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CHAPITRE IV

RELATIONS CONTINENTALES ET MARITIMES DE LA VILLE DE DANTZIG AVEC LA POLOGNE ET LES CONTRÉES QUI l'aVOISINENT.

Nous obéissons à un désir verbal exprimé par notre rapporteur, et qui nous paraît d'ailleurs fort légitime, en intercalant ici une étude dont la rubrique de ce chapitre fait assez connaître l'objet. Sans doute, comme nous écrivons l'histoire non d'une ville unique, mais d'une association de villes, il semble que nous dussions être préservés d'une pareille tentation; mais notre excuse, si nous en avions besoin, se trouverait dans cette considération surtout, que la ligue Hanséatique était comme représentée par la cité de Dantzig, dans la direction commerciale que nous considérons en ce moment.

Notre guide principal, dans cette direction, sera une monographie remarquable et assez récente de M. Théodore Hirsch, sur l'histoire mercantile et industrielle de Dantzig durant la domination de l'ordre Teutonique (Danzigs Handels und Gewerbsgeschichte unter der Herrschaft des deutschen Ordens. Leipzig, 1858), monographie couronnée par une société savante de Leipzig, et qui a pris en Allemagne la place que ses rares mérites lui assignaient.

En se reportant au treizième siècle, époque vers laquelle la civilisation germanique commence à pousser quelques racines en Prusse, on voit les immigrants allemands réduits à aller demander à l'étranger et sur les routes de terre qui

conduisent à travers la Pologne, la satisfaction de leurs besoins quotidiens, et à y chercher aussi l'écoulement de leurs produits territoriaux.

La ville de Thorn, qui se trouve située à l'entrée de la Pologne, et dans une contrée admise de bonne heure et depuis fort longtemps à jouir des avantages de la paix, semblait naturellement appelée aussi à devenir le centre de ces relations, et c'est effectivement là le rôle qui lui échut en partage.

L'ordre Teutonique employa toute son influence, et mit à profit les divisions territoriales existant alors dans la Hongrie et entre pays Slaves , pour conclure des traités qui procurassent aux négociants de Thorn, comprenant aussi quelques autres marchands prussiens, un commerce tant actif que passif avec ces divers petits États.

Il y avait, au quatorzième siècle, des routes commerciales nombreuses, partant de Thorn, allant à travers la Pologne aboutir aux localités les plus importantes ou aux contrées limitrophes de ce pays, et offrant une hospitalité généreuse aux commerçants de la Prusse, qui, grâce à des traités ou à d'antiques traditions, y étaient assurés de la protection princière, et s'y pouvaient livrer à un trafic sans entraves.

Du coté de l'ouest, l'on connaît deux routes, dont l'une par Guesne, Posnanie, Bentschen, conduisait à travers l'Oder à Guben, et l'autre probablement à Breslau, par Konin etKalisch.

Quant au commerce avec le Midi, et notamment avec la Galicie, il s'était frayé quatre voies différentes; la première, ayant son point de départ à Thorn, passait par Brzesc Kujawski, Lenciez, Sandomir, coupait la chaîne de montagnes des Beskides, et débouchait à Bartfali en Hongrie (au nord d'Éperies); la seconde passait également par Brzesc, allait toucher à Lenczyc, Petrikau, Karlow (?) Miechow, et se

rendait ensuite à Cracovie, où elle rejoignait la route hongroise; la troisième aboutissait à Lemberg par Ladomir (?) Siecochow, Casimirsk et Lublin , et la dernière à Opoczno par Czarademir (?) Brzesc et Lenczyc.

Pour la direction du sud-est, des contrées du Bug et du Narew, et de la Lithuanie méridionale, on fréquentait beaucoup une route qui, passant de Thorn par Leibitz, Bielsk et Plonsk, se rendait au Narew près de Pultusk, et se dirigeait de là vers le Bug, dont elle suivait le cours, en touchant successivement à Nur, Drohiczyn, Mielnik et enfin à Brzesc Litewski. De là, le retour s'effectuait en grande partie par voie maritime : on descendait le Bug depuis Brzesc jusqu'à Drohiczyn, puis on expédiait par terre les marchandises vers le Narew, dans la contrée de Lomza, d'où des bateaux se chargeaient de les faire parvenir à Thorn, en sillonnant le Narew et la Vistule. Mais ce n'est pas que dans cette direction, c'est aussi dans les rapports de la Prusse avec la Cujavie que les vaisseaux de la Vistule furent employés comme un important moyen de transport.

Quand, vers la fin du quatorzième siècle, Dantzig commença à prendre part au trafic avec la Pologne, la jalousie des plus anciens participants avait déjà imposé de fort lourdes chaînes au mouvement commercial de ces contrées.

La ville de Gracovie notamment, par laquelle passait avec destination pour la Prusse, du fer, du plomb, du cuivre venant de la Hongrie, avait, dès 1306, obtenu de son duc Wladislav un droit d'étape à l'égard de ces marchandises, grâce auquel il fallait qu'elles fussent exposées sur ses places publiques, et offertes en vente à ses habitants.

Un privilège qui lui fut octroyé en 1372, par le roi Louis, étendit encore son droit d'étape en ce sens, que même les marchands prussiens, notamment ceux de Thorn, furent

contraints de vendre à Cracovie même les articles qu'ils y apportaient, sans pouvoir aller les mettre en vente plus loin.

Mais il faut dire que les prétentions de la ville de Cracovie étaient vivement contestées par les Prussiens, et que, de bonne heure déjà, la cité de Thorn semble leur avoir opposé des mesures analogues, lesquelles, comme il appert au moins d'une déclaration expresse, ne furent cependant considérées en Prusse que comme essentiellement temporaires. Toutefois, ces représailles ne furent pas stériles, et durant un armistice conclu entre les Polonais et l'ordre Teutonique, l'entrepôt de Thorn, aussi bien que celui de Cracovie, furent déclarés abolis (8 avril 1391). Mais ces dispositions libérales ne furent que peu de temps en vigueur; car déjà, en 1398, les habitants de Cracovie ressuscitèrent leur ancien droit d'entrepôt et d'étape, qu'ils firent même valoir contre les Prussiens, avec la plus extrême rigidité, et de concert avec d'autres places marchandes de la Pologne, ils songèrent à se soustraire aux rigueurs que la ville de Thorn serait tentée d'exercer, en expédiant leurs marchandises soit par voie de terre, soit par la voie de la Vistule, dans les deux villes de Schulitz et Bromberg, qui étaient situées en face de Thorn, mais sur le territoire polonais, et où, si elles n'étaient acquises là même par des marchands prussiens ou autres, elles étaient chargées sur des vaisseaux polonais de la Vistule, en partance pour Dantzig et pour Elbing.

Mû par la considération des graves dangers qui menaçaient le commerce de Thorn et de la Prusse en général, le grand maître de l'Ordre, d'accord avec ses villes hanséatiques, résolut, en 1402 et 1403, de recourir aux moyens extrêmes. Une de ses ordonnances, qu'il rendit en 1403 à Marienbourg, astreignit tous marchands étrangers, péné-

trant dans le territoire de l'Ordre par la Pologne, à De prendre d'autre route que celle de Thorn, les assujettit en même temps à entreposer dans cette ville toutes les sortes de parfums, les minéraux, les épices, la soie, la cire et même l'or et l'argent non monnayés, et enfin leur défendit, sou9 peine de la confiscation, d'emporter ces biens dans Tintérieur de la Prusse ou vers la mer; et quant à ceux des négociants qui n'apportaient avec eux que de l'argent comptant, ils étaient autorisés, il est vrai, à faire leurs approvisionnements sur tous les points quelconques du pays, mais force leur était, en ce qui concernait les étoffes anglaises, de se les procurer à Thorn seulement.

Vers la même époque, il fut interdit aux Polonais de se servir sur le territoire prussien des navires de la Vistule à eux appartenant, et la seule chose qu'on toléra, fut qu'ils amenassent leur bois et leur blé sur des radeaux ou sur des embarcations plates appelées dubassen.

Défense fut enfin faite, sous des peiues sévères, aux traficants de la Prusse, d'entrer en relations d'affaires avec les villes de Schulitz et de Bromberg, et surtout d'établir avec leurs habitants des communautés d'intérêt, et les vaisseaux prussiens de la Vistule durent, sous des peines non moins rigoureuses, s'abstenir, le cas de tempête excepté, de débarquer en face de Thorn sur les rivages polonais.

Mais comme les habitants de Cracoviese vengèrent de ces mesures en saisissant quantité de marchandises appartenant à des négociants de Thorn, on leur retira même, jusqu'en 1405, le droit accordé cependant au restant des Polonais de transporter certaines marchandises au delà delà ville de Thorn.

En Silésie, la ville de Breslau jouait un rôle analogue à celui de Cracovie sur le cours supérieur de la Vistule, et s'était arrogé une domination mercantile non moins exclu-

y Googl

sive à l'aide du droit d'étape qu'elle revendiquait vis-à-vis des Prussiens qui fréquentaient ce pays; aussi la pression qu'elle exerça, aidée de conflits politiques dont les détails ne nous sont pas bien connus, produisit-elle une interruption complète dans les rapports réciproques. En tout cas, la Prusse accueillit avec bonheur le traité commercial, qui fut conclu le 10 septembre 1404 avec la.Silésie et la Bohême, et qui, tout en resserrant les deux parties en des limites fort étroites, rétablit au moins entre elles des rapports légaux.

Par suite de cette convention, les indigènes des pays contractants furent autorisés à se visiter réciproquement en temps ordinaire avec les seuls produits nationaux, et de les vendre en gros; on permit aux Prussiens d'exposer en vente leurs étoffes sur le marché de Breslau tout le temps qui leur plairait; il y eut des restrictions pour l'approvisionnement; les Silésiens et les commerçants de la Bohême durent s'astreindre à n'acheter en Prusse de draps qu'auprès des Prussiens mêmes , et non auprès de marchands forains ; aucune entrave n'était apportée au commerce sur les foires annuelles, et rien ne s'opposait à ce que les Prussieus y écoulassent, sous certaines restrictions, leurs draps, même en détail.

L'exemple fâcheux donné par les plus importants centres commerciaux, trouva des imitateurs dans les villes polonaises situées sur le parcours des routes qui les reliaient à la Prusse, et l'on vit ainsi, vers l'année 1440, les cités de Gnesen, de Posnanie ou Posen, et de Varsovie, obliger à l'entrepôt les marchandises qui étaient chez elles en transit.

Aussi cette liberté commerciale, que le roi de Pologne et le Grand-Maître de l'Ordre semblèrent dans de nombreux traités ultérieurs assurer à leurs sujets respectifs, demeu-

ra-t-elle, en tant qu'elle ne se référait pas à des affranchissements positifs de péages, purement apparente, puisque les droits d'entrepôt de leurs villes étaient constamment réservés; la grande Pologne n'offrit, à partir de 1424, d'autre avantage au commerçant prussien que d'y pouvoir, dans les foires annuelles, débiter ses étoffes en gros et en détail, et dans les marchés hebdomadaires acquérir du blé et des bestiaux; il n'y a pas jusqu'à la libre navigation de la Vistule, garantie cependant à plusieurs reprises aux Polonais, qui ne reçut en Prusse une grave atteinte résultant de la défense faite en 1442 à tout Prussien de construire des vaisseaux pour les Polonais ou de leur en vendre.

Les restrictions établies en Pologne , ainsi que les prérogatives revendiquées par Thorn, ne devaient pas fortement exciter les habitants de Dantzig à s'engager dans les routes commerciales que nous avons fait connaître; aussi, en somme, n'est-il pas fréquemment fait mention de ces dernières.

L'important, pour les commerçants de cette ville, était de pouvoir, dans ce trafic, soutenir la concurrence des places privilégiées; or, trois moyens pouvaient les conduire à ce but.

D'abord, il leur était loisible d'entrer en association avec les négociants de Breslau, de Thorn ou de Cracovie; car ces associations n'avaient rien que de fort licite entre les bourgeois des villes hanséatiques , au nombre desquelles se trouvaient les quatre localités en question, et elles offraient aux participants, qui pouvaient s'envoyer réciproquement des marchandises à vendre, cette précieuse ressource de pouvoir tirer le plus large parti possible des avantages dont jouissaient leurs résidences respectives.

C'est ainsi, par exemple, que, d'après les documents consultés par M. Théodore Hirsch, il existait, dans les années

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qui précédèrent la bataille de Tannenberg , une société commerciale entre deux frères, Cuneze-Schwabe dit le Vieux, de Dantzig, et Cuneze-Sicz, citoyen de Thorn.

Le vieux Cuneze expédiait à Thorn des chargements de draps, notamment de draps anglais, que son frère faisait à son tour parvenir à des marchands étrangers tels que Bartke-Snyder de Lemberg, Stadler d'Ofen, femme Neuser de Breslau , Collitz de Prague , Frantzke d'Oels , Pierre Graser de Cracovie, etc. Les remises que Cuneze jeune envoyait à Dantzig consistaient, selon les circonstances, en argent comptant, en fourrures, en aromates, tartre, etc.

C'est encore dans une intention semblable qu'un échevin de Cracovie, Pierre Hirszberg, avait, en 1441, formé une association avec Einwald-Wrige de Dantzig, auquel il fit passer entre autres, sur des radeaux, une certaine quantité de bois propre à la fabrication des arcs, et destinée à solder une cargaison de draps, vin, sel et alun que son facteur, Pierre Kreczemer avait acquise en Flandre, et lui avait adressée chez Wrige à Dantzig.

Un second moyen offeFt aux habitants de Dantzig pour égaliser la lutte commerciale, consistait pour eux à visiter les foires annuelles qui se tenaient à Thorn, en Silésie et en Pologne, et qui, pendant tout le temps de leur durée n'admettaient, ni quant à l'achat ni quant à la vente, la moindre différence entre indigènes et pérégrins.

La fréquentation de ces foires ne mettait pas seulement en mouvement les marchands de Dantzig, mais encore ses voituriers, qui, à côté du transport des marchandises, se livraient encore habituellement au commerce de détail.

Afin de ne pas courir en route les dangers des attaques meurtrières, ces visiteurs de foires ne négligeaient pas de se réunir à Thorn, pour l'aller et le retour, aux divers marchands des autres parties de la Prusse, et le commandement

des caravanes était confié à un ou deux chefs désignés par la régence de cette ville.

Pour écarter aussi l'inconvénient coûteux des péages in nombrables dont ils étaient accablés en chemin, on vit les villes prussiennes réunies recourir à l'entremise du Grand- Maître, ou môme la ville de Dantzig seule poursuivre des négociations par la voie diplomatique.

La contrebande présentait enfin à la ville de Dantzig un dernier moyen d'entretenir avec la Pologne des relations de commerce lucratives.

Les lois territoriales de la Prusse, qui restreignaient le commerce des Polonais en défendant d'aborder aux rivages de la Pologne avec des vaisseaux prussiens, de commercer avec les localités polonaises situées dans le voisinage de Thorn, de vendre des navires aux Polonais ou de se rendre en Pologne par une autre route que celle de Thorn, avaient évidemment et exclusivement en vue l'avantage de cette dernière cité : aussi l'intérêt personnel de Dantzig passa-t-il facilement sur les considérations légales, pourvu qu'il pût éluder les pénalités qui s'attachaient à un commerce prohibé.

L'empire de Pologne ne fut donc pas seul à protéger les contrebandiers, et l'on vit la ville de Dantzig épouser également, et avec une ardeur assez partiale, leur querelle, chaque fois qu'il s'agissait de leur infliger un châtiment.

Les enquêtes qui furent ouvertes au sujet de certaines infractions, nous apprennent que, dès 1441 , il existait un chemin secondaire conduisant à la grande Pologne, npn pas par Thorn, mais par Nakel, et qu'il existait des rapports assez vivaces entre Dantzig et des villes voisines de Thorn telles que Bromberg, Schulitz , Nieczawa, Dibau.

Grâce à tous ces procédés, la ville de Dantzig voyait affluer chez elle quantité de produits, parmi lesquels figu-

raient, comme les plus importants, les métaux extraits des mines de la Hongrie, tels que le fer, le plomb, et notamment le cuivre, qui comportait plusieurs variétés. Ces chargements de métaux partaient généralement de Gracovie, dont les marchands, à ce qu'il paraît, s adonnaient eux-mêmes à l'exploitation des mines hongroises. La Pologne fournissait à Dantzig du drap gris ainsi que du blé, et en outre en quantités fort considérables du bois propre à la fabrication

des armes que la forêt montagneuse des Carpathes donnait en abondance, et qui trouvait un placement des plus faciles tant en Angleterre que dans les Pays-Bas. C'est avec du bois de Pologne, dit M. Wolowski, Tardent patriote, qu'ont été fabriqués les arcs des vainqueurs d'Azincourt et de Poitiers. Ne serait-il pas opportun, ajouterons-nous, que ceux-ci voulussent s'en souvenir pour mettre au service de la Pologne les armes qu'ils en ont reçues?

Parmi les objets exportés de Dantzig, l'on remarque avant tout des draps de provenance occidentale et des poissons salés, notamment des harengs et des anguilles. Quant à ces draps, Dantzig les répandait au delà de la Pologne jusqu'aux frontières de Pempire Ottoman. Alors qu'en 1447 la régence de cette ville se plaignit à l'Angleterre de la défectuosité des étoffes qu'elle lui fournissait, en invoquant les pertes qu'à Toccasion de leur vente ses commerçants étaient obligés de subir en pays étranger, elle produisit principalement, à l'appui de ses griefs, des copies des lettres qu'elle avait reçues de Cracovie, de Lemberg, du voïvode de laValachie et du prince de la Moldavie,

Le poisson, cet aliment essentiel des jours maigres, faisait également l'objet d'un commerce direct entre Dantzig et la grande Pologne, la province de Masovie et Cracovie.

Mais il est probable que l'exportation en Pologne de vais-

seaux et de chevaux, dont il est parfois question, n'atteignit cependant pas une fort grande importance.

Ce n'est que vers les derniers temps de la domination de l'ordre Teutonique que se développèrent les germes qui devaient engendrer l'éclat futur du commerce de Dantzig sur la Vist.ule. D'une part les villes polonaises, parmi lesquelles se distinguait surtout Gracovie, continuaient à exercer leur droit d'entrepôt et d'étape avec une rigueur extrême ; d'autre part le Grand-Maître de l'Ordre avait imposé à la population de Dantzig un nouveau Pfundzoll ; aussi la régence de cette ville, désireuse de trouver une compensation à ces inconvénients, revendiqua-t-elle ellemême, dès le commencement de Tannée 1443, et du consentement tacite du Grand-Maître, un droit d'étape fort étendu. Grâce à ce droit, toutes marchandises venant de la Pologne et de la Lithuanie ne pouvaient être, en dehors des foires annuelles, vendues qu'aux habitants de Dantzig et non à leurs hôtes, et de même encore ce n'était que chez les habitants de Dantzig que la Pologne et la Lithuauie pouvaient se fournir des marchandises que la mer avait apportées.

Cette mesure provoqua naturellement des réclamations de la part du roi de Pologne et des bourgeois de Cracovie, qui crièrent à la violation des traités, ce qui n'empêcha pas Dantzig de la maintenir sans le moindre préjudice pour son commerce pendant les dix dernières années du règne de l'ordre Teutonique.

Et quand, à partir de 1454, Dantzig se fut même placée sous la protection de la Pologne, le parti qu'elle avait pris contre l'Ordre dans l'intérêt de la Pologne et des villes prussiennes, dut lui assurer la reconnaissance positive de son droit d'étape, qui ne lui fut en réalité plus disputé.

Mais ce droit n'acquit de véritable signification que par la chute de Thorn, chute qui se plaça au milieu du conflit

mentionné, et qui amena cette ville à se dépouiller elle-même, selon toute apparence, de son droit d'entrepôt et d'étape, que, malgré ses efforts ultérieurs, elle n'a pu réussir à recouvrer. Aussi Thorn baissa-t-ii de plus en plus jusqu'à tomber au rang d'une ville continentale qui allait porter à Dantzig les produits de ses environs. C'est à partir de cette époque, c'est-à-dire de la seconde moitié du quinzième siècle, que la ville de Dantzig commence à devenir en réalité la maltresse du commerce de la Vistule.

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