CHAPITRE PREMIER
ORIGINE ET FORMATION DE LA LIGUE HANSÉATIQUE DURANT CETTE PREMIÈRE PÉRIODE.
Funeste à tous, l'anarchie qui régnait en Allemagne devait surtout affliger ces fondations urbaines encore naissantes ou déjà prospères, auxquelles la paix publique devait apparaître comme la condition essentielle de toute activité et de tout avenir, et comme la situation la plus favorable à la jouissance calme des conquêtes pacifiques du travail.
Impuissantes par elles-mêmes à repousser des attaques dirigées contre leurs libertés ou leurs biens, abandonnées par le chef de l'État qui devait songer à sa propre défense, ces villes allemandes furent naturellement amenées par la communauté des dangers, des besoins et des désirs, à se rapprocher , à unir leurs forces et leurs destinées.
Ces alliances se produisaient en dehors de toute autorisation seigneuriale, par la seule force, la seule réaction de
l'existence compromise; elles demeurèrent même quelque temps inattaquées, et ce ne fut que plus tard , quand elles eurent déposé leur caractère défensif, qu'on vit entrer en lice contre elles, pour les refouler et les réduire à leur insignifiance première, tous les* degrés de la noblesse, dont elles commençaient, à leur tour,-à troubler la sécurité.
Cependant ces associations de villes furent bien plus retardées au nord qu'au midi de l'Allemagne; non pas qu'elles y eussent de moins fortes raisons d'être, car il faudrait oublier alors et les guerres et les désordres qui éclatèrent en Saxe et dans les colonies allemandes du pays des vendes, par suite de la dispersion de la maison saxonne, des entreprises danoises, et des luttes contre les princes Vendes; mais au nord, le nombre des villes était moins considérable; la distance qui les séparait rendait leurs communications fort rares èt aussi fort difficiles à travers des territoires peu appropriés à la circulation, infestés en outre par le brigandage des roturiers et des seigneurs, et il n'y avait guère que les habitants des côtes qui pussent établir entre eux par voie maritime des relations plus suivies; d'ailleurs, la plupart des villes septentrionales, devenues considérables en exceptant toutefois notamment Cologne, Lubeck, Brème, Soest, Hambourg et Magdebourg, dont la prospérité commença de bonne heure, n'acquirent quelque force et quelque indépendance qu'au treizième siècle, et les autres ne remontent même pas, par leur origine, au delà de cette époque.
Ces premiers temps n'enfantèrent que des associations sans importance, qu'il faut se garder de confondre avec la ligue Hanséatique et son développement ultérieur, par une tendance de l'esprit que trahissent même quelques auteurs anciens, quand ils veulent lui assigner une antiquité aussi haute que possible, et quand, méconnaissant la marche de
toutes les institutions humaines, ils l'arment de toutes pièces dès sa naissance.
Cette question des origines de la ligue Hanséatique exige au contraire la plus grande réserve, et court même grand risque de ne jamais recevoir de solution précise et mathéniatique. Pourquoi cela? Parce qu'il n'existe pas un seul document témoignant, à ces époques reculées, d'une alliance de villes septentrionales dans l'intérêt de leur sécurité et | de leur commerce, ou bien établissant dans la première moitié du treizième siècle l'adhésion de quelques villes à \ telle ou telle association temporaire d'autres communes.
On peut même douter que dans un temps où l'écriture n'était pas du domaine public, où presque tout se traitait verbalement, où le clergé était à peu près le maître exclusif de la langue, qui figurait dans les conventions les plus importantes, il ait été dressé un écrit pour constater la première alliance.
Aussi bien alliances et adhésions durent-elles puiser une bien moins grande force dans l'engagement lui-même que dans les nécessités qui les avaient produites; et l'intérêt disparaissant, les clauses les plus expresses devenaient lettre morte pour des cités qui ne reconnaissaient pas d'autorité commune supérieure, chargée d'exercer une contrainte.
Cependant, pour ne pas posséder de monuments écrits, précédant et préparant une certaine extension de la ligue Hanséatique, il ne faudrait pas conclure encore qu'if n'en ait jamais existé, car le courant des siècles a pu les engloutir; mais toujours est-il que les plus grandes incertitudes régnent parmi les auteurs sur les commencements de cette confédération , et que les dates qu'ils assignent s'écartent quelquefois l'une de l'autre d'un ou même plusieurs siècles, en se mouvant entre le douzième et le quatorzième.
Une opinion qui était déjà accréditée du vivant de Sartorius, et que nous avons trouvée reproduite assez clairement dans le savant « Commercial dictionary » de Mac-Culloch sur le mot « Hanseatic league, » rattache l'origine de notre Ligue à une union formée en J240 entre deux villes, Lubeck et Hambourg, qui devinrent sans doute par la suite des villes hanséatiques de premier ordre, et dirigée contre la piraterie et le brigandage de la terre ferme.
Il est certain qu'une semblable union s'est formée à la date indiquée, puisque le pacte qui la consacra nous est parvenu avec- tous les caractères de l'authenticité; mais la déduction à laquelle elle sert de base ne nous semble pas légitime.
C'est ainsi qu'il n'y est question exclusivement que des parties contractantes, sans la moindre allusion à d'autres villes auxquelles se 'seraient appliquées ou étendues leurs stipulations; c'est ainsi que le but capital de la Hanse, et qui fut probablement la raison essentielle de sa formation, je veux parler de la protection du commerce, n'y reçoit même pas les honneurs d'une mention; enfin le nom caractéristique de Ligue ou Hanse allemande n'y figure pas davantage, et même on parcourrait tout le treizième siècle sans y rencontrer une fois cette dénomination comme se référant à une confédération visant à la sauvegarde de ses droits et de son commerce.
Certes, la chose aurait pu précéder la qualification, mais le traité en question n'est pas unique dans son genre, dans ses tendances; il y en a d'antérieurs et de postérieurs à lui. Dès lors de quel droit rattacher précisément à ce traité les adhésions successives des autres villes hanséatiques?
L'appréciation que nous attaquons rencontre des obstacles plus directs encore. Hambourg, à l'époque de ce traité, cédait le pas à plusieurs villes de la Baltique et de la
mer du Nord, et était très-loin encore du pinacle de sa future splendeur. Si véritablement cette -ville a partagé avec Lubeck la gloire de fonder la ligue Hanséatique, comment se fait-il que son nom ne figure généralement pas au milieu de ceux des autres villes maritimes confédérées, dans les conventions que celles-ci passèrent au treizième et au commencement du quatorzième siècle avec les souverains Scandinaves ?
Le nom de Hambourg ne figure pas avec plus de fréquence dans les chartes'qui vers la même époque conférèrent des privilèges communs à plusieurs villes de la Baltique, de la mer du Nord et du Zuydersée; et enfin, quoique ce soit incontestablement les villes vendes qui ont concouru le plus efficacement à la formation et à la consolidation de la Ligue, Hambourg ne compte dans leur nombre qu'à une époque beaucoup plus avancée.
La question d'ailleurs est déjà ancienne; et quoique aujourd'hui elle ne présente guère plus qu'un intérêt historique, il fut un temps où sa solution devait régler des différends et des débats fort animés; des hommes spéciaux s'y consacrèrent avec l'avantage d'en être beaucoup plus près par le temps et de pouvoir même recueillir les traditions orales, notamment deux syndics de la Hanse, Sudermann et Domann , qui avaient reçu de la Ligue elle-même la mission d'écrire son histoire et le droit de fouiller dans toutes ses archives. L'écrivain Chytraeus, qui vivait aux quinzième et seizième siècles, alla sur ce même sujet aux renseignements auprès des syndics des principales villes hanséatiques. Et cependant toutes ces recherches intéressées, favorisées, scientifiques, demeurèrent sans résultat. N'y a-t-il donc pas quelque présomption à vouloir être plus heureux que de pareils prédécesseurs? et puisque les villes allemandes dans les réunions ou congrès qu'elles pouvaient avoir au commen-
cernent du treizième siècle, ne rédigeaient pas de procèsverbal de leurs séances, ne faut-il pas nous contenter forcément de notions plus ou moins générales sur le lieu, l'époque, la modalité de cette origine quelque peu mystérieuse.
L'habitude de conserver par écrit les résolutions prises en conférence ne semble s'établir que vers l'issue de notre première période; et, par conséquent, nous en sommes réduits, pour éclairer les premiers temps, à des sources bien avares. Car, après avoir écarté les rapsodies de misérables chroniqueurs et d'ignorants compilateurs, il ne nous reste que les privilèges obtenus par quelques villes confédérées de la basse Allemagne dans l'intérieur de l'Empire ou de puissances étrangères; que des correspondances échangées soit dans le sein même de ces petites confédérations, soit entre ces confédérations et l'extérieur; que quelques traités relatifs à des points déterminés 5 que des luttes et des aventures soutenues en commun par quelques localités.
Ces sources nous permettent de placer, sans plus de précision cependant, les origines de la Ligue dans le treizième siècle, dont le commencement laisse apercevoir quelques villes isolées du Nord, qui de temps à autre ont des rapprochements temporaires, mais dont le déclin nous montre avec certitude une confédération de plusieurs cités maritimes, vouée aux intérêts de la liberté, de la sécurité et du commerce, et s'augmentant tous les jours de nouveaux adhérents; car, comme nous croyons déjà l'avoir remarqué, la célèbre ligue Hanséatique ne se fit pas dans un jour ; née au milieu de circonstances difficiles, elle fit de rapides progrès, et, poussée par des vents heureux, habile à faire tourner à son avantage les événements contemporains, elle arriva graduellement à cette prospérité incomparable, que ses fondateurs, que l'imagination républicaine la plus ardente n'aurait osé concevoir , et qui lui permit de pré-
sider en maîtresse au commerce de deux mers, de doDner et de renverser des couronnes, de river à son monopole, de courber sous son joug mercantile des nations entières.
Ces associations qui se produisent durant tout le treizième siècle, et dont il y a peut-être aussi quelques exemples au douzième siècle, à l'occasion de quelques rares communes, qui surent arriver à quelque aisance et à quelque liberté, étaient amenées par les rapports existant entre des villes assez voisines, et étaient commandées par leur intérêt réciproque.
Ce qui les favorisait à l'égal de la nécessité, de l'intérêt, du voisinage, c'était l'emprunt fréquent que des villes naissantés faisaient à une cité prospère, de ses règlements, de ses usages, en un mot de sa législation ; c'étaient les décisions qu'une ville allait demander aux échevins d'une autre dans des cas difficiles; c'était aussi l'asile, la protection que telle commune offrait dans ses murs aux citoyens de telle autre.
Mais de là il y avait encore loin à cette vaste confédération, mue par une pensée et une ambition communes, et régie par un droit uniforme; il importe donc de rechercher les causes qui déterminèrent plus particulièrement cet important résultat.
Et en premier lieu, on ne peut méconnaître l'influence favorable que dut exercer la position topographique des principales villes de la basse Allemagne; en effet, situées en partie le long des côtes, en partie sur le bord de fleuves navigables, qui permettaient aux vaisseaux de se risquer jusque dans la mer, il s'offrait à leurs entreprises un champ bien autrement large et fécond qu'à celles des villes méridionales.
L'eau était devenue leur élément; elle leur valut des marchés plus nombreux, plus lointains; et ils durent à la pêche ainsi qu'à la navigation une fortune des plus rapides.
Déjà même le zèle religieux, plus encore que la spéculation, avait pendant les croisades conduit des navigateurs de Brème et de Lubeck jusqu'aux côtes de la Syrie, où ils contribuèrent à la fondation de Tordre Teutonique de chevalerie; mais, cette passion une fois assouvie, on ne chercha même pas à recueillir une partie des avantages commerciaux que ces expéditions pouvaient avoir assurés pour l'avenir, et que l'Italie, les Pays-Bas, l'Espagne et la France méridionale se partagèrent.
Cependant, en désertant ces contrées orientales trop éloignées, nos villes déployèrent toute leur activité dans les deux mers les plus voisines. Déjà des habitants de Cologne avaient, depuis la conquête de l'Angleterre par Guillaume, opéré une descente dans cette île ; les émigrés des villes détruites pendant la guerre atroce contre les Vendes enrichirent les communes naissantes, où ils s'établissaient,, de notions plus précises sur le commerce et la navigation -, les citoyens de Brème et de Lubeck, qui ne s'étaient aventurés encore à l'est que jusqu'à l'île de Gothland, où ils visitaient l'important marché de Wisby, rencontrèrent fortuitement au douzième siècle les côtes de la Livonie, et plus tard touchèrent à celles de la Russie et aux embouchures de ses fleuves; les colonies qui furent fondées dans le pays des Vendes ne restèrent pas en arrière ; dès la fin du douzième siècle et le commencement du treizième siècle, les villes les plus prospères telles que Hambourg, Brème, Lubeck et Wisby, pour autant que cette dernière ville peut compter pour une commune allemande, faisaient le commerce du côté de la péninsule danoise.
C'est ainsi que la situation particulière de ces villes développa leurs richesses, étendit leurs relations, multiplia leurs rapports, et leur permit, malgré des distances assez considérables, de s'entr'aider par des secours rapides et ré-
ciproques; leur activité se déployant dans le même sens, quoi de plus naturel que d'unir leurs intérêts, que de conjurer ensemble des entraves communes ? Et ces entraves étaient grandes dans un temps où les pirates inondaient les mers, où le droit de naufrage, le droit d'aubaine et tant d'autres vexations jetaient le désarroi dans la propriété et dans le commerce.
Au fur et à mesure que les relations internationales s'établissaient avec les Pays-Bas, l'Angleterre, la Norvège, le 1 Danemark, la Suède et la Russie, plus de sécurité, plus de liberté commerciale devenaient indispensables, et ce furent d'abord les communes plus puissantes qui les revendiquèrent isolément. Les résultats obtenus profitaient alors plus tard à des communes plus faibles; quelquefois aussi il fallait le concours des unes et des autres pour obtenir, exiger, arracher et défendre les garanties et les franchises du commerce.
Mais ces confédérations de villes étaient déjà singulièrement préparées par les corporations allemandes à l'étranger, composées précisément des citoyens de ces diverses villes, qui apprenaient ainsi à mieux se connaître, et qui, sentant parfaitement la nécessité d'une protection efficace que l'union seule pouvait procurer, donnaient à leurs patries respectives l'exemple et l'impulsion d'une entente générale.
Une autre cause qui influa également beaucoup sur le développement notable des confédérations, se rattache aux colonies allemandes qui prospéraient au nord-est de l'Allemagne, à la suite des guerres exterminatrices dirigées contre les idolâtres des pays slaves et vendes; il fallait réparer les ravages de la guerre, gagner ces contrées barbares à la civilisation germanique. Des colons de la Saxe, des Pays-Bas, de la Westphalie, y affluèrent sur l'appel des sei-
gneurs du Mecklembourg, de la Poméranie, du Holstein et du Brandebourg, et fondèrent des villes largement dotées de libertés municipales ; c'est ainsi que, grâce à Tordre Teutonique, la Prusse fut transformée en colonie allemande rendue accessible à tous les autres marchands et navigateurs, qui y trouvèrent un marché considérable et une amie dévouée.
Toutes ces révolutions engendrèrent une extension plus grande du commerce et de la navigation des municipalités, et des points de contact plus nombreux, un besoin plus pressant de liberté et partant d'union.
Néanmoins, on a beau parcourir le treizième siècle, les entreprises communes qui s'y placent ne comptent guère plus comme participants que dix ou tout au plus douze villes maritimes appartenant principalement à la Baltique; et ces associations ne prennent encore le nom de Hanse allemande (Deutsche Hanse) dans aucun monument de cette époque.
Au lieu de ce nom, qui ne semble réservé qu'à une confédération moins restreinte, nous trouvons encore provisoirement les qualifications générales suivantes : marchands allemands, villes maritimes allemandes, villes vendes, villes slaves, navigateurs chrétiens, etc., etc.
Ces qualifications n'ont pas lieu d'étonner ceux qui savent que c'est du sein des villes maritimes que sont sorties les premières alliances, que ce sont les villes maritimes, et notamment les villes vendes, qui formèrent le noyau et la force principale de la ligue Uanséatique, et obtinrent les premiers et les plus nombreux privilèges.
Avec le quatorzième siècle, les membres et les privilèges de l'association augmentent, sa constitution se dessine, son attention se porte sur les rapports des confédérés entre eux et sur les rapports des citoyens avec leurs magistrats muni-
cipaux, enfin commence à paraître et même à s'imposer aux puissances étrangères ce nom qu'elle devait plus tard illustrer.
Quant à l'origine de ce nom, nous trouvons le mot Hansa employé déjà par Ulfilas pour désigner uue société, une réunion d'hommes, et, plus tard, ce mot exprime le droit, la redevance à payer par une pareille société, par exemple, par une corporation allemande à l'étranger.
Mais à un autre point de vue que celui de la philologie, ce nom présente et surtout présentait à la Ligue un intérêt plus considérable assurément. En effet, comme il se référait exclusivement aux villes confédérées de la basse Allemagne, nul autre qu'elles ne pouvait revendiquer les privilèges qui y étaient attachés ; en outre, la Ligue ayant le droit d'adniet- Ire de nouveaux membres, leur conférait par là même, visà-vis des contractants étrangers, les avantages dont ceux-ci l'avaient investie elle-même; enfin le droit d'expulsion ou de réadmission devenait pour elle un droit non moins précieux que celui de l'admission.
La Ligue comprenait si bien les avantages de cette situation que jamais, malgré l'insistance que mirent quelques nations étrangères à connaître les cadres exacts de l'association, elle ne consentit à les tracer, excepté justement vers son déclin.
À la fin de notre première période, ce nom embrassait les contrées côtières depuis la rive droite de la Meuse et l'embouchure de l'Escaut jusqu'en Esthonie et jusqu'à Revel. i Plusieurs villes de l'intérieur faisaient déjà partie de la | Ligue; plusieurs autres y entrèrent plus tard; les grandes divisions étaient déjà tracées.
Il ne faudrait pas prendre pour une liste complète l'énumération des membres de la Ligue, qui peut se rencontrer dans tel acte ou tel procès- verbal , car plus d'une loca-
lité n'était pas désignée qui se rattachait cependant médiatement à l'association par une place plus importante, aux charges fédérales de laquelle elle contribuait pour sa part.
C'est aussi à la fin de cette période, en 1364, durant la lutte soutenue par la Hanse contre le Danemark, qu'on voit apparaître ou au moins mentionner pour la première fois un ' acte fédératif, celui de Cologne, qui fut considéré comme la charte constitutionnelle de la Ligue, et auquel concoururent un très-grand nombre de députés.
Il fallait sans doute cette pression d'une guerre pendante avec un puissant ennemi pour décider la Ligue à la rédaction d'un diplôme, qui probablement ne fit que sanctionner les usages régnants.
Nous sommes d'ailleurs réduits à ignorer le contenu de ce document dont le nom seul (Cœlnische Confederationsacte) et la date nous sont parvenus, bien qu'il soit plus d'une fois mentionné dans les résolutions subséquentes.
Mais les événements qui lui succédèrent, et des raisons d'analogie, tirées d'actes postérieurs, nous autorisent à penser que pour la forme il ressemblait à tous les documents qui se rencontrent chez d'autres associations de l'époque, et qu'au fond il imposait aux confédérés l'obligation de se prêter un* appui réciproque pour la conservation de leurs droits et des privilèges acquis, pour l'extension et la sécurité de leur commerce.
Ce n'est qu'à partir de l'année 1370 que nous possédons les extraits des décrets rendus dans les diètes et des délibérations, dont procès-verbal a été dressé.
Cependant, malgré la pénurie de renseignements authentiques sur les débuts de la Ligue, ses faits et gestes à cette époque donnent la clef des tendances qu'elle poursuivait.
Ainsi il est certain que depuis son origine jusqu'à sa déf ' cadence, l'extension et la sécurité du commerce, et notam-
ment du commerce extérieur, ont été l'objet principal de ses préoccupations et de sa sollicitude ; car on croyait encore alors, et cette opinion pouvait jusqu'à un certain point s'autoriser du lamentable spectacle offert par l'intérieur de l'Allemagne, que le commerce était la source unique ou au moins essentielle des richesses. Les Hanséates s'efforcèrent donc de tout temps d'étendre leurs marchés sur la terre étrangère et d'y accaparer le monopole, et il faut bien reconnaître qu'ils ont parfaitement réussi plus tard à arriver :, à leurs fins.
Mais il va sans dire que ce but ne pouvait être atteint sans une guerre résolue faite aux brigands et aux pirates, ' qui compromettaient si gravement la sécurité des routes maritimes et continentales.
Enfin la Ligue veillait au maintien de la paix et des constitutions locales, et se réservait le jugement des différends qui diviseraient les villes et leurs seigneurs, abandonnant à des arbitres, choisis généralement parmi les villes maritimes les plus influentes, les conflits qui s'élèveraient entre quelques villes ou entre des villes et la confédération ellemême.
A l'aide de quels procédés suffisait-elle à une tâche aussi complexe? Tantôt en nouant des alliances avec les grands et les princes, tantôt en profitant de leur détresse pour leur acheter au poids de l'or, comme c'était la mode dans ces temps, des concessions et des libertés; en temps de guerre, quand la jeunesse militante des villes était insuffisante, elle stipendiait des mercenaires et offrait des subsides à des seigneurs, notamment à la pauvre noblesse des campagnes, contre des services militaires.
La Ligue avait aussi ses revenus provenant du Pfundzoll, c'est-à-dire d'un denier très-minime prélevé dans les villes hanséatiques par chaque livre de valeur sur les vaisseaux
et les marchandises qui y entraient on en sortaient, soit qu'ils appartinssent à des Hanséates ou à des étrangers. C'étaient les villes elles-mêmes, par des agents à elles appartenant et non à la confédération, qui percevaient ce droit et devaient le verser dans la caisse centrale.
Une autre obligation incombant aux membres de la Ligue, qui composait la seconde branche de ses ressources, consistait dans un nombre déterminé de vaisseaux et d'hommes à fournir à l'armée fédérale ; mais cette obligation pouvait se résoudre aussi en une indemnité; quant à la quotité de celte espèce de droit de douane et du contingent, il nous est impossible de la fixer avec précision.
Les empiétements des étrangers étaient réprimés par le déplacement des comptoirs hanséatiques qui pouvaient se trouver chez eux, par la suspension des relations commerciales, par des prohibitions plus ou moins générales, et peutêtre quelquefois aussi par des vaisseaux armés en course.
Enfin la Ligue était protégée contre ses membres rebelles par le droit d'imposer une amende ou même de prononcer l'exclusion, laquelle dernière mesure était beaucoup plus coërcitive, produisait des effets beaucoup plus immédiats que le ban de l'Église ou le ban de l'Empire.
En ce qui concerne maintenant la constitution intérieure de la Ligue, le mode d'expédier les affaires dans les assemblées générales, le nombre des députés, la portée des règlements et des lois qui furent faits par et pour la communauté, toutes espèces de détails nous font complètement défaut pour cette première période.
Certes, il y avait eu déjà des délibérations communes à Cologne, à Lubeck et dans d'autres villes vendes; mais l'époque de ces délibérations, leur objet, les villes qui y prirent part par leurs représentants, donnent lieu à autant de questions à résoudre ou plutôt insolubles.
11 est tout aussi incertain si Lubeck présidait déjà l'association; en tout cas, Cologne paraît avoir à cette époque participé à cet honneur.
Mais il résulte de plusieurs documents de la fin de notre période, que les villes maritimes prédominaient dans la communauté , puisque celle-ci y est souvent encore désignée par « les villes maritimes confédérées, » au lieu de «Hanse allemande,» laquelle dernière qualification avait cependant déjà pénétré dans l'usage; et qu'elles rendaient des décrets indépendamment des villes intérieures pour lesquelles ils devenaient cependant obligatoires après leur notification; ce fut même là un germe de désordre qui porta de mauvais fruits.
Il est également certain que les villes vendes formaient entre elles comme une confédération à part , prenant des ' résolutions et faisant la guerre pour son compte; à ces villes vendes se ralliaient les autres villes de la Baltique, les villes voisines de la mer du Nord, telles que Hambourg et plus rarement Brème. Mais vers la fin de cette période, il semble que les villes de Prusse et de Livonie procèdent à leur tour avec une certaine indépendance et se groupent en division séparée.
Une autre agglomération réunissait les villes maritimes ! de l'ouest, parmi lesquelles Cologne figurait au premier rang par son ancienneté, son opulence, sa dépendance immédiate de l'Empire, sa participation aux bgues du Rhin et des villes de la haute Allemagne.
Toutes les autres villes qui n'appartenaient ni au groupe occidental ni au groupe oriental formaient probablement un troisième cercle, dont Magdebourg et Brunswick étaient les points culminants.
Voilà les suppositions que justifient, sinon des documents positifs, au moins l'ordre des choses tel qu'il est établi dans
la période suivante; mais, en tout cas, il ne (peut pas être question encore de la division en quatre quartiers, qui ne surgit que plus tard.
Parmi les principes auxquels la sanction des règlements valut bientôt une autorité générale, on reconnaît avec plaisir celui qui attachait force de loi à la décision de la majorité; un autre statut voulait que les résolutions délibérées et prises par le groupe de Cologne fussent obligatoires pour la Ligue tout entière. Cependant on comprendra que l'exécution de ce dernier règlement dut rencontrer de vifs obstacles de la part de villes jalouses de leur indépendance, et , ne voulant aliéner leur initiative qu'à la dernière extrémité; aussi peut-on douter que sans des nécessités impérieuses, sans le puissant mobile de l'intérêt personnel, sans le dévouement de quelques rares cités, la Ligue fût jamais parvenue jusqu'à la hauteur à laquelle nous allons la voir arriver.