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CHAPITRE VI

INSTITUTIONS COMMERCIALES DES HANSÉATES, ET INFLUENCE DE LA LIGUE SUR LA PRODUCTION ET LE COMMERCE DE L'ALLEMAGNE.

La mer étant le milieu habituel des Hanséates, tous ceux qui entreprenaient d'en aggraver les périls devaient être par eux considérés comme des ennemis mortels. Aussi appliquèrent-ils, à exterminer la piraterie, un zèle qui, bien que provoqué par l'intérêt personnel, servit néanmoins la cause de tous les peuples. Peu soucieux d'une définition rigoureuse et de distinctions subtiles, ils considéraient comme pirates tous ceux qui s'attaquaient à leurs vaisseaux, alors que la Ligue n'était pas elle-même en guerre ; et ils ne tenaient aucun compte ni de la protection occulte qui pouvait être en haut lieu accordée aux agresseurs, ni même des lettres de marque qu'un prince obscur leur aurait délivrées. Les statuts ne connaissaient que la peine de mort pour ce genre de crime, et interdisaient tout rachat des prisonniers. Cette rigueur s'étendait à ceux qui auraient frayé avec des pirates ou leur auraient offert l'hospitalité. Les communes les plus voisines des lieux où se commettaient les déprédations étaient en demeure de les réprimer, et les avances par elles faites devaient, après avoir été arrêtées en diète, leur être bonifiées au moyen d'un des revenus de la Ligue. Tout acquéreur de biens provenant de brigandages maritimes ou continentaux perdait ces biens par la confiscation,

et n'échappait même à une punition qu'en prouvant qu'il en avait ignoré l'origine.

Quiconque signalait une ville qui aurait reçu des objets semblables ou chavirés, obtenait le sixième de leur valeur à titre de récompense.

Pour atteindre plus sûrement leur but, les Hanséates le poursuivirent quelquefois de concert avec des puissances étrangères, telles que la Flandre, l'Angleterre et le Danemark, non moins intéressées qu'eux-mêmes à combattre des ennemis communs.

Dès le commencement de notre période , on voit les villes maritimes de la Ligue recourir à des mesures offensives et faire la chasse aux pirates à leurs risques et périls ; les unes armaient de grands vaisseaux de guerre, appelés Vredecoggen , les autres, moins florissantes, se bornaient à fournir des subsides ; quelquefois aussi, la contribution en argent était obtenue par un Pfundzoll ou toute autre mesure fiscale.

Il n'y avait pas jusqu'à des particuliers qui ne reçussent de temps à autre mandat de purger la mer pour le compte bien entendu de la communauté, qui exigeait d'eux par contre l'exécution fidèle des statuts contre les pirates.

Mais toutes ces entreprises, collectives ou individuelles, ne pouvaient aboutir à un résultat définitif que retardaient nécessairement les institutions de cette époque. Il n'était pas en effet possible d'espérer que tant que subsisterait la course, comme un auxiliaire légitime des belligérants, les corsaires, qui sont bien plus dominés par l'intérêt propre que par les raisons d'État, déposeraient les armes au lendemain de la paix et ne prolongeraient pas les hostilités bien au delà de ce terme en vue de captures à opérer.

A côté des corsaires, il y avait aussi des souverains qui désiraient vivement affaiblir les Hanséates, et qui, n'osant

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ouvertement rien entreprendre contre eux pour ne pas se les aliéner, encourageaient secrètement leurs sujets à courir sus à ces marchands ; mais si quelque sujet avait le malheur d'être pris, il était hautement désavoué et abandonné à toute la rancune de la Ligue.

D'autres seigneurs n'étaient pas fâchés de partager avec les aventuriers le fruit de leur coupable industrie et leur offraient une retraite sûre dans les châteaux ou les baies dont ils avaient la propriété ou le commandement.

Et enfin le sort réservé infailliblement aux forbans qui tombaient aux mains des villes devait donner à la lutte un caractère résolu, sauvage, énergique, qui en reculait indéfiniment la fin .

De tous ceux qui infestèrent la mer dans les parages presque classiques de la piraterie, les plus célèbres, sans contredit, furent les Vitaliens, tant pour leur nombre que pour la longue durée de leur existence, qui se traîna à travers toute cette seconde période.

On se rappelle que les Vitaliens étaient à l'origine des corsaires autorisés, par les villes de Wismar et de Rostock, à aller porter des secours et des vivres à la cité de Stockholm, qu'assiégeaient les troupes de Marguerite, la rivale heureuse du roi Albert de Suède.

La fortune seconda Ces corsaires, qui parvinrent à dégager et à soutenir quelque temps Stochkolm et firent éprouver de grandes pertes au Danemark; mais, oubliant bientôt leur origine, ils s'attaquèrent indistinctement aux vaisseaux danois et hanséatiques. Les choses en étaient arrivées au point, que les Hanséates durent, pour quelque temps au moins, suspendre leurs voyages en Scanie, ainsi que les expéditions qu'ils entreprenaient de l'est à l'ouest, et réciproquement. Et ce n'était pas tout, car les nations étrangères, telles que l'Angleterre notamment, qui avaient éga-

lement à souffrir du fléau, l'attribuèrent en toute sincérité à la Ligue, où il avait, il est vrai, pris naissance, et s'en vengeaient sur elle par des représailles terribles.

La mesure était remplie; les villes vendes, autres que AVismar et Rostock, réclamèrent des réparations pécuniaires à ces deux dernières localités; celles-ci s'y refusèrent et continuèrent à protéger les Vitaliens, dans l'espoir que les événements changeraient en faveur de leur compatriote Albert, de la restauration duquel ils se promettaient les avantages les plus considérables.

Il ne resta plus alors aux Hanséates qu'à recourir aux armes pour se débarrasser d'amis aussi incommodes ; enfin, au bout de plusieurs années, qui terminèrent à peu près le quatorzième siècle et furent marquées par des armements et des sacrifices considérables, ils réussirent à en purger la Baltique. Ces pirates s'étaient surtout concentrés et fortifiés dans l'île de Gothland, et c'est au grand maître de l'ordre Teutonique que revient l'honneur de les en avoir délogés. Leurs anciens protecteurs eux-mêmes avaient fini par déserter une aussi mauvaise cause.

Chassés de la Baltique, les Yitaliens, dont le nom avait survécu à l'emploi pour désigner désormais un ramassis d'aventuriers, groupés probablement autour d'un noyau d'anciens corsaires, s'en furent, sous les ordres de deux capitaines quelque peu célèbres, Colas Stortebecker et Godeke Michel, chercher un refuge dans la mer du Nord, qui semblait, par son étendue, leur devoir offrir une plus grande sécurité, et sur les rivages méridionaux de laquelle ils trouvèrent un terrain favorable à leurs desseins.

En effet, l'Ost-Frise ou Frise orientale était déchirée par des divisions intestines, par des guerres de tribus, dont les chefs, adonnés la plupart eux-mêmes à la piraterie, n'étaient pas fâchés d'ouvrir leurs châteaux forts à des auxiliaires

aussi utiles que les Yitaliens, ou étaient impuissants à leur en refuser l'accès.

En présence de ce nouveau danger, la Ligue excita les Anglais, les Flamands, les Danois à des entreprises communes, dont les plus lourdes charges pesèrent sans aucun doute sur les Ilanséates, plus intéressés encore que tous autres par Timportance de leur négoce, à la pacification des mers.

Dans l'appréhension de l'orage, un des chefs de l'Ost- Frise, Keno de Broke, qui avait mis un port à la disposition des Vitaliens, expédia en 1400 un prêtre à une diète hanséatique siégeant à Lubeck, pour y déclarer en son nom que les pirates, que jusqu'alors son impuissance avait subis, allaient être congédiés et ne seraient plus désormais accueillis chez lui.

Mais ces promesses, quelque sincères qu'elles étaient d'ailleurs de la part de Keno, étaient insuffisantes pour extirper le mal, d'autant plus que d'autres chefs tels que le comte Kurt d'Oldenbourg, et Hisko, le prévôt de la ville d'Emden, persistaient à abriter les brigands. Aussi les villes de Lubeck, Brème, Grœningue, Carapen et Deventer, et quelques autres encore, armèrent-elles une flotte, qui livra à l'exécuteur les nombreux prisonniers qu'elle fit, et s'empara de la ville et du château d'Emden, où commandait Hisko; mais ce dernier sut si bien capter la confiance des Hanséates, qu'ils lui rendirent cette place et y ajoutèrent encore différents forts qu'on enleva en commun à des chefs suspects de piraterie.

Keno dut abandonner aux communes la ville forte d'Aurich et donner des otages pour l'indemnité qu'on lui réclamait, et la flotte se retira enfin après avoir détruit cinq repaires de brigands, tué deux cents Vitaliens et conclu un traité de paix avec dix-huit chefs du pays. Mais aussi cette

expédition avait coûté 9,350 marcs à la seule ville de Lubeck.

Et cependant tout n'était pas fini, car les principaux officiers des Vital iens avaient échappé au carnage et s'étaient eofuis dans la partie occidentale de la Frise, dont les habitants, précisément en guerre avec la Hollande, furent heureux de les prendre à leur service comme des guerriers à toute épreuve, et d'autant plus téméraires qu'ils avaient moins à perdre.

Sans doute la Ligue s'était fait promettre par les Frisons que leurs nouveaux alliés s'abstiendraient de toute hostilité envers elle; mais, les anciennes habitudes reprenant bientôt le dessus, il arriva que déjà, en 1402, des navigateurs hanséatiques qui se rendaient en Angleterre furent molestés et dépouillés pendant le trajet.

Le châtiment suivit de près l'injure; les Hambourgeois qui avaient, à ce qu'il paraît, beaucoup souffert de ces déprédations, engagèrent une lutte sanglante qui fut longtemps célébrée dans des chants populaires, et qui se termina par des captures notables, notamment celle des deux généraux Michel et Stortebecker, et de 150 pirates, qui furent en une seule journée décapités sur une place publique de Hambourg, et dont les tètes furent ensuite exposées sur les rives de l'Elbe pour servir d'enseignement aux malfaiteurs de même espèce.

Mais la leçon ne pouvait guère profiter tant que durait la guerre, qui avait éclaté entre la Frise et la Hollande; aussi les Hanséates s'eflbrcèrent-ils de rétablir la paix entre ces deux provinces, et y parvinrent-ils en 1407. Et, toutefois, la paix ne mit pas encore un terme au brigandage qu'entretenait surtout l'état déplorable de l'Ost-Frise; et, comme en outre les Hambourgeois ne parvenaient pas à recouvrer l'indemnité qui leur avait été promise, ils entrèrent de nou-

veau en campagne, rasèrent quelques châteaux forts de la Frise orientale, et en réunirent plusieurs autres à Keno de Broke, qui était devenu leur allié, et s'était engagé à ne pas tolérer de Vitaliens entre l'Ems et le Wéser.

Il y eut alors une halte dans la piraterie, mais qui ne fut pas de longue durée; les Vitaliens, s'étant encore une fois enhardis, remontèrent le Wéser en 1418, et prirent d'assaut le château de Friedbourg; mais ils furent battus et punis par les habitants de Brème; d'autres Vitaliens, au service des ducs du Holstein contre le roi Éric de Danemark et ses associés, s'étaient emparés des évèques de Roschild et de Lund , ainsi que d'un grand nombre de chevaliers et de femmes, et avaient fait un butin considérable; mais les citoyens de Lubeck, à leur tour, exterminèrent beaucoup de ces pirates sur les côtes du Holstein et d'Oldenbourg.

Plusieurs de ces aventuriersse hasardèrent même, en 1420, de remonter le cours de l'Elbe jusqu'à Hambourg, et y prirent plusieurs vaisseaux qu'ils amenèrent avec eux-, mais les Hambourgeois ne tardèrent pas à les leur reprendre.*

Il restait encore aux Vitaliens, le long du littoral de la Frise, quelques possessions où ils s'étaient fortement retranchés, et d'où ils vendaient leurs services aux chefs avoisinants, qui continuaient à se faire la guerre. Une assemblée qui se réunit à Grœningue en 1422 dans le but d'en finir avec ces dissensions toujours renaissantes, résolut de congédier de la Frise les Vitaliens, qui occupaient la ville de Dokkum, le château d'Ems et d'autres fortifications, et d'y employer même la force, s'il le fallait, avec le concours des confédérés, c'est-à-dire notamment des Hambourgeois, qui s'étaient assez habilement attaché un des partis les plus considérables du pays.

Sur le refus des Vitaliens de partir, Hambourg et Lubeck envoyèrent sur les lieux une escadre avec un millier d'hommes, qui s'emparèrent de toutes leurs places fortes, et envoyèrent 47 prisonniers au dernier supplice.

Ces défaites successives ne les avaient pas tellement anéantis qu'ils ne tentassent en 1430 une nouvelle incursion dans le Wéser jusqu'à la ville de Brème, qu'ils ne réussirent pas précisément à surprendre, mais à laquelle ils enlevèrent un grand vaisseau qui se trouvait à l'ancre en avant du port.

Tant de persistance et d'agressions firent désirer aux Hambourgeois de posséder quelque poste militaire sur des côtes où les pirates trouvaient encore toujours un abri coutre la juste vengeance des navigateurs. A cet effet, ils s'emparèrent une seconde fois de la ville d'Ems, et dirigèrent le maître de cette place, Smalo, qu'on accusait de favoriser la piraterie, sur une prison de Hambourg, où il subit une détention de vingt-quatre années, dont la mort seule le délivra.

Cependant, après une occupation de quelques années, les Hambourgeois, qui se trouvaient engagés dans de nouveaux conflits, et qui ne recevaient aucun secours de la- Ligue, quelque peu jalouse de leurs avantages, quelque peu indifférante aussi à leurs embarras depuis l'extinction à peu près complète de la piraterie, consentirent, en 1453, à céder à Ulric, comte de l'Ost-Frise, la ville et le château d'Ems, qu'ils avaient jusque-là fait administrer par leurs propres magistrats.

Le comteUlric, dont les domaines venaient d'être érigés en fiefs de l'Empire, et ses descendants travaillèrent activement à ramener l'unité dans leur pays, et à en bannir complètement les pirates, fauteurs de bien des désordres. Etcepeudant ce but honorable ne fut pas encore sitôt atteint, puisqu'on 1471, Hambourg équipait encore dix vaisseaux contre les

forbans de cette contrée, et qu'en 1480 et 1488, il y eut encore de ce chef de nombreuses exécutions.

Mais enfin la piraterie touchait à peu près à son terme; et après les détails dans lesquels nous venons d'entrer, est-il besoin de dire à qui l'honneur de ce résultat revient en première ligne? nous admettons aussi volontiers que les progrès de la civilisation et une organisation meilleure des États y ont contribué pour leur part.

Les pirates n'étaient cependant pas, à cette époque, les seuls ennemis du commerce el de la propriété, et venaient en concours avec une foule de prétendus droits, basés bien moins sur la justice que sur la force et la barbarie du temps. Nous rappelons surtout, à cet égard, le droit de naufrage, le droit d'épave, et le droit que s'arrogeait un seigneur de confisquer les biens étrangers auxquels il arrivait quelque accident sur ses terres.

Or tous les traités conclus par les Hanséates avec les puissances étrangères font foi qu'ils travaillèrent à l'abolition de ce brigandage légal avec autant d'ardeur qu'ils en mirent à extirper le brigandage de fait seulement.

Ils poursuivirent naturellement aussi cette tache dans l'intérieur de l'Allemagne, et leurs efforts y furent couronnés par un privilège général, que leur octroya l'empereur Sigismond.

Mais comme la volonté impériale était loin d'être toujours respectée par les princes allemands, les Hanséates négocièrent aussi avec ces derniers, qu'ils ralliaient à leurs désirs, soit par voie d'intimidation, soit par des présents ou des traités.

Il devait être plus facile encore aux Hanséates de faire admettre leurs vues libérales par les membres de la Ligue; un des moyens les plus efficaces pour prévenir ces abus, c'était d'interdire l'achat de biens obtenus par un des modes

indiqués; aussi voyons-nous des recez assimiler l'acquéreur d'épaves ou de biens naufragés à un acquéreur de choses purement et simplement volées ; et de là il est permis de . conclure, sans que les sources s'en expliquent, que déjà les villes hanséatiques professaient très-probablement la jurisprudence moderne de la Cour de cassation française, qui traite de voleur l'inventeur d'une épave qu'il tenterait de s'approprier.

Tout en démolissant quantité d'abus, les Hanséates activaient l'avènement, la mise en lumière, la consécration de certains principes nouveaux, et notamment du droit des neutres. Ce droit, ils le revendiquaient en proclamant bien haut la liberté des mers, et ils le faisaient généralement assez bien respecter dans le voisinage de leur puissance, c'est-à-dire dans la Baltique, où les belligérants se seraient gardés d'ameuter contre eux, par trop d'intolérance, un nouvel ennemi, un ennemi aussi proche, aussi redoutable que la Ligue.

Celle-ci eût contribué plus efficacement encore à la propagation de cette maxime tutélaire, si elle avait toujours voulu y conformer sa conduite; mais on sait que dans ses conflits avec les nations étrangères, elle voulait faire épouser ses intérêts aux plus indifférents, et en tout cas elle entravait le droit des neutres, en soulevant mille difficultés relatives aux passe-ports, aux certificats, à la contrebande de guerre, au droit de visite et à d'autres prétentions semblables.

D'un autre côté cependant elle rendait un véritable service à la navigation, en stipulant dans ses traités, et en prenant dans l'étendue de son ressort des mesures propres à préserver les vaisseaux des écueils de la mer ; et c'est dans ce but que déjà au quatorzième siècle, la ville de Hambourg fit construire un phare dans l'île de Neuwerck, qui se trouve tout à fait à l'embouchure de l'Elbe.

La Ligue mit également tous ses soins à délivrer les campagnes et les routes des malfaiteurs qui eu compromettaient la sécurité. Et certes ce n'étaient pas là des soins superflus, en Allemagne surtout, où, en dehors même des larrons vulgaires, la noblesse, du fond de ses innombrables retraites, exerçait professionnellement le brigandage, sans la moindre appréhension d'un pouvoir trop faible pour agir et réprimer.

La Ligue, mise par conséquent en demeure de se protéger elle-même, opposait cependant fort rarement à ces agressions des armements collectifs, qui eussent été trop difficiles sur l'étendue considérable de terrain où les villes hanséatiques se trouvaient semées, et elle abandonnait généralement aux communes intéressées le soin de leur défense, leur en laissant supporter tous les frais, et retirer tous les avantages ; à moins cependant que la lutte ne prît des proportions qui rendissent son intervention nécessaire.

Rarement les villes laissaient un vol impuni; elles réclamaient une réparation des coupables, s'emparaient au besoin de leurs personnes, les détenaient en prison , les rançonnaient, et profitaient très-souvent de l'occasion pour raser leurs repaires et agrandir la banlieue urbaine.

Pour le cas où on n'avait pu encore opérer l'arrestation des brigands, telle commune lésée les poursuivait même sur des territoires autres que le sien, avec et quelquefois sans l'autorisation des autorités étrangères, et telle autre affichait leurs noms, et promettait une forte récompense à qui les leur livrerait morts ou vifs.

Les personnes qui les fréquentaient ou les recevaient chez elles, étaient enveloppées dans une disgrâce commune, ainsi que les acquéreurs des biens provenant de leurs rapines.

Mais comme il vaut encore mieux prévenir que punir,

les communes hanséatiques offraient des escortes armées à leurs négociants, quand un grand nombre d'eux se mettaient en route; les négociants portaient eux-mêmes des armes sur eux; ils demandaient aussi volontiers des saufconduits aux seigneurs dont ils traversaient le territoire, et payaient généreusement leurs services; souvent enfin, des trêves ou traités de paix étaient conclus entre les Villes et leurs plus proches voisins.

Les communes ignoraient encore à celte époque les bienfaits des bonnes routes de terre; elles se bornaient à entretenir chacune les chemins de son ressort, et à recommander un soin analogue aux princes négligents; il est aisé de comprendre qu'avec un .pareil état de choses, les rapports devaient être forcément interrompus, ou au moins entravés pendant les saisons humides, qui rendaient impraticables des voies aussi imparfaites.

Il fallut songer alors à d'autres moyens de communication; sans doute, les villes situées sur le rivage de la mer jouissaient de tous les avantages qu'elle procure; mais ces avantages eux-mêmes étaient encore temporaires, puisque des statuts hanséatiques et des raisons excellentes interdisaient la navigation maritime au temps des glaces et des orages.

Il y eut différentes communes qui, sans le moindre subside de l'association, poursuivirent avec une persistance véritablement égyptienne l'établissement de canaux et voies navigables, pour lesquels les Pays-Bas et Venise semblent avoir fourni les modèles aussi bien que les entrepreneurs et les ouvriers.

Le zèle des villes hanséatiques de la Saxe inférieure, \)0\it ces sortes de travaux, mérite une mention toute particulière. Que de difficultés elles n'eurent pas à vaincre ! difficultés qui tenaient aux divisions infinies du territoire;

aux négociations, qu'il fallait entamer avec toutes ces principautés, et qui aboutissaient quelquefois à un refus de passage; à leur propre impuissance en face d'exigences financières, auxquelles la Ligue n'entendait en aucune manière pourvoir; à leur inexpérience enfin, à leur inaptitude pour des entreprises de ce genre.

Pour persévérer malgré ces obstacles, dont elles triomphaient quelquefois, elles s'inspiraient des avantages inestimables que l'achèvement de ces voies devaient leur rapporter, en facilitant entre elles et en multipliant les relations commerciales et politiques, en les soustrayant aux coupables tentatives de nobles aventuriers, à des péages établis sur les anciennes routes navigables ou terrestres, et quelquefois à un droit d'étape des plus importuns.

Nous pouvons citer, comme des monuments d'activité et de patience, le canal creusé près de Lasrônne parla ville de Lunebourg, pour mettre en rapport l'Ilmenau et l'Elbe ; trois autres canaux, qui établissaient la communication entre la mer du Nord et la Baltique; enfin des travaux identiques, qui relièrent la ville de Hanovre d'une part, la ville de Brunswick de l'autre, à la ville impériale de Brème.

N'est-il pas déplorable qu'une postérité insouciante ait laissé dépérir en partie ces ouvrages importants, qui coûtèrent tant de sueurs et de sacrifices aux ancêtres ?

Nous disions tout à l'heure que, grâce à ces travaux d'art, les communes échappaient à des droits d'étape et de douane; c'est qu'effectivement rien n'était plus commun que ces onéreux assujettissements. Quant aux droits de douane, les communes s'étaient de tout temps appliquées à s'en faire exempter, ou à les faire réduire à leur profit par les seigneurs sur le territoire desquels ils étaient établis. Entre elles, les villes s'en affranchissaient volontiers, pour

le cas, bien entendu, où elles disposaient de cette faculté d'imposition indirecte.

Celles des cités qui, sous l'empire d'un besoin ou par pure spéculation, s'arrogeaient le droit d'établir de nouveaux péages, dans leurs ports par exemple, s'exposaient à toute la colère de la Ligue, qui voulait se réserver à elle seule l'appréciation de l'urgence d'une pareille mesure, et décréta môme dans quelques circonstances l'exclusion des membres qui avaient enfreint la règle.

Les droits d'étape, qui conféraient à une localité soit le droit de préemption, soit le droit d'expédition ultérieure des marchandises appartenant à une autre localité, puisaient généralement leur origine dans un usage primordial, d'après lequel des villes situées sur le cours supérieur d'un fleuve, venaient porter leurs denrées sur le marché d'une ville située plus bas, sans penser à aller plus loin ; cet usage ne tarda pas à se convertir en contrainte, dont la rigueur pouvait être cependant atténuée soit par des accommodements, soit par une combinaison, qui consistait en ce que la ville assujettie envoyait de ses habitants acquérir le droit de cité dans la ville investie du droit d'étape, afin qu'ils y pussent servir efficacement de facteurs à leurs anciens concitoyens.

L'institution des postes ne fut introduite qu'assez tard chez les Hanséates et à la suite seulement des services impériaux, dont l'empereur Maximilien Ier avait pris l'initiative en les empruntant à la France. Ils y suppléèrent longtemps par des messagers, qui se rendaient là où leurs intérêts étaient en jeu, ou bien par ceux des marchands ou de leurs serviteurs, qui entreprenaient eux-mêmes ces voyages.

Cependant, on voit apparaître par-ci par-là une organisalion plus régulière, et entre autres un service de messagerie,

qui fonctionnait entre la ville de Hambourg et les Pays-Bas.

Quelque vicieux que puisse nous sembler aujourd'hui l'ancien mode de communication de la Ligue, qui, il faut bien en convenir, était plus coûteux et offrait moins de garanties que le régime postal des époques ultérieures, ses inconvénients n'étaient cependant pas autrefois trop vivement sentis, grâce à l'habitude des Hanséates de traiter euxmêmes leurs affaires, d'accompagner en personne ou de faire accompagner leurs cargaisons de marchandises, grâce aussi aux comptoirs et aux facteurs qu'ils possédaient à l'étranger, et dans lesquels ils pouvaient avoir une entière confiance.

Le système monétaire laissait égalemènt beaucoup à désirer; car, loin qu'on eût atteint encore à l'unité de monnaies, la diversité de situation commerciale et politique des communes avait empêché jusqu'alors qu'elles ne s'accordassent même sur un titre.

. D'un autre côté cependant, les villes hanséatiques avaient le droit de battre elles-mêmes monnaie, et disposaient à peu près à leur guise du domaine financier, au moins à l'époque la plus florissante de leur histoire; et jusqu'à ce que leur fortune changeât, on vit souvent des princes, dans la pensée de favoriser la circulation de leurs propres monnaies, leur appliquer l'écu de telle ou telle commune, dont le crédit fût mieux établi que le leur.

Il y eut aussi quelques villes qui donnèrent le ton , et . qui firent accepter leur titre dans un rayon plus ou moins étendu; le titre de Lubeck, par exemple, servait d'unité à plusieurs autres villes vendes, àla Poméranie, au Holstein, au Mecklenbourg, et même aux empires du Nord-, le titre de Cologne semble de son côté avoir joui d'une fort grande popularité dans la sphère occidentale de la Ligue; et les Prussiens à leur tour, les Livoniens et d'autres Hanséates de

l'intérieur paraissent avoir fait preuve de la même indépendance.

Mais l'art du monnayage était peu avancé encore, de telle sorte que des refontes devenaient très-souvent nécessaires, notamment pour une certaine espèce de deniers appelés Bractéates, qui n'étaient estampés que d'un côté, et s'usaient par conséquent en fort peu de temps.

La monnaie la plus habituelle, la plus universellement fabriquée par les villes, consistait en de petites pièces d'argent, appelées selon leur valeur croissante des deniers, des witteo, et des schellings.

Leur utilité se révélait surtout à l'occasion du commerce d'échange qui se pratiquait encore daus bien des contrées, notamment dans le Nord, et qui réclamait ces minimes valeurs pour les reliquats de comptes.

On se servait dans les affaires plus considérables de monnaies en or, ou de marcs d'or ou d'argent qui pesaient un poids déterminé.

Mais il n'y avait pas que les monnaies urbaines qui circulassent dans les villes hanséatiques; des monnaies étrangères, comme les couronnes de France et les nobles d'Angleterre, y avaient obtenu également cours à la suite des nombreuses relations des Hanséates, et il nous semble que cette fusion des diverses valeurs a dû être préparée par une certaine correspondance fondamentale dans leurs divisions. Ainsi le marc d'argent pesait alors une demi-livre ; deux marcs valaient vingt schellings , et le scheiling se divisait en douze deniers; or ces évaluations se retrouvent d'une part dans la livre tournois , qui comprenait deux marcs et se divisait en vingt sous, dont chacun renfermait douze deniers; d'autre part dans la livre sterling1, qui à

1. I/origine du mot livre sterling se rattache indubitablement aux

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l'origine répondait à deux marcs pesant, et se partageait en vingt schellings, dont chacun se subdivisait en douze penny.

En présence de la grande diversité qui subsistait néanmoins, les changeurs professionnels et les orfèvres qui s'occupaient généralement aussi du commerce de change , trouvaient un aliment puissant à leurs opérations, basées précisément sur la comparaison des nombreuses* espèces monétaires.

La Ligue, comme telle, était impuissante à exercer Une action bien efficace sur les abus et les inconvénients qui se rattachaient àlasituation financière, tels que l'altération intentionnelle du titre, l'usure des monnaies, et toutes les difficultés naissant de la variété des espèces.

Aussi ne connaissons-nous dans notre période qu'une résolution fédérale de 1418, laquelle défend sous peine de confiscation, à tous les orfèvres et monétaires (c'était le nom de ceux qui étaient chargés de battre la monnaie) de refondre des pièces d'or ou d'argent, qu'elles fussent sorties des ateliers d'un prince ou d'une ville, et interdit en outre à tous particuliers de séparer la monnaie qui aurait son poids, de celle qui ne l'aurait pas, ou bien d'exporter à l'étranger des lingots d'or ou d'argent.

Les métaux précieux à l'usage des villes hanséatiques ont été principalement tirés par elles des mines du Harzgebirg, de la Saxe, de la Hongrie et de la Bohême ; il n'est pas improbable que le marché de Flandre en ait également fourni ; mais il est certain aussi que le Nord, à cet égard, n'a pas offert le moindre contingent.

Les affaires de change, sans être inconnues aux Hanséates,

Hanséates, auxquels on avait, en Occident, donné le nom d'OEsterlings, c'est-à-dire hommes de l'Est.

puisqu'on en trouve des exemples dès la fin du quatorzième siècle, ne se présentent encore à cette époque que sous une forme toute primordiale, à l'état de vente dans tel lieu, d'une créance à recouvrer dans un lieu différent ; mais il n'est pas question encore de tous les perfectionnements et développements qu'a reçus depuis la matière des lettres de change.

En général il est impossible d'étudier la Ligue , sans s'étonner de la voir dépourvue d'institutions que ces avantages ou des besoins réels auraient dû lui suggérer, si même elle n'avait pas pu, comme elle le pouvait, se borner à les introduire chez elle d'après des institutions similaires, qui étaient ailleurs en pleine activité.

Nous voulons parler, par exemple, des banquiers et du papier-monnaie, dont aucune trace ne se révèle encore chez la Ligue, alors que Venise en usait déjà depuis des siècles; et nous en dirons autant des assurances, dont les services étaient depuis longtemps appréciés dans les Pays-Bas.

L'unité ne fut pas mieux réalisée dans les poids et mesures qu'elle ne le fut dans les monnaies, et pour les mêmes motifs. Cependant quelques règlements ont travaillé en ce sens, et d'ailleurs, pour l'acquisition ou la vente des marchandises les plus usuelles, et pour leur expédition, une certaine uniformité dans les mesures devait paraître indispensable. Aussi paralt-on être à peu près tombé d'accord sur les dimensions à donner aux tonneaux de harengs et de bière; et de plus, dans les cas où les droits et les privilèges étaient réglés sur certains contenants , il devait également s'établir une prompte entente entre les parties inté- Fessées.

Autant les institutions nationales des Hanséates étaient variées et défectueuses, autant les rapports avec l'extérieur, sur lesquels se fondaient essentiellement leurs richesses et

leur puissance, portent l'empreinte commune, le caractère uniforme que leur communiquait l'influence, cette fois décisive, de la Ligue.

Dès qu'il s'agissait d'assurer le monopole hanséatique au dehors, ils étaient tous prêts à s'entendre , à accepter comme obligatoires pour eux tous les décrets rendus par la Diète.

Ce monopole s'appuyait surtout sur des établissements commerciaux, sur les privilèges acquis, et sur des règlements, dont la plupart ont été par nous signalés déjà dans le cours de cette Histoire. Mais il en est d'autres qui compléteront nos explications à ce sujet ; ainsi nous nous rappelons que la participation des étrangers aux franchises hanséatiquesfutsuccessivement soumise àdes conditions plus rigoureuses; enfin en 1497 il fut décidé que les pérégrins ne seraient plus admis au service d'un comptoir, et ne pourraient plus désormais obtenir droit de bourgeoisie dans une des communes alliées, deux modes qui conduisaient auparavant à la jouissance des privilèges de la Ligue.

Quant à ceux qui antérieurement à ce règlement de 1497 auraient acquis le droit de cité, ils étaient tenus, à chaque interpellation de leur conseil commercial , d'établir qu'il n'existait entre eux et des étrangers quelconques aucune société commerciale.

Que si l'existence d'une pareille communauté était néanmoins établie, le citoyen naturalisé perdait la faculté de commercer, ou, pour nous servir d'une expression romaine en usage, perdait le jus commercii dans sa ville adoptive, ainsi cnae dans les comptoirs et autres villes de la confédération.

Et déjà en 1447 on avait résolu de frapper de saisie tous les biens qui seraient transportés par un étranger, de l'Ouest à l'Est, pour le compte d'un Hanséate, et de ne donner main

levée que quand la preuve de la propriété hanséatique exclusive serait acquise.

Si les Hanséates étaient intolérants au dehors, ils n'étaient pas précisément hospitaliers chez eux ; il va sans dire que les villes confédérées conservaient entre elles-mêmes de bons rapports, se visitaient réciproquement avec leurs marchandises, et ne perdaient pas le droit, si ces articles n'avaient pas trouvé de placement convenable, d'aller ailleurs les remettre en vente. Il est vrai encore que les communes du continent étaient autorisées à entretenir des facteurs près des communes maritimes et à y faire construire des navires pour leurs propres expéditions; et tout de même, les alliés, bien qu'ils fussent traités plus favorablement que des étrangers, étaient loin encore d'être confondus avec les concitoyens. Que devait être dès lors la position de ces étrangers sur le sol hanséatique, sinon bien éphémère, sinon semblable à celle qui avait été autrefois faite aux Hanséates eux-mêmes p*ar les autres peuples ?

Ou bien on leur interdisait l'accès des campagnes ou même des villes hanséatiques, ou bien, en leur accordant des droits fondés ;sur des stipulations ou des convenances de réciprocité, on en entravait l'exercice par toutes sortes de restrictions.

Ou ne permettait pas aux étrangers de traiter directement entre eux et de se passer ainsi de l'entremise lucrative des Hanséates; on leur défendit aussi à plusieurs reprises le débit détaillé des draps, et il existe même un statut de 1412, qui expulse les Lombards établis dans la confédération, et leur interdit pour l'avenir d'y faire aucun commerce, notamment celui de change, auquel, à ce qu'il parait, ils se livraient plus habituellement.

Les Hanséates n'étaient guère plus généreux envers leurs autres compatriotes qu'envers les étrangers et visaient à*

absorber, à confisquer à leur profit le commerce de l'Allemagne et de ses corporations avec l'extérieur ; aussi ne livraient -ils pas passage aux Allemands à travers leur territoire, et ne leur accordaient-ils pas plus qu'à d'autres des relations directes avec les pérégrins qu'ils accueillaient.

Les villes alliées revendiquaient toutes en leur faveur un droit d'étape plus ou moins rigoureux auquel étaient assujetties les campagnes voisines, qui étaient par là réduites à un seul débouché, ou au moins soumises à la préemption des citadins, quand ceux-ci en voulaient user.

Ni les nobles, ni les ecclésiastiques n'étaient admis à la jouissance des privilèges, lesquels étaient à l'entière et unique disposition des citoyens, qui se réservaient également à eux seuls la gestion des industries locales. Aussi, comme des plaintes assez vives s'étaient élevées contre quelques clercs séculiers qui exerçaient soit comme tisserands, soit comme cordonniers, soit différemment, et qui approvisionnaient non-seulement les monastères , mais encore lés foires annuelles, une proposition fut présentée à la Diète en 1835, tendant à faire repousser de tous les ateliers de la confédération, 8oit comme apprenti, soit comme maître, l'ouvrier qui se serait mis au service des personnages en question; et cette proposition fut acceptée ad référendum, c'est-à-dire que les députés promirent de la prendre en considération et d'en référer à leurs autorités respectives. Nous ne doutons pas, bien que les sources n'en parlent plus, que ce projet ait reçu tôt ou tard la consécration de l'Assemblée fédérale.

Les statuts concernant la navigation réfléchissent l'esprit envahisseur des Hanséates au même degré que les précédents et rappellent, comme le fait très-justement remarquer Sartorius, non pas par la forme mais par les tendances, Yact of navigation des Anglais, sur lequel ils renchérissent 1nême encore à quelques égards.

En effet, nous y voyons que les sujets du seigneur territorial et les habitants d'une ville hanséatique étaient seuls en droit de faire construire des navires dans cette ville, et que la vente d'un navire à des non Hanséates, punie primitivement d'une amende de trois marcs d'or, le fut ensuite de la confiscation ; les constructeurs et propriétaires de navires devaient donner caution qu'aucun étranger n'en était copropriétaire ou n'en deviendrait acquéreur de leur chef; et le fait de construire un vaisseau pour le compte de Hollandais, d'Anglais, de Lombards ou de Flamands, était même réprimé par une amende de dix marcs d'or.

Les hommes d'équipage à bord d'un vaisseau hanséatique devaient tous être Hanséates.

Jamais membres de la Ligue ne devaient charger leurs marchandises sur des vaisseaux étrangers, notamment sur des vaisseaux hollandais se dirigeant vers la Livonie.

Défense fut faite, sous peine d'exclusion, à tout navigateur quittant le Weser ou l'Elbe, de passer le Sund ou les Belts avec du blé qui n'appartiendrait pas à des Hanséates, et quant à l'étranger qui par les fleuves indiqués exporterait des céréales hanséatiques , les alliés s'interdisaient avec lui pour l'avenir toute communication commerciale.

La pensée de la Ligue apparaît ici tout entière; elle se soucie peu du commerce d'expéditionnaire; ce qu'elle veut, c'est un commerce propre, conduit avec ses capitaux, en son nom, pour son compte; ce qu'elle veut, c'est contraindre les étrangers à ne vendre qu'à elle et à ne recevoir que d'elle. Voilà, si nous ne nous abusons, son véritable programme.

Cependant, d'un autre côté, il faut reconnaître qu'elle n'excluait pas rigoureusement et invariablement de ses ports les navires étrangers; car plus d'une fois des Anglais, des Hollandais, des Danois, des Russes même visitèrent ses

frontières maritimes, et notamment les États de l'ordre Teutonique, pour y opérer des chargements qui, nous en convenons volontiers, n'ont cependant pas présenté une bien grande importance.

D'autres statuts, préoccupés de la bonté des marchandises qui étaient tirées ou expédiées de l'Allemagne, réglementaient la forme, les dimensions de certains contenants, parce que ces détails réagissaient sur la qualité du contenu, trop compromise par l'absence de concurrence et trop souvent contestée par les nalious extérieures pour qu'ils n'y veillassent point avec beaucoup de sollicitude.

Il existait aussi des règlements nombreux relatifs à la bonté et à la longueur des draps, tant de fabrication nationale qu'étrangère, au lin, au houblon, à la préparation des peaux, à la cire, au sel marin, et à une foule d'autres matières destinées au commerce.

On avait introduit des peines pécuniaires élevées contre ceux qui vendraient ou achèteraient des harengs avant la pêche ou même avant leur salaison, des récoltes encore pendantes ou des draps non encore fabriqués, afin sans doute de bannir les mécomptes, et de donner au commerce une direction sérieuse.

Pour affermir et étendre la confiance et le crédit public, on décida, toujours par voie statutaire, d'une part, que le commis qui s'échapperait avant l'expiration de son engagement de la maison de son maître, au lieu de s'entendre amiablement avec lui ou de s'adresser à la justice, se verrait refuser pendant un an toute place dans le sein de la confédération, et perdrait son droit de cité ou ne serait jamais admis à l'obtenir. D'autre part, quiconque aurait pris la fuite après avoir contracté des emprunts ou s'être fait délivrer des marchandises, serait à jamais privé de la

protection des villes alliées et des avantages des comptoirs hanséatiques.

Des garanties non moins sérieuses étaient dues à la propriété, notamment à celle que l'on confiait à la mer; il y avait là un intérêt général et un besoin vivement senti, auxquels de bonne heure déjà pourvurent des règlements communs qui allèrent en se reproduisant et en se complétant, qui durant notre période présentent déjà un corps de doctrine assez compacte, et qui finirent par se fondre tous dans un recez de 1614, celui qui est le plus universellement connu et auquel les législateurs modernes ont fait des emprunts considérables.

Ce recez de 1614, dont nous nous occupons déjà en cet endroit, parce qu'il ne fait guère que développer et systématiser des décisions de beaucoup antérieures, et parce qu'il nous paraît difficile de scinder une pareille matière, est, quoique plus étendu que les précédents, loin encore d'offrir une vue complète du droit maritime.

Pour n'y signaler qu'une lacune, nous dirons qu'il ne fait encore aucune mention du contrat d'assurance, peul-èlre parce que l'esprit positif et même quelque peu routinier de la législation hanséatique s'accommodait mal du caractère aléatoire de ce contrat, peut-être aussi parce qu'en attendant qu'une plus longue expérience eût révélé à la Ligue les avantages ou les périls de ce nouveau procédé, et en eût nécessité la réglementation, le législateur préférait abandonner aux particuliers le soin de faire entre eux telles conventions qu'ils jugeraient convenables.

Les vides laissés dans les règlements n'étaient pas irrémédiables, on les comblait soit en puisant dans les travaux de l'empereur Justinien, soit en recourant à la législation locale de chaque ville, soit en consultant l'usage, soit en interrogeant les codes étrangers, ceux par exemple d'Islande,

de la Norvège, du Danemark, de la Suède, qui au treizième siècle étaient plus riches que les recez de la Ligue.

L'énumération complète des monuments actuellement connus, qui se réfèrent à notre sujet, comprend un recez de 1369 fait à Stralsund et ignoré probablement de Sartorius; un recez de 1378, fait encore à Stralsund le dimanche d'avant la Pentecôte; un recez de 4380, fait à Wismar le jour des onze mille vierges, 21 octobre; un recez de 1391, portant la date Sancti Marci episcopi; un recez de 1412, fait à Lunebourg le jour de la Quasimodo, premier dimanche après Pâques; un recez de 1417 ei un autre de 1418, tous les deux datés de Lubeck et du jour de saint Jean-Baptiste, et presque identiques en tous points; un recez de 1434, fait à Lubeck le jour de saint Boniface, 5 juin; un autre du 5 octobre de la même année, spécial au commerce de Flandre; un recez de 1441, fait à l'assemblée de Lubeck le second dimanche après Pâques; un recez de 1442 fait à Stralsund le jour de la Pentecôte ; un recez de 1447 fait à Lubeck le jour de l'Ascension, et où se manifeste la tendance à faire un travail complet sur la législation maritime; un recez de 1470, fait à Lubeck; des recez de 1517, 1518, 1521 et 1525, confirmatifs des précédents, sauf quelques légères modifications; un recez de 1530, probablement fait à Lubeck; un recez de 1572, de 1591, et enfin le plus important de tous, celui de 1614, dont l'adoption donna lieu à beaucoup de difficultés, parce que déjà la Ligue se trouvait en pleine déroute, mais qui offre une perfection et une méthode scientifiques qui nous obligent à indiquer au moins les rubriques de ses titres, qui sont au nombre de quinze : de la construction des navires, des droits des co- intéressés et armateurs de navires relativement à l'engagement et au congédiement des patrons , des fonctions du patron , de l'engagement de l'équipage et de ses devoirs, de l'armement

des navires, du prêt à la grosse, des voyageurs de conserve, du jet et des avaries, des naufrages et des biens rejetés par la mer, des autres dommages qui arrivent aux navires par fautes, accidents ou force majeure, du déchargement des navires et de la livraison des marchandises, des comptes du patron, des portées des matelots, des récompenses extraordinaires dues aux matelots, de la stricte exécution de la présente ordonnance.

Notre intention n'est pas, comme bien on pense, de reproduire l'ensemble des dispositions qui font l'objet de ces règlements; il nous suffira d'en relater ici les articles essentiels, et c'est ce que nous allons entreprendre d'après la bonne traduction qui se trouve dans la collection des lois maritimes de M. Pardessus, à laquelle nous renvoyons tous ceux que leur goût porterait vers un sujet aussi attrayant.

« Celui qui fera voile d'un port vers un autre devra prendre dans la ville d'où il partira une lettre scellée constatant où il veut aller et ce qu'il a chargé; lorsqu'il sera arrivé au lieu de son déchargement, il devra en rapporter une lettre scellée constatant qu'il y a laissé les marchandises exportées par lui du lieu de son départ; et s'il arrive à Bergen, ou en Flandre, ou en Angleterre, il devra prendre des lettres du comptoir hanséatique. » (Recez de 1369, le plus ancien de ceux que M. Lappenberg, le savant commentateur de Sartorius, ait fait parvenir à son ami M. Pardessus.)

a Si un patron se trouve dans un port quelconque et qu'un autre patron y arrivant ne puisse, par suite de détresse, entrer sans l'assistance des patrons qui sont dans le port, chacun d'eux a le droit, s'il le croit convenable, d'inviter ses matelots à venir avec lui pour aider le patron qui veut entrer* S'il arrivait qu'un matelot s'y refusât, il serait privé de ses gages, il devra être de plus mis à terre*, et aucun

patron hanséatique ne pourra le prendre au service de son navire.

« S'il arrivait qu'un matelot quittât le service de son patron, celui-ci, aussitôt qu'il l'aura fait arrêter, pourra, s'il le juge convenable, former demande contre lui pour le contraindre à lui restituer lesgages qu'il lui avait payés, et à lui rembourser la nourriture qu'il avait consommée; cette demande devra être jugée sans délai. Nul patron ne pourra reprendre un tel matelot à son service. » (Recez de 1378.)

« Le patron qui engage des matelots pour un voyage doit, en mettant à la voile, leur payer le tiers des gages convenus; lorsqu'il sera arrivé au marché où il voudra décharger, il devra leur payer le second tiers; lorsqu'ensuite il sera de retour dans le port d'où il était parti, ou qu'il aura achevé son voyage, il devra leur donner le dernier tiers. S'il arrivait que quelque patron violât ces dispositions et ne se conformât point à ce qui est prescrit, il devra pour cette contravention payer à son sénat une amende de trois marcs d'argent.

« En outre, s'il arrivait que- quelque matelot, après avoir reçu de son patron le tiers de ses gages, ne se rendît pas à bord pour le moment où celui-ci voudra partir, et empêchât ainsi la mise à la voile ou qu'il désertât, le coupable, s'il peut être arrêté, sera condamné à la peine capitale1. » (Recez de 1380.)

1 . Les matelots déserteurs ont été soumis à des peines différentes, selon les temps. Le recez de 1378 les condamnait simplement à la restitution des gages et à l'interdiction du service sur les navires hanséatiques ; celui-ci les condamne à la peine de mort; mais il paraît, d'après Sartorius, que cette disposition n'aurait été prise que ad référendum; et cette opinion est justifiée par le recez de 1418 et le second recez de l i34, qui n'appliquent que la peine de jJrison; cependant le recez de 1530 revint à la peine de mort, à laquelle celui de 1591 substitua la marque à l'oreille.

« Les villes ont décidé au sujet des voyages d'hiver 1 qu'aucun négociant appartenant à la Ligue allemande ne devra, depuis le jour de la Saint-Martin jusqu'à celui de la Chandeleur, mettre à la voile pour l'est des ports où il est en chargement, tels que de la Flandre ou des villes situées au delà, et,qu'aucun ne devra non plus, pendant ce temps, mettre à la voile vers l'ouest des villes situées à l'est, à l'exception des navires chargés de harengs, de morue et de bière. En outre, on ne devra permettre à aucun individu qui ne fait pas partie de la Ligue, de faire voile vers l'Est après le temps prescrit. S'il apportait quelques marchandises de l'Ouest vers l'Est, il ne lui sera pas permis, dans les villes de l'Est, de les débiter ou de les vendre, et il devra retransporter ces marchandises dans le lieu d'où il les a apportées. (Décision du recez de \ 391, prise ad référendum,)

« Les villes sont convenues d'observer l'article suivant, tel qu'il est écrit dans les anciens recez, savoir : que nul patron ne devra mettre à la voile et partir d'un port où il se trouvera, après le jour de la Saint-Martin, soit avec chargement, soit sur lest; mais si avant ce jour il était parti du lieu où il avait chargé, et qu'il fût arrivé en quelque port de la Norvège ou dans quelque autre pays, il pourra remettre à la voile pour le lieu où il avait intention de se rendre. Néanmoins, s'il arrivait que quelque navire eût pris, avant le jour de la Saint-Nicolas, un chargement complet de bière ou de harengs (on ne parle plus de morue), le patron

1 . On retrouve la môme disposition dans les statuts maritimes de Hambourg de 1276, et de Lubeck de 1299. Comme la question des hivernages fut toujours fortement controversée à cause de la situation diverse des villes hanséatiques éparpillées dans des pays plus ou moins tempérés, nous avons cru devoir rassembler ici les principaux textes qui y sont relatifs, et notamment transcrire le recez de 1417, qui semble avoir concilié les intérêts locaux et établi un système définitif et uniforme.

274 UfcUXIÈME PEKIODK.

pourra faire voile vers le marché pour lequel il esl affrété, pourvu qu'il affirme sous serment qu'il n'a à bord aucune autre marchandise que de la bière et des harengs.

« En outre, il est interdit aux patrons de navires qui auront hiverué de mettre à la voile avant la fête de la Chaire de saint Pierre ^vingt jours après la Purification ou Chandeleur), à moins que le chargement ne consiste en harengs ou en bière, car dans ce cas le patron pourra partir à la Chandeleur; et lorsqu'un patron restera ainsi dans le port, le négociant ne sera tenu de donner aucun fret s'il veut décharger ses marchandises. Néanmoins ou pourra, pendant ce temps de la mer close, mettre à la voile pour F intérieur (ce qu'il faut entendre de la navigation des fleuves et même du petit cabotage d'un port à un autre) avec de petits navires de 24 lastes au plus. Si quelque patron ou négociant d'une des villes hanséatiques contrevient à ce qui vient d'être dit, quel que soit le'port ou 'la ville dans lequel il arrive, le navire et la marchandise seront confisqués. Si le patron ou le négociant n'appartient point à une ville hanséatique, nul bourgeois ou étranger domicilié ne pourra acheter son navire ou ses marchandises sous peine de confiscation ; mais si de cette manière le patron conserve son navire, nul ne pourra lui donner de chargement pendant le délai d'une année.

« En outre, lorsqu'un patron arrivera dans un port après la Saint-Martin, il devra apporter avec lui une lettre servant à prouver à quelle époque il avait commencé à charger et &e trouvait prêt à partir avec un chargement complet. (Décisions empruntées au recez de 1417.)

« Aucun patron ne devra faire voile pour la Livonie avec des marchandises précieuses après la Saint-Michel , sous peine d'un marc d'or d'amende. (Recez de 1470.)

« S'il arrivait , ce qu'à Dieu ne plaise, qu'un navire fît

naufrage en mer, les matelots et les booseinans (mot tiré du plat allemand, qui signifie tantôt pilote, tantôt contremaître, officier d'équipage) seront tenus d'aider le négociant à sauver ses marchandises le mieux qu'ils pourront et qu'ils en seront capables ; et pour cela on devra leur donner un salaire équitable * c'est-à-dire que s'ils ne peuvent tomber d'accord avec le patron et les négociants, le différend devra être vidé dans la première ville hanséatique pu ils arriveront ou devant les doyens des comptoirs; et l'on donnera à chacun ce qu'il paraît avoir mérité, après avoir entendu le patron et les négociants qui y étaient présents : quiconque n'aura pas travaillé n'aura rien.

« S'il arrivait aussi que quelque matelot ou bosseman ne voulût point faire tout ce dont il est capable pour aider un marchand à sauver sa marchandise, comme il vient d'être prescrit, dès que les patrons ou les marchands porteront à ce sujet leur plainte devant les magistrats de la ville hanséatique ou devant les doyens du comptoir du premier lieu où ils aborderont, comme il est écrit ci-dessus, il sera statué par les magistrats de la ville ou par les doyens du comptoir d'après la déclaration des patrons ou des négociants témoins de l'événement, ainsi qu'il est dit ci-dessus, afin que la décision qui sera prise serve d'exemple aux autres et leur apprenne qu'ils sont obligés de travailler à sauver les marchandises des marchands, ainsi qu'il conviendra. (Recezdel4i2.)

« Si un patron se trouvait en danger en mer avec son navire et ses marchandises, et que ses matelots ou bossemans ne voulussent point l'aider ou l'abandonnassent, en sorte que le patron portât plainte, dans le cas où l'un d'entre eux serait arrêté dans une ville hanséatique ou dans l'étendue de la juridiction de quelque comptoir, on devra l'enfermer dans la tour et l'y retenir deux mois au pain et à l'eau ;

176 UKtXlKMË PÉRIODE.

si, par la suite, il se rendait de nouveau coupable du même délit, on devra le tenir trois mois au pain et à Veau dans la tour et lui appliquer en même temps une marque à l'oreille, afin qu'il serve d'exemple aux autres et qu'ils se gardent d'agir de même. (Recez de 1418.)

« Il est interdit de donner aux frères vitaliens aucun secours ni assistance en armes, munitions de guerre, vivres ou quelque autre chose que ce soit; celui qui s'en rendra coupable sera puni ainsi qu'il appartiendra. (Recez de 1418.)

« Tout patron qui charge du blé sera tenu de faire un accord avec ses matelots et bossemans pour qu'ils remuent ce blé aussi souvent qu'il sera nécessaire et d'en assurer l'exécution dans son navire. S'il y avait de la négligence à cet égard, le patron en répondra. Chaque fois que le blé sera remué, le négociant devra donner aux matelots et aux bossemans, par chaque laste, deux gros flamands et demi. (Recez de 1412,1417,1418.)

« Relativement au chargement et à la construction des navires, il est convenu que l'on ne devra construire aucun navire de plus de 100 lastes de harengs, et qu'étant chargés, ils ne devront pas tirer plus de six aunes lubeckoises d'eau ; chaque bâtiment, pendant qu'il sera encore sur le chantier et avant qu'il soit lancé à l'eau, devra être marqué des armes de la ville où il aura été construit, à l'avant et à l'arrière, par des experts jurés1.

« Dans toute ville où l'on construit des navires, les magistrats devront établir des experts jurés qui devront être présents lorsque l'on commencera à construire un navire,

\ . Apparemment cette dernière mesure n'avait d'autre but que de constater la nationalité; chez nous, conformément à un décret de vendémiaire an [1, le navire, au moment de recevoir la francisation, est marqué des numéros indiquant le port auquel il appartient.

y rester jusqu'à ce que le navire soit prêt, et veiller, sous la foi de leur serment, à ce que le navire soit bien et loyalement construit avec du bois et du fer, et à ce qu'il ne soit pas livré à la mer dans le cas où des défauts y seraient découverts. S'il arrivait que quelque charpentier construisît un navire qui fût plus grand ou qui tirât plus d'eau qu'il n'est prescrit, ce navire sera retenu par la ville, afin que personne ne l'achète; et si un patron avait arrêté d'avance la construction d'un navire en contravention à la mesure cidessus prescrite, le traité sera de nulle valeur.

« Tout navire qui aura été construit et sera demeuré deux ans sur le chantier ou dans l'eau sans naviguer, sera détruit et ne pourra être admis à mettre en mer.

« Dans toutes les villes où l'on charge des navires, la ville devra veiller à ce qu'ils ne soient pas trop chargés, quelle que soit leur grandeur; et la même obligation est imposée aux doyens du comptoir où cela est nécessaire.

« Si Ton pouvait convaincre quelque patron d'avoir surchargé son navire, et s'il en était résulté des dommages, il sera tenu de les réparer à ses frais personnels. De même, si un navire avait été surchargé et que néanmoins il accomplît la traversée sans dommage, le patron devra payer à la ville hanséatique ou aux doyens du comptoir dans le lieu où il arrivera , une somme équivalente au fret qu'il aura gagné par chaque laste qu'il pourra être convaincu d'avoir surchargé. (Décisions prises ad référendum en 1412.)

« Nul ne devra prêter à la grosse sur le corps et quille du navire; s'il arrivait que quelqu'un prêtât ainsi, l'argent sera confisqué, moitié au profit des villes unies et moitié au profit de la ville ou du comptoir où la ville abordera ; et le patron qui aura ainsi emprunté de l'argent devra payer un marc d'or, dont moitié sera au profit de la ville ou du comptoir où le navire abordera, et moitié aux villes unies;

cette disposition commencera à être en vigueur le jour de la Saint-Michel prochain. (Recez de 1418.)

« Aucun patron hanséalique ne devra charger des marchandises sur le tillac ou dans la chambre.

« De même , tout patron qui a un navire de 100 lastes devra avoir et embarquer dans ce navire vingt cuirasses d'homme (pour la défense), sous peine d'un marc d'or chaque fois qu'il sera trouvé en contravention ; et tout navire plus grand ou plus petit devra en avoir un nombre proportionnel à bord, eu égard à sa capacité.

« Chaque ville hanséalique, ainsi que les chefs des comptoirs en Flandre et en Angleterre, devront veiller à l'exécution de cette mesure; et lorsque des navires y arriveront, les patrons devront être interrogés sous serment. (Recez de 1447.)

« S'il arrivait qu'un patron hanséalique fît sciemment voile contre le gré et à l'insu de ses négociants vers un port autre que celui pour lequel il est frété, et qu'il y vendît les marchandises de ceux-ci sans leur permission ou leur ordre, dans le cas où il serait ensuite rencontré dans une ville hanséatique, il sera condamné à la peine capitale et il ne devra lui être donné asile dans aucune ville de la confédération.

« Lorsqu'un patron aura jeté des marchandises à la mer, il ne devra rien décharger à sou arrivée avant qu'une vérification ait été faite par les magistrats de la ville ou par les chefs du comptoir du lieu où il sera arrivé, à l'effet de s'assurer si ou non il était trop chargé, sous peine d'une amende d'un marc d'or.

» S'il arrivait qu'un navire ou des navires se perdissent et que tout ou partie de la cargaison fût sauvée, il est arrêté que le négociant devra payer le fret des choses qu'il aura pu recouvi rr, ou qu'il aura la faculté de les abandonner pour le fret, s'il le veut.

« Si un patron se perd avec un navire chargé pendant la première moitié de la traversée ou du voyage pour lequel il est frété, il devra avoir le demi-fret des marchandises qui seront sauvées. Mais s'il se perd dans la seconde moitié de la traversée, il devra recevoir davantage en proportion de ce dont il aura dépassé la moitié.

« Gomme il y a eu des contestations entre les négociants et les patrons hanséatiques au sujet des dépenses résultant des salaires des locmans et des frais de pilotage, pour savoir qui des uns ou des autres était tenu de les payer, les villes ont arrêté à cet égard que ces dépenses seront payées moitié par les négociants et moitié par le patron. Tout patron, lorsqu'il arrivera devant un port avec les marchandises d'un négociant, sera tenu de prendre, où il pourra en avoir, un locman qui le conduise dans le port, sous peine d'une amende d'un marc d'or.

« Comme il est souvent arrivé que des patrons hanséatiques , faisant voile de conserve vers l'Est ou l'Ouest, s'étaient obligés par serment, sur leur honneur et leur foi, à rester ensemble, ainsi que cela est d'usage (pour plus de sécurité), et que néanmoins ces obligations ont été violées au grand dommage du commerce et des autres patrons hanséatiques; pour apporter remède à ce désordre, les villes upies ont arrêté que toutes les fois qu'un patron, qu'il soit ou non chef de conserve, sera convaincu parle témoignage de deux ou trois patrons ou négociants, de s'être à dessein séparé d'un convoi avec lequel il s'était obligé de naviguer, et sans qu'il y fût forcé par une force majeure notoire, tempête ou gros temps, il payera une amende d'un marc d'or, et sera en outre privé pendant un an des privilèges hanséatiques. (Recez de 1447.)

« Tous les matelots qui naviguent moyennant gages et portées, et qui sont nourris par le patron, ne doivent jamais

s'éloigner du navire sans la permission du patron ou du contre-maître. » (Recez de 1441.)

Autant sont nombreuses les mesures prises par la Ligue dans l'intérêt de son commerce et de ses rapports extérieurs, autant des mesures semblables sont demeurées rares eo ce qui concerne le mouvement national, l'industrie et la prospérité des villes et territoires qui composaient cette confédération.

Ce phénomène s'explique par la prétention absolue de chaque ville à disposer d'elle-même, et à légiférer seule sur ses affaires locales; ensuite aussi par la préoccupation constante de la Ligue, qui, en la détournant de l'intérieur, la ramenait incessamment vers la source de sa fortune, vers les opérations gigantesques dont l'Est et l'Ouest faisaient tous les frais. Qu'importait aux Hanséates la production intérieure? Ce n'était pas là leur véritable domaine, leur spécialité, et ils ne demandaient de bénéfices qu'à leur commerce d'intermédiaires, qu'au rapprochement de deux extrémités par l'échange des ressources respectives?

Pourvu que ce rôle ne leur fût pas enlevé, ils étaient contents, et ils y consumaient toute leur intelligence, toute une ardeur fiévreuse. Mais c'est trop dire peut-être, et avec la perspicacité qui leur était propre, ils devaient s'apercevoir, et ils s'aperçurent que leur patrie renfermait des germes qui pouvaient être fécondés, et , en se développant, grossir la masse des marchandises, et grossir en même temps leurs revenus.

Nous avons déjà présenté pour la première période un aperçu de l'activité domestique des Hanséates ; dans la période présente, le tableau n'a pas changé dans ses lignes principales, mais son cadre s'est élargi; n'était-il pas naturel d'ailleurs que l'agrandissement des affaires au dehors, que

la multiplication des voies de communication au dedans, accrussent l'intensité du travail indigène?

Au premier rang de l'industrie hanséatique, il convient toujours de ranger la fabrication de la bière, du vin, des toiles et des draps, nous voulons parler des draps les plus grossiers, qui, manufacturés dans la Saxe inférieure, trouvaient leur principal débouché en Russie, car les draps plus fins de l'Angleterre et de la Flandre s'étaient introduits partout, voire même en Allemagne.

A part leurs draperies nationales, les Hanséates s'adonnaient aussi avec un certain succès et une certaine habileté à la tonte, àl'apprêtage et à la teinture des étoffes étrangères, notamment des étoffes anglaises, et il existe même un règlement hanséatique qui défend le transport d'une ville à une autre ville ou contrée de draps non encore passés par la • teinture.

Les minières de leur propre sol, celles de la Suède, de la Bohême, de la Hongrie leur fournissaient des métaux qu'ils faisaient servir à des ustensiles de toute espèce, et avec lesquels furent fondues la plupart des anciennes cloches que Ton rencontre dans le Nord.

D'autres travaux furent accomplis encore dans le sein des corporations, dont les statuts égoïstes n'étaient pas de nature cependant à influer puissamment sur l'extension et les progrès de l'industrie; mais après tout, la haute main exercée par les Hanséates sur les marchés extérieurs assurait même à des produits imparfaits un placement facile.

Une industrie des plus importantes, celle qui employa le plus de bras et fît le plus de progrès sous l'empire de nécessités impérieuses, avait pour objet les constructions maritimes.

La forme donnée aux corps de navires dans les chantiers variait selon le genre de navigation auquel ils étaient destinés.

Les navires appelés au cabotage du Zuydersée et d'autres parages où la mer a peu de profondeur, exigeaient peu de carène, mais une ampleur qui leur donnât une assiette sur les flots et leur permit de résister aux coups de vent; et cette proportion primitive pouvait être accrue à l'aide de deux appendices, affectant la forme d'ailes, qui s'attachaient à leurs flancs et s'étendaient ou se reployaient à volonté, tandis que les navires consacrés à des expéditions lointaines recevaient un tirant d'eau plus considérable, une quille plus profonde qui fixait mieux vers le fond de la cale leur centre de gravité, et assurait ainsi leur équilibre au milieu d'une mer orageuse.

Certes, si la construction de vaisseaux rentrait dans les exigences absolues du commerce des Hanséates, les éléments . de cette construction, c'est-à-dire les matériaux et les ouvriers, ne leur firent pas non plus défaut, et rien n'eût empêché que cette industrie pourvût non-seulement à leurs propres besoins, mais encore à des besoins étrangers. Aussi la prohibition de construire dans leurs ports des navires destinés à des non Hanséates doit-elle être attribuée bien moins à l'insuffisance de leurs moyens qu'à un sentiment de crainte et de jalousie.

La campagne se ressentit aussi bien que les villes, dont elle était cependant indépendante, de l'extension des rapporté commerciaux de la Ligue, et sa sollicitude pour l'agriculture, pour la production de certaines substances textiles, pour l'éducation des bestiaux, pour les pêches intérieures et pour la sylviculture, devait être singulièrement entretenue par les besoins insatiables des communes et par des bénéfices considérables, amoindris seulement par cette obligation d'étape qui pesait assez généralement sur les producteurs ruraux.

Les céréales, notamment, paraissent avoir beaucoup

occupé les laboureurs, et avoir été en grandes quantités introduites dans les villes, où tantôt elles étaient consommées, tantôt aussi dirigées avec ou sans transformation sur les empires du Nord et môme sur les contrées occidentales.

Les points de départ les plus importants des exportations de blé se trouvaient en Prusse, en Livonie, dans les villes vendes, sur le cours de l'Elbe et du Wéser.

Nous partageons le regret des historiens qui déplorent que la pénurie ou plutôt le silence des sources hanséatiques ne permette pas de pénétrer le ressort, la modalité du commerce, qui se faisait dans le sein de l'Allemagne.

Tout ce que l'on sait, c'est que les Hanséates se conféraient volontiers entre eux le droit de bourgeoisie dans leurs foyers respectifs, s'affranchissaient réciproquement de certaines sujétions imposées aux étrangers, et travaillaient sans relâche à l'établissement de voies de communication intérieures, ce qui caractérise bien des relations plus suivies, mais n'éclaire pas encore sur la nature même de ces relations.

Il est certain aussi que les villes maritimes devaient répandre sur la surface du pays les produits qu'elles se procuraient à l'est, au nord, et à l'occident de l'Europe, et accueillaient à leur tour les marchandises que leur apportaient les villes continentales; car, ou bien ces dernières se rendaient directement aux factoreries de la Ligue, ce qui était le cas le plus rare, ou bien elles s'adressaient aux villes maritimes, qui tantôt leur vendaient ou leur louaient des navires, tantôt aussi se chargeaient complètement de leurs intérêts, en transportant leurs articles sur les marchés étrangers, et leur en retournant d'autres.

Et il n'y avait pas de relations qu'entre les membres mêmes de la Ligue; car la Bohème, la Hongrie, la Silésie, la

Pologne, la Lithuanie, leur ont été également accessibles, et plusieurs villes de ces contrées, telles que Cracovie et Breslau, firent même pendant quelque temps partie de la confédération.

L'envahissement des Hanséates rencontra une plus grande résistance du côté de la haute Allemagne, qui, douée ellemême d'une activité propre, s'était mise en contact direct avec les Pays-Bas, la Hongrie, l'Italie, et justifiait par sa concurrence l'inimitié profonde qui divisait ces deux portions d'un même empire.

Il est donc probable que leurs relations se seront strictement bornées à^l'échange des produits qu'elles ne pouvaient pas se procurer d'un autre côté, et que les Hanséates auront, par exemple, fourni aux méridionaux diverses sortes de poissons et d'articles de provenance septentrionale.

Quoi qu'il en soit, les regards des Hanséates demeuraient surtout fixés sur leurs vastes spéculations d'intermédiaires, et sur les monopoles qui en étaient comme le fondement.

Ces monopoles, envisagés à la lueur des temps où ils furent créés, ne peuvent paraître ni superflus ni beaucoup trop excessifs; surtout quand on songe que, même depuis, alors que le commerce a pris cependant des allures plus franches, plus dégagées, plus libres, des nations marchandes n'ont pas craint de viser au même résultat par des voies seulement plus détournées.

En somme même, ces monopoles, si indispensables aux Hanséates, sont loin d'avoir été préjudiciables aux peuples du Nord, quoi qu'aient pu prétendre quelques auteurs, zélés patriotes, qui n'ont pas vu qu'à ces époques leurs patries étaient impuissantes, par l'état de leur marine, à atteindre des marchés éloignés, et que ce sont les Hanséates précisément qui ont donné le branle à leurs puissantes ressources.

Il serait plus facile encore de justifier ces derniers, s'ils n'avaient pas usé quelquefois de leur autorité avec une morgue et une insolence qui indisposa les nations, déjà suffisamment blessées de leur joug commercial.

Mais, tels quels, les monopoles, les privilèges et les entreprises des Hanséates survivront dans l'histoire comme un témoignage de leur génie, de leur courage, de leur labeur, et comme un enseignement mémorable pour leurs futures générations !

Combien les temps sont changés, et quelle dissemblance entre les ancêtres et leurs descendants ! Ceux-là, exagérant plutôt que restreignant la liberté humaine et individuelle, en étendaient les limites jusqu'au désordre, et en tout cas jusqu'à l'indépendance, et lui sacrifiaient volontiers les intérêts quelquefois précieux, attachés à la subordination, à la renonciation de soi-même ; cenx-ci, tout en ayant conservé l'amour de l'individualité territoriale, semblent avoir renoncé à l'individualité de la personne, courbent leurs têtes intelligentes mais dociles sous deux maîtres, dont l'un s'appelle prince, roi, duc ou comte, et l'autre la Confédération germanique, et ne connaissent pas de plus beau fait que l'obéissance, ni de plus belle théorie que celle de la soumission; ceux-là ne se bornaient même pas à être les maîtres chez eux, et dictaient la loi à bon nombre de peuples étrangers, tandis que ceux-ci ont eu quelquefois la douleur de voir fouler leur sol par des armées ennemies; mais il faut rendre à ces derniers la justice, qu'impuissants à agrandir leur territoire, ils* se sont créé au moins de nouvelles voies dans le domaine des idées, et y ont fait des conquêtes, au partage desquelles toutes les nations sont admises; les Allemands ont ainsi, à un intervalle plus ou moins long, projeté sur leur pays l'éclat des armes et l'éclat de la pensée-, ce que nous souhaitons sincèrement à cette

nation qui a toutes nos sympathies, c'est de se nationaliser un peu, de ne pas oublier la patrie pour le cosmopolitisme, d'unir l'action à la spéculation, de reprendre l'énergie ei l'indépendance des aïeux, sans cesser d'aimer la justice, la modération et le devoir !

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