‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 32 sur 45 · QUE L'ON VOIT AU DELA DE LILE DE THULÉ · texte numérisé non relu

QUE L'ON VOIT AU DELA DE LILE DE THULÉ

AUTEUR introduit d'abord un Arcadien, nommé Dinias, qui, errant avec son fils Démocharès, loin de sa patrie, pour acquérir des connaissances et satisfaire sa curiosité, s'embarque sur le Pont-Euxin, traverse la mer Caspienne et Hyrcanienne, arrive au pied des monts Riphées, et aux bouches du Tauaïs. Là, ces deux voyageurs, forcés par la rigueur du climat de changer de route, se détournent vers rOcéan scythique , entrent dans l'Océan oriental et s'avancent jusques aux Portes du jour ; ils côtoient ensuite, dans tout son contour, la mer extérieure ; et, après de longs circuits, pendant lesquels ils s'associent trois compagnons de voyage, Carmanès, Méniscus, Azulis, ils abordent enfm à l'ile de Thulé -, où ils se reposent, pendant quelque temps, de leurs fatigues. Dinias, pendant son séjour dans l'Ile, devient amou-

1. Extrait de la bibliothèque grecque du patriarche Photius, traduction de Chardin de la RocheUe (iSli).

i. La position de l'île de Thulé est un des points les plus obscurs de la géographie ancienne. On croit cependant assez généralement que c'est l'Islande. Virgile {Géorfj., i, 30) et d'autres poètes l'appellent L'itima Thule, la plus lointaine, dans l'Océan septentrional; mais notre auteur en suppose beaucoup d'autres au delà. Les critiques modernes pensent que la désignation d'ultima Tkule s'applique non pas à telle ou telle île éloignée, mais à toute ile dont la découverte reculera les limites du monde connu.

reuxde Deicyllis, jeune Tyrieniie, d'une naissance distinguée, qui se trouvait alors à ïliulé avec son frère Mantinias. Dans les fréquents entretiens qu'ils ont ensemble, elle lui raconte comment un prêtre égyptien, nommé Paapis, dont la patrie venait d'être dévastée, se réfugia à Tyr ; comment il y fut accueilli chez ses parents, qui exercèrent envers lui tous les devoirs de l'hospitalité ; comment, après s'être d'abord montré sensible aux bienfaits de toute la famille, il finit par accabler de maux le père et les enfants. Obligée dr prendre la fuite avec son frère, elle est successivement Iportée à Rhodes, en Crète, chez les Tyrrhéniens et chez es peuples qu'on nomme Cymmériens. Chez ces derniers, elle visite les enfers, y reconnaît Myrtha, l'une de ses suivantes, morte depuis longtemps, et apprend d'elle une partie de ce qui se passe dans l'empire des ombres. Tout cela fournit la matière des premiers récits que Dinias fait à Cymbas. Celui-ci avait été député à Tyr j)ar le peuple entier d'Arcadie, pour engager Dinias à retourner dans sa patrie ; mais , l'âge empêchant ce dernier de se rendre à cette invitation, on lui fait raconter tout ce qu'il a vu dans ses voyages, et tout ce que d'autres témoins oculaires lui ont appris. 11 n'oublie pas ce que Dercyllis lui a raconté dans l'Ile île Thulé, c'est-à-dire ses premiers voyages, dont il a été déjà question ; sa séparation d'avec son frère ; son retour des enfers avec Ceryllus et Astrœus ; ce qu'Astra?,us avait entendu dire à Pliylotis, toucliant Pylhagore, et ce qu'il avait appris de lui, louchant l'apparition fabuleuse de ses frères.

' Dinias passe aux nouvelles aventures de Dercyllis et de sa suite; ils abordent à une ville d'ibérie (Espagne), dont les habitants sont privés de la vue pendant le jour, et la recouvrent pendant la nuit. Astrœus, par les sons de sa flûte, met en déroute les ennemis de ce

AL DELA DK L ILE DE III ILE i'(i3

peuple. Ils partent, comblés de bénédictions, et arrivent chez les Celtes, peuple cruel et fou. Bientôt ils fuient sur des chevaux qui changent de couleur et qui donnent lieu à plus d'une aventure. Ils passent en Aquitaine où l'on accueille avec distinction Dercyllis et Ceryllus, mais surtout AstrcTus, dont les yeux, croissant et décroissant avec la lune, indiquent, par leurs phases, le moment précis où chacun des deux rois du pays doit, selon l'accord fait entre eux, monter alternativement sur le trône, ce qui met fin aux longues querelles de ces rois, et remplit d'allégresse les habitants. Dinias raconte ensuite les autres choses que Dercyllis avait vues, et les nouveaux malheurs auxquels elle avait été en proie ; son arrivée chez les Artabres S dont les femmes vont à la guerre, tandis que les hommes gardent la maison et s'occupent des soins du ménage ; les aventures de Dercyllis et de Ceryllus dans les Asturies ; les aventures particulières d'Astraeus ; comment les deux premiers ayant échappé, contre toute espérance, aux nombreux périls qu'ils avaient courus chez ces peuples, l'un d'eux, Ceryllus, ne put se soustraire à la peine qui lui était due pour un crime dont il s'était autrefois rendu coupable, et fut coupé par morceaux.

Après cela, Dinias rend compte de ce que Dercyllis vit en Italie et en Sicile ; à Ério, ville de Sicile, elle est prise et envoyée à Sœnisidème , qui régnait alors sur les Léontins. Elle rencontre à la cour de ce tyran le scélérat Paapis; mais, dans son malheur, une consolation inattendue lui est offerte, Mantinias lui est rendu. Celui-ci raconte à sa sœur tout ce que les hommes, les animaux, le soleil même et la lune, les plantes, les îles, lui ont montré d'étonnant et de merveilleux dans ses longues courses, ce qui devient pour Dinias une

Page 1