‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 31 sur 45 · EXTRAITS DE LA PRÉFACE · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE LA PRÉFACE

.MISK KNTKTK DK I/KIHTION DK Mil WA.'HIsroIRE COMinl i: DES ÉTATS ET EMPIRES DU SOLEIL '.

Lecteur, les aiiiis du feu sieur de Bergerac ont cru devoir, à sa mémoire et au favorable accueil que tu as fait à ses précédents ouvrages, une exacte recherche de ce dernier, qui, pour n'être qu'un fragment, ne laisse pas d'avoir des endroits capables de te faire passer quelques heures avec plaisir. C'est un enfant qui n'est [las tout à fait formé, mais dont tous les traits ne marquent pas moins le génie du père que ceux qui ont vu le jour avant lui. Enfin, tel qu'il est, il ose se promettre que, si son père vivait encore, il le trouverait assez raisonnable pour ne le pas désavouer; et, s'il le cachait pour quelque temps à la vue, ce serait pour te le donner après avec plus de bienséance. 11 est naturel de n'être pas bien aise de voir ses enfants estropiés, et tle leur donner toute la perfection qui les peut rendre recommandables dans le monde; mais celui-ci est un posthume, qui n'y a d'appui que de lui-même, et qui n'a pas eu le bien, comme le dernier qui l'a précédé, d'avoir M. Le Bret pour tuteur. Excuse donc ses défauts

1. II nous a semblé intéressant et instructif de placer ici la majeure partie de cette préface ou l'éditeur, pour préparer le lecteur aux incidents étranges du récit, avait cru devoir lui donner un sommaire aperçu des idées philosophiques et physiques anciennes et modernes dont l'auteur s'était inspiré, et qui. [pour la plupart d'ailleurs, étaient encore en discussion.

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et considère que sa malheureuse naissance, qui l'a fait tomber entre les mains de ceux qui pillèrent le coffre de notre auteur pendant sa maladie, lui a refusé cet avantage. On ne le prie point de le bien recevoir, puisqu'il a du mérite et qu'il porte le nom d'un homme dont l'esprit à plu à toute la terre. Certainement, l'on peut dire que le sieur de Bergerac a droit de tenir rang parmi ces illustres que l'antiquité nous vante, et je puis t'assurer que tu le trouveras aussi ingénieux dans cette dernière production que dans les premières; car, enfin, tu le verras monter au Soleil par une machine qui vaut bien ses fioles pleines d'essence, et celle d'acier, qui le porta autrefois à la Lune.

Je te prie que ces démons, avec qui tu apprendras qu'il a eu des entretiens si familiers en son voyage, ne t'étonnent pas. Il n'est pas nouveau de penser que le Soleil soit habité. Chacun sait que Lucien a déjà plaisanté sur le même sujet. Mais, si ton humeur sévère ne pouvait souffrir un divertissement sans fondement, et si tu venais jusqu'à la rigueur d'exiger de nous quehiues autorités, je le dirais, pour défendre un mort, qu'Apulée, dans son Démon de Socrate, a prétendu prouver (fu'il y avait une puissance qui tenait le milieu entre les (lieux et les hommes; que c'était elle qui entretenait les erreurs de leur religion; que toutes ces prédictions merveilleuses qui étaient annoncées aux grands hommes, soit par les songes, soit pai' la bouche dos oracles, lui étaient dues, et qu'enfin elle avait inspiré les sibylles. <( 11 est, dit-il, vraisemblable que, puis(|iic la Terre est peuplée, puisqu'il y a des poissons dans l'eau, et puisque Aristote veut que le feu môme ne consume point de certains animaux, cette belle étendue, que les Latins nomment Vœthrr, n'est ni morte ni stérile. Il y a, dil-il, apparence qu'elle est la demeure de ces substances animées (|ui oui élé rrcdniuies des (Jii'cs sous le nom de

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dt'nions, et des latins sous celui de génies. Lactance les nomme ainsi.

Je pourrais dire, si j'étais réduit à tirer des preuves de loin pour autoriser ces opinions, que Zenon et tous les stoïques, tenant que cette partie régnait sur tout l'univers, pouvaient concevoir une Nature qui l'habitait, à qui ils attribuaient ce gouvernement; ainsi que ceux qui, disant que Rome était la maîtresse de la moitié de la Terre, se servent de ce terme pour exprimer la souveiaine autorité du peuple romain.

S'il est donc ainsi que tant de grands hommes aient cru que ces êtres spirituels aient été les peuples de cette haute région, qui peut trouver mauvais que notre auteur ait promené son esprit plus loin, et qu'il leur ait assigné une terre sur ces taches qu'on remarque au Soleil, puisque Plutarque même, parlant d'eux, no fait pas dilTiculté de les loger dans la Lune?

Je me souviens, à propos de cette belle partie du monde, d'avoir lu dans Lucrèce que, au commencement,

I.es forjis fiiront pressés, et s'acquirent leurs |ioi(is : f.ii Terre, eet amas des excréments du monde.

Dem Mira fixe et semida faire choix, Dans le fond du chaos, d une figure ronde. Dès lors, les champs de l'air se virent transparents ;

La mer s'émut, son cristal fut liquide ; Et du ciel étoile la matière fluide

Nous laissa voir ses beaux astres errants.

Ces vers semblent ne rien faire à mon sujet; aussi, ne les ai-je cités que pour te faire remanjuer que ce philosophe sépare la matière du ciel quil nomme V.Ether d'avec l'air c{ue nous respirons, et pour te faire souvenir ensuite qu'il nous avait auparavant expliqué sa nature en nous enseignant que

Ce beau vide apparent, le ciel, ce bel espace.

De jour en jour augmenta son ardeur :

Et, pour chasser enfin cette matière crasse, La terre et l'eau, ces sources de froideur,

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Il s'unit au Soleil, l'amassa sa lumitTO. Lança ses traits sur elle um'c tant df* raideur Que do la terre il fit une niasse grossière.

Ce que j'appelle un vide apparent, un espace (^païuut' façon de parler vulgaire), est cet J^^tlier, qui n'est qu'une vapeur de feu perpétuelle, si l'on en croit ces derniers vers. Yn philosophe moderne écrit qu'Anaxagore , Ocelle, Lucain, disciple de Pythagore, Hippocrate et Aristote, avec toute l'antiquité, ont suivi cette opinion.

Je sais bien qu'il traite ce sentiment de ridicule, mais il peut être qu'il n'a pas raison et qu'il n'établit pas mieux ce que c'est. Ainsi, si nous voulons ajouter foi à ceux qui ont imaginé qu'il y avait quelques substances qui pouvaient vivre dans ce brûlant climat, quel inconvénient y aura-t-il de les approcher du Soleil, et qu'estce qui n'est point permis à un homme (pii écrit avec l'f^njouement de notre auteui-?

Os contes à ])laisir, l'essor d'an beau caprire.

Ces enfants d'une belle humeur,

Ont un innocent artifice

De qui l'appât ou la douceur

l'ar une secrète méthode , A\ecla vérité bien souvent s'accommode; ^lais, s'ils voulaient enfin toujours tout em|inrter.

Une ànu' forte, un esprit sage,

Se conserve bien l'avantage De se dégager d'eux et de les rejeter.

Ces vers d'iloiace t'apprennent à ne pas croire tout ce que l'on ledit, à ne chercher pas le solide partout, à prendre les choses comme il faut, et à ne pas refuser .'ivec chagrin les plaisirs qu'on te donne. Je t'en dirais davantage, pour t'obliger aies recevoir, si je ne craignais de t'ennuyer.

Je ne sais si, lorsque Platon tient les (h'-mons invisibles, il pourrait favoriser le récit que le sieur de Bergerac nous fail de son corps, f(ui devint lransj)arenl à mesure (pi'il ;ipj»iO(ha du Soleil; cir, ji;n* ce moyen,

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loutes ses facullûs pouvaient être tellement épurées «[irelles ne fussent point tombées sous le sens grossier clt> nous autres qui sommes ici-bas. Quoi qu'il en soit, Apulée, Platon, Aristote et notre auteur, dans son roman, conviennent en ce qu'ils croient que les démons -nul formés de la plus subtile matière du monde.

Ilobert Flud estime qu'ils ont un corps intérieur et un 'Mips extérieur; que le premier est de feu et se conscive parle second, qui est formé de l'air le plus pur de la partie supérieure du monde, pour les rendre plus aj,'iles. Cela étant, notre auteur n'4-t-il pas eu raison dt' chercher leur origine dans le Soleil ? Si lu voulais lire le traité que ce philosophe en a fait, tu' verrais qu'il les leconnaît pour des corps subtils et vivants, qui ont le pouvoir de se dérober à nos yeux et de se faire voir quand ils veulent. 11 me semble qu'il prouve qu'ils tirent le premier avantage d'une façon de se mettre, qu'il nomme dilatation; qu'ils possèdent le secours d'im autre, qu'il appelle condensation; et qu'il en est (Teux comme des autres corps, qui n'ont de la force qu'en nombre.

« D'où vient, dit-il, que les étoiles ne brillent que parce qu'elles sont formées d'un amas de cette matière, laquelle, assemblée et unie, peut envoyer des rayons sutTisamnient pour frapper la vue et pour faire naître en nous ce sentiment qu'on nomme lumière. »

On peut dire aussi que le changement de la figure des parties qui les forment les peut rendre invisibles, s'il était de notre sujet de soutenir cette opinion; car nous ne devons point douter qu'elle ne dispose les corps à certains effets particuliers, ainsi que l'estime René Descartes, qui veut que les petits corps qui passent pailes pôles du fer et de l'aimant soient figurés bien différemment des autres de la même nature. Or, quoiqu'ils <oient (le la mntière qui sort d'un aslie, et ([u'ils sp

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meuvent très vile, ils no sont pas, pour rela, lumineux, et ne produisent pas moins leurs effets ordinaires durant les ténèbres qu'en plein jour. Cela présupposé, ces corps spirituels, pour se servir des termes de Flud,je veux dire les démons, ne pourraient-ils pas donner une telle fifçure à toutes leurs parties qu'ils ne seraient point aperçus?

Mais c'est trop s'égarer; revenons à notre auteur. Tu avoueras qu'il était bien ingénieux, lorsqu'il te dira qu'il disposait de son corps comme il voulait; que, étant dépouillé de sa pesanteur, sa volonté en était la maîtresse, puisqu'il ne lui pouvait plus résister; qu'en un mot, il n'avait qu'cà vouloir, qu'aussitôt l'air lui était soumis, et il se trouvait porté d'une région à une autre avec une vitesse prodigieuse. 11 fallait assurément être savant pour inventer une si bonne et si heureuse commodité à voj-ager dans ces routes périlleuses.

Ceux qui auront lu les Principes de René Descartes connaîtront qu'il le possédait, lorsqu'il dit qu'il suffifc que le corps soit une fois dans le mouvement pour continuer toujours à se mouvoir; et ils auront lieu de regrettei' le sieur de Bergerac, le voyant mourir au plus bel endroit de sa course; car, sans cette ennemie commune, qui rend les ouvrages des grands hommes presque tous défectueux, nous aurions su ses entretiens avec ce philosophe, qu'il se contente d'élever jusqu'au Soleil, par une louange d'autant plus modeste, qu'il pouîrait dire, à sa gloire, les vers que Lucrèce fit autrefois pourÉpicure, et (jue nous aurions pu dire en faveur de notre auteur mrme :

F^o Thu d(^ son ospi'it, sa géruToiiso audarp, Courut le ciel, la terre et leurs vastes déserts; Mais, les trouvant toujours d'un trop petit espace . Il ouvrit l(Mu-s remparts et jiassa l'univers.

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Surtout, ne t'imagine pas que ce soit par caprice et sans raison qu'il lui fait faire ce long voyage, puisque Hésiode tenait que, après que les hommes s'étaient débanassésde la matière terrestre, ils devenaient démons. Plularque, suivant cette opinion, ne doute point qu'il n'y en ait immédiatement sur nos tètes et à l'entour de nous; et qu'enfin ils se plaisent avec les hommes, par un reste d'amour qu'ils ont pour leur première nature :

« S'ils ne se communiquent, dit-il , au commun que par signes; aussi, lorsqu'ils en trouvent d'un esprit élevé, ils leur parlent familièrement, leur font part de leurs secrets et leur impriment certaines marques, dont le vulgaire ignorant n'a aucune connaissance. »

C'est peut-être la raison pour laquelle tu verras toujours noire auteur dans la compagnie de Campanella; car il était trop bien -assuré de leur faveur pour ne pas se fier à ces peuples obligeants...

...Quand tu arriveras à un certain lac où tous les sens aboutissent comme cinq ruisseaux, pour se décharger dans trois fleuves qu'il appelle Mémoire, Imagination et Jugement, pense que tu vois la source de ces petits corps de Lucrèce qui enferment la semence des choses, et que tu la vois dans le Soleil, parce que c'est lui qui anime tout et qui distribue au corps toutes ses puissances.

Tu ne verras pas plutôt l'histoire qu'il fait des oiseaux, pour l'entretenir de leur façon de vivre et de leur raisonnement, que tu confesseras qu'il a trouvé la manière dont ce sujet devait être traité...

Si tu te veux aussi promener avec lui dans une certaine forêt, où il se fait dire cent choses curieuses par les arbres, tu connaîtras qu'on trompe la peine du chemin avec un homme savant, bien agréablement, et qu'il semble que tout soiL fait pour le divertir.

PREFACE DE lOO:

Ne trouve donc point élrange qu'il en use de la so.ix, il était trop bon physicien pour ignorer que la joie i>presque toujours bonne; et, si tu ne peux souffrir q^-^'i ne traite pas sérieusement des choses qui semblent sérieuses d'elles-mêmes, il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas ces grandes applications d'esprit, desquels il espère la faveur. Cependant, pour te rendre tout à fait raison de son procédé, je puis encore le dire qu'il a peut-être cru qu'un roman serait une façon nouvelle de traiter les grandes choses qui pourrait loucher le goût des esprits du siècle, et qu'il a écrit dans le même sentiment qui fit dire à Lucrèce, pour se défendre d'avoir fait parler la Sagesse en vers, que

Pour ci'ux (nii sont nouvciiux. ilmis les doctes matières, Les hauts i-aisoiiiicnK'nts, les traités sérieu\ , Paiiiisseiit bien souvent des discours ennuyeux . Qui l'ont ((uo le commun fuit ces tristes lumières, Dont l'abord ne produit que de vaines sueurs ; Mais le style enjoué, la grâce des neuf Sœurs Kpand un air divin qui rend tout agréable. Et rendra mon sujet plus doux et plus traitable

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