La cage volante dans laquelle il était \en\i
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dans la boule de verre une légère augmentation de chaleur, qui, tirant l'air avec plus de force, et cet air, devenu plus raide , enlevant ma boîte au-dessus de moi, me faisait sauter après, comme un chat au croc où il voit pendre un lièvre. N'èlail que ma chemise était demeurée sur le cliapiteau pour s'opposer à la force des miroirs, elle eut fait le voyage toute seule.
Mais à quoi bon me rafraîchir la mémoire d'une aventure dont je ne saurais me souvenir qu'avec la môme douleur que je ressentis alors ? Il suffira de savoir qu'elle bondit, courut et vola tant, que je sautai, je marchai et j'arpentai tant, qu'enfin je la vis tomber au pied d'une fort haute montagne. Elle m'eût mené, sans doute, encore plus loin, si, de cette orgueilleuse entlure de la terre les ombres, qui noircissaient le ciel bien avant sur la plaine, n'eussent répandu tout autour une nuit de demi-lieue ; car, se rencontrant panni ces ténèbres, son verre n'en eut pas plus tôt senti la fraîcheur, qu'il ne s'y engendra plus de vide, plus de vent par le trou, et conséquemment plus d'impulsion qui la soutînt ; de sorte qu'elle chut, et se fût brisée en mille éclats, si, par bonheur, une mare où elle toml)a n'eût plié sous le faix. Je la tirai de l'eau, remis en état ce qui était froissé ; puis, après l'avoir embrassée de* toute ma force, je la portai sur le sommet d'un coteau (fui se rencontra tout proche. Là, je développai ma chemise d'alentour du vase, mais je ne la pus vêtir, parce (jue, mes miroirs commençant leur effet, j'aperçus ma cabane qui frétillait déjà pour voler. Je n'eus le loisir que d'entrer dedans, où je m'enfermai comme la première fois.
La sphère de notre monde ne me paraissait pins qu'un astre à peu près de la grandeur que nous parait la Lune ; encore, il s'étrécissait, à mesure que je moulais, jusqu'à tlfvenir une étoile, juiis une bluetle, et
DES ETATS ET EMPIRES DU SOLEIL 16o
pais rien *, d'aulant que ce point lumineux s'aiguisa si fort pour s'égaler à celui qui termine le dernier rayon de ma vue, qu'enfin elle le laissa s'unir à la couleur des cieux. Quelqu'un peut-être s'étonnera que, pendant ini si long voyage, le sommeil ne m'ait point accablé. Mais, comme le sommeil n'est produit que parla douce exhalaison des viandes qui s'évaporent de l'estomac au cerveau, ou par un besoin que sent nature de lier notre àme, pour réparer, pendant le repos, autant d'esprits que le travail en a consommé, je n'avais garde de dormii, vu que je ne mangeais pas, et que le Soleil me restituait beaucoup plus de chaleur radicale que je n'en dissipais.
Cependant mon élévation continuait, et à mesure qu'elle m'approchait de ce monde entlammé, je sentais couler dans mon sang une certaine joie qui le rectifiait et passait jusqu'à l'àme. De temps en temps, je regardais en haut pour admirer la vivacité des nuances qui rayonnaient dans mon petit dôme de cristal, et j'ai la mémoire encore présente que, comme je pointais alors mes yeux dans le bocal du vase, voici que, tout en sursaut, je sens je ne sais quoi de lourd qui senvole de toutes les parties de mon corps. Un tourbillon de fumée fort épaisse et quasi palpable couvrit mon verre de ténèbres; et, quand je voulus me mettre debout pour contempler ce noir, dont j'étais aveuglé, je ne vis plus ni vase, ni miroirs, ni verrière, ni couverture à ma cabane. Je baissai donc la vue, à dessein de regarder ce qui faisait ainsi tomber mon chef-d'œuvre en ruine ; mais je ne trouvai, à sa place et à celle des quatre côtés et du plancher, que le ciel tout autour de moi.
I. Le voyageur n'a pas cru devoir dire le nom de la terre où il a fait une station : c'est de sa part une façon d'attester qu'il existe dans l'espace des mondes invisibles pour nous, comme nous devons être invisibles povir Pii\.
Encore ce qui m'erTraya davantage, ce lut de sentir, comme si le vague de l'air se fût pétrifié, je ne sais quel obstacle invisible, qui repoussait mes bras quand je les pensais étendre. 11 me vint alors dans l'imagination que, à force de monter, j'étais sans doute arrivé dans le lirmament, que certains philosophes et quelques astronomes ont dit être solide ^ Je commençai à craindre d'y demeurer enchâssé ; mais l'horreur dont me consterna la bizarrerie de cet accident s'accrut bien davantage par ceux qui succédèrent; car ma vue, qui voguait çà et là, étant par hasard tombée sur ma poitrine, au lieu de s'arrêter à la superficie de mon corps, passa tout à travers; puis, un moment ensuite, je m'avisai que je regardais par derrière et presque sans aucun intervalle.
Comme si mon corps n'eût plus été qu'un organe de vision, je sentis ma chair, qui, s'étant décrassée de son opacité, transférait les objets à mes yeux, et mes yeux aux objets à travers elle. Enfin, après avoir heurté mille fois, sans la voir, la voûle, le plancher et les murs de ma chaise, je connus que, par une secrète nécessité de la lumière dans sa source, nous étions, ma cabane et moi, devenus transparents. Ce n'est pas que je ne la dusse apercevoir, quoique diaphane, puisqu'on aperçoit bien le verre, le cristal et les diamants, qui le sont; mais je me figure que le Soleil, dans une région si proche de lui, purge bien plus parfaitement les corps de leur opacité en arrangeant plus droits les pores imperceptibles de la matière que dans notre monde, où sa force, presque usée par un si long chemin, est à peine capable de transpirer son éclat aux pierres précieuses; toutefois, à cause de l'interne égalité de
I. D'iinciimsaslronomes ;iffirm;iicnt. en l'Ilct. i|ii<' le (kTiiior cercle céleste était formé d'une sorte de cristal.
leurs superficies, il leur fait rejaillir au travers de leurs L'iaoes, comme de petits yeux, ou le vert des émeraudes, 'Ml Técarlatedes rubis, ou le violet des améthystes, selon que les diflférents pores ^ de la pierre, ou plus droits, ou plus sinueux, éteignent ou rallument, par la quantité des rétlexions, cette lumière afTaiblie.
L'ne difficulté peut embarrasser le lecteur, à savoir romment je pouvais me voir et ne point voir ma loge, puisque j'étais devenu diaphane aussi bien qu'elle. Je réponds à cela que, sans doute, le Soleil agit autrement sur les corps qui vivent que sur les inanimés, puisque aucun endroit ni de ma chair, ni de mes os, ni de mes entrailles, quoique transparents, n'avait perdu sa couleur naturelle; au contraire, mes poumons conservaient encore, sous un rouge incarnat, leur molle délicatesse; . mon co^ur, toujours vermeil, balançait aisément entre la systole et la diastole ; mon foie semblait brûler dans un pourpre de feu, et, cuisant l'air que je respirais, continuait la circulation du sang; enfin, je me voyais, me touchais, me sentais le même, et pourtant je ne Tétais plus.
Pendant que je considérais cette métamorphose, mon voyage s'accourcissait toujours, mais pour lors avec beaucoup de lenteur, à cause de la sérénité de Tétlier, qui se raréfiait à proportion que je m'approchais de la source du jour ; car, comme la matière en cet étage est fort déliée pour le grand vide dont elle est pleine, et que cette matière est, par conséquent, fort paresseuse, à cause du vide qui n'a point d'action, cet air ne pouvait produire, en passant par le trou de ma boite, qu'un petit vent à peine capable de la soutenir.
Je ne réfléchis jamais au malicieux caprice de la Fortune, qui toujours s'opposait au succès de mon entreprise avec tant d'opiniâtreté, que je m'étonne comment