientôt après , il rentra tenant sa lettre à la main, et lui 'dit : Voilà votre sauce que je Jais à M. le car-^ dînai. Aussitôt mademoiselle de Hautefort arracha cette lettre des mains du roi, et voulut s'enfler « Ce prince la » retint par le bras poui* la lui ôter ; elle résista , et la » fourra sous son mouchoir de cou , pour la mettre en » sûreté, et ouvrant les bras, lui dit : Prenez^la tant 9 que voudrez à cette heure ,' car elle le connaissoit trop » bieu pour croire qu'il voulut toucher' en ce lieu-ià. p Elle ne se trompa point ; car il retira ses mains comme » du feu; et, rencontrant le due d'Ango.uIcme , il lui » conta, tout en colère, ce qui s^étoit passé. Sur quoi le

soTJs LOUIS xiir. 379

Louis XIII régna, mais ne gouverna \^ mais. Trois hommes , pendant la durée de ce règne , exercèrent successivemcrft le pouvoir suprême, Concini, de Luynes et Richelieu.

Marte de Médicis eut l'imprudence de laisser prendre au Florentin Concini les rênes de TÉiat. Pendant sept ans que dura sa régence, elle combla cet étranger de richesses et de titres d'honneur; les finances du royaume devinrent sa proie*, il excita contre lui la jalousie des princes et seigneurs, et les murmures. du peuple. Pour faire cesser ces murmures , il fit élever des

» duc lui donna le conseil! qu'il auroit pris pour lui , en •» «lisant qu'il ayoit tort de n'avoir pas mis la roain dabs » son sein pour reprendre la fettre ; mais il n'ëtok pas » capablq de recevoir une pareille instruction, m (Jlfi/^ moires de Monglat, tom. I, pag. 287, q88.)

Cette scène se passa es 1689 , et Louis XIII avait alors trent0-huit ans» • \ *

Étant à dîner danslta ville de Bijon, il aperçut une dame dont la gorge était découverte ; pour ne pas la voir, il baissa un côté de son chapeau , puis , ayant retenu dans sa bouche une gorgée de vin , il la lança sur le sein de cette dame. (Anecdotes des peines et régentes de France, p.ar du liadier, tom. VI, pag. 293, 2940

ZSo HISTOIRE DE PARIS

potences dans presque toutes les mefr et places de Paris : il en existaitjlçux ou trois au bas dû Pont-Neuf. - .

, Pendant cet intervalle de \e171ps , l'on vit des intrigues nombreuses pour des objets misérables , des emprisonnemenS de princes , des états-généraux, des guerres civiles, des duels, des assassinats commis par. les premiers seigneuf s de la cour ; on vit surtout , dans les classes supérieures de la société, régner Fanarchie et uii épouvantable désordre.

Quant à Féducation du jeune roi , on lui apprenait la musique, la peinture et des jeux d'enfant ; on l'instruisait à former de petites forteresses dans le jardin des Tuileries-, à donner du cor et à battre du tambotfr : on ne lui enseigna jamais le devoir des rois, ' • ^

Il avait alors pour fj^vori un courtisan nommé Albert de Luynes , homme plein d'ambition , qui pour la satisfaire conçut le projet de renverser tous ceux qui gouvernaient et de se mettre à leur place. Voici comment il l'exécuta.

sous LOUIS xin. 38 r

Il irrita le roi contre sa mère, lui fit sentir son état de nullité, lui persuada qu'il ne parviendrait jamais à exercer l'autorité royale tant que cette femme et Concini seraient à la tête des affaires. Le roi approuva son projet, et chargea Vitry, capitaine de ses gardes , de jouer le principal rôle dans son exécution. Le ^4 avril 1617, pendant que Concini , pour se rendre chez la reine , passait sur le pont^dormant qui précédait le çontJevis du Louvre, Vitry, à la tête des gardes du roi, l'attaque et le tue. Le roi, transporté de joie, dit à l'assassin r Grand merci à "vous , à cette heure je suis roil II le fit aussitôt maréchal de France.

Le corps de Concini, qu'on avait furtivement enterré dans l'église de Saînt-Germainl'Auxerrois, fut , par une troupe de laquais , déterré le soir même, traîné dans les rues de Paris , divisé en lambeaux que l'on brûla , ou que l'on pendit aux potences qu'il avait fait dresser. On pilla l'appartement qu'il occupait au Louvre.

Quelques mois auparavant, la populace et des laquais, à l'instigation de la mère du

ÎSa HISTOIRE DE PAKIS

prince de Condé, avaient pillé et dévasté pendant deux jours rh6tel que ce malheureux possédait rue de Toui non , depuis appelé hôtel des ambassadeurs, et aujourd'hui hôtel de Nivernoîs. La fennne de Concini , nourrice et confidente de la reine , fut décapitée par arrêt du parlement (i).

La reine , par ordre de son fils , fut consignée dans son appartement. On fit aussitôt abattre le pont qui conduisait de son cabinet au' jardin du Louvre. Elle ne sortit de cette espèce de prison que pour être exilée au 'îîhâteau de Bloîs (2).

(1) Àù parlement on eut la sottise de Pinterroger sur l'espèce de sortilège qu'elle avait employé pour se rendre maîtresse de Tesprit de la reine. Je n'en ai point employé' d'autre, répondit-elle, que l'ascendant qu'ont les âmes fortes sur les âmes faibles.

(2) Les conspirateurs, lorsqu'il s'agit du départ de la reine pour Blois , convinrent que le roi et sa mère se verraient avant leur séparation , et firent mettre par écrit les phrases qu'ils s'adresseraient réciproquement, avec recommandation de ne rien dire de plus. La reine, conformément à son rôle , ouvrit le dialogue , en disant à son fils qu'elle était fâchée de n'avoir pas , pendant sa régence , gouverné son royaume à ison gré , qu'elle j avait apporté tous les soins qu'il lui avait été possible, et finit

sovB Louts xin. 38}^

L'autetir àe cette révolution succéda ati pouvoir suprême qu'avait exercé, Concinî. Il eut plusieurs complices , le colonel d'OrnanOrModène, Déageant, Tronçon, Dufey, ^larsillac, etc. ; « mais le plus détestable de » tous ) dit Bassom pierre , et le plus âpre •» boute-feu de cette méchanceté , fut im

par lui dire qu'elle était sa très-humble et très-^Béissante mère et sentante. Le roi , à son toar, récita une phrase par laquelle il remerciait sa ni^re du soia qu'elle avait pris de l'administration de son royaume, lui dit qu'il en était satisfait, et qu'il serait toujours son trèshumble fils.

Là se bornait le dialogue prescrit ; mais la reine passa outre, et demanda à son fils (qui avait alors seize ans) une seule grâce, celle d'emmener avec elle Bardin, son intendant. Le roi , qui n'avait point dans son rôle la réponse à CQlte demande , regarda sa mère la bouche ouverte sans lui dire un mot. Elle renouvela cette demande, et le roi continua ^e la regarder sans répondce. Elle revint à la charge une troisième fois , et n'obtint pas une parole. Lnpatientée , elle donna un baiser au roi qui lui fit la révérence et lui tourna le dos. (Journal de mu vie, par Bassompierre , tom. II, pag. i5. — Nouveaux Mémoires de Bassompierre , pag. 3ia et suiv.)

On voit ici que ce qu'à la eour on nomtud étiquette, cérémonial , etc. , insulte à la raison , et de plus étouffe dans le ^œur d<6 ce\ix qui ont le ïnalheur d'y être assujettis tqj^s sentimens naturels.

384 HISTOIRE DE PÂEIS

» prêtre nommé Travail, Dauphinois, sug* » géré et mis en avant par Déageant. Cet » homme avoit été vingt-cinq ans capucin , » sous le nom de P, Hilaiie, etc. (i). »

Luynes, sous le nom du roi, gouverna les Français avec un despotisme révoltant, surpassa son prédécesseur en ahus d^autorite , et surtout en déprédation de finances. Jamais chef d'Etat n^avait excité plus de mécontentement *, jamais la haine publique n'avait encore parlé si haut , ne s'était exhalée par un aussi grand nombre de pamphlets, de satires, de malédictions et de plaintes de toute espèce. Depuis on ne connaît que le cardinal Mazarin qui ait , à cet égard , obtenu sur Luynes une triste supériorité. *

Le titre de connétable de France , qu'il se fit donner , ne fut pas capable de préserver sa mémoire d'une infamie éternelle. Le r5 décembre 1621, il mourut de la fièvre , comblé de richesses , de dignités et de témoignages de la haine publique.

(i) Nouveaux Mémoires de Bassompierre f pag. 3o3 et 304.

sous LOUIS XIII. 385

Pendant les onze années que durèrent ces deux tyrannies , la digue que Henri IV avait opposée à Tambition turbulente de la noblesse fuf rompue ^ le torrent féodal -recommença ses ravages: les duels , le^ assassinats, les brigandages 5 les guerres civiles, et toutes les calamités qu'elles entraînent vinrent accabler le peuple français. Les princes , les seigneurs , considérant le gouvernement comme un bieu auquel ils avaient droit , et les honneurs , les pensions qui en émanaient comme leur proie , se disputèrent, et s'arrachèrent l'autorité et les finances de l'Etat. Us firent souvent la guerre à la cour qui résistait quelquefois à leurs demandes exorbitantes*

La régente refuse au prince de Condé le gouvernement du château Trompette : ce prince quitte la cour, se retire dans son gouvernement, visite ses amis, et forme contre l'Etat un parti de mécontens. Toutes les factions qui ont troublé la France sous Louis XIII et sous la minorité de LouiS XIY furent calquées sur ce modèle. Se retirer dans son gouvernement, c'était menacer la T. V. • 33

386 HISTOIRE DB ^AaiS

cour d'une prochaine révolte. Pourquoi y avait-il des gouvernemens , et pourquoi les gouvernemens étaient-ils constitués comme autant d'États séparés? Pourquoi, toujours esclaves de la routine^ les rois ne profitaient-ils jamais des leçons de Thistoire , ne faisaient-ils que des lois de circonstance , ne s' occupaient-ils que dé corriger les effets sans détourner les causes? Pourquoi ne changeaient-ils pas un ordre de choses qui avait depuis long-temps été si funeste au trône et à la tranquillité publique ? Les réponses à ces questions sont faciles.

Depuis la mort de Henri IV jusqu'à celle de Luynes , le gouvernement n'offrît que basses intrigues , trames perfides et mouvemens séditieux, dont les chefs étaient ramenés à IfL paix par des concessions d'autorité ou des sommes d'argent. Tels princes, tels seigneurs , tels magistrats, suivant leurs intérêts personnels, servaient, abandon- Iraient ou trahissaient le parti de la cour pour se jeter dans un autre parti qu'ils abandonnaient ou trahissaient ensuite , et retiraient toujours un prix de chaque trahi-

sous LOUIS XIII. ^87

son . Cest une honte ^ disait un député aux élats-généraux tenus à Paris en 16149 (^cH une honte quil faille que le roi achète la fidélité de ses sujets à prix d argent •

On ralluma les torches du fanatisme , en violant les traités faits aY«c les protestans. Les jésuites obtinrent la permission de rou* vrir leur collège à Paris.

Le prince de Condé, qui au nom du roi , sous Concini , avait été renfermé a la Bas* tille, fut au nom du roi, sous de Luynes, mis en liberté. La reine se sauva de Blois , et son fils se raccommoda avec elle. Un an après, la reine, conseillée par Richelieu, évèque de Luçon , fit la guerre à son fils , et le roi prit les armes contre sa mère.

Le duc de Lesdiguières promeV de se faire catholique , et le prince de Condé menace . d'embrasser la religion protestante. <c Si Ton vouloit rapporter toutes les par- )) ticularitcs de ces guerres, dit un con- 11 temporain , on verroit en la poursuite » d'icelles ,' non les intentions du roi exé- )) entées, ains (mais)' des perfidies, des- 11 loyautés et trahisons,' tant du côté des

» persécutes que des persécuteurs (i). » Au milieu de ces désordres, effets des Tices inhérens à ce gouvernement , au milieu de ces bacchanales politiques , il est remarquable de voir les chefs de tous les partis , quoiqu'ils n'eussent pour motif que leur intérêt personnel, ne pas manquer, dans les très-nombreux écrits qu'ils faisaient alors répandre , de populariser leur cause , de lui donner le prétexte de l'intérêt national, et de reconnaître le tribunal de l'opinion publique \ puissance enfantée par les lumières naissantes, et que l'on respectait alors (a).

(i) OEconomies royales de Sulty, tom. VIII , édit. de i66a, pag. 176.

(a) Voici le tableau burlesque qu*UB rimeur fit du gou- - Ternement sous la domination du duc de Luynes :

Le roi, trop simple , donne tout; Blonsiear de Lnynes ruine tout f Et ses deux frères raflent tout :

Tons leurs perens emportent tout , Et leurs agenf digastent tout.

Le chancelier excuse tout ; Les intrndans retranchent tout; L% garde-des-sceauy scelle tont ; Jjk Rochefoncanld purge tout ;

sous LOUIS XIII. 3^9

Après la mort de Luynes, un troisième personnage , plus audacieux encore , s'avance sur la scène politique , et maîtrise toutes les ambitions : sa tyrannie fait oublier et même regretter celle de ses prédécesseurs. Ce personnage est le fameux Armand Dnplessis de Richelieu, évèque de Luçon, qui, ayant commencé sa fortune à la cour sous Concini , eut as^ez de souplesse pour la continuer sous Luynes. Serviteur dévoué de la reine, il avait partagé ses revers et ses succès , et cependant s'était ménagé des intelligences avec les ennemis de cette princesse.

Il méritait d'être cardinal : Marie de- Médicis parvint à lui en faire obtenir Iç titre ; et , lorsqu'il reçut la confirmation de cette dignité ecclésiastique, il déposa son chapeau rouge aux pieds de la régente , lui

Le pire Amonx déguise toat , Et la reioe se plaint de tout.

Monsieur le prince f... partout.

Le parlement vérifie tont.

Les pauvres Français souffrent tont ; Mais k la fin ili perdront tout ; Et , si Dieu ne pourvoit à tont , Le grand diable emportera tout.

390 HISTOmE DE PARIS

disant : Madame , cette pourpre , dont je suis rede\fable à votre majesté ^ me fera souvenir du vœu que j* ai fait de' répandre mon sang pour son service. Paroles de courtisan ! Il devint dans la suite le plus ardent persécuteur de cette reine.

Admis 9 enayril 1624 9 au conseil d'Etat , il le domina ; et , pendant plus de dix-huit années, il fut le fléau d«s Français et le perturbateur de l'Europe.

Son ardeur pour la domination fut puissamment secondée par son talent , sa subtilité , son audace et son mépris pour toutes les règles de l'équité et de la morale. Il n'en respectait aucune ^ il en faisait luimême l'aveu : Quand une fois j'ai pris ma résolution 9 disait-il , je vais au but : je^ renverse tout^ je fauche tout^ ensuite, je couvre tout de ma soutane rouge.

La plupart des poëtes et prosateurs de son temps , prosternés aux pieds de sa toute-puissance , lui ont , par intérêt ou par frayeur , prodigué des éloges que des bouches modernes répètent encore par ignorance ou par- une servile imitation.

sous LOUIS XIII. 391

Il s*enyironna d'apologistes ; il dirigea les trompettes de la renommée *, il fit violence au burin de Phistoire : mais tant de soins pour dérober ses actes tyranniques à la postérité n'ont fait qu'ajouter une nouvelle tache à sa mémoire.

Lancé dans la carrière du pouvoir, il commit plusieurs crimes pour s'y avancer, et en commit un plus grand nombre pour s'y maintenir.

Il fut ingrat envers ceux qui contribuèrent à sa fortune : il la devait à Marie de Médicis ; il la persécuta d'une manière scandaleuse. Au nom du roi son fils, il l'obligea de sortir du royaume ; et cette veuve de Henri IV , qui avait fait bâtir le palais du Luxembourg, n'eut , pour se loger à Cologne , qu'un galetas où elle mourut misérablement.

Le surintendant La Yieuville , qui avait puissamment aidé le cardinal , qui lui avait ouvert la carrière de la fortune , fut une de ses premières victimes.

Il fut cruel. Je ne parlerai pas de ces exé^ cutions mystérieuses qui avaient lieu , "diton, dans ses châteaux de Bagneux et de

39^ HISTOIRE DE l'ÂKIS

Ruel ^ mais je ne puis passer sous ^silence les motifs secrets de ses meurtres politiques.

Il fit décapiter de Thou , parce qu'il avait refusé de devenir le délateur de ses ennemis , et parce que son père , le célèbre historien 5 avait parlé peu favorablement de la famille de Ricbelieu (i).

Il fit périr Saint-Preuil , parce qu'il avait manqué d'égards à ceux de la famille du cardinal ^ le comte de Chalais (2), le comte, de Montmorency , pour avoir servi les complots du frère du roi^ le jeune Cinq-Mars, favori du roi , qui , en cette qualité , portait ombrage au cardinal , et qui , de plus , était l'amant de Marion de Lorme , dont le cardinal voulait faire sa maîtresse ] Marillac , ^dont la procédure est un tissu d'iniquités

(i) De Thou, dans son Histoire, avait dit d'Antoine Dupjessis Richelieu , un des grands oncles du cardinal : moine apostat et souillé de toutes sortes de vices, A ce sujet notre prélat disait : De Thou le père a mis mon nom dans son histoire, je mettrai celui de sonjils dans la mienne.

(2) Mémoires de Vabbé d'Attigny , t. VI, p. 2o3.

socs LOUIS XI£I. 393

révoltantes (i) , et dont la condamnation parut si étrange que le cardinal en rejeta Todîeux sur ses juges , leur reprochant une injustice qu^il avait lui-même ordonnée.

Tous périrent sur l'éckafaud. Je ne parle pas d'un grand nombre d'autres qui , par leurs mécontentémens ou par la séduction , entraînés dans .les conspirations que tramèrent la mère , l'épouse et le frère du roi , et abandonnés ensuite par ces personnages illustres, éprouvèrent le sort des premiers, périrent par la main du bourreau, ou bien dans l'exil et dans les prisons.

Sans doute les princes, les seigneurs, accoutumés à partager les faveurs de la cour, les revenus du fisc et l'autorité royale , vii;ent avec mécontentement et jalousie Richelieu abuser dç son ascendant sur le faible esprit de Louis XIII et les priver de leur part à l'autorité.

Ils durent donc conspirer contre lui. Us

(i^ Relation véritable de ce qui s^est passé au procès du maréchal de Marillac ; Recueil A , B , C , etc., volume 0,pag. i«.

y étaient , eu outre , amenés par les préju-*^ gés de leur naissance , par les principes de la féodalité encore en vigueur ; ils y étaient , de plus , autorisés , parce qu'à la tète de leur parti se trouvaient la mère et le frère du roi ; tandis que y dans le parti contraire, ils ne voyaient qu'un homnue étranger à la dynastie, qu'un îourbe auda* cieux ,. .qu'un séducteur du prince , qu'un prêtre envahisseur de tous les pouvoirs.

Le cardinal mettait ses actes tyranni"ques , ses usurpations , ses excès , ses crimes, sur le compte de Louis XIII , conime si ce roi eût été capable d'avoir une volonté.

Il faisait considérer et .punir la moindre résistance à ses ordres comme des atteintes à l'autorité royale : il se considérait et se faisait considérer comme la royauté.

Si Richelieu cherchait à cacher , sous le prétexte bannal du aalut de l'État , . l'o^ dieux des^ actes sanguinaires qu'il exerçait contre les personnes puissantes, sous quel voile pouvait-il couvrir ses révoltantes persécutions , sa tyrannie contre des particuliers obscurs et sans influence ? Comment

SOX7S LOUIS XIII, 395

ses apologistes excuseront-ils sa yengeance, sa cruauté froidement calculée contre le curé de Loudun , Urbain Grandie r? Ce prêtre avait eu avec Richelieu , pendant que celui - ci était évèque de Luçon , quelques discussions de préséance ,* qui , quoique, légères , avaient .profondément blessé Tamour-propre de ce jeune prélat : de plus , il Taccusait d'être Fauteur d^un pamphlet dirigé contre lui, intitulé : Lettres delà cordonnière de la reine-mère à il/, de Barradas. •

Dès qu'il fut parvenu au suprême pouvoir , il s'occupa de sa vengeance : elle fut terrible. Laubardemont , un des plus méprisables instrumens de sa tyrannie , en fut chargé. Par suite d'une procédure longue et ridicule ^ si elle n'excitait pas la plus douloureuse indignation , Grandier , accusé d'avoir plusieurs diables à sa disposition , et , en sa qualité de magicien, de les avoir envoyés dans le corps de plusieurs religieuses du couvent desUrsulines de Loudun, fut brûlé vif. A mon avis , ce seul crime ,, qui en comprenait plusieurs autres, suffit

pour mériter à la mémoire de Richelieu l'exécration de la postérité.

Les orateurs ou écrivains qui ne connaissent point le règne de Richelieu le proclament encore un grand politique. Quelle grandeur que celle qui ne consiste qu'à envahir et conserver le pouvoir en faisant ' de grands maux, en commettant de grands crimes / Richelieu ne fut qu'un audacieux intrigant , qu'un ambitieux , qui ne parut habile que par l'inhabileté de ses adversairç5 , qui n'obtint des succès que par l'extrême incapacité du roi et la corruplibilité desi hommes en place. De quelle utilité futil à la France ? A-t-il changé le régime féodal ? Il a tué quelques hommes de ce régime, et a laissé subsister la chose. Aussi, après sa mort , les troubles , qu'il avait contenus par la terreur , éclatèrent de " nouveau : il ne fit rien pour l'avenir ; il ne travailla que pour son temps , que pour lui : il avait l'audace , l'énergie d'un ambitieux , l'adresse d'un fourbe exercé : il fut un scélérat fortuné 5 il nç fut point un grand politique.

sous LOUIS xiii. 3g7

Rempli d'orgueil , son faste ef&çait celui de tous les potentats : il pouvait le satisfaire , ayant à sa disposition toutes les finances du royaume. On dit que sa dépense s'élevait , chaque jour, à la somme de trois mille livres ] il avait une garde brillamte et nombreuse , qui effaçait celle du roi. Il portait le luxe jusque sur les autels : on a vu, au Garde-Meuble , sa chapelle composée de vases , ostensoirs , ornemens et ustensiles du culte , tous en or massif , ornés de diamans.

Contre les préceptes de rÉgKse , ce cardinal voulut faire le métier de guerrier 5 et , par son exQpiple , il autorisa le cardinal de La Valette et autres prélats à l'imiter.

Au di|[-septième siècle , on vit se continuer cet abus monstrueux que les temps de barbarie avaient fait naître : qn vit ces deux cardinaux , vêtus en militaires , mapcher à la tète de Tarniée qui allais secourir Casai.

Richelieu, qui, le ai novembre 1629 , s'était faitnommer g:e/ieniZw5i/7ie des armées^ représentant le roij figurait au ndlieu de b

igi HISTOIRE DB PARIS

troupe , monté sur un superbe cheval , ayant un plumet au chapeau , Tépée au côté , couvert d'un habit séculier brodé en or et d'une cuirasse : devant lui , marchaient deux pages , dont Fun portait son casque , et l'autre son gantelet.

Après cette expédition militaire , le cardinal , apprenant que Louis XIII , tnalade à Lyon , avait promis à sa mère et à son frère de le destituer de toutes ses {>laces , vole auprès du foi qui se trouvait à Versailles , le décide sans peine à renoncer à ^ pro^ messe , et à lui livrer ses ennemis. Ce jour, le II novembre i63o, fut appelé la /our/iee des dupes. •

Riohelieu, après ce succès , manifesta le despotisme le plus effréné , se vengea sur la mère et le frère du roi , sur leurs adhérens, avec une rigueur excessive. Un grand nombre de personnes du plus haut rang furent emprisonnées , bannies ou décapitées.

Tous les attentats de ce cardinal se commettaient sous Tégide de la majesté royale et sous le nom de Louis XIII ; il en avait

sous LOIJIS XIII. 399

le profit, et on laissait le blâme k ce roi. Bientôt cette ambition toujours croissante trouva le pouvoir monarchique trop circonscrit pour elle : Richelieu voulut Tétendre i il renversa les faibles limites qpi distinguaient ce pouvoir du despotisme absolu.

Le parlement , par son refus d^enregis* trer les édits , par son droit de remon^ trances , opposait quelques digues au débordement continuel du despotisme ; le cardinal voulut les renverser. Il parvint , par des moyen» de corruption et de ter^^ reur , à imposer silence à ce corps politique*, le premier président^ qui lui était dévoué , fut Tinstrument dont il se servit : en agrandissant Tautorité royale , il agrandissait la sienne.

LeiSaoût i63i, il fit tenir par Louis XIII un lit de justice au parlement *, ce fut là que le premier président, pour complaire à Richelieu, exalta jusqu^aux cieux le pouvoir des rois. Jamais , au parlement , le despotisme n^avait reçu tant d'hommages» « Sire , dit » ce président à Louis XIII , les rois sont

» les dieux visibles des hommes^ comme » Dieu est le roi invisible des hommes ^ » Dieu est assis en lieu* haut pour «protéger » ceiîx qui sont en bas , aussi bien que » pour leur commander ; ainsi eh est-il » des rois de la terre, »

Ainsi entre Dieu et les rois il n^existait , suivant ce président , que cette seule di£férence : Dieu est invisible aux hommes , et les rois ne le sont pas. ^ Après avoir dit que Louis Xill était le premier monarque des Français qui se fût occupé aussi soigneusement du gouvernement de rÉtat , et avoir ainsi insulté à la mémoire des rois ses prédécesseurs, il con-' tinue :

« Les rois ont un grand avantage sur les » autres hommes pour s'acquitter digne- » ment de la fonction de leur charge ^ Dieu » les inspire et les appelle , etc. (i). »

Ah! que de rois mal inspirés! Voyez rhistoirie.

(i) Registres manuscrits du Parlement, aa i3 août i63i.

sous LOms xitr» ^oî

Par ce discours , ddut évidemment Richelieu avait fourni le texte , ce cardinal voulait faire croire que son gouvernement était supérieur à tous ceux des rois précédens ^ que le pouvoir qu'il exerçait sous le. nom dç Louis XIII était sans bornes comme celui de Dieu-, que ceux qui gouvernent sont des dieux visibles j qu'ils sont puissans et infaillibles comme la divinité,* qu'on leur doit une pareille soumission, un pareil respect; enfin que , dans la conception de leurs entreprises 5 ils sont inspirés par la Divinité. Ainsi ', lorsque le parlement refusait d'enregistrer les édits , il attentait évidemment à la volonté de Dieu.

C'est ainsi que pour arriver à la puissance absolue il cberchait à pervertir l'opinion publique.

Redouté dans l'intérieur de la France , il ne le fut pas moins au dehors ; avec son argent et- ses armées, il dictait des lois à tous les potentats.

Si Richelieu fut Sanguinaire , il fut aus^i galant. Il eut plusieurs maîtresses : Marion Delorme , la duchesse de Comballet , sa

4o« msrrôiRE oë i»akis

propre tiîèce , etc. Il composa des livres de théologie et des pièces de théâtre : il ne réussit qu^à se donner du ridicule.

Il eut pour conseillers intimes le fameux P. Joseph , capucin ; La Valetfe , cardinal \ Buliion , surintendant ; pour bouffons , Fabbé Bois - Robert , Beautru , Raconis , docteur en Sorbonne , depuis évêque de L^vaur.

Le cardinal fit cependant du bien , parce que son ambition insatiable et son ardeur pour la' vaine gloire se trouvaient quelquefois d'nccord avec Kûtérét général. Il accrut momentanément l'autorité royale en frappant rudement les chefi? de la féodalité , toujours disposés à l'attaquer -, il fit respecter la France et lui acquit un grand ascendant sur les autres puissances de TEurope.

Il établit rîmprîmerie royale 5 mais il contraignit violemment la liberté de la presse et l'essor de la pensée •, il fit taire la vérité; et n'accorda la parole qu'à ses panégyristes. L'imprimerie royale fut alors un faible dédommagement à cet état de contrainte , mais dans la suite elle produisit d'heureux effets*

sous LOUIS xut. 4^3

Il fonda rAcadëmie française ; mais n'entrait-il p^s dans son projet de iaire prononcer son éloge pftr chaque récipiendaire , éloge auquel chacun d'eux fut constamment condamné ? N'avait-il pas aussi pour objet , en créant cette compagnie de littérateurs , de les obliger à faire la critique du Cid de Pierre Corneille , tragédie dont les succès blessaient son amour-propre , excitaient sa jalousie ?

Il fonda le jardin des Plantes , mais il y fut déterminé par les instances du médecin du roi , Labrosse.

Il fit rebâtir Téglise et le collège de Sorbonne , afin que sa sépulture y fût honorablement placée.

Il fit bâtir le Palais-Royal pour s'y loger avec magnificence.

Tous ses bienfaits eurent un motif personnel ] mais la plupart furent d'uTie grande utilité et servirent aux progrès de la civilisation.

Ce qui fut moins utile , c'est l'espionnage que Richelieu porta à un degr^ de perfection auquel il n'avait jamais atteint.

4o4 HISTOIRE DE PARIS

Après avoir abattu les tètes de plusieurs seigneurs^ accablé le peuple d'impôts , soa-^ tenu des guerres continuelles , ruiné les finan'ces du royaume , dont le déficit commença sous son administration et depuis fut toujours croissant (i) \ après avoir été Tefifroi des Français et des étrangers , le 4 décembre 164^ 9 il termina sa turbulente carrière dans la cinquanté-buitième année de son âge.

A sa mort les prisons s'ouvrirent devant ses nombreuses victimes ; les bannis furent rappelés^ les lâches et misérables satellites de sa tyrannie furent livrés à l'opprobre public -, et l'indignation , long-temps contenue par la peur , se répandit pax torrens en prose et en vers , en langue latine et française , sur le maître et ses valets. Parmi les exagérations de la haine , on entendit les accens de la vérité et de la raison , accens qui vengent et consolenlfles opprimés.

Le roi, qui ne l'aimait point et le craignait , apprit sa mort avec l'indiflférence

(1) Richelieu laissa le roi endetté de 4^ millions de rente, et à sa mort le reyenu de trois années était consommé d ayaoce.

. éOVS LOUIS XIII. 4^5

qu'il montra lorsqu'il vit sa mère chassée du Louvre et de la france , sa favorite La Fayette jetée dans un couvent, et son favoiS Cinq-Mars décapité 5 car ce roi était aussi dépourvu d'énergie que de sensibilité* Bientôt après il mourut à Saint - Germain , le i4 niai 1643, âgé de quarante - deux ans(i).

Outre son extrême faiblesse et son insensibilité 5 Louis XIII manquait de Finstruction la plus nécessaire. Jamais les Français n'avaient encore adressé à leur roi un aussi grand nombre d'écrits sur les intérêts publics. Ces écrits étaient pour la plupart dictés par la sagesse et la bonne foi, et pleins de conseils salutaires : Louis XIII n'en lisait aucun 5 il ne lisait aucun Jivre 5 il avait un grand éloîgnement pour la lecture : il en fut , dit Gomberville , dégoûté par V Histoire

(i) On lui fit cette épitaphe :

Ci gist le bon roi notre maUre , Louis treizième de ce nom , Qui fat vingt ans valet d*un prêtre , Et pourtant acqaît grand renom :

Oui cfacx'aatrui, mais cbez lui non.

4o6 HISTOIRE DE PARIS

de France de Fauchet , qu'on lui donlia dan3 sa jeunesse^ Ainsi , aveugle au milieu des lumières , il ne connut ni le passé iii le présent, et ne profita des leçons ni d'un toiips ni de Fautre.

Ce roi, outre les exploits quW lui fit faire, est Fauteur d'un Voeu à la Vierge, sous la protection de laquelle il mit son royaume, et promit de faire reconstruire le grand autel de l'église Notre-Dame : vœu qu'il n'accomplit point. Son fils, Louis XIV, s'en acquitta avec magnificence.

Son incapacité le réduisit à un rôle trèssubalterne : pour obtenir dçs faveurs ou des grâces on ne s'adressait jamais à lui. Bussi- Rabutin dit que sous Richelieu le roi n* était compté pour rîe»(i).

Lui seul fonda ou plutôt laissa fonder à Paris plus de maisons religieuses des deux sexes , que n'en avaient établi tous ses prédécesseurs depuis lé commencement de la monarchie. Je vais en donner la notice.

(i) Mémoires de Bussi'JUabuti^ , tom. I, pag. 88.

sous LOUIS XXII. 4^7

s II. Communautés religieuses d'hommes.

NoviGiAi: DES JESUITES , maîson située faubourg Saint-Germain , rue Pot-de-Fer , n^* 12 et i4« Madeleine Lhuillîer, veuve de Saint-Beuve, le 3 avril i6io, donna aux jésuites son hôtel de Mézières, pour y placer le noviciat de leur société. Uacte de fonda** tion est du i3 avril 1612. Ainsi ces pères, profitant du zèle de cette dévote , obtinrent un troisième établissement dans Paris (i).

Dans cette maison, nommée d'abord maison de prçbalion , les jeunes aspirans à la gloire et à la fortune jésuitiques étaient soumis à des épreuves et à un enseignement qui pouvaient les leur faire mériter.

Les jésuites achetèrent plusieurs maisons voisines de Thôtelde Mézières \ de sorte que cette propriété agrandie ne fut confinée que par des rues , par celles du Pot-de-Fer ,

(i) Us avaient deux autres maisons, l'une située rue Saint- Jacques , et l'autre nie Saint-Antoine. Fojre% Jésuites.

4o8 HISTOIRE DE PARTS

Mézières, Cassette et Honoré-Chevalier.

Us firent btatir, en i63(>, aux dépens de François Sublet Desnoyers , secrétaire d'Etat ^ à l'extrémité du jardin de l'hôtel de Mézières, une église, achevée en 164^, et* dont le grand autel fut, en 1709, construit par la munificence de Louis XIV.

Lorsque les jésuites furent, en 1763, chassés de Paris et de toute la France , on vendit cette maison et son enclos à divers particuliers.

La loge des francs - maçons , dite du Grand- Orient ^ a , pendant plusieurs années, occupé quelques parties des bàtimens de* cette maison , et , sur la rue Pot-de-Fer , on a construit un vaste bâtiment destiné à un dépôt de farines.

Carmes déchàussi^s , maison religieuse située rue de Vaugirard , quartier du Luxem-^ bourg , n** 70, Déjà il existait , à Paris , deux maisons de carmes : celle de la place Maubert et celle de la rue des Billettes. Le pape ^Paul V jugea ce nombre insuffisant j et , pour renforcer sa milice à Paris , il envoya une nouvelle colonie de carmes déchaussés ,

»sous LOUIS XIII. ^og

qui arrivèrent dans cette ville peu de temps après la mort de Henri IV.

Nicolas Vivien, maître des comptes, leur fit, le II mai 1611 , don d'un vaste emplacement, composé de bâtimens et de jardins, situé rue de Vaugirard.

Les nouveaux carmes firent à la hâte , dans cet emplacement , bâtir, les logemens les plus nécessaires : ils établirent leur chapelle dans une salle qui avait servi de prêche aux protestans, salle que le nonce du pape eut la précaution de purifier et de bénir avant de la mettre en usage.

Bientôt après les carmes déchaussés , avec les amples ressources qu'ils trouvèrent dans lésâmes dévotes , firent construire , en 161 3, un grand et solide bâtiment et , successivement, une vaste église qui, en 1620, fut entièrement terminée.

Ces moines, qui ne portaient point de bas, qui n'avaient que des sandales aux pieds , excitèrent l'enthousiasme des riches dévots et dévotes de Paris ; les bourses s'ouvrirent en leur faveur : les dons furent si abondans qu'ils purent, outre leur cou- T. V. 35

4lO HUTOIRE DE PARIS

lent et leur église, faire élever dans leur enclos et sur les rues voisines plusieurs grandes maisons dont le prix dés locations produisait plus de cent niille francs par an. <c Ces richesses > dit M. de Sainte-Foix , ne n les enorgueillissent pas \ ils continuent v toujours d^envoyer des frères quêteurs n dans les maisons (i). »

(i). Pour ranimer le zèle et se metti^ en éyidence, ces carmes firent à grands frais et avec beaucoup d'éclat , en i632 , célébrer la canonisalion de sainte Thérèse. Cette solennité , ou plutôt ce spectacle , attira beaucoup de earieux : le soir y il fut tiré une quantité innombrable de fusées et un feu d'artifice des plus brillans. Il résulta de cette fête nocturne plusieurs désordres. « Tj fus entiè* » rement brûlée , dit une femme dans une pièce publiée 9 à cette époque $ c est la raison pour quoi je n'ai pas 6té » mon masque en entrant, car je ne suis pas encore gnér » rie...» Je ne yis jamais tel désordre, dit une autre; » un de mes frères a eu toute la face emportée*..... Xe 9 n'ouïs jamais , dit une troisième , parler de canoniser A Les saints de la façon ; c'est plutôt les canonner que

» les canoniser Qn y a plus offensé Dieu mille fois

» qu'on ne lui a fait honneur , dit une autre. Je tous » promets, pour moi, que je n'approuye aucunement 9 ces chô96S. Combien pensez- yous qu'il y ait. en de • filles enlevées ? Tous les blés des* enyirona étaient

9 renyersés ou l>rùlés Une autre femme ajoute :

» Tout l*air yoisin et les champs des enyirons ont été

sOTJs LOUIS XIII. m ^iî

La dévotion des fidèles ne fut pas la seuïe mine qu'exploitèrent les carmes déchaussés : ils possédaient le secret de deux compositions , dont ils firent un cAimel ce îutrattif : le blanc des carmes <, bkniî qtri donnait aux surfaces des murs qtri en étaient enduite Te briHeint d'un marbre poli , et Yeau âe mdlisse y dite aussi eau deis^ carmes. Il h'étaît poi«* à Paris de peinte maitressie quînie portât unflacoîi plein d^eau deà carmes (t).

Ce couvent , supprimé en 1 790', fut v^ndu. L'acquéreur en conserva tous' les bàtimens^ Vers- Tatt 1806, une société de

9 embrasés de leurs fusée^. J'ai encore un colet montée » à cinq étages , qui est entièrement gâté. Encore si pn 9 eût allumé le feu à huit heures, on n'y eàt pas perdu » tant de manteaux^ tous lès écoliers y étkiént^én ari> mes, »[La seconda Jprès^inéôdu^ta^uet de ^Jc* couchée, pag 5.),

Jamais, dit un poète du temps.

Il ne s'est ru tant de fusées , Qu'il en fut jeté U soirée De la sainte mère Thérèse.

(i) La Tente de cette eau se continue rue Tapaime n» 14.

4 12 ^ HISTOIRE DE PAKlS

femmes dévotes, à la tète desquelles éiaîl Madame de Soïeeourt , se rendirent propriétaires de l'église et de quelques bàtimens , et y firent célélirer rofl&ce divin. Depuis quelques années, dans ce couvent, on a fait succéder aux anciens carmes , des carmélites dont quelques-unes gardent la clôture plus rigoureusement que d^autres :

elles ont établi une grille qui du choeur cominunique au sanctuaire de l'église.

Cette église, régulièrement construite, est surmontée par un dôme , le premier de cette dimension que Ton construisit à Paris , et dont la calotte fut , par Bertholet Flamael , ornée d'une peinture représentant le prophète Élie enlevé dans le ciel sur un char de feu , et jetant son manteau à son disciple Elisée. J'ai dit ailleurs que les carmes faisaient remonter très-haut leur généalogie , et qu'ils considéraient les prophètes Élie et Elisée comme des moines de leur ordre (i).

(i) Voy&i tom. II, art. Carmes de la place Mattbert, pag. 55 1.

sous LOUIS XIII. 4i3^

L'intérieur de celte église était orné de quelques inonmuens SQpulcranx. On admirait dans la chapelle de la Vierge , située à gauche du sanctuaire , une Vierge en albâtre 5 sculptée à Rome par Antoine Raggi , d'après le modèle du cavalier Bernin. Cette belle production de la scuIptUFe fut, pendant la révolution ) transférée au Musée des monumens français ^ on Fen tira pour la placer dans la chapelle de la Vierge, à Féglise métropolitaine de Notre-Dame, Dans celle des Carmes, où des Carmélites, on a remplacé la vierge d'albâtre par un plâtre moulé sur Foriginal.

Minimes de la Place-Royale , situés , quartier du Marais , rue de la Chaussée-des- Minimes , n^ 6. C'était un projet résolu , à ce qu'il paraît , quand on ne trouvait pas moyen d'établir un nouvel ordre de religieux dans cette ville, d'y -doubler et tripler les couvens du même ordre. Il existait déjà deux couvens de minimes près de Paris : un à Chaillot, l'autre à Vincennes; on en établit un troisième dans cette capitale, qui eut ses premiers commencemens sous le

4l4 HI$X0.1B3 PB PARIS

règne de. Henri IV, mais n'acquit de la consista D ce que sous celui de son successeur.

Ces moines , à leup arrivée , occupèrent un bâtiment et une chapelle contigus à celle ^e S»inte-Suzanne , situés sur Femplace* ment de l'église de Saint-Rochj puis, avec les sommes que leur fournit un chanoine de Notre-Dame , nommé Olivier Chaillou, ils achetèrent , en octobre 1609 , une partie du jardin qpe Louis et Nicolas de Vitry, possédaient dans l'emplacement de l'ancien hôtel des Tour,nelles. Eiî janvier 1610, Henri ]^ confirma leur acquisition ; alors ils s'occupèrent à y faire construire une chapelle où, pour la première fois , le 2 5 mars i6io , la messe fut célébrée par François Humblaud , corre>cleur et provincial des minimes de France. L'emplacement que ces religieux avaient acheté, avant d'appartenir à MM. de Vitry, avait autrefois été momentanément occupé par des hiéronjmites , que Henri III y avait placés.

Ces minimes trouvèrent bientôt leur église et leur couvent trop simples, trop

sous Inouïs XIll^ 4'^

modestes^ et résolurent d'en faire construire de plus somptueux. Marie de Médîcis seconda leur dessein, et leur prodigua ses bienfaits , afin d'acquérir le titre glorieux de fondatrice de ce monastère.

Le couvent et l'église, projetés sur un plan vaste et magnifique , furent commencés en i6i I : cette princesse en fit poser la première pierre , en son nom , par le cardinal Henri de Gondy , le 1 8 septembre de cette année ; mais les événemens politiques> qui agitèrent la France, et dont cette reine fut la victime, retardèrent la continuation de ces travaux. La pren^ière pierre du gr^ud autel ne fut posée que le 4 ™^^i ï63o , et l'église dédiée que le 29 août 1679.

La structure et la décoration de cette église contrastaient fortement avec l'humilité prescrite à ces moines ^ qui , en prenant la dénomination de minimes^ s'étaiçnt déclarés les moindres, les derniers des hommes • : ils. renoncèrent sans efforts i cette humilité originelle-, et virent avec satisfaction la magnificence de cet édifice rivaliser

4l6 ' HISTOIRE DE PARIS

avec celle des plus fastueuses églises de Pari^(i).

Le portail , formé de deux ordres , le dorique et le composite, était l'ouvrage du célèbre François Mansard. Dans le tympan du fronton, on voyait un bas-relief représentant Sixte^IV et ses cardinaux, ordonnant à François de Paule de se rendre aux désirs du superstitieux Louis XI, roi de France.

Le grand autel , décoré de six colonnes

(i) On a quelquefois abusé du vrai sens de ce mot minime. Des moines de cet ordre ont prétendu que Jésus avait désigné les minimes, lorsqu'il dit : qu'il comp* tera comme fait à lui-même le bien que l'on fera au plus petit des siens , guod uni ex minimis meisjecistis , c'està-dire , suivant ces pères, les dons que Von fera à mes minimes .

On raconte qu'un jésuite, passant en carrosse devant un minime à pied, l'apostropha par cet impromptu :

Âfinim», minime , temper mitUmus tris*

Le minime lui rappela que son faste était opposé aux principes de l'Évangile , en lui disant :

Jfsuita , jeruita , non Jésus ibat ita.

sous LOUIS XIII. 4^7

corinthiennes de marbre de Dinan, avait pour tableau une Descente de croix , copiée d'après celle de Daniel Volterre , qui se voit dans l'çgHse de Rome.

X»es diverses chapelles qui entouraient la nef étaient ornées de tableau;^ de grands maîtres , tels que Vouet , La Hire , Coypel y l'Argillière, etc. La plupart d'elles renfermaient des monumens funèbres plus ou moins magnifiques de personnes distinguées : celui d'Edouard Colbert, un des plus beaij^x ouvrages de Coustou l'aîné ^ ceux du duc de La Vieuville , du président Le Jai , de Charles Le Jai , du docteur et savant Jean Delaunoy , surnommé le dénicheur de saints (i) ; d'Abel de Sainte- Marthe , garde de la bibliothèque de Fontainebleau. ^ •

(i) Jean Delaunoy disait à eeox qui le qualifiaient de Dénicheur de saints : Je ne chasse point du Paradis les saints que Dieu y a placés ; mais bien ceux que l'i' gnorance et la superstition y ont introduits. M. le président de Lamoignon Pintercédait en fayeur de saint Yon, patron d'un de ses villages. Quel mal pourrai s-je lui faire? répondit le docteur ', je n'ai pas l'honneur de le connaître.

4l8 HIStOIB^ DE PkJilS

Une chapelle contenait les monuxoens en marbre de deux bâtards royaux, de Diane, duchesse d'Angoulême , fille de Henri II, et de Charles de Valois , d'abord comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulême , fameux dans .son temps par ses débauches , sa légèreté, ses lâches conspirations contre Henri lY son bienfaiteur, et par sa longue détention à la Bastille.

Ces tombeaux , plus intéressans par les travaux des artistes qui les ont.exécutés que par les personnages dont ils attes^nt l'existence passée , furent transférés au Musée des monumens français, où ils sont encore.

La suppression de ce couvent s'opéra en 1790; l'église fut démolie en 1798; et, sur son emplacement , on a prolongé la rue de la €haussée-des-Minimes , et transforméles autres bàtimeDs du couvent ^^ caserne de gendarmerie-infanterie.

Jacobiiîs de la rue Saint-Houorê , couvent situé sur l'emplacement du marché qui porte ce nom. Quoiqu'il existât déjà un ancien couvent de cet ordre à Paris , on le crut insuffisant : on en fonda deux autres.

sous LQUIS xni. 4*9

Sebastien Michaelù^ général des jaco* bins, présidant le chapitre général de Tordre de Saini-Dominique qui, en 1611 , se tint à Paris, dit qu'il voyait avec douleur le relâchement et le désordre introduits dans la plupart des maisons des jacobins <le France : il proposa , pour y remédier , l'établissement d'un nouveau couvent de ces moines à Paris , couvent qui serait assujetti à la réforme. Cet établissement était préparé de longue main; et le général avaiê amené d'Italie cinq frères jacobins qui de* vaient former -le noyau de la communauté projetée. Il demanda au roi et à la régente la permission de faire cet établissement ^ la cour de France ne savait-rien refuser aux moines. Cette permission fut accordée par lettres-patentes de septenibre i6ii, enregistrées le 23 mars 161 3. L'évêque de Pari» donna 5o,ooo livres pour les frais de construction du couvent et de l'église , et ce fut sur un enclos, contenant environ dix arpens, qu'on éleva ces édifices.

L'église , comme toutes les autres , était ornée de peintures et de tombeaux : on y

remarquait quelques ouvrages des peintres PorbuSy Rigaudy Houasse^ et, parmi les mODumens sépulcraux^ ou distinguait celui du maréchal de Créqui , exécuté parCoustou Taîné et Joli , d'après les dessins de Lebrun 5 celui de Pierre Mienard , dit le Romain^ peintre célèbre, mort eu iGgS , âgé de quatre-vingt-cinq ans : la comtesse de Feuquîèrcs , sa fille , y était représentée à genoux , prianjt Dieu pour son père ^ elle avait quatre-vingt-deux ans lorsque l'artiste dessiùa son buste pour ce tombeau , et conservait encore a cet âge les traits de la beauté. Ce tombeau , ouvrage de Lemoine et Desjardins , a été , ainsi que celui du duo de Créqui, transféré au Musée des monumens français.

• La bibliothèque de ce couvent fut d'abord peu considérable : pour déterminer la cour à la rendre plus complète , les jacobins s'avisèrent ae la dédier au dauphin , Louis, fils de Louis XIII, au moment de sa naissance, et firent, en conséquence, placer au-dessus de l'entrée de cette bibliothèque l'inscription suivante : Hœc principi DeU

sous LOUIS XIII. 4^*1

phino bibliotheca dicatafuît^ die natwitatis ejus, 5 septembiis i638. Moyen nouveau, ruse monacale et adulatrice, qui n'eut aucun succès. Celte bibliothèque fut accrue par le. don qu'en 168,9 fit .à. cp. couvent un docteur 3e âorl?onné , appelé Piques : elle se trouvait ,: dans lès. dèrniersUemps , cornposéç d'environ trente !iriiile volumes .

La salle de cette bibliothèque servit aux séanéjss de la famevse société des Amis de la Censtittàiohy qui , . à ; cause du couvent , reçut lé nom, àe: Société des Jacobins, Il en sera garlc è!n soiivlîën . V . . . .

Ce couvent fut suppîrîmé en 1.790. Dans ta smti^ les! bâtimensifùrjent. démolis, et , sur leur emplacement , ainsi que . sur celui de liei>r jardînL,^on A, ea'i8io', établi un marche, depUîs long- temps désiré en ce quarlîer , appelé d'abord Marché des Jaco" bins^ puis Marché deSaifit-Honoré. La rue qui y conduit porte ce dernier nom.

Jacobins du', faubourg Saint-Germain , couv/Biit situé entre les rues du Bac et de Saint-Dominique, dont l'église est aujourd'hui l'église paroissiale dii dixième arron-

4 2^2 HIdTOmE DE PA&IS

disaemcnt, sous 1« Vocable de Saint-Tho* mas-d'Aqui»,

Nicolas Radulphi , général des Jacobins, muni d'un bref du pape, du 20 août 1609, vint à Paris, accompagné de quatre religieux de son ordre, pour solliciter auprès de Louis XIII la permission d'établir un troisième couvent de jacobins dans eetl;e ville. Ce roi, toujours disposé à faire la volonté du pape et des moines, consentit, par ses lettres-patentes de juillet i63a , à cet établissement qui devait porter le titre de Noviciat général de Tordre de Sainte Dominique en France,

Le parlement , qui commençait à craindre le résultat d'un accroissement inconsidéré de monastères dans une ville qui en était déjà surchargée, opposa quelque résistance à l'établissement de celui-ci ; cependant, en i63a , il vérifia les lettres- patentes ^ mais, l'année suivante, il ordonna que ces lettres seraient communiquées à Farchev^ue de Paris , au prieur du grand couvent de la rue Saint- Jacques , pour donner leur avis sur cet établissement»

SOXJS LOUIS XIII. * 4^3

Les nouveaux jacobins n'attendirent pas cette décision, ni même réexpédition des lettres du roi : ils vinrent, dès i63i , malgré le parlement , occuper un local déjà disposé pour eux , local alors rempli de jardins, et dont la surface contenait environ neuf arpens^

Le parlement dut se taire sur la conduite illégale de ces moines *, ils étaient protégés par le cardinal de Richelieu qui avait si souvent humilié et asservi cette cour.

Cet établissement fut d'abord simple et modeste : ces moines se contentèrent de bâtimens nécessaires , d'une chapelle' conforme à Thumilité des premiers chrétiens ^ \ mais bientôt, enorgueillis par la protection du fameux cardinal , enrichis de ses dpns et •de ceux de plusieurs fidèles croyans , ils ambitionnèrent des bâtimens plus fastueux. A leur petite chapelle ils firent stiiceéder vnt magnifique bâtiment , élevé sur le» des* sins dePièrre Bulet , dont la première pierre fut p0sée- le 5 mars i68a , et qui ne fut achevé qu'en 1740. Pendant cet intervalle de cinquante-huit ans , lesjaQobins se virent

'424 HISTOIRE DE PÀÏÏIS

obligés , pour fournir aux frais de cette construction , d'intéresser la générosité des dévots, de faire des quêtes et même des emprunts- Cet édifice est digne de l'artiste. habile qui en a donné les dessins. Une. ordonnance de colonnes doriques, surmontée d'une autre de colonnes ioniques , caractérise sa façade (i).

A l'intérieur de cet édifice, qui a. dans œuvre 22 toises de longueur , règne Tordre corinthien : cet intérieur était autrefois, suivant l'usage , orné de tableaux. et de monumeus sépulcraux qui disparurent après ingo, époque où le couvent fut supprimé : les plus remarquables furent transférés au Musée des monumens français.

Cette église des Jacobins , par l'effet du concordat du 9 avril 1802, fut érigée en église paroissiale du dixième arrondissement, sous le vocable de Saint-Thomasd':dquin. Elle conserve encore l'intégrité

de son architecture et même 4^ ses princi-

(i) f^o/es planche 45.

sous LOUIS xin. 4^^

paux ornemens , tels que la Gloire , placée au-dessus de l'autel principal , autrefois dorée , aujourd'hui colorée en grisaille , et les peintures du plafond du sanctuaire , qui représentent la transfiguration de Jésus, grand ouvrage de Lemoine , etc. '^

A droite de la croisée est une chapelle dédiée à saint Vincent de Paule : au-dessus de l'autel , on voit , dans une niche , la figure de cet homme bienfaisant recueillant des enfans nouveau -nés qui sont à ses pieds.

Plusieurs tableaux sont placés dans cette église : quelques-uns ont du mérite. Le plus remarquable est de l'école moderne : on le voit à gauche en entrant dans l'église •, il représente Jésus descendu de la croix , entouré des saintes femmes : c'est un ouvrage de M. Guillemot.

Les bàtimens du monastère des Jacobins ont , depuis le temps de la Convention , été destinés au Musée d'artillerie dont je parlerai.

Bénédictins Anglais , couvent situé rue Saint- Jacques,, n*^ 269 , çntre le Val-de-

4a6 mSTOlKE DE PAUIS

Glace et Pimpasse des Feuillantines. Par $uite du schisme que Henri YIII fit naître en Angleterre , des religieux bénédictins de ce royaume vinrent se réfugier, en France. Marie de Lorraine , abbes&e de Chelles , en fit v^ir six à Paris, qu elle établit en i6i5 au collège de Montaigu; puis elle les en tira pour les placer dans une maison du faubourg Saint- Jacques. Elle voulut ensuite les transférer ailleurs; mais ces bénédictins, ennuyés de ces cbangemens , résistèrent aux caprices de cette abbesse qui, irritée , leur retira sa protection et discontinua ses libéralités. Ces religieux n'eurent pas un sort plus stable : toujours livrés à la merci de leurs protecteurs , ils furent encore condamnés à de nouveaux déplacemens*

Le chef de la congrégation des bénédictines anglaises vint à leur secours : il les logea dans une maison de la rue de Vangirard, puis il les transféra rue d'Enfer, dans une autre maison qu'ils occupèrent en 1682, où avant eux avaient demeuré des religieuses feuillantines. Enfin le père Gifibrd, devenu archeyè(][ue de Reims, leur acheta,

SOtJS LOUIS XIII* 4^7

en 16409 ^i'<)î^ maisons situées rue Saint- Jacques, où ils purent invariablement se fixer. Us commencèrent par y construire ^ne chapelle, et par s'y procurer les logemens les plus nécessaires. En 16^4 9 1® prieur de cette communauté, le père Joseph Shirkurne , eut le moyen de procurer à ses religieux des logemens plus commodes : il fit démolir les anciens bàtimens, et élever à leur place un édifice régulier et somp* tueux, ainsi qu'une église analogue , qui fut entièrement construite en 1677.

Cette église contenait le corps du malheureux Jacques II , roi de la Grande-Bretagne , mort à Saint-Germain-en-Laye le 6 septeinbre 1 70 1 , €t celui de Marie Stuart , sa fille, morte le 18 avril 17 12. Ce roi, détrôné pour les crimes que lui firent commettre les jésuites , et sans doute éclairé par le malheur, apprit à mépriser les vanités piondaines : il voulut qu'aucun faste n'accompagnât ses funérailles ^ et que son tombeau ne fût distingué que. par cette simple épitaphe :

ci GiST ;rAc<jUES 11, noi de la gravde-bbbtagivi.

Ce couvent fut supprimé en 1790; et dans ses bâtimens, devenus propriété particulière , s'est établie une filature de coton, au n® 269.

Oratoire , communauté i^e prêtres située rue Saint-Honoré , entre* cette rue et le Louvre. Le 11 novembre 161 1, M. de Bérulle , fondateur des Carmélites et depuis nommé cardinal, réunit cinq prêtres sa vans, de mœurs pures, et les plaça à l'hôtel du Petit-Bourbon , rue du Faubourg-Saînt- Jacques, là où fut depuis élevé le bâtiment du Val-de-Grâce. Ils n'y restèrent pas longtemps. Le 20 janvier 16 16, M. de Bérulle acquit de la duchesse de Guise l'hôtel du Bouchage , hôtel fameux par le séjour qu'y fit Gabrielle d'Estrées, et où Henri IV fut frappé par la main de Chastel.

Le 32 septembre 1621 fut posée la première pierre de l'église que Ton voit aujourd'hui, et dont la construction fut terminée en i63o. La façade du côté de la rue Saint-Honoré , bâtie en 17 45? fut reconstruite en 1774*

Cette église est vaste et d'une forme pa-

iSOtJS LOUIS XIII. 4^9

reille à toutes celles que l'on bâtissait alors à Paris : on y voyait des tableaux et des sépultures. La quatrième chapelle à gauche offrait une Adoration des Mages , .peinte par Vouet, et le monument funèbre, orné ,de figures en martre , de Nicolas du Harlay , sieur de Sancy. Ce fut contre lui que d'Aubigné composa une satire ingénieuse et sanglante, intitulée la Confession de Sancy ^ et dans laquelle , entre autres reproches , il lui fait celui d'avoir changé de religion chaque fois que son intérêt le commandait : ce qui fit dire à Henri IV, qui n'avait pas le droit de plaisanter sur cette matière , qu'il ne manquait à Sancy que le turban.

Dans une autre chapelle«était le tombeau en marbre du cardinal de BéruUe , fondateur, mort le 20 octobre 1629 : ce tombeau et la figure à genoux du prëlat étaient la production du ciseau de François Anguier.

Le principal autel , qui séparait la nef du choeur , était couronné par i\n baldaquin et une Gloire soutenus par quatre colonnes de marbre^ avec des chapiteaux de bronze doré. Presque tous les grands autels des églises

/^So HISTOIRE DE PÀKtS

de Paris offraient ce même genre de décoration : les artistes ne savaient, à cet égard ^ rien imaginer de nouveau,

La bibliothèque était composée de près de trente mille volumes.

Les oratorîens ne faisaieilt point de vœux^ leurs réglemens laissaient aux agrégés autant de liberté qu il en fallait pour que le bon ordre ne fût pas troublé. L'avocat général Talon caractérise avec justesse cette congrégation , en disant : CPest un corps où tout le monde obéit , et ou personne ne cotn^ mande ^ et Bossuet, dans Toraison funèbre du P. Bourgoin , troisième général de cette congrégation , dit : a Congrégation k la- » quelle le fondateur* n'a voulu donner » d'autre esprit que l'esprit même de l'É- » gljse, d'autres règles que les saints ca- » nous , d'autres vœux que ceux du Ëîip- » tême et du sacerdoce, d'autres liens que » ceux de la charité. » Cette institution, aussi sage que nouvelle, où le règlement était le seul maître , est devenue une source de lumières et de bonnes mœurs,. Aussi quels exemples ont donné les membres et

sous LOUIS mit. ^ii

les partisans de cette société célèbre ! Je ne crains pas d'avancer que le haut degré de leur instruction , la pureté de leurs mœurs, et la longue lutte qu'ils ont soutenue contre une société fameuse , dirigée par des hommes corrompus fet corrupteurs, ont puissamment contribué à l'épuration des moeurs , aux progrès des connaissances humaines et de la civilisation.

Les oratoriens , ainsi que toutes les autre» congrégations religieuses, furent supprimés en 1792. Leur église servit , pendant quel-" ques années , aux assemblées du district et de la section de ce quartier. Elle fut, en tSoa, concédée aux proiestans de la confession de Genève, qui y célèbrent leur culte.

Séminaire des Oratoriens, situé rue du Faubourg-Saint- Jacques , n°' 2;54 , îi56 , !î58. J'ai dit pourquoi les bénédictins de l'abbaye de Sain t-Ma gloire furent transférés dans la maison de Saint- Jacques du Haut- Pas (i). Ces bénédictins, qui s'y trouvaient

(1) Voyez HStel de Soissons , tom. IV, pag. 267, et Saint-^acqu€s-<tw'Hnut-Pas g tom. IV, pag. 377.

43â HISTOIRE DE PARIS

en petit nombre , tenaient une conduite pen régulière : c'est ce qui détermina, en 1618, Henri de Gondy, évèque de Paris, à les supprimer, et à établir dans leurs maisons un séminaire dirigé par les prêtres de l'Oratoire. Il fut le premier séminaire fondé à Paris : par la suite, il devint considérable, et s'est maintenu jusqu'en 1792 j époque de sa suppression. Les bâtimens ont depuis été concédés à l'institution des Sourds-Muets. ( Voyez cet article. )

Capucins du faubourg Saint- Jacques , couvent situé place des Capucins. Déjà il existait un couvent de capucins : celui-ci fut le second \ et , bientôt après , il s'en établit un troisième. Ce couvenj doit son origine à la libéralité de Godefroy de La Tour, qui, par son testament du 27 avril 161 3, légua une grande maison et un jardin qui lui appartenaient au faubourg Saint-Jacques. De la grange de cette maison on fit une cbapelle qui servit aux capucins , jusqu'à ce que le cardinal de Gondy, évéque de Paris, fournît des fonds nécessaires à la construction d un monastère et d'une église*

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