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CHAPITRE VI

Plus heureux en Angleterre que dans les Pays-Bas, les Hanséates arrivèrent jusque vers la moitié du seizième siçcle, sans que les anciens rapports avec cette île se fussent sensiblement modifiés , sans que leurs affaires y eussent perdu en importance et leurs comptoirs en éclat , sans que ni Henri YII (1485-1509), ni Henri VIII (1509-1547), eussent voulu toucher le moins du monde à leurs prérogatives, qu'ils confirmèrent même encore de la façon la plus complète.

Cependant cette situation prospère ne devait plus pouvoir se maintenir longtemps en présence des échecs successifs qu'éprouva la Ligue dans les autres pays étrangers, en présence aussi de la consolidation du pouvoir royal en Angleterre, à partir surtout du règne de Henri VII, en présence aussi des efforts de plus en plus heureux des insulaires, pour se passer des Hanséates et les dépouiller de leurs privilèges.

D'ailleurs avant même qu'un éclat violent ne se produisît, diverses causes de mécontentement réciproques soulevèrent entre Hanséates et Anglais des discussions et des tempêtes au moins passagères, qui furent comme le prélude du dénoûment.

Ceux-là se plaignaient notamment, de ce que de temps à autre défense leur était faite d'exporter en terre étrangère

des produits britanniques ; et par exemple, de faire parvenir dans les Pays-Bas des draps d'Angleterre, dont on voulait réserver le commerce exclusif aux merchant adventurers; ils se virent aussi retirer par Henri VIII, contrairement aux antiques franchises, la permission d'exporter de son royaume les étoffes de laine non tondues, et il fallut du temps avant que les difficultés survenues avec ce prince ne fussent aplanies, et que des mesures ne fussent prises aussi par la Ligue pour que le fisc royal perçût intégralement les droits ou customs qui lui étaient dus par les commerçants hanséatiques ; ces derniers s'élevèrent aussi beaucoup contre la pratique qui tendait à les rendre tous responsables, et à les punir tous des torts qu'un des leurs ou une seule de leurs villes pourrait avoir envers quelque particulier anglais ; enfin durant les hostilités entre François Ier et Henri VIII, qui soutenait l'Empire, la Ligue se conformant à sa politique, chercha à faire prévaloir la neutralité de ses membres, bien qu'elle fût sollicitée de part et d'autre d'entrer activement en lice.

De leur côté, les Anglais soutenaient avec amertume que les villes allemandes refusaient de leur rendre justice chez elles, s'étaient portées à des voies de fait contre ceux de leurs concitoyens qui se livraient à la pêche en Islande, et avaient, du temps du roi Christiern II, inquiété leur navigation dans la Baltique.

C'est même à la suite de ces griefs, et de quelques vaines tentatives de raccommodement à Bruges, dans les années 1511 et 1520, qu'intervint la prohibition du roi Henri VIII, que nous relations tout à l'heure.

Quoi qu'il en soit de toutes ces contrariétés, elles n'ébranlèrent pas encore définitivement la position des Hanséates, qui demeurèrent, sauf quelques interruptions temporaires, en possession constante de leurs privilèges, et notamment

de leurs droits réduits d'entrée et de sortie jusqu'à l'avenement du roi Edouard VI (1547-1553).

Ce souverain lui-même, qui cependant porta plus tard de fort rudes coups à la Confédération, se conforma encore dans la première année de son règne aux usages de ses ancêtres, en donnant sa sanction aux privilèges par elle acquis, et ce qui parle éloquemment pour l'influence qu'elle était parvenue à gagner en Angleterre, c'est l'usage contracté par ce pays de faire intervenir les Hanséates dans le corps de tous les traités qu'il concluait avec la France.

Or cette influence, qu'elle ne perdit pas par des froissements internationaux, elle ne la perdit pas davantage par les désordres intérieurs dont son comptoir de Londres offrait le spectacle affligeant.

C'est que ces désordres, quelque nuisibles qu'ils fussent d'ailleurs, ne menaçaient pas le cœur même de l'établissement et ne s'attaquaient pas aux pratiques essentielles qui en assuraient la stabilité.

Que les comptoristes de Londres aient plus même que leurs collègues des autres comptoirs aimé le luxe, le jeu, le vin, les femmes , cela paraît résulter avec certitude des nombreux statuts publiés pendant cette période, qui s'efforcèrent, sans trop y réussir peut-être, à les ramener à l'observation du régime monacal et quelque peu même cellulaire de ces sortes d'établissements.

Tel autre statut, plusieurs fois renouvelé, défendait au comptoir d'admettre dans son sein et pour les opérations de son commerce, des personnes qui n'auraient pas atteint l'âge de majorité, ou ne seraient pas initiées à ]a langue anglaise par un exercice d'au moins six mois ; parce que des facteurs qui ne remplissaient pas ces conditions, pouvaient, comme l'enseignait à ce qu'il paraît le passé, compromettre les intérêts de la factorerie.

Tel autre statut encore prononça la déchéance des privilèges hanséatiques, ou l'incapacité d'acquérir les droits de cité dans une ville quelconque de la Ligue, contre tous ceux des Allemands séjournant en Angleterre , qui s'aviseraient d'acheter à crédit les marchandises des indigènes ; parce qu'il n'arrivait que trop souvent que ces acquéreurs, commerçants improbes, s'empressaient de disparaître sans solder leur dette, abandonnant leurs compatriotes innocents qui restaient dans le pays, à tout le ressentiment des victimes , et aux représailles mêmes du gouvernement britannique.

Mais il est excessivement rare de rencontrer dans cette période des mesures contre des infractions qui eussent fait courir des dangers non plus au bon ordre ou à la discipline, mais bien à l'existence même du comptoir.

Si l'on rencontre la défense adressée aux comptoristes soit de faire un commerce de draps anglais pour leur propre compte et à l'insu de leurs commettants, soit d'expédier des marchandises anglaises à des non Hanséates, ou bien la défense adressée aux Hanséates de se poursuivre les uns les autres devant des magistrats indigènes , ou de frustrer la caisse du Schossgeld, ces défenses n'existent que dans des règlements isolés qui se produisent à peine dans tout le cours de notre époque.

Aussi dirons-nous encore ici que, jusqu'au règne d'Edouard VI, les Hanséates, qui avaient même été placés sous le protectorat immédiat du chancelier d'Angleterre, conservèrent dans ce royaume leurs anciens privilèges et leur ancienne suprématie commerciale, s'y abstinrent de tous auxiliaires étrangers à la Ligue et de toute communauté avec les indigènes, auxquels ils rendirent en outre l'accès de leurs cités aussi coûteux et aussi difficile que possible, et y maintinrent leur comptoir dans l'état le plus florissant,

grâce à la perception régulière du Schossgeld et des autres revenus, tels qu'amendes et loyers des pièces qui composaient cette résidence.

Édouard VI, dont les Hanséates se méfiaient d'autant moins qu'ils avaient complètement accédé à ses désirs en s' abstenant de toutes relations avec les Écossais qui lui étaient hostiles, fut cependant le premier à arrêter le cours de la prospérité hanséatique; car.il commença par exiger que ses sujets fussent traités dans les villes de la Ligue absolument sur le même pied que les Hanséates dans son propre royaume.

Le roi était mécontent des entraves mises au commerce des Anglais, notamment dans la ville de Dantzig, ainsi que des pertes que les Hanséates faisaient subir à son trésor en communiquant, comme il le croyait, la jouissance de leurs privilèges à beaucoup de personnes étrangères à leur association.

Il paraît même qu'on commençait à présent en Angleterre à placer sur la même ligne et à considérer comme également prohibées, l'importation frauduleuse par les Allemands de marchandises appartenant à des non Hanséates, et l'importation par des Allemands de marchandises leur appartenant, il est vrai, mais non produites sur leur territoire, ou l'exportation par ces mêmes Allemands de marchandises anglaises vers des contrées non comprises dans le rayon de la ligue Hanséatique.

Le mécontentement du roi trouvait un puissant écho chez son peuple, notamment chez les commerçants de Londres et les adventurers, qui gémissaient de se voir moins privilégiés chez eux que des marchands forains, et se récriaient contre les Hanséates, qui, soumis seulement aux droits habituels, même pour leurs importations en Angleterre de produits exotiques et leurs exportations d'articles anglais sur des

terres étrangères, paralysaient ainsi, avec la plus grande facilité, la concurrence des indigènes dans ces différents pays.

Rien d'ailleurs ne justifiait mieux les murmures des régnicoles qu'une comparaison des entreprises réciproques de laquelle il résulta que si les Anglais eux-mêmes avaient en 1551 exporté 1,100 pièces de drap national, les Hanséates au contraire en avaient dans la même année exporté 44,000 pièces.

Ces plaintes, qui n'étaient pas nouvelles, trouvèrent cependant cette fois le gouvernement fort attentif, d'autant plus que le commerce national avait pris en somme un assez vigoureux essor pour faire espérer au fisc royal des recettes considérables et pour permettre à la couronne de ne plus se contenter des droits minimes payés par les membres de la Ligue.

Aussi les Hanséates furent-ils, par résolution du conseil intime, dépouillés en 1553 de tous leurs privilèges, et mis sur la même ligne que tous les autres étrangers, ce qui assura enfin la prééminence des Anglais sur leurs redoutables rivaux.

Le roi resta immuable dans cette décision, nonobstant toutes les démarches des Hanséates pour la lui faire rapporter.

Alors ceux-ci songèrent à opérer spontanément quelques réformes, à donner satisfaction à diverses plaintes, à réprimer certains désordres, espérant de cette façon pouvoir encore rentrer en grâce; et c'est ainsi que, tout en rappelant les anciens statuts, ils décrétèrent en outre les mesures suivantes :

Un tableau exact serait dressé des villes admises à la jouissance des privilèges hanséatiques, et ce tableau serait remis non pas au roi d'Angleterre, mais aux administra-

teurs du comptoir, afin que les citoyens des villes désignées pussent seuls mettre à profit lesdits privilèges.

Les jeunes commerçants hanséates qui à défaut de capitaux personnels s'étaient associés avec des personnes étrangères, seraient tenus de renoncer à cette communauté, sous des peines sévères.

Les Hanséates n'exporteraient plus d'étoffes hors d'Angleterre qu'avec destination pour leur propre patrie, et après en avoir payé les droits.

Tous ceux des Hanséates qui se livraient à de grandes opérations déclareraient sous serment qu'ils n'emploient à leur commerce que leurs propres ressources et non encore celles de quelques associés étrangers.

Aucun Ilanséate ne pourrait en Angleterre faire ailleurs ses approvisionnements que dans les comptoirs de la Ligue, ni recevoir pour le compte de marchands anglais des chargements pour la France ou quelque autre port étranger, afin que le fisc royal ne fût pas fraudé.

Les préposés de la factorerie ne pourraient pas appliquer à leurs propres affaires les fonds du comptoir, et enfin la ville de Stralsund aurait à se libérer vis-à-vis du comptoir d'une dette qui était à sa charge.

Si l'on pèse bien la portée de ces dispositions, on voit qu'elles tendaient, il est vrai, à écarter les abus qui s'étaient glissés dans les privilèges, mais ne tendaient pas, à une exception près, à faire le sacrifice de la moindre même des libertés une fois acquises.

Aussi n'obtint-on, du vivant d'Edouard VI, que peu de soulagement à la situation créée par ce souverain; mais, fort heureusement pour les Hanséates, la couronne passa, à la mort de ce roi, à la fille aînée du roi Henri VII, Marie Tudor (1553-1558), qui sembla vouloir en toutes choses suivre une politique différente de celle de son prédécesseur.

LKS HANSÉATES EN ANGLETERKE. 439

Elle commença en effet son règne par l'abolition du statut royal qui avait si gravement atteint la Ligue et par le rétablissement des Hanséates dans toutes leurs privautés.

Ce résultat inespéré fut dû en partie à l'esprit de réaction dont cette reine fut animée, mais en partie aussi à l'appui de l'ambassadeur impérial Jean de Werden et du légat de Pologne, ainsi que probablement à l'influence corruptrice de l'or hanséatique.

Les Hanséates recouvrèrent donc, malgré l'opposition du Parlement, du major et des habitants de Londres, une entière liberté d'importation et d'exportation, et l'usage de leurs anciens impôts, qui sous Édouard VI avaient été élevés de 3 à 15 deniers par livre, et qui furent à présent formellement remis en vigueur par l'abrogation des droits de tonnage et de poundage précédemment introduits.

Comme il existait un ancien statut anglais qui défendait aux Hanséates l'exportation hors d'Angleterre de draps non apprêtés et non tondus, dont la valeur dépasserait 4 livres, et comme par suite de la dépréciation des monnaies la valeur de ces étoffes avait dépassé le chiffre réglementaire, enlevant ainsi aux villes hanséatiques une main-d'œuvre fort lucrative, celles-ci firent si bien qu'elles obtinrent au moins pour trois ans l'autorisation d'exporter des draps de cette nature, dont le prix resterait au-dessous de 6 livres.

Mais leurs efforts pour s'affranchir complètement de la juridiction de la court of exchequer, dont elles avaient à se plaindre, et rentrer sous celle de leur ancien juge, le grand chancelier, demeurèrent infructueux.

Par contre, le conseil intime décida, après de longues contestations, que les Hanséates seraient admis à faire sans entraves des achats de draps sur le marché de Blackwellhall, que le major de Londres ne serait pas autorisé à prélever arbitrairement un impôt sur leurs poissons, leur sel et leurs

autres marchandises, et que le chargement des navires hanséatiques pourrait être opéré par des gens à leur service, contrairement aux prétentions des bourgeois de Londres.

Sur ces entrefaites, la Ligue édicta, en 1554, un nouveau règlement pour le comptoir de Londres. Ce règlement revint sur divers préceptes disciplinaires connus, et mit un soin spécial à déterminer les conditions qu'il fallait réunir pour être protégé par les libertés hanséatiques reconquises en Angleterre.

Il énuméra ainsi soixante-six villes qui seules, à cette époque, devaient compter comme parties intégrantes de la confédération et imposa deux années d'apprentissage en Angleterre et dans le comptoir aux jeunes Hanséates qui voulaient se livrer au commerce avec ce pays.

Le serment, les interrogations de l'alderman et les certificats] délivrés par les autorités municipales des villes hanséatiques, devaient servir à vérifier les droits prétendus par un commerçant à la jouissance des privilèges consentis à la Ligue par l'Angleterre.

Les Hanséates ne pouvaient effectivement pas prendre trop de précautions pour ne pas compromettre les avantages si considérables que leur assurait la faveur royale.

Si l'on considère que du mois de janvier au mois de novembre de l'année 1554, les Hanséates ont exporté d'Angleterre 36,000 pièces de draps, teintes pour un tiers et non teintes pour les deux autres tiers ; qu'ils ne payaient pour tout droit de sortie que 3 deniers par livre, tandis que les autres étrangers en payaient 15; qu'ils pouvaient se servir de leurs propres gens pour le chargement des marchandises et étaient, en général, tenus, à tous égards, à de moindres charges que leurs concurrents ; que, s'ils n'avaient été en possession de leurs privilèges, ils n'auraient pu acheter ces draps que sur le marché d^Anvers, à raison de peut-être

i livre sterling en plus, et qu'ils devaient aussi gagner environ i livre sterling sur chacune des 24,000 pièces non teintes, qu'eux seuls exportaient dans cet état et qu'ils revendaient après leur avoir appliqué la teinture ; si l'on considère, d'autre part, quant à l'importation corrélative de l'exportation en question, que l'argent comptant ou les billets destinés à solder les achats, passaient en Angleterre francs de tout droit; qu'à supposer que les achats anglais aient été réglés avec des marchandises allemandes, ces marchandises ne payaient que trois deniers par livre de droit d'entrée, plus trois autres deniers de Schossgeld , tandis que les étrangers en payaient quinze comme pour l'exportation ; que les Hanséates, seuls de tous les peuples étrangers, avaient le droit de vendre librement à qui que ce soit en Angleterre; qu'en réalité ils payaient même moins de trois deniers par livre, puisque la valeur des marchandises, fixée à une époque déjà ancienne, avait été maintenue dans les tarifs, nonobstant leur renchérissement; que les contenants qui renfermaient certaines denrées d'importation, avaient augmenté de volume; que les Hanséates payaient moins à l'entrée sur les produits d'origine française; qu'ils étaient exceptionnellement affranchis d'une foule de redevances, et qu'ils pouvaient, à l'exclusion de tous autres, se servir de leurs propres vaisseaux ; si l'on pèse, disons-nous, toutes ces circonstances et qu'on les traduise en chiffres, on arrive avec le syndic Sudermann, qui a fait sur ce sujet un excellent travail, à ce résultat significatif que sur le seul article drap, examiné seulement pendant un laps de dix à onze mois, les Hanséates se sont, comparativement aux autres étrangers, trouvés avantagés pour une somme d'environ 61,000 livres sterling.

Mais ce commerce était aussi envié que prospère, et le major ainsi que le conseil communal de la ville de Lon-

dres, avec l'opiniâtreté propre à la nation anglaise, assiégeaient littéralement la reine et son conseil.

Les Hanséates avaient réussi pendant quelque temps à détourner l'orage, lorsque, le 23 mars 1555, leur alderman et les autres préposés du comptoir furent de nouveau cités à comparaître devant le conseil intime de la reine qui leur exposa les griefs de leurs détracteurs, et semble s'y être rallié lui-même par la détermination qu'il prit dans cetft circonstance.

Ces griefs se résumaient en ceci :

a Les Hanséates contribuaient, pour une part trop minime, par suite de leurs privilèges, aux revenus de la couronne, et ils portaient préjudice à la marine anglaise en refusant d'employer d'autres vaisseaux que les leurs, tant pour l'importation des articles allemands, que même pour l'exportation des articles anglais.

« Il ne fallait pas s'étonner si les fabricants de draps anglais ne se conformaient pas aux statuts qui prescrivaient de bonnes qualités, puisqu'ils étaient toujours sûrs de trouver le placement de qualités inférieures auprès des Hanséates.

« Ces derniers gâtaient aussi le commerce des insulaires à Anvers, en y vivant dans le célibat et en y trouvant moyen, grâce à leurs loisirs, de représenter, chacun, une foule de commettants, ce qui leur permettait d'imposer leurs conditions aux vendeurs.

« Les Hanséates payaient aussi à Anvers des droits de séjour et de sortie moindres que les Anglais.

« Ils occasionnaient le renchérissement des marchandises anglaises et hanséatiques, en exportant, conformément à d'anciens privilèges, l'or et l'argent que, pendant la suspension des franchises, les marchands anglais avaient introduits en quantités considérables.

<( Les Anglais étaient pourchassés de toutes parts par les Osterlings, tant à Bergen qu'en Livonie et ailleurs.

« Les Anglais, qui autrefois avaient eux-mêmes possédé dans plusieurs villes allemandes, telles que Lubeck, Dantzig, Hambourg, des établissements pareils à la factorerie hanséatique de Londres, s'y voyaient tellement accablés d'impôts que force leur était d'y renoncer, non -seulement à ces établissements mais encore à leur commerce.

« Les Hanséates s'étaient complètement emparés du commerce existant entre l'Angleterre et les Pays-Bas, n'avaient plus laissé aux Anglais que la seule ville d'Anvers pour leurs rapports avec la haute Allemagne , et même en dernière analyse venaient d'établir un dépôt d'articles anglais dans la ville de Hambourg, pour laquelle les habitants de la haute Allemagne délaissaient naturellement la ville moins commode d'Anvers, et où ils allaient chercher les draps anglais qui y recevaient la teinture. »

Quoi qu'il en fût de ces assertions, qui certes n'étaient pas complètement dénuées de fondement, le conseil intime décida que dorénavant les Hanséates auraient à s'abstenir d'importer des draps anglais dans les Pays-Bas, qu'ils ne pourraient plus introduire dans d'autres contrées qu'un quart de draps non teints contre trois quarts de draps teints, et qu'enfin un quart seulement de produits exotiques contre trois quarts de produits allemands serait encore admis à bénéficier des droits infimes d'entrée en Angleterre; il déclara en outre que toute infraction à ces ordres entraînerait infailliblement la suppression des privilèges.

Les Hanséates, qui ne se donnaient pas si vite pour battus et qui ne voulaient à aucun prix se voir supplantés par leurs nombreux rivaux, expédièrent dans les années suivantes différentes ambassades à la cour d'Angleterre et y

tentèrent encore une fois de la corruption , le tout avec les sommes produites par le Schossgeld, qui fut élevé à cette occasion.

Mais toutes ces légations, toutes ces séductions, voire même la lettre de recommandation , que, sur la prière des Hanséates, le roi Philippe II d'Espagne consentit à adresser à sa femme, la reine d'Angleterre, ne modifièrent en rien la décision prise.

En désespoir de cause, les Hanséates ne reculèrent même pas devant la rupture de leurs rapports avec l'Angleterre, moyen impuissant, puisqu'ils ne disposaient plus en maîtres exclusifs des produits du Nord et de l'Est"; moyen périlleux, puisque leur retraite devait appeler leurs concurrents sur le terrain de la spéculation.

Les navigateurs hanséatiques furent donc, en exécution de cette nouvelle mesure, astreints à prêter serment qu'ils éviteraient les côtes d'Angleterre; et ceux d'entre eux qui rentraient dans un port hanséatique durent faire connaître par des certificats les pays où ils avaient abordé.

Les étrangers qui vinrent s'approvisionner dans des villes allemandes, furent tenus de garantir par cautions qu'ils n'importeraient pas en Angleterre les marchandises par eux achetées, et les vaisseaux anglais qui débarquaient dans un port allemand étaient invités à en sortir avec leur chargement.

Mais comme tous les membres de la Ligue ne suivaient pas à la lettre ces dispositions, dont d'ailleurs les conséquences désastreuses ne tardèrent pas à se produire, la confédération, qui ne voulait cependant pas complètement défaire son œuvre et proclamer hautement son impuissance, résolut, dans une diète de 155S, que, bien que les rapports directs des Hanséates avec les Anglais dans leurs pays respectifs continueraient à être frappés d'interdit, leurs rap-

ports réciproques dans les Pays-Bas redeviendraient libres comme par le passé.

Tel était l'état des choses, quand Élisabeth (1558-1603) saisit d'une main ferme et habile les rênes du gouvernement anglais.

La réception qu'elle fit en mai 1560 à une ambassade hanséatique fut des plus gracieuses ; mais, d'un accueil aimable à la confirmation des anciens privilèges de la Ligue, il y avait pour la souveraine un abîme qu'on ne put jamais la décider à franchir.

Elle maintint les nouveaux tarifs, et les Hanséates furent même réduits à lui transmettre le tableau des membres de leur association, ce qu'ils firent naturellement avec la plus grande répugnance et en réservant l'interprétation la plus large.

La correspondance qui, les années suivantes, s'engagea entre la reine et les villes hanséatiques, apprit à ces dernières qu'il fallait décidément renoncer à leurs prétentions surannées, mais cependant qu'elles ne payeraient que moitié autant de droits que les nations étrangères les plus favorisées, et seraient placées sur la môme ligne que les sujets mêmes du royaume.

Quelque peine qu'on eût pris pour faire comprendre aux Hanséates que ces conditions, eu égard au temps courant et aux changements survenus dans la valeur comparée des marchandises et du numéraire, étaient plus avantageuses encore pour eux que les concessions primitives, ils ne se rendaient qu'avec la plus grande peine à ces raisonnements; et comme la reine proposa aussi de soumettre à des commissaires leurs différends avec la ville de Londres, ils s'y opposèrent et manifestèrent leur préférence pour l'arbitrage plus impartial de quelque souverain, ou même, ce qui est assez remarquable chez des marchands, de quelque université,

sans pouvoir cependant, à cet égard, se mettre d'accord avec le cabinet britannique.

Faisant un pas de plus encore, la reine Élisabeth, tout en ne se départissant pas de l'augmentation des droits, restreignit même l'exportation jusqu'alors assez libre des draps anglais, en ne l'autorisant que jusqu'à concurrence de cinq mille pièces; et enfin, se référant au traité d'Utrecht, elle exigea pour ses sujets une réciprocité complète dans les villes hanséatiques, sous peine pour celles-ci d'être traitées en Angleterre, quant au montant des droits, sur le même pied que tous les autres étrangers, et fixa un délai de quatre années à la Ligue pour prendre une détermination.

Pendant quelque temps même elle fit complètement défendre l'exportation des draps anglais pour se venger de la ville de Cologne, qui avait frappé ces mêmes draps d'un droit d'un thaler à leur entrée dans son enceinte.

Le comptoir recommanda aux villes hanséatiques de se conformer aux désirs de la reine, afin de ne pas tout perdre au moins; mais celles-ci, auxquelles le moindre et le plus équitable sacrifice semblait toujours énorme, essayèrent encore, avant de le consentir, une démarche auprès de l'empereur.

Ils lui représentèrent qu'autrefois ils avaient en moyenne exporté d'Angleterre quarante mille pièces de drap par an, lesquelles n'avaient payé que 2,500 livres de droits, tandis qu'actuellement , sur la même exportation, les droits se montaient à 28,000 livres et monteraient même au double si les Hanséates devaient être traités comme les autres étrangers; que cette situation conduirait les Anglais au monopole exclusif de la vente de leurs draps à l'étranger, comme le prouvait suffisamment la foire de Francfort, où des draps, achetés autrefois à raison de 23 à 25 florins la pièce, ne se vendaient plus à présent à moins de 33 à 35 florins ; que leurs

établissements commerciaux de Londres, Boston, Lynn, ainsi que leur marine, perdaient en importance et en sécurité, et qu'ils n'avaient plus d'espoir que dans la rupture des rapports de l'Empire avec l'Angleterre et dans la défense de recevoir des marchandises anglaises sur le sol germanique.

Cependant, il paraît que les Hanséates craignaient euxmêmes que l'empereur n'ailàt trop loin dans la voie qu'ils lui traçaient, puisqu'ils chargèrent leur ambassadeur de s'opposer formellement à toute mesure radicale et irrévocable, s'il en devait être prise, ce qui montre bien que, quelque mécontents qu'ils fussent, ils trouvaient cependant assez considérables encore, à la rigueur, les avantages qu'ils retiraient de leurs relations avec l'Angleterre.

Mais leurs craintes étaient mal fondées, et l'expérience aurait dû leur apprendre que l'Empire ne procédait pas avec trop de précipitation; en effet, tout ce qu'ils en purent obtenir pour le moment, ce furent des épîtres adressées par l'empereur à la reine et qu'ils firent tenir à cette dernière par les préposés du comptoir.

Mais les conseillers intimes d'Élisabeth , parmi lesquels le fameux William Cecil, baron de Burleigh, tenait une si grande place, leur firent comprendre clairement qu'ils n'avaient rien à espérer au delà des dernières concessions.

Et après tout, il faut bien convenir que la reine Élisabeth traitait encore avec beaucoup de ménagements cette Ligue impuissante, et n'exigeait d'elle que ce que commandait la plus stricte équité.

La victoire resta à la fin au gouvernement anglais, pour lequel combattait non-seulement son organisation vigoureuse, mais encore la désunion des villes hanséatiques et les désordres graves qui éclatèrent maintenant au comptoir.

En effet, des plaintes nombreuses s'élevèrent contre l'alderman de la factorerie , Pierre ÈiffLer, qui semble avoir

occupé cette haute fonction pendant plusieurs années consécutives, et que Ton accusa notamment d'avoir dilapidé les fonds de rétablissement, d'avoir administré sans le concours et l'avis du conseil, de n'avoir pas équitablement réparti entre les Hanséates les 5,000 pièces de draps anglais dont l'exportation leur était encore permise, et d'avoir, par exemple, laissé exporter un tel plus, un tel moins que ne le voulait le principe d'égalité ; d'avoir négligé la convocation hebdomadaire du conseil, qui devait se réunir tous les mercredis pour rendre la justice; de n'avoir pas, pendant cinq ans, rendu des comptes qui devaient être fournis cependant chaque année, et d'avoir, en 1563, fait un voyage en abandonnant la surveillance de la caisse et de l'administration du comptoir à des jeunes gens, qui avaient causé à l'établissement un grand préjudice.

La destitution de ce fonctionnaire infidèle ne ramena pas le bon ordre dans les affaires ; car, comme nous le remarquions ailleurs déjà, dans les grands désastres chacun songe tout d'abord à soi, parce que chacun pense pouvoir survivre à la ruine générale.

Or déjà le comptoir de Londres, qui voyait la Ligue crouler de toutes parts, cherchait à acquérir une existence indépendante, et quand la Ligue venait frapper à sa caisse soit pour prolonger l'agonie des autres comptoirs, soit pour suborner des grands, soit pour envoyer des ambassades aux cours étrangères , il avait bien garde de l'ouvrir, songeant aux besoins qui ne tarderaient pas à le visiter luimême.

C'est ainsi qu'en 1567 le comptoir, à l'occasion du retard mis par lui à verser au syndic Sudermann, qui l'avait demandée, la somme de 1,335 florins, fit connaître à la ville de Lubeck que ce retard ne pouvait lui être imputé à faute, que les temps étaient peu favorables aux épargnes, que les

déboursés anouels du comptoir se montaient à 800 livres sterling, et que d'autres sommes, également importantes, devaient être affectées à l'entretien des établissements de Londres, Lynn et Boston , parce que si ces constructions n'étaient pas conservées en bon état de réparation, elles écherraient au fisc royal, que de plus l'impôt du Schossgeld était devenu une fraction tellement élevée de la valeur des marchandises, qu'il ne pouvait plus être supporté par personne ; qu'il serait bien, lui, comptoir, disposé à envoyer annuellement ses comptes à Lubeck pour se conformer à un usage qui ne semblait cependant pas môme bien solidement établi dans le passé, s'il ne craignait que ces comptes ne tombassent entre les mains de leurs ennemis, qui, par leur inspection, s'initieraient au commerce hanséatique et pourraient se décider à le dépouiller de ses derniers privilèges; qu'enfin, il serait fort obligé à la Ligue si elle pouvait lui épargner, dans ces temps difficiles, de nouvelles demandes de secours.

Cette communication ne reposait pas sur des faits purement imaginaires, mais elle témoigne aussi de la tendance du comptoir à séparer de plus en plus ses intérêts de ceux de la confédération.

Les diètes hanséatiques qui suivirent retentirent fréquemment d'accusations formelles portées contre la prévarication des aldermansdu comptoir de Londres. On y décida que les créances du comptoir contre certaines villes, et réciproquement de certaines villes contre le comptoir, seraient considérées pour le moment comme non existantes, et que la factorerie de Londres ferait à celle d'Anvers une avance de 2,000 livres sterling; mais celle-là se retrancha carrément derrière sa propre pénurie.

De son côté, le comptoir de Londres demanda inutilement aux villes confédérées la réduction de l'impôt du

Schossgeld, qui avait été élevé, en 1515, de 2 à 3 pfennigs pour les marchandises, et de 1 à 2 pfennings pour les billets.

Des désordres s'étaient glissés ailleurs encore que dans les finances du comptoir, et on s'y plaignit notamment de la contrebande avec des marchandises non haaséatiques dont se rendaient en particulier coupables ceux des Hanséates qui étaient établis et mariés à Londres, et auxquels la Ligue avait étendu les franchises du comptoir de cette ville.

S'il n'existait pas entre le comptoir et la Ligue une harmonie parfaite, il y avait entre les villes hanséatiques ellesmêmes beaucoup moins d'entente encore, par suite précisément de cette persistance de la reine à ne pas vouloir revenir sur sa résolution.

Dans leur impuissance à poursuivre avec 6uite en Allemagne leur système prohibitif, à lasser l'Angleterre par des représailles soutenues, à enchaîner le commerce actif de ce royaume, et à briser la volonté si ferme de la souveraine, elles durent forcément songer à déserter une cause qui semblait perdue, et à travailler chacune à son propre avantage.

. Les adventurers, auxquels les Pays-Bas étaient également fermés à cause du conflit existant entre Élisabeth et Philippe II, éprouvaient cependant le plus vif besoin d'une localité qui pût servir d'entrepôt et d'étape aux marchandises anglaises.

Par sa situation et par son excellent port, la ville d'Emden , qui n'appartenait pas à la Ligue, semblait réunir toutes les conditions désirables, et c'est effectivement vers cette cité frisonne que se porta le commerce anglais , qui y parvint en peu de tempg à une assez grande prospérité.

Mais la ville de Hambourg, qui avait fait autrefois sur

une grande échelle le trafic des draps anglais, et qui le voyait à présent passer en des mains étrangères, pensa qu après tout, et puisque la situation ne pouvait être changée, il valait encore mieux ouvrir elle-même ses portes aux aventuriers et leur y concéder une habitation, des privilèges et une grande liberté commerciale, afin de recueillir aussi ellemême les profits de leur séjour et ceux d'un commerce d'intermédiaire.

Dès 1567, cette ville mit son projet à exécution, en concluant, pour le laps de dix ans, un traité formel avec les aventuriers, lequel valut à ces derniers une liberté presque absolue d'importation et d'exportation, une grande modération dans les droits de douane, et une résidence priviléV giée, dont le chef serait pris dans leurs propres rangs.

Mais ce traité constituait un véritable crime de haute trahison envers la Ligue, brisait d'un coup tout espoir de pouvoir jamais recouvrer en Angleterre les prérogatives communes, et envenima la discorde entre les villes hanséa»tiques.

Aussi les reproches ne furent-ils pas ménagés à la ville de Hambourg, dans la diète qui fut tenue à Lubeck en 1572 ; mais ses députés les repoussèrent avec vivacité, en rappelant le traité d'Utrecht qui stipulait la réciprocité pour l'Angleterre, et en montrant que leurs commettants avaient agi non pas uniquement dans un intérêt égoïste , mais encore dans l'intérêt même de la Ligue, puisque, par suite de leur traité, l'exportation des draps bruts hors d'Angleterre avait été autorisée dans une plus large mesure, et la mer allemande délivrée des corsaires britanniques.

D'ailleurs, dans cette année 1572 même, la reine Elisabeth, pour parer à toutes les éventualités et pouvoir faire respecter sa politique, concluait avec le roi de France, Charles IX, un traité par lequel, au cas où un sujet anglais

souffrirait quelque injure oa quelque iommase les Pavs-Bas, soit en Allemagne, soit en Prnae. soit en Suède, les parties con tractantes s'obligeaient i ronfisquer, dans leurs royaumes respectifs , les tenant anx négociants de ces divers pays, et à tituer qu'après avoir reçu satisfaction entière.

Rien ne fut donc changé à la nouTelle situatioa *ie Hambourg; mais, quand les dix années furent révolues et qu'on agita la question du renouvellement du traité , ce renouvellement fut interdit de la façon la plus formelle par la Ligue, qui se trouvait d'accord en cela avec Fen> pereur Maximilien II. et il fut décrété qu'aucune ville ne traiterait avec l'Angleterre sans le consentement de ses alliées ou au moins des villes vendes, ou de ses plus proches voisines.

De son côté, la reine Élisabeth sollicita, en 1577, la continuation des rapports existants; mais le sénat de Hambourg s'y refusa afin d'obtempérer à la volonté de la Ligue, et toutefois accorda aux Anglais une année de grâce pour faire le recouvrement de leurs créances.

Un congrès, qui rassembla quelques-unes des villes les plus importantes, eut lieu en 1578, et débattit les questions à l'ordre du jour.

Le grand nombre pensa que, puisque actuellement la situation politique était telle qu'il n'y avait pour l'Angleterre de commerce possible que du côté de l'Allemagne, il fallait profiter du moment pour ne rien accorder à la reine Élisabeth qu'en échange du rétablissement intégral des privilèges hanséatiques.

La ville de Hambourg demanda à être au moins autorisée à retenir chez elle les commerçants anglais jusqu'à ce que la reine eût pris un parti définitif à cet égard; mais son désir fut rejeté, et tout ce qu'on crut pouvoir faire pour la

>ogle

rassurer contre la crainte de voir les aventuriers s'établir dans une autre localité allemande, fut de lui promettre de ne tolérer de résidence anglaise en aucun endroit du sol de la confédération.

Ces dispositions sévères des Hanséates, fondées notamment sur l'appui de Philippe II, n'étaient pas de nature cependant à faire entrer une reine aussi impérieuse, aussi bien conseillée, aussi puissante qu'Élisabeth, dans la voie des concessions.

Car, même au temps où les Anglais trouvaient la plus large hospitalité dans les murs de Hambourg, la Ligue, loin de voir étendre ses droits, se plaignait de ce que l'Angleterre empirât encore la situation qui lui avait été faite en 1560.

C'est ainsi qu'à une diète de 1576, le comptoir de Londres exposa que les plus grandes difficultés étaient mises, par la reine ou son conseil, à l'exportation annuelle déjà si restreinte de 5 à 8000 pièces de drap brut; que, conformément à un statut du Parlement de 1567, un dixième de ces pièces devait recevoir la dernière main en Angleterre même ; que l'exportation des peaux de lapins avait été concédée à titre de monopole à un des favoris de la reine, ce qui ne permettait aux Hanséates d'exporter à leur tour de ces peaux, qu'en payant, outre les droits habituels, une gratification au monopoleur pour sa tolérance ; que les Hanséates n'étaient pas, comme on le leur avait promis, placés pour les droits sur la même ligne que les habitants de Londres, mais seulement assimilés aux autres habitants d'Angleterre, moins avantagés que ceux-ci ; que, par exemple, on réclamait plus aux Hanséates qu'aux habitants de Londres en fait de tonnage et de poundage, et qu'on grevait d'un nouveau droit appelé butlerage les vins d'Espagne importés par la Ligue; qu'on n'autorisait pas cette dernière à in-

troduire en Angleterre des produits étrangers sur des vaisseaux hanséatiques, ni à transporter les produits anglais ailleurs qu'en Allemagne, et réciproquement les produits allemands ailleurs qu'en Angleterre; qu'enfin le major de Londres troublait les achats de draps faits par les Hanséates à Blackwellhall , et ne négligeait aucune occasion pour leur faire, en ennemi irréconciliable, le plus de mal possible.

C'est aussi précisément cette diète de 1576, qui intima l'ordre à la ville de Hambourg d'expulser les Anglais à l'expiration de leur traité.

Mais la reine ne rompit pas de suite ses relations avec la Ligue; elle temporisa, elle négocia; elle essayait tantôt par le retrait complet des franchises hanséatiques, tantôt par un" retour bienveillant, de détourner le coup qui menaçait ses sujets à Hambourg.

Mais ce qu'elle ne voulait à aucun prix, c'était rendre aux Hanséates les privilèges dont ils avaient joui autrefois, et qui avaient été battus en brèche à partir du règne d'Édouard VI.

Cependant les Hanséates persistaient avec la même opiniâtreté à vouloir d'abord rentrer en possession de ces anciennes prérogatives, qui leur avaient coûté tant de peines et de sacrifices, avant de consentir aux Anglais les moindres droits sur leur propre territoire, et sans avoir l'intention, en aucun cas, de se conformer littéralement aux obligations que leur imposait le traité d'Utrecht.

Comme on n'arrivait pas de la sorte à s'entendre, force fut aux Anglais de délaisser la ville de Hambourg.

C'est dans ces circonstances que le gouvernement anglais, usant jusqu'à la fin de la plus grande modération, notifia, le 9 décembre 1578, aux préposés du comptoir, que, si au bout de trois mois la résidence anglaise n'était rétablie à

Hambourg, et les aventuriers n'étaient admis à commercer librement dans toutes les villes hanséatiques, celles-ci cesseraient de jouir des mêmes privilèges que les Anglais, et seraient, quant aux droits, traitées comme toutes les autres nations étrangères.

Plus tard, le 7 avril 1579, le premier délai fut môme encore prolongé, parce que la reine comptait toujours sur la réalisation de ses espérances; mais, dans l'intervalle, on exigea des Hanséates une caution qui, au cas où leur prochaine diète ne répondrait pas aux vœux du cabinet britannique, servirait à garantir les taxes plus élevées, qui n'auraient pas été perçues pendant le temps intérimaire; et le major de Londres fut autorisé, pour cette hypothèse, à les poursuivre par toutes les voies de droit.

Mais l'opinion la plus sévère prévalut dans les assemblées de la Ligue, où elle fut soutenue principalement par la ville de Lubeck, par l'influent syndic Sudermann, et par le secrétaire du comptoir de Londres, qui remarqua avec raison que si l'on était disposé à avantager les Anglais à l'égal des indigènes dans les villes hanséatiques, il valait encore mieux leur conférer le droit de bourgeoisie, qui les soumettait au moins aux charges de la cité, en même temps qu'il leur en accordait les privilèges.

Les conséquences de cette solution ne se firent pas longtemps attendre; l'exportation des draps bruts d'Angleterre fut complètement supprimée; les Allemands furent grevés des mêmes impôts que les autres étrangers, et le major de Londres entama les poursuites.

S'ils ne furent pas complètement expulsés de l'île, c'est qu'où bien la reine y mit une grande mansuétude, ou bien le moment n'était pas encore venu, comme il vint plus tard, de pouvoir complètement s'en passer, vu qu'ils rendaient encore probablement de grands services pour l'importation

des matériaux de navigation, et des engins de guerre, tels que la poudre notamment.

Dans le but d'exercer des représailles, le congrès de 1579 arrêta, que tant que la reine continuerait à résister aux désirs de la Ligue, une commission permanente composée des villes de Brème, Hambourg et Lubeck, serait chargée de la surveillance des intérêts hanséatiques en Angleterre ; que les insulaires seraient astreints à payer dans les villes hanséatiques des droits aussi élevés que ceux qu'on exigeait des Hanséates outre Manche, c'est-à-dire 7 1(2 p. 100, et que les Anglais, se trouvant sur le sol de la confédération, demeureraient à leur tour cautions avec leurs biens des nouvelles exigences fiscales et des contrariétés à subir en Angleterre par les membres de la Ligue \ le congrès décida enfin qu'il entreprendrait de gagner à sa cause l'Allemagne tout entière, et de traiter avec l'Espagne, dont les sentiments vis-à-vis de l'Angleterre étaient suffisamment connus.

Mais les moyens employés pour conjurer le mal recélaient l'impuissance de la Ligue, et ne pouvaient pas conduire à des résultats bien décisifs.

En effet, la commission désignée ne se composait pas, tant s'en faut, d'éléments homogènes; la ville de Hambourg, par des relations étendues avec l'Angleterre, était portée vers la douceur et les voies de conciliation, d'autant plus qu'elle connaissait le caractère indomptable et la puissance de la reine, ainsi que la débilité de la Ligue et de l'Empire germanique; Brème, dont le commerce était peu intéressé dans la question, y apportait une grande nonchalance, et Lubeck seule, au sein de cette commission, professait les résolutions extrêmes auxquelles elle rallia les préposés du comptoir de Londres, la ville de Cologne, et pour quelque temps au moins les villes de Brunswick et de Dantzig.

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Avec cette diversité de sentiments, qui se modifièrent encore, les mesures décrétées par la Diète furent notamment, en ce qui concerne les cautionnements, fort mal exécutées dans les villes hanséatiques; et quant aux négociations avec l'Empire, elles ne portèrent que des fruits médiocres et tardifs.

Les villes confédérées décidèrent, en 1580, l'empereur d'Allemagne, Rodolphe II, à écrire à deux reprises aux comtes de la Frise orientale, pour leur enjoindre d'expulser les aventuriers de leur territoire ; les députés des villes impériales, réunis à Ulm, rédigèrent aussi une lettre de recommandation, dont les Hanséates devaient se servir à une réunion des princes électeurs, qui aurait prochainement lieu à Nuremberg; Sudermann entra en pourparlers avec les Espagnols, et en obtint des promesses; le roi de Pologne et l'empereur Rodolphe entrèrent même directement en correspondance avec Élisabeth; mais cette reine ne rabattit rien de ses prétentions, envoya de son côté aux cours d'Allemagne, de Prusse, de Pologne et de Danemark des ambassadeurs intrigants, et de temps à autre seulement retirait pendant quelques mois les aggravations d'impôts, auxquelles elle avait assujetti la Ligue, dans l'espoir que celle-ci agirait de même envers les Anglais, et leur accorderait un commerce libre dans sa spbère d'autorité.

Pour amener l'empereur à refuser en Allemagne tout accès aux insulaires, le syndic de la Ligue et celui de Lubeck représentèrent ces derniers comme des monopoleurs, qui en cette qualité se trouvaient, par les constitutions ellesmêmes, exclus du sol germanique; mais comme la question de savoir si les Anglais étaient de véritables monopoleurs pouvait paraître douteuse, elle fut soumise à la ville de Francfort, qui la résolut affirmativement, c'est-à-dire à l'avantage des Hanséates.

Enfin, en 1582, la diète germanique qui fut tenue à Augsbourg résolut que les aventuriers seraient bannis d'Allemagne, sans que pour cela les négociations dussent être interrompues avec la reine Elisabeth.

C'était assurément là un succès pour les Hanséates -, mais quiconque connaissait l'antagonisme existant entre les diverses villes confédérées, la division qui régnait parmi les princes allemands, la situation déplorable du comptoir de Londres et de la ligue Hanséatique, ne pouvait se faire illusion sur l'issue de ce conflit et douter du triomphe final de l'Angleterre.

En effet, les Anglais avaient à peine abandonné en 1579 leur résidence de Hambourg, que la ville d'Emden, qui avait auparavant vainement sollicité son admission dans la Ligue, leur fit à nouveau l'accueil le plus amical.

Sur les ordres réitérés de l'empereur, les insulaires furent obligés, il est vrai, de quitter également cette retraite, mais pour en trouver une autre dans la ville hanséatique d'Elbing, ce qui entrava naturellement l'exécution de plusieurs mesures prises parla Ligue; ils parurent même vouloir s'établir aussi en Livonie, et le conseil municipal de Nuremberg se montrait prêt à leur accorder une résidence dans son enceinte contre un impôt de 2 pour 100.

L'Angleterre déployait déjà cette activité fiévreuse dont depuis elle a donné tant de preuves, lançait des ambassades dans toutes les directions, soudoyait même des princes allemands, et répandait partout l'or et les espions, tandis que le manque de ressources chez la Ligue arrêtait des démarches utiles, telles que des légations, et en général lui faisait perdre toute son influence sans que l'Empire pût lui être de la moindre utilité.

Le nouvel impôt de 7 1/2 pour 100 et le cautionnement qui furent exigés des insulaires dans les villes hanséatiques,

autant pour les rendre dociles aux réclamations des Hanséates que pour relever la fortune de la Ligue, eussent pu être de quelque secours, procurer quelque soulagement, faciliter les entreprises de la confédération, si à part peut-être Dantzig, Lubeck et même Cologne, la plupart des autres villes maritimes n'eussent pas, dans un intérêt égoïste, appliqué avec la plus grande irrégularité cette mesure politique et fiscale, dont la réalisation était au moins entre les mains mêmes des

membres de la Hanse.

C'est ainsi encore que quand en 1580 les députas hambourgeois furent en plein congrès mis en demeure de déclarer si oui ou non ils engageraient dans l'avenir de nouvelles négociations avec l'Angleterre, ils ne trouvèrent pas d'autre moyen d'éluder l'interpellation que de produire un ordre du sénat de Hambourg, qui les rappelait incontinent dans cette ville.

Les villes de Thorn et d'Elbing appuyèrent même la cause des aventuriers à la cour de Pologne; les villes prussiennes prétendaient ne pas pouvoir agir sans le consentement de leur duc; la ville de Dantzig dut être provisoirement affranchie de l'application des nouveaux tarifs, pour que tout son commerce ne passât pas à la ville d'Elbing ; des ambassades indispensables durent être ajournées faute d'argent, et les diètes, loin de présenter le spectacle d'une union plus que jamais nécessaire, étaient remplies par les-invectives dont se • gratifiaient réciproquement les villes de Lubeck et de Hambourg, en rejetant l'une sur l'autre la cause de leur disgrâce en Angleterre.

L'union et l'argent faisaient donc complètement défaut, et, pour se créer des ressources, on convint d'une contribution décuple à fournir par les villes alliées; mais la plupart des contribuables ne versèrent rien dans la caisse commune, et de ce nombre furent toutes les communes indistinctement

qui composaient le cercle de la Saxe, parce qu'elles prétendaient ne pas faire le moindre usage ni retirer le moindre profit du comptoir de Londres.

On fit des efforts tout aussi inutiles pour envoyer au roi de Pologne une ambassade, à composer du syndic de la Ligue et des députés des quatre chefs-lieux de circonscription, car hormis Dantzig, qui y avait le plus grand intérêt, aucune des autres villes ne voulut contribuer aux dépenses de cette légation.

On se contenta donc d'écrire des lettres comminatoires à la ville d'Elbing, et d'envoyer le secrétaire du comptoir de Londres à Dantzig et à Varsovie, tandis que la reine d'Angleterre échangeait avec la cour polonaise les communications les plus nombreuses et les plus menaçantes.

Enfin, en 1585, la Hanse tenta une démarche souvent conseillée par Hambourg, en expédiant à Londres aine dép citation munie d'une lettre de recommandation de l'empereur; cette députation fut, il est vrai, bien accueillie, mais n'obtint, au bout de six mois de séjour en Angleterre, qu'une réponse fort peu satisfaisante, en ce que la reine y déclarait ne pouvoir revenir sur ses décisions que pour autant que les mesures prises contre les insulaires seraient également rapportées, et que la résidence de Hambourg leur serait rendue.

Quant à la ville d'Elbing, elle persista dans sa rébellion, malgré la citation qui lui fut donnée de paraître au congrès de 1584, et à laquelle elle ne pensa même pas devoir obtempérer.

Si la Ligue était aux abois, le comptoir n'était pas non plus à l'abri des épreuves les plus cruelles, comme il résulte clairement de deux rapports adressés en 1580 et 1581 aux villes confédérées par les chefs du comptoir de Londres.

Ces documents mentionnent l'activité et la multiplicité des espions ainsi que des ambassades britanniques en Pologne,

en Prusse et dans l'Empire, rappellent les sacrifices et la profusion qui concilient à l'Angleterre et à ses marchands les bonnes grâces des puissances étrangères, et signalent en revanche la misère du comptoir, qui a dû faire fondre déjà une partie de son argenterie, et qui ne perçoit plus de Schossgeld, parce qu'à présent les Hanséates seraient tenus de payer au trésor royal non plus 7 1/2 p. 100, mais bien 12 3/4 p. 100 d'impôts, et qu'ils ne trouvaient pas dans la façon dont on appliquait dans les villes hanséatiques les représailles fiscales contre les Anglais une garantie suffisante pour le remboursement des droits excessifs qui leur incombaient en Angleterre ; enfin ces documents déclarent formellement que si les comptoristes ne recevaient quelques subsides, ils se verraient obligés de délaisser une factorerie dont ils ne pouvaient même pas payer les charges annuelles.

Quelques secours répondirent à ce cri de détresse, mais s'ils suffirait pour arrêter une résolution extrême, ils ne suffirent pas pour rétablir les affaires du comptoir.

La Ligue, qui ne pouvait plus rien par elle-même, et qui venait d'échouer dans son dernier essai de raccommodement avec l'Angleterre, fut bien réduite à suivre l'Empire dans ses pénibles évolutions; aussi, pendant les séances que la Diète germanique tint à Worms en 1586, la ville de Lubeck et les autres villes dévouées à sa politique réclamèrent-elles avec insistance une exécution plus rigoureuse du décret rendu par la même assemblée en 1582; mais on sait ce qu'il fallait attendre de l'Empire, de divers princes vendus à l'Angleterre, et même de plusieurs villes hanséatiques qui avaient déserté la cause commune.

Car les villes d'Elbing et d'Emden continuaient à recevoir ostensiblement les Anglais, qui trouvaient même encore chez d'autres membres de la Ligue une hospitalité plus ou moins secrète. La ville de Hambourg elle-même, qui voulait

recueillir comme les autres les fruits résultant de l'affluence des aventuriers, ou qui espérait peut-être par sa tolérance inspirer à leur reine de meilleurs sentiments pour la confédération, consentit à leur rouvrir ses portes pour les renvoyer de nouveau en août 1587, après avoir constaté la vanité de ses espérances.

Congédiés à Hambourg, le6 Anglais furent reçus à bras ouverts par la ville hanséatique de Stade, située plus bas encore que Hambourg, sur le cours de l'Elbe, où ils obtinrent des habitants appauvris les concessions les plus larges, parmi lesquelles figurèrent la liberté de séjour, des droits inférieurs à ceux qu'ils payaient à Hambourg, une résidence ou court privilégiée, dont le chef, Anglais lui-même, distribuerait la justice à ses compatriotes en matière civile, une bourse, une église, et d'autres avantages encore qui rappellent ceux obtenus jadis à l'étranger par les Hanséates euxmêmes. *

Il serait difficile de dépeindre l'exaspération de Hambourg à la nouvelle de cet accueil, alors qu'elle n'avait renoncé aux profits à retirer de la présence des insulaires, que pour se conformer aux désirs de la Ligue, et qu'en recevant l'assurance qu'aucune autre ville hanséatique ne leur donnerait accès. .

Le sénat de Hambourg envoya donc des messages à la ville de Stade, lui rappelant sa qualité de ville hanséatique, lui conseillant la dissolution de son traité, lui déclarant ne pouvoir souffrir que Hambourg fût ainsi lésée dans ses revenus et son industrie, la menaçant finalement des représailles combinées de la Ligue, de Hambourg, de l'Empire et de l'Espagne.

Mais la ville de Stade ne tint aucun compte de ces avertissements et se releva insensiblement, par suite de ses nouvelles relations, de l'indigence où elle était tombée.

Et les Anglais n'avaient pas dit leur dernier mot, car ils trouvèrent bientôt une autre occasion encore de faire subir à la Ligue la plus cruelle des avanies.

En effet, les rapports du Portugal et de l'Espagne avec les Hanséates, qui pourvoyaient ces pays de grains, de munitions de guerre et de matériaux propres à la construction des vaisseaux, étaient devenus bien plus intenses depuis les hostilités survenues entre l'Angleterre d'une part et la Ligue ainsi que l'Espagne d'autre part.

La reine Élisabeth voyait naturellement d'un fort mauvais œil l'appui prêté à ses ennemis par les membres de la confédération ; aussi leur Gt-elle part de son mécontentement en les menaçant de s'emparer de leurs chargements comme de contrebande de guerre, tandis que de leur côté ils revendiquaient les droits des neutres et persistaient dans un commerce lucratif.

Mais quand Y invincible Armada eut éprouvé le désastre qu'on sait et abandonné l'empire des mers à la Hère Albion, celle-ci fit saisir, le 30 juin 1589, à l'embouchure du Tage, une flotte composée d'environ soixante vaisseaux hanséatique, qu'elle ne consentit jamais à restituer, malgré les plus nombreuses représentations S

Le roi d'Espagne offrit, il est vrai, une alliance fort étroite à la Ligue; mais celle-ci ne voulut pas rompre avec les Pays-Bas insurgés, et dès lors, accablée qu'elle était par ce dernier revers, elle s'adressa de nouveau à l'Empire, tandis

1. Dans son brillant Mémoire sur les publicistes du dix-septième siècle, M. Franck, rappelant cette capture importante, ne semble la rattacher qu'à l'application des principes britanniques sur le mare clausum.

Il faut, pensons-nous, tenir également compte, pour l'appréciation de ce fait, des causes résultant de l'exposition qui précède et corriger par elles ce que l'opinion de réminent professeur peut paraître avoir d'exclusif w

que Lubeck proposait vainement dans les assemblées hanséatiques d'interdire dans les villes confédérées l'usage des étoffes anglaises ainsi que les approvisionnements de céréales par les insulaires.

Mais les ordres émanés, tant de la part de l'empereur contre la rébellion de la ville de Stade, que de la part du roi de Pologne contre la résistance de la ville d'Elbing, n'eurent pas plus de succès que les propositions de la cité de Lubeck.

Le décret rendu en 1582 fut même renouvelé en 1594 par la Diète germanique siégeant à Nuremberg; mais cette mesure ne fut pas suivie à présent de plus d'effet qu'elle ne l'avait été à son origine.

Les Hanséates engagèrent encore de nouvelles négociations avec la reine Élisabeth, munis qu'ils étaient de recommandations impériales; mais la réponse fut négative et, à ce qu'il paraît, même assez acerbe.

Enfin, le 1er août 1597, c'est-à-dire après quinze ans de sollicitations, et alors qu'il était certainement trop tard, l'empereur Rodolphe fit publier à Prague un mandat qui enjoignait aux Anglais de quitter l'Empire dans le délai de trois mois, qui tenait le langage le plus altier et le plus creux contre la reine et menaçait des peines les plus fortes ceux des Allemands qui, sur le sol germanique, se mettraient en contact avec les adventurers détestés d'Angleterre.

Grande fut la joie de Lubeck et de plusieurs autres villes, et elles veillèrent à l'exécution la plus stricte de l'ordondonnance impériale, parce qu'elles s'en promettaient un effet salutaire sur les résolutions d'Élisabeth.

Chassés d'Allemagne, les Anglais trouvèrent un refuge dans la ville néerlandaise de Middelbourg, d'où ils firent un commerce de contrebande avec l'Empire, en attendant

qu'une circonstance heureuse, que la discorde toujours vivace des alliées, les ramenassent sur les rives de l'Elbe ou de l'Ems.

Mais les Hanséates ayant voulu, vers la fin de l'année 1597, mettre obstacle à l'exportation des grains destinés à la Hollande et à l'Angleterre , la reine Élisabeth eut enfin recours au moyen suprême : le 4 août 1598, les Hanséates résidant à Londres furent expulsés de la factorerie par le major et les shérifs de la capitale, sans être cependant bannis du royaume où ils furent au contraire retenus comme otages pour toutes les injures qui seraient faites aux sujets de la reine et où tout commerce leur fut radicalement interdit.

Un envoyé du roi de Pologne, qui reprocha amèrement à la reine la capture de la flotte hanséatique fut vertement tancé par elle, et une ambassade hambourgeoise, qui vint en 1599 solliciter le retour à l'ancien régime, n'obtint également rien, bien qu'on avait fondé de grandes espérances sur la mort de William Cecil et sur le mécontentement partiel de la bourgeoisie, de la noblesse et des producteurs contre les aventuriers qui s'arrogeaient une sorte de monopole.

Dans le cours de cette même année 1599, la reine défendit à ses sujets l'exportation vers l'Elbe et le Weser, sans tenir cependant, pensons-nous, beaucoup à celte prohibition, pourvu qu'elle pût d'une façon ou de l'autre assurer aux siens des libertés commerciales en Allemagne.

Plusieurs membres de la Ligue semblaient même conspirer avec la reine, puisque, également encore en 1599, la ville d'Emden d'abord et celle de Stade ensuite accueillirent de nouveau des Anglais, sous prétexte que ceux-ci n'étaient pas au nombre des aventuriers.

Là-dessus les villes alliées s'adressèrent à l'empereur

pour lui demander l'interprétation de son ordonnance et pour savoir si, par l'expression « aventuriers, » il ne fallait pas entendre tous les Anglais en général.

Tandis qu'on attendait vainement le commentaire do la pensée impériale, des ambassadeurs anglais arrivèrent à Brème, et déjà ils entamaient des négociations avec les villes hanséatiques et un légat de l'empereur, lorsque la nouvelle de la mort d'Élisabeth tomba comme un coup de foudre entre les diplomates et les dispersa; car déjà les Hanséates jetaient des regards plein d'espoir sur le successeur d'une reine inexorable, comptant lui voir suivre, comme ils l'avaient vu si souvent, une ligne de conduite différente de celle de ses devanciers.

Mais ils sè trompaient grossièrement, et l'ambassade qu'ils adressèrent en 1604 au roi Jacob Ier (1603-1625) put se convaincre que le changement de souverain n'avait pas amené un changement de politique.

Ils recommencèrent donc leurs intrigues et leurs démarches, insistèrent auprès de l'empereur pour qu'aucune laine ne sortît d'Allemagne, s'efforcèrent de multiplier les manufactures de draps fins, dont cependant le développement n'était que trop entravé par les gilds ; s'arrêtèrent tour à tour aux résolutions les plus opposées et prouvèrent clairement leur impuissance par leurs variations et leurs incertitudes mêmes.

Les Anglais continuaient dans l'intervalle d'occuper paisiblement la ville de Stade, où leur séjour obtint même finalement l'assentiment de l'empereur, et ce qui caractérise bien la face nouvelle des choses, c'est qu'aux vœux exprimés par la ville de Stade, pour que les insulaires y établissent leur résidence à perpétuité, le roi Jacob répondit quelque peu négligemment qu'il ne se croyait pas en droit de leur interdire un changement de domicile, si tel devenait leur bon plaisir»

L'hypothèse prévué par ce souverain ne tarda même pas à se réaliser; car, dès l'année 1611, la ville de Hambourg conclut avec l'Angleterre, pour le renouveler en 1618, un traité à temps illimité, qui ne rencontra pas non plus d'opposition de la part de l'empereur et accordait une résidence aux insulaires, sans être cependant désavantageux pour les Hambourgeois eux-mêmes.

Par suite, ces derniers ne se préoccupèrent même plus du rétablissement des anciens privilèges de la Ligue en Angleterre et n'essayèrent pas davantage d'obtenir, au moins pour les Hanséates, la jouissance des droits dévolus aux régnicoles, jouissance longtemps dédaignée par la confédération et qui paraissait à présent bien digne d'envie.

Il est vrai que c'eût été peine inutile, et que ce que la Ligue avait perdu à une époque où elle présentait encore un corps assez compacte, elle ne pouvait pas le recouvrer pendant la guerre de trente ans qui venait de surgir et qui désagrégea ses derniers éléments constitutifs.

Aussi l'histoire de la Hanse en Angleterre, c'est-à-dire l'histoire d'une corporation parfaitement Constituée et reconnue, admise aux bienfaits de privilèges collectifs, prendelle fin en même temps que le règne d'Ëlisabeth, dont la fermeté vis-à-vis des Hanséates ne s'est démentie chez aucun de ses successeurs.

Le seul mérite qui fut revendiqué par la ville de Hambourg, consista donc à avoir fait rendre aux membres de la Ligue le Steelhouse de Londres sous le règne de Jacob Ier, et encore ce mérite revient-il peut-être aux préposés du comptoir, qui se seraient engagés, sans ordre, à ce qu'il paraît, à faire obtenir aux Anglais, contre la restitution de la factorerie, les avantages que ceux-ci convoitaient si vivement en Allemagne.

Quoi qu'il en soit, le mérite ne fut pas bien grand, car

que pouvait le comptoir sans les privilèges, qui seuls lui donnaient de la valeur? Or, ces privilèges demeurèrent abolis, et même le patronage des Provinces-Unies servit peu la cause de la Ligue.

Cromwell fit cependant insérer le nom de la Hanse dans les traités intervenus entre l'Angleterre et la France, mais c'était là, pour parler une langue un peu vulgaire, un honneur sans profit. Le roi Charles II se montra plus libéral en affranchissant pendant quelque temps les villes de Brème, Hambourg, Lubeck et Dantzig des rigueurs des Laws of navigation ; mais c'étaient là des concessions individuelles qui n'avaient plus trait à la corporation hanséatique, laquelle, encore un coup, n'existait plus pour l'Angleterre depuis le règne d'Élisabeth.

L'incendie qui en 1666 dévora la ville de Londres, ne ménagea pas le comptoir, et détruisit par le feu ce qui allait l'être par le temps. Les autorités locales menacèrent les Hanséates de s'emparer de l'emplacement vide laissé par le sinistre, à moins qu'il ne fût occupé par un nouveau bâtiment; à cet effet, les dernières diètes de 1668 et 1669 délibérèrent sur la reconstruction de l'ancien édifice sans que le moindre résultat, c'est-à-dire le moindre capital pût être obtenu; or, tous les actes postérieurs à ces diètes ne regardent incontestablement plus la ligue Hanséatique.

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