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ET L'ÉCOSSE

Cette seconde phase n'apporte aucun changement sensible à la situation qui s'est développée dans la première ; sans doute l'orage approche, et ses signes précurseurs, c'est-àdire les contestations, se multiplient, mais en somme ce sont toujours les mêmes causes de dissentiment, et, jusqu'à la fin de notre période, la Hanse semble les avoir apaisées sans trop de désavantage.

La compagnie des aventuriers s'efforçait certainement d'étendre de plus en plus ses relations directes avec les Pays-Bas, la France, l'Espagne, le Danemark, la Norvège et ses îles, et même avec la Prusse et les villes orientales de la Ligue, et de cette façon aurait ravi aux Hanséates les avantages précieux de leur commerce d'intermédiaires, si ceux-ci n'avaient pas réussi à conserver encore durant cette'époque, comme nous l'avons montré plus haut, la suprématie dans la Baltique, à restreindre chez eux les libertés concédées aux Anglais dans des traités élastiques, en un mot, à rattacher inexorablement toutes leurs transactions avec l'Angleterre à leur comptoir de Londres.

Il va sans dire que cette tendance des uns et la résistance des autres donnaient naissance à des collisions que nous avons également déjà touchées, et dont les Hanséates ne

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sortaient victorieux qu'en perdant tous les jours plus de terrain.

Des éléments non moins nombreux de discorde résidaient dans les franchises excessives que la Hanse avait su de bonne heure se procurer en Angleterre, et qu'elle parvint encore à faire sanctionner par tous les monarques de la période présente, malgré la barrière puissante qu'elles opposaient à l'activité des indigènes.

Si ce résultat ne fut pas obtenu sans beaucoup de peine et de contestation, c'est que les temps étaient changés; la couronne ne séparait plus aussi nettement ses intérêts de ceux de ses sujets; une meilleure entente commençait à régner, au moins par intervalles , entre elle , le Parlement et les communes ; d'ailleurs, elle comprenait l'intérêt qu'il y avait pour elle à favoriser le développement d'une marine marchande nationale, qui, en temps de guerre, lui fournirait des vaisseaux et des matelots; et enfin, au point de vue fiscal lui-même, quelle raison un peu sérieuse pouvait-elle encore avoir pour avantager les Hanséates, alors que d'autres étrangers, qui affluaient maintenant en grande quantité vers le royaume, et que les nationaux eux-mêmes, qui avaient singulièrement agrandi le rayon de leurs affaires extérieures, assuraient des revenus équivalents au Trésor?

D'autant mieux que le droit originaire de trois deniers par livre de valeur, quelque minime qu'il fût déjà au moment où il fut établi pour les Hanséates, perdit encore énormément de son importance avec le temps, et que ceux-ci appliquèrent de plus leur esprit inventif à réduire aussi indirectement ceux des droits qui étaient calculés non sur la valeur des marchandises, mais bien sur leurs contenants, tels que sacs, tonneaux et autres.

Les Anglais et leurs souverains reprochaient aussi trèsvivement aux Hanséates de partager leurs privilèges avec

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une foule d'étrangers, qui parviendraient ainsi à frauder le fisc sous le manteau de l'association; or, quoique la Ligue répudiât ce procédé, il n'est pas improbable au moins, que plus d'un marchand hanséatique se soit chargé du placement, en Angleterre, de marchandises appartenant à des non-Hanséates, en vue de s'attribuer une quote-part des économies réalisées sur les droits de douane.

A ces griefs, qui se renouvelaient sans cesse, il faut ajouter des causes de mécontentement accidentelles, temporaires, telles qu'il s'en produisit même encore après la conclusion du traité d'Utrecht, en 1474.

Tantôt les Vitaliens avaient, par leur piraterie, causé aux Anglais un dommage apprécié à plus de 12,000 livres; et comme ceux-ci en demandaient inutilement la réparation aux Hanséates, qui niaient toute solidarité entre eux et ces forbans, de sanglantes représailles tinrent lieu d'indemnité; tantôt des habitations anglaises, situées à Bergen, avaient été livrées aux flammes, et quelques centaines de navigateurs et pêcheurs anglais noyés en Norvège, par ces mêmes Hanséates ou Vitaliens; tantôt des insulaires avaient été arrêtés dans des villes hanséatiques, ou y avaient éprouvé de grandes entraves dans leur commerce, au mépris du texte des traités ; tantôt les laboureurs anglais gémissaient des importations notables de grains, effectuées par les Osterlings, et un acte du Parlement vint, en 1463, suspendre ces importations jusqu'au moment où le prix du blé aurait dépassé un certain chiffre, que l'on fixa; tantôt un grand nombre de vaisseaux britanniques, ayant été capturés par le Danemark, qui avait à se plaindre de la conduite des Anglais en Islande, ceux-ci attribuant les représailles danoises aux sourdes machinations de la Ligue, prirent leur revanche sur des navires hanséatiques, et engagèrent ainsi une lutte, qui dura près de quatre ans et n'expira qu'au

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traité d'Utrecht; mais tantôt aussi, et plus bruyantes encore, les lamentations et les protestations partaient du camp des Hanséates.

Leurs vaisseaux étaient très-souvent, sous des prétextes plus ou moins frivoles, pillés ou même capturés par les Anglais, qui utilisaient les avantages de leur situation géographique, pour convertir le brigandage sur mer en une véritable industrie, et qui en 1462, durant la guerre des Deux Roses, enlevèrent plus de soixante-dix navires marchands, appartenant à des Hanséates, leur causant ainsi un préjudice, qui fut évalué à 200,000 livres dans le sein du Parlement.

Les rois ne se faisaient aucun scrupule d'exiger d'eux des subsides, auxquels les privilèges s'opposaient formellement, et trouvaient moyen de les molester de mille façons au cas d'un refus, comme par exemple, en élevant les droits, en défendant l'exportation de certains articles, tels que la laine, ou bien en exigeant que les marchandises ne puissent être exportées que sur des navires anglais.

Si les rois et les Hanséates se trouvaient en de bons termes, ceux-ci n'échappaient pas aux malices et aux vexations des communes, de leurs magistrats, de leurs fonctionnaires de tout rang, y compris les receveurs des douanes, ni aussi aux huées de la populace.

Ajoutons des fraudes dans la mesure des étoffes, des défenses intimées par intervalles de traiter directement avec les paysans, de commercer avec les autres étrangers qui visitaient le royaume, d'exporter les draps qui ne seraient pas déjà teints, d'élire domicile où il leur plairait, les prétentions des douaniers de se faire exhiber les marchandises, et de les taxer sans s'arrêter au serment ou aux certificats des Hanséates, l'obligation passagère de payer autant de droits qu'ils fréquentaient de ports, bien que les privilèges

n'imposassent qu'un seul droit pour toute l'Angleterre, ou de suspendre de plusieurs semaines quelquefois la vente de leurs marchandises après le débarquement, ou d'ajourner le chargement de leurs navires jusqu'après la visite des douaniers, le droit que s'arrogeaient parfois les communes anglaises de déterminer elles-mêmes la valeur vénale des articles importés, des interprétations puériles du texte des diplômes, en vertu desquelles, par exemple, les mercandisœ suœ, qui faisaient l'objet de leurs privilèges, devaient s'entendre seulement des productions des régions hanséatiques elles-mêmes, et non des biens acquis par les Hanséates en terre étrangère, la solidarité quelquefois établie entre des coupables et des innocents, des tentatives pour soustraire les Allemands à leur juridiction propre, des coups de main sur leur comptoir, des arrestations illicites, des entreprises contre leurs biens et leurs vies, et nous aurons de cette manière le tableau à peu près fidèle des vicissitudes qui assaillirent les Hanséates, sans cependant les décourager; car, élevés au milieu des luttes et des épreuves, ils s'étaient familiarisés avec elles, ils avaient appris à ne jamais désespérer, et ils finissaient bien par obtenir raison de toutes les injures.

Pour arriver à leurs fins, ils recouraient à la tactique traditionnelle; la manœuvre était engagée par des représentations orales ou écrites, adressées par le comptoir ou la Ligue, soit au roi, soit à son conseil, soit au Parlement, soit aux autorités municipales des villes incriminées.

Quelquefois aussi, la Hanse sollicitait le crédit, l'intervention de quelque puissance étrangère, de l'empereur, par exemple, ou du grand maître de l'ordre Teutonique ; ce dernier était toujours bien écouté, vu les rapports très-suivis d'affaires entre l'Angleterre et la Prusse, et personne ne s'employa plus activement dans ces conflits que le digni-

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taire en question, jusqu'au moment où les villes prussiennes les plus importantes parvinrent à se soustraire à sa domination.

Si les représentations n'aboutissaient pas, on entamait des pourparlers, on ouvrait des conférences, on expédiait des ambassades, puis, en désespoir de cause, on usait de représailles en soumettant les Anglais à des droits plus considérables dans les ports hanséatiques, en saisissant leurs biens et leurs personnes, en les expulsant, en les pourchassant en mer; et ces moyens manquaient rarement leur but, depuis surtout que les insulaires fréquentaient plus assidûment la Baltique.

Mais enfin il pouvait arriver qu'ils échouassent contre la ténacité britannique, et alors il fallait bien, quoiqu'à regret, appliquer le remède suprême : on brisait tout à fait, et les Hanséates s'efforçaient, pour rendre leur mesure plus coercitive, de la faire partager par d'autres contrées telles que les Pays-Bas, qui résistaient parfois, et les empires du Nord, qui refusaient rarement; de sorte que l'Angleterre, sevrée de ses débouchés et des principaux articles d'importation, se voyait bientôt réduite à entrer en arrangement et à confirmer les prérogatives hanséatiques qui s'appuyaient surtout sur la charte royale d'Edouard 1er.

Mais l'Angleterre n'alla pas au delà de la confirmation pure et simple, et d'ailleurs, que pouvaient désirer de plus les marchands confédérés en présence des progrès du couitmerce britannique, de la dépréciation des monnaies qui augmentait la valeur de leurs anciens privilèges, et de la diminution de la concurrence par suite de la rigueur avec laquelle tous les autres étrangers étaient traités en Angleterre; car, bien que primitivement d'autres étrangers eussent été compris dans les libéralités d'Édouard I,r, ils furent néanmoins successivement dépouillés de leurs avantages et

soumis aux traitements les plus durs, ou mieux aux traitements généralement en usage à ces époques barbares, tandis que les Hanséates seuls, grâce à leur organisation plus homogène, défendirent le terrain conquis jusqu'à l'issue de notre période.

Ces conquêtes furent même, à quelques points de vue, agrandies par le traité d'Utrecht conclu à la suite d'un conflit qui prit naissance sous le règne de Henri YI, et dont nous voulons indiquer le caractère.

Dès le milieu du quinzième siècle, la piraterie anglaise avait pris des proportions contre lesquelles s'élevèrent violemment les membres de la Ligue, et notamment la ville de Lubeck, qui rendit la pareille. Henri VI entreprit alors et vint à bout de détacher Cologne de l'association, et abandonna exclusivement à cette ville l'occupation de la Guildhall avec la jouissance des faveurs attachées à cet établissement.

Tous les autres Hanséates qui étaient rencontrés en Angleterre subissaient le dernier supplice, et l'exaltation des Anglais ne connaissait plus de bornes, surtout depuis que les Danois eurent fait cause commune contre eux avec la Ligue. En revanche, cette dernière interrompit ses relations avec les insulaires, et leur ferma la Baltique; un corsaire de Dantzig, Paul Benecke, leur prit à lui seul bon nombre de vaisseaux, et les villes de Brème et de Hambourg, auxquelles la confédération confia le soin de sa vengeance, levèrent des soldats qui ravagèrent les côtes anglaises jusque bien avant dans le pays, et pendirent tous leurs prisonniers au haut de leurs grands mâts.

Tant de violences devaient faire désirer la paix, qui fut effectivement rétablie à Utrecht entre Edouard IV et la Ligue par les soins de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne.

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Le traité d'Utrecht semblait ouvrir aux Anglais le commerce libre de la Baltique; mais nous savons aussi que l'exécution de ce traité s'éloigna sensiblement de son texte ; quant aux Hanséates, ils y puisèrent des avantages réellement nouveaux.

Entre autres, cette convention établissait que les contestations entre indigènes et Hanséates seraient réglées souverainement par deux juges au choix du monarque, et que les affaires criminelles qui n'entraîneraient pas la peine capitale seraient, conformément à la charte d'Edouard Tr, soumises à un jury composé pour moitié de Hanséates.

Le roi s'engageait à faire publier dans ses porls les droits des Hanséates aussi souvent qu'il leur conviendrait, et à titre de dédommagement pour les pertes subies, il leur offrit en pleine propriété, et pour en disposer à leur gré, le Steelhouse ou Steelyard de Londres avec ses dépendances, qui s'étendait jusqu'au comptoir, et des emplacements identiquement qualifiés à Boston et à Lyun.

Le roi promettait en outre de compléter l'indemnité par le versement d'une somme de 10,000 livres sterling et par le remboursement d'une autre somme de 484 livres sterling que des Allemands incarcérés avaient payée comme rançon.

La ville de Londres, qui témoignait une inimitié particulière à la race germanique, dut souscrire à toutes les clauses de ce traité, et céda d'ailleurs aux Hanséates, par convention spéciale, une de ses portes appelée Bishopsgate.

Ils furent affranchis à Londres d'un droit sur l'importation du sel et d'une redevance appelée Prince-money, et ils reçurent toute satisfaction sur plusieurs points concernant le pesage public des marchandises, le mesurage des draps et les procédés arbitraires des douaniers; ils furent admis aussi à revendiquer leurs biens naufragés, pourvu qu'un

être humain, ou un chien, ou un chat, ou un coq appartenant au vaisseau chaviré eût atteint vivant le rivage.

On leur promit également une surveillance plus active sur les fraudes qui corrompaient le commerce des draps, on leur concéda le débit du vin, et enfin on leur confirma l'ensemble des anciens privilèges.

Ce traité devint à son tour le fondement des libertés hanséatiques, et quoique par la suite il ne prévint pas toutes les difficultés, il resta cependant plus ou moins intégralement en vigueur jusqu'au règne d'Elisabeth.

L'établissement primitif des Hanséates à Londres, connu sous le nom de Guild-hall, s'élevait sur la rive droite de la Tamise dans le quartier Donegardward (Downgard, Doward), et disposait de quais spacieux qui le rendaient merveilleusement propre à sa destination.

Mais bientôt l'emplacement ne répondit plus à des nécessités croissantes, et en 1383, sous le règne de Richard II, ils prirent en location un grand immeuble qui se trouvait dans le voisinage, et qui passa définitivement dans leurs mains à la mort du propriétaire Riohard Lions, qui fut exécuté à la suite d'un soulèvement.

On construisit alors une rue étroite appelée Windgoose- Alley, qui dut relier entre eux les deux édifices.

Plus tard enfin on ajouta au comptoir une troisième construction également avoisinante, le Steelhouse ou Steelyard, qui appartenait originairement à John Rainwell, et qui donna son nom à la factorerie entière.

La Guild-hall était entourée de murs et munie de trois portes, dont une, la plus grande et la plus solide, ne s'ouvrait que fort rarement, tant il était bon de se prémunir contre les agressions éventuelles de la plèbe de Londres.

C'est dans l'intérieur de ce corps de bâtiment qu'on astreignait les comptoristes à un régime partiellement cellu-

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laire, à une table commune et probablement aussi à des divisions en compagnonnages dirigées par des maîtres.

La divulgation des décisions prises par le conseil ou des faits et gestes qui s'accomplissaient en dedans du comptoir était sévèrement interdite; et pour mieux assurer l'exécution de cette loi du silence, nulle femme n'était reçue dans l'établissement ni pendant la nuit, ni pendant le jour; d'autres raisons bien connues avaient à Londres également condamné les résidants à un célibat forcé, et les avait assujettis à ne jamais découcher.

La direction de tout le comptoir était confiée à un alderman, deux assesseurs, et neuf conseillers, qui se réunissaient tous les mercredis pour vider les litiges pendants et délibérer sur les intérêts communs.

Une division générale, fondée sur les nationalités, fractionnait les facteurs en trois phalanges, dont la première embrassait Cologne et les villes rhénanes de la rive gauche, la seconde la Westphalie et les villes rhénanes de la rive droite, les villes vendes et les villes saxonues, la troisième enfin les villes de Livonie, de l'île de Gothland et de Prusse.

Le conseil des douze était renouvelé tous les ans; l'alderman sortant ne pouvait être réélu à cette même dignité qu'après un intervalle de deux ans ; néanmoins au bout d'un an déjà il pouvait rentrer au conseil, soit comme assesseur, soit comme membre ordinaire.

Les élections avaient lieu le jour de l'an; à cet effet, les électeurs du quartier de Cologne choisissaient quatre conseillers dans le quartier de Westphalie ; celui-ci procédait au même choix dans le quartier de la Prusse, et une dernière opération complétait le nombre requis. Ces douze administrateurs, dont aucun ne pouvait décliner sa nomination sous peine d'une amende pour la première fois, et en cas de récidive sous peine d'être exclu de la communauté commer-

ciale, nommaient entre eux leur alderman au scrutin secret et à la majorité absolue. Les deux quartiers auxquels n'appartenait pas l'alderman élu désignaient chacun, d'après le mode indiqué, un des deux assesseurs.

Ces trois fonctionnaires prêtaient serment entre les mains de l'alderman en fonctions; celui-ci remettait ensuite la clef à son successeur, qui, entouré de ses deux assesseurs, recevait le serment des neuf membres restants du conseil.

On choisissait également ce jour-là les quatre percepteurs du Schossgeld. Une nouvelle grande réunion avait lieu quinze jours après la première, et lecture y était faite tant des règlements que des libertés acquises.

Le refus de déférer aux ordres et j ugements de l'alderman, les injures faites à ce magistrat à l'occasion de ses fonctions, et les troubles d'audience entraînaient un châtiment pécuniaire.

Un des délits les plus sévèrement réprimés consistait à faire bénéficier les biens étrangers des faveurs exclusivement accordées aux Hanséates; la Ligue ne voyait pas cette fraude d'uu meilleur œil que la population ou le gouvernement indigène, et tantôt elle la frappa d'une amende d'un marc d'or, tantôt même de peines corporelles ou capitales; tantôt aussi on décida que non-seulement l'alderman s'abstiendrait d'intervenir en faveur d'un délinquant de cette catégorie, mais que ce dernier payerait au comptoir une amende équivalente à celle que lui auraient imposée les agents du roi.

Il était également défendu aux Hanséates de s'actionner entre eux devant la justice anglaise ou de s'adresser à l'autorité du pays pour provoquer par exemple l'arrestation d' un d'eux, sans une autorisation formelle de l'alderman ou au moins de deux conseillers.

Un statut de 1447 exigeait que les biens anglais ne fus-

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sent exportés que sur des navires hanséatiques, et ce statut, comme tous les autres, trahit la tendance des Hanséates à n'admettre dans le commerce britannique que leurs personnes, leurs capitaux, leurs vaisseaux, leur juridiction.

Par suite du silence des sources, nous sommes réduits à des conjectures sur le nombre des résidents, mais comme les membres du conseil étaient de moitié moins nombreux à Londres qu'à Bruges, il est permis d'appliquer cette même proportion à la colonie même de Londres, où se faisaient d'ailleurs aussi des transactions beaucoup moins considérables qu'au comptoir hanséatique de Flandre.

Les obligations de l'alderman de Londres ne différaient en rien de celles qui incombaient partout à ces magistrats ; notamment aussi il devait veiller à l'arche- sainte, réceptacle des concessions royales; pour les mieux garantir contre un coup de main, on avait décidé même que les privilèges seraient transportés à Bruges; plus tard encore, après le traité d'Utrecht, qui en rétablissant la paix n'effaça pas le souvenir des mauvais jours et des dangers passés, il fut résolu que les originaux seraient déposés dans une des villes hanséatiques, notamment à Lubeck, et que Londres n'en conserverait que des copies; et l'alderman sortant dut même, à partir de cette époque, prêter serment qu'il n'avait retenu devers lui aucun des documents en question.

Enfin l'alderman en fonction avait très-probablement la garde du sceau, dont l'usage avait été concédé au comptoir en 1434 par la ligue Hauséatique.

Pour être admis au conseil, il fallait être citoyen hanséatique dans toute l'acception du mot; une plus grande tolérance régnait à l'égard des apprentis et des facteurs, qu'il était à la rigueur permis de recruter même parmi les non- Hanséates, pourvu qu'ils ne fussent ni Anglais, ni Hollandais, ni Brabançons, ni Zélandais, ni Flamands, ni de Nurem-

berg ou de l'Allemagne supérieure, et qu'ils eussent au moins une origine germanique.

Mais, par contre, ces apprentis étrangers à la Ligue n'étaient autorisés à faire de commerce pour leur compte ou à s'associer avec des capables, qu'après un stage de sept années et l'obtention des droits hanséatiques.

Quant aux autres étrangers qui désiraient participer aux avantages commerciaux de la Ligue, on multipliait autour d'eux les difficultés, afin de faire droit aux réclamations des souverains britanniques et répondre aux vues de l'association elle-même; aussi ne leur suffisait-il pas d'acquérir le droit de cité dans une ville hanséatique, il fallait qu'ils y justifiassent en outre d'une résidence réelle, ou qu'un laps de sept années au moins se fût écoulé depuis la collation de ce droit.

Le comptoir de Londres était subordonné à la Ligue, lui devait des comptes, que l'alderman était chargé de fournir dans les diètes et relevait d'elle pour les décisions qu'il rendait; mais son propre ressort s'étendait sur toutes les villes anglaises ou même écossaises où se seraient trouvés des Hanséates ou même des factoreries secondaires. Les recettes et les dépenses avaient le même caractère qu'ailleurs; la perception du Schossgeld était assurée par l'obligation pour les navires de passer par le comptoir de Londres soit à leur arrivée, soit à leur départ. Peut-être aussi, car il n'existe aucun renseignement précis à cet égard, leur était-il permis de débarquer dans d'autres ports et de payer le droit soit aux loges inférieures, soit à des agents du comptoir de Londres, préposés par lui à ce péage. En tout cas, il n'est pas douteux que le navigateur qui avait réglé ses comptes avec la douane hanséatique de Londres, pouvait à sa guise aller visiter tout autre endroit qui lui aurait paru plus avantageux pour le placement de ses marchandises. Toute liberté

lui était à cet égard accordée par les chartes sur tous les points du royaume, et les sources nous indiquent comme fréquentées par les Hanséates localités suivantes : Hall, Boston, Grimsby, Southampton, Yarmouth , Canterbury, Rochester, York, Norwich et Bristol; mais il est certain aussi que la plupart des affaires se traitaient à Londres même.

Nous croyons pouvoir signaler comme marchandises franches, dont l'introduction en Angleterre n'était même pas interdite durant les suspensions de rapports commerciaux, les graisses et les poissons que fournissait la pêche de Bergen.

Le statut qui défendait aux Hanséates de charger les Anglais de leurs intérêts fut strictement suivi parce qu'il s'était légitimement inspiré de la haine des insulaires contre tout étranger en général.

Mais les Anglais, en ne pas servant de commissionnaires, trouvaient d'amples dédommagements dans le commerce actif qu'ils entreprenaient avec un succès toujours croissant dans la mer du Nord et la Baltique; et cependant, malgré cette rivalité naissante, les affaires de la Ligue ne firent que s'étendre jusqu'à la fin de cette période, comme l'attestent les acquisitions successives d'immeubles faites par le comptoir pour faire face à ses besoins nouveaux.

Les laines furent à l'origine l'article dominant de l'exportation que les Hanséates destinaient surtout à la Flandre et à d'autres provinces des Pays-Bas. Mais quand l'art de la draperie se fut perfectionné en Angleterre, l'exportation des laines diminua au profit de l'exportation des étoffes manufacturées que l'on faisait parvenir en Allemagne, dans le Nord, dans l'Est, et même dans les régions occidentales.

Mais les Hanséates n'importaient généralement que des draps sans apprêt, non tondus et non teints, auxquels ils

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faisaient mettre la dernière main dans leurs foyers, pour recueillir également cette source de bénéfices.

Parmi les articles d'importation figurent les produits d'Allemagne et des contrées du Nord-Est, tels que de la poix, du goudron, de la potasse, diverses sortes de bois propres à la confection des arcs et des navires, du fer et des ustensiles de fer, du lin, de la toile, dulil, des graisses, du poisson de Bergen, des harengs tant que les côtes d'Angleterre et d'Ecosse n'en offrirent pas elles-mêmes, du blé, des vins du Rhin, ensuite même des vins français quand les Anglais eurent perdu en France toutes leurs possessions à l'exception de Calais, et enfin les marchandises italiennes et orientales', que les Hanséates se procuraient à Bruges, à l'intention des insulaires, quand ceux-ci ne venaient pas s'y approvisionner eux-mêmes.

Les villes continentales de la Ligue prirent part au trafic avec l'Angleterre en recourant évidemment aux navires des villes maritimes, dont la prédominance ne se démentit pas plusiciquesurlesautresscènescominercialesde l'association. Il faudrait cependant faire une exception peut-être pour la ville de Cologne, sorte d'amphibie, dont le rôle important à un moment de cette histoire n'a pas échappé au lecteur. C'est probablement aussi ces villes intérieures qui plus spécialement auront commercé en Angleterre avec les articles tirés des entrepôts de Bruges.

Les rapports des Hanséates avecl'Écossene peuvent guère obtenir plus qu'une mention, comme étant assez mal connus, comme basés essentiellement sur l'exportation de draps assez grossiers, dont il était fait peu de cas, et comme ayant subi des interruptions assez fréquentes à la suite d'actes de déprédation.

C'est ainsi qu'en 1412 un statut hanséalique prononça la rupture de toutes relations avec l'Écosse dont on avait à se

plaindre, et cette mesure fut déclarée maintenue en 1426. Les habitants de Brème s'emparaient encore en 1445 d'un vaisseau venant d'Édimbourg et chargé avec du cuir et des draps ; enfin la paix fut conclue entre ces derniers et le roi Jacob, mais le traité qui intervint, pas plus que les autres documents se référant à ce pays, n'offrit aux Allemands de privilèges spéciaux, et il ne se distingue guère que par une clause assez remarquable au point de vue du droit maritime , d'après laquelle la ville de Brème s'engageait à respecter les marchandises des Ecossais, les trouvât-elle même sur des vaisseaux ennemis dont elle serait dans le cas d'effectuer la prise.

Et maintenant nous croyons que, pour faire connaître à fond l'esprit commercial des Hanséates, il n'est pas superflu de montrer leurs efforts pour la liberté des mers et l'extermination des pirates, de rappeler leur législation en ce qui concerne les voies de communication autres que celles de la mer, d'examiner leur système monétaire, de rechercher jusqu'à quel point ils connaissaient et appliquaient diverses institutions modernes, d'analvser leur droit maritime et leurs règlements commerciaux, de déterminer enfin leur influence sur la production, l'industrie et le commerce de l'intérieur même de l'Allemagne.

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