‹ Histoire commerciale de la Ligue HanséatiqueChapitre 15 sur 26 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ceux qui étudient avec intérêt la constitution de la Ligue, ne voient pas sans étonnement et sans peine qu'une agrégation d'éléments aussi nombreux et aussi vitaux ne se soil dégagée des liens qui la rattachaient à tant d'espèces de seigneurs, et ne soit pas parvenue à se transformer insensiblement en puissance indépendante, en une république commerciale.

Au lieu d'aller s'éteindre vers la fin du seizième siècle, et d'échouer contre la puissance grandissante des rois, contre le zèle infatigable des Pays-Bas, contre l'audace de l'Angleterre, elle eût pu, en saisissant un moment opportun pour opérer cette fusion, en s'inspirant de l'esprit nouveau, en s'imposant les sacrifices nécessaires, échapper au vaisseau chancelant de l'Empire, et prolonger son existence de plusieurs siècles.

Mais les Hanséates subirent le châtiment réservé à tous ceux qui, n'acceptant aucun conseil des temps et des circonstances, se retranchent opiniàtrément derrière des systèmes usés; ils expièrent aussi cet égolsme local qui contestait toute autorité et refusait tout concours à la Ligue, quand il était lui-même hors de cause.

Il faut cependant, pour être juste, reconnaître que le hasard et les événements imprévus, qui déjouent parfois les

combinaisons les plus profondes, ont pu pour leur part concourir à la dissolution d'un corps, qui était lui-même l'œuvre du hasard, qui était né par suite de circonstances également imprévues, à la formation et au développement duquel ne présidèrent ni des calculs bien longs, ni des précautions bien délicates.

D'ailleurs, où la Ligue aurait-elle pris l'exemple d'une transformation, d'une unité, qui pouvait devenir son aucre de salut? autour d'elle peut-être? dans cette Allemagne si déchirée et si divisée? chez les peuples voisins, dont elle avait si habilement exploité les dissensions intestiues? Mais le moyen âge n'a pas connu d'Étal dont le gouvernement concentrât en lui-même les forces vives de toutes les parties, et jpassàt sur toutes les têles le niveau de l'égalité; il n'a connu que des sociétés imparfaites, soutenues faiblement par des rapports de vassalité, des liens religieux, des institutions hiérarchiques, et ébranlées par les luttes à mort entre le temporel et le spirituel; les esprits de celle époque, sans excepter les Hanséates, étaient tournés à la révolte; ils n'entendaient par liberté que la licence d'agir chacun à sa guise, sans contrainte et sans contrôle, et l'ordre, le bon accord, la soumission à une volonté commune, leur semblaient les équivalents de l'esclavage.

Mais à supposer que l'idée d'une centralisation complète fût venue aux membres de la Ligue, sa mise à exécution n'offrait-elle pas les plus sérieuses difficultés ? Est-il besoin de rappeler que les villes hanséatiques étaient répandues sur une surface immense, et séparées souvent entre elles par des intervalles considérables, qu'occupaient des seigneurs ennemis, jaloux et puissants?

Les communes italiennes, beaucoup plus rapprochées les unes des autres, eurent plus facile d'écraser les suzerains intermédiaires, et de fonder sur leur défaite une association

compacte; et quant à la république helvétique , elle sortit pour ainsi dire toute faite de la conformation de son sol, et de la haine des Suisses contre l'Autriche.

Il y a lieu donc d'admirer les Hanséates, qui, malgré les vices de leur constitution, ont su s'élever à une si grande puissance, à de si grandes richesses, à des résultats tellement extraordinaires que la postérité n'en perdra jamais le souvenir.

Ce qui corrigea ces vices, ce qui assura les succès, ce furent, à côté des qualités et aptitudes incontestables des Hanséates, des hasards heureux, l'influence (l'un danger imminent, une secrète aspiration vers un ralliement général, les défectuosités des constitutions contemporaines, le courage, les sacrifices et le dévouement de quelques cités généreuses.

Voilà ce qui permit aux Hanséates de parvenir à la réalisation de leurs tendances, tendances qu'il convient maintenant d'examiner de plus près, avant d'étudier l'organisation qui devait y répondre.

Or il résulte des pactes fédéraux de cette période, et il était permis de conclure de la période précédente, que la raison déterminante comme la raison dernière de toutes les associations, formées toujours pour un laps de quelques années seulement, mais constamment prolongées par les circonstances, résidait dans le principe que l'union fait la force, dans le besoin de pouvoir compter sur un appui mutuel , à une époque où l'on était sans protection aucune abandonné à des attaques incessantes.

L'association la plus ancienne de notre seconde période remonte à 1402, et fut conclue entre les villes de Wismar, Lubeck, Hambourg, Rostock, Stralsund, Greifswald, Lunebourg et Stettin; cette ligue partielle, qui ne servit d'ailleurs qu'à des usages temporaires, fut comme l'avant-coureur de

la Ligue de 1418, qui s'étendit à toutes les contrées de la Hanse teutonique. Les villes confédérées déclarent vouloir s'associer pour la plus grande gloire de Dieu et pour la conservation de la paix dans les villes et les campagnes, envers et contre tous, à l'exception cependant du roi de Rome, que l'on voulait sans doute gagner ou endormir par cette clause artificieuse, empruntée aux pactes italiens. Elles s'engagent aussi à remplir envers leurs seigneurs légitimes toutes les obligations qui seraient véritablement à leur charge. Entre elles, elles se promettent les rapports les plus bienveillants et la communication de toutes les circonstances qui mériteraient d'être signalées à l'une ou à l'autre.

Pour le cas où un des membres de la Ligue, ou bien plusieurs, ou tous seraient attaqués, ils se doivent fidélité et assistance, et reconnaissent à chacun d'eux le droit d'intervenir dans la querelle et de l'apaiser, soit par voie d'arrangement à l'amiable entre les parties, soit par voie d'arbitrage. Si cette intervention n'aboutit pas, la commune assaillie devra informer de sa détresse les quatre communes de la Ligue les plus voisines, lesquelles auront à interposer leurs bons offices, et pourront, si elles se trouvent impuissantes, réclamer le concours de quatre autres alliées; que si les démarches collectives de ces huit localités devaient rester également infructueuses, celles-ci en préviendront la corporation tout entière, qui ne pourra pas refuser son appui après d'aussi nombreuses tentatives de réconciliation.

Les communes requises auront à faire connaître dans un délai de quinzaine, à partir de la communication, si elles entendent fournir leur contingent en argent ou en troupes. Si elles s'arrêtent à ce dernier parti, elles devront, dans un nouveau délai de quinzaine, faire parvenir à leurs frais et à leurs risques le nombre de soldats déterminé par la matricule jointe au pacte, à la commune menacée, qui de son côté

pourvoira pendant tout le temps des hostilités au foin, aux vivres et à la ferrure des chevaux.

Si elles optent pour un subside en argent, ce subside sera calculé sur le pied de vingt marcs ou de dix marcs par semestre pour chacun des hommes de guerre obligatoires, selon qu'il s'agira d'un soldat complètement équipé ou d'un simple tirailleur, et devra être régulièrement payé à la ville secourue dans le courant du premier trimestre.

On laisse à cette dernière la direction des secours; quant au butin, aux places conquises, aux prisonniers pris sur l'ennemi, le partage s'en fait en général proportionnellement au contingent fourni.

La matricule de ce pacte impose à chacune des villes de Lubeck, Brème, Hambourg, Cologne, 20 hommes équipés et 10 tirailleurs; aux villes livoniennes collectivement, 30 hommes équipés et 10 tirailleurs; aux villes prussiennes collectivement aussi, 40 soldats de la première espèce et 10 de la seconde; puis elle descend à d'autres proportions, en Rattachant à l'importance relative des alliés.

Il est bien entendu que les contingents entiers ne seront armés qu'en cas de besoin.

On convient, en outre, que si un conflit vient à éclater entre deux membres de la Ligue, le règlement de ce différend n'appartiendra en aucun cas aux seigneurs territoriaux ou à d'autres princes, dont il est défendu aux contendants de réclamer l'intervention; ils devront, au contraire, s'adresser à Lubeck, qui chargera quatre autres villes de les mettre d'accord; si les parties ne dénoncent pas elles-mêmes la difficulté survenue, leurs voisines sont chargées d'en instruire la cité de Lubeck.

Aucun traité de paix ne pourra être conclu entre une ville et son ennemi sans que les autres alliées en soient prévenues et y donnent leur consentement, pourvu cependant

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que le désaccord se produise dans le laps de douze ans, fixé pour la durée de la présente Ligue, ou ait au moins sa cause dans l'association elle-même.

Cette association laisse subsister intactes toutes celles qui pourraient déjà exister entre tel ou tel de ses membres ou même tous ses membres réunis.

L'infraction de la part d'une ville à l'une ou l'autre de ces dispositions entraîne contre elle une amende de cent marcs d'argent.

Le but si visible auquel tend le pacte de 1418 se trouve renouvelé dans les pactes subséquents, où il emprunte quelquefois même des expressions déjà précédemment employées.

D'après le pacte de 1443, qui ne s'occupe ni des villes orientales, ni des villes occidentales, les alliés se divisent en trois fractions, auxquelles présideront Hambourg, Magdebourg et Lubeck, qui de concert avec quelques localités de leur ressort veilleront, pour la meilleure expédition des affaires, aux mêmes intérêts confiés par le pacte précédent à quatre ou buit des villes les plus avoisinantes.

La ville de Lubeck est cette fois seule astreinte au contingent le plus élevé de vingt hommes complètement équipés; les villes trop éloignées du théâtre de la guerre fourniront un subside mensuel de six marcs par homme.

Elles entendent toutes assurer collectivement la sécurité des routes marchandes de l'empire, et chaque circonscription dans le rayon de laquelle quelque citoyen des villes alliées aurait été fait prisonnier, ou quelques-unes de ses marchandises saisies, promet de poursuivre sans relâche la restitution des marchandises ou des prisonniers, et la réparation du dommage, dont les auteurs demeureront exclus des villes hanséatiques jusqu'à ce qu'ils aient donné satisfaction.

Au cas où une émeute viendrait à éclater au sein d'une commune, les communes voisines, et au besoin toutes les communes composant cette Ligue, seront tenues d'y envoyer leurs mandataires pour rétablir l'ordre; que si une gild de l'endroit avait participé à l'insurrection, elle perdait par là même ses droits.

La durée de ce pacte, qui contient encore quelques autres clauses déjà connues, est fixée à six années, et sa prorogation sera discutée six mois avant l'expiration de ce terme.

L'acte solennel qui en est dressé est coupé en trois portions, qu'on répartit entre chacune des trois capitales chargées de conserver le fragment qui leur revient.

Vient le pacte de i450, conclu pour la môme période d'années, renouvelable à la même époque, constaté de la même manière que le précédent, et s'appliquant à un nombre de cinquante-trois ou cinquante-quatre villes, parmi lesquelles ne figurent pas les villes du Nord-Est.

Il classe les confédérés en trois groupes, qui seront présidés l'un par Lubeck, l'autre par Magdebourg et Brunswick, et le troisième par Munster, Wesel, Deventer et Pa* derborn.

Beaucoup de ses dispositions ne sont que la reproduction des précédentes, d'autres méritent une mention spéciale.

Les villes alliées se promettent mutuellement assistance sur les routes contre les seigneurs, chevaliers, écuyers, gens sans aveu, incendiaires, brigands et autres ennemis du commerce et de l'agriculture.

Que si la commune la plus voisine du lieu où les violences ont été exercées, ou la commune dans laquelle séjourneraient ces perturbateurs, étaient impuissantes à faire rendre justice aux victimes, on en informera la présidente du cercle, qui, de concert avec quelques villes, décrétera des mesures obligatoires pour tous les membres de ce cercle.

Et même, si dans cette délibération une attaque avait été résolue contre les biens et le château fort de l'offenseur, tous les membres de cette Ligue seront obligés de fournir leur contingent conformément aux indications de la matricule. La ville de Lubeck, qui est la plus fortement imposée, équipera vingt hommes de guerre -, les villes les moins imposées, à savoir Elbourg et Duisbourg, n'en équiperont qu'un seul.

Les villes et les châteaux pris appartiendront à la commune assistée; mais les quatre villes les plus voisines prononceront sur la question de savoir si une indemnité est due aux auxiliaires.

Au cas où une ville serait attaquée par un seigneur ou tout autre en raison même de l'association ou de la protection que celle-ci accorde aux négociants et aux laboureurs, la présidente de la circonscription à laquelle appartient cette ville concertera avec quelques autres communes du ressort des moyens de défense auxquels tout le groupe devra adhérer; mais si elle trouve les forces dont elle dispose insuffisantes pour repousser l'attaque, elle appellera à son secours le cercle le plus voisin, et au besoin même le troisième cercle.

En présence du danger dont la Bohême menace actuellement les villes, celles-ci reconnaissent et proclament la nécessité de combiner tous leurs efforts.

Aucune réconciliation séparée ne peut avoir lieu avec l'ennemi.

Toute infraction aux décisions de ce pacte entraîne une amende de cinq marcs d'or, dont moitié appartient à la commune attaquée et moitié au groupe qui poursuit le recouvrement de cette peine pécuniaire.

Tant que cette amende ne sera pas payée, les habitants de la commune fautive pourront être eux et leurs biens saisis

par les confédérés, et la commune récalcitrante être même exclue de la Ligue.

Les capitales des trois quartiers ont la mission de faire en sorte que les communes de leurs ressorts respectifs accèdent à la confédération.

A côté de ces ligues générales, il y eut des ligues particulières, conclues entre des villes que le voisinage et des intérêts communs unissaient plus étroitement; mais que les associations fussent particulières ou générales, leur langage différait peu, et leur but était le même.

Ce but, que nous avons déjà annoncé, et que signale aussi la série des actes dont nous venons de passer la revue, consistait donc à garantir par une force collective tant les marchands contre les embûches qu'on leur dressait sur les voies de communication, que les villes ou les associations ellesmêmes contre les attaques attentatoires à leurs libertés et à leurs droits.

A côté de ce souci, les mêmes documents en révèlent un autre encore qui témoigne de la sollicitude des Hanséates pour le respect dû aux autorités municipales, pour le maintien de Tordre, pour la compétence exclusive de la Ligue en tout ce qui concernait les affaires intérieures de ses membres.

Cependant il était deux autres préoccupations encore que l'on ne confiait pas en termes formels au papier, parce qu'elles pouvaient être compromettantes, mais qui ne faisaient pas moins leur chemin dans les âmes ambitieuses et tenaces des intéressés; d'une part, en effet, les Hanséates travaillaient avec ardeur à l'extension de leurs privilèges et à la conquête des monopoles au dehors, comme le prouvent implicitement leurs règlements commerciaux; d'autre part enfin, ils s'appliquaient à agrandir les franchises et l'indépendance qu'ils avaient su acquérir déjà dans, leurs en~

ceintes urbaines, et à cette fin ils recouraient à une méthode habilement conçue, c'est-à-dire que les Hanséates s'engageaient entre eux, comme nous l'avons vu, à ne reconnaître dans les difficultés qui surgiraient entre telle ou telle de leurs villes et son seigneur d'autre arbitrage que celui de la Ligue; et il arrivait alors qu'un conflit venant à éclater, la Ligue s'en rendait juge, prononçait naturellement contre le seigneur trop faible pour résister à cette force collective, et sous le prétexte bénin de défendre seulement les droits concédés et légitimement acquis, en reculait au contraire indéfiniment les limites. Et maintenant que nous avons divulgué les vœux, les projets et les tendances de la ligue Hanséatique, nous passons à sa constitution intérieure.

Le pouvoir central de la Ligue résidait aux mains des mandataires des villes confédérées légitimement réunis dans les diètes ; ces diètes concentraient en elles le pouvoir législatif, judiciaire et exécutif; en effet, c'étaient elles qui faisaient la loi, qui prononçaient en dernier ressort sur les litiges qui naissaient, soit entre les Hanséates pris individuellement, soit entre des communes hanséatiques , soit entre ces dernières et des étrangers, et qui assuraient enfin l'exécution au moins médiate de leurs sentences.

A ce point de vue donc, et à ne s'en tenir qu'à la forme, l'unité n'était pas aussi absente de la Ligue que nous semblions le dire précédemment.

Il n'y avait pas d'endroit légalement fixé pour les séances du congrès; tantôt et le plus souvent, nous le voyons assemblé à Lubeck, tantôt aussi à Brème, Hambourg, Lunebourg, et surtout dans les villes de la Baltique; il fallait bien faire droit quelquefois aux réclamations de certaines localités, se plaignant des inconvénients et des frais considérables de députation qu'entraînait pour elles le trop grand éloignement du siège des réunions.

11 existe même des exemples de diètes tenues à l'étranger, en Norvège, par exemple, ou dans le Danemark, ou en Suède, ou dans les Pays-Bas; et le besoin de conclure un traité, de se rapprocher de certaines villes en révolution pour y rétablir l'ordre, de secourir plus efficacement quelque factorerie menacée, les dangers que présentaient certaines routes à des époques diverses, toutes ces circonstances et mille autres encore pouvaient amener à cet égard des variations nombreuses.

Toutefois, la ville de Lubeck ne tarda pas à obtenir la préférence, et à voir par la suite affluer assez régulièrement dans son enceinte les députés des municipes; elle était redevable de cet avantage à la prospérité et à la considération qu'elle acquit de bonne heure, à sa situation commode au milieu pour ainsi dire des deux extrémités de la Ligue, et enfin à la plus grande sécurité que son indépendance incontestable offrait à la représentation hanséatique.

Les époques des réunions n'étaient pas moins variables ; il existe sans doute une résolution de 1430, prescrivant que les diètes s'assembleraient désormais vers la Pentecôte, à Lubeck, de trois ans en trois ans ; mais assurément, ce décret n'était pas limitatif et ne pouvait pas l'être, en raison des rapports complexes des Hanséates, qui leur créaient des embarras continuels, auxquels il fallait pourvoir le plus vite possible : aussi voit-on quelquefois les recez se suivre d'année en année, ou même une année unique compter plusieurs recez.

A l'issue d'une diète, les députés présents s'entendaient sur l'époque de la diète prochaine, et chargeaient Lubeck ainsi que d'autres villes importantes du soin de faire connaître leur décision aux villes dont les représentants n'avaient pas paru à l'assemblée.

Mais comme il pouvait arriver des circonstances impré-

vues, qui rendissent indispensable une délibération commune avant même l'époque convenue, on arriva insensiblement à conférer à la ville de Lubeck le droit de faire elle-même, de concert avec les villes vendes les plus proches, les convocations nécessaires, que Ton sanctionna par une amende d'un marc d'or, et même par la menace de l'exclusion.

Les lettres de convocation relatèrent, d'abord brièvement et puis in extenso, les points qui seraient mis en discussion, afin que les députés pussent se faire donner des pleins pouvoirs, et n'acceptassent pas seulement ad référendum Tordre du jour, ce qui entraînait un ajournement quelquefois fort préjudiciable.

Que ces lettres émanassent d'une diète ou de la ville de Lubeck assistée de quelques sœurs vendes, elles n'étaient adressées qu'aux villes les plus influentes de la Ligue, telles que les capitales des circonscriptions et quelques autres, qui en devaient la communication aux cités inférieures.

Le droit dont fut investi la ville de Lubeck souleva cependant quelques protestations durant cette période, notamment de la part de Brunswick et de Magdebourg, qui en 1470 lui contestèrent le pouvoir de les convoquer sous peine d'une amende; de la part de Cologne, qui, se souvenant de son ancienne autorité, manifesta souvent son mécontentement et sa jalousie à rencontre de cette prérogative; de la part enfin des villes saxonnes, qui, rebelles à l'invitation des villes vendes, revendiquaient le droit de décider elles-mêmes, dans des comités provinciaux, de l'opportunité d'un congrès.

D'un autre côté, cependant, ces résistances furent quelquefois énergiquement combattues par la rigueur avec laquelle on poursuivit le recouvrement de l'amende encourue

par les villes qui n'avaient pas répondu à la convocation émanée de la ville de Lubeck.

Il était d'usage que des villes appartenant à une même division, ou bien unies par des intérêts semblables, ouvrissent des conférences auxquelles elles envoyaient des représentants, et dont les unes s'ouvraient antérieurement, les autres postérieurement aux séances de la diète; les premières avaient pour objet de délibérer préalablement sur les questions qui seraient mises à l'ordre du jour par le congrès, de les examiner à leur point de vue spécial, et de donner, en conséquence de cet examen, des instructions conformes aux députés qui partaient pour l'assemblée générale; les secondes s'occupaient de déterminer le meilleur mode d'exécution qu'il convenait d'appliquer aux résolutions fédérales qui venaient d'être prises.

D'autres conférences particulières pouvaient encore avoir lieu quelquefois, comme quand il s'agissait, par exemple, de porter du secours à une ville assaillie par des ennemis.

Il n'y avait que les villes fédérales effectives qui eussent le droit de se faire représenter dans les diètes; les villes les plus importantes, telles que les capitales des grandes circonscriptions, les villes de la Baltique, les villes vendes furent même par la suite astreintes à y envoyer chacune ses propres députés, à moins d'empêchement légitime; d'autres localités d'une importance moindre, et désireuses d'économiser des frais de mission, s'entendaient quelquefois sur le choix d'une députation unique, qu'elles désignaient à tour de rôle et aux dépenses de laquelle elles pourvoyaient en commun, tout en lui remettant des pleins pouvoirs et des instructions individuelles ; enfin, il existait des villes subordonnéès, qui participaient sans doute à tous les avantages de l'association, mais qui n'en étaient que des membres médiats, en ce sens qu'elles ne concouraient pas directement à l'œuvre

de la législation, mais se ralliaient au contraire autour de telle ou telle commune pleinement capable, qui les représentait à la diète et répartissait aussi entre elles les déboursés de députation, les subsides ou le contingent en soldats qui tombait à sa charge.

Comme il était arrivé que des représentants, dont beaucoup étaient même choisis dans le monde lettré ou dans la sphère religieuse, et par conséquent peu aptes à manier les armes, avaient été attaqués sur leur chemin, maltraités, dépouillés et même faits prisonniers par des seigneurs avoisinants ou d'autres aventuriers, sans que leurs serviteurs eussent pu toujours les garantir de ces coups de main, il fut convenu par statut que les deux ou quatre villes les plus proches de l'endroit où des méfaits pareils seraient commis feraient pour le compte de la Ligue tous les efforts, toutes les démarches, tous les sacrifices nécessaires pour délivrer les captifs.

Primitivement, on choisissait indistinctement pour députés des clercs, des savants, des docteurs , des notaires, en un mot des hommes en général complètement étrangers à l'administration municipale; mais, avec le temps, divers statuts recommandèrent d'adjoiudre au moins à ces personnes soit un échevin, soit le bourgmestre de la commune, dont les aptitudes et la discrétion inspiraient peut-être une plus grande confiance, et même aux meilleures époques de la Ligue ce furent de simples marchands qui prédominèrent dans les diètes.

Cependant les docteurs, qui avaient répandu partout leurs principes de droit romain et multiplié les formalités dont eux seuls avaient la clef, étaient parvenus à reprendre le dessus et à se rendre presque indispensables , de telle sorte qu'à mesure que la confédération avançait vers sa chute, ses formes, ses règlements, sa constitution, tout ce

qui était extérieur, enfin, se perfectionnait et se raffinait.

Une autre raison, qui de tout temps d'ailleurs avait fait accorder quelque crédit aux docteurs, tenait aux occupations nombreuses des administrateurs locaux, lesquels nonseulement devaient veiller aux affaires intérieures de leur ville, mais encore, dans un temps où les négociations se faisaient la plupart oralement, et où chaque municipe représentait comme un petit État ayant pour ainsi dire son département des affaires étrangères, suffire eux-mêmes à toutes les éventualités et paraître par exemple en personne aux innombrables assemblées provinciales. Il fallait bien, dans ces occurrences, recourir aux lumières des érudits, et il arrivait même fréquemment que, par surcrott d'affaires, une ville n'envoyait pas de députés à la diète; aussi se tenait-on déjà pour satisfait quand, sur 70 à 80 villes capables de voter, ou sur un nombre approchant de ce chiffre en plus ou en moins, selon les temps, 20 ou 30 d'entre elles se faisaient effectivement représenter, et c'est ainsi que le congrès de 1447, qui s'occupa cependant de la révision et de la codification des anciens statuts, ne compta en tout que 35 voix.

Quand l'assistance se trouvait par trop incomplète, elle procédait à de nouvelles convocations, auxquelles elle attachait alors des sanctions sévères.

Mais la question du nombre requis de votants pour des 1 délibérations valables, au lieu d'être réglée par une loi, était abandonnée à l'arbitraire, qui ne prévalut que trop dans les affaires de la Ligue, et dès que les villes les plus importantes, comme les chefs-lieux des circonscriptions ou les villes maritimes se trouvaient réunies, elles passaient oulre au débat.

Les villes qui faisaient défaut n'éludaient les peines édictées contre l'absence, que quand elles faisaient parvenir des

excuses plausibles à la diète, soit par des missives, soit par l'organe de quelque autre membre qui s'y faisait représenter, et comme il arrivait rarement qu'au début de la session tous les chargés d'affaires fussent déjà présents, bien qu'on eût établi une amende de 20 thalers pour chaque jour de retard, on employait, pour les attendre, les premières séances du congrès à examiner les justifications des défaillants.

Tantôt les justifications des villes étaient admissibles, comme quand, par exemple, elles étaient engagées dans une lutte avec leurs voisins, et quand les chemins n'offraient aucune sécurité, ou bien quand elles étaient visitées par une calamité publique, telle qu'une peste, ou bien quand elles se trouvaient en pleine insurrection; mais tantôt aussi les justifications produites leur servaient de prétextes pour échapper aux frais de la représentation, pour esquiver le compte qu'elles auraient eu à rendre à la Ligue de certaines infractions par elles commises, ou bien aussi pour légitimer, selon les idées du temps, leur désobéissance aux résolutions qui allaient être prises à leur désavantage peut-être, et sans leur concours.

Cependant, pour apprécier la légitimité des justifications, comme aussi la valeur des décrets rendus vis-à-vis des absents, on prenait en très-grande considération la position de ces derniers, et on préférait, quand ils étaient puissants, entrer en arrangement avec eux qu'user à leur égard, comme on faisait à l'égard des faibles, de mesures coercitives.

La même considération présidait à l'application des peines sur la nature desquelles les sources nous apprennent ce qui suit :

La ville qui ne se sera pas fait représenter au congrès pourra, dans la personne d'un de ses conseillers municipaux,

déclarer sous serment, dans la ville hanséatique la plus proche, que son absence avait été involontaire et n'avait pas eu un but d'économie; à défaut de cette affirmation, elle sera passible d'une amende d'un marc d'or, et perdra la jouissance des franchises hanséatiques jusqu'au payement intégral de cette somme.

Au cas où l'absence se renouvellerait trois fois, l'amende ne sera pas seulement triplée, mais encore une exclusion temporaire sera prononcée par la Ligue contre le récalcitrant.

Mais encore une fois, quelque utiles que fussent ces mesures pour la fusion des intérêts, rarement elles trouvaient une application uniforme, et les communes les plus importantes, dont la résistance pouvait être victorieuse ou dont la participation à la Ligue était trop avantageuse aux autres membres pour qu'on ne craignît pas de les brusquer, réussissaient assez souvent à s'y soustraire.

A côté des députés de la Hanse vinrent s'asseoir, au moins pendant quelque temps, des députés de l'ordre Teutonique. Les rapports bienveillants entre ces deux puissances remontent au temps où les communes allemandes prêtèrent à cet ordre le concours le plus efficace pour l'extension et la consolidation de son pouvoir.

Tout en reconnaissant l'autorité du Grand-Maître, les villes de l'ordre qui se trouvaient situées sur le rivage de la Baltique avaient d'ailleurs toujours appartenu à la Ligue comme des membres effectifs et même influents.

Les relations de la Ligue avec l'ordre lui-même, sans être aussi intimes, tiraient de puissantes raisons d'être, d'abord de ces villes prussiennes et livoniennes, qui étaient à la fois alliées des Hanséates et sujettes du Grand-Maître, ensuite d'une communauté d'intérêts et de politique qui leur faisait désirer à tous deux le monopole dans la Baltique et dans les

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empires du Nord, et leur faisait à tous deux appréhender dans ces mêmes empires une unité et une pacification fatales à leur propre repos.

Plus d'une fois nous voyons la Ligue dans ses démêlés avec les nations extérieures, et notamment avec l'Angleterre, recourir à la médiation du Grand-Maître ; plus d'une fois, des ambassadeurs de la Hanse et de l'ordre Teutonique reçurent ensemble des missions commerciales pour l'étranger, et, dès les premiers temps, les sources rangent expressément parmi les alliés de la confédération, non-seulement les villes prussiennes et livoniennes, mais encore la Prusse elle-même et la Livonie.

Cependant la participation de l'ordre aux délibérations des congrès était sans aucun doute limitée aux intérêts communs, et d'ailleurs il ne paraît même pas qu'il ait fait un usage très-frèquent et très-régulier de son droit. En tout cas, cette alliance perdit ses effets les plus utiles à partir du moment où la scission, dont nous avons ailleurs rendu compte, vint enlever à l'ordre Teutonique ses villes les plus importantes, qui passèrent au pouvoir de la Pologne.

Des invitations étaient aussi adressées aux quatre comptoirs de la Ligue, afin qu'ils se fissent représenter dans les diètes soit par leurs doyens, soit par des conseillers, soit même par des secrétaires.

Mais, sans compter que les troubles presque quotidiens auxquels ces établissements étaient en butte y rendaient la présence de leurs chefs fort nécessaire, il y avait à compter aussi avec les périls, et surtout avec la longueur du voyage, qui très-souvent n'aurait pu s'achever qu'après la clôture des séances; aussi, n'y voit-on qu'assez rarement figurer les députés des comptoirs de Bruges, de Londres ou de Bergen, et presque jamais ceux de Novogorod.

Quoi qu'il en soit, les représentants des comptoirs n'étaient pas de véritables députés, ils ne prenaient pas part aux délibérations, à la confection des lois, à la distribution de la justice; leur mission consistait uniquement à présenter à la diète un rapport sur la situation des factoreries, sur les réformes utiles à y introduire, à concerter avec l'assemblée les moyens à employer dans un conflit existant entre des factoreries et les princes étrangers, à recevoir enfin les règlements nouvellement faits pour les rapporter cbez eux, et là en faire surveiller l'exécution.

A vrai dire ils n'étaient donc, comme le remarque justement Sartorius, guère mieux traités que des serviteurs de la Ligue, mais des serviteurs d'un ordre élevé.

A plus forte raison, ne donnait-on pas voix délibérative aux grands personnages, qui, de temps à autre, venaient entamer une négociation avec la diète, et parmi lesquels les sources nous montrent tantôt des princes allemands ou des princes du Nord paraissant en personne, tantôt des ambassadeurs de ces mêmes princes ou de l'Empereur, des rois de France, d'Angleterre, et d'autres souverains encore; on se bornait à leur accorder une audience, où ils présentaient leur requête, et sans les admettre davantage aux séances, on allait leur transmettre la réponse dans leurs hôtels, ou bien on les invitait à venir la recevoir dans le sein même du congrès.

En règle générale, les députés se réunissaient dans la maison communale de la ville, qui avait l'honneur et aussi les avantages de leur réception ; cependant la ville de Lubeck, qui était devenue leur rendez-vous habituel, avait affecté à leurs assemblées un emplacement spécial et grandiose, sur lequel M. Roux de Rochelle, après l'avoir visité, s'exprime en ces termes :

ce La salle immense où se tenaient les diètes de la ligue

Hanséatiqueaété depuis partagée en plusieurs pièces, et ces divisions intérieures ôtent à l'édifice entier son caractère monumental ; il serait à désirer qu'on lui rendît ses dimensions premières, et qu'on pût admirer encore dans le chef-lieu de la ligue Hanséatique cet antique et vénérable vestige de sa grandeur. »

Dès leur armée au lieu des réunions, les représentants étaient complimentés par quelque membre du conseil communal, et recevaient le vin d'honneur. Les séances s'ouvraient et se continuaient dans la plupart des cas sous la présidence de Lubeck, qui avait à sa droite la députation de Cologne, à sa gauche celle de Hambourg, auxquelles succédaient les autres envoyés, dans un ordre qui, malheureusement, donna lieu souvent aux plus vives controverses, de même qu'on ne put pas non plus toujours s'entendre sur l'ordre à suivre pour leur introduction dans l'enceinte des assemblées.

Les conférences commençaient dès les sept ou huit heures du matin, et reprenaient vers les deux ou trois heures du soir. Un des bourgmestres de Lubeck, qui d'habitude portait la parole, remerciait les membres présents de leur arrivée, et ceux-ci lui répondaient en termes courtois.

Puis, quand les pouvoirs avaient été vérifiés et les justifications des absents entendues, le directoire soumettait à la décision de l'assemblée les questions à résoudre dans l'ordre établi dans les lettres de convocation ou dicté par les circonstances.

Les occupations de la diète étaient nombreuses et variées, et il n'est pas besoin de redire toutes les matières auxquelles s'étendait sa compétence.

Nous n'avons pu trouver d'éclaircissements précis sur la forme dans laquelle les députés émettaient leurs votes; nous ne savons pas par conséquent s'ils votaient par assis ou levé,

s'ils exprimaient oralement leur avis ou se servaient de bulletins, mais nous avons découvert un règlement qui, pour prévenir sans doute le retour de scènes tumultueuses, ou bien pour bannir un procédé destructif de toute harmonie, enjoignait aux membres de la diète de voter dans Tordre où ils étaient assis, à commencer par la droite, et défendait aux membres d'une même circonscription d'aller délibérer séparément.

Or, ce statut ne trahit -il pas une des plaies vives de l'unité?

Il s'en révèle une autre quand on examine la question de savoir si l'assentiment de la majorité simple suffisait pour donner à une résolution force exécutoire, pour lui donner ce que nous appellerions plus volontiers, si nous avions quelque autorité en linguistique, force fédérale?

Sans doute il est des règlements des années 1376 et 14f 7 qui semblent consacrer cette théorie et lier tous les membres de la Ligue parles décisions du plus grand nombre; mais nous savons aussi que le fait se séparait profondément du droit, nous savons quel esprit d'autonomie travaillait ces communes et combien le mode de formation de la Ligue, l'absence de toute cohésion et de sens politique protégeaient ces fatales tendances.

D'ailleurs il s'établit même en règle, au moins dans la période suivante, qu'aucune résolution grave ne devait être prise sans le concours unanime des volontés, et que la majorité l'emporterait seulement dans les questions secondaires; et si, durant notre période présente, la majorité a pu faire peut-être la loi dans la plupart des cas, encore ne faut-il l'entendre que comme la majorité des villes les plus influentes; car, sans cette majorité-là, la résolution risquait à vrai dire de ne pas arriver à jour ou de sortir fort peu d'effet.

Un autre élément de trouble et de désorganisation, qui peut assumer sa part de responsabilité dans la décadence de la Ligue, venait de ce que bien souvent des députés se disaient sans instructions suffisantes, soit qu'effectivement leurs instructions fussent incomplètes, soit que ce ne fût là qu'un misérable prétexte à l'usage des représentants pour détourner, éluder ou au moins ajourner une mesure qui n'avait pas l'assentiment de leurs mandants; il en résultait qu'une résolution, qui pouvait être urgente, n'était prise que ad référendum^ soumise aux anciens de la ville, débattue à plusieurs reprises en assemblée générale, différée de quelques années, et décrétée peut-être enfin, contre le gré de telle ou telle fraction de la Diète, qu'il fallait encore amener à composition, et alors que le principal intérêt, qui gisait quelquefois uniquement dans la célérité, avait très-probablement disparu.

Heureusement pour la Ligue que dans un tel état de choses il se trouva encore quelques villes de tête et d'action, qui, s'impatientant d'aussi déplorables lenteurs ou pressées par le besoin, prenaient l'initiative à leurs risques et périls, sauf, si elles le pouvaient, à rallier plus tard les autres sous leur drapeau.

A l'issue de la Diète, le recez était rédigé, lu et livré aux députés des villes et comptoirs, muni du sceau de la cité où les conférences avaient eu lieu.

Ces recez avaient la même autorité, qu'ils fussent écrits sur du papier ou du parchemin ; mais il était très-sévèrement interdit de les communiquer à des seigneurs ou princes étrangers à la Ligue.

Il fallait aussi de toute nécessité pourvoir aux affaires de la Ligue dans l'intervalle des deux sessions; il fallait une administration qui, pendant cet intérim, accueillît les demandes de secours, entretînt la correspondance avec les

chefs-lieux de la confédération, les comptoirs et l'extérieur, recueillît les plaintes, surveillât l'exécution des recez, fît les convocations urgentes , personnifiât enfin , représentât et maintînt le tout ; et ce fut encore la ville de Lubeck, elle qui portait déjà la parole et dirigeait les débats dans les diètes, qui à la longue obtint cette mission à laquelle devaient également concourir les autres villes vendes.

On alla plus loin encore dans cette voie de centralisation, qui ne pouvait donner que d'excellents fruits; et des décrets rendus en 1418 et 1447 autorisèrent la ville de Lubeck à prendre elle-même, de concert avec ses voisines, des résolutions valables, mais pour le cas seulement où ces résolutions ne souffriraient aucun retard et ne présenteraient pas d'ailleurs une grande portée.

C'est ainsi que se forma cette commission administrative et législative des six villes vendes de Lubeck, Hambourg, Wismar, Rostock, Stralsund, Lunebourg, dont l'habitude et les nécessités accrurent encore et stabilitèrent le pouvoir, en attendant que des textes de lois vinssent consacrer des pratiques devenues traditionnelles.

Car telle était alors la nature des inslitutions, qu'elles ne sortaient pas armées de toutes pièces du cerveau d'un penseur, d'un idéologue, mais se rattachaient intimement à la pratique des affaires et à une tradition révérée.

Les nouvelles prérogatives de Lubeck, pas plus que les anciennes, ne demeurèrent sans contestations de la part de son éternelle rivale, la ville de Cologne, qui très-probablement avait joué autrefois parmi les villes occidentales de la Hanse le même rôle que Lubeck parmi les villes orientales, et porté concurremment ou alternativement avec cette dernière la parole dans les congrès; quand les députés étaient saisis des récriminations de Cologne, ils avaient pour habi-

tudede décider qu'ils consulteraient dans leurs villes respectives l'usage établi à cet égard.

Il paraît que ces sortes d'enquêtes furent favorables à Lubeck, qui dès le milieu de notre période fut formellement reconnue et proclamée chef de la Ligue, et qui fortifia encore sa position par la menace plus ou moins sérieuse qu'elle fit, en 1470 et en 1487, de vouloir se désister d'attributions qui, disait-elle, ne lui rapportaient que beaucoup de soucis et de dépenses.

Ce que Lubeck fut en grand pour toute la Ligue, chacun des chefs-lieux le devint également dans cette période pour sa circonscription; à eux appartenait le droit de convoquer les communes de leur ressort pour délibérer avec elles sur les propositions qui allaient être faites dans le congrès prochain, pour s'entendre relativement aux députés à y envoyer et aux instructions à leur fournir; à eux revenait le soin d'assurer l'exécution des résolutions fédérales dans l'étendue de leur cercle, de statuer sur un danger pressant, de correspondre avec la ville de Lubeck , de servir, en un mot, de centre administratif à la fraction de Ligue à laquelle ils étaient préposés; or, cette sous-organisation était certainement aussi de nature à faciliter et à accélérer la marche de ce grand et massif corps fédéral.

Les divisions de la Ligue en plusieurs circonscriptions sont loin de se ressembler toutes, et les changements successifs qu'elles éprouvèrent témoignent au moins de l'esprit pratique des fédérés, qui ne craignaient pas de remanier leur œuvre, quand cette retouche était conseillée par les événements.

Cependant nous voyons prévaloir encore pour toute cette période une ancieune division tripartite, d'après laquelle la Hanse se trouvait fractionnée dans les trois cercles suivants : cercle des Vendes, auquel appartenaient toutes les villes sep-

tentrionalea et orientales, cercle de Westphalie, qui réunissait toutes les villes occidentales, et cercle saxon, composé des communes du centre et de l'intérieur ; sans doute la diète de 1447 proclama une répartition de la Ligue en quatre quartiers, en préposant au premier la ville de Lubeck, au second la ville de Hambourg, au troisième les villes de Magdebourg et Brunswick, au quatrième les villes de Mttnster, de Nimègue, de Deventer, de Wesel, et de Paderborn; mais cette innovation disparaît aussitôt des sources jusqu'à la fin de notre période, et n'opère sa rentrée que dans la période suivante.

Mais comme les mesures administratives et préventives ne suffisaient pas toujours à faire observer les lois et règlements, il fallut bien songer, pour l'exemple, à réprimer les infractions commises ; aussi la Ligue connaissait-elle diverses peines, qui variaient selon la grandeur delà faute, et dont la prononciation ainsi que l'application étaient remises selon les cas à la Ligue elle-même ou à son chef, ou aux capitales des circonscriptions, ou aux administrateurs des communes individuelles , ou aux préposés des factoreries.

Parmi les moyens de répression à l'usage de la Hanse teutonique, le plus grave assurément, celui qui atteignait le plus sûrement les particuliers ou les communes envers qui on en usait, était ce que nous appelons l'excommunication, qui dépouillait le délinquant des avantages résultant de l'association. Cette peine comportait cependant des nuances, et, conservant notre terminologie, nous dirons qu'on distinguait entre l'excommunication majeure et l'excommunication mineure ; le principal effet ou plutôt l'effet le mieux connu de cette dernière consistait à refuser aux coupables l'accès des diètes; la première, au contraire, frappait les excommuniés dans leur prospérité, dans leur

commerce, en leur enlevant la jouissance des privilèges hanséatiques au dehors, en les privant de toutes relations avec les autres membres de la Ligue, en autorisant les villes alliées sans distinction à s'emparer partout où elles pourraient de leurs personnes et de leurs biens.

Et afin de donner plus d'efficacité encore à cette mesure, la confédération prit l'habitude d'en instruire les souverains des contrées où elle avait établi ses comptoirs , afin que ces princes pussent (et ils ne demandaient pas mieux sans doute) lui prêter leur concours dans l'exécution de la peine.

Des exemples nombreux de ces sortes d'exclusions nous sont fournis par les communes , qui s'ameutèrent contre leurs autorités; par la ville de Cologne, qui se ligua avec l'Angleterre contre la confédération ; par la ville de Greifswald, qui prit parti pour le Danemark contre les villes

vendes, et par tant d'autres.

Il paraît que, la condamnation une fois prononcée, il était très-difficile d'en être relevé, et qu'il ne fallait rien moins pour rentrer en grâce que des messes, des sacrifices, une réparation suffisante, quelquefois l'intervention de l'Empereur, des pèlerinages et autres humiliations en vogue, . auxquelles le pénitent était encore heureux de souscrire en raison des intérêts puissants attachés à sa réadmission.

Nous nous plaçons, bien entendu, pour parler ainsi, aux époques florissantes de la Ligue , alors que ses faveurs étaient si universellement appréciées, qu'on vit quelquefois des princes , mécontents de leurs villes insurgées et désireux de les punir, s'adresser, avec peu de succès en général, à la confédération dont elles faisaient partie, pour lui demander leur exclusion.

La Ligue connaissait aussi et appliquait même, dans une mesure très-large, les peines pécuniaires; mais comme il ne

lui était pas toujours facile d'obtenir le payement de ces amendes, elle imagina diverses combinaisons coercitives, qu'elle employait tour à tour ; ou bien elle joignait à la peine pécuniaire la peine de l'excommunication, qui produisait alors son effet contre le fauteur jusqu'à son entière libération ; ou bien elle chargeait le chef-lieu ou les communes les plus voisines, d'arrêter les biens et les personnes des condamnés, également jusqu'à l'acquittement de l'amende ; ou bien enfin, elle consentait à partager dans une certaine proportion le montant de la condamnation avec ceux qui l'aideraient à la recouvrer.

C'est qu'elle avait au recouvrement de l'amende undouble intérêt, un intérêt non-seulement pénal, mais encore fiscal, car les amendes formaient une des sources importantes de ses revenus.

D'autres ressources, plus certaines, plus régulières que les précédentes, étaient mises à sa disposition par le Pfundzoll et le Schossgeld, établis, le premier dans les villes et les comptoirs, le second spécialement dans les comptoirs, et frappant l'un et l'autre les marchandises à leur entrée comme à leur sortie.

Le Schossgeld, affecté exclusivement aux besoins des comptoirs, subit sans doute quelques variations dans son taux, mais finit par s'établir avec fixité dans tous les établissements, à raison des besoins considérables auxquels ceux-ci devaient satisfaction ; tandis que le Pfundzoll, qui était introduit pour des besoins plus généraux, et quelquefois chez de très-grandes fractions de la Ligue, sinon dans toute la Ligue, conservait un caractère temporaire, en harmonie avec le besoin qui l'avait fait naître, avec l'esprit de la confédération, et avec l'esprit des confédérés.

Ces deux impôts, qui consistaient dans un denier variable calculé sur la valeur des marchandises, étaient supportés en

partie par les négociants, en partie par les patrons des navires, et n'incombaient en principe qu'à des Hanséates; cependant il y a des exemples de navigateurs étrangers qui y furent également soumis.

L'absence de solidarité entre les différents membres de la Ligue se faisait également sentir ici, car quand il s'agissait par exemple de la pacification des mers, à laquelle les villes maritimes étaient sans doute plus directement, mais pas précisément seules intéressées, il était impossible d'organiser un Pfundzoll dans les villes continentales, à l'effet de faire face aux dépenses nécessitées par les armements.

Les factoreries étaient tenues de temps à autre de venir rendre des comptes aux diètes ; et quant aux villes qui avaient prélevé de pareilles recettes, on établissait entre elles des compensations, de façon que celles qui avaient touché plus qu'elles n'avaient déboursé dans un intérêt commun, versaient le surplus à celles chez lesquelles se présentait le résultat inverse.

La confédération ne bonifiait aucuns frais de recette aux communes, qui devaient pourvoir elles-mêmes à la solde des douaniers, lesquels étaient d'ailleurs de leur choix.

Les fraudes devaient être nombreuses, et plus d'une fois le chiffre des dépenses ou des recettes dut être faussement accusé par les communes; mais à qui en était la faute, sinon à la confédération, qui n'était pas même parvenue à introduire chez elle une organisation uniforme d'employés, ne relevant que d'elle seule.

Enfin, en parcourant plus haut divers pactes fédératifs, nous avons vu que, pour le cas d'une lutte à soutenir, d'une entreprise guerrière à tenter, les Hanséates se préparaient des ressources par des taxes, jointes à l'acte d'alliance et proportionnelles aux forces de chaque commune alliée.

Et même en dehors du cas de guerre, ce procédé était

souTent employé pour faire face à d'autres besoins, plus ou moins répandus, et sur la généralité desquels se réglait aussi rétendue de son application.

En somme donc, la Ligue subvenait aux dépenses d'intérêt commun par l'une ou l'autre ou peut-être même la concurrence de ces trois sortes de revenus : l'amende, le Pfund ou Schossgeld, et les taxes des matricules. Le vice radical de ce système financier n'a pas besoin d'énonciation, car il ne gtt que trop évidemment dans le manque total de ressources régulières et assurées. Il fallut du temps avant qu'un progrès, auquel résistait l'arbitraire des communes, pût s'opérer en faveur de la fixité, de la périodicité des recettes; mais quand on y consentit, et très-faiblement encore, dans la période suivante, il était déjà trop tard, l'édifice s'affaissait visiblement.

Quand un besoin commun et impérieux surgissait, il n'y avait pas d'encaisse, car nous ne pouvons pas tenir un trèsgrand compte des amendes, dont tle produit était trop variable^ ni des revenus exceptionnels (par exemple les revenus des châteaux de la Scanie) que donnaient les hasards des combats, parce qu'ils se présentaient trop rarement et étaient d'ailleurs le plus souvent absorbés par les frais de guerre; et il fallait donc alors, quelque imminent que fût le danger, quelque opportune que fût la circonstance, suivre l'interminable filière des délibérations en diète, avant de pouvoir arracher aux tenaces communes ua des tributs en usage. '

Pour obvier en partie à des lenteurs si préjudiciables, on recourait alors souvent à des emprunts auxquels se prêtaient des villes ou des comptoirs, dont en général le crédit était suffisamment bien établi, et même des particuliers opulents; mais on ne rendait pas aussi facilement que l'on empruntait, et très-souvent les prêteurs avaient la plus grande peine à rentrer dans leurs fonds; car, une fois l'orage passé,

les villes qui auraient dû de quelque façon concourir à l'extinction de la dette commune niaient leur solidarité.

D'un autre côté, cependant, il faut dire que tant que dura l'éclat de la Hanse, tant qu'elle offrit à ses membres des privilèges inestimables, tant que le commerce demeura actif et prospère, le Pfundzoll, qui ne paraissait pas encore onéreux à cause des avantages auxquels il donnait droit, et qui, en raison de la quantité des affaires, atteignait malgré sa fixation modeste un chiffre considérable, suffisait pour parer à toutes les éventualités, d'autant plus que si on y regarde de près, si on prend l'organisation de la Ligue telle qu'elle était, on se persuade aisément qu'à part les dépenses nécessitées par quelque entreprise militaire ou quelque autre projet d'un intérêt universel, la confédération n'avait elle-même aucune charge, puisqu'elle n'avait pas de personnel, pas de fonctionnaires à salarier ; puisque les frais occasionnés par les députations incombaient aux communes représentées; puisque les comptoirs, qui étaient les premiers intéressés, pourvoyaient en grande partie aux ambassades adressées à divers souverains, et aux sommes nécessaires pour suborner ces derniers, pour les animer soit contre leurs sujets, soit contre les autres rivaux des Hanséates.

Ce que nous avons dit jusqu'à présent de la constitution hanséatique suffit pour établir que ce qui dominait dans la Ligue, ce n'était pas l'élément fédératif, mais l'élément individuel, et que ce qui faisait la force de cette confédération ne doit pas être cherché dans le lien puissant qui aurait uni ses divers membres, mais bien dans la quantité, l'importance et le zèle dévoué de ces membres eux-mêmes. Dès lors il convient de nous demander quelles sont les villes qui firent partie de la Ligue à cette période brillante de son histoire.

Or, cette nomenclature présente de sérieuses difficultés, en ce sens qu on ne sait trop où prendre les éléments pour la

composer. Dans les chartes peut-être ou dans les traités passés avec des puissances étrangères? Mais on sait la préoccupation des Hanséates, qui, à mesure que leur corporation s'entourait de plus de prestige et s'enrichissait de plus de privilèges, s'enveloppèrent aussi de plus de mystère et se retranchèrent le plus possible derrière la désignation vague de Hanse allemande, afin de se réserver toute latitude pour l'admission ou l'exclusion de ses membres.

Irons-nous la puiser alors dans les procès-verbaux des diètes? Maison n'y relatait que les noms des villes qui s'étaient fait représenter et par conséquent on ne faisait pas mention du plus grand nombre, c'est-à-dire de celles qui, quoiqu'en jouissance du droit d'envoyer des députés à la Diète, négligeaient cependant d'en faire usage ; et jamais en aucun cas il n'y était question des localités inférieures ou médiates.

Comment fixer d'ailleurs avec exactitude la position de chacune des villes dans la Ligue, pour un laps de temps quelque peu prolongé, alors que, subissant à la fois l'influence de leur bonne ou de leur mauvaise fortune, la pression tantôt plus tantôt moins lourde de leurs seigneurs, la sujétion d'une plus ou moins grande nécessité de dépendance vis-à-vis de la Hanse, ces villes, de membres directs qu'elles avaient été, tombaient bientôt dans une classe plus modeste, ou bien s'élevaient d'un rang inférieur à un rôle plus marqué, ou bien aussi quittaient la confédération, soit par suite d'une mesure d'exclusion, soit de leur propre mouvement , quand elles se sentaient, par exemple, assez fortes pour poursuivre seules leurs destinées ?

De ce dernier nombre furent notamment quelques villes des Pays-Bas, telles qu'Amsterdam et Rotterdam , qui se séparèrent définitivement de la Ligue lors de son conflit avec le Danemark ; d'autres localités néerlandaises , Arnheim ,

Roermunde et Campen s'en séparèrent aussi , mais furent amenées par leur impuissance propre à postuler leur réadmission ; d'autres encore demeurèrent constamment fidèles à l'association, à laquelle elles prirent part, selon les temps, à des titres divers.

C'est ainsi encore que la Ligue perdit bon nombre de villes prussiennes, qui passèrent du pouvoir de l'ordre Teu- . tonique sous la suzeraineté de la Pologne, et que se perdit l'alliance et la connexité de l'ordre lui-même avec la confédération.

Il convient d'en dire à peu près autant de plusieurs communes urbaines de la Saxe, du Brandebourg et de Tintérieur, qui par suite de leur éloignement du centre, ou par suite de leur appauvrissement, ou par suite de l'assujettissement à leurs princes, se retirèrent de la Ligue, si elles n'en furent pas exclues, ou ne furent pas au moins déclassées et privées du droit de représentation et de vote aux assemblées générales.

Mais comme il faut prendre parti, ou plutôt qu'il convient de se faire au moins une idée approximativement exacte de l'étendue de la Ligue, voici le tableau que, d'après Sartorius, nous avons dressé des membres effectifs qui y prirent part, en conformité des procès-verbaux de plusieurs diètes :

Amsterdam, Anclam, Arnheim, Aschersleben, Berlin, Bolsward dans la Frise, Brunswick, Brème, Breslau, Briel, Buxtebude, Campen, Colberg, Cologne, Cracovie, Culm, Dantzig, Deventer, Dorpat, Dortmund, Dordrecbt, Duisbourg dans le duché de Clèves, Eimbeck, Elbing, Elbourg, Emden, Emmerich, Francfort-sur-l'Oder, Gôttingen, Goslar, Greifswald, Grœningue, Halberstadt, Halle en Saxe, Hambourg, Hameln, Hanovre, Harderwyk, Helmstâdt, Hervorden, Hildesbeim, Kiel, Konigsberg, Lemgo, Lubeck, Lunebourg,

Magdebourg, Minden, Mûnster, Nimègue, Northeim, Osnabrûck, Paderborn, Quedlinbourg, Revel, Riga, Rostock, Rugenwalde, Roermunde, Solswedel, Stade, Stargard, Stavern, Stendal, Stettin, Stolpe, Slralsund, Soest, Thorn, Uelzen, Wesel, les Allemands de Wisby ou de l'île de Gothland, Wismar, Zirksée, Zûlphen et Zwol.

Il est permis d'ajouter aux villes précédentes comme ayant joui également de la plénitude des droits hanséatiques, quoiqu'elles ne figurent pas dans les procès-verbaux qui nous sont parvenus (car ils ne le sont pas tous), les villes d'Arnemuiden, Baunsberg, Enchuyse, Hasselt, Hindeîopen, Middelbourg, Pernau, Utrecht etWieringen.

A s'en rapporter aux indications fou mies par des archives appartenant à la fin du quinzième et à la moitié du seizième siècle, le nombre des villes participant aux délibérations des diètes se seraitmonté, aux belles époques de la Ligue, à soixante-douze. Si nous en avons trouvé quelques-unes de plus, il faudrait peut-être attribuer cet excédant aux variations nombreuses qui se produisaient et dont nous avons formulé les causes; cet excédant serait même beaucoup plus considérable encore, si Ton voulait porter en ligne de compte toutes les villes qui, d'une façon plus ou moins intime, appartenaient à la Ligue.

En consultant aussi diverses matricules, dressées à l'occasion de pactes généraux ou particuliers, on se trouve autorisé à faire au catalogue les additions suivantes de villes qui, si elles ne possédaient peut-être pas toutes le droit de représentation au congrès, avaient certainement leur voix dans les assemblées régionales, à savoir : l'ancienne et la nouvelle ville de Brandebourg, Solt-Bommel, Cologne sur le Sprée, Duisbourg dans la Gueldre, Mersbourg, Naumbourg, Osterbourg, Osterode, Seehausen, Tangermumle et Tiel.

Les listes des villes hanséatiques , qui furent faites au seizième siècle, pour servir, il est vrai, aux usages de cette époque, mais qui, de leur propre aveu, ne font que relater des cités ayant de temps immémorial concouru à la composition de la Ligue, fournissent encore les nouveaux noms que voici : Bielefel, Coesfeld, Golnow, Ham, Lippe, Yenloo Ynna et Warbourg.

Quant aux villes médiates , on peut distinguer entre celles, qui se trouvaient sous la dépendance immédiate delà Ligue, et se servaient en partie des franchises hanséatiques, sans avoir eu très-probablement, à part peut-être quelques exceptions, le droit de paraître aux diètes, et celles qui relevaient de quelque autre ville plus importante qu'ellesmêmes ; nous rangerons dans la première classe Duderstadt, Erfurt, Mulhausen, Nordhausen et d'autres villes qui, placées d'abord au faîte, furent ensuite médiatisées; dans la seconde classe figurent : Attendorn, subordonnée àSoest; Solt-Bommel et Bommei sur la Meuse, subordonnées à Zutphen et à Nimègue; Bruel à Soest; Dentikem, Grol etLochem à Zutphen et Nimègue; Nôrten à Gôttingen; Rheinberg etRuden à Soest; Uslar à Gôttingue; Werden à Soest; Workum à Nimègue et à Zutphen, et également plusieurs autres villes qui n'entrèrent dans des rapports semblables qu'en descendant elles-mêmes d'un échelon.

Enfin voici des villes qui, à un moment ou l'autre de notre période, se sont trouvées vis-à-vis de la Ligue dans un certain rapport de subordination qui est cependant difficile à préciser : Àlfeld, Andernach, Brakel en Westphalie; Cammin et Demmin en Poméranie -, Dinant, Gardelegen ou Gardeleben dans la Marck; Hœxter, Landsberg en Prusse ; peutêtre Lippstadt, peut-être Maestricht, peut-être Lille, Pasewalk, Stockholm, et peut-être d'autres villes suédoises encore, tant que les Hanséates conservèrent en Suède leur

influence et leur participation aux conseils municipaux; de plus Werben dans la Marck et enfin peut-être Zerbst.

En ce qui concernait l'alliance de l'ordre Teutonique avec la confédération, elle valait très-probablement aux petites villes de la Prusse et de la Livonie, ainsi, qu'aux Allemands libres des campagnes qui se seraient fait recevoir dans une association urbaine, l'avantage de prendre leur part des libertés départies à la Ligue, sans aucune représentation cependant dans les diètes.

Il est vraisemblable qu'à l'instar de l'ordre Teutonique, d'autres provinces, renfermant des villes banséatiques de quelque importance, auront été admises à la jouissance de ces mêmes privilèges; il est certain que la province de Ditbmarsen, le ducbé deBerg et toutes les villes duHolstein y ont prétendu des droits, de sorte qu'au total et malgré l'esprit monopoliseur des Hanséates, qui semble s'être radouci pour leur plus proche entourage, la basse Allemagne tout entière, en tout ce qu'elle renfermait au moins de corporations et d'individualités commerciales, se rattachait à la Ligue par des liens plus ou moins étroits.

Les villes qui désiraient entrer dans la confédération pouvaient faire part de leurs intentions à Lubeck ou à toute autre ville hanséatique ; cette candidature était alors mentionnée dans les lettres de convocation, afin que les divers membres pussent s'entourer de renseignements, les produire à la diète et voter en connaissance de cause.

La Ligue n'était pas en général fâchée d'un accroissement qui augmentait ses forces en faisant tomber sur le nouveau membre une partie des charges communes; mais pour qu'elle retirât de cette annexion les avantages qu'elle s'en promettait, pour que le postulant opposât un équivalent sérieux aux bénéfices qu'il allait recueillir, il fallait que ce dernier, s'il reconnaissait en dehors de l'empereur un autre

maître encore, fût au moins vis-à-vis de ce maître dans une position assez indépendante pour pouvoir satisfaire à ses nouvelles obligations, fournir son contingent, stipuler et traiter librement, et n'être pas tenu envers lui à la divulgation des décrets hanséatiques.

L'admission une fois résolue était, de même que l'exclusion et la réintégration, notifiée aux puissances étrangères qui avaient chez elles consenti des privilèges à la Hanse; mais elle ne conférait pas, politiquement parlant, les mêmes droits à tous les membres, car nous savons que certaines communes seulement avaient voix délibérative dans les diètes; et même au dehors, il n'était pas rare de voir telle ville particulière ou telle catégorie de villes, notamment les villes vendes à Bergen et dans d'autres comptoirs, s'arroger au regard des autres coassociés des droits de préférence, ce qui motiva même en partie la retraite des villes néerlandaises.

L'égalité et l'unité ne rencontrèrent pas d'obstacle plus grave que la distribution des villes en tant de provinces différentes, mais quand beaucoup de ces villes se détachèrent même de l'empire germanique, quand plusieurs villes prussiennes passèrent à la Pologne, quand des villes hanséatiques redevinrent suédoises, quand l'autorité des ducs de Bourgogne s'étendit sur les Pays-Bas tout entiers, qu'ailleurs la puissance des princes augmenta et celle des villes s'affaiblit, alors aussi l'obstacle, de grave qu'il était, devint véritablement insurmontable.

L'inégalité qui existait entre les membres de la Ligue se continua même au sein des villes, où l'on n'admettait à la jouissance des prérogatives commerciales que ceux des habitants de l'enceinte urbaine ou de la campagne annexée, qui possédaient la plénitude du droit de bourgeoisie, soit qu'ils l'eussent acquis par la naissance, soit qu'ils l'eussent

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obtenu par des sacrifices pécuniaires on par du service pris auprès d'un capable.

Car, jusque vers la fin de notre période, il semble permis, même à des personnes complètement étrangères à la Ligue, de s'engager comme serviteurs chez des Hanséates résidant dans un comptoir, de remplir ces fonctions pendant sept ans, sans pouvoir faire le commerce à leur compte, au bout duquel temps elles pourront néanmoins se faire recevoir citoyens hanséatiques, et, en laissant écouler une nouvelle période de sept années , participer dans toute leur étendue aux libertés inhérentes à la confédération.

Mais que si, dans le cours de son stage, le domestique d'un Hanséate avait failli aux prescriptions de quelque statut important, aucune ville hanséatique ne pouvait lui conférer la naturalisation.

Les avantages attachés à la filière indiquée n'étaient cependant pas accessibles à tous, et on les refusait notamment aux Anglais, aux Hollandais, aux Zélandais, aux Brabançons, aux Flamands, aux habitants de Nuremberg et de la haute Allemagne, aux Suédois, aux Danois, aux Lombards, et en général à tous ceux qui ne faisaient pas partie de l'Allemagne, tant parce qu'on craignait de leur part des indiscrétions fâcheuses, que parce qu'il fallait bien tenir compte des récriminations incessantes des princes étrangers contre la protection commerciale accordée par la Ligue à des non- Hanséates.

11 paraît même qu'il ne suffisait pas toujours d'être citoyen d'une ville hanséatique, et que les cités particulières, usant de leur autonomie, imposaient en outre à celui qui voulait se prévaloir de leurs prérogatives, l'obligation de se faire recevoir au préalable dans la corporation urbaine des négociants en gros.

Le droit hanséatique se perdait pour les villas comme

pour les particuliers, soit par une sentence d'exclusion, soit par une retraite volontaire.

Un citoyen hanséatique pouvait être exclu de la Ligue pour avoir violé plusieurs prescriptions commerciales de haute importance, ou certains statuts intéressant l'indépendance et la constitution de la Hanse, la concorde et la paix des communes, pour avoir, par exemple, brigué et obtenu A droit de bourgeoisie dans deux endroits à la fois, ou avoir rempli en même temps des fonctions élevées dans deux comptoirs, ou s'être réfugié chez une autorité étrangère en esquivant la justice municipale.

Quiconque renonçait à la Ligue ou transgressait sciemment et volontairement un règlement commun, ou prenait part à une émeute dans l'intérieur d'une ville alliée, ou contractait mariage avec une étrangère pendant sa résidence à un des comptoirs hanséatiques, perdait à tout jamais ses droits de cité et les privilèges de l'association, et même celui qui s'était mis dans le dernier cas devait renoncer à tout rapport commercial avec les Hanséates, qui refusaient aussi désormais de mettre leurs vaisseaux à la disposition de ses chargements.

Le marchand qui désirait faire des affaires pour son compte dans un des comptoirs de la Ligue, devait justifier de sa qualité de citoyen hanséatique par un certificat qui, à l'origine, était délivré par les communes elles-mêmes auxquelles appartenait le marchand ; mais ce fut plus tard par une des villes seulement deLubeck, Dantzig, Riga, Cologne, Munster, Deventer, Magdebourg, Brunswick et Hildesheim, auxquelles ce droit avait exclusivement passé.

Voilà dessinée dans ses traits principaux cette constitution, qui, si elle eût pu disposer de toutes les forces des Hanséates, les eût conduits à des destinées incalculables. Malheureusement, la Ligue n'eut jamais de l'unité que les

apparences. Elle avait sans doute des assemblées générales qui semblaient concentrer tous les pouvoirs; mais ces diètes étaient-elles organisées de façon à faire marcher la Hanse dans des voies communes et vers un avenir commun? Les députés, au lieu d'être élus pour quelques années consécutives, et de pouvoir ainsi travailler avec suite et indépendance aux intérêts généraux, pouvaient être remplacés de congrès en congrès, et n'y arrivaient en tout cas qu'armés d'instructions précises inspirées par un esprit étroitement local, desquelles il leur était défendu de s'écarter, et qui étaient souvent même assez incomplètes pour entraîner des ajournements indéfinis.

C'est que chaque ville était uniquement préoccupée de ses intérêts personnels, qu'elle n'entrait dans la Ligue que pour l'appât des profits à en retirer, et avec la réserve tacite de lui faire le moins de sacrifices possible, et qu'elle était prête à abandonner ses alliées, prête à laisser périr la Ligue quand elle ne se trouvait pas directement intéressée dans le différend.

Aussi ne peut-il pas même être question dans toute l'histoire de la Hanse d'une entreprise véritablement commune.

Des villes aussi jalouses de leurs propres avantages devaient être jalouses des avantages qui pouvaient advenir aux autres ; aussi avons-nous vu éclater une inimitié profonde entre les villes vendes et les villes des Pays-Bas, parce que celles-ci, qui avaient si vaillamment concouru à ruiner la puissance du roi Waldemar, avaient entrepris de venir charger les produits du nord-est sur l eurs propres vaisseaux ; il existait également de graves causes de dissentiment entre les villes vendes d'une part, et les villes prussiennes et livoniennes d'autre part, dont les premières voulaient dominer dans la Baltique et le Sund, et interdire à celles-ci toute

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communication avec les Pays-Bas et l'Angleterre, dont les secondes, notamment les villes livoniennes, prétendirent au moins plus tard à un monopole pour le commerce avec la Russie; de telle sorte que, là où il y avait un si grand besoin d'unité, il n'y avait que désaccord et mésintelligence.

ChacjUe ville, disions-nous, ne poursuivait que son intérêt, et dès lors, quand cet intérêt n'était pas suffisamment favorisé par une Ligue aussi vaste que la ligue Hanséatique, elle nouait des rapports plus intimes avec quelques autres villes de la confédération ou même avec des localités et des personnages qui lui étaient complètement étrangers; or, il est permis de croire que les obligations à remplir dans les diverses associations ont pu se faire réciproquement obstacle par moments, et que le dévouement à la Ligue spéciale l'aura souvent emporté sur le dévouement à la Ligue générale.

Il n'y avait véritablement qu'un seul soutien bien efficace de l'unité qui, à défaut d'armées permanentes et d'une contrainte matérielle telle que l'exerce, par exemple, de nos jours la confédération germanique, consistait dans l'excommunication, et encore ce moyen de faire respecter les résolutions fédérales ne conserva-t-il sa force que tant que la Ligue conserva sa puissance et sa haute utilité.

Dans un pareil état de chose», nous ne pouvons que payer un nouveau tribut d'admiration à la Ligue, qui, malgré les moyens défectueux à sa disposition, a su néanmoins atteindre aux résultats considérables que nous avons consignés sous notre seconde période.

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