SOUS HENRI IV
, Quelques-uns cependant chantèrent la palinodie , et louèrent la clémence du roi qu'ils avaient, naguère, si grossièrement insulté dans leurs sermons. De ce nombre on cite Pelletier, curé de Saint-Jacquesla- Bpucherie.
Quelques autres , plus opiniâtres, tels '
que le curé de Saint-Germain-l' Auxerrois , quoique le roi lui eut la veille accordé son pardon , ne laissa pas de prêcher contre lui y et de le déclarer publiquement excommunié ', cela était vrai : mais , en ce moment, il ne convenait pas de le rappeler au public : il fut arrêté; et le roi se borna k le congédier.
Le curé de la Madeleine ne voulut point prier pour le roi en sou sermon ; mais il pria pour les bons princes catholiques et pour ceux qui avaient souffert de la journée du 2!2 mars. Le roi se borna à lui faire imposer silence.
Le 2^ mars, la Bastille fut rendue au roi par Antoine Dumaine , dit Duhourg VEs^ pinasse y qui en avait été n^mmé gouverneur pour la Ligue. Il ne rendit cette forteresse
t48 HIStOIHB SB YÀRIS
cfue lorsqaHl fm informé que le duc de Mayenue ne pouvait la secoarir. Il capitula honorablement pour lui et la garnison, et ne voulut recevoir aucun ai^gent pour cetce reddition . Sollicité .de reconnaître Henri IV pour son roi, il répondit qu^il avait donné sa foi au duc de Mayenne , et ajouta que Brissac était un traître^ qu'il le soutien* drait en le combattant en présence du r<A ; tju^il lui mangerait le cœur au ventre; qu'il ^ allait l'appeler au combat , et qu'il lui ferait perdre Thonneur) s'il ne lui faisait pas perdre la vie (i).
Voilà Henri IV parvenu, par des moyens
(i) Le a4 mars le i^i alla visiter les dachesses de î^emours et de Montpensier , qui logeaient ensemble. Fbuê voulez bien du mal à Brissac ! leur dit-il : une de ces dames répondit : Je sacrais bien qu'il était lâche, mais je ne sawiis pas gu 'il fût traître .
Jean-François de Faudoas, Comte de Belin, qui était gouverneur de Paris avant le sieur de Brissac, s'attira pareillement PindignatiQn des ligueurs. U mériUy de plus , le mépris des gens de bien , en faisant à un nommé Morin un tour d'escroquerie, qui 9 dans des temps plus civilisés , aurait conduit M. le comte à Bicê« tre. {Journal de l'JEstoile , tom. II, pag. 18, 29, ao, at ,aa, etc.)
sous HEVRI IT. l49
qu'une morale rigoureuse ne saurait approuver, à se rendre maître de la capitale de la France. C'est le lieu de réunir les princi»- * pau^ traits de son caractère. Ce roi usa de beaucoup de modération et de clémence envers ses ennemis , et voulut se les attacher par des bienfaits ; moyen nouveau et sans exemple parmi ses prédécesseurs, rois de France. U le porta trop loin sans d6ute, puisqu'on Taccusait de préférer, dans la distribution de ses faveurs, ceux qui lui ' avaient fait la guerre à ceux qui l'avaient loyalement servi , de préférer les ligueur» aux royalistes. Aussi disait-on que , pour obtenir du bien, il suffisait de lui avoir £aiit du mal.
Ce roi voulut acheter l'amitié de ses en* aemis : il était sur de ses amis. En outre, en favorisant trop ouvertement les chefs des protestans , il avait à craindre de don* ner de l'ombrage à la masse des catholiques, dont le Êinatisme n'ét^t pas encore éteint, et de faire suspecter la sincérité de sa con- ▼errîon.
Henri lY se montra généreux y magna-
l5o HISTOIRE DE PARIS
nime envers ses plus acharnés détracteurs, et ne conserva contre eux ni haine ni désir de vengeance. Cette conduite l'éleva audessus des mœurs de son siècle , où les actes de représailles et les vindications donnaient, dans l'opinion de la noblesse , des droits à la considération ] où les violences les plus criminelles se plaçaient au rang des exploits les plus glorieux.
Les administrations étaient dans le plus déplorable état : Henri IV, secondé par Sully, y mit un ordre nouveau, imparfait sans doute , mais beaucoup meilleur que celui qui existait auparavant.
La féodalité , favorisée par les fréquens désordres des règnes précédons, avait repris sur les peuples et même sur les rois son redoutable empire. Les peuples , accoutumés à ses rigueurs tyranniques, la supportèrent^ Henri en fut tourmenté pendant le cours de son règne, la combattit de toutes ses forces, et ne put affermir son trône sans donner quelques exemples de sévérité. Plusieurs nobles turbulens périrent sur l'échafaud : il fit pareillement punir du dernier
sous HENRI IT. l5l
supplice un grand nombre de seigneurs coupables de crimes intolérables , et dont la plupart troublaient la tranquillité publique : ces nobles faisaient le métier de voleurs sur les chemins.
Ces afl'aires et plusieurs autres l'empêchèrent de mettre à exécution un vaste projet qu'il avait conçu, qu'il communiqua à quelques souverains, à son ami Sully, et dont la tolérance religieuse était l'objet. •
Si l'on a des reproches à lui faire pour ses craintes et isa faiblesse à l'égard des jésuites 5 on doit lui savoir gré d'avoir , dans ses Etats , maintenu la tolérance entre deux religions ennemies , autant que cela lui était possible , avec des lois insuffisantes et trèsmal exécutées, et avec des esprits encore dans un état de fermentation.
La crainte des poignards des moines et des fanatiques troubla son repos pendant tout son règne, et lui fit commettre des fautes. Cette crainte, comme les événemens l'ont prouvé, n'était que trop bien fondée (i).
(i) C'est cette frayeur qui lui fit dire, en voyant Iq
i5a HiSToiaB 01 wkms
Il élait doué d^on espril vif, pénétrant, et d^une gaieté qui ne Tabandonnait pas , même dans des circonstances sérieuses ; elle 8*exlialait souvent en bons mots, en traits plaisans ou caustiques. Si Ton excepte sa loi barbare contre les braconniers et le cbàtiment rigoureux qu'il infligea à des procureurs qui se montrèrent envers lui incivils sans le connaître; et, surtout, si Ton compare sa conduite avec celle des seigneurs de son temps , on jugera qu'il leur était bien supérieur , et qu'il mérite le titre de bon. Au surplus, son esprit et son caractère de franchise embellissaient jusqu'à ses défauts.
Voici le portrait qu'en ont tracé les auteurs des QEconomies royales de Sulfy :
i< Il étoit de belle stature, bien propor- )» tionné, ayant les linéamens du visage
fougueux Wîncestre, curé He Sarât-Geryais , s'approcher de lui en suppliant : Gare le couteau ; c'est cette crainte qui lui fit rappeler les jésuites après les avoir chassés de son royaume , quoiqu'il fàt bien convaincu de leurs attentats contre sa vie. {foye% ci-après y Pyramide , pag. i58.)
60U$ HEimi IT. |53
)> bien çompftss'és , le teint florissant et té^
1» indignant nne bonne habitude et parfaite
» santé. Estant alaigre, dispos, fort, ro*
» buste , laborieux , qui xeîHoit et dormoil
» quand et autant qu'il youloit \ s'abandon*
» noît à toutes sortes d'exercices et passe-
» temps hcmnètes, tant pour la cour que
V pour la guerre ; esquels il se montroit
D des plus adextres ; estoit d'humeur fort
Il gaie et récréative , de douce , agréable et
n familière conversation avec un chacun,
» et fort civil entre les dames ; avoit Tes-
» prit vif, prompt , actif, et de facile in-
» telligence et compréhension*, estant pi-^
» tojable , bénin , clément , miséricor-
» dieux, et si fidèle, loyal et religieux
» observateur de sa parole et de ses pro-
» messes , qu'il eut mieux aimé manquer à
» sa vie qu'à sa foi (i). »
Cest le beau côté du portrait de Henri IV.
Ce roi fut dominé, pendant tout le cours de sa vie , par un penchant irrésistible vers
(i) OEconomies royales de Sully ^ tom. VII, 4* partie , pag. 539, éditioo de i66au
l54 HISTOIRE DE PÂMS
la galanterie , ou même , il faut le dire , vers la débauche. Ses maîtresses furent nombreuses , et ses liaisons , formées par le caprice, ne firent pas généralement bonneirr à sa délicatesse (i).
• Il est remarquable qufe Tâgç et de fâcheuses expériences n'aient point amorti le feu de sa passion déréglée. Il avait plus de cinquante-trois ans lorsqu'il s'enflamma pour la princesse de Condé. Cette passion , accrue par les obstacles , le poussa à mille extravagances : les larmes , les déguisemens ridicules, les promesses, les menaces, mis tour à tour en jeu, déterminèrent le prince de Çondé , pour soustraire . sa jeune épouse aux poursuites du roi, à fuir la France, et à chercher un asile dans les Pays-Bas, et puis à Milan. Furieux de voir sa maîtresse lui échapper , il ne craignit pas , pour la ravoir , de déclarer la guerre à l'Autriche qui lui donnait un asile. Tous les apprêts de cette guerre, honteuse par ses motifs, étaient faits ; mais l'exécution en fut subite-
(i) Voyez ci-après, Tableau moral de Paris ^
sous HENRI IV. l55
ment arrêtée par Peffei d'un crime abominable. Henri IV mourut trop lèt pour les Français , et peut-être fort à propos pour sa gloire.
Henri IV, entraîné par les premiers mouvemens de sa bienfaisance , promit au peuple français plus de bonheur qu'il ne pu^ lui en donner ^ et la poule au pot , tant préconisée, s'est toujours fait attendre.
Si des taches ternissent sa gloire, elles n'en efiacent pas tout l'éclat : les Français n'oublieront point que leur patrie , désolée par trente-quatre ans de désordres , de fureurs fanatiques et de guerres civiles , fut redevable à ce roi du bienfait inappréciable de la paix.
Ce roi , quoi qu en dise Sully , était d'une stature moyenne et proportionnée \ il' avait des mouvemens précipités. Son éloquence , un peir agreste , n'en était pas moins énergique : les discours quïl prononçait étaient de sa façon.
Il craignait les poignards des jésuites : il voulut en faire des amis. Il les caressait comme le faible caresse un ennemi redouté :
l56 HISVOiftB BE PAmiS
vaines condescendances ! sa mort était ré* solue^ lui-même en fut averti, et témoigna au maréchal de Bassompierre ses appréhensions sur le sort qui le menaçait. Peu de jours après cette communication, le Yen- 4redi i4 niai 1610, le roi se rendait du Louvre à T Arsenal , et passait par la rue de la Ferronnerie, rue alors fort étroite : son carrosse y fut arrêté par un embarras de voitures. Ses gens de pied quittèrent la rue , et passèrent par une des galeries du charnier des Innocens. Pendant cette station forcée ^ le roi se pencha pour parler au duc d^Epernon : alors un homme s^avance , s'élève sur les roues de la vmture , porte au roi, à Fendroit du, cœur, un coup de couteau qui lui arracha ces mots , les derniers qu'il ait articulés : Je suis blessé*
Sans se déconcerter 'Ç lassassin frappe tin second coup. Le premier coup était mortel , le second ne l'était pas. Un troisième coup fut, dit-on, porté, mais il n'atteignit point le roi.
« Chose surprenante^ dit l'Esloile, nul 11 des seigneurs qui étoient dans le car-
sous HEBUI lY. tif
j» rosse, n'a vu frapper le roi-, et, si ce n monstre d'enfer eût jeté son couteau, on 9 n'eût su à qui s'en prendre : mais il s'est » tenu là pour se faire voir , et pour se glo* n rifier du plus grand des assassinats. » Cet assassin était Ravaillac.
Voici les noms des seigneurs qui se trouvaient alors dans le carrosse du roi : les ducs d'Epemon et de Montbazon , le maréchal de Lavardin, les sieurs de Roquelaure , de La Force' , de Mirebeau , de Liancourt. Us n'ont point vu le bras de l'assassin diriger au milieu d'eux le couteau vers le cœur du roi ^ ils n'ont détourné ni le premier , ni le second coup.
Ainsi , après avoir échappé diic-sept fois au poignard de ses ennemis , il succomba à la dix-huitième (i).
. (i) Ce serait une histoire asseï curieuse que celle de tous les projets d'assassinat tentés contre Henri IV : on y verrait figurer des moines , des prêtres, des cardinaux y des légats du pape comme instigateurs et complices de ces crimes : il ne faudrait point omettre latentatiye de Charles Aidicanne, dit d^Auesne, moine facobia, qui fut ioBitîgué il tu«r HeaiiiV par IliCQla^ Mêltetie , nonce du p«l^ «» FUndve*
l58 HISTOIRE DE PARIS
« S V. Établissemens civils et religieux.
• Pyramide commémoaative du grime db Jean Chastel et de' ceux des Jésuites (i). Elle était située en face du Palais de Justice , vers la partie méridionale de la place demi-circulaire qui précède l'entrée de ce palais. Voici l'exposé des événemens . qui ont causé son érection. et sa démolition.
Depuis environ nçuf mois que Henri IV s'était rendu maître de Pa^s, les babitans
de cette ville commençaie;at à goâ.^r les douceurs de la paix. Chaque jour de Jj^'ô^velles soumissions, inspirées par lapéûr ou par l'intérêt , renforçaient le parti dîf;ce roi, et accél/éraient la ruine de celui :4e la Ligue. Tout présageait un. avenir^j^psDJ^, lorsque, le 27 décembre iSg^j ce irpiiievenant victorieux de Picardie, enlÀ'lbut botté dans la chambre de Gabrielle .d'Estrées, sa maîtresse (2).
(1) ^oy«z planche 42.
(a) Ce ne fut point au Louvre que se passa la scène dont on va parler, comme le disent plusieurs modreraes,
IRiB i>BAR CBASTBI. ïT TJKS ji-sriTliî.
sous HEKKI IV. i5g
Plusieurs seigneurs s'y rendirent pour le saluer. Dans le moment où Henri IV se baissait pour relever un seigneur agenouillé devant lui, un jeune homme, qui s'était glissé dans la foule jusqu'auprès du roi, lui porta un grand coup de coutçau -, mais , à cause du mouvement que fit le roi en se baissant , le coup ne put l'atteindre qu'à la mâchoire supérieure , lui fendit la lèvre et lui rompit une dent.
Le roi crat d'abord que le coup partait ' de Mathurine , sa folle, qui se trouvait près de lui , et dit avec colère : jiu diable soit la foUei elle ma blessé l Mathuripe nia, et courut fermer la porte de la salle , afin de prévenir l'évasion de l'assassin (i). Alors le
mais à Phôtcl de Bouchage , situé près du Louvre. C'est sur remplacement de cet bôtel que, dans la suite, on a élevé les bâtimens de POratoire , qui servent aujourd'hui de temple aux réformés.
(i) Mathurine, folle du roi, est mentionnée dans plusieurs écrits du temps : on peut consulter, sur cette femme , Farticle des fous en titre dqffice de nos rois > que M. Dreux du Radier a inséré dans ses Récréations historiques , tom. I, pag. i.
Henri IV, à Fexemple des rois ses prédécesseurs savait ,
l6o HISTOIRE DE pàhis
sieur de Monligni saisit le jeune homme, en lui disant : Oest par vous ou par moi que le roi a été blessé*
Ce jeune bomme, nommé Jean Chastel, fils d'un bourgeois de Paris , fut fouillé , et
de plus, un fou nommé maître Guillaume, auquel il renvoyait ordinairement les personnes qui lui faisaient des propositions indiscrètes.
Le nom de maître Guillaume a servi de titre à une infinité de satires , pamphlets ou écrits contre les personnes et les choses du temps de Henri IV et de Louis XTII , tels que , en 16049 /« Réponse de maître Guillaume au sol» dat français ; en i6o5 , Réponse à la réponse de maître Guillaume / Réplique modeste sur la réponse à maître Guillaume ; le Lunatique à maître Guillaume , uippointement de querelle frit par Mathurine entre le soldatfi*ançais et maître Guillaume.
Sovis Louis Xni, les jésuites empruntèrent souy^at le nom de ce fou pour le placer à la tête de leurs écrits polémiques, tels que Vuidt^is de maître Guillaume nouvellement retourné de Vautre monde ; le Passe^temps de mettre Guillaume ; le Voyage de maure GuUlaume en l'autre monde ; le Réveil de maître Guillaume, etc., etc., etc. «^
Dans nne pièce, intitulée Sommaire traité du revenu et dépenses dee finances de France, publiée en 16211, se trouvent tes lignes : '
« Mathorine 1200 livres; maître Guillaoïne, p«r lef » mains de M. Jean Lobeys, son gouTemeur, 1800 li- » vres. »
8ùté tàMti ïi. t^t
Ton dëcouvrit sur lui le couteau dont il Venait de frapper le roi. Sans balancer il avoua son crime.
Le roi voulait lui pardonner^ mais, instruit que l'assassin était élève des Jésuites , auxquels il venait de rendre un grand service en suspendant Tarrèt du parlement^ qui tendait à les chasser du royaume , il dit : FaUait'il donc que les jésuites fussent con^ Vidncus par ma bouche !
Aussitôt Jean Chastel fut conduit au For- TEvèque : sa famille , tous les jésuites de Paris, le curé de Saint-Pierre-des-Arcis furent pareillement arrêtés. On mit les scellés sur leurs papiers. On trouva chez le jésuite Guignard des écrits séditieux et contraires au respect dû à la personne du roi ) mais les principes de ces écrits étaient ceux de la Ligue ^ ceux des jésuites et de la plupart des autres ordres religieux (i).
Jean Chastel interrogé ne chargea point
(i) Un moû après Teotrëe de Henri ÎV à Paris, un ca pndn du grand couvent s'avisa de proposer eh '^plefa diapitre Ae reconnaître ië roi. Les moines furieux le saisirent, le fouettèrent si rudement que son corps «n iul
iQâ HISTOIRE DE PlRtS
les jésuites * déclara qu'il avait agi de son propre mouvemeat 5 qu'il n'avait été poussé à cet assassinat que par son zèle pour la religion, persuadé qu'il était permis de tuer les rois non approuvés par le pape.
Jean Chas tel fut condamné au plus affreux supplice , qu'il subit avec le courage du fanatisme. Les ligueurs le considérèrent comme un martyr^ et Jean Boucher, curé de Saint-Benoît à Paris , composa un livre en cinq parties , où il soutint que l'assassinat commis par Jean Châgtel était un acte héroïque (i).
tout déchiré , le couvrirent de hailloas , et le jetèrent liors de leur capucioière. Ce malheureux se présenta au Louvre pour demander justice au roi. Sa figure parut suspecte : on l'emprisonna au For-rÉvêque. Il se justifia ei^ montrant son corps déchiré par la fureur des capacins. Le roi en fut informé; mais, de peur de déplaire auK moines, il n'osa pas' venger cet attentat. {Journal de Henri IV, par TEstoile, tom. II, pag. Sq.)
En décembre i5c)4) les^cobins de Paris empoisonnèrent un de leurs religieux, appelé Bélanger, parce qu'il était ennemi de la Ligue et partisan du roi. {Journal
idem , tom. II , pag. 147 . )
" (i) Cette apologie est insérée dans le tom. YI des Mé--
moires de Condé.
SqfUS HENKI IV. i63
Le parlement, voulant faire preuve de S0nzèle pour la. personne du roi, poussa la rigueur jusqu^à Tiniquité : il condamna le .jésuite Guignard à mourir sur la potence , son corps à être brûlé et ses cendres à être jetées au vent. Rien ne prouva qu'il fût complice de Chastel : faisant son métier de jésuite, il avait composé un ouvrage plein d'injures contre la plupart des rois de l'Europe , où il étalait les plus horribles principes^ mais cet ouvrage était resté manuscrit, et n'avait pas vu le jour (i).
Il condamna le père de l'assassin, contre lequel il n'existait aucune charge , si ce n'est d'avoir été ligueur, à être banni pendant neuf ans du royaume, à payer une forte amende et à voir sa maison démolie.
Par arrêt du ig décembre i594, le parlement condamna avec plus de justice tous les jésuites , comme corrupteurs de la jeunesse , perturbateurs dm repos public , ennemis du roi et de VEtat, à sortir dans trois
, (i) Pourquoi les rois ont-ils des jésuites ? Pourquoi se praignent-ils de ce que le loup a dévoré les brebis , lorsqu'eux-mêmes placent ce loup au milieu du bercail ?
{64 HistotRÊ fie Pkïiis
jours de Paris , et dans quinze du rcyyaniiie.
U fut aussi ordonné qu^il serait, %vat Templaiceiiiént de la maison, démolie du père de Jean Ghastel, élevé un monumeni qui attesterait le crime, la punition^ et la haine des Français pour les principes abo^ minables des jésuites.
La maison de Chastel était, comme il a été dit , située entre le Palais de Justice et Téglise des Barnabites, aujourd'hui dépôt général de la comptabilité. Le monument qui fut construit sur son emplacement y et qu'on a nommé pyramide^ présentait un grand piédestal quadrangulaire éleyé au* dessus de trois gradins : chacune de ses faces était ornée de deux pilastres ioniques cannelés *, entre ces pilastres on voyait une table de marbre chargée d'inscriptions que je citerai bientôt. Ce piédestal était couronné , sur chacune de ses faces , par quatre frontons triangulaires 9 par un attique dé-> coré de guirlandes , et surmonté de quatre autres frontons cintrés et coupés pour faire place aux écussons de France e% de Navarre.
' SOV8 ibtEiTRi ir. t^
Au-desSQS d6 Tattique de ce piédestal et aux angles s^élevaient quatre statues allégoriques représentant les quatre rertos cardinales. Le tout était surmonté par un obélisque chargé de bossages, et terminé par une croix fieuronnée. Ce monument , érigé en janvier iSgS, avait dans son ensemble vingt pieds d'élévation.
Conmie les inscriptions de cette pyramide sont rares, je vais les donner ici avec la ti^aduction de celles qui sont en latin. Sur la face occidentale , du côté du Palais , se lisait l'arrêt de la cour du parlement , que Toici :
a Veu, par la court du Parlement, les 9 grand-chambres et toumelles assemblées j j» le procès criminel , commencé à faire par i> le prévost de Thostel du roy, etdepuit » parachevé" d'instruire en icelle, à la re- » queste du procureur général du roy , deï> mandeur et accusateur à l' encontre dé » Jean Ghastel, natif de Paris, escholier^ » ayant fait le cours de ses estudes au col-
l66 HISTOIKE DE PÀKIS
» lége de Clermont (i), prisonnier ez prî-
» sons de la Conciergerie du Palais , pour
» raison du irez exécrable et trez abomi-'
» nable parricide attenté sur la personne
. » du roy ; interrogatoires et confessions'
» dudit Jean Chastel \ ouy et interrogé en
» ladicte court ledit Cbastel sur le faict
» dudit parricide : ouy aussi en î celle Jean
» Gueret, prestre, soy-disant de la con-
» grégation et société du nom de Jésus ,
» demeurant audit collège, et cy-devanl
» précepteur dudit Jean Chastel; Pierre
» Chastel et Denise Hazard y père et mère
» dudit Jean -, conclusion du procureur du
M roy 5 et tout considéré :
y> Il sera dît que ladicte court a déclaré
)) et déclare ledit Jean Chastel atteint et
)) convaincu du crime de lèze-majesté di-
, » vine et humaine , au premier chef, par le
» trez méchant et trez détestable parricide
» attenté sur la personne du roy : pour
(i) Collège des jésuites de la rue Sainte Jacques, nommé sAors de Clermont, et depuis de Louis 4e~Grand.
sous HEKKI LV. 167
» réparation duquel crime a condamné et » condamne ledit Jean Cbastel à faire )) amende honorable devant la principale » porte de l'église, nud en chemise, te- » nant une torche, à la maio, de cire ary> dente du poids, de deux livres^ et. illec, » à genoux , dire et déclarer que malheu- » reusement et proditoirement il a attenté » ledit trez inhumain et trez abominable » parricide , et blessé le roy d'un çousteau » en la face ^ et , par faulses et damnables » instructions, il a dit audit procez être » permis de tuer les roys, et que le roy » Henri quatrième , à présent régnant , » n'est en l'église jusqu'à ce qu'il ait l'ap- » probation du pape \ dont il se répend et » demande pardon à Dieu, au roi et à jus- » tice. Ce fait, être mené et conduit en un » tumbereau en la place de Grève 5 illec , » tenaillé aux bras et cuisses , et sa main » dextre , tenant icelle le cousteau duquel » il s'est efforcé commettre ledit parricide , » coupée , et , après son corps tiré et dé- » membre avec quatre chevaux , et ses » membres et corps jettez au feu et consu-
i&i HÎSTOniE DB PÀkiS
li mez en cendres/ et les cendres jeUéez au » Vent» A déclaré et déclare tous et cha* j» cun ses biens acquis et confisquez au roy* i» Avant laquelle exécution, sera ledit Jean 1» Chastel appliqué à la question Ordinaire » et extraordinaire pour sçavoir la vérité » dé ses complices , et d^aucuns cas résul- » tant dudit procez. A fiiit et fait inhibition n et deffenses à toutes personnes ^ de quel- » ques quali tez et conditions qu^elles soient , )i sur peine de crime de lèze-majesté , dé :» dire n'y proférer en aucun lieu public ^ % ne autre, lesdits propos^ lesquels ladicte D court décltire scandaleux , séditieux , coni» traires à la parole de Dieu , et condam- » néi comme hérétiques par les ^incti ^ décrets.
-» Ordonne que les prestres et escholiers » du cdllége de Glermont et tous autres » soy disant de ladicte société , comme » corrupteurs de la jeunesse y perturba- » teurs du repos public, ennemis du roj )) et de FEtat , vuideront , dedans trois n jours, après la signification du présent w arrest ^ hor» de Paris et autres villes et
sots HÏNtlî IV. 169
» lieux où sont leurs collèges, et, quînw zaine après , liors du royanme 5 sur peine , » où ils y seront trouvez , ledit temps » passé , d'eslre punis comme criminels et » coupables dudit crime de lèze-majesté. » Seront les biens tant meubles qu immeu- » blés à eux appartenans employez en oeu- » vres pitoyables, et distribution d'iceux » faicte ainsi que par la court sera ordonné. » Outre, fait défense à tous subjects du » roy d'envoyer des escholiers aux collé- » ges de ladite société , qui sont bors du » royaume , pour y estre instruits , sur la » même peine de crime de lèze-majesté. » Ordonne la court que les extraits du pré- » sent arrest seront envoyez aux bailliages » et sénéohauâfiëes de ce ressort . pour estre » exécutez selon «a forme et teneur. En- » joint aux baillîfs et sénéchaux, leurs , » lieutenans .généraux et .particuliers, pro- » céder ^ l'exécution dedans le délai con- » tenu en iceluy 5 et , aux substituts du )) procureur. général, tenir la main à ladite » exécution, foire informer des contra- » ventîons, et certifier ladicte court de T. v, i5
IJO HISTOIIE DE PARIS
» leurs diligences au mois, sur peine de » privation de leur estât.
» Signé DuTiLLEï. »
Prononcé audit Jean Chastel, exécuté le jeudi 39 décembre iSg^,
Sur la seconde face du piédestal de la pyramide , du côté du midi , on lisait :
(^UOD SACRUM VOTUMQUE SIT MEMORIJE PE- BEWrilTATI , LONG JE VIT ATI SALUTIQUE MAXIMl , lORTISSIMI ET CLEMENT [SSIMI PRINCIPIS HEM- 11IC£ IV , GALLIJE ET NAVARRE REGIS CHRISTlA- NISSIMI.
Audi, viatory sive sis extraneus , Siue incola urbis cui Paris nomen dédit .- H(c alla , quœ sto promis , domusfui Castellif sed quam diruendam funditùs Prequens senatus , crimen ultus , censuit. Hùc me redegit tandem herilis Jilius ^ Malis magistris usus et schold impid, Sotertcum , eheu ! nomen usurpcuitibus / Jm estas et, mox, parricida in principe m , Qui, nuper, urbem perditam servaveratj El qui f.Javente sœpè victor numine , Deflexit ictum audaculi sicarii
-sous HENRI IV. ini
' Punctus tantùm est dentium stpto tenus. Abi, viator : phtra me vetat loqui ffostrœ stupendum civitatis dedecus,
TRADUCTION
A LA GLOIRE IMMORTELLE, A LA MÉMOIRE IMPÉRISSABLE DU TRÈS-GRAliD , TRÈS-V AILLANT , TRÈS- CLÉMENT PRINCE HENRI IV, ROI TRÈS- CHRÉTIEN DE FRANCE ET DE NAVARRE.
k Passant , étranger ou habitant de Paris , » écoute-moi : sur le lieu où tu me vois » élevée en forme de pyramide fut la mai- )) son de Chastel, maison dont le parle- » ment , vengeur du crime , a ordonné la )> démolition. Je dois mon ei^istence au fils » de 3on propriétaire^ fils élevé à l'école » impie de ces maîtres pervers , qui , hélas ! » ont u6urpé le nom, dé Jésus. Coupable » d'inceste , il osa bientôt porter une main » parricide sur un roi qui, naguère, avait » préservé cette vill^ de sa ruine totale , et » qui , grâce à la protection divine , souvent » vainqueur dans lés combats , échappa aux* >» coups de cet assassin , dont le fer ne Pal-
» teignit qu'à la kouclie. Passant, rctire- » toi : je ne puis , pour Thonneur de notre )) ville , t'en apprendre davantage. »
IN PYRAMIDEM EAMDEM.
Quai trahit à puro sua nomina pyramis igné , Ardua barbaricas, olim, decorauerat urbes , Nunc decori non est , sed criminis ara piatrix : Omnia namflammis pariter purgantur et undis. Hîc, tamen , esse pins monimentutn insigne senaius Principis incolumis statuit : qùo sospite , casum Nec metuet pietas , nec res grave publica damruun.
TRADUCTION
SUR LÀ ItÊME PYRAMIDE.
« La pyramide , dont le nom signifie pur )> feu, décorait jadis les villes des nations » antiques. Elle sert ici non de décora- )) tion, mais d'autel expiatoire du crime. )) Tout se purifie par l'eau ou par le feu ; » mais le parlement a voulu élever cet in- » signe monument de sa piété , en mémoire » de la conservation de la vie du roi, et du >^ péril auquel il a heureusement échappé, » afin que l'Eti^t etl'amour des sujets n'aient
sots HEsm IV. 173
» plas à redouter un semblable évéuc- » ment. »
Sur la face qui regardait Torient :