‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 6 sur 27 · EX S. C · texte numérisé non relu

EX S. C

Haecdomus immani, quondàm, fuît hotpita monstt*o, Crux ubi tj^unc celsum tollit in astra caput : '

Sanciit in miseras pœnam hanc sacer ordo pe natté , Jlegibus ut scires sanctius esse nikil,

TRADUCTION

« Par arrêt de la cour de parlement,

» Sur la place où s'élève aujourd'hui

» cette croix , était jadis une maison habi-

n tée par un monstre exécrable. Le parle-

» ment a étendu sa punition jusque sur la

» demeure de ce misérable, afin que le pu-

» blic sache que rien n'est plus sacré que la

1» personne des rois. »

Ce monument n'était pas un modèle d« goût : sa forme n'avait point la simplicité conveiiable. Les nombreuses et longues inscriptions dont il était chargé , où le même fait, la même idée se retrouvent, n'ont ni

cl8o HISTOIRE DE PÀRtS

le caractère ni la précision du style lapidaire.^ mais elles sont historiques ^ et attestent le sentiment profond dont Tattentat commis sur la personne de Henri lY avait pénétré, la saine partie de lapopulatioa.de Paris.

Cette pyramide, ces inscriptions, destinées à servir d'épouvantail et de préservatif, ne produisirent poin^ Teflet désiré. Le monument fut bientôt démoli ^ les inscrip* tiens disparurent ; et ceux qui avaient armé les mains de Barrière, de Chastel, etc., ne tardèrent pas à armer celles de plusieurs autres fanatiques , et , enfin , celles du fanatique Ravaillac. Le plan de cette, faction în*fernale consistant à renouvelée sans CQSse ses tentatives jusqu'au succès.

Chassés solennellement de Paris et de la France, accusés de crimes par Tautorité souveraine , méprisés et maudits par le public, flétris par Téréction de ce monument et par ces inscriptions, qui leur assuraient une éternelle infamie, les jésuites se gar* dèrent bien de résister à la force de l'orage : ils plièrent comme le roseau,, et ne

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se rompirent point. Toujoiirs la mse et non la force les conduisit à leur but : ils ne perdaient jamais Tespoir du succès. Ils tlrayaiilèrcnt sourdement , et employèrent bassesses , voies d!>liques , impostures , promesses, menaces indirectes: toul leur était bon , suivant leur maxime , pro* fondement immorale , le but jusiifie lesmoyens (i). Ainsi tous les crimes leur étaient permis.

Ce serait une histoire assez curieuse que celle des intrigues , des moyens subtils qu'éînployèrent lés jésuh^â pour rentrer en faveur auprès de Henri IV : elle oflFrirail aux hommes les plus perfectionnés dans

(i) Suivant ce piiodpe, proclamé par les jésuites | chaque secte, chaque paMi, les partisifins- de diverses' croyances, de> diverses opinions, tous ég^aiement conyaincus qu'ils ont pour eux la justice, la raison, la vérité, seraient donc, pour faire triompher leur secte, leur parti, autorités h employer, contre leurs adversaires, le poisoa. et les poignards 9 Alors quels désordres afireux l tous le»« liens sociaux seraient rompus; plus de morale; le criknei deviendrait un devoir. Nul ne serait à labri des attaques^ et les jésuites qui ne manquent pas d'adversaires, pour-' raieut bien les premiers sentir les graves résultàts.deleur» principes.

iSa HISTOIRE DE PARIS

Tart de parvenir des leçons profitables. Tout fut mis en œuvre par ces moines habiles.

Le roi avait auprès de lui un nommé Fouquet de La Yarenne, ministre de ses amours ou de ses débauches , qui , par ses sales emplois^ était parvenu, du rang decuisinier, à celui de noble , de conseiller d' Etat, et de contrôleur général des postes ( i ). Les jésuites s'emparèrent de ce vil instrument , en lui faisant espérer pour ses enfans

! (i) Le roi accorda des lettres de noifolesse à ce Fouquet qui remplissait auprès de sa personne un emploi que plusieurs hommes , déjà nobles , ne rougissaient pas de remplir. Le 3o janvier 1600, le parlement de Paris envoya une députation pour luL remontrer les fêcheax résultats d'un tel anoblissement, et le prier de n'en plus accorder de pareils. Le roi répondit que chacun savait que La Varenne ^tiii£ toujours à ses pieds ^ que cela ne pouvait tirer à conséquence é

. Le parkmû^ enregistra les- lettres,. en ajoutant ces mots : Sans tirer à conséquence, [he roi lui donna pour armoiries un chien avec un cic^lif'r semé de fleurs de lis. {Begistres manuscrits du Parlement, janvier 1600.} Cet anoblissembut, maigre la vestriction du par* lement, a eu des conséquences : Fouquet devint >mirquis de La-yàrerniei, et ^a poitérUé fiit investie de toutes . les illustrations de la noblesse.

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les plus hautes dignités de FégUse , même le cardinalat, Fouquet, déshonoré, aspirait ardemment aux honneurs : séduit et endoctriné par les pères de la ruse ,' il mit tout en œuvre pour«séduire son maître sur lequel il avait quelque ascendant.

Cette affaire fut la matière de longues discussions dans le conseil d'état et dans les entretiens particuliers qui eurent lieu entre le roi et son ministre Sully.

Ce ministre fit valoir contre le rétablissement des jésuites sept raisons très-solides, et que Henri IV jugea sans réplique : mais ce roi en opposa deux : la première , que le P. Majus lui avait ingénument avoué que, si les jésuites s'étaient montrés contraires à la prospérité de son royaume et favorables à ses ennemis, c'est que depuis vingt ans, en France , on les avait fort maltraités et couverts d'opprobre (i) \ mais que , si on

(i) Cet aveu est remarquable. Aucun principe de justice ni de religion ne dirigeait donc la conduite des jésuites ; ils avaient constamment été les ennemis de la France qu^ils habitaient , et ils agissaient ainsi pour se yeng'er du mépris qu'ils s^étaient attiré : la vengeance

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