‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 9 sur 45 · Sixain, billet contenant six vers · texte numérisé non relu

Sixain, billet contenant six vers

:;. Autrement dit : ce n'est ([u'uri inciipuble en travaui. littéraires.

Ci HISTOIRE COMIQUE

ccaux, et les avalent; parce qu'ils croient f|ue, s'ils n'étaient ainsi {li;i;érés, cela ne leur pi-olilerait de rien. »

Gel entretien n empêchait pas cpie nous ne continuassions de marcher, c'est-à-dire mon porteur h quatre pattes sous moi, et moi à califourchon sur lui. Je ne particulariserai point davanta^'e les aventures qui nous arrêtèrent sur le cliemin, qu'enfin nous terminâmes à la ville où le roi fait sa résidence.

Je n'y fus pas plus tôt arrivé, qu'on me conduisit au palais, où les grands me reçurent avec des admirations plus modérées que n'avait fait le peuple quand j'étais passé dans les rues. Mais la conclusion que j'étais sans doute la femelle du petit animal de la reine fut celle des grands comme celle du peuple. Mon guide me l'interprétait ainsi, et cependant lui-même n'entendait point cette énigme et ne savait qui était ce petit animal de la reine; mais nous en fûmes bientôt éclaircis. Le roi, quelque temps après m'avoir considéré, commanda qu'on l'amenât, et, à une demi-heure de là, je vis entrer, au milieu d'une troupe de singes qui portaient la fraise et le haut-de-chausses, un petit homme bâti presque tout comme moi, car il marchait à deux pieds; sitôt qu'il m'aperçut, il m'aborda par un crlado de viiestra merced^\ Je lui ripostai sa révérence à peu près en mêmes termes. Mais, hélas! ils ne nous eurent pas plus tôt vus parler ensemble, qu'ils crurent tous le préjugé véritable; et cette conjecture n'avait garde de produire un autre succès; car celui des assistants qui opinait pour nous avec plus de ferveur protestait que notre entretien était un grognement cfue la joie d'être rejoints, par un instinct natui'cl, nous faisait bourdonner.

Ce petit homme me conta qu'il èlail. Européen, natif

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de la vieille Castille ; qu'il avait trouvé moyen, avec des oiseaux, de se faire porter jusqu'au monde de la Lune, où nous étions alors; que, étant tombé entre les mains (le la reine, elle l'avait pris pour un singe, à cause qu'ils habillent par hasard, en ce pays-là, les singes à l'espagnole^; et que, l'ayant à son arrivée trouvé vôtu de cette façon, elle n'avait point douté qu'il ne fùl de l'espèce.

« Il faut bien dire, lui répliquai-je, qu'après leur .ivoir essayé toutes sortes d'habits, ils n'en ont point rencontré de plus ridicules , et que ce n'est qu'à cause de cela qu'ils les équipent de la sorte, n'entretenant ces animaux que pour s'en donner du plaisir.

— Ce n'est pas connaître, reprit-il, la dignité de notre nation, en faveur de qui l'univers ne produit des hommes que pour nous donner des esclaves, et pour qui la nature ne saurait engendrer que des matières de rire-. » 11 me supplia ensuite de lui apprendre comment je m'étais osé hasarder de monter à la Lune, avec la machine dont je lui avais parlé; je lui répondis que c'était à cause qu'il avait emmené les oiseaux sur lesquels j'y pensais aller. Il sourit de cette raillerie, et, environ un quart d'heure après, le roi commanda aux gardeurs de singes de nous ramener ensemble, l'Espagnol et moi.

On exécuta de point en point la volonté du prince, de quoi je fus très aise, pour le plaisir que je recevais d'avoir quelqu'un qui m'entretint pendant la solitude de ma brutification ■'.

i. Critiqup des extravagances du costumo que portaient alors les Espagnols.

-2. Après la satire du eosfume. voici celle du caractère des Espagnols, évidemment convaincus d'être, à tous les points de vue, supérieurs à l'universalité des hommes.

3. État de bète brute ou le réduisait l'opinion générale des gens du pays.

M IIISTOIHI-: COMIQIK

Un jour, mou inàlc ycar on me piiMiaii ((uijoiirs poiii la femelle) me coula que ce qui lavait vérilal)lemenl. ohliiré de courir loule la Terre, et enfin de l'abandonner pour la Lune, était qu'il n'avait pu trouver un seul pa ys où l'imagina (ion mrnie fût en liberté.

(( Voyez-vous, me dit-il, à moins de porter un bonnet, quoi que vous puissiez dire de beau, s'il est contre les principes des docteurs de drap, vous ^les un idiot, un fou, et quelque chose de pis. On m'a voulu mettre, en mon pajs, à l'inquisition, parce que, à la barbe des pédants, j'avais soutenu qu'il y avait du vide^ et que je ne connaissais point de matière au monde plus pesante l'une que l'autre. »

Je lui demandai de quelles probai)ilités il appuyait une opinion si peu reçue. « Il faut, me répondit-il, pour en venir à bout, supposer qu'il n'y a qu'un élément; car, encore que nous voyions de l'eau, de la terre, de l'air et du feu séparés, on ne les trouve jamais pourtant si parfaitement purs, qu'ils ne soient encore engagés les uns avec les autres. Quand, par exemple, vous regai'dez du feu, ce n'est pas du feu, ce n'est que de l'eau beaucoup étendue; l'air n'est que de l'eau fort dilatée; l'eau n'est que de la terre qui se fond, et la terre ellemême n'est autre chose que de l'eau beaucoup resserrée; et ainsi, à pénétrer sérieusement la matière, vous connaîtrez qu'elle n'est qu'une, qui, comme excellente comédienne, joue ici-bas toutes sortes de per-

i. Chacun pont savoir combien fut vive vers le milieu du xviii" siècle la lutte entre les savants à propos du vide. On sait aussi que la victoire définitive l'ut assurée aux partisans de l'existence du vide par suite des expériences de Pascal sur la pesanteur de l'atmosphère. A voir plus bas la peine que prendra IKspiignol pour accumuler — d'après ies idées d'Épicure et de Gassendi — les meilleures raisons en faveur de l'existence du vide, nous pouvons conclure que CyranO écrivait son ouvrage avant la fameuse expérience dite du puy de Dôme (1G47) dont il n'eût pas manqué de se faire un argument sans réplique.

s'iiiiiages, sous toules sortes d'Jiabils; caulrement, il l;iiidrait admettre autant d'éléments qu'il y a désertes (!•' corps, et, si vous me demandez pourquoi le feu Idùle et l'eau refroidit, vu que ce n'est qu'une seule matière, je vous réponds que cette matière agit par sympathie, selon la disposition où elle se trouve dans le temps qu'elle agit. Le feu, qui n'est rien que de la terre encoie plus répandue qu'elle ne l'est pour constituer l'air, tâche de changer en elle, par sympathie, ce {[u'elle rencontre. Ainsi la chaleur du charbon, étant le feu le plus subtil et le plus propre à pénétrer un corps, se glisse entre les pores de notre masse au commencement, parce que c'est une nouvelle matière qui nous remplit et nous fait exhaler en sueur; cette sueur, étendue par le feu, se convertit en fumée et devient air; cet air, encore davantage fondu par la chaleur des astres qui l'avoisinent, s'appelle feu, et l'autre partie, abandonnée par le froid, tombe en terre ; l'eau, d'autre part, quoiqu'elle ne diffère de la matière du feu qu'en ce qu'elle est plus serrée, ne nous brûle pas, à cause que, étant serrée, elle demande par sympathie à resserrer les corps qu'elle rencontre ; et le froid que nous sentons n'est autre chose que l'effet de notre chair, qui se replie sur elle-même par le voisinage de la terre ou de l'eau qui la contraint de lui ressembler. De là vient que les hydropiques remplis d'eau changent en eau toute la nourriture qu'ils prennent; de là vient que les bilieux rliangent en bile tout le sang que forme le foie. Supposé donc qu'il n'y ait qu'un seul élément, il est cerlissime que tous les corps, chacun selon sa qualité, inclinent également vers le centre de la Terre.

« Mais vous me demanderez pourquoi donc le fer, les métaux, la terre, le bois, descendent plus vite à ce centre qu'une éponge, si ce n'est à cause qu'elle est pleine d'air, qui tend naturellement en haut ? Ce n'en est point

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