‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 25 sur 45 · Ayant pris formr humaine · texte numérisé non relu

Ayant pris formr humaine

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sont d'émoraude, les fleurs de diamaul, les boulons de perles, et, parmi lout cela, des fruits qui se font hommes en un clin dœil! Pour moi, j'avoue que la compréhension d'un tel miracle surpasse ma capacité. ^)

En suite de cette exclamation, comme j'attendais sa réponse : « Vous ne trouverez pas mauvais, me dit-il, étant le roi de tout le peuple qui compose cet arbre, que je l'appelle pour me suivre. »

Quand il eut ainsi parlé, je pris garde qu'il se recueillit en lui-même. Je ne sais si, bandant les ressorts intérieurs de sa volonté, il excita hors de soi quelque mouvement qui fit arriver ce que vous allez entendre ; mais tant il y a que, aussitôt après, tous les fruits, toutes les fleurs, toutes les feuilles, toutes les branches, enfm tout l'arbre tomba par pièces en petits hommes, voyant, sentant et marchant, lesquels, comme pour célébrer le jour de leur naissance même , se mirent à danser à l'entour de moi.

Le rossignol, entre tous, resta dans sa figure et ne fut point métamorphosé; il se vint jucher sur l'épaule de notre petit monarque, où il chanta un air si mélancolique et si amoureux, que toute l'assemblée, et le prince môme, attendris par les douces langueurs de sa voix mourante, en laissa couler quelques larmes.

La curiosité d'apprendre d'où venait cet oiseau me saisit pour lors d'une démangeaison de langue si extraordinaire, que je ne la pus contenir : « Seigneur, dis-je, m'adressant au roi, si je ne craignais d'imporluner Votre Majesté, je lui demanderais pourquoi, parmi tant de métamor[)lioses, le rossignol tout seul a gardé son être. »

Ce petit prince m'écoula avec une complaisance qui marquait bien sa bonté naturelle; et, connaissant ma curiosité : « Le rossignol, me répliqua-t-il, n'a point, comme nous , changé de forme , parce qu'il ne l'a .pu.

DES ÉTATS ET EMPIRES DU SOLEIL Ho

C'est im véritable oiseau, qui n'est que ce qu'il parait. Mais marchons vers les régions opaques : et je vous conterai, en chemin faisant, qui je suis, avec l'histoire du rossignol. »

A peine lui eus-je témoigné la satisfaction que je recevais de son offre, qu'il sauta légèrement sur l'une de mes épaules. Il se haussa sur ses petits ergots pour atteindre de sa bouche à mon oreille; et, tantôt se balançant à mes cheveux, tantôt s'y donnant l'estrapaile * : « Ma foi ! me dit-il, excuse nne personne qui se sent dtjà hors d'haleine. Comme dans un corps étroit, j'ai les poumons serrés, et la voix, par conséquent, si déliée, que je suis contraint de me peiner beaucoup pour me faire ouïr, le rossignol trouvera bon de parler lui-même de soi-même. Qu'il chante donc, si bon lui semble ! Au moins, nous aurons le plaisir d'écouter son histoire en musique, »

Je lui répliquai que je n'avais point encore assez d'habitude au langage d'oiseau; que véritablement un certain philosophe, que j'avais rencontré en montant au Soleil, m'avait bien donné quelques principes généraux pour entendre celui des brutes; mais qu'ils ne suffisaient pas pour entendre généralement tous les mots, ni pour être touché de toutes les délicatesses qui se rencontrent ^ans une aventure telle que devait être celle-là.

« Eh bien, dit-il, puisque tu le veux, tes oreilles ne seront pas simplement sevrées des belles chansons du rossignol ; mais de quasi toute son aventure, de laquelle je ne te puis raconter que ce qui est venu à ma connaissance. Toutefois, tu te contenteras de cet échantillon; aussi bien, quand je la saurais tout entière, la brièveté de notre voyage en son pays, où je le vais reconduire,

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