‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 22 sur 45 · HIST01I{E COMIQUE · texte numérisé non relu

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mer, qui témoigne encore par son sel que ce doit être un amas de sueur, toute sueur étant salée. Ensuite, de la retraite des eaux, il est demeuré sur la terre une bourbe grasse et féconde, oii, quand le Soleil eut rayonné, il s'éleva comme une ampoule, qui ne put, à cause du froid , pousser son germe dehors. Elle reçut donc une autre coclion ; et, cette coction la rectifiant encore et la perfectionnant par un mélange plus exact, elle rendit ce germe, qui n'était en puissance que de végéter, capable de sentir. Mais, parce que les eaux, qui avaient si longtemps croupi sur le limon, l'avaient morfondu, l'ampoule ne se creva point; de sorte que le Soleil la recuisit encore une fois; et, après une troisième digestion, elle s'ouvrit et enfanta un homme, lequel a retenu dans le foie, qui est le siège de l'àme végétative, et l'endroit de la première coction, la puissance vitale; et dans le cerveau, qui est le siège de l'intellectuelle, et le lieu de la troisième coction, la puissance de raisonner.

K Vous me demanderez indubilabloment de qui je tiens l'histoire que je vous ai contée. Vous me direz que je ne saurais l'avoir apprise de ceux qui n'y étaient pas. Il est vrai que je suis le seul qui s'y soit rencontré, et que, par conséquent, je n'en puis rendre témoignage, à cause qu'elle était airivée avant que je naquisse. Cela est encore vrai ; mais apprenez aussi que, dans une région voisine du Soleil comme la nôtre, les âmes pleines de feu sont plus claires, plus subtiles et plus pénétrantes que celles des autres animaux aux sphères plus éloignées. Or, puisque dans votre monde même il s'est jadis rencontré des prophètes qui, l'esprit échauffé par un vigoureux enthousiasme, ont eu des pressentiments du futur, il n'est pas impossible que, dans celui-ci, beaucoup plus proche du Soleil, et, par conséquent, beaucoup plus lumineux ([ue le vôtre, il

ne vienne à un fort génie quelque odeur du passé; que sa raison mobile ne se remue aussi bien en arrière qu'en avant, et qu'elle ne soit capable d'atteindre la iMuse par les effets, vu qu'elle peut arriver aux effets par la cause. »

Il acheva son récit de celte sorte; mais, après une (iinférence encore plus particulière de secrets fort ca- ( Ik's qu'il me révéla, dont je vais taire une partie et dont l'autre m'est échappée de la mémoire, il me dit qu'il n'y avait pas encore trois semaines qu'une motte de terre échauffée par le Soleil lui avait donné naissance.

« D'ailleurs, reprit-il, regardez- bien cette tumeur. » Alors il me tlt remarquer, sur de la bourbe, je ne sais quoi dentlé comme une taupinière : « C'est, dit-il, un apostume semblable à celui qui m'a créé. Depuis plusieurs mois il recèle le principe d'un de mes frères. J'attends ici à dessein, pour l'aider à naître quand le moment sera venu. »

11 aurait continué, s'il n'eût aperçu, à l'entour de ce irazon d'argile, le terrain qui palpitait. Cela fit juger, que le moment en question était arrivé : aussitôt il me quitta pour aller attendre la naissance de son frère, et moi, j'allai rechercher ma cabane ^.

Je regrimpai donc sur la montagne que j'avais descendue, au sommet de laquelle je parvins avec beaucoup de lassitude. Vous pouvez croire combien je fus en peine quand je ne trouvai plus ma machine où je l'avais laissée. J'en soupirais déjà la perte, quand je l'aperçus fort loin qui voltigeait. Autant que mes jambes purent fournir, j'y courus à perte d'haleine, et certes c'était un passe-temps agréable de contempler cette nouvelle façon d'aller à la chasse ; car, quelquefois que j'avais presque la main dessus, il survenait

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