‹ Histoire commerciale de la Ligue HanséatiqueChapitre 22 sur 26 · ET EN ITALIE · texte numérisé non relu

ET EN ITALIE

En France, et au point de vue des rapports que nous étudions, c'est François Ier (1515-1547) qui ouvrit cette dernière période par la confirmation des anciens privilèges hanséatiques qu'il édictale 25 janvier 1537 en sa qualité de roi de France et de duc de Bretagne.

Cet acte, qui intervint à uu moment où François Ier était en guerre avec Charles V et recherchait l'alliance des Hanséates, se borna à rappeler en termes généraux les concessions antérieures, sans en ajouter de nouvelles, comme c'eût été probablement le cas si la Ligue avait moins redouté la disgrâce impériale et prêté une oreille plus attentive aux propositions du monarque français.

Il n'en résultait pas moins pour les membres de la Hanse une liberté entière d'importation et d'exportation relativement aux articles non frappés d'une prohibition expresse, des relations non moins libres par toutes les voies possibles avec les habitants du royaume, et enfin des droits de douane semblables à ceux payés par les indigènes, et qui, ne constituant pas en conséquence un avantage par trop excessif, ne furent jamais non plus élevés d'une façon bien sensible.

Il est à regretter que ce document, qui, par l'ampleur de ses expressions, ressemble à la plupart de ceux qui le précé-

dèrent et le suivirent, ne projette pas plus de lumière sur la marche, la nature et l'importance des rapports existant entre la France et la ligue Hanséatique ; mais, en suppléant à son silence, on peut admettre, comme le prouve d'ailleurs l'absence de tout octroi de privilèges depuis 1490 jusqu'à 1537, qu'au commencement du seizième siècle ces rapports étaient plus ou moins insignifiants, n'offraient guère d'intérêt aux Hanséates que par les vins et le sel de France, puisque l'industrie gauloise ne pouvait pas encore concourir avec celle des pays avoisinants, et s'échangèrent principalement sur le marché européen de Bruges, en attendant que l'importance décroissante de la Flandre comme centre de transactions, que la fin de nos luttes avec l'Angleterre, que l'apaisement de nos désordres intérieurs et l'extermination des pirates qui infestaient nos côtes, décidassent ces marchands à venir directement s'approvisionner en France, et à y apporter les produits variés de leurs spéculations.

Une assez longue halte se fit de nouveau dans ces conventions internationales à partir de l'acte confirmatif de 1537, et ce fut en 1552 seulement que le roi Henri II (1547-1559) donna une nouvelle sanction aux libéralités de ses aïeux.

Avant cette époque et dès 1549, il avait été question dans les diètes de la Ligue d'établir en France un consulat hanséatique ; mais le comptoir de Londres, invité à pourvoir, le cas échéant, aux dépenses de cette institution, déclina cette charge, et bien qu'on finît au bout de dix ans par décider que le traitement du consul serait pris sur les contributions à fournir par les vaisseaux hanséatiques se rendant eu France, jamais le projet ne fut mis à exécution.

Sous le règne de Charles IX (1560-1574), de nouvelles propositions très-avantageuses furent faites de la part de la

France aux Hanséates, qu'on savait être en. fort mauvais termes avec la reine Elisabeth, tant détestée par Catherine de Médicis.

Ces propositions, qui mettaient en perspective la concession d'une résidence dans le royaume, et divers autres avantages, furent diversement appréciées par les membres de la Ligue.

La ville de Lubeck notamment y résista, parce qu'elle était bien plus préoccupée du comptoir d'Anvers que d'un comptoir à acquérir en France, où ses négociants ne se rendaient que fort peu, en raison d'un éloignement trop considérable, parce qu'en outre elle prétendait qu'au cas d'une guerre entre l'Espagne, les Pays-Bas et la France, il faudrait tout de même renoncer à l'un des deux établissements, et parce qu'enfin elle doutait que ces belles promesses fussent tenues, quand une fois toutes les dispositions seraient prises par la Ligue; en conséquence, et comme un refus radical pouvait être aussi dangereux qu'une acceptation, elle opina pour le maintien pur et simple de l'état de choses existant.

D'autres villes, au contraire, évoquaient le souvenir d'une ancienne résidence hanséatique à Bordeaux, dont on se serait autrefois fprt bien trouvé, et pensaient que deux établissements , dont l'un dans les Pays-Bas et l'autre en France, pourraient parfaitement subsister simultanément, que le dernier pourrait à la rigueur suppléer à celui de Londres, puisque la France commençait aussi h produire de bonne laine et de bonnes étoffes.

Ces opinions opposées se combattirent quelque temps, et lorsqu'enfin , après bien des années passées en efforts pour réunir l'argent nécessaire, on eut mis sur pied une ambassade, à laquelle prit part le syndic Sudermanu, et que cette ambassade fut arrivée déjà jusqu'à Anvers, elle .

reçut tout à coup dans cette ville un message, par lequel Charles IX, en raison des troubles dont son royaume était le désolé théâtre, l'invitait & renoncer à son voyage.

Les lenteurs de la Ligue et ses autres vices venaient donc de ruiner de fort belles et de fort légitimes espérances.

Survinrent ensuite, sous le règne de Henri III (1574- 1589), les désordres de la Ligue française, qui ne furent rien moins que favorables à la reprise des négociations et aux vœux d'une Hanse composée en grande partie de villes protestantes.

Il faut aller jusqu'à Henri IV (1589-1610) pour trouver, à la date du mois de novembre 16*04, un nouvel acte confirmatif des franchises hanséatiques, dû à l'importance que ce prince, par suite de l'attention soutenue qu'il vouait aux affaires d'Allemagne, crut devoir attacher à de bonnes relations avec la Ligue. Nous avons cru bien faire, en faisant suivre ici le texte même des lettres patentes accordées par le roi Henri IV, parce que, ne renfermant à peu près rien de nouveau, elles pourront être considérées comme un exemplaire des diverses chartes que nous avons énumérées jusqu'ici :

« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présents et advenir, salut. Comme nos trèschcrs, grands amis et confederez les proconsuls, sénateurs, marchands, anciens, aldermans, manans et habitans des villes et cités de la Nation et Hanse teutonique, dictes Osterlings, ayant nagueres envoyé leurs députez et ambassadeurs devers nous pour nous requérir la continuation et confirmation tant de nostre amitié, alliance et confédération, que des privilèges qui leur ont esté octroyez le passé , par nos prédécesseurs, roys de France d'heureuse mémoire, sçavoir faisons que nous desirons singulièrement l'entretènement

de la dicte amitié, alliance et confédération, et suyvant la bonne et loûaole coustume de nos dicts prédécesseurs, la promouvoir et advancer autant qu'il nous sera possible. Pour ces causes et aultres bonnes grandes et raisonnables considérations, à ce nous mouvans : Ayons, par l' ad vis et délibérations des princes de nostre sang et gens de nostre conseil d'Estat, continué et confirmé, continuons et confirmons par ces présentes la dicte amitié et confédération, ensemble tous les privilèges , par nos dicts prédécesseurs donnez, et octroyez aus dictes villes et citez de la dicte Nation de la Hanse teutonique et leurs subjets.

«Voulons et nousplaist qu'ils en jouissent pleinement et paisiblement et que selon la teneur d'iceux et des traictez par nos dicts prédécesseurs roys à eux octroyez, ils puissent venir et fréquenter seurement et saulvement en nostre dict royaume, pays, terres et seigneuries de nostre obéissance, trafiquer avec nos dicts subjects, par terre et par mer, ainsi qu'ils ont cy devant accoustumé et ramené marchandises non prohibées ny defendûes, en payant et acquittant les droits et devoirs pour ce deubs où et ainsi qu'il appartiendra. Dépendons très-expressément à tous nos subjects de quelque estât et condition qu'ils soient, de donner, ni souffrir estre faict, mis ny donné aucun arrest, destourbier ny empeschement ausdictes villes de la Hanse teutonique, ou leurs subjects, ny entreprendre aucune chose préjudiciable à la dicte amitié et confirmation d'icelle : nonobstant qu'ils n'ayent depuis le decez du feu roy Henry deuxiesme pris lettres de confirmation des roys François II, Charles IX et Henry III, nos très-chers et très-honorés seigneurs et frères, que Dieu absolve; dont nous les avons relevez et dispensez, relevons et dispensons par ces dictes présentes, pour ce signées de nostre propre main.

« Si donnons en mandement à nos amis et féaux les gens

tenant noz cours de Parlement, et aultres nos cours souveraines, à tous nos lieutenants généraux , gouverneurs de nos provinces, admiraulx, vis admiraulx, thrésoriers généraux de France, ofûciers de la Table de marbre de nos palais de Paris et Rouen, baillifs, seneschaux,prévosts, juges, maistres de nos ports ou leurs lieutenants, officiers de nos traittes foraines, et à tous nos aultres justiciers et officiers ou leurs lieutenans présens et advenir, et chacun d'eux si comme à luy appartiendra, que le contenu en ces présentes, ensemble la dicte amitié, alliance, confédération, privilèges et cesta présente confirmation ils entretiennent, gardent et observent et facent entretenir, garder et observer de poinct en poinct selon leur forme et teneur, et le publient et facent publier par touts les havres de nostre royaume et aultres lieux que besoing sera et de la dicte amitié, alliance, confédération et privilèges, ils facent les dictes villes de la Hanse teutonique jouir et user pleinement et paisiblement. Contraignans à ce faire souffrir et obeyr tous ceux qu'il appartiendra et procèdent contre ceux qui feront le contraire, comme il est accoustumé contre les infracteurs de nos ordonnances et volontez : nonobstant cla^ meur de haro, oppositions et appellations quelconques: pour lesquelles ne voulons estre différé. Et parce que de ces dictes présentes on pourra avoir affaire en plusieurs et divers lieux, nous voulons qu'aux vidimus d'icelles deument colla-* tionnez, foi soit adjoustée comme au présent original. Car tel est nostre bon plaisir.

Signé: Henby. »

Cette concession royale clôt la série des actes passés dans noire pays en vue de la ligue Hanséatique et si plus tard, le 10 mai 1665, un traité fut conclu entre les Hanséates et Louis XIV, qui renouvela les privilèges accordés à partir de

UigitizGd by

Louis XI, et qui posa les bases d'un droit maritime plus libéral qu'il ne l avait été précédemment, en renfermant dans d'étroites limites ce qu'il faut entendre par contrebande de guerre, et en proclamant en toute circonstance le plus grand respect pour la propriété des neutres, nous devons néanmoins résister au plaisir d'en faire connaître tous les détails, parce qu'il ne concerne plus en réalité l'antique confé^ dération, àpeu près complètement dissoute, mais bien plutôt l'alliance plus rétrécie et plus récente de trois ou quatre cités qui semble être surgie des décombres de l'ancienne.

En nous tournant vers le PortugaWlans la capitale dur quel les Hanséates étaient parvenus, sous le règne d'AU phonse V, à établir une factorerie, nous y rencontrons au début de notre période un prince illustre , Emmanuel le Grand (1495-1521 ), dont l'administration passe pour l'âge d'or de ce royaume et ne se montra pas moins favorable aux entreprises commerciales de la Ligue.

Il paraît qu'à l'origine les faveurs du souverain ne s'ap^ pliquaient qu'aux marchands de l'Allemagne supérieure ou méridionale, qui s'étaient, selon toute apparence, répandus et fait connaître dans le Portugal plutôt que leurs compatriotes et rivaux de la basse Allemagne ; mais une déclaration d'Emmanuel vint, en 1517, les étendre expressément aux membres de la Hanse teutonique, et affranchir en plus ces derniers de tout droit d'entrée sur le bois de construction maritime qu'ils introduiraient à Lisbonne.

Parmi les premiers avantages conférés aux Allemands par le monarque portugais, l'on remarque notamment une liberté commerciale sans entrave tant au point de vue des transactions à conclure dans le royaume, qu'au point de vue des importations et des exportations, et un droit de 10 p. 100 seulement sur leurs importations de laiton, de cuivre, de mercure, de cinabre, de poix, de goudron, de

boulets, de mâts et de fourrures, tandis que les droits en usage dans le pays devaient être payés sur les autres marr chandises; de plus, ils étaient dispensés de toute redevance sur l'achat et l'exportation des articles venant de l'Inde et des lies nouvellement découvertes, sans cependant qu'ils pussent s'approvisionner à bord des vaisseaux portugais dans les mêmes conditions, ni même se rendre avec leurs propres vaisseaux dans ces contrées lointaines.

Les constructions, qu'ils seraient dans le cas d'élever à Lisbonne même ou dans les environs, devaient être, ainsi que les marchandises y déposées et ainsi que leurs personnes, affranchies de toute redevance territoriale et au cas où les bons rapports seraient troublés entre les deux pays, les biens des Allemands ne devaient pas en souffrir, et les Allemands eux-mêmes avoir un an pour quitter le royaume, si cette mesure était jugée indispensable. Enfin, on promettait aux privilégiés de s'occuper d'eux avant tous les autres tant dans les opérations de la douane qu'à l'hôtel de la Monnaie, quand ils y apporteraient de l'argent brut pour le convertir en argent courant.

Ces avantages furent consentis, en 4503, pour un laps de quinze ans au profit non -seulement de la Compagnie d'Augsbourg, mais encore de tous ceux des Allemands qui emploieraient un capital de 10,000 ducats à leurs opérations commerciales.

Une juridiction de faveur, qui les soumettait seulement au juge supérieur, leur fut également attribuée par des privilèges en date de 1504 et de 1508.

De nouvelles franchises, accordées également pour une période de quinze années, vinrent en 1509 s'ajouter aux précédentes ; c'est ainsi qu'à l'exception du sucre, ils obtinrent le droit de se servir à leur guise de leurs navires propres ou de navires portugais pour le transport des mar-

chandises par eux acquises ; c'est ainsi encore que le droit pour les fermiers de rechercher dans les habitations des Allemands les marchandises qui auraient fraudé les péages établis, fut renfermé dans les plus étroites limites ; que les matières destinées soit à l'alimentation, soit même à la toilette des Allemands, échappèrent à tout impôt; que les prix auxquels ils achèteraient ou vendraient furent abandonnés aux conventions des parties, dont la liberté ne fut restreinte que relativement au poivre, qui reçut une valeur réglementaire; que sauf l'interdiction pour les Allemands de commercer directement avec les pays récemment découverts, ils se virent traiter de la même façon absolument que les indigènes ; qu'ils furent autorisés à porter des armes , à monter des haquenées ou des mulets ; et que dans l'intérêt d'une plus prompte expédition des affaires, le bourgmestre de Lisbonne fut chargé de vider tous leurs litiges civils ou criminels, sauf appel, si l'intérêt dépassait 10,000 rées, devant le gouverneur, assisté de plusieurs jurisconsultes; c'est ainsi enfin que par un privilège dispensé Tannée suivante , ils furent complètement assimilés aux habitants mêmes de la capitale.

Quelque importantes que fussent toutes ces concessions, elles furent néanmoins intégralement confirmées en 1518, par le successeur du grand roi, Jean III (1521-1557), sans être cependant, à ce qu'il paraît, scrupuleusement observées sous ce nouveau règne, puisque nous voyons le congrès de 1535 produire plusieurs griefs à ce sujet, et le comptoir des Pays-Bas recevoir la mission d'en poursuivre le redressement.

La période qui embrasse le règne de Sébastien, et qui se termine en 1578, par la malheureuse bataille d'Alcaçar- Quivir, dans laquelle le roi trouva la mort, en laissant un royaume affaibli, incapable de résister aux armes de Phi-

lippe II, ne fournit aucun document propre à éclairer la situation commerciale de la Ligue dans le Portugal, et ce n'est qu'après l'invasion espagnole, qu'on retrouve quelques indications relatives aux rapports des Hanséates tant avec le Portugal, que même, ce qui parait nouveau jusqu'alors, avec l'Espagne proprement dite.

L'Espagne n'eut pas plutôt assuré sa conquête, que les Hanséates mirent à profit les premiers transports de joie du vainqueur, pour solliciter de lui, par l'organe d'un consul qu'ils possédaient dans le Portugal , le maintien des privilèges qu'ils avaient obtenus des anciens souverains de ce royaume.

Ce qui est certain, c'est que la confirmation demandée eut lieu en 1589, pour récompenser le zèle des Allemands à l'occasion d'un coup de main tenté sur Lisbonne par les Anglais, et probablement aussi pour se les attacher dans des circonstances excessivement critiques.

En effet, l'Espagne se trouvait à présent en guerre avec les Pays-Bas et avec l'Angleterre, c'est-à-dire avec les deux pays qui, avant les hostilités, avaient entretenu avec la Péninsule des rapports commerciaux bien autrement actifs que la Ligue, parce qu'ici leurs capitaux agrandis et leur situation leur donnaient sur cette dernière un aVatitage signalé. La guerre, en interrompant ces rapports, laissait cependant subsister les besoins, qu'elle augmentait même, et alors les Hanséates se trouvèrent naturellement appelés à leur donner satisfaction ; d'un autre côté l'utilité de la Ligue se révélait encore pour les produits de l'Iodé, que l'Espagne cherchait à écouler en plus grande quantité possible, fût-ce même chez ses ennemis, auprès desquels le placement ne pouvait cependant s'opérer que par un intermédiaire ami , intéressé à ce trafic par des avantages commerciaux.

Mais les relations quelque peu amicales de l'Espagne avec les Hanséates ne laissaient pas de créer à ceux-ci des embarras, et de leur causer même de graves préjudices ; car, outre qu'elles les plaçaient entre leurs intérêts menacés par presque toutes les puissances protestantes, et leurs sympathies qui n'étaient certainement pas pour la dévote et intolérante Espagne, n'avaient-ils pas dû, à l'embouchure du Tage, faire le sacrifice d'une flotte entière, qui leur fut prise par l'Angleterre pour s'être charges de porter des céréales et des munitions de guerre à ses ennemis.

Si les Provinces-Unies ne se portèrent pas à de pareils excès, c'est qu'il existait entre elles et la Ligue une certaine conformité de croyances religieuses et d'institutions politiques, et des liens d'amitié déjà anciens, grâce auxquels on voyait même actuellement des Néerlandais faire le commerce avec l'Espagne et le Portugal sous des noms et sur des vaisseaux hanséatiques; et tout de même çes provinces ne pouvaient pas Yoir d'un œil impassible les Hanséates porter à leurs ennemis des provisions dont elles avaient elles-mêmes grand besoin et qui allaient servir contre elles; aussi firent-elles, comme on pouvait s'y attendre, subir de nombreuses vexations aux membres de la Ligue.

Et enfin l'Espagne elle-même, pressée par les nécessités de la situation, ne se montra pas toujours amie généreuse; et plus d'une fois les Hanséates eurent à se plaindre que leurs vaisseaux y avaient été arrêtés, envoyés dans de nouveaux continents ou employés à la guerre, et restitués seulement quand ils étaient tombés dans un délabrement qui les rendait impropres à tout usage.

Tous les vœux de la Ligue devaient donc être pour la neutralité; mais ces vœux n'étaient pas d'accord avec ceux des belligérants, dont chacun voulait s'assurer son appui exclusif, quelque inefficace qu'il fût d'ailleurs , et priver

l'adversaire des approvisionnements qu'elle était à même de lui fournir.

Aussi l'Espagne fit- elle plusieurs démarches en ce sens, par l'entremise de diverses ambassades, dont la première, arrivée à Lubeck en 1597, y invita les Hanséates à rompre complètement avec l'Angleterre et les Pays-Bas; et en tout cas, s'ils tenaient à conserver leur neutralité , à ue pas moins favoriser que ces pays les provinces belges, restées fidèles à la dynastie espagnole , leur promettant en échange le secours de l'Espagne dans leurs contestations avec l'Angleterre, le rétablissement et l'augmentation de leurs privilèges, une franchise absolue de droits en Belgique, et l'affranchissement d'un droit de 30 p. 100 qui tout récemment venait d'être introduit en Espagne. Mais la ville de Lubeck éluda ces propositions et se déchargea de tout sur les diètes hanséatiques et sur l'empereur.

Une nouvelle ambassade espagnole se présenta Tannée d'après au congrès de la Ligue; elle se borna cette fois à réclamer une neutralité rigoureuse, qui n'avantagerait pas les ennemis de l'Espagne; à exiger que les insurgés des Pays-Bas ne pussent en aucun cas, en se faisant passer pour Hanséates, prendre part au commerce direct avec les Espagnols, et qu'à cet effet le contrôle le plus actif fût exercé sur les navires et leurs cargaisons ; à solliciter la permission de faire pour l'Espagne des levées de troupes dans les villes hanséatiques ; à proposer enfin une action commune pour protéger le cours de l'Elbe et du Weser contre les entreprises des Anglais et des Néerlandais ; et afin de gagner le congrès, auquel douze des villes les plus importantes de la Ligue avaient envoyé leurs représentants, elle offrit comme sa devancière des secours effectifs aux Hanséates, leur laissant entrevoir en outre une résidence privilégiée àSéville , ainsi que des relations directes avec les colonies

espagnoles, en les astreignant toutefois à la douane de Lisbonne.

Mais la Diète, qui ne voulait acheter ces concessions, quelque séduisantes qu'elles fussent d'ailleurs, au prix de complaisances dangereuses, et songeait aux vexations qu'on avait fait depuis 1583 endurer aux Hanséates en Espagne et dans le Portugal, tout en leur exprimant le désir de les voir fréquenter ces pays, éluda également ces nouvelles ouvertures en chargeant l'ambassade de remercier le roi de ses bonnes intentions et de lui faire savoir que les dangers qui les menaçaient empêchaient seuls les Hanséates de visiter les Pays-Bas espagnols, qu'elle prenait ses autres propositions ad référendum , et qu'avant de pouvoir fermer les ports hanséatiques aux Néerlandais , comme il semblait le vouloir, il fallait le consentement de l'empereur et de l'Empire.

Mais comme la Ligue apprit en 1 604 que Philippe III ( 1 598- 1621) venait d'établir, à la requête des Belges, un droit d'entrée et de sortie de 30 pour 100 dans toutes les contrées soumises à sa domination et d'interdire l'importation de diverses marchandises hanséatiques, elle résolut à son tour de faire entendre au monarque ses plaintes et ses espérances par voie d'ambassade, d'entretenir un agent diplomatique à la cour d'Espagne et un consul tant à Lisbonne qu'à Séville, et de faire face aux dépenses par une contribution à imposer aux vaisseaux et marchandises hanséatiques, qui paraîtraient dans l'Espagne ou le Portugal.

Cette résolution laissa subsister la plupart des griefs , à l'exception peut-être de cet impôt exorbitant de 30 pour 100 qui fut retiré ou réduit; aussi fut-elle renouvelée en 1606 et lui donna-t-on suite dans la même année encore, contrairement, cette fois, aux habitudes de la Ligue, qui différait sans cesse l'exécution des projets, même les plus urgents.

L'intérêt attaché à la réussite de l'entreprise parut assez grand pour qu'on eût sollicité dans cette situation jusqu'au concours des villes impériales de la haute Allemagne, dont on s'était rapproché d'ailleurs, à mesure que les affaires de la Ligue étaient allées en déclinant. L'ambassade, qui comptait parmi ses membres le syndic Domann, se mit en route le 12 novembre 1606 et arriva le 2 avril de l'année suivante dans la ville de Madrid, où elle reçut, il faut le dire, l'accueil le plus empressé de la population et de la cour, mais où il lui fallut attendre six mois une solution qui fut loin de répondre aux espérances et aux sacrifices des Hanséates et qui ne fut tant retardée que parce que l'Espagne négociait en même temps un armistice avec les Pays- Bas insurgés et parce qu'elle exigeait une réciprocité complète dans le rayon de la Ligue.

Quatre diplômes distincts furent délivrés à l'ambassade , lesquels renouvelèrent les franchises autrefois consenties dans le Portugal aux villes alliées par le roi Emmanuel , leur donnèrent même un plus grand développement et les étendirent particulièrement aux royaumes de Castille et à celui d'Andalousie.

Il en résulta entre autres que, dans les royaumes de Castille, les Hanséates furent autorisés à établir des magasins exempts de toutes charges, à installer des consuls dans les ports de mer et un chargé d'affaires auprès du roi, qu'ils furent affranchis de tous les services publics , tels que tutelle, curatelle et service militaire, de toute détention prononcée seulement par des particuliers, ne remplissant pas les fonctions de magistrats, de tout impôt sur la monnaie d'argent qu'ils importeraient, qu'il leur fut permis de réexporter leur argent et leur or, voire même l'or que des échanges leur avaient fait acquérir dans l'intérieur de ces contrées, de faire leurs chargements sur tel vaisseau qu'il

leur plairait parmi ceux qui avaient accès dans les royaumes, de saisir tant des affaires civiles que criminelles le juge qui leur serait donné pour la ville de Séville et six lieues à la ronde et qui prononcerait en dernier ressort sur des intérêts, ne dépassant pas 10,000 maravédis, de commercer enfin librement dans tous les ports et sur tous les cours d'eau, jusqu'alors accessibles à leur négoce avec des marchandises quelconques, pourvu qu'elles n'émanassent ni des Provinces-Unies ni de quelque autre endroit mal noté.

Ces prérogatives, octroyées plus particulièrement aux Hanséates dans les royaumes de Castille, leur furent concédées aussi dans l'Andalousie et le Portugal, où elles reçurent même encore une nouvelle extension.

Parmi les dispositions spécialement applicables à cespro* vinces, l'attention se porte surtout sur les suivantes :

Dans le cas où le procès civil ou criminel ne sera pas d'une nature incompatible avec la dation d'une caution, la caution une fois fournie dispensera de l'emprisonnement.

La ligue Hanséatique pourra même être invoquée comme instance d'appel par les parties litigantes, si toutes deux lui appartiennent.

Une visite domiciliaire, pour s'assurer de la présence de marchandises suspectes, ne pourra avoir lieu chez des Hanséates en l'absence d'un notaire et sans en avoir obtenu l'autorisation soit de leur juge, soit du conservator de leurs privilèges.

L'or, l'argent, les céréales, les vivres, les bois de construction maritime, les mâts, les vergues, les munitions de guerre, les voiles, les cables et le chanvre seront admis en franchise des droits d'importation.

Les Hanséates, qui s'établiraient soit à Séville, soit ail-

leurs, n'auront à payer aucun impôt pour les objets de première nécessité, tels qu'aliments, boissons, vêtements, couvertures, malles et domestiques.

Toutes autres marchandises par eux importées ne seront soumises qu'à un droit de 8 pour 100, majoré d'un droit d'amirauté de 5 pour 100.

Toute latitude leur est laissée pour la fixation du prix auquel ils voudront céder leurs marchandises.

Les maisons et boutiques qu'ils établiront soit à Séville même, soit dans les alentours, n'auront à supporter ni garnison ni charge d'aucune espèce.

Toutes les marchandises par eux exportées des pays en question ne seront sujettes qu'au droit d'amirauté de 5 pour 100, et les épiceries qui sortiraient d'Andalousie seront même exemptes de toute redevance.

Pour le cas où le roi aurait un pressant besoin de vaisseaux hanséatiques, le commandant de la flotte royale eu fera la communication au consul de la Ligue ; puis on sollicitera le consentement des patrons, on s'assurera de la grandeur et du contenu des navires, et c'est sur cette fixation préalable qu'on assoira le prix du louage ou l'indemnité à payer, en cas de perte des bâtiments ainsi pris en location.

Enfin il sera permis aux Hanséates de construire à Séville un établissement commercial dont le roi promet de favoriser l'essor par l'octroi de tous les privilèges désirables, et de supporter même une partie des frais de bâtisse.

Il y avait aussi dans le traité de commerce général intervenu entre le roi Philippe III et les Hanséates, des dispositions au caractère collectif, dont la plupart prenaient les plus grandes précautions, pour que les Hanséates ne pussent introduire en Espagne des marchandises ou des vaisseaux appartenant aux Provinces-Unies, ou dans les Provinces-Unies des

articles espagnols, dont une autre annonce la résolution prise par le roi d'Espagne et l'archiduc des Pays-Bas méridionaux, pour protéger en commun les chargements hanséatiques destinés aux provinces espagnoles contre l'agression des rebelles, dont une autre encore autorise exclusivement les Hanséates à importer dans les contrées soumises au roi les produits des pays voisins du Nord, ainsi que les produits allemands, à l'exception cependant des articles de la haute Allemagne, dont l'importation avait été également permise aux Français et aux Anglais; dont encore une autre exige la remise par les ambassadeurs d'une liste contenant l'énumération des villes faisant partie de la Ligue, parmi lesquelles on ne comptait plus des villes telles que Zwoll, Gampen et Deventer, qui avaient pris les armes contre le roi, ou des villes qui seraient sorties de la Hanse spontanément ou par mesure d'exclusion, mais bien les villes d'Augsbourg, Nuremberg, Strasbourg et Ulm, et les villes de l'Allemagne supérieure, pour lesquelles les Hanséates sollicitaient la participation à leurs privilèges; dont la dernière enfin impose à l'ambassade l'obligation de faire, dans la plus prochaine diète hanséatique, sceller et ratifier les traités par les six villes vendes et la ville de Dantzig, du consentement de la Ligue entière.

Cette ratification fut débattue à la diète de 1608, qui la refusa, parce qu'elle ne trouvait pas suffisante l'indemnité allouée en raison des perles éprouvées en Espagne par la Hanse; parce qu'elle voyait d'un mauvais œil le droit revendiqué par le roi de faire usage des navires hanséatiques ; et parce qu'elle n'aurait pas voulu, comme le désirait ce monarque, accorder aux Pays-Bas fidèles, sur le territoire de la Ligue, des faveurs analogues à celles qui étaient accordées aux Hanséates par les traités en question.

Le roi, de son côté, refusa alors naturellement aussi son

adhésion formelle, et il arriva que si les Hanséates ne renoncèrent pas au commerce des articles néerlandais, le roi se passa comme par le passé la fantaisie de contraindre des navires hanséatiques au service militaire, et que les conventions ne conservèrent qu'une autorité fort contestable.

Cependant, comme à la suite de l'armistice conclu en 1609, entre l'Espagne et les Provinces-Unies, plusieurs prohibitions gênantes pour les Hanséates vinrent à tomber; comme le besoin de vaisseaux de guerre se fit moins sentir, et comme l'Inquisition, qui jusque-là avait souvent molesté . les Hanséates protestants, sembla aussi ralentir ses ardeurs, il est probable qu'à partir de cette époque les relations de la Ligue avec l'Espagne, bien qu'entravées sans doute par l'activité néerlandaise, reprirent une plus grande animation, et se réglèrent sur les diplômes, sinon comme sur une loi obligatoire, au moins comme sur un guide et sur un conseiller.

On avait même procédé, à Lisbonne, à l'installation solennelle d'un consul hanséatique nommé Kampferbeck; mais malheureusement, la somme de mille ducats affectée à son traitement, ainsi que les sommes nécessaires pour accréditer un autre consul à Séville et un agent à la cour d'Espagne, pour indemniser les villes, qui avaient fait l'avance des frais- occasionnés par la dernière ambassade, et pour gagner les bonnes grâces du souverain, qui jusque-là n'avait pas encore ratifié le traité, ne purent être réunies malgré l'impôt convenu.

Car cet impôt, qu'on appela la collecte espagnole, et qui devait en principe être prélevé sur toutes les marchandises hanséatiques, encore qu'elles seraient sous pavillon étranger, et même sur les marchandises étrangères portées par des navires hanséatiques, ne fut perçu qu'avec une grande nonchalance par les villes alliées, qui n'y voyaient qu'une

source trop modique de revenu, et rencontraient des résistances nombreuses et énergiques quand il s'agissait d'élever, et par exemple de doubler la redevance*

Aussi le manque de ressources fit-il naturellement avorter les projets les plus utiles et la concurrence des Pays-Bas aidant, ainsi que les désordres et l'infidélité du consul de Lisbonne, qui s'était adonné à l'ivrognerie, et servait la cause de l'Espagne plutôt que celle de ses commettants, le commerce des Hanséates en Espagne perdit beaucoup de l'intensité antérieurement acquise.

Mais ce commerce reçut les coups les plus décisifs à la mort de Philippe III, alors que l'armistice entre l'Espagne et les Pays-Bas avait prison, alors que les hostilités avaient recommencé sans que les Hanséates pussent, au milieu de ce conflit, compliqué encore de la guerre de Trente ans, faire respecter la neutralité de leur pavillon, alors surtout que la Ligue avait, comme nous l'avons montré ailleurs, noué des rapports intimes avec les Pays-Bas insurgés.

Les griefs les plus nombreux se firent donc de nouveau entendre, et les Espagnols ne consentirent à mettre un terme à leurs rigueurs qu'à une condition, c'est que les Hanséates formassent avec les sujets du roi, sous la direction de ce monarque et de l'empereur, une compagnie commerciale à tendances exclusives; mais ceux-là t avaient trop de sens pour ne pas deviner le péril caché sous cette proposition, et qui était plus sérieux encore que tous ceux qu'ils couraient déjà en Espagne; en revanche, ils eussent désiré que leur pavillon couvrît toutes les marchandises, et que leurs propres biens fussent respectés, même à bord d'un vaisseau ennemi. Mais l'Espagne n'entra pas plus dans leurs vues, qu'ils n'avaient voulu entrer dans les siennes, et si après la guerre de Trente ans, qui fut si funeste à la Ligue, les Hanséates obtinrent des Espagnols, dans le traité de Westphalie,

la confirmation des privilèges accordés en 1607, ainsi qu'une égalité complète avec les Provinces-Unies, enfin reconnues par leurs anciens maîtres, et furent par le traité des Pyrénées, assimilés aux Français pour tout ce qui concernait la navigation et le commerce, ces derniers rayons d'une fortune presque éteinte n'éclairent et ne réchauffent plus la Confédération elle-même, mais seulement ce groupe détaché de trois cités bien connues, auquel s'associe peut-être encore, dans une mesure plus ou moins large, la ville de Dantzig.

Si jusqu'ici nous n'avons pas parlé encore de l'Italie, c'est qu'il n'est pas&qertain qu'avant le seizième siècle les Hanséates se soient dirigés vers ce pays, qui par ses divisions n'avait pas encore acquis l'intérêt et l'importance que des événements récents et à jamais mémorables lui ont donnés de nos jours, en même temps que l'unité et l'indépendance.

Jusque-là les Italiens et les Hanséates s'étaient rencontrés sur le marché européen de Bruges, sauf que probablement, quand la Ligue éprouvait des difficultés avec la Flandre, ses membres se rendaient directement en Italie, en traver- , sant le détroit de Gibraltar.

Le déplacement du comptoir hanséatique de Flandre dans le Brabant fit entrer dans les usages cette navigation directe, grâce à laquelle les Hanséates apportèrent à la Péninsule du blé notamment et d'autres marchandises du Nord, en s'y procurant maintenant ;des produits italiens, comme ils s'y étaient autrefois procuré probablement des articles de l'Inde. Ces rapports ont existé principalement avec les États du Saint-Père , avec Gênes, Florence et la ville de Venise, dans laquelle se trouvait une maison appelée il fontego dï Tedeschi, qui cependant n'était pas une résidence hanséatique, mais appartenait bien plutôt aux villes méridionales de l'Allemagne, telles que Ratisbonne,

Augsbourg, Ulm et Nuremberg. Car si des Hanséates ont entretenu avec l'Italie des communications directes, ces communications n'ont jamais été particulièrement favovorisées, et, en tout cas, n'ont jamais abouti à des établissements commerciaux.

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