La pierre cherchée par les ;ili liiniistes
'f. Ou mieux dans le plus él.'\e tles sept paradis ipn; Mahomet promet aiiK croyants.
.). La Discorde furieuse de n'avoir pas été priée aux noces de Thétis et de Pelée, jeta sur la table du festin une pomme d'or sur laquelle elle avait écrit : « A la plus belle 1 » Junon, Pallas et Vénus se disputant cette pomme, Jupiter désigna pour juge le berger Paris, qui donna la pomme à Vénus, d'où la colère des deux, autres déesses, ([ui causa de grands malheurs, notamment la fameuse guerre de Troie.
II. Fruits qu'Hercule ;ill;i cueillir imi fiiant le dr.igon qui les gardait.
DES KTATS ET EMPIRES DU SOLEIL 2i:i
servai que, quand un grand ruisseau de La Mémoire en approchait un plus petit de l'Imagination, il éteignait aussitôt celui-là ; mais qu'au contraire si le ruisseau de l'Imagination était plus vaste, il tarissait celui de la Mémoire : or, comme ces trois fleuves, soit dans leur canal, soit dans leurs bras, coulent toujours à côté l'un de l'autre, parloul où la Mémoire est forte, l'Imagination diminue ; et celle-ci grossit à mesure que l'autre s'abaisse.
Proche de là, coule, d'une lenteur incroyable la rivière du Jugement : son canal est profond, son humeur semlilo froide; et, lorsqu'on en répand sur quelque chose, elle sèche au lieu de mouiller. Il croît, parmi la vase de son lit, des plantes d'ellébore S dont la racine, ([ui s'étend en longs filaments, nettoie l'eau de sa bouche. Elle nourrit des serpents, et, dessus l'herbe molle (jui tapisse ses rivages, un million d'éléphants se reposent. Elle se distribue , comme ses deux germaines, en une infinité de petits rameaux; elle grossit en coulant, et, quoiqu'elle gagne toujours pays, elle va et revient éternellement sur elle-même.
De l'humeur de ces trois rivières tout le monde est arrosé ; elle sert à détremper les atomes brûlants de ceux qui meurent dans ce grand monde ; mais cela mérite bien d'être traité plus au long.
La vie des animaux du Soleil est fort longue ; ils ne finissent que de mort naturelle, qui n'arrive qu'au bout de sept à huit mille ans, quand, pour les continus excès d'esprit où leur tempérament de feu les incline, l'ordre de la matière se brouille. Car, aussitôt que dans un corps la nature sent qu'il faudrait plus de temps à réparer les ruines de son être qu'à en composer un nouveau, elle aspire à se dissoudre, si bien que, de jour en
I. L'oUéboro était jadis réputt- romnif un ronu-do «onvovaiii contre lês (léraneonii-iifs d'csiirit.
lIISTnlKE COMlnU
jour, on voit, non pas pourrir, mais tomber raiiinial en particules semblables à de la cendre rouge.
Le trépas n'arrive gu^rc que de celte sorte. Expiré donc qu'il est, ou, pour mieux dire, éteint, les petits corps ignés qui composaient sa substance entrent dans la grosse malière de ce monde allumé, jusqu'à ce que le hasard les ait abreuvés de l'humeur des trois rivières ; car alors, devenus mobiles par leur fluidité, afm d'exercer vilement les facultés dont cette eau leur vient d'imprimer l'obscure connaissance, ils s'atlachenl en longs filets, et, par un flux de points lumineux, s'aiguisent en rayons et se répandent aux sphères d'alentour, où ils ne sont, pas plutôt enveloppés, qu'ils arrangent eux-mêmes la matière autant qu'ils peuvent dedans la forme propre à exercer toutes les fonctions dont ils ont contracté l'instinct dans l'eau des trois rivières, des cinq fontaines et de l'étang. C'est pourquoi ils se laissent attirer aux plantes, pour végéter ; les plantes se laissent brouter aux animaux, pour sentir, et les animaux se laissent manger aux hommes, afm qu'étant passées en leur substance, ils viennent à réparei' ces trois facultés de la mémoire, de l'imagination et du jugement, <lont les rivières du Soleil leur avaient fait piessentir la puissance.
(Ji-, selon que les atomes ont plus ou moins trempé dedans l'Iiuinrur de ces trois fleuves, ils apportent aux animaux plus ou moins de mémoire, d'imagination ou de jugement, et, selon que, dans les trois fleuves, ils ont plus ou moins contracté de la liqueur des cinq fontaines et de celle du petit lac, ils leur élaborent des sens plus ou moins parfaits, et produisent des âmes plus ou moins endormies.
Voici à peu près ce que nous observâmes louchant la nature de ces trois fleuves. On en rencontre partout de petites veines écartées cà et là ; mais, pour les bras
principaux, ils vont droit aboutir à la province des Philosophes. Aussi nous arrivâmes dans le grand chemin, sans nous éloigner du courant que ce qu'il faut pour monter sur la chaussée. Nous vîmes toujours les dois grandes rivières qui flottaient à côté de nous ; mais, pour les cinq fontaines, nous regardions de haut en bas serpenter dans la prairie. Celte roule est fort agréable, quoique solitaire ; on y respire un air libre et subtil, qui nourrit Tàme et la fait régner sur les passions.
Au bout de cinq ou six journées de chemin, comme nous divertissions nos yeux à considérer le différent et riche aspect des paysages, une voix languissante, comme d'un malade qui gémirait, parvint à nos oreilles. Nous nous approchâmes du lieu d'où nous jugions qu'elle pouvait venir, et nous trouvâmes, sur la rive du fleuve Imagination, un vieillard tombé à la renverse, qui poussait de grands cris. Les larmes de compassion m'en vinrent aux yeux, et la pitié que j'eus du mal de ce misérable me convia d'en demander la cause. (( Cet homme, me répondit Campanella, se tournant vers moi, est un philosophe réduit à l'agonie, car nous mourons plus d'une fois ; et comme nous ne sommes que des parties de cet univers, nous changeons de forme pour aUer prendre vie ailleurs ; ce qui n'est point un mal, puisque c'est un chemin pour perfectionner son être et pour arriver à un nombre infini de connaissances. Son infirmité est celle qui fait mourir presque tous les grands hommes. "
Son discours m'obligea de considérer le malade plus attentivement, et, dès la première œillade, j'aperçus qu'A avait la tête grosse comme un tonneau et ouverte par plusieurs endroits, a Or sus ! me dit Campanella, me tirant par le bras, toute l'assistance que nous croirions donner à ce moribond serait inutile et ne ferait
IllSTolUE CUMIOLJ::
que l'inquiéler. I^oussuns outre; aussi bien, son mal csl incurable. L'enilure de sa tête provient d'avoir liop exercé son esprit ; car, encore que les espèces dont il a renq>li les trois ventricules de son cerveau soient des images fort petites, elles sont corporelles et capables, par conséquent, de remi)lir un grand lieu, quand elles sont fort nombreuses. Or, vous saurez que ce pbilosoplie a tellement grossi sa cervelle à force d'entasser image sur image, que, ne les pouvant plus contenir, elle s'est éclatée. Cette façon de mourir est celle 'des grands génies, et cela s'appelle crever d'esprit. »
Nous marchions toujours en parlant, et les premièro choses qui se présentaient à nous nous fournissaieiil matière d'entretien. J'eusse pourtant bien voulu soitir des régions opaques du Soleil pour rentrer dans les lumineuses, car le lecleuî- saura que toutes les contrées n'en sont pas diaphanes : il y en a ([ui sont obscuies comme celles de notre monde, et qui, sans la lumicir d'un Soleil qu'on aperçoit de là, seraient couvertes de ténèbres. Or, à mesure qu'on entre dans les opaques, on le devient insensiblement; et, de même, lorsqu'on approche des transpareides, on se sent dépouiller de cette noire obscurité par la vigoureuse irradiation du climal.
Je me souviens ([ue, à propos de celte envie dont Je brûlais, je demandai à Canq)anella si la province des Itliilosophes était brillante ou ténébreuse : « Elle est plus ténébreuse que biillaide, me répondit-il; c;ir, romme nous synq)atliis()ns encore beaucouj» avec l.i Terre, notre j»ays luital, <|ui est opaque de sa natui'e, nous n'avons pas [tu nous accommoder dans les régions de ce globe les plus éclairées. Nous pouvons toutefois, par une vigoureuse contention de la volonté, nous rendre diaphanes lorsiju'il nous en prend envie, et même la plus grande i)art des [tbilosophes ne parlent pas avec la langue; mais, quand ils vcident commuiii-
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quer leur pensée, ils se pur-j'ent, par les élans de leur fantaisie, d'une sombre vapeur sous laquelle ordinairenieiU ils tiennent leurs conceptions à couvert; et, sitôt «juils ont lait descendre en son siè^'e cette obscurité de latr qui les noircissait, comme leur corps est alors dia[>liane, on aperçoit, à travers leur cerveau, ce dont ils s»' souviennent, ce qu'ils s'imaginent, ce qu'ils jugent, et, dans leur foie et leur cœur, ce qu'ils désirent et et' ([u'ils résolvent; car, quoique ces petits portraits soient plus imperceptibles qu'aucune chose que nous puissions figurer, nous avons en ce monde-ci les yeux assez clairs pour distinguer facilement jusqu'aux moindres idées.
•' Ainsi, quand (quelqu'un de nous veut découvrir à son ami l'affection qu'il lui porte, on aperçoit son cœur élancer des rayons jusijue dans sa mémoire sur l'image de celui qu'il aime ; et quand, au contraire, il veut témoigner son aversion, on voit son cœur darder, contre ri mage de celui qu'il hait, des tourbillons d'étincelles brûlantes et se retirer tant qu'il peut en arrière; de môme, quand il parle en soi-même, on remarque clairement les espèces, c'est-à-dire les caractères de chaque ihose qu'il médite, qui, s'imprimant ou se soulevant, viennent présenter aux yeux de celui qui regarde, non pas un discours articulé, mais une histoire en tableau <le toutes ses pensées. »
Mon guide voulait continuer, mais il en fut détourné par un accident jusqu'à cette heure inouï; ce fut que tout à coup nous aperçûmes la terre se noircir sous nos pas, et le ciel, allumé de rayons, s'éteindre sur nos tètes, comme si on eût développé entre nous et le Soleil un dais large de quatre lieues.
Il me parait malaisé de vous dire ce que nous nous imaginâmes dans celle conjoncture. Toutes sortes de 1 erreurs nous vinrent assaillir, jusqu'à celle de la Ihi du
24S HISTOIUK CU.MinUE
monde, et nulle de ces terreurs ne nous senihl.i liois d'apparence; car, de voir la nuit an Soleil ou l'air ohscurci de nuages, c'est un miracle qui n'y arrive poinl.
Ornons reconnûmes bientôt que cette ombre était produite par les ailes d'un immense oiseau. Ah! vraiment, s'écria Campanella, c'est un de ces monstres à plume, appelés condors, qu'on voit dans notre mondi'. par toute la zone torride; ils y couvrent de leurs ailr> un ar[)ent de terre. Mais, comnieces oiseaux deviennent plus démesurés à proportion que le Soleil, qui les a vus naître, est plus échautfé, il ne se peut qu'ils ne soient, au monde du Soleil, d'une épouvantable grandeur.
L'oiseau avançait sur nous. Tout à coup je fus foit étonné d'entendre Campanella, d'un visage plein de joie et de transport, s'écrier : « Soyez le très bien venu, le plus cher de tous mes amis ! Allons, messieurs, allons, continua ce bon homme, au-devant de M. Descartes; descendons, le voilà qui arrive, il n'est qu'à trois lieues d'ici. » Pour moi, je demeurai fort surpris de cette saillie, car je ne pouvais comprendre comment il avait ]tu savoir l'arrivée d'une personne de qui nous n'avions point leçu de nouvelles. « Assurément, lui dis-je, vous venez de le voir en songe? — Si vous appelez songe, dit-il, ce que votre àme peut voii' avec autant de certitude ([ue vos yeux le jour quand il luit, je le confesse. — Mais, m'écriai-je, n'est-ce pas une rrverie, que de ci'oire que M. Descartes, que vous n'avez poinl vu depuis voli-e sortie du monde de la terre, est à trois lieues d'ici, parce ([ue vous vous l'ôtes imaginé? »
Je proférais la dernière syllabe, ffiiand nous vîmes arriver Descartes. Aussitôt Cami)aiieII;i courut l'embrasser. Ils se parlèrent longtemps ; mais je ne pus être attentif à ce qu'ils se dirent réciproquement d'obligeant, tant je bridais d'apprendre de Canq)anella son se-
iM-et pour deviner. Ce philosophe, qui lut ma passion sur mon visage, en fit conte à son ami, et le pria de trouver bon qu'il me contentât. M. Descartes riposta (l'un souris, et mon savant précepteur discourut de cette sorte : « Il s"exhale de tous les corps des espèces, r'est-à-dire des images corporelles qui voltigent en lair. Or, ces images conservent toujours, malgré leur agitation, la figure, la couleur et toutes les autres proportions de l'objet dont elles partent; mais, comme elles sont très subtiles et très déliées, elles passent au travers de nos organes sans y causer aucune sensation ; ellt's vont jusqu'à l'àme, où elles s'impriment à cause de la délicatesse de sa substance, et lui font ainsi voir des choses très éloignées , que les sens ne peuvent apercevoir : ce qui arrive ici ordinairement, où l'esprit n'est point engagé dans un corps formé de matière grossière, comme dans ton monde. Nous te dirons comment cela se fait, lorsque nous aurons eu le loisir de satisfaire pleinement l'ardeur que nous avons mutuellement de nous entretenir; car, assurément, tu mérites bien qu'on ait pour toi la dernière complaisance »
(Cet ouiraijc n'a pas de achevé.)