CHAPITRE IV
HISTOIRE DU COMMERCE HANSKATIQUE AVEC LES PAYS OCCIDENTAUX DURANT LA PREMIÈRE PÉRIODE.
De tous les pays de l'Europe, à l'exception peut-être de l'Italie, les Pays-Bas offraient, aux treizième et quatorzième siècles, grâce à leur opulence, leur commerce et leur industrie, le spectacle le plus brillant et le plus animé.
Cependant la partie wallone semblait bien plus favorisée à ce triple point de vue que les provinces septentrionales, où régnaient les mœurs germaniques, et qui étaient encore tellement unies à l'empire d'Allemagne, que leurs plus importantes communes se rattachaient à la ligue Hanséatique, soit comme membres effectifs et intégrants, soit comme participant seulement à ses établissements commerciaux dans les pays étrangers.
Les richesses et le trafic s'étaient concentrés, dans la Flandre et le Brabant, aux provinces qui, comme toute la contrée bornée à l'est par la Meuse et l'Escaut, subissaient l'influence gauloise et secouaient insensiblement l'autorité de l'Empire; c'est là que les Hanséates trouvèrent un marché dont aucun de ceux connus par eux . n'approchait pour l'abondance du capital , la variété des marchandises et la multiplicité des opérations. C'était là que toutes les nations de l'Europe s'étaient donné comme le rendez-vous général, qu'elles jugeaient le plus approprié à la satisfaction des besoins réciproques au moyeu de l'échange.
Et cela se comprend dans un temps où la navigation dans
l'enfance n'aurait pas permis à un marchand d'effectuer le voyage du Sud-Ouest au Nord-Est et du Nord-Est encore une fois au point de départ, ou bien le trajet inverse pendant une simple saison d'été, avant le retour des orages d'automne et des glaces ; cela se comprend dans un temps où la faculté de passer en pays étranger était rarement accordée et où elle était en tout cas entourée de fort grands inconvénients, si elle ne dévorait pas les bénéfices.
Les Pays-Bas levèrent heureusement ces difficultés en favorisant sur leur territoire les entrevues de nations trop éloignées l'une de l'autre pour se visiter chez elles. Les Allemands ne se rendaient à cette époque que fort rarement en France ou en Espagne, et jamais dans la Méditerranée par le détroit de Gibraltar; les Italiens, les Espagnols et les Français ne s'aventuraient pas davantage dans les eaux de la mer du Nord ou de la Baltique/
Mais tous se rencontraient dans la Flandre ou le Brabant, et y procédaient à l'échange, soit des produits nationaux, soit de marchandises déjà acquises au commerce. Aussi n'est-on pas surpris du désir très-ancien des Hanséates, d'obtenir des immunités commerciales dans les provinces fréquentées du Wallon, dont les municipalités ne faisaient pas en général partie de la Ligue, et ne leur auraient pas spontanément offert une hospitalité bien généreuse.
Avec ces privilèges, ils comptaient assurer l'écoulement de leurs articles du Nord et les échanger contre les productions du sol et les objets d'art des contrées occidentales, notamment aussi contre les épiceries orientales et d'autres marchandises recherchées, telles que les tissus de soie, le velours, les vases d'or et d'argent, dont les Italiens pourvoyaient le marché.
Mais le terrain de la lutte était changé : ici florissaient
des communes opulentes et considérables, dotées d'une grande indépendance et d'un esprit libéral, supérieures de beaucoup aux empires du Nord et même aux llanséates, en richesses, en notions commerciales et en civilisation.
L'obstacle le plus puissant aux projets de la Hanse ne tenait pas ici, comme dans le Nord, à la haine des étrangers, aux exactions nombreuses, au jaloux despotisme des souverains; il puisait au contraire ici sa source dans le régime même de la liberté, qui provoquait une concurrence redoutable, tant de la part des étrangers que des nationaux, et qui ouvrait s un champ vaste et fécond à tout travail comme à tout capital.
Les difficultés étant donc autres, il fallut, pour les aplanir, employer d'autres moyens et varier la tactique.
Le principal entrepàt et le principal marché des nations étrangères, dans les Pa^-Bas, se trouvaient à Bruges, qui recevait fles marchandises^par la ville de l'Écluse, située au bord de la mer et lui servant de port.
Les croisades avaient donné réveil aux premières grandes communications commerciales et mis en rapport les Pays-Bas avec l'Italie et l'Orient.
Les relations nombreuses qui s'ensuivirent firent connaître aux provinces néerlandaises les travaux les plus délicats en lainage, soierie et orfèvrerie, et leur inspirèrent le désir de transformer elles-mêmes la matière première en produits identiques.
L'Angleterre fournissait de la laine en abondance, et l'application qui en fut faite, notamment en Flandre, à toutes espèces de tissus, devint l'industrie capitale de ces contrées.
La ville de Bruges ne comptait pas, à cette époque, moins de soixante-huit corporations difiérenles d'artisans. Les autres villes ne restaient pas en arrière, et témoi-
gnaient de leur prospérité par l'augmentation de leur population. Ce mouvement progressif était puissamment secondé par les petits princes et seigneurs qui, en prodiguant des libertés si favorables au développement du commerce, assuraient par là même des revenus de douane plus considérables à leur trésor.
Rien ne peint mieux la situation florissante de ces provinces, que l'aveu surpris chez une reine de France, « que l'éclat de toutes les princesses de l'Europe faisait disparate à côté de l'opulence des dames marchandes de Bruges. »
Cette dernière ville posséda, à partir de l'année 1310, une institution d'assurances, tandis que cette combinaison, malgré son incontestable utilité pour le commerce, demeura pendant deux siècles encore étrangère à la Hanse , et de plus, les Brabançons et les Flamands s'essayaient déjà à cette époque dans des opérations de change, auxquelles ils avaient été initiés par les Italiens.
Certes, les Hanséates trouvaient leur compte aux richesses toujours croissantes des Pays-Bas, en ce que les placements de leurs marchandises devenaient par suite plus considérables; les sentiments libéraux qui animaient la population leur procuraient, comme à tous les autres, un accès facile et môme bienveillant; mais là s'arrêtaient leurs avantages, et ils ne devaient pas s'attendre à des monopoles comme ceux que la force des armes, la corruption des rois, et des circonstances particulières leur avaient valus dans le Nord. Ici comme partout ailleurs, ce furent d'abord des villes isolées qui se firent octroyer des privilèges, fondèrent des établissements commerciaux, et préparèrent ainsi des concessions plus générales, faites par la suite à tous marchands allemands, et finalement à la Hanse teutonique.
Les premières libertés communes, destinées aux corn-: merçants allemands qui visitaient l'île de Gothland, remon-
tent à 1252, et furent octroyées par la comtesse Marguerite de Flandre et du Hainaut et son fils Guidon, sur la requête de deux députés de Lubeck et de Hambourg.
Mais, en vérité, ce n'était pas de ces faveurs, accordées à charge de réciprocité et semblables à toutes celles dont d'autres étrangers étaient l'objet, que pouvait surgir pour la Hanse un véritable monopole.
Ce qui est certain toutefois, c'est que dès cette époque Bruges formait le principal entrepôt des Allemands, auxquels cette ville confirma d'ailleurs les franchises dispensées par les comtes de Flandre.
Mais les prétentions des Hanséates ébranlèrent souvent leur bon accord avec les Flamands et plus d'une fois leur entrepôt, en abandonnant Bruges, allait se reconstituer à Ardenbourg, à Dordrecht ou ailleurs, en attendant que les concessions des indigènes et les besoins réciproques les ramenassent dans cette première localité, où se tenait, après tout, le marché le plus considérable du temps.
Le comte Louis de Flandre confirma, en 1338 et 1349, l'ensemble des dispositions favorables prises en 1309 pour décider les Hanséates à revenir à Bruges qu'ils avaient alors quitté.
Néanmoins, la violation des privilèges ayant donné de nouveaux sujets de mécontentement aux Hanséates, le chevalier Jean de Ghistell, délégué du souverain, autorisa en 1352 les marchands étrangers à acquérir une maison et à y établir uûe balance dont ils auraient eux-mêmes la surveillance, et c'est probablement de cette époque que date la petite maison orientale de Bruges.
Un peu auparavant, en 1347, on voit se produire dans la même ville une association de tous les marchands de l'empire romain d'Allemagne, dont les réunions se tenaient au réfectoire du couvent des Carmélites.
Un registre était destiné à recevoir et à conserver les délibérations prises ; les marchands eux-mêmes se groupèrent en trois grandes divisions basées sur des origines distinctes et désignèrent six anciens, chargés des intérêts des commerçants et de la garde vigilante des droits et privilèges. Ces anciens devaient se faire assister par dix-huit conseillers de leur choix. Et comme, en 1356, un conflit vint à diviser la société et ses chefs, les villes déléguèrent six membres qui, avec le concours de l'ancien conseil, établirent des règlements précis, déterminant notamment les rapports entre la communauté et son directoire.
Le droit pour les Hanséates de jouir du bénéfice de leurs propres lois s'était également établi.
Mais notre période ne se passa point sans un orage qui compromit gravement les bons rapports entre la ville de Bruges et les Hanséates et amena même ceux-ci à déplacer leur entrepôt.
Des Anglais et des Français avaient capturé dans le port même de la ville de l'Écluse un vaisseau de Greifswald ; les réclamations du propriétaire spolié et de la confrérie alleT mande de Bruges près du comte de Flandre ainsi que près des villes de Gand, d'Ypres et de Bruges, étant demeurées infructueuses, les Hanséates résolurent d'interrompre leurs rapports avec la Flandre jusqu'à ce que justice fut faite. Cette menace produisit son effet : les députés de Flandre condamnèrent à mort le fauteur anglais, et la ville de l'Écluse le fit exécuter.
A la nouvelle de cet événement, le roi d'Angleterre fit saisir tous les biens appartenant à des Allemands dans son royaume, et comme la Flandre refusa ses bons offices, les Allemands furent réduits à négocier directement avec ce souverain.
Cet incident précipita une rupture toujours menaçante,
et malgré les concessions faites par Jean de Ghislell et men-
tionnées plus haut, la cité de Lubeck ainsi que les villes saxonnes et prussiennes décrétèrent en 1358 que les Hanséates désormais ne franchiraient plus la Meuse et s'abstiendraient de tout commerce avec le Brabant, la Flandre et Malines, tant qu'on n'aurait pas fait droit à leurs réclamations. Les transgresseurs du décret encouraient la confiscation de leurs biens et l'exclusion de la Ligue.
Dordrecht devint le nouveau siège de l'entrepôt allemand qui obtint facilement le 9 mai 1358 du prince Albert de Bavière, gouverneur de la Hollande et de la Zélande, la confirmation de tous les anciens privilèges des Hanséates.
Deux ans s'étaient à peine écoulés et les Allemands rentraient à Bruges, non pas toutefois sans avoir stipulé une indemnité et le maintien de leurs franchises.
Le comte Louis de Flandre et les villes d'Ypres, de Bruges et de Gand donnèrent leur sanction à ces engagements, en prirent encore de nouveaux et envoyèrent des députés à Lubeck pour consommer la réconciliation et en régler les bases. Le traité qui intervint dans cette ville mentionna le premier le nom de « Hanse » et souscrivit à toutes les demandes de ses membres. Aussi, quoique ce document de 1360 réservât la réciprocité pour la Flandre et ne conduisît pas les Hanséates au monopole, il devint comme la grande charte de libertés de leur entrepôt et présida encore assez longtemps à leurs destinées dans ce pays.
Mais les Hanséates ne se bornèrent pas à leurs rapports avec Bruges; ils s'étaient répandus aussi sur d'autres points de la Flandre et des Pays-Bas, où ils avaient formé de petites associations soumises à la direction supérieure des aldermans de Bruges.
. C'est ainsi que nous voyons, en 1347, s'organiser à Poperingeu une corporation d'Allemands.en raison des draps qui
étaient fabriqués dans cette localité, et qui étaient par eux exportés au loin.
Le Brabant, de son côté, leur offrait une bospitalité généreuse et une protection spéciale qui les y attiraient en foule; leurs excursions commerciales commençaient à Berg-op- Zoom, suivaient les rives de l'Escaut, et ne s'arrêtaient que vers Anvers et Malines, où ils fréquentaient les foires annuelles et possédaient des autorités de leur choix. Une charte des plus libérales, même au regard des libertés obtenues à Bruges, et qui devait servir de base au futur entrepôt d'Anvers, leur fut octroyée en 1315 par le duc Jean de Brabant, sans conditions et à perpétuité.
Elle les admit à participer dans certains cas à l'œuvre de la justice, et leur accorda divers avantages de douane, sans aucun doute, afin de dériver vers le Brabant l'affluence dont la Flandre semblait avoir eu jusque-là le privilège. D'autres prérogatives, de beaucoup moins considérables cependant que les précédentes, furent départies aux Allemands en Hollande et en Zélande, et déterminèrent des associations et des établissements commerciaux à Amsterdam, Wolderkum, Bodelswert, Ostkerken, Dockum, Deventer et Stavern.
Voilà quel développement prirent les rapports commerciaux entre Hanséates et Néerlandais, développement égal de part et d'autre, tout basé sur des avantages réciproques et sur les faveurs des princes, qui s'y trouvaient intéressés par des raisons fiscales.
Nous eussions voulu clore cet aperçu par un tableau de l'importation et de l'exportation.
Malheureusement les tarifsde douane annexés aux chartes, tout en démontrant une grande variété d'opérations, ne permettent pas de distinguer les articles importés des articles exportés avec lesquels ils se trouvent confondus sans la moindre désignation; ces tarifs ne permettent pas davantage
de se faire une opinion exacte des productions allemandes, puisque les Hanséates n'étaient, à proprement parler, que des intermédiaires entre nations étrangères.
Quand maintenant on passe des Pays-Bas à la France, un changement sensible se manifeste au point de vue des rapports que nous étudions. La différence était moins grande ,en ce qui concernait la situation intérieure des deux pays; en effet, depuis les croisades et les établissements de saint Louis, l'industrie française avait pris un vigoureux essor. Le Midi dut notamment à ses rapports de voisinage avec les Italiens ou Lombards la bonne fortune d'inaugurer ce mouvement; des manufactures d'étoffes de laine et de coton s'établirent dans les villes notables du Languedoc et de la Provence ; Avignon et Lyon s'enrichirent par leurs fabriques de soieries; Toulouse se consacra à la coutellerie et aux instruments de guerre; du midi, le mouvement se propagea au nord, et gagna principalement les villes de Poitiers, Tours, Caen et Rouen; quant à la capitale, elle devait à l'habileté des ouvriers qu'y attiraient la présence et les encouragements du souverain, un éclat exceptionnel qui se manifeste dans la multiplicité de ses corporations, et qui donne une idée assez avantageuse de notre industrie nationale à cette époque.
Le tissage en laine et en fil, auquel se joignaient la teinture, la fabrication d'étoffes diverses, de couvertures, de tapis sarrasinois, la pelleterie et la chapellerie, occupait un grand nombre d'ateliers ; il y avait, en outre, les communautés de joailliers, batteurs d'or, orfèvres, émailleurs, fabricants de fer ou de cuivre, d'armuriers, de mégissiers, de selliers et d'autres artisans.
Les ouvriers de la même catégorie se concentraient sur un point, et donnaient très-souvent à la rue ou au quartier qu'ils habitaient le nom de leur profession.
Les consommateurs s'approvisionnaient soit dans les boutiques qui se fermaient le soir au signal de l' Angélus, soit dans les halles, où la vente avait lieu à jour fixe de chaque semaine, soit dans les trois foires qui se tenaient annuellement à Paris, foire de Saint-Lazare dans le faubourg du même nom, foire de Saint-Germain-des-Prés, et foire du Lendit, dans la plaine Saint-Denis.
Néanmoins, il est certain que, pendant cette première période, les rapports directs des Hanséates avec la France ont été assez insignifiants, et, dans la suite même, ils n'y ont jamais fondé de comptoirs, ce qui seul peut-être eût pu donner à leur commerce dans notre pays une importance et une fixité bien appréciables.
Nos vins mêmes ne jouissaient pas encore d'une trèsgrande popularité dans le Nord, où on leur préférait le vin du Rhin, et très-probablement les Hanséates ne seront venus dans ces premiers temps en France que pour en exporter les sels, fournis notamment par les salines du littoral voisin de la Rochelle et celles de l'île de Ré.
Quant à tous les autres produits de notre sol ou de nos manufactures, les Hanséates allaient les demander aux localités telles que Bruges, par exemple, où ils avaient établi des entrepôts, et où ces marchandises étaient portées soit par nos nationaux eux-mêmes, soit par des spéculateurs étrangers.
Gomment expliquer cet éloignement des Hanséates pour nos marchés, quand, après tout, leur admission chez nous leur était acquise; car c'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qui, à vrai dire cependant, est un des rares monuments que nous possédions de cette époque, et qui est le premier offrant le caractère d'une concession quelque peu générale , c'est ainsi que Philippe le Bel accorda en 1 294 aux citoyens de Lubeck, de Gothland, de Riga, de Campen,
104 x PREMIÈRE PÉRIODE.
de Hambourg, de Wismar, de Rostock, de Stralsund, d'Elbing, ainsi qu'à tous les navigateurs de l'océan Germanique, une liberté commerciale sans limites dans ses États, à la condition cependant par ceux-ci de n'importer en France ni de la laine, ni du cuir, ni aucun autre article de provenance anglaise.
Les causes de ce phénomène sont faciles à apercevoir; l'unification de la France n'était pas encore un fait accompli, et ses diverses provinces n'offraient pas encore cette sécurité si indispensable aux opérations commerciales ; aux troubles intérieurs venaient s'ajouter des guerres toujours renaissantes avec l'Angleterre et pleines de danger pour la navigation dans les parages de la lutte ; il faut tenir compte aussi de la facilité avec laquelle les Haoséates pouvaient se procurer les articles français à Bruges, ainsi que des différences de caractère et de mœurs qui les séparaient de notre pays.
Enfin, il convient de signaler, comme une cause essentiellement perturbatrice de rapports directs, l'absence affligeante de toutes notions d'honnêteté et de droit public qui se révélait chez nous dans les plus hautes comme dans les plus infimes régions, et qui pouvait permettre même à un roi de France de partager ostensiblement avec ses amiraux le butin de la piraterie.
L'Espagne présentant à cette époque moins d'intérêt peutêtre encore que la France, et ses rapports immédiats avec la Hanse se réduisant probablement à l'exportation de son sel, nous abordons l'Angleterre, qui, par sa situation géographique, ses possessions en France, sa domination dans le canal de la Manche, ses produits indigènes , parmi lesquels notamment l'étain et la laine, et les besoins de matériaux pour sa navigation, que le Nord seul pouvait satisfaire, offrit à l'exploitation des Hanséates un champ presque aussi fécond que les Pays-Bas.
Les relations des Allemands avec ce pays remontent trèshaut , bien avant la naissance de la Ligue et même des municipalités, et peuvent être attribuées à la conquête primitive de l'Angleterre par les Saxons, et au rapprochement des deux nations qui devait en être la conséquence.
Néanmoins les premières traces d'une association d'Allemands dans cette île ne se manifestent pas avant le règne de Henri II.
Les habitants de Cologne semblent avoir joui des premières faveurs accordées principalement à leur commerce
de vin, qui s'exerçait dans une maison de Londres.
Les Lubeckois furent, en 1176, affranchis du droit de naufrage; un peu plus tard, le roi Richard renonça à la redevance que payaient les habitants de Cologne pour leur guild-hall de Londres, ainsi qu'à tous les autres droits établis, et ces exemptions furent confirmées en 1205 et 1210 par le roi Jean, en 1 235 par Henri III, en 1 290 par Édouard Ier, et en 1338 par Édouard III.
Henri III admit également en 1230 les sujets du duc Othon de Brunswick à commercer librement dans son royaume et affranchit les marchands de l'île de Gothland de toutes espèces de prestations en ce qui concernerait soit des articles anglais exportés à Wisby, soit des marchandises de Wisby introduites en Angleterre.
Le même souverain fit enfin bénéficier également Lubeck et Hambourg de la liberté commerciale, et autorisa même ces deux villes à organiser, à l'instar de Cologne, une association commerciale ou hanse en Angleterre, sous l'obligation de se soumettre aux « customs » ou droits anciennement établis.
Bien que toutes ces concessions et d'autres encore fussent individuelles, nominatives, on pouvait espérer dès lors voir se développer dans un avenir peu lointain un commerce
allemand, des tendances et des libertés communes; voir se grouper en une seule communauté les commerçants teutoniques qui fréquentaient Vile ; voir enfin les Allemands, plus anciennement établis, offrir appui et protection à leurs compatriotes nouveau-venus, dont ils ne redoutaient pas encore la rivalité dans un pays et dans un temps qui admettaient le concours de toutes les ambitions.
C'est ainsi que se forma à Londres la Guild-Hall des Allemands, vers laquelle affluèrent bientôt les citoyens des diverses villes, et qui revendiqua pour tous les membres de ce corps sans cesse grossissant les libertés primitivement accordées seulement à telle ou telle corporation particulière.
Le treizième siècle ne se passa pas sans que les souverains du pays conférassent des privilèges généraux à la Guild-Hall en tant que siège collectif des marchands allemands.
Cette Guild-Hall, qui fut plus tard appelée Stahlhof par les Allemands, Steelyard par les Anglais, et qui s'élevait dans le plus ancien quartier de Londres, n'est probablement pas autre chose que la continuation de l'ancienne Guild-Hall des citoyens de Cologne.
Il ne parait pas cependant qu'elle ait déjà compris alors et absorbé la totalité des villes, puisque les habitants de Brème durent seuls régler leur différend avec la ville de Londres (1262-76), et puisque également encore, dans la seconde moitié du treizième siècle, les marchands de Lubeck et de Hambourg acquirent pour eux seuls le droit d'établir une association isolée.
Les membres dé la Guild-Hall demandaient justice à leurs aldermans ou à leurs tribunaux nationaux.
Le choix d' un alderman leur avait été abandonné, en 1 282, par les exchequer et le major de Londres, en reconnaissance de leur contribution généreuse à l'entretien de la porte épiscopale de la cité (Bishops-Gate) ; toutefois, ce magistrat
devait prêter serment entre les mains du major et des aldermen du lieu, et ne pouvait être choisi que parmi les bourgeois de Londres. Cette dernière restriction rendait nécessaire la nomination d'un second alderman, qui fût un véritable Hanséate; et tandis que probablement Palderman anglais se bornait au rôle de protecteur, l'usage porta au tribunal de son collègue les conflits entre Hanséates, et même entre Hanséates et indigènes
L'Angleterre semble avoir la première employé et vulgarisé la désignation de Hanse allemande, ayant toujours attaché à ce mot le sens d'association, de communauté.
Il est bien entendu que la Hanse allemande de Londres était indépendante des villes qui lui fournissaient ses membres, et ne doit pas être confondue avec la Ligue du même nom. Cette Hanse traitait pour son propre compte avec les autorités anglaises et jouissait , en se conformant aux customs , d'une liberté complète dans les achats et dans les ventes, dans l'importation et l'exportation.
Cette situation prospère , toujours consolidée davantage par des ratifications successives, se maintint sans trop d'attaques jusqu'à la moitié du quatorzième siècle, grâce sans doute au respect plus grand chez les Anglais que chez les autres peuples du moyen âge pour les conventions établies.
Tant de libéralité de la part d'une nation , en voie ellemême de progrès, surprend et flatte d'autant plus l'observateur, qu'outre la barbarie du temps à l'égard des étrangers, les Hanséates ou Osterlings visaient à la souveraineté des mers, travaillaient à exclure les Flamands et les Frisons de la Baltique et les habitants de Gothland de la mer du Nord, avaient déjà évincé de Bergen les Anglais eux-
i. Voir Barthold : Geschichte der Hanse, 2° partie, p. 17.
mêmes, à rencontre desquels quelques villes des Pays-Bas formulèrent en 1286 le vœu de leur voir interdire même la fréquentation des ports de la Baltique.
La protection la plus efficace leur venait des rois, des ' grands du royaume et des populations rurales. En effet, les rois trouvaient de l'avantage pour leur trésor à favoriser des étrangers tels que les Hanséates qui payaient à cette époque des droits plus considérables que les indigènes, tant au point de vue du tarif qu'en raison du chiffre plus important de leurs opérations; ils y trouvaient cet autre avantage qu'en temps de guerre (et quand n'y en avait-il pas ?) ils pouvaient compter sur les secours de leurs protégés.
Quant aux seigneurs et aux habitants des campagnes, l'accès des étrangers offrait un placement plus avantageux de leurs matières premières, telles que laine, cuir, étain, que la clientèle exclusive des citadins, dont les relations étaient très-peu étendues, et qui ne travaillaient guère que pour la consommation intérieure.
Mais c'est précisément cette concurrence, ce renchérissement des matières premières qui aigrissaient les communes anglaises.
Celles-ci, d'ailleurs, partageaient encore en général les antipathies universelles contre étrangers; l'esprit libéral qui régnait dans les Pays-Bas ne les avait pas conquises jusque-là; l'infériorité, l'imperfection de leurs industries aggravaient leurs mauvaises dispositions, et par suite elles exigèrent, tantôt que le commerce de détail leur fût exclusivement abandonné , tantôt que les étrangers ne pussent pas directement contracter entre eux, mais dussent recourir à l'entremise d'un indigène, qui devenait ainsi l'arbitre du prix, tantôt qu'ils ne pussent plus faire leurs approvisionnements de laine et de peaux dans les campagnes, mais seulement dans les villes et bourgades, tantôt qu'ils ne pussent
pas abandonner leurs vaisseaux ni jouir de quelques libertés que sur les foires et marchés, tantôt que leur résidence dans les villes ou bourgades ne se prolongeât pas au delà de tel nombre de jours, et ainsi de suite à l'infini.
Mais quelquefois les bourgeois anglais ne se plaignaient ■ pas sans raison qu'ils pesaient moins dans la balance de leurs souverains que les étrangers qui savaient payer les préférences royales, et qui, par exemple, obtinrent encore quelquefois au quatorzième siècle le droit exclusif d'exporter les principaux produits d'Angleterre, alors que ce droit était interdit aux nationaux.
Ainsi s'expliquent ces tiraillements perpétuels entre les Hanséates et les communes, lesquelles cherchaient indirectement par toutes sortes d'exactions et de mesures intolérantes à enlever à leurs rivaux les avantages conférés par le monarque, qui souvent était impuissant à faire respecter sa volonté et quelquefois aussi, notamment quand il arrivait à constater des fraudes de droits, retirait sa protection.
Et cependant au point où en étaient seulement parvenus le commerce et la navigation d'Angleterre, l'immixtion des étrangers ne pouvait exercer qu'une influence favorable sur le développement de ce pays. Ses guerres avec la France altéraient les rapports entre les deux nations; les seuls ports qui lui fussent véritablement accessibles étaient ceux de Flandre et de Norvège. Elle n'entretenait pas de. commerce actif dans la Méditerranée, et recevait, au contraire, chez elle les cargaisons des vaisseaux lombards ou bien allait sur les marchés néerlandais pratiquer des échanges avec les marchands qui y affluaient de tous les pays. Ses excursions dans la Baltique et le long des côtes de la Russie étaient fort rares, et sont en tout cas peu établies pour le commencement de notre période; on arrive même au seizième siècle avant de la voir en rapport direct avec la
Russie par la Baltique, et c'est ce qui explique l'importance qu'elle attachait encore vers le milieu du seizième siècle a la route, certes moins commode et plus longue, qui conduisait à Archangel, ainsi qu'àl'établissement qu'elley fonda. Jusque-là ses vaisseaux n'avaient guère dans la Baltique franchi les terres sur lesquelles s'étendait la domination de Tordre Teutonique. La jalousie desHanséates veillait sur le monopole du commerce intermédiaire avec les contrées du Nord et de l'Est.
Les Hanséates possédaient d'ailleurs tout ce qu'il fallait pour assurer leur prééminence : une grande aisance , l'aptitude et l'ardeur commerciales, enfin partout des exemptions ou réductions de droits.
Au quatorzième siècle, on ne voit encore partir de la Baltique vers les côtes d'Angleterre ni des Danois, ni des Suédois, ni des Russes, mais seulement et toujours des Allemands.
Toutefois, ce furent encore les Anglais qui, les premiers de toutes les nations, paralysées pour ainsi dire par les Hanséates, entreprirent de secouer leur joug et de leur faire une rude concurrence. C'est ainsi, par exemple, que dès le quatorzième siècle des insulaires se mêlèrent aux compagnies des marchands étrangers, qui seuls avaient eu jusque-là le droit d'exporter ce qu'on appelait les marchandises entre- •posées (Stapelwaaren ), telles que les laines, les peaux, l'étain, et participèrent à leurs opérations, même contre la volonté du souverain. C'est ainsi encore que sous l'empire de besoins financiers impérieux, Édouard III chargea ses sujets d'exporter pour son compte beaucoup de ces matières premières sur les marchés extérieurs, et notamment en Flandre ; mais, vers la moitié déjà du quatorzième siècle, il rendit le monopole aux étrangers, parce que ses finances s'en trouvaient mieux, et ce n'est que vers la fin de son
règne, qu'à l'égard du droit d'exportation l'égalité fut admise entre les uns et les autres.
Un adversaire peu redoutable encore à cette époque, mais qui devait finir par ruiner le commerce hanséatique, se révéla dans l'association des marchands anglais, dite Société de Thomas Becket, qui, à son origine, ne semble caractérisée que par des tendances religieuses, mais qui se fit connaître bientôt sous le fameux nom des marchands aventuriers (merchant adventurers).
L'industrie anglaise et notamment la fabrication des étoffes de laine avaient fait des progrès sensibles, grâce à quelques mesures patriotiques d'Édouard III ; ainsi, ce souverain s'appliqua à attirer dans ses États des tisserands en draps fins des Pays-Bas, car, quant aux draps communs, les Guilds en manufacturaient dès l'an 1100; et en outre, il défendit l'exportation de la laine brute en Flandre, ainsi que l'usage en Angleterre d'autres étoffes que d'étoffes nationales; mais cette prohibition protectrice des efforts industriels du pays tomba au bout d'un an devant les exigences financières qui réclamaient des droits de douane, et ne fut guère rétablie par suite, et sous des sanctions sévères, qu'à partir de 1660, mais persista malheureusement dès lors jusqu'en 1825, époque à laquelle les progrès de la mécanique firent tomber les dernières raisons derrière lesquelles pouvait s'abriter ce système étroit K
D'ailleurs, ces réformes mêmes et ces progrès n'étaient pas très-dommageables pour les Hanséates; les draps, en général, ne formaient pas encore à ce moment une branche très-considérable du commerce, ce qui rendait peu inquiétantes encore les exportations de la société Thomas Becket ;
i. On consulte avec fruit sur ce point les excellents Menions of Wool de John Smith.
la concurrence des Anglais et des Néerlandais pour la même fabrication ne pouvait donner d'ailleurs que des résultats satisfaisants, et si d'un côté ils perdaient le prix du transport de la laine brute d'Angleterre dans les Pays-Bas , d'un autre côté, en faisant parvenir des draps anglais de line qualité, mais écrus en Allemagne, ils réalisaient des bénéfices sur la teinture.
L'essentiel pouc, les Hanséates était que les Anglais ne nouassent pas un contact direct avec les pays du Nord, et demeurassent toujours asservis à leur entremise; mais le mouvement progressif que nous venons de signaler en Angleterre faisait pressentir le danger pour l'avenir, et chercher les moyens de le combattre; aussi, avec cette tendance visible des indigènes d'évincer les marchands étrangers, ne resta-t-il plus à ceux-ci d'autre parti à prendre que de se cramponner aux maisons souveraines par les profits de douane qu'ils leur assuraient, afin de rester les voituriers maritimes et les intermédiaires commerciaux de l'Angleterre, et, relativement aux Pays-Bas, afin de conserver la haute main sur les produits les plus précieux de leurs manufactures.
Une célèbre charte d'Edouard Ier, octroyée en 1303 à tous les commerçants étrangers indistinctement, mais notamment aux Allemands, aux Lombards et aux Néerlandais, assouvit leur ambition en leur abandonnant encore complètement le commerce du royaume.
Par suite de cette charte, toute latitude est laissée aux étrangers pour le commerce en gros avec les indigènes ou autres; la mercerie et les épices pourront même, par eux, être vendus en détail; les redevances prélevées dans l'intérieur du territoire, sous les noms les plus divers, sont abolies; ils pourront exporter les marchandises achetées dans le pays, partout où il leur plaira, excepté chez les ennemis
notoires du roi; et cette faculté illimitée d'exportation ne reçoit d'atteinte que pour le vin qui serait une fois entré en Angleterre; leur séjour n'est soumis à aucune limitation de temps; les conflits d'intérêt seront vidés d'après la loi du lieu où le contrat aura été passé ; le droit de préemption du roi, ou d'un tiers, ne peut s'exercer qu'avec leur agrément, et qu'au taux convenu entre les parties ; leurs marchandises ne pourront pas être taxées; les procès devront recevoir une prompte solution, sous de fortes peines encourues par le magistrat négligent; hormis les affaires capitales, tous les litiges engagés entre parties de nationalité différente seront jugés par un jury mixte 5 le pesage des marchandises est entouré de toutes les garanties désirables ; l'unité des poids et mesures est introduite par tout le royaume ; enfin , tous ces privilèges sont rendus obligatoires pour les successeurs du roi.
En échange de ces faveurs, les avantagés offraient des secours au roi, s'il venait à en avoir besoin; ils se soumettaient naturellement aux anciens customs, et en outre, ils consentaient un nouveau droit, qui frappait la totalité de l'importation et de l'exportation, et qui, pour certaines marchandises, était un droit ad valorem, pour certaines autres un droit fixe perçu par tonneaux, sacs, paquets, etc.
De tous les étrangers concessionnaires à un titre égal, les Hanséates seuls surent convertir, pour ainsi dire, cette charte générale en une charte qui leur fût exclusivement applicable, et maintenir à leur profit les prérogatives octroyées, sans pour cela être tenus, malgré les changements apportés par le temps, à d'autres droits que ceux mentionnés dans le diplôme; ils surent même réduire encore ces droits par une interprétation mercantile, qui consistait à rendre de plus en plus volumineux les contenants, tels que tonneaux et sacs désignés dans le texte.
Les autres étrangers, au contraire, et même les Anglais, ne purent pas obtenir pour eux des confirmations successives de cette charte ; ils furent réduits à subir les fluctuations des événements, comme par exemple, rabaissement du cours de l'argent, et tombèrent naturellement dans un état d'infériorité vis-à-vis de leurs habiles rivaux.
Les chartes se succédèrent, au contraire, au profit de ces derniers, les unes confirmant la précédente, les autres reculant encore la limite de leurs franchises. Il y en a, de 1311 et de 1317, qui émanent d'Édouard II; celles de 1328, de 1346, de 1348 et de 1354, se placent sous le règne d'Édouard III.
Les subsides fournis par les Hanséates les firent également bien venir du Parlement, qui, en 1335 et 1350, admit les étrangers aussi bien que les indigènes, tant au commerce en gros qu'au commerce en détail ; un autre acte du Parlement, de 1362, les appela à la magistrature consulaire du pays.
Leurs principaux articles d'importation consistaient en morue, cuir, peaux, huile française, blé, fourrure, harengs, meules, cendres; ils exportaient, au contraire, notamment de la laine, des peaux, de l'étain et du plomb 5 les mines d'étain de Cornouailles et de Devonshire étaient, même en partie, exploitées avec des capitaux allemands.
L'organisation intérieure de la Hanse allemande, en Angleterre, n'est consignée expressément dans aucun document du temps, mais elle peut se recomposer à l'aide des chartes et des missives qui nous sont parvenues. Ainsi, nous savons que les Allemands jouissaient entre eux du bénéfice de leurs lois, et que leur justice était administrée par un alderman, citoyen de Londres, qui, élu par ses justiciables, prêtait serment entre les mains de l'autorité locale. Les membres de la société étaient, pour nous servir d'une ex-
pression empruntée aux règles du barreau français, maîtres de leur tableau. Enfin, bien que nous ayons dit plus haut que la Hanse d'Angleterre fût complètement indépendante des villes allemandes, il n'en a pas fallu conclure à l'absence de tous rapports, car ces rapports offraient parfois une grande utilité, comme quand il s'agissait pour la Hanse de faire exécuter une de ses décisions, qui aurait, par exemple, prononcé l'exclusion d'un de ses membres, ou aurait mis une contrée quelconque au ban du commerce hanséatique.
Si Londres était le siège de la Société, d'autres endroits, tels que Boston et Lynn, avaient des établissements secondaires et comme des succursales, et quand des marchés un peu considérables s'y tenaient , l'alderman de Londres se rendait sur les lieux avec son conseil, pour protéger les libertés des Allemands et régler les conflits qui s'élèveraient entre eux.
Nous sommes d'autant plus heureux de pouvoir fournir sur les deux localités de Boston et de Lynn quelques renseignements que, pendant longtemps, on en a été assez complètement dépourvu, et que c'est Lappenberg le premier, qui, dans son Histoire du comptoir hanséatique de Londres, publiée en 1851 à Hambourg, a réuni ceux que nous allons lui emprunter. Mais comme, en somme, il s'agit ici de factoreries de second ordre, et par conséquent d'intérêts minimes, nous prévenons qu'au lieu de leur appliquer notre division générale, nous épuiserons ici même tout ce qui les concerne.
Observons toutefois que, quoique les intérêts matérielsqui sont en jeu soient peu considérables, la curiosité scientifique est ici puissamment affriandée par l'observation des petits comptoirs qui, dans divers pays, furent élevés à côté des grands, et qui contribuent beaucoup, quand ils finissent enfin par être connus, à jeter une lumière plus vive, plus complète,
sur la marche commerciale des plus anciens temps, durant lesquels la variété des hanses semble avoir été le fait normal. Sans doute, des événements accidentels, tels que des conflits avec les indigènes, ou le dessèchement des ports, peuvent avoir mis fin à quelques hanses; mais la chute du plus grand nombre doit être cherchée dans cette tendance des villes hanséatiques, de rattacher le commerce de chaque pays étranger au principal établissement qu'elles y possédaient.
En ce qui touche la ville de Boston, on peut dire qu'elle renferma une des plus anciennes hanses allemandes qui fussent sur le sol d'Angleterre. En 1204, elle obtint du roi Jean un privilège qui l'autorisa à se nommer un bailli. Mais il y avait longtemps déjà qu'elle jouissait d'une foire annuelle, laquelle servit d'ailleurs, dès 1200, de modèle à celle qui devait être instituée dans la ville de Portsmouth.
Dans les années 1204 et 1213, il est fait mention à diverses reprises de cette foire annuelle, ainsi que d'un habitant de Cologne, auquel on accorda un sauf-conduit pour s'y rendre. Plus tard, en 1235, Henri III fait savoir au bailli du marché annuel, qu'il a pris sous sa protection royale les habitants de Cologne et leurs biens. L'année 1220 nous y montre quantité de négociants hanséatiques, dont les marchandises avaient été confisquées à cause des délits commis par quelques-uns de leurs compatriotes.
En 1271, on n'y trouve pas moins de seize marchands lubeckois, et, l'année d'après, on y voit aussi des marchands de Dortmund. Il n'est donc pas permis de douter que le pillage incendiaire, auquel Robert Chaumberlein livra, en 1288, la ville de Boston, et qui produisit un butin si considérable, que des flots d'or, d'argent et de cuivre fondus, doivent s'être répandus dans le fleuve, avait surtout en vue les Hanséates qui y séjournaient.
C'est cette époque qui va nous fournir la preuve de l'existence d'une hanse spéciale à Boston, par un écrit émané de l'alderman et des autres frères de cet endroit, et adressé à l'alderman et à ses administrés de la hanse allemande de Londres.
Il y est question d'une contribution (schos) de 12 pfennigs par livre sterling, que les Hanséates se sont imposée. Ceux de Boston avaient chargé de la recette quatre des leurs, qu'ils avaient investis d'une grande autorité, tout en les assujettissant d'ailleurs à rendre un compte minutieux; ils consentent à communiquer ce compte à leurs confrères de Londres, mais à charge d'une communication semblable de la part de ces derniers. On serait assez tenté de conclure de ce fait à l'inexistence, au moins pour cette époque, d'une troisième hanse allemande en Angleterre, si l'on n'avait des notions sur celle de Lynn, à partir de 1271. Au cas où l'un des contribuables se refuserait à remplir ses obligations, on prendra son nom, et l'on attendra la force nécessaire pour le punir. Un document fort intéressant de 1383, qui projette une vive clarté sur les relations des Hanséates de Boston avec leurs compatriotes de la Norvège, nous apprend également le nom du président de l'association allemande de cette ville à cette époque ; il s'appelait Jean Steenhuys.
La gild des marchands teutoniques de Boston n'a pas échappé à l'attention des savants anglais, qui en ont attribué l'établissement à l'entrepôt de laine que possédait cette ville. Leland rapporte, dans son Itinerary, que l'Est y avait envoyé de nombreux visiteurs, que les Franciscains avaient considéré en quelque sorte les marchands du Stahlhofcomme les fondateurs de leur monastère, et que bon nombre d'Osterlings avaient trouvé à Boston leur dernière demeure. Le 1 2 février 1446, le roi Henri YI remettait au bailli et aux autres
fonctionnaires de la petite ville des lettres patentes destinées aux Hanséates de l'endroit.
Le Stahlhof hanséatique de Boston fut reconnu parles rois d'Angleterre dans le traité d'Utrecht de 1474. Cependant, ainsi que le démontrent les expressions mêmes du traité, l'acquisition du fonds de terre remonte à une époque antérieure, qu'il nous est toutefois impossible de préciser davantage.
Mais, avec l'année 1550, le comptoir de Boston mit un terme à sa courte existence.
À partir de cette époque, il passa entre les mains de divers locataires, qui, aux termes de leur contrat, devaient se charger des réparations nécessaires.
Le comptoir de Londres lui-même, duquel relevait cet établissement, consacra, vers 1566, plus de 60 livres sterling à l'entretien de ses chantiers.
Le dernier bail ayant été résilié en 1575, il paraît que, pendant un certain temps, la factorerie ne trouva pas de preneur, puisqu'en 1601 le secrétaire du comptoir de Londres, Henri Dampstorf, l'offrit en location pour un laps de trente années, et à charge par le locataire d'y faire des réparations évaluées à 130 livres sterling.
Il résulte de là que la reine Élisabeth n'avait pas voulu étendre aux autres établissements hanséatiques les rigueurs dont elle usa envers celui de Londres.
Une somme de 20 livres sterling en fut offerte en 1606. Il paraît que les villes hanséatiques, représentées peut-être à cette époque par leurs ambassadeurs en Angleterre, acceptèrent cette offre ou bien consentirent un bail à longues années; car, l'année suivante, ce sont des mains étrangères • qui réparent les chantiers et l'édifice, ainsi que le fait savoir le comptoir londonais en observant qu'il n'a aucune connaissance de la convention intervenue, et ne peut en
conséquence s'occuper de recouvrer le prix de la location.
En 1615, l'économe Holtschoe informe le détenteur de la maison de Boston des conditions auxquelles il pourra continuer à l'occuper, mais n'en obtient pas de réponse.
D'après un rapport du député hanséatique Haveland, de l'année 1641, la ville de Boston s'était, depuis une trentaine d'années environ, approprié en quelque sorte le Stahlhof , dont personne n'avait revendiqué la propriété, et l'avait revendu à un Anglais, qui, après l'avoir occupé longtemps en personne, venait, l'année même du rapport, de le relouer. Il ne paraît cependant pas que des négociations fussent alors entamées à Boston. Toutefois les villes hanséatiques n'abandonnèrent pas leurs prétentions sur cette maison, puisque l'ambassade qu'ils dépêchèrent en 1662, vers le roi Charles II, était chargée d'en revendiquer la possession libre et les immunités, conjointement avec celles des comptoirs de Londres et de Lynn.
Nous passons maintenant à ce dernier.
Lynn, qui est situé dans le comté de Norfolk, et qui, durant plusieurs siècles, joua un rôle assez considérable dans l'histoire du commerce, a depuis longtemps déjà perdu un éclat et une importance que lui ont ravis les localités rivales de Norwich et de Yarmouth. Sa prospérité naissante ne se manifesta tout d'abord que dès les premières années du règne du roi Jean, puisque nous voyons le bailli de Lynn recevoir en société des majors, vicomtes et autres baillis des districts côtiers, la déclaration royale du 5 avril 1200, par laquelle le souverain accordait à tous les marchands étrangers un sauf-conduit pour leurs personnes et pour leurs marchandises, ainsi que des avantages identiques à ceux qui seraient offerts aux négociants anglais dans les patries respectives de ces pérégrins. Quelques jours plus tard, Jean envoya l'ordre au bailli du port de Lynn (portus de Lenna)
de oe pas s'opposer à l'exportation de blé qu'entreprendraient pour la Norvège et la Normandie certains marchands désignés. On vit se reproduire assez souvent même des ordres semblables relatifs à l'exportation des céréales. En 1203, le roi accorda à l'évêque de Norwich le droit de faire tenir près de Lynn une foire annuelle, dont la durée était fixée à quinze jours. Le 27 janvier de l'année suivante, le monarque anglais fit droit à la prière de l'évêque de Norwich, en conférant à Lynn, qui jusqu'ici avait été une bourgade (villa), la qualité de ville libre (liberum burgum).
Peu de mois après, les bourgeois de Lynn furent gratifiés des droits appartenant au fort d'Oxford, ainsi que du droit d'entretenir une gild marchande; et en même temps il fut établi en leur faveur que tous les marchands étrangers se rendant dans leur ville obtiendraient un saufconduit, tant pour leur arrivée que pour leur séjour et leur retour.
Quelques années se passent, et les sources anglaises laissent voir des traces nombreuses du passage des Norvégiens, des Flamands et des Français à Lynn , ainsi que du trafic dirigé par les marchands de Lynn vers la Norvège et les pays avoisinants. Ordre fut donné en 1214, par le roi Jean, aux baillis du port de Lynn de permettre, sous certaines conditions, aux vaisseaux des sujets de l'Empire de mettre librement à la voile. Un document de 1224 nous signale, parmi les propriétaires de vaisseaux stationnant dans le port de Lynn, des marchands de Grœningue, de Stavern, de . Cologne et aussi du duché de Saxe.
Car de bonne heure déjà le commerce des Allemands avec la ville de Lynn, qui par sa situation était plus facile à atteindre que Londres, avait acquis une véritable importance, au point que la gild qu'ils y créèrent ne tarda pas beaucoup
à suivre celle qu'ils possédaient dans la capitale de l'Angleterre. C'est ainsi qu'en 1271 nous faisons connaissance avec un nommé Symon de Stavern, qui se qualifie non-seulement de bourgeois de Lynn, mais encore d'alderman de J'Empire germanique dans cette ville.
Des contestations très-graves vinrent, au commencement du siècle suivant, à surgir entre les Hanséates d'Allemagne et la cité de Lynn , à la suite desquelles la dernière refusa tout accès chez elle à ces marchands. Le conflit ne fut apaisé qu'en 1310, année dans laquelle le major et les citoyens de Lynn octroyèrent à tous les marchands de la Hanse teutonique une charte pompeuse, qui consacrait au profit de ceux-ci, au moins en tant qu'il dépendait des concédants, tous les droits que les concessionnaires possédaient anciennement sur terre et sur mer.
Inventaire était dressé de ces droits, parmi lesquels nous remarquons la compétence, dans le jugement des litiges commerciaux, accordée complètement à deux bourgeois choisis par le major de Lynn et à deux marchands hanséatiques désignés par l'alderman de la Hanse allemande. Il y a\ait donc là déjà, comme rindique Lappenberg, une sorte de jury de medietate linguœ.
Mais de nouveaux dissentiments se produisirent bientôt, qui déterminèrent peut-être les Hanséates à abandonner Lynn.
L'ordre adressé par le roi Édouard III aux douaniers de Londres, Saint-Botulf et Lynn , au sujet des avantages de douanes qu'il avait faits aux Hanséates en 1351, témoigne de la place importante que tenait Lynn dans leurs relations avec l'Angleterre.
On voit aussi en quel grand nombre ils étaient établis à Lynn et dans le comté de Norfolk, quand on se reporte à la confiscation qui frappa dans cette contrée les biens des mar-
chands teutoniques à la suite de l'exécution attribuée aux manœuvres des Allemands, de l'Anglais Richard Courtoys de Bristol dans le pays de Flandre.
Mais déjà un écrit remontant à l'année 1303 énumère les maisons qu'y habitaient les Hanséates, et dont ils n'étaient toutefois que les locataires. Cependant, plus tard, ils parvinrent ici, comme ils étaient parvenus à Londres et à Boston, à acquérir la pleine propriété d'un Stahlhof que les villes hanséatiques conservèrent jusqu'en 1750.
A l'occasion de l'achat de cet édifice, les nombreux titres de propriété qui le concernaient furent remis aux acquéreurs, et ces documents sont déposés avec un si grand soin dans les archives hanséatiques de Lubeck, qu'ils ont permis à M. Lappenberg, auquel nous renvoyons d'ailleurs pour les détails qu'ils révèlent, d'en faire l'histoire à partir de la moitié du treizième siècle. C'est là, dit avec raison l'auteur que nous citons, une communication intéressante comme il serait difficile d'en faire au sujet de bien des maisons princières d'Europe.
Quant à nous, qui ne pouvons pas ici nous laisser séduire par un intérêt purement archéologique, nous ne dirons de ce sujet que ce qu'il importe essentiellement d'en savoir.
C'est à la suite du traité d'Utrecht que, le 29 avril 1474, le roi Édouard IV transmit pour lui et ses descendants la place et les bâtiments qui devinrent le Stahlhof aux marchands et peuples de la nation allemande dans la Hanse teutonique, qui sont autrement nommés marchands allemands, et qui occupent la Guild-Hall de Londres.
Le roi tenait lui-même cette construction de deux précédents copropriétaires, tous deux aldermen de Londres , qui avaient renoncé à leurs droits en faveur de leur souverain. Celui-ci s'engagea en même temps à indemniser convenable-
ment les marchands allemands au cas où ils seraient évincés d'une partie du fonds de terre.
Un acte de bail qui nous est parvenu de l'année 1505, et qui constate la location d'un petit édifice appartenant au comptoir de Lynn, nous apprend en même temps que ce dernier établissement avait, dans la personne du commerçant hanséatique Lutkyn Smith, un « Custos et Gubernator. »
En 1679, le Stahlhof de Lynn fut abandonné pour une période de quarante et une années à Edouard Bodham, qui passa à cet égard, avec Jacob Jacobson , l'intendant hanséatique de Londres, un traité, dont les villes ne paraissent pas avoir été plus satisfaites que de celui passé par le même intendant au sujet du comptoir de Londres.
Elles recouvrèrent, en mars 1723, la possession de leur propriété de Lynn, et la perdirent seulement une trentaine d'années plus tard, après l'avoir jusque-là donnée en location au propriétaire d'une maison avoisinante, Scarlet,pour un prix annuel de 26 livres sterling.
On représente à cette époque le comptoir comme un édifice étroit, mais cependant proportionné, ayant sa porte d'entrée surmontée d'une petite balustrade de barreaux de fer, contenant un double aigle impérial. Il donnait à sa partie postérieure sur une cour, beaucoup moins large que longue, qui se continuait jusqu'au fleuve appelé le Lynn.
Par suite d'un contrat passé en 1751 entre les trois villes hanséatiques et l'alderman de Lynn, Edward Éverard, la maison devint la pleine propriété de ce dernier moyennant un prix d'acquisition de 800 livres sterling.
Les Écossais, par suite de leurs guerres continuelles avec l'Angleterre, recevaient de fort rares visites des Hanséates, qui d'ailleurs trouvaient probablement plus d'avantage aussi à traiter dans ce dernier pays qu'en Écosse ; et il n'y
eut guère que le marché de Flandre qui les mit en présence les uns des autres.
Quant à l'Irlande, on sait seulement que des habitants de Hambourg et de Lubeck en tiraient de temps à autre des laines, et qu'en 1273 Edouard Ier promit une traversée paisible aux étrangers qui voudraient s'y rendre.
Nous voilà parvenus à tracer le champ de l'autorité hanséatique au dehors, à la fin de cette première période : ce champ ne s'est pas agrandi par la suite, et la politique des Hanséates n'a pas changé de physionomie. En effet, que pouvaient-ils désirer de plus ? Le monopole, qu'ils avaient acquis en Suède, en Norvège, en Russie, dans le Danemark, et qui mettait à leur discrétion les ressources et le commerce de ces grands pays, leur permettait soit de refuser à l'Occident les articles indispensables du Nord, soit au Nord les produits divers de l'Occident, leur procurait en conséquence une entremise privilégiée, qui devint d'autant plus lucrative que les besoins réciproques allaient grandissant, et qui demeura la base fondamentale de la prospérité et de la puissance de la Ligue.
Leur industrie nationale concourut infiniment moins à leur grandeur que cette entremise.
Les draps, qu'ils fabriquèrent d'assez bonne heure cependant, n'obtinrent un grand succès ni dans le Nord ni dans l'intérieur même de l'Allemagne, où ils devaient céder le pas aux étoffes de manufacture flamande.
Toutefois, ils exportèrent en grande abondance, tant en Occident qu'au Nord-Est, trois articles fournis par l'Allemagne même : c'était de la bière, de la toile et des vins du Rhin.
Les brasseries semblent avoir obtenu dans les villes hanséatiques une importance capitale, puisque la plupart des anciennes maisons qui y sont encore debout présentent un aménagement ad hoc, et que la réglementation de cette
HISTOIRE Dl COMMERCE HANSÉATIQUE. 125
industrie se lie intimement aux vieilles constitutions de ces municipalités.
Quant au vin du Rhin, c'était principalement Cologne et quelques villes hanséatiques situées sur le parcours inférieur de ce fleuve, qui s'occupaient de son exportation à l'étranger.
La toile était particulièrement fabriquée dans la Saxe et dans la Westphalie; mais, de même que le vin du Rhin, elle rentrait plutôt dans l'industrie rurale que bourgeoise, et forma une branche d'exportation et de revenus bien moins considérable pour les villes que leurs brasseries.
Il est probable qu'aux produits nationaux que nous venons d'énumérer s'en sont venus ajouter d'autres, mais certainement ceux-ci n'auront joué qu'un rôle secondaire dans l'exportation ; en effet, pour tout ce qui touchait à la manufacture, l'Allemagne trouvait ses maîtres dans les Pays-Bas, et certainement l'institution des maîtrises et jurandes n'était pas de nature à tirer l'industrie allemande de son rang subalterne.
Toutefois, on peut citer encore parmi les articles grossiers ou bruts d'origine allemande qui ont été exportés par les Hanséates, du blé, de la farine, du malt, du pastel et d'autres matières colorantes, enfin des produits extraits des mines allemandes.
Mais, encore une fois, là n'était pas le mot de leur position, et l'étendue de leur commerce, comme la puissance de leur marine marchande, s'appuyait surtout sur le monopole fondé au nord-est de l'Europe.
C'est grâce à ce monopole qu'ils purent acquérir dans ces contrées, à beaucoup meilleur compte que tous les autres et sans les mêmes charges fiscales, les marchandises les plus appréciées de l'Occident, telles que le fer, diverses qualités de bois, tous les matériaux nécessaires à la navigation
et à la construction des vaisseaux , la cire, le chanvre, le suif, la potasse, les fourrures, les peaux, les harengs et toute espèce de poissons.
Ces marchandises étaient alors portées dans les pays occidentaux où les Hanséates jouissaient également de grands privilèges, échangées contre les épices orientales, l'or, l'argent, les draps fins, le sel marin et bien d'autres produits à l'usage du Nord.
Nous devons remarquer finalement, d'une part, que ce commerce étendu n'était pas, comme on pourrait le penser, un commerce d'expédition et de commission, mais bien un commerce personnel fait pour le compte de ceux qui s'y livraient; d'autre part, que la Ligue elle-même comme telle s'abstenait de toute spéculation et se bornait à protéger , à favoriser les spéculations des membres individuels qui en faisaient partie.
Les règlements généraux de la Ligue sur le commerce sont fort rares à cette époque de formation, où les sociétaires étaient peu habitués encore à se courber sous un joug commun et où l'important pour eux était de pouvoir participer aux privilèges qui étaient accordés à l'extérieur, et qui déterminaient aussi les obligations à remplir par les concessionnaires.
C'est donc tout au plus si nous rencontrons deux dispositions obligatoires pour tous, dont l'une interdisait aux Hanséates toute espèce de société commerciale avec des non- Hanséates, afin que ceux-ci ne recueillissent pas les fruits des libertés acquises; dont l'autre, édictée en 1364, prohibait tout règlement fait de sa propre autorité par une factorerie hanséatique à l'étranger sans le consentement des députés des villes hanséatiques réunis légalement en diète.
Voyons maintenant si la Ligue a su conserver ou même encore étendre ses conquêtes de la première période.
EMBRASSANT L'HISTOIRE DE LA LIGUE HANSKATIQUE DEPUIS 1370 JUSQU'A 1495 , OU LA PAIX PUBLIQUE FUT DÉCRÉTÉE EN ALLEMAGNE PAR L'EMPE- REUR MAX1M1LIEN I".
La Ligue va atteindre l'Age viril; un plus grand développement, une plus grande homogénéité vont succéder aux embarras de sa création. Naguère encore inconnue, elle puise maintenant dans son existence sa raison d'être, le désir de se conserver et de s'étendre *, à force d'être menacée, elle est devenue menaçante. Tout en commerçant, et pour le plus grand profit de son négoce, elle a pris rang parmi les puissances européennes et s'est mêlée activement au mouvement contemporain. Il nous a donc paru nécessaire d'esquisser au moins la situation politique des pays qui ont subi de sa part une influence quelquefois décisive, afin que le lecteur puisse mieux la suivre sur les terrains multiples où ses destinées l'appelèrent.
En Angleterre, la mort d'Édouard III, dont le règne avait été marqué par les exploits du Prince noir, la soumission au moins temporaire de l'Ecosse, des prétentions à la couronne de France et des besoins d'argent, mis habilement à profit par les Hauséates et le Parlement, avait fait passer le
sceptre à son petit-fils, Richard II (1377-1399), qui, adonné aux plaisirs pendant sa minorité, s'était vu dépouiller par son oncle, le duc de Glocester, et une commission gouvernementale, de ses principales prérogatives, mais avait su reconquérir une autorité prseque absolue, lorsqu'un de ses cousins, le duc Henri de Lancastre, revint de l'exil, le fit prisonnier, lui arracha une abdication, et mit ainsi fin au profit de sa propre maison à un règne grandement agité par les guerres incessantes avec la France, par l'épuisement des finances, les théories de Wicleff, le soulèvement des communes trop imposées et les ambitions des grands du royaume.
Le nouveau souverain, Henri IV (1399-1413), réprima l'insurrection du pays de Galles et dompta les Écossais. Usant tour à tour de dureté et d'indulgence pour s'assurer la possession d'un trône usurpé, il laissa mourir de faim, dit-on, son prédécesseur captif, et d'un autre côté accorda des faveurs nouvelles au Parlement qui se rattachaient soit au mode d'éligibilité de ses membres, soit à leur inviolabilité, soit à la liberté de leurs délibérations, soit à leur autorité en matière législative et fiscale.
Ces procédés lui valurent les subsides dont il avait besoin et le fortifièrent contre des barons remuants.
Son fils Henri V (1413-1422) profita de la faiblesse d'esprit du roi Charles VI pour renouveler les prétentions anglaises au trône de France; il fit la guerre avec succès, s'illustra à Azincourt et légua à son fils, avec sa couronne, l'exemple et le souvenir d'un des rois les plus populaires de ce royaume.
Henri VI, qui prit la qualité de roi de France, y perdit toutes ses possessions sauf Calais et quelques îles dans le canal. Ces désastres, ainsi que l'inclination du roi pour des favoris détestés, engendrèrent dans le sein du Parlement un
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parti hostile à la couronne, à la tête duquel se plaça le duc Richard d'York.
Ce fut le point de départ de cette lutte meurtrière appelée la guerre des Deux Roses qui dura trente ans (1 455-1485), dévasta le pays, dévora presque la noblesse entière, et amena en 1461 la dépossession de Henri VI au profit du fils de Richard d'York, qui se fit proclamer roi sous le nom d'Edouard IV. Le souverain vaincu dut aux efforts combinés de son épouse, la jolie Marguerite d'Anjou, de mercenaires français et écossais, de l'illustre Warwick et du duc de Clarence, de reprendre un instant les rênes du gouvernement (1470). Mais de nouvelles victoires remportées par Édouard IV rendirent la couronne à ce dernier; toute la maison de Lancastre périt, à l'exception de Henri Tudor, qui parvint à s'échapper en Bretagne.
Edouard laissa en mourant (1483) deux fils mineurs, qui furent poignardés par leur oncle et tuteur Richard de Glocester, lequel monta lui-même sur le trône sous le nom de Richard III (1483-1485). Ce monstre, auquel on reproche également l'assassinat du roi Henri VI dans le Tower, où il était détenu, perdit bientôt la couronne et la vie dans la bataille de Bosworth, que lui livra le dernier rejeton de la maison de Lancastre, Henri Tudor, comte de Richmond.
Le vainqueur recueillit la succession du vaincu sous le nom de Henri VII, et rétablit l'union entre les deux maisons par son mariage avec la princesse Elisabeth d'York. Il sut consolider la royauté, maintenir la paix avec l'Êcosse, et se préserver de tout démêlé avec l'extérieur ; il emporta dans le tombeau (1509) la haine de la noblesse et le respect craintif de ses sujets.
Chez nous, la royauté avait fait des progrès considérables sous la race des Capétiens. Peu de temps après la mort de Philippe le Bel, la branche des Valois monta sur le trône
dans la personne dç Philippe VI (1328-1350), auquel le roi Edouard III d'Angleterre disputa la couronne, en inaugurant par les éclatantes victoires de l'Écluse et de Crécy une guerre qui devait durer au delà d'un siècle.
Aux fléaux de la guerre vinrent s'ajouter les ravages de la mort ou peste noire, et le successeur de Philippe II, Jean le Bon (1350-1364), s'il eut plus de vertus que son devancier, eut une fortune plus contraire encore, puisqu'il fut battu et fait prisonnier avec son fils près de Maupertuis (1356), que son royaume fut déchiré par l'anarchie et l'insurrection des campagnes, et qu'il dut faire, à Bretigny (1360) des concessions très-notables aux Anglais.
La branche aînée des ducs de Bourgogne s'étant éteinte, Jean le Bon, au lieu d'annexer ce duché à sa couronne, en investit son fils Philippe le Hardi.
Son autre fils et successeur, Charles V (1364-80), s'appliqua à la pacification du pays, et reprit aux Anglais la plupart des provinces perdues par son père.
La minorité et le dérangement d'esprit du roi suivant, Charles VI (1380-1422), précipitèrent de nouveau le royaume dans le désordre d'où il venait à peine de sortir.
A la place de la puissance féodale presque anéantie par l'annexion des fiefs les plus importants à la couronne de France, s'était élevée l'aristocratie des princes du sang, qui possédaient des terres fort étendues et qui se disputaient en ce moment la régence. Les candidats à cette régence étaient le duc de Bourgogne et le duc de Berry, oncles du roi, et le duc d'Orléans, son frère.
Il y eut à la cour le parti d'Orléans et le parti Bourguignon. Ces rivalités aboutirent à des assassinats, à des guerres civiles, à une invasion anglaise, calculée sur les désordres intérieurs et qui emporta toute la noblesse française dans la bataille d'Azincourt (1415).
L'enthousiasme national éveillé par uue jeune fille héroïque et la réconciliation de la maison de Bourgogne avec le roi de France, permirent à Charles VII (1422-61), malgré son insignifiance personnelle, d'expulser presque complètement les Anglais de son territoire.
Louis XI (1461-83) rompit la Ligue du bien public, déjoua les tentatives féodales, réunit à sa couronne tous les grands fiefs à l'exception de la Navarre et de la Bretagne, et s'empara à la mort de Charles le Téméraire du duché de Bourgogne, taudis que les autres possessions de ce dernier, notamment les Pays-Bas, passèrent à Maximilien Ier, empereur d'Allemagne.
Avec son successeur Charles VIII (1483-98), qui conquit le royaume de Naples, pour l'abandonner ensuite, s'éteignit la branche aînée des Valois.
En nous tournant vers les Pays-Bas, nous voyons à l'extinction de la maison comtale du Hainaut, par la mort de Guillaume IV (1345), pas«er en 1346 la régence de la Hollande, de la Zélande, de la Frise et du Hainaut à Guillaume V, le fils de l'héritière du défunt, Marguerite, qui avait épousé l'empereur Louis de Bavière.
C'est sous son administration que se placent les commencements de cette lutte plus que séculaire entre les Hocks et les Kabbeljaauns, qui, les premiers représentaient la noblesse, et les seconds la bourgeoisie, et qui concoururent tous à anéantir la prospérité de la Hollande.
Les dissentiments qui avaient aussi éclaté entre Guillaume V et sa mère furent apaisés en 1354 par le roi Edouard d'Angleterre, et bientôt après, comme le régent fut atteint d'aliénation mentale, son frère Albert lui succéda (1357) en qualité de Ruwart-, mais le nouveau gouvernement ressembla au précédent en ce qu'il devint égale* ment le jouet des factions.
13'2 DEUXIÈME PEKI0UK.
La Frise, Utrecht, la Gueldre, la Flandre et le Brabaut s'épuisèrent en luttes intestines; la ville de Bruges, eu guerre avec Louis 11 de Flandre, se voyait délaissée par les marchands, qui avaient fait sa grandeur et qui allaient porter leur commerce à la cité plus pacifique de Dordrecht.
Le Brabant avait sous le duc Jean III (mort en 1355), et sous son successeur et gendre Yenceslas de Luxembourg, traversé deux règnes malheureux et fort agités. La ville d'Anvers, qui en 1357 passa sous l'autorité de Louis II de Flandre, gémit sous le joug oppressif de ce prince. Une grande fermentation menace la noblesse à Louvain et à Bruxelles; les Flamands et les Brabançons déclarent ouvertement la guerre à leurs maîtres ; les Gantois livrent la ville de Bruges au pillage (1383).
La paix, hâtée par la victoire que le roi de France remporta à Rosbecque sur les démocrates de Gand, fut enfin rétablie en 1388.
Albert entreprit des expéditions infructueuses contre les Frisons. Son fils et successeur Guillaume VI (1404-1417), épousa la fille de Philippe le Hardi, et régna sur la Hollande, la Zélande et le Hainaut, tandis qu'un des fils de Philippe, Jean, gouvernait la Flandre, et qu'un autre, Antoine, parvenait par adoption à la couronne ducale du Brabant. On voit comment insensiblement la maison de Bourgogne étendit son pouvoir sur ces contrées; en 1428 enfin, tout le pays tombe aux mains de Philippe le Bon de Bourgogne, qui avait battu les Hollandais insurgés, et qui finit par réunir sous le même sceptre la Bourgogne, la Franche- Comté, la Flandre, l'Artois, Malines, Anvers, le Limbourg et le Brabant dès 1430, Namur dès 1429, un peu plus tard le Hainaut, la Hollande et la Zélande, et enfin, en 1443, le pays de Luxembourg.
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Ce prince, un des plus puissants de son époque, développa largement durant son long règne (1419-1467) tous les éléments de richesse et de prospérité que nous avons déjà constatés dans ces belles provinces ; certes, l'héritage recueilli par son fils Charles le Téméraire (1467-1477) aurait dû suffire à son ambition ; mais, au lieu de tourner son activité vers Y administration sage et libérale de ses États, il préféra la dépenser en luttes stériles , qui lui coûtèrent la vie; à part la Bourgogne, qui devint la proie du roi de France, toutes les autres provinces passèrent à la maison d'Autriche par le mariage de la fille unique de ce prince, Marie, avec l'archiduc et puis empereur Maximilien Ier, et furent recueillies plus tard par le petit-fils de ce dernier, Charles-Quint, qui ne dédaignait pas le titre de citoyen de Gand.
L'Allemagne nous offre, au treizième siècle, un interrègne rempli par des déchirements intérieurs, et clos par l'avénement au trône impérial du fondateur de la dynastie de Habsbourg.
Rodolphe (4 273-1291) délit par deux fois son ennemi le plus redoutable, le roi Ottokar de Bohême, et inaugura cette politique des rois d'Allemagne, qui consistait à travailler à l'agrandissement de leurs domaines privés, pour que leurs descendants, s'ils n'arrivaient pas à une couronne élective, conservassent au moins dans l'Empire un rang important. Les soucis de sa grandeur personnelle ne détournèrent pas ce prince des devoirs que la royauté impose envers les peuples : il s'attacha à rétablir l'ordre si fortement compromis pendant le long interrègne, et seconda les villes, qui poursuivaient depuis longtemps la même tâche.
En effet, l'anarchie étant particulièrement nuisible au commerce, et par conséquent aux industrieuses cités, les
villes de Mayence, Spire, Worras, BingeD, Oppenheim s'étaient déjà liguées pour protéger dans les pays voisins les transports par terre et la navigation.
Le comte palatin , les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trêves, les évêques de Metz, de Strasbourg, de Bâle s'étaient bientôt joints à cette confédération qui, en 1254, comptait un grand nombre de seigneurs et soixante villes ou bourgs situés sur les villes du Rhin ou de ses principaux affluents.
En 1255, les députés de cette confédération, appelée la Ligue du Rhin, s'étaient assemblés à Mayence et y avaient dressé un règlement qui avait obtenu la confirmation de Guillaume, comte de Hollande et roi des Romains.
Nous devons mentionner une autre association du même genre, connue sous le nom de Ligue de Souabe, qui prit naissance vers la même époque, et qui embrassa les principales villes situées sur les bords du Danube ou de ses affluents, et comprises généralement dans les limites des bans de Souabe et de Franconie.
A la mort de l'empereur Rodolphe Ier, son chevaleresque successeur, Adolphe de Nassau (1292-1298), obtint l'appui des villes rhénanes; mais ayant été tué dans le combat de Gôlheim, son adversaire, Albert d'Autriche, fils de Rodolphe (1298-1308), réunit en sa faveur les suffrages des électeurs, poursuivit la politique de son père, chercha dans l'alliance des villes allemandes une digue aux empiétements des princes, jeta par son despotisme les fondements de la liberté suisse, et reçut la mort des mains de son propre neveu.
Sous son règne, et sous le règne suivant de Henri VII de la maison de Luxembourg (1308-1313), les municipalités germaniques firent des progrès sensibles dans les voies de la liberté ; cet heureux résultat fut dû en partie à la protection des souverains, auxquels elles servaient de contre-poids
INTRODUCTION. I3é
à l'audace des grands vassaux, en partie à l'appauvrissement des familles nobles, jusqu'alors seules en possession de l'autorité locale, et à la prospérité, à l'éducation progressives de la bourgeoisie, grâce auxquelles elle se créait une place de plus en plus large dans l'administration, et enfin, en partie aussi au souffle régénérateur qui venait des communes italiennes.
Avec la mort de Henri VII commencent les campagnes de la noblesse contre les libertés urbaines, et se produisent des candidatures variées à la couronne impériale, qui en définitive est adjugée au prince Louis de Bavière (1313-1347).
Dès l'année 1324, la révolution communale s'accentue de plus en plus en revendiquant pour toutes les classes l'égalité devant la loi, et des titres égaux à l'administration active. D'un autre côté, la noblesse des villes se coalise avec celle des campagnes; la ligue du Rhin renaît, et offre sa médiation ; les corporations triomphent, et avec elles la démocratie, qui, en 1338, envoya siéger à la diète de Francfort plusieurs députés des villes libres au milieu d'une assemblée de princes.
Mais la Bulle d'or de Charles IV (1347-1378) accrut la force des seigneurs territoriaux qu'il fallait flatter, au grand mécontentement de la bourgeoisie et de la noblesse, et prohiba même les confédérations de villes, qui seules cependant représentaient encore l'unité allemande.
Toutefois, cette prohibition n'entrava ni le développement de la puissance hanséatique, ni le renouvellement d'associations urbaines, notamment de la Ligue de Souabe en faveur de Ja sécurité commerciale, des libertés civiques et de la dépendance immédiate de l'Empire; l'éclatante victoire de Reutlingen, remportée sur la Ligue des nobles en 1377, vint prouver au surplus la position florissante de la bourgeoisie.
Malheureusement, sous le règne de Venceslas (1378- 1410) tous les avantages des villes furent perdus dans la bataille de Dôffingen; l'interdiction de la Bulle d'or fut renouvelée par ce prince, et les tentatives faites en 1449 par une nouvelle coalition de villes de la Souabe et de la Franconie avortèrent après une nouvelle défaite.
Le règne éphémère du prince-palatin Ruprecht fit place à celui de Sigismond (1410-1427), sous lequel tombent les débuts de la réformation et les horreurs de la guerre des Hussites, engendrée par les mesures cruelles de l'intolérance religieuse.
Albert II (1427-1439), à partir duquel la dignité impériale ne sortit plus de la maison d'Autriche, eut à lutter contre les invasions des Turcs ; mais cette lutte, interrompue par une mort précoce , fut continuée, quoique faiblement , par son cousin et successeur Frédéric III (1440-1493) qui, durant son long règne, ne fit que déconsidérer le trône par son inertie, et abandonna tous les revenus et tous les pouvoirs de l'Empire aux seigneurs territoriaux.
Son fils Maximilien (1493-1519), plus habile que lui à régner, décréta à Worms la paix publique en 1495, et organisa à cet effet d'une part la chambre impériale, chargée de rendre les décisions entre parties litigantes, d'autre part la division de l'Empire en dix circonscriptions, destinées à surveiller la paix ainsi que l'exécution des sentences rendues.
Toutefois, l'empereur ne put arrêter les envahissements des princes, et le temps est venu où l'Allemagne va se scinder en une foule d'États indépendants, et où la fermentation religieuse et politique va créer une ère nouvelle.
Il ne nous resterait maintenant qu'à promener un regard sur les pays avoisinants de la Baltique. Nous connaissons l'histoire du Danemark jusqu'à Waldemar III (1340-1375).
Sa lille Marguerite , qui régna jusqu'à l'année 1412, développa toutes les qualités d'un grand roi et d'un habile diplomate, et réunit sur sa tête la triple couronne des trois royaumes septentrionaux dans l'union de Calmar (1397).
La famille des Folkunger, qui avait régné sur la Suède, périt avec Magnus et son fils Haquin (1363), et le prince Albert de Mecklembourg s'y empara, avec l'assistance des Hanséates, de la couronne pour la perdre contre Marguerite qui, par son mariage avec le roi de Norvège, était devenue également la souveraine de ce dernier pays.
Les successeurs de Marguerite eurent de la peine à soutenir l'héritage qu'elle leur léguait, et c'est tout au plus si l'histoire a conservé leurs noms. C'était d'abord le fils adoptif de la grande femme, Éric de Poméranie (1412-1439), qui mourut dans l'exil; ensuite le prince Christophe de Bavière (1439-1448), auquel succéda, après un règne sans vigueur, Christiern Ier d'Oldenbourg (1448-1481) ; enfin le roi Jean qui régna jusqu'en 1513 sur les trois royaumes unis.
La Prusse dut principalement à l'ordre teutonique une prospérité toujours croissante, jusqu'au moment où cette institution décrépite plia sous la Pologne conquérante et fut contrainte de reconnaître sa suzeraineté. Un sort presque semblable fut réservé à l'ordre des Porte-Glaives en Livonie.
Quant à la Russie, elle avait été envahie parles hordes mongoles (1237) qui y dominèrent deux siècles, mais furent finalement défaites par Iwan Wasiliewitch de Moscou (1462-1505). Des expéditions heureuses étendirent de toute part son empire, et Novogorod dut reconnaître son autorité en 1478.
Nous avons rapidement esquissé le terrain des opérations, et nous arrivons maintenant aux opérations elles-mêmes.