‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 8 sur 27 · SOVS HE9RI IV · texte numérisé non relu

SOVS HE9RI IV

En 1595 , des comédiens vinrent dresser un ihéàire dans la foire Saint-Germain : bientôt les maîtres de la Passion , armés de leurs privilèges exclusifs , firent suspendre* leurs Jeux. Cette foire était un lieu de franchise , un lieu privilégié. On vit , alors , un privilège aux prises avec un privilège. La . décision était embarrassante : ou prit un terme moyen. Une sentence du lieutenant civil , du 5 février iSqB, maintint le théâtre de la foire , à condition que les nouveaux comédieus paieraient , chaque année qu^ls joueraient , aux maîtres de la Passion , la somme de deux écus. Ainsi ou vit la foire Saint - Germain munie d^om théâtre, et offrir le premier exemple k Paris de rétablissement d'un théâtre forain.

Les collèges donnaient encore de temps en temps , mais moins fréquemment qu'autre- /ois, des spectacles où se jouaient des pièces de la composition des professeurs. Le a3 août 1594) Louis Léger, recteur du collège de Montaigu , fit afiicher , la représentation d'une tragédie intitulée Chilpéric JI. Le parlement , qui sans doute craignait qu'on

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n^appliqnat «itix circonistAnces le nujet de cette pièce ^ en fit défendre la reprësentlition ) et emprisonner raateur(i).

Sous le règne de Henri lY, des troupes ambulantes venaient, à Paris , établir leur théâtre à la foire Saint-Germain ou ailleurs. En i6o4 9 il se trouvait à Paris des corné* diens espagnols. On lit dans le journal de TEstoile que deux cte ces comédiens tuèrent à coups .de poignard une belle et jeune femme , leur camarade , pour lui voler des bijoux précieux qu'elle possédait , et qu'ils jetèrent dans la Seine son corps que l'on découvrit à la Grenouillère, ayant une pierre attacbée à son cou.

Une ordonnance de police, du 12 novembre 1609, fait mention de deux salles de spectacle.

Elle prescrit aux comédiens de Fune et Tautre salle de finir , en hiver, leurs jeux à quatre heures et demie du soir ,•

De ne point exiger des spectateurs plus

(i) Registres manuscrits du parlement de Paris, au ft3 août i594*

sotjs HiENRi IV. a49

qlie.la somme de cinq sous au parterre , ni plus de dix sous aux loges ]

De ne représenter aucune pièce sans l'avoir préalablement communiquée au procureur du i'oi 5 et sans l'avoir fait revêtir de son approbation (i).

CoMÉniENs ITALIENS. Lcur théâtre était situé rue de la Poterie , au coin de la rue de la Verrerie, bôtel d'Argent. L'ordonnance de police , que je viens de citer, fait mention , en 1609 9 ^® ^^ théâtre qui existait plusieurs années avant. Ces comédiens s'établirent à Paris en 1600 : ils étaient à la solde du roi. Dans une satire publiée en octobre i6o3 , l'auteur pense qu'il existe assez de comédiens à la cour , sans que le roi ait besoin d'en payer d'autres :

Sire, défaites-vous de ces comédiens :

Vous aurez, maIgTé eux, assez de comédies; Tetk sais qui. feront mieux que ces Italiens , Sans que vous coûte un sol leurs fâcheuses folies (q\

Le 16 octobre 1608 , Henri IV écrivit au

(1) Traité de la police , tom. I, pag. 440' (a) Journal de Henri IP^, tôm. III, fag. 137.

sSo HISTOIRE DE VkUtS.

fils du duc de Sully, pour lui ordonner de faire payer aux Comédiens italiens la somni« de six cents livres , qui leur était due des mois passés, et de les faire partir sur-lechamip pour Fontainebleau où ce roi veut qu'ils jouent en sa présence. « Quand moix » cousin le duc de Sully sera de retour, » dit -il 5 je lui ordonnerai de leur faire » payer le reste (i). »

Oa voit, par les notions que je viens de réunir, que l'art théâtral n'était point encore , en France , sous le règne de Henri IV, sorti de» ténèbres de son ancienne barbarie..

1^ VI. État physique de Paris.

Enceinte de Paris et ses portes. Sous' Henri IV, l'enceinte de cette ville différait peu de celle qui fut établie sous le règne de Charles VI. Depuis , on y avait ajouté diverses fortifications : on construisit une portion de murailles , qui , de la porte Saint-Denis , allait aboutir au bastion du

(i) OEconomieS' royales , tom. VI, pa^. a5..

ÉTikT PHYSIQUE. . l5 T

jardin des Tuileries , et enserrait une grande partie- de l'espace compris entre ces deux points.

Outre Tenceinte de murailles , il existait, au-delà , une première fortification qu'on appelait les barrières , et qui enserrait plusieurs faubourgs.

On entrait dans Paris d'abord par quinze j et puis par seize portes fortifiée» de tours, et munies de ponts en jnerre et de pontsle vis établis sur le fossé.

Dans la partie du nord étaient sept portes : celles de S cdnt" Antoine , du Temple j de Saint-Martin^ de Saint-Denis , de Montmartre, de Saint ^ Honoré ^ el la Porte- JVeave.

La Porte Saint- Antoine , à côté de la Bastille. Depuis long^temps, on avait renoncé à faire passer la route à travers les bâtimens de cette forteresse \ et , pour la laisser libre , on avait déjà détourné le chemin. On construisit vers ce détour une porte de ville, qui, en 1671 , fut rebâtie par François Blondel. La porte Saint-Antoine, était, sous le règne de Henri IV, d'un c&té

a5s HISTOIRE DE P41SIS.

protégée par la forteresse de la Bastille , et ^ de Tautre , par un vaste bastion.

La Porte du Temple. Moins fortifiée qtlô la précédente, elle était protégée par un large fossé et par un ouvrage considérable bâti à Textérieur , et qu'on nommait le Bas-tion. En i6j8, cette porte , lorsqu'on commença le boulevard du nord , fut démolie. Louis XIY, par arrêt du conseil d'Etat, ordonna, en novembre i684 ) qu'elle serait reconstruite.

La Porte Saint^Martin. Elle présentait un édifice considérable, flanqué à sa face extérieure de cinq ou six tours rondes. On y arrivait par un pont de trois arches en maçonnerie , sans y comprendre le pontlevis.

La Porte Samt-Denis. Elle se composait d'un édifice quadrangulaire , protégé à ses angles de tours rondes, surmontées de gué^ rites en maçonnerie. Le pont sur lequel on y arrivait était formé d'une seule arebe en pierre , au bout duquel se trouvait un large pont^levis. Cette porte fut démolie en 167 1.

La Ports Montmanrûi située à l'endroit

ÉTAT »HT9tQtTC. i53

OU la rue de ce nom est coupée par la nte des Fossés-Moiitmartre et par la rue Neure- Sainjt^EustacIie. Moins considérable que les portes Saint-'Martin et Saint-Denis , elle était précédée par un pont de deux archet exï maçonnerie , par un pont*Ievis , et accompagnée de diverses constructions qui défendaient Feutrée.

La Porte Saint^-Honoré , située à l'endroit oiv la rue Saint-Nicaise débouche dans la rue Saint-Honoré. Elle offrait un édifice quadrangulaire : à ses angles naissaient, sur des culs-de-lampe, deux tours rondes. On y entrait par un pont composé de deux arches, à l'extrémité duquel était un pont-Ievis.

La Porte-Neu^e, Elle était située sur le bord de la Seine , -et contiguë à la tour du Bois qui terminait , a l'ouest, l'enceinte de la partie septentrionale ^e Paris ; tour d'uiue grande élévation , accouplée à une autre de. moindre dimension , qui contenait l'escalier. La tour du Bois a subsisté jusque sous le règne de Louis XIV. La Porte-Neuve et cette tour qui lui servait de défense existaient sur le quai du Louvre, au point ou

3 54 HISTOIRE DE PÀHIS.

la rue Saint-Nicaise venait aboutir à la galerie du Louvre.

Dans la partie méridionale de Paria ,• on entrait , avant Henri lY, par huit portes , et, vers la fin de ce règne , par neuf portes : la porte de Nesle, la porte Dauphine, celles de Buciy de Saint-'Germain , de Sainte Michel y de Saint-Jacques, de BordeUe, de Saint- p^ictor et de la Tournelle.

Laporte de Nesh ^ située sur la rive gauche de la Seine , vers le point où s'élève le pavillon oriental du palais des Beaux-Arts, ci-devant collège Mazarin. Elle était contiguë à Tancienne tour de Nesle , tour ronde fort élevée , accouplée à une tour moins forte plus élevée ; et qui contenait Fescalier. Le bâtiment de la porte, flanqué de deux tours rondes, fut, à ce qu'il paraît, restauré sous le règne de Henri IV. On traversait le fossé , alors très-large en cet endroit, et rempli par les eaux de la Seine, sur un pont de quatre arches en pierre.

La porte Dauphine, Elle fut construite sous lé règne de Henri IV, après Tan 1607, à l'extrémité de. la rue Dauphine, que ce

trkr PHYSIQUE. a55

voi avait fait ouvrir ^ elle était située à Fendroit de la maison de cette rue qui porte aujourd'hui le n« 5o : elle fut démolie sous le règne de Louis XIV, en 16^3, en exécution d'un arrêt du conseil, du 28 septembre de cette année (i). Après cette démolition, la rue Daupkine fut prolongée jusquVu carrefour de Buci.

La porte de Buci ^ située dans la rue Saint- André -des- Ars, vers l'endroit où la rue Contrescarpe y débouche. Cette porte était flanquée de deux tours : et, jusque-là seulement , le fossé de la ville était ordinairement rempli par les eaux de la Seine.

La porte Saint* Germain ^ située rue des Cordeliers , aujourd'hui de l'Ecole de Médecine , à l'extrémité de la rue du Paon , à l'endroit où se voit encore l'ancienne fon-

taine des Cordeliers. Sa construction était fort simple : elle fut démolie en 1678, et l'édiâce de la fontaine fut élevée à sa place. La porte Saint^Michel^ plus anciennement nommée porte d'Enfer, ou porte de

(1) Voytz ci-dessus, pag. ai8>.

!)56 HTSTOIB.E DE Ji^^llIS.

Gibard ou Gibert* Sa construction était simple : on y entrait par un pont en bois : une pile s'élevait du fond du fosse , et supportait les deux travées de ce pont.

Auprès et à Test de cette porte est un édifice ou espèce de fortification qui la pro^ tégeait. Cet édifice est évidenipaent celui dont il a été parlé ailleurs, et où le pré- 'v6t des marchands et les échevins teniâent leurs assemblées avant, la construction de l'Hôtel-de-Ville (i). On le voit dans le jardin de riiètel de Brabant^ rue Saint*tlyacinthe, n'^^iS.

Cette porte fut réparée en 1 894 > et démolie en 1684* A l'endroit où elle existait, on a construit la fontaine de la place Saint- Mickel.

La porte Saint-Jacques^ située entre les rues des Fossés-Saint-Jacques et de Soufr flqt, du côté oriental, et entre la rue Sainte Hyacinthe et le passage des Jacobins, du côté occidental, Cette porte présentait un édifice fortifié par deux tours , un poiMt en

(i) yoyet tom. III, pog. 3^.

ÉTAT PHYSIQUE. aS^

charpente et un pont-levis : elle fut démolie en 1684.

La porte Hordelh ou Bordet, ou de Saint- Marcel. Elle se composait d'un édifice flanqué de tours. On y arrivait par un pont en boîs et un poni-levîs : elle était située vers l'extrémité de la rue Bordet , aujourd'hui nommée rue Descartes , non loin de Peu- . droit où cette rue débouche dans celle des Fossés-Saint -Victor, Cette porte , munie de tours et de ponts en charpente , fut démolie en .i683.

Lapojte Saint' J^ictor^ située dans la rue de ce nom , et entre la rue des Fossés-Saint- Vîctor et celle d'Arras. Elle était composée d'un édifice fortifié, et on y passait sur un pont en boîs : reconstruite en 1570, elle fut abattue en t684«

La porte de la Toumelle^ depuis nomlînée de Saint-Bernard ^ située sur la rive gauche de la Seine, vers l'extrémité septentrionale de la rue des Fossés-Saint-Bernard, sur le quai de la Tournelle , entre lès n°^ 1 et 3. Elle se composait d'un édifice assez considérable, flanqué de tourelles;

elle était protégée par une forteresse appelée la Toumelle, bâtie sur le bord de la Seii;ie. Henri IV la fit rebâtir en 1606 5 elle fut démolie en 1670 -, el , en 1674 5 o» éleva à sa place une porte triomphale sur les dessins de Blondel. J'en parlerai ailleurs.

Au-delà de ces seize portes de Paris , si Ton en excepte celles qui se trouvaient sur les bords de la Seine . étaient autant de faubourgs dont plusieurs furent ruinés pendant le siège de Paris : la plupart de ces faubourgs avaient donné leurs noms à ces portes.

On communiquait d'une rive de la Seine à nie de la Cité et à, l'autre rive ^ par six ponts : \e pont Notre- Dame ^ le Petit-Pont , /le pont-au-Change , le pont Saint-^Michel , le pont Marchand qui remplaça l'ancien Pont' aux 'Meuniers y et, enfin ^ le Pont- Neuf. Ces deux derniers furent construits sous le règne de Henri IV. Tous ces ponts, excepté le Pont-Neuf, étaient bordés de maisons, de manière que l'on pouvait traverser la rivière ^ans apercevoir son cours.

ÉTAT PHYSIQUE. aSg

QvAis. Les seuls quais existant alors à Paris étaient , sur la rive droite de la Seine , ceux des Célestins , du Port-au-Foin , et un autre , qui, depuis le bas du pont Notre- Dame , se terminait au Louvre , et se nommait le qucd de V École.

Sur la rive gauche, était un quai qui s'étendait depuis le pont Saint-Michel jusqu'à la tour de Nesle. Les autres parties des rives de la Seine, l'île de la Cité tout entière, étaient, avant i6o3, dénuées de quais.

Ces quais en général se composaient de maçonneries irrégulières , d'ouvrages en hois, uniquement destinés à préserver les bords de la Seine de l'action destructive de ses eaux.

Places. Si l'on excepte la Place-Royale et, û l'on veut^ la petite place Dauphine , on ne trouvait point à Paris, sous Henri IV, d'emplacement qui méritât le nom de placç publique. Il n'existait nulle promenade plantée d'arbres , où les habitans pussent venir , librement et à l'abri des feux du soleil 9 se procurer un exercice salutaire , si

^6a nti^tOiUM tfE vâhis*

ce n'est le Pré-aux-Clercs. On nommait généralement place ce qui ne serait anjourdliui considéré que comme un carrefour : partout les arbres étaient rares.

Édifices. Les abbayes situées danà les faubourgs , telles que celles de Saint-Antoine, de Montmartre, de Saint-Germaîndes-Prés , de Saint-Victor , étaient fortifiées comme des places de guerre.

Le château des Tuileries et la galerie du Louvre furent continués, mais restèrent imparfaits pendant cette période. Dans la cour des Tuileries , on voyait encore , même jusqu'au commencement du règne de Louis XIV, les clianliers de bois , fours et autres objets nécessaires à la fabrication des tuiles et briques : c'est ce que prouvent des plans manuscrits qui ont passé sous mes yeux.

Rues. Les rues de Paris , et surtout celles qui se trouvaient au centre et dans les parties les plus anciennes de là ville, étaient fort étroites : on n'y pouvait pénétrer en voiture.

La plupart n'étaient point pavées , d'au-

ÉTAt PHYStQtTfi. ^6t

trêâ ne Tëlaîenl qu'en partie, et presque toutes se trouvaient encombrées de gravois, de boues et d'immondices. Cet état de malpropreté et de gêne , indices d'une administration nxal ordonnée , dura encore longtemps, comme on le voit par un procèsverbal fait, en i636, sur Tétat des rues de Paris (i).

Un rimeur de ce règne a mis en vers Ténuméfatîon des rues comprises dans l'enceinte de cette ville :

Il en compte dans la Gté < . . 36

Au quartier de T Université , qu'il nomme

Hulepoix 83

Aa quartier de la ville qu'il nomme-^e Saint-

Dêms é 394

Total 4i3 (2)

Cet auteur n'est pas très-exact. A la fin du treizième siècle , Guillol de Paris , qui a dénombré le& rues de cette ville, en

(i) Histoire de Paris, par Félîbien, preuves, t. TV, p. 119.

(3) Dedans la cité de Paris Y e des rues trente^six ,

a62 CriSTOIRE DE PARIS.

compte pareillement trente«^ix dans la Cité; et, du temps de Henri IV, le nombre de ces rues s'était accru au moins d'une, de la rue de Harlay.

Échelles. Les rues et carrefours de cette TÎlIe offraient souvent les tristes témoignages de la perversité humaine ou des rigueurs de la justice : des potences , des carcans , des piloris et des échelles. Pour inspirer la terreur, on a quelquefois élevé des potences dans presque toutes les places de Paris. J'ai parlé des piloris.

Les échelles où Ton attachait les condamnés, et ou on les fustigeait, étaient communes à Paris. Saint Louis en fit établir, dans toutes les. villes, pour y placer ceux qui proféraient le vilain serment (i).

Et, au quartier de Hulepoix,.

En y a quatre Ting^t et trois ; Et 9 au quartier de Saint Denis , Trois cents il n'en faut que six.

Contes les bien tout à votre aise , Quatre cents y a et treize.

[Le$ cris et les imes de Paris , pag. 67.)

(i) <( Et commanda que Ton mekt eschieles ez bonnes » villes en lieu commun sur lesquelles tez blasphemeurs^

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