HIS3M9lilB DB PARfS
]ear montrait de la bienveilïatice et plus d^afiection, ils feraient éclater leur entier dé^ ouement à la couronne de France , travailleraient à sa prospérité , même au préjudice de celle d'Espagne. C'était dire au roi : Choisissez entre notre haine et notre bienveillance.
Voici textuellement la seconde raisdtt du mi:
(c De deux choses , l'une : il faut les réta- » blir simplement, restituer leur réputa- » tion flétrie , et mettre à l'épreuve la sin- - » céritéde leurs belles promesses ; ou bien , ^ » il faut les rejeter entièrement , accroître yy contre eux toutes les rigueurs , afin qu ils » n'approchent jamais de mes États ni de » ma personne. Dans ce cas , je les réduis » au désespoir ^ et ne pourront-ils pas , y -dans cet état de désespoir , attenter à ma » vie ? Ce qui me la rendroît si misérable » et langoureuse , demeurant toujours ainsi >) dans les défiances d'être empoisonné ou
était donc le mobile de leurs actions ? A quoi étaient bons ces moines? ou, plutôt, quels maux ne devait-on pas en attendre ?
sotjs tiEtdiX îV. t85
» bien assassiné (car ces gens ont des in- » telligei&ee$ et coprespondances partout , » et grande dextérité à disposer les esprits » selon ce qui leur plait), qu'il me vaudroit 9 mienx être déjà mort; étant en cela de » l'opinion de César, que ( la mort ) la plus )) douce est la moins prévue et attendue ( i). » N'était-ce pas dire : les jésuites sont des assassins ; la crainte que m'inspirent leurs poignards et leur poison me détermine n composer avec eux.
Ici sont dévoilés le caractère crihiinel des jésuites et les motifs honteux de leur rétablissement ; motifs qui , loin de les justifier y les accusent d'être capables d'assassiner ceux qui' leur sont contraires (2).
Ce fut le ^5 septembre 16089 ^.^^ 1^^ jésmtes, après buit^ années de bannisser
(i) OEconomîes royales de Sulljr^ tom. III, chap. 3o.
(3) L'auteur de V Histoire abrégée du procès criminel de Jtan Chastel dwue l^s mêmes raotife au rétablissemetd des jésuites : il dit que « les sieurs de BoaiUon, » de Sully , de Maupeou et autres de son cofIMil re-^ » prés^ntaieut ti Henri IV ce qui s'était passé envers sa 9 personne peu d'années auparavant ', il leur dit ces pa-
l86 HISTOIRE DE PÀRI«(
ment ^ furent rétablis en France et à Pans*: mais celte fareur n'entraîna point la permission de tenir un collège et d'enseigner la jeunesse. Ce ne fut qu'après la nM>rt de Henri IV que les jésuites reconquirent cette prérogative.
Le P. Cotton , religieux de cet ordre , fameux par ses souplesses et ses intiâgues , devenu presqu'aussilôt confesseur et prédicateur du roi, ne tarda pas à solliciter la démolition de la pyramide dont les inscriptions diffamaientla société de Jésus. Henri IV y consentit -, le parlement s'y refusa. Alors le roi , usant de son autorité suprême , ordonna cette démolition , et voulut qu'elle s'exécutât pendant la nuit, dans la crainte qu'elle n'excitât un soulèvement parmi le peuple : mais le P. Coton y. dont les confrères avaient déjà agi sur l'esprit des habitans de Paris, demanda que ce monu-
» rôles : yentresaintgris\ si je ne permets le rétablie' » sèment des jésuites , me répondrez- vous de ma per- » sonne ? »
(^Supplément aux Mémoires de Condé, S« partie , pag. i68.)
sous BE£1RI ÎV. \6j
ment fût détruit en plein jour, disant que Henri IV n'était point un roi de ténèbres.
On composa plusieurs pièces en vefs et en prose pour louer ou blâmer celte démolition , parmi lesquelles on distingue la Complainte au roi sur la pyramide^ la Prosopopée de la pjramide , etc.
François Miron , prévôt des marchands , fit, à la place de cette pyramide ^ établir une fontaine , qui , depuis , fut transféi^ée dans la cour du Palais ( i ).
Couvent de Picpus , situé rue de ce nom 5 à. l'extrémité du faubourg Saint- Antoine. Les religieux de ce couvent portaient aussi la dénomination de Pénitens réformés du tiers-ordf'e de Saint-François.' Une congrégation de pénitens des deux sexes , parmi lesquels le désordre s'introduisit facilement , fut, vers Tan iSyS, réformée par Vincent Mussart , qui , en 1600 ou 160 1, établit ces réfonnés dans une maison du village de Picp:is, jadis occupée par des capucins ou des jésuites. Bientôt cette
(1) Forez ci-après, Foittainb du Palais.
idS HISTOIRE DH l»AKIS
maison parut insuffisante au gré du réfor« ma leur : il fit , en i6i c , canunencer la coûsiruction de nouveaux bâtîmens et d'une nouvelle église ^ et son couvent devint chef d'ordre.
L'église, les autres bàtimens, les jardint ressemblaient parfaitement à ceux des capn* cinières -, et les habitans ne différaient guère , par leur costume et leur allure , dea religieux capucins.
Dans régîise , on remarquait les formes extraordinaires des confessionnaax : ils étaient revêtus de rocailles y ornés de guir«< landes, et servaient de piédestaux à des figures dont quelques-unes étaient l'ouvrage de Germain Pilon. Ges moines vouiaient donner des .charmes au sacrement de péitî-> tence.
Dans le réfectoire, décoré de statues en terre cuite , on remarquait un groupe représentant saint François-le'^Sérapbique , glorieux de voir prosternés à ses pieds le roi saint Louis et sainte Elisabetb dp Per* tugal. On y voyait aussi un tableau de Le Brun , dont lesujet^tsiitle S»;jpe»t;d'a^îraia :
Sots BEivai tv. i$g
talkleau que ces moines^ sans goût laissèreat dégrader par rhumidité.
Cette maison 9 supprimée en i^go,*est devenue une propriété particulière.
, Kécoxlïits , recollectij rccuei Uis ; couvent sîjtuQ au coin de la rue des Récollets et de celle du faubourg Saint-Martin. Il offre encore une ramification de la souche féconde plantée par Françoi&-le-*Sérapbique.
Quelques religieux de cet ordre , favorisés par un marchand tapissier, nommé Jacques Cotiard , qui leur donna une vaste maison dans un lien inhabité ^ et protégés par Henri IV et son épouse , Marie de Médîcis ^ s'y établirent en i6o3, et y firent bâtir une église dont cette reine fit les frais , p069 la. première pierre y et se déclara fou* datrice.
L'église n'avait deTcmarquableque quelques* tombeaux de la famille de Hoquelaure^ et celui de Gaston Joan-Baptîste de Roquelaure 9 auquel on attribue .tant 4e plaisant teriod triviales dont on a composé un volume, intitulé le Momus ffançais.
Les vée^Uets furent supprimés en 159a,
tgO HISTOIRE DE PARIS
et leurs bâtimens convertis en hospice des Incurables. ( Voyez cet article. ) .
PETiTS-AuciusTiNs , coûYcnt sîtué Fuc dcs Petits-Augustins au faubourg Saint-Germain. Marguerite de Valois, première femme du roi Henri IV , princesse aussi galante que dévote, dans un danger auquel elle échappa dans son château d'Usson , en Auvergne , Rivait fait un vœu qu'elle désirait accomplir.
Ayant donné son consentement à la dissolution de son mariage , le roi lui permit d'habiter Paris , et dy porter le titre de reine. Elle s'y rendit au mois d'août i6o5 , logea d'abord au château de Madrid dans le bois de Boulogne , château démoli avant la révolution, puis à l'hôtel de Sens, près du quai des Ormes ; et , ayant acheté un vaste emplacement et un hôtel dans le faubourg Saint-Germain , près du cours de la Seine , elle y fit faire de grandes réparations. Dans l'enclos de cet hôtel , elle trouva un petit établissement monastique , fondé par Marie de Médicis , seconde femme de Henri IV : il était composé de cinq frères
^ sotjs HBHm IV. 19 r
dcf la Charité, que cette reiue avait fait venir de Florence. Marguerite expulsa ces moines qui allèrent s'établir près de l'église de Saint-Pierre, rue des Saints-Pères-, et , d'après les conseils du P. Amet , augustin , qu'elle avait choisi pour son confesseur, elle les remplaça par des Augustins. Par ce moyen, son vœu fut accompli.
Autorisés par un brevet du pape , de l'an 1607 , vingt Augustins déchaussés , conduits par le P. Amet, vinrent occuper la maison des frères de la Charité.
Celte princesse capricieuse avait plusieurs singularités dans le caractère : elle en manifesta dans cette fondation. Elle voiilut que oe couvent portât le nom d^uiutel de Jacob , et la chapelle , celui de Chapelle des Louanges; que quatorze frères, chargés de la desservir, chantassent jour et nuit sans discontinuer , de deux à deux , en se relevant d'heure en heure , à la louange du Seigneur, des hymnes et cantiques sur des airs modernes qui leur seraient prescrits. Elle exigeait en outre que ces frères, chanteuçjs éternels , ne sortissent jamais du couvent , et
tg^ tllSVOIltS DE PkUS
h'eu6$ent aucune communication avec les séculiers é
En 1612 , Marguerite de Valois se brouilla avec son confesseur le P, Amet : elle le renvoya avec ses Augustins décliaussés , qui , disait-elle, ignoraient le plain - cbant , et chantaient fort mal.. Elle fit venir, pour les remplacer , des Augustins chaussés de la réforme de Bourges. Le pape approuva les changemens opérés par les caprices de la reine Marguerite. Sans doute, elle se serait bientôt dégoûtée de ses nouveaux Augus-* tins , et les aurait remplacés par d^autres \ mais elle n^en eut pas le temps : quelques années après leur arrivée, le 17 mars i6f 5, elle mourut. Cette princesse , plus prodigue que juste , donnait sans discernement , et ne payait jamais ses dettes. Elle pronaettait beaucoup, et tenait peu sa parole. Elle avait promis de faire bâtir à ces derniers Augus« tins un vaste couvent , une église et un cloître , et n^avait assigné aucun fonds pour les frais de ces constructions, pas même pour 1^ rente qu'elle s'était engagée à leur payeré
sous ftsniLi IV. 193
On fut obligé, après la mort de Marguerite, de faire des quêtes pour fournir aux fi^is de la construction de Féglise et du couvent, et de solliciter la reine Anne d'Antriche de venir au secours de ces Augustins sans ressource. Cette reine , le 1 5 mai 1 61 7 , posa la première pierre de Téglise qui fut bâtie dans l'espace de deux ans.
La construction du cloître et autres bâti» mens , commencée le 27 juillet 1619, s'opéra avec le produit des aumônes particulières*
L'architecture de cet édifice n'a rien de remarquable : une chapelle, placée â o6té de l'église , recouverte par un dôme , offrit à Paris le premier elemple de ce genre de toiture.
Cette église et l'enclos qui ^1 dépendait ont été utilement employés pendant la ré*volution, La commission des monuméns, en 1791 y arrêta que tous les objets de l'art de la sculpture y seraient déposésé On en forma un musée , dit des monuméns fran-^ çai$ , qui,, pour la première foi»,. foÉ^ ouvert le i5 fructidor an III. J'en parlerai en son lieu.
- Maison des Frères de xi Charité, située rue des Saints-Pères, n** 4^- Cinq frères de la congrégation de Saint-Jeande-Dieu, ou de la Charité, étaient, depuis 1602 , établis par la reine Marie de Médieis , seconde épouse de Henri IV, dans une partie de remplacement que la reine Marguerite de Valois, première épouse de ce roi , acheta pour y bâtir son hôtel. Cette dernière reine expulsa ces frères ,.et.y plaça, comme je Tai dit dans Tarticle précédent, des Augustins déchaussés. Les frères de la Charité, éconduits , vinrent s'établir dans un lieu du voisinage , où se trouvait une ancienne chapelle de Saint-Pierre, destinée aux domestiques et vassaux de Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés, et qui fut cédée, en 161 1 , à Saint-Sulpice (i). Les frères de la Charité furent d'abord autorisés à y célébrer l'office divin 5 puis , en 1659 , ils en devinrent propriétaires.
• Cette chapelle , située dans un lieu encore environné de jardins, fut démolie pour
(i) J'ai parlé de cette chapelle de Saint-Pierre, t. II, pag. 338.
SOTTS HENRI IV. igS
agrandir le cimetière de Saint-Germain. On en construisit une nouvelle , en i6i3, dont la reine Marguerite posa la première pierre , et qui ne fut dédiée, sous Finvocation.de saint Jean -Baptiste, qu'au mois de juillet 162 1.
Ces religieux acquirent ensuite la Courtille ou le clos des vignes de Saint-Germaindes-Prés , qui s'étendait depuis les bàtimensde la Charité jusqu'aux rues de TEgoûtet Saint- Benoît, et comprenait l'emplacement de la rue Taranne.
- L'église des frères de la Charité ne fut entièrement achevée qu'en ij33 : alors, on commença la construction de. son portail , sur les dessins de Cotte. Elle était ornée de plusieurs tableaux.
L'iiôpital de cette maison s'établit avec les religieux de la Charité i leur, règle leur imposait l'obligation de soigner les : malades. En 1776, on y comptait, cent quatrevingt-dix-neuf lits. Je parlerai, dans la suite, de l'état actuel de cet h6pital..
Cakmélites , couvent de religieuses situé rue d'Enfer, n** 67 , dans remplaceni.ent de
ig6 ^ BI8TOI&E DE PiRIS
rancien monastère de Notre-Dame* des* Champs, dont j^ai déjà parlé (i).
Quelques dévots déterminèrent la dévote princesse Catherine d'Orléan& de Longneville à favoriser rétablissement d'un coa* vent* de carmélites à Paris. Cette princesse , flattée du titre de fondatrice, obtint du roi toutes les permissions nécessaires. Âpm jttgé Féglise de Notre^Dame-des-Champs propre à cet établissement , elle négodi avec Tabbé de Marmoutiers , auquel cette église et son vaste enclos appartenaient. Gel abbé était Id' cardinal de Joyeuse , qui, ne goûtant pojnt lé fnrojet de cette dame, lui 'résista long^temps , et ne céda qu^à ses longues importunités. Il &llut renvoyer quelques moines qui s'y trouvaient encore, et tout disposer pour recevoir la nouvelle colonie qui se composait de six carmélites qu'on avait fait venir d'Espagne , et que le cardinal de BéruUe fut chargé de condau» à Paris.
Madame de Longue ville alla au-devant de
(i) Tom. ly paç. 3 10.
ces <^traii gères /les conduisit à Saint-Denis , puis à Montmartre , et voulut que leur introduction dans la maison qui leur était destmép fût précédée par une marche solennelle. Voici comment TEstoile , témoin oculaire , décrit cette cérémonie.
a Le mercredi , 24 ^^^^ (i6o5), jour de »^ la Saint-Bartkélemi , fut faite, à Paris, »• une nouvelle et solennelle procession » des sœurs carmélites , qui , ce jour-là ^ » prènoient possession de leur maison.
» Le peuple y accourut en grande foule , y^ comme pour gagner les pardons : elles )» marchoient en moult bel et bon ordre , » étant conduites par le docteur Duval , qui n< leur servoit de bedeau , ayant le bàu>n à » la main , et qui avoit du tout la ressem- » Mance d'un loup-garou (i).
(i) Le docteur Duyal était devenu méprisable par son fanatisme : il avait soutenu contre les médecins de Paris qne Marthe Brossier, prétendue démoniaque, dont je parlerai, promenée de ville en Ville et surtout à Paris, par le cardinal de La Rochefoucauld ou par ses agens , était vraiment possédée du diable. Les médecins ne trouvaient rien de surnaturel dans la maladie de cette.
» Mais , comme le malheur voulut , ce » beau et saint mystère fut troublé et in- » terrompu par deux violons , qui «ommen- » cèrent à sonner une bergamasque : ce qui » écarta ces pauvres oyes , et les fit retirer î) à grands pas, toutes effarouchées, avec » le loup-garou, leur conducteur^ dans » leur église , où , étant parvenues comme » en lieu de franchise et sûreté , commen- » cèrent à chanter le Te Deum lauda- )) mus (i). »
Les pompes les plus solennelles , les cérémonies les plus graves sont les plus voisines du ridicule.
L'église des Carmélites était du nombre
fille , que les prêtres rendaient plus folle qu'elle ne Tétait y à force de l'exorciser. Le parlement fit cesser les exorcismes , et ordonna que la démoniaque Brossier se* râit mise entre les mains du lieutenant-criminel. Durai alors prêcha à Saint-Benoit contre Farrêt du parledtent, en disant que cet arrêt privait les hérétiques des miracles que produisent ordinairement les exorcismes, miracles qui auraient pu les convertir. Duval, assigné devant la cour du parlement , a%oua qu'il avait tenu ces propos indiscrets.
(i) Journal de Henri IF^ a4 *<>^* \^oh.
sous HEHRI IV. 199
des églises' les plus richement ornées de Paris.
Le grand autel s'élevait au-dessus de douze marches en marbre , entourées d'une balustrade de même matière, et dont les balustres étaient de bronze doré. Au-dessus de Tautel, figurait un tabernacle tout en argent, chargé de bas-reliefs. Le soleil, ou ostensoire , que Ton mettait en évidence dans les grandes solennités, était tout en or, et enrichi de pierres précieuses. Tous les objets accessoires offraient la même richesse.
On voyait dans cette église des chefsd'œuvre de peinture , des tableaux des grands maîtres : de Philippe de Champagne, de La Hire , de Stella , de Le Brun , du Guide. On admirait la Salutation angélique de ce dernier, et la Madeleine pénitente de Le Brun -, figure que le vulgaire croyait être le portrait de madame de La Vallière.
La voûte , pein^ à fresque par Philippe de Champagne , offrait l'effet merveilleux de la perspective d'un Christ peint sur un
aOO HISTOIRE DE PÀ1.1S
plan horizontal, et qui semblait Tètre sur une surface verticale.
Toutes ces richesses, tout ce luxe des cours et des salons , entassés dans le temple d'un Dieu né dans une étable , ne tendaient qu'à donuer de fausses idées de la religion chrétienne : comme si de riches métaux, les vanités et les parures mondaines pou- .vaient en rehausser la sainteté* C'est assimiler le culte aux usages des hommes riches et sans vrai mérite , qui , pour se faire respecter du sot vulgaire , ont besoin de recourir aux richesses étalées sur leurs habits ou leurs ameublemens^ c'est corrompre la morale publique,* au lieu de mettre au grand jour les vérités évangéliques , ceat les cacher sous, un voile doré. A quoi bon étaler Tor dans nos églises ? disait saint Bernard : la religion aurait-elle besoin d'être secourue par le luxe ?
Cette église fastueuse contenait les monumens funèbres de plusieurs vpersonnages remarquables : tel étai^^e tombeau du cardinal de BéruUe , un des fondateurs des carmélites. Sa figure en marbre, représenta
801TS HEimi IV. aOt
à genoux, est l'ouvrage de Sarrazîn; le piédestal et ses ornemens , celui de Lestocard. Ce tombeau, transféré dans le Musée des monumens français^ en a été tiré en septembre 1817, pour être placé dans la cbapelle nouvellement construite par le»
carmélites rétablies. Tel était le tombeau d^Antoîne VarîUas , mort en 1696 , historiographe gagé , et%non pas historien.
Dans ce couvent, dont la règle était fort austère, se retira, en 1676, Louise-Françoise de LaBaume-le-Blanc, créée duchesse de La Vallière, maîtresse de Louis XIV. Désolée de voir ce monarque lui préférer madame de Montespan , elle prit la résolution violente de fuir le roi, là cour et le monde. Son dépit lui donna le courage de se dépouiller des titres de duchesse et de favorite pour prendre celui de sœur Louise de la Miséricorde. Elle vécut trente-six ans dans Cette maison , se soimiettant rigoureusement à la règle , et y mourut en 1710.
Ce couvent fut, en 1790, supprimé :
dans la suite, on démolit Téglise , et les autres bàtimens furent vendus.
aoa HISTOIRE DE PàHIS
En i8i5, quelques anciennes carmélite»
se sont réunies dans une partie des bâtimens qui subsistaient encore, et y ont fait construire une chapelle , où » comme je l'ai dit, elles ont placé, en 1817 , le tombeau du cardinal de BéruUe.
Capucines, couvent de religieuses, situé , d'abord , rue Saint-Honoré , en face de celui des capucins-, puis, rue Neuve-des- Capucines , en face de la place Vendôme.
Louise de Lorraine, épouse de Henri IH, avait conçu le dessein de fonder un couyeot de capucines à Bourges. Elle ne put l'exécuter -, mais à sa mort , arrivée en 160 1 , elle laissa pour cette fondation la somme de soixante mille livres. Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur, sa belle-sœur, exécuta en partie la volonté de la défunte reine , ajouta quelques sommes à celle qu'elle avait laissée^ et, au lieu de fonder un couvent de capucines à Bourges, elle le fonda dans Paris. Elle acheta Thôtelifl Perron, et posa, le 29 juin i6o4, la P'^ mière pierre du bâtiment , qui fut achevé et occupé par les religieuses en 1606.
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L'Estoile, parlant de cet établissement f dit que les capucines prirent d'abord le titre de Filles de la passion, et qu'elles figuraient aux processions publiques, portant une couronne d'épines sur leur tète. Il ajoute que leur règle surpassait en austérité toutes celles des autres communautés : mais la rigueur de leurs pratiques , de leurs abstinences n'approchait pas de celle à laquelle s'assujettissent volontairement les pénitens de l'Inde. Toutes les sectes religieuses ne peuvent pas parvenir au même degré d'exaltation et de démence.
IjOuis XIV, en 1688 , pour faire construire la place Vendôme , ordonna la démolition du couvent des capucines et l'érection d'un nouveau couvent plus vaste et plus conunode, à l'endroit où finit la rue des Petits-Champs et commence la rue des Ca* pucines. La façade de l'église correspondit à l'axe de la place Vendôme , et servit de perspective et de décoration à cette belle place.
Celte église , construite sur les dessins d'Orbay, le fut avec si peu dé soin qu'on
ao4 HISTOIRE DE PilRISr
se vit obligé d'en recommencer jusqu^à trois fois la façade > qui était simple , et n^avait rien de remarquable.
Dans Fintérieur se voyaient quelques tableaux de Restout et d* Antoine Coypel, et quelques tombeaux fastueux. Dans la chapelle ie Saint^Chide (i), étaient les tombeaux ^e la famille de Créqui, que Ton déplaça y lorsqu'on 1753 on fit rétablir cette chapelle , et qu on négligea de faire replacer lorsqu'elle fut reconstruite^
(i). En i665, le pape Alexandre Vil fit , au duc de Gréqui, ambassadeur à Rome, présent des ossemens, d'un individu que l'on nomma hardiment saint 0%nde. Le duc, ambassadeur, bon croyant, filT transporter ok»^ ossemens à Paris ; et , lorsque la nouvelle église dei apucipes fut achevée , on y consacra une chapeUe à ee saint Ovide, ainsi qu'aux tombeaux de la famiDe de Créqui. Les reliques de ce nouveau sahit attirèrent an grand concours de curieux Parisiens. Ce concours , comme à l'ordinaire , attira &qs marchands : il s'établit une foire à la place Vendôme , où se trouvaient des cafês et des spectacles : le plaisir était contig^ à la dévotion. En 1771, cette foire Saint-'Ovide fut transférée à la place Louis XV : un incendie en ayant réduit les baraques en cendres, elle fut réunie à celle de Saint-Lavrent , qui à son four a cessé d'exister. Je parlerai , en son lieu, de cette foire Saint* Ovide.
«oim fiEHRi ly. ao5
'On "voyait aussi dans cette église le toml>eaft du marquis de LouTois, composé de plusieurs figures, ouvrage de Girardon, et qui se voit encore au Musée des monumens françai».
La marquise de Pompadour, morte , à Versailles, le i5 avril 17649 eut son tombeau dans cette église , à côté de celui d'A** leicandrme Le Normand d'Etiolés , sa fiUe.
Ce couvent fut supprimé en 1790 : il y avait, alors, dix à douze religieuses, qui furent traitées avec l<es égards dus à leur âge et à leur position. Les bâtimens de ce monastère furent , dans la suite , destinés à la fabrication des assignats , puissante res*source financière pendant la révolution. Il est certain qu'au a5 brumaire an IV (i6novembre 1795) il avait été fabriqué pour *vingtHdnq milliards d'assignats à peu près. Il est difficile de savoir la somme qui fut , dans la suite, febriquée par le Directoire exécutif.
Les jardins de cette maison , tb^tre des gémissemens et des austérités, devinrent, pendant quelques années , une promenade
publiqtie et le séjour dés jeux et des amu'* sémens : là fut établi le premier Panorama, C'est sur une partie de remplacement de cette maison religieuse qu'en 1806 fut ouverte la belle rue, dite de Napoléon y pi^s delà Paix y qui se trouve dans l'aligneinent de la rue de Càstiglione et de l'axe de la place Vendôme.
. Hôpital Saikt-Lotiis , situé rues du Carème^Prenant et de l'Hôpital Saint-Louis. La peste ou une maladie contagieuse , presque aussi désastreuse, vers la fia de l'année 1606, répandait l'alarme dans Paris. L'efiroi , dit l'Estoile , en fut plus grand que le mal. L'hôpital de l' Hôtel-Dieu j si insuffisant , si mal administré , était plus propre à propager cette contagion , qu'àla détruire. Les pestiférés couchaient ordinairement dans le même lit avec d'autres malades. Le bureau de 'la ville exposa au président de Harlai l'urgente nécessité d'avoir un lieu spécialement affecté aux pestiférés , dont le nombre croissait , et devenait inquiétant. Le roi, par 'un édit du mois de mai 1607 ,♦ assigna des fonds .pour la cons-
sous HENHi IV. ao7
inictîon et rentrelîen d'un nouvel hôpital , qu'il fit nommer de Saint-Louis^ et, le vendredi 1 3 juillet de la même année , ce roi posa la première pierre de la chapelle.
Un grand nombre d'ouvriers travaillaient journellement à la construction de ce vaste édifice , sous la conduite de Claude Villefaux : dans l'espace de quatre ans , les bâtîmens furent achevés : mais, en 1619 seulement , on put y placer des malades.
Cet hôpital n'a pas cessé d'être en activité , et a reçu des améliorations dont je parlerai dans la suite.
Hôpital Sainte-Ahne ou de la Santé, situé au-delà de la barrière de là Santé. Marguerite de Provence , veuve de saint Louis, avait établi en ce lieu un petit hôpital. La contagion qui effraya Paris pendant les années 1606 et 1607 fit penser à la construction de deux hôpitaux pour y placer les pestiférés. Le premier fut l'hôpital Saint-Louis , dont on vient de parler ] le second fut celui qui nous occupe. Ses bâtimens , commencés en 1607 , furent terminés en 16089 et on le nomma V Hôpital
ao8. HISTOIRE DE PARIS
SaUnte-Anne : naais U conserva son ancien nom, Maùon de la Santé, ou Hôpital de la Santé. On le trouvé ainsi nommé dans mk acte de 1607. Le roi le donnai THôtel-
Dieu.
On sait que les frais de construction et d'ameublement de ces deu;x hôpitaux s élevèrent à la soiiime de 79,5oo livres. Ils furent d'un grand secours en 161,9 , époque où une nouvelle maladie contagieuse vint affliger Paris.
Cet Hôpital Sainte- Anne a servi longtemps de lieu de convalescence pour les malades de THôtel-Dieu. Sou emplacement fut , en 1 787 , choisi pour un d^ quatre hôpitaux destinés à remplacer J'flôtel-DieO' Plusieurs dispositions étaient déjà faites pour sa reconstruction^ mais des événemens politiques arrêtèrent rexécution. Cet établissement , qui a porté en dernier lien le nom de Maison de Santé, ne sert plus aux malades. LesbÀtimens , asses vastes i^ son' enclos, entouré de hautes, murailles? sont devenus ceux d'une ferme appartenant a rHôtel-Dieu*
sous HEKltt ff. 20g
MmtrFÀCTURE DE TAPIS FÂÇOIÏ DE PÊRSE ,
établie vers l'an' 16049 ou maison de la Savonnerie, située au bas de.Chaillot, quai DebîUy, n" 3o. Henri IV favorisa les Diaziufdctures' : il. fit dés établissemens de ce j^eiire dalis les galeries du Louvre^ dans les bàtimens: dé la Place-Hoyale. Il favorisa paijeilleiheht là manufacture de tapis façon de Perse, Pierre Dupont et Simon Bonrdet forent les premiers qui dirigèrent cet éta* bUssement, lequel, en i663, reçut du mi^ nktre Golbert. une organisation nouvelle; Bxaxs^ .dans la suite , il languit presque.abtn* donné ^ jusqu;eu i^i3, époque où le duc d'Antin fit réparer les bàtimens , et lui rendit son 'activité. Les productions dé cette inanu&cture siont admirables , et Fart y est arrivé à son dernier degré de perfection.
: Po«t-Ne!Uf' (i). Depuis long-temps , on avait senti la nécessité d^une communica-^ tion. faicile entre les quartiers de la Ville, d^ la Gité et: lé .quartier du faubourg Saint- Germain. Henri III, en iS^^S, sous la con-
(;i) Vo/er planche Ifi.
tlO HISTOIKE M PARIS
duite de son architecte , Jacques ÂndrOuet du Cerceau , entreprit la tîonstruction de ce pont. Yûici comment FEstoile parle de cette entreprise :
V. En ce même mois (def mai}, les eanx » de la Seine étant fort basses , fut com-
» mencé le Pont-Neuf, de pierres de tailles, » qui conduit de Nesle à Fécole de Saint- » Germain ( F Auxerrois ) , sous l'ordon- » nance du jeune du Cerceau, architecte » du roi (i)...., et furent, en ce même » an , les quatre piles du canal de la Seine, y> fluant entre le quai des Augustins et File » du Palais , levées environ une toise cha- » cune par-dessus le rez-de-chaussée. Les » deniers furent, pris sur le peuple..., et » disait-on que la toise de Touvrage coû- » tait 85 livres. »
Le 3i mai de cette année, le soir du jour où Henri III fit inhumer avec une pompe extraordinaire les corps de ses mignons Quélus etMaugiron, ce roi vint, en grande
(i) On commença vers cette époque à se servir da mot architecte , au lieu de celui de maître des çeuvrtêj qu'on employait auparavant.
sous HENRI iy« ait
cérémonie et avec une suite brillante y poser la première pierre de la culée de ce pont du, côté des Augustins : quatre piles seulement de ce côté furent élevées d'environ
une toise au-dessus du fond de la rivière. L'ouvrage en resta là : les troubles civils en empêchèrent la continua tion.'Yers l'an 1602 , Henri ly fit reprendre les travaux de ce pont : ils étaient fort avancés le 20 juin i6o3, époque où ce roi voulut y passer malgré les dangers qu'il avait à courir. « Le » vendredi , 20 de ce mois (juin i6o3) , le roi » passa du quai des Augustins au Louvre , » parKiessus le Pont-Neuf, qui n'étoit pas » encore trop assuré , et où il y avoit peu » de personnes qui s'y hasardassent. Quel- » ques-ans , pour en faire l'essai , s'étoient » rompu le cou , et tombés dans la rivièie ^ » ce que l'on remontra à sa majesté , la- » quelle fit réponse , à ce qu'on dit , qu^ » n'y avoit pas un de tous ceuis-là qui fut » roi comme lui (i)* »
On pouvait, en i6o4 9 passer sans dan-
(1) Journal de Henri If^, au ao juin i6o3«
213 HISÏOIKB DE PARIS
ger sur ce pont, dont la route ne fut achevée qu'en 1607.
Charles Marchand fut Tarchitecte de et Pont, un des plus beaux de l'Europe. Sa longueur totale est de 229 mètres 4 1 centimètres , ou 708 pieds de roi ^ sa largeur entre les tètes est de 28 mètres 10 centimètres , ou 70 pieds 8 pouces. •
Pour établir la communication de ce pont avec File de la Cité , on prolongea la pointe occidentale de cette île ; et cette prolongation divisa le Pont-Neuf en deux parties.
La partie méridionale se compose de quatre arches , et a , d'une culée à l'autre , 80 mètres 49 centimètres , ou 247 pieds.
La partie septentrionale, plus longue, a i48mètces 92 centimètres, ou 46^ pieds 6 polices , et se compose de huit arches.
Toutes les arches sont à plein cintre ; leur diamètre moyen , dans la partie noiérîdionale du pont, est de 12 mètres 48 centimètres, ou dé 89 pieds 8 pouces, et dans la partie septentrionale de 17, mètres 34 centimètres, ou 52 pieds 3 pouces.
Ce pont est orné, sur ses deux faces,
sors HENHi IV r ^i3^
dWe corniche très-saillante qui règne dans^ toute sa longueur : elle est supportée par des consoles en forme de masques de satyres, de syl vains et de dryades d'un beau caractère. On croît que quelques*uns sont Touvrage de Germain Pilon.
En 1775 , on fit de grandes et utiles réparations à ce pont. On abaissa et Ton rétrécit les trottoirs : les demi-lunes qui s'élevaient à Taplomb des piles laissaient un espace vague et ordinairement rempli d'immondices. Sur ces espaces, furent bâties des loges ou boutiques en pierres de taille , et couvertes de voûtes en demi-coupole. Ainsi , furent des deux côtés , établies vingt petites boutiques , qui , sans nuire à la vue du cours de la Seine , décorent et vivifient ce pont.
Pendant les campagnes de 1820 et 1821, on a exécuté sur les deux parties de ce pont diverses réparations , baissé la route , et adouci sa pente.
Château Gaillahd , situé vers l'extrémité méridionale du Pont-Neuf, sur le quai Contî , au bord de la Seine , et à l'endroit où est aujourd'hui la voûte sous laquelle on
âl4 mSTOZKE DE PÀftiS
passe pouf descendre à Fabreuvoir. Il présent tait une construction isolée , munie d^une tour ronde. Il est marqué dans les anciens plans. Un rimeur du siècle de Louis XIY a dit 5
Paperçois là bas sur la rire Le beau petit château Gaîllanl.
A quoi sers-tu dans ce bourbieif?
Est-ce d'abry, de colombier?
Est-ce de phare ou de lanterne ?
De quoi? de port ou de soutieû?
Ma foi , si bien je te discerne , Je crois que tu ne sers de rien (z).
Ce ciiàteau Gaillard , où Brioché faisait jouer ses marionnettes^ fut démoli sous le règne de Louis XIY.
Rue ^ PLAGE ET POKTE Daufhinb , ctc. La construction du Pont-Neuf entraîna , dans les parties aboutissantes, plusieurs change^ mens heureux. L'ile de la Cité fut agrandie ^ à son extrémité occidentale , par la jonction de deux îlots qui s-y trouvaient, et dont
(1} Paris ridicule , poëme satirique.
sotjs âENRi iv. aiS
j^ai parlé ailleurs (i). On combla les bras de la Seine qui séparaient ces Ilots Tun de Tautre y et les séparaient de Tile de la Cité* On éleva le terrain à la hauteur de la route du pont ; on le revêtit de murs de terrasse, et on construisit, en même temps , les quais de l'Horloge et des.Orfèvres , qui viennent aboutir au milieu du Pont-Neuf et au môle où s'élève la statue équestre de Henri IV.
Ces quais furent bordés de maisons \ et l'espace triangulaire qui se trouvait entre elles servit à former la place Daupbine , dont je parlerai avec plus de détails.
A l'extrémité Septentrionale du Pont- Neuf , on reconstruisit une grande partie de» quais de l'Ecole et de la Mégisserie : on élargit et régularisa la place des Trois-Maries , place qu'on voulut nommer du PonuNeufi mais la routine triompha de la volonté des magistrats. Le nom des Trois-Maries ^ dû à l'enseigne d'un marchand, lui fut conservé.
A l'extrémité méridionale , on rec(Mis^
(i) Foyez tom. III, pag. 94» 95> 9^'
2^1 6 HISTOIKE lyfi PIRIS
truisit les quais de Canli et des Augastms : maïs , au lieu d^un débouché ou d^une vaste avenue au Pont-Neuf, se présentait de ce c6té une masse de bâtimens , de cours , de jardins , un h^tel ou collège : toutes pro* priétés religieuses (i). Il fallut , à travers ces obstacles , ouvrir une rue dans la direction du Pont-Neuf. Une compagnie , * dont Ni-» colas Carrel était le principal membre, se chargea de cette entreprise : elle acheta des religieux de Saint-Denis, en 1606, le collège ou Thôtel de Tabbé de Saint-Denis , ses cours , jardins et une ruelle attenant à l'hôtel de Nevers : elle acheta aussi Thôtel de Chappes ; le tout , pour la somme de 76,500 livres.
A l'ouverture de cette rue , depuis le cpiaî jusqu'à l'hôtel de labbé de Saint-Denis , on
(i) Ce Collège ou l'hâtelde Saint-Denis était contenu entr« les rues Contrescarpe et Sainte André-des-Ars , et occupait une partie de l'emplacement de la rue Daaphine , des rues d'Anjou , Christine et des Grands-Angustins. On y arrivait, de la rue Saint- André-des-Ars, par une ruelle ^ qui paraît avoir été anciennement nommée rue de la Ban^,
sotJS HEîfRi IV. iry
prit, dn jardin des Augustîns, trente toises en longueur sur cincj toises et demie de largeur. On nomma des magistrats pour estimer la valenr de ce terrain dé moines. 11 ftit évalué à 3o,ooo livres tournois.
Cette estimation fut faite à ce? conditions rapportées par FEstoîle : « Que les maté-* » riaux des démolitions resteroient aux Au- » gustins; (pie les murs de dâture, dîes M deux côtés de ladite rue , seroient élevés 1» de trois torses de haut au-dessus du pavé, » aux dépen» de sa majesté 5 et qu'H «èroit » fait deux voûtes sous ladite rue pour cotnn muniquer aisément avec Ie!$' maisons des- » dits religieux , (fuî s'ont auprès fle ITiôtel » de Nevers , pareillement aux frais de sa » majesté.
» Ifs députèrent auprès du roî, continue » le même autetu* , pour Tassurer de leur » soumission à son plaisir. Lui ayant re- » montré qu'ils seroient doresenavant sans* » jardin , le roi leur-a dît r Veniresaùtgris\ * » mes pères y T argent que vous retirerez » des revemts d&s maisonâ 'Vémt Usa dtfs )> choux, rf Le trahé avec le» Augnstkts T. v. 19
ne fut conclu que le 6 février 1607 (i).
Ce fîit eu la même année que cette rue fut ouverte : elle avait , alors , cinq toises de largeur, était bordée dé murs, et couverte en deux endroits, à son entrée du côté dn Pont-Neuf, de deux arcades qui établissaient la communication entre le couvent des Augustins et les bàtimens situés de IW tre côté de la rue , et qui dépendaient de ce couvent.
La ligne de cette rue , qui est une prolongation de Taxe, du Pont-Neuf, aboutissait à la muraille de la ville. Là , on ouvrit une porte, appelée porte Dauphine. Elle a subsisté jusqu'en 1673, époque de sa démolition (2).
Le nom de Dauphine fut donné à cette rue , à la porte ouverte à son extrémié méridionale , et à la place dont il a été fait mention , à Foccasion de la naissance du fils de Henri IV. Cette rue et cette place reçurent, en 1792, le nom de Thîonville ^ &i
(i) Journal de Henri IV ^ au 6 février 1607. (a) V^tiz cî-après, Tableau physique de Pans,
SOtJS HEIÏRI IV. ' 219
mémoire de la vertueuse résistance que les habitans de la ville dé ce nom opposèrent i^ux ennemis des Français. En 18149 on leur restitua leur ancien nom de Dauphine.
Pout-aux-Meuwiers. Le dimanche aa décembre > 1596, à six beures et un quart du soir 5 le Pont*-aux-Meuniers fut entraîné par la violence des eaux. Ce pont était en bois 5 et presque à chaque arche on avait attaché un bateau à moulin. Ces bateaux, offrant une grande résistance au courant, contribuèrent beaucoup à la chute du pont. Il était chargé de maisons habitées : hommes et biens, tout périt. On évalua le nombre des'personnes qui perdirent la vie à cent cinquante, a On remarqua, dit TEstoile, » que la plupart de ceux qui périment en ce )i déluge étoîent tous gens riches, aisés, » mais enrichis d'usures et pillages de la » Saint-Barthélemi et de la Ligue. » Cet écrivain voit , dans la ruine de ce pont , le doigt de Dieu, comme cause principale, et dans le mauvais gom^emement et méchante police de Paris une cause accessoire : il au-
rait pu ajouter le défaut de talens des ar« cfaitectes.
Le lendemain , les gens du roi dirent à la cour du parlement « qu'ils ne sa voient d'où )> proeédoit cet accident, si ce n'est de .ce » que , les roys ayant donné ledit pont au H cha{Htre de Notre-Dame , ledit chapîlre » n'a voidu souffrir que ledit pont fût yi* M site par les maîtres des œuvres (architec- » tes) du roy(i), »
PoHTMA&CHA.iin. En janvier 1598, Charles Marchand y dit le capitcdne Marchand (9) , le oonstrucléur du PontrNeuf , obtint des lettres-pateuteâ qui l'autorisaient à rétablir, à ses d^ensi^ le Pont*aiix<*Meuniers. £& 1599, ^ ^^ commença la construction, et parviut à lever les difficultés que lui opposaient le maître de la voirie et les anciens propriétaires des maisons du pont détruit .; et , après dix ans de travaux , en déceodbre 1609 , il l'ajcbeva emièremeot*
Dana les lettres-*pateutQS , il est spécifié
(i] Registres manuscrits du parlement de Paris. (a) U était capitaine des arquebusiers et archers de FAtis.
sous HEN&i iv. aai
que ce noureau pom portera le nom de «on constructeur. En conséquence, Marchand avait placé à chaque extrémité de ce pont une table de marbre , on ce distique était gravé : -
Pons olim submersus aquis, nuno mole resurgo : Mercatorjèiit , nomen eiipse dédit.
Toutes les maisons étaient uniformes , peintes à Thuile , et chacune était distinguée par une enseigne représentant un oiseau , ce qui le fit aussi nommer le Pont-aux^ Oiseaux.
Dans la nuit du %^ au !23 octobre i6!ki , le pont Marchand fut la proie des flammes , qui , poussées par un vent d'ouest , mii^nt en cendres le Pont-au-Change et plusieurs maisons voisines. Ces deux ponts étaient proches l'un de l'autre et construits en bois.
Le pont Marchand ne fut point rétabli.
Gàlbuie dxj Louvre. Cette galerie, qui depuis l'aile du Louvre qui s'avance jusqu'au bord de la Seine se continue , sur la rive droite, jusqu'au château des Tuileries,
aSK^ HISTOIRE DE PARIS
fut commencée par le conseil de la ' reine Catherine de Médicis , sous Charles IX , qui en posa la première pierre : Ândrouet du Cerceau en fut Tarchitecte. Henri III la fit continuer \ mais les travaux furent bientôt interrompus.
Henri IV, en 1600, les fit reprendre : il écrivait à son ministre Sully, le a mars i6o3 : « Vous priant de vous souvenir de )) me mander des nouvelles des bâtimens )# .de Saint-Germain.... et continuer à faire » avancer, tant qu'il vous sera possible , le » transport des terres de la galerie du Lou- » vre, afin que les maçons puissent beso- » gner , estimant qu'ils donneront ordre » cependant à leurs matériaux, de façon )i qu'ils avanceront bien la besogne , quand » la place sera nette desdites terres (i). »
On voit qu'alors on ne faisait encore que déblayer des gravois entassés par le long abandon des travaux.
Dans une lettre du même roi au même
(i) QEconomies roj aies de Sully, a« partie , tom. III , diap. i3.
' sous BEV&I IV. Tt^'S
mhustre, du 8 avril i6o3, on trouve ces mots : « J'ai été bîen aise d'apprendre que » l'on continue , en la plus grande diligence » qu'il se peut, mes bàtimens du Louvre » et de Saint - Germain , comme ce que » vous faites faire en cette année à l'Arse- » néS (i). »
La communication entre le Louvre et les Tuileries, par cette galerie, commençait à s'établir sous Henri IV. Ce fut ce roi qui fit aussi réparer et peindre , en partie , la galerie d'Apollon , placée en retour de celle du Louvre.
En i6o4, ces travaux étaient fort avancés}, comme l'atteste la Chronologie septénaire de Cayet, qui ajoute -que le projet de Henri IV était de consacrer la partie inférieure de cette galerie « à l'établissement » de diverses manufactures et au logement )> des plus experts artisans de toutes les na- » tions : » projet que combattit Sully avec ' des raisonnemens qui prouvent que ses vues en économie politique n'étaient pas
(i) QEconomies royales, a« partie, tom. III, eh. i9.
22^4 HISTOIILE DE PAEIS
aussi étendues quon le pense vulgairement (ï).
Androuet du Cerceau , qui , aux temps voisins des massacres de la Saint-Barthélemi| préféra renoncer à sa fortune, à son pays plutôt que de renoncer à sa religion, de retour à Paris , y continua avec succès sa profession d^architecte , construisit plusieurs beaux hôtels , et fut employé par Henri IV aux travaux de la galerie du Louvre.
Les parties de cette galerie eonstruites sous Charles IX et sous Henri IH se reconnaissent facilement à la différence de leur structure , à Finterruption et à la discordance des lignes. Elles se terminent à l'endroit où cette galerie forme un avantcorps , surmonté par une campanille. Depuis ce point jusqu'au pavillon des Tuileries , appelé Pavillon de Flore, la façade
(i) f^oyez dans les QEconomies royales, s« partie, tom. m , chap. 25. , les faibles moyens d^oppdsition que fait valoir Sully contre le projet qu'avait conçu le roi d'établir à Paris la fabrication de la soie et autres manufactures.
sous HENRI IV. 325
de cette galerie présente une ordonnance de pilastres corinthiens , accouplés , cannelés et d'une majestueuse proportion , laquelle est couronnée par des frontons alternativement circulaires et triangulaires. Cette ordonnance n'est pas sans défaut : le bon goût est blessé par ces fenêtres qui s^élè vent jusque dans rentablement , et interrompent la continuité obligée de l'architrave et de la frise. Cette violation des règles et les frontons de diverses formes sont les seules imitations qu'Androuet du Cerceau ait faites dans le dessin de l'ancienne partie de cette galerie.
CfiATEAu DES TuiLERiEs. J'ai parlé de l'origine de ce château, de sa première forme et de l'état de ses bàtimens du temps de Charles IX (i). Ils consistaient, alors, dans le gros pavillon du centre de la façade, dans les deux bàtimens latéraux et dans les deux pavillons qui les terminent d'un côté et de l'autre.
 ces cinq corps de bàtimens , composant
(i) yàfez tom. lY, pages 19a, 357.
226 HISTOIRE DE PÀHIS
seuls le château des Tuileries , sous le règne de Henri IV, on en ajouta quatre autres ; sur la même ligne , on construisit , au midi comme au nord des anciens bâtimens , un corps de logis et un vaste pavillon ^ de sorte que la façade du côté du jardin , qui n'avait , sous le règne de Charles IX, que 86 toises de développement, en eut i68 sous celui de Henri IV.
Ces additions au château des Tuileries offrent le style et, à plusieurs égards, les formes d'architecture que l'on remarque à la façade de la galerie du Louvre , ce qui fait croire qu'elles ont été construites dans le même temps et par le même architecte.
. Les parties additionnelles de ce château , non plus que la galerie du Louvre , ne furent point achevées sous le règne de Henri IV. Sous Louis XIII et sous Louis XIV, les travaux furent continués 5 et il est certain que sous ce premier roi la construction des deux gros pavillons qui s'élèvent aux extrémités de la façade des Tuileries fut terminée. L'historique de ces travaux est trop
SOPS HENRI lY. 2127
pea connu; nous y reviendrons sous le règne de Louis XIV.
Fontaines. Dix-huit fontaines, alimentées par les eaux des aqueducs duPré-Saint- Gervais et de Belleville , répandaient leurs bienfaits sur la seule partie septentrionale de Paris ^ tandis que la Cité et la partie méridionale de cette ville en étaient entièrement privées. De plus, ces dix-huit fontaines ne fournissaient qu une faible quantité d'eau , ou n'en fournissaient point du tout, et figuraient comme des corps sans âmes. Cette stérilité provenait des inconsidérées concessions d^eau que la cour faisait à des communautés religieuses ou aux hôtels des personnes puissantes. Les fontaines étaient presque taries par ces nombreuses concessions, lorsqu'en 1687 on en réduisit le nombre : mais bientôt les abus de la far veur se renouvelèrent aux dépens du pu- <? blic. L'eaii manquait aux fontaines : on fit , en 1 594 5 une nouvelle réduction de concessions : on retirait par besoin ce qu'on avait accordé par importunité.
, En i5gt8| on cessa d'accorder gratuite-
9%B HISTOIRE D£ Vktiia
Bient des coocessions-d'eaa : on les fit payer aux concessionnaires ; et ou entreprit de faire de grandes réparations aux aqueducs du Pré^Saint-Gervais et de Belleville. Ces aqueducs , depuis long-temps négligés , tombaient en ruines , et ne fournissaient qu*tm Tolume d'eau très-insuffisant. Henri IV or^ donna qu'il serait perçu aux entrées de Paris un accroissement d'impôt sur les vins , et assigna sur cet impAt les frais de réparalions de ces deux aqueducs. Ces travaux étant achevés , en 1602, les anciennes fontaines de Paris furent rappelées à la vie ; et on en créa de nouvelles dont voici la notice.
Fontaine du Palais. François Mîron , prévôt des marchands , auquel Paris est redevable de plusieurs embellissemeiis et réparations utiles, fit, en i6o5, établir la première fontaine de l'ile de la Cité : elle fut alimentée par les. eaux de l' aqueduc du Pré-Saint-Gervais.
Cette fontaine fut, alors, construite sur l'emplacement de la maison du père de Jean Chastel , assassin de Henri lY, et fut subs-
50US HENRI !▼. m^
tuuce à la pyramide élevée pour éterniser la mémoire odieuse du crime, de Passassin et des Jésuites ses instigateurs*, pyramide que Henri IV, par un sentiment de crainte , venait ide faire démolir. Sur cette fontaine, on lisait œ distique relatif à cet événement :
ffîCi ubi restabant sacri monumentafuroris, Eluit infandum Mîronis unda scelus.
C'est-à-dire : « Là, s'élevaît un monument » consacré à éterniser les fureurs du fana- » tisme : Miron Ta^pnplacé par une fon- » taîne, dont les eaux pourront servir à w efikcer les souillures d^un attentat exé- » crable (i). »
Cette fontaine , élevée en i6o5 , fut , peu d'années après , transférée dans la cour méridionale du Palais de Justice : elle y était depuis quelque temps , en Tannée 16124.
Elle est connue sous le nom de fontaine Scdnte-'jinne : ce nom lui fut donné , ainsi qu'à une rue du voisinage , en mémoire de
(1) Foyez ci-dessus , présent paragraphe, article iy* ramidt, etc., pag. i58.
23o HISTOIRE DE PÀKIS
la reine Anne d^Autriche, Elle est alimen-* tée , aujourd'hui , par les eaux de la pompe du pont Notre-Dame.
Fontaine et Pompe de là Samaritaine , située à deux toises au-dessous de la seconde arche du Pont-Neuf, du côté du quai de l'École.
Les eaux fournies par les aqueducs du Pré-Sain t-Gervais et de Belleville ne pou- Yaient suffire aux fontaines.de Paris, sans cesse épuisées par de nouvelles concessions , ni aux besoins toujo|||^ croissans du palais du Louvre et des Tuileries ^ besoins que le réservoir de la fontaine du Trahoir ne pouvait entièrement satisfaire. On pensa à procurer de Teau à ces deux palais par un moyen nouveau.
Un Flamand, nommé Jean Lintlaër , proposa d'élever, par le jeu d'une pompe, les eaux de la Seine dans un réservoir construit à une hauteur suffisante pour être, de-là , conduites dans les bâtimens du Louvre et des Tuileries. Cette proposition fut admise par Henri lY. Le mécanicien flamand s'occupa à établir près et au-dessous de la se-
sous BEISfRI IV. a3i
cotide arche du Pont-Neuf, du côlé du nord, les pilotis de sa pompe. En i6o3, le prévôt des marchands y mit opposition motivée sur la gène que rétablissement de cette machine apporterait à la navigation. C'est à ce sujet que Henri IV, le 23 août i6o3, , écrivit à Sully la lettre suivante : « Sur ce que j'ai entendu que le prévôt des » marchands et eschevins de ma bonne » ^ville.de Paris font quelque résistance à » Lintlaër , Flamand , de poser le moulin n servant à son artifice en la deuxième » arche du côté du Louvre , sur ce qu'ils )) prétendent que cela empêcherait la navi- » gation , je vous prie les envoyer quérir et n leur parler de ma part, leur remontrant » en cela ce qui est de mes droits ; car, » à ce que j'entends , ils les veulent usur- » per, attendu que ledit pont est fait de » mes deniers et non des leurs, etc. (i). » On pouvait avantageusement opposer à cette raison des raisons meilleures-, mais
(i) QEconomies royales de Sully, a« partie , tom. III , édit. de i663, pag. 68a.
^32 HISTOIÏIE DE PARIS
le prévôt des marchands ne pouvait les faire valoir, il fut obligé de céder au vœu du roi.
Les travaux de cette pompe furent continués, et achevés en ï6o8.
Cette pompe devint un objet de curiosité pour les Parisiens. Elle était la premi^e qui fût établie dans cette ville. Le bâtiment, supporté par des pilotis, et dont Tétage inférieur se trouvait au niveau du trottoir dti Pont-Neuf, était fort simple dans sa construction primitive. Cependant, la façade du côté du Pont-Neuf oflFraît une décoration qui lui donna un nouvel intérêt : on y voyait un gi^oupe de figures en bronze doré, représentant Jésus-Christ et la Samaritaine auprès du puits de Jacob. Entre ces deux figures , tombait d*nne vaste coquille une nappe d^eau , reçue dans un bassi]i pareillement doré : au-dessous était cette inscription :
FONS HORTORUM PUTEUS AQOÀRUM VIVEHTIUM.
Ces paroles de l'Ecriture recevaient une
SOTJS HENEI IV* ^33
application heureuse ^ parce que les eaux élevées par cette mécanique alimentaient les jets du jardin des Tuileries. On j voyait aussi un cadran et une horloge (i).
Ces divers objets flattaient les yeux des passans : leurs oreilles étaient encore réjouies par le son d'un carillon, qui, dans rorigxpe , jouait diflerens airs à chaque heure*^ du jour. Ce carillon et un jaquemart, qui accompagnait Thorloge, et son-^ nait les heures, n'existaient déjà plus sous Louis XIV, comme on le voit par une pièce de vers intitulée : Comphùnte de laSama-^ ^ritaine sur la perte de son jaquemart et sur le débris de la musique de ses cloches, par le rimeur d^Assoucy. Il est parlé, dans plusieurs autres écrits du dix - septième siècle , de la Samaritaine , de son jaquemart, qui, depuis long-temps^ avait disparu*, et de son carillon, qui, dans les derniers temps, ne se faisait entendre qu'aux grandes solennités.
Cette machine hydraulique était sujette
(i) ^o/cz planche 43..
l34 HISTÔI&B DB PàRIS
à se déranger et exigeait de fréquentes réparations. Dans les années 17129 1714^1 1715, elle fut presque entièrement renouvelée. Les Français , qui plaisantent sur tout , firent alors des couplets sur cette fontaine reconstruite avec plus dé magnificence que de goût (i).
En 1772, cette pompe-fontaine fut de nouveau reconstruite , et le groupe de figures redoré. Ce bâtiment avait le titre de gouvernement. Le roi nommait et appointait richement l'inutile gouverneur de la Samadtaine. La révolution eu a fait justice.
(i) Yoîci deux couplets d'une de ces chansons, tpn ne fut pas composée par des jésuites.
Arrétex-Tous ici , passants ,
Aegardex attentivement ;
Vous verrez la Samaritaiiw
Assise an bord d*nne fontaine t
Vous n^en savez pas la raison ^.
Cest pour laver son cotillon. •
Regardez de Tantre côté :
Gomme le Seigneur est planta»
Qui rentretient sur la grSce { Il lui parle sur Tefficace ; Mais il lui parle doucement , De crainte d^ emprisonnement.
sous HEITKI lY. 2 35
Les nouveaux moyens employés pour alimenter les fontaines et bassins des palais et jardin des Tuileries rendaient cette machine moins nécessaire : elle menaçait ruine ; ses produits^ net valàiènt*pas lès frais de son entretien ni de. sa restauration : çûci i 8 1 3 , elle fut entièrement démoliie.
Palace-Royale , située près K rué Sèiint- Antoine (i). Catherine de Médicîs fit, en 1564) démolir Thôiel des Ton rn cil es*, dont rexî»tence lui devenait insupportable depuis que le roi Henri II ,' son époux , y était mort. * Èa cour iiitérieure de ce palais fut çonve-rtîé en marché aux jchevaux^ et eut cette' destination jusqu'en 1604, époque où Henri ly fit, sur son emplacement^ dans le dessein d'y placer des manufat^tures , commencer les bâtimens nommes depuis Place-Royale (2). Ges bâtimens , tous d'une
(1). ybyez planche 44«
(a) Henri IV écrivait, le 27 avWl 1607, à Sùlly : « Je » vous recommande la Place-Royale. J'ai appris, par le » controUeur Donon , qu'il se trouvoit quelques diificul> » tés avec les entrepreneurs des manufactures , pour ce » qu'ils vouloient abattre tout le logis : ce n'est pas moa
2^6 HISTOt&E 0E PÂUIS
égale forme, tous couverts de combles en ardoise et très-éleyés, suivant le mauvais goût du temps, furent achevés , en 1612 , à Toccasion d'un magnifique carrousel que Marie de Médicis fit exécuter en avril de cette années carrousel dont Bassompierre donne une ample description (i).
Cette place I entourée de trente^einq pavillons uniformes, est parfaitement carrée : chaque côté a 7a toises de longueur. Sous les bàtimens , au rez-de*chaussée , est une galerie ouverte au public ^ et qui entourq la place carrée. C'est au milieu de cette place que, le 37 novembre 1689, ^® ^^^'^ dinal de Richelieu fit ériger la statue équestre de Louis XIII 9 statue dont je parlerai dans la suite.
Théâtre de l'Hôtel de BoimcooNE. Les confrères de la Passion, ayant passé, comme il a été 4it (i) , de l'hôtel de Flandre g
9 avis , et me semble que ce seroit assez qu'ils fissent » une forme de galerie devant , etc. »
(1) Mémoires de Bassompierre, tom. I, pag. 807 , édition de i665.
(a) roye% ci-dessus, Théâtre des Confrères de la
sous HBNRÏ IV. aSiT
rhôtel de Bourgogne , louèrent leur nouveau théâtre à une troupe de comédiens nomniés les Enfans Sans -Souci, Cettii troupe portait aussi le titre glorieux de principauté de la Sottise , et son chef celui de prince des Sots.
§ous le règne de Henri IV , ce chef était Nicolas Joubert , qualifié de Seigneur d'Engouleuent et de chef de la Sottise ou prince des Sots. Dans un procès que cet homme eut à soutenir contre les anciens confrères de la Passion y on le voit , par son avocat , Julien Péleufi, caractérisé de la manière suivante : a II est né et nourri au pays des n grosses bètes^ et n'étudia jamais qu'eu » la philosophie des cyniques... C'est une
» tête creuse éventée, vide de sens
» comme une canne ; un cerveau démonté ^ » qui n'a ni ressort ni roue entière dans la » tète (i). »
Dans ce procès dont je dirai la cause f
Passion , et Théâtre de l'hdtel de Bourgogne, t. III, p. 4o6, 49^» etc. ; t. IV, p. 419-
(i) Plaidoyers de Julien Péleus ; plaidoyer 4* » pager 3i et 37.
î38 HKTOrRE DB PARIS
on saisit la loge que Nicolas Joubert avait au théâtre de l'hôtel de Bourgogne ; et il fut prononcé contre lui contrainte par corps. Le prévôt de Paris , devant qui la cause fut portée 5 par sa sentence, donna main-levée de la saisie de sa loge ^ et , attendu la qiialité de prince des Sots que portait Nicolas Joubert, il fit défense à tous créanciers d'attenter à sa personne : néanmoins , si , dans un jugement ou acte pardevant notaire, il ne prenait pas sa qualité de prince des Sots , il serait susceptible d'être saisi et pris par corps , sauf audit Joubert , sieur d^ Engoiiki>ent ^ d'avoir recours contre le prince des Sots , c'est-à-dire contre luimême.
Le i6 février 1606, le parlement rendit un arrêt plus digne de la majesté des 'lois : il condamna le prince des Sots à payer, dans six mois , la somme désignée dans l'obligation de février iSgg , sans qu'il put y être contraint par corps , et lui ^ donna main-levée de sa loge (i).
(l) Récréations historiques, par Dreux du Rad^r,. iom. I , pag. 4^ et suly.
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Il parait que le prince des Sots s'ëtait engagé envers les confrères de ia Passion , ou maîtres de Thôtel de Bourgogne , à faire chaque année une entrée triomplale à Paris , avec cette condition , qu'en cessant de faire cette cérémonie il perdrait son titre de prince des Sots et les prérogatives qui s'y trouvaient attachées. Il négligea de remplir cet engagement : les maîtres de cet hôtel qui , alors , étaient Valérien Lecomte et Jacques Resneau^' le poursuivirent en justice.
Nicolas Joubert se défendait en disant que les autorités publiques l'avaient dûment dispensé de cifette cérémonie. Le parlement, après plusieurs procédures et longs débats , rendit, le 19 juillet 1608, une arrêt définitif portant que a Nicolas Joubert est maintenu n et gardé dans la possession et jouissance » de sa piincîpauté des Sots et des droits » appartenans à icelle , même du droit d'en- )» trée par la grande porte dudit hôtel de )> Bourgogne , et préséance aux assemblées » qui s'y feront, et ailleurs, par lesdits » maîtres et administrateurs, et en jouis-
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n sance et disposition de sa loge ^ dé-
» charge ledit Joubert de faire son entrée » en cette ville de Paris , jusque, par la cour, » autrement en ait été ordonné, etc. (i). n
On voit par cet arrêt que ce prince des Sots avait des officiers. Macloud Poulet, gui-' don de la sottise , et Nicolas Ârnauld , héraut d^icelle sottise , sont pris à partie comme le prince des Sots.
Sous ce règne , on jouait les comédies du Purgatoire et du Paradis^ la Farce joyeuse de Toanon ,• le Mystère de Saint^Sébas» tien y etc. Jean Prévôt faisait représenter ses tragédies de Tufvie, d' Œdipe , d'Hercule , sa tragi-comédie de Clotilde ; mais le plus fécond des auteurs dramatiques de cette époque est sans contredit Alexandre Hardi , Parisien, qui s'engagea envers les comédiens à leur fournir six tragédies par an , et qui avouait lui-même en avoir composé plus de cinq cents.
Pour donner une idée des meilleva^es
(i) Histoire de Paris, par Félibien, 3« volume des preuves , pag. 44*
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farces qui se jouaient au temps de Henri IV, sur le théâtre de Thôlel de Bourgogne, a où, 1» dit FËstoUe , ils sont assez bons coutu*- » miers de ne jouer chose qui vaille , » je vais offrir Textraît d'une de ces pièces qui fit , à cette époque , courir tout Paris , et que le roi , la reine et les' princes de la cour voulurent honorer de leur présence. « Cha- » cun disait , ajoute le même écrivain , que » de Ion g- temps on n'avoit vu à Paris farce » plus plaisante, mieux jouée, ni d'une » plus gentille invention. » On va voir que le public était alors très-facile à contenter.
Un Parisien et sa femme se querellent : la^ femme reproche au mari de fréquenter continuellement les cabarets, tandis que chaque jour des huissiers venaient saisir ses meubles pour payer sa taille tm. roi ^ roi qui ruinait leur ménage , en s'emparaifM' de leurs biens. Le mari se défendait en di<>saut que c'était une raison pour faire bonne chère , puisque tout le bien qu'il pourrait amasser ne serait pas pour lui, mais pour ce beau roi» <c J& ne buvais que du vin à
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)» trois sous , disait-il , mais j^en boirai & » six. » La femme, peu toucliée de ces rsdsons , crie et tempête. Pendant ce vacarme , arrivent un conseiller de la cour des aides , un commissaire , un sergent , qui viennent demander les contributions. Les époux ne peuvent rien leur donner : on va saisir leur mobilier.
Alors le mari leur fait cette demande : Qui dtes-vous P Les nouveaux venus rëpondent : Nous sommes gens de justice. Com-^ ment! gens de justice? réplique le mari avec indignation ; et , prenant pour texte cette réponse, il fait un long exposé des principes de la justice , les met en opposition avec la conduite actuelle des juges , et termine par dire : JYon, vous n'êtes point la justice. Pen^ dant ce débat , la femme , voyant qu'on va saisir ses habits et son linge , s'assied sur un coffre qui les contenait. Le commissaire , au nom du roi , lui commande de se lever ] elle obéit -, on ouvre ce coffre : alors , au grand étonnement des speclateurs , on en voit' sortir trois diables qui s'emparent du conseiller, du commissaire et des ser-
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gens 5 et les emportent : tel est le dénouement de la pièce.
Lé$ membres de la cour des aides se prétendirent insultés dans cette farce *, ils firent emprisonner les comédiens : mais, dans le jour , ils furent relâchés par -ordre exprès du roi qui traita ces conseillers "de ;sotSy ajoutant que lui-même, dans cette pièce, n^avait pas été épargné^ mais qu'il pardonnait de bon cœur aux comédiens qui Pavaient fait rire jusqu'aux larmes.
Chaque représentation était précédée par un prologue qu'un acteur venait prononcer sur la scène , et qui n'avait aucun rapport à la pièce. Il en existe plusieurs recueils imprimés , que j'ai sous les yeux : ils ne peuvent servir qu'à prouver le mauvais goût des plaisaKiteries de ce temps , à marquer l'espace immense qui se trouve entre l'état de la^ scène française sous le règne de Henri IV et son état au dix-neuvième siècle, et à donner la mesure des progrès de la civilisation «ntre ces deux époques. On y voit un mélange d'érudition et
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de pensées burlesques , de saillies triviales 9 grossières , et trop souvent indécentes par la matière et par Texpression. Je vais , pour donner une idée de ces productions , dter, d'après un de ces recueils, quelques parties du prologue XVIP contre les censeurs^ le seul dont il soit possible, sans rougir, de rapporter quelques phrases. L'auteur parle d'abord de ceux qui , arrivés dans la salle , attendent le commencement du spectacle*, et , après en avoir fait des portraits ridicules , il ajoute : a Or, je prenois » un singulier plaisir à la diversité de » toutes ces actions ; j'ai vu deu« ou trois » escornifleurs d'honneur qui en contoient » depuis le mardi gras jusqu'au lende- )> main, l'un demandant à l'autre : Quelle M heure estnl P Commenceront^ils bientôt? » j4 votre as^is que naprésentent-ils ? Font^ )) ils bien? Quelles gens sont-ce ? Combien » sont-ils ? Sur ces questions de haut goût , » un de la troupe, docteur en taille-douce >x pour le moins , dressant les oreilles » comme un rossignol d'Ârcadie , s'avance , » sur le pied gauche , pour en dire sa ra*-
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» telée.... , Koulez'votis que je vous dise y » messieurs P ma foi , ik ne font rien qui » 'vaille....
» Pour moi , continue le comédien , je » pardonne de bon cœur à leur ignorance , » vous assurant avec tous les philosophes )> de la Place-aux-Veaux , que les plus sou- » verains dictâmes qu'on pourroit choisir » pour guérir ces taîourdes de telle fré- )> nésie seroieni un «n de garnison au » Petit ou Grand-Cliâtelet ; m'assurant que » l'austérité des lieux • les contraindroit , » faute d'autre exercice , de mettre le nez » dans une infinité de bons auteurs qui » les pourroient tirer , avec le temps , du )> dédale où leUr ignorance les fait en- » trer (i). »
On peut juger , pat ce seul échantillon , quel respect les comédiens d'alors portaient au public qui renaît les entendre.
L'hôtel dé Bourgogne , berceau du théâtre finançais ^ où devaient briller, soixante ans
(i) Prologue tant 94rieux quefadétieuat , par lé sietir P. L.| pag. 54 y 55.
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après , les productioBS du génie des Corneille et des Molière, n'était encore qu'un tbéatre de baladins, a Autrefois, dit Sorel,. » rhôtel de Bourgogne n'étoit qu'une re- » traite de bateleurs grossiers et sans art , » qui alloient appeler le monde , au son du » tambour, jusqu'au carrefour Saint-Eus- » tache (i). » Qu'importe aujourd'hui ce qu'ils étaient autrefois? Le goût du temps présent ne doit rien au goût du temps passé : la scène française , pour établir sa gloire , n'ira point rechercher sa généalogie.
Autres Thé/ltres de Paris. Le fatal privilège des confrères de la Passion existait dans toute sa plénitude, et le parlement l'opposait sans cesse aux autres troupes de comédiens qui tentaient de former des établissemens dans celte ville. J'ai cité des exemples de cet obstacle continuellement élevé contre la concurrence et les progrès de l'art théâtral-, je vais en réunir quelques autres.
(i) Maison des Jeux ^ première journée, \W. 3^, pag^. 3o8.