‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 7 sur 45 · Voyez la notice biographique en tète du volume · texte numérisé non relu

Voyez la notice biographique en tète du volume

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votre État de reconnaître en lui, sans l'adorei', la vertu dont il est le trône. Pour abréger son panégyrique, il est tout esprit, il est tout cœur, et il a toutes ces qualités, dont une jadis suffisait à marquer un héros : c'était Tristan l'Hermile, Yéiitablement, il faut que je vous avoue que, quand je vis une vertu si haute, j'appréhendai qu'elle ne fut pas reconnue; c'est pourquoi je tâchai de lui faire accepter trois fioles : la première était pleine d'huile de talk, l'autre de poudre de projection, et la dernière d'or potable ; mais il les refusa avec un dédain plus généreux que Diogène ne reçut les compliments d'Alexandre. Enfin, je ne puis rien ajouter à l'éloge de ce grand homme, sinon que c'est le seul poète, le seul philosophe et le seul homme libre que vous ayez i. Voilà les personnes considérables que j'ai fréquentées; toutes les autres, au moins de celles que j'ai connues, sont si fort au-dessous de l'iiomme que j'ai vu des bètes un peu au-dessus.

« Au reste, je ne suis point originaire de votre Terre ni de celle-ci : je suis né dans le Soleil. Mais, parce que quelquefois notre monde se trouve trop peuplé, à cause de la longue vie de ses habitants, et qu'il est presque exempt de guerres et de maladies, de temps en temps nos magistrats envoient des colonies dans les mondes des environs.

a Quant à moi, je fus commandé pour aller au vôtre, et déclaré chef de la peuplade qu'on y envoyait avec moi.

a J'ai passé depuis en celui-ci, pour les raisons que je vous ai dites; et ce qui fait que j'y demeure actuellement, c'est que les hommes y sont amateurs de la

1. Tristan rtlt^rmite, que Cyrano juge ici en ami, fut à la vérité un poète dramatique de talent, qui. bien qu'absolument oublié aujourd'hui, brilla cependant à côté du grand Corneille; mais il ne nous est pas revenu que par son caractère et par S"S m curs il méritât un aussi pom-

vérilé; qu'on n'y voit point de pédants; ipie k'S philosophes ne se laissent persuader qu'à la raison , el que ni l'autorité d'un savant ni le plus grand nombre ne l'emportent point sur l'opinion d'un batteur en grange, quand il raisonne aussi fortement. Bref, en ce pays, on ne compte pour insensés que les sophistes et les orateurs ^ »

Je lui demandai combien de temps ils vivaient. Il me répondit trois ou quatre mille ans, et continua de cette sorte :

« Encore que les habitants du Soleil ne soient pas en aussi grand nombre que ceux de ce monde, le Soleil en regorge bien souvent.

(( Ce que je vous dis ne vous doit pas sembler une chose étonnante: car, quoique notre globe soit très vaste, et le vôtre petit, quoique nous ne mourions qu'après quatre mille ans , et vous après un demi-siècle, apprenez que, tout de même qu'il n'y a pas tant de cailloux que de terre, ni tant de plantes que de cailloux, ni tant d'animaux que de plantes, ni tant d'hommes que d'animaux; ainsi, il n'y doit pas avoir tant de démons que d'hommes, à cause des difficultés qui se rencontrent à la création d'un composé parfait. »

Je lui demandai s'ils étaient des corps comme nous. Il me répondit que oui; qu'ils étaient des corps, mais non pas comme nous, ni comme aucune chose que nous estimons telle; parce que nous n'appelons vulgairement corps que ce que nous pouvons toucher; qu'au reste, il n'y avait rien en la nature qui ne fût matériel ; et que, quoiqu'ils le fussent eux-mêmes, ils étaient contraints, quand ils voulaient se faire voir à nous, de prendre des corps proportionnés à ce que nos sens sont capables de connaître; et que c'était sans doute ce qui

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