‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 12 sur 50 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

U RELIGION DE THINIS-ABYDOS (l)

II serait difficile de dire quelle a été la plus ancienne de TÉgypte. Il est telle ou telle forme de culte dont nouî qu'elle est née dans les temps historiques, du moins qu'el tel moment donné de Timportance, comme Tadoration d comme Dieu suprême, pour ne citer qu'un exemple. L sèment de certains usages, tels que l'invocation des a sacrés à Memphis et à Héliopolîs, est mentionné d; documents historiques. Mais la question de savoir si 1 gions qui se produisirent les premières sur la scène de 1 sont réellement plus anciennes que celles qui ne furen nantes que plus tard, est à peu près insoluble aujourd moins l'antériorité de quelques unes de ces dernières être admise que comme vraisemblable. Mais ce que ne vous établir avec certitude, ce sont les religions dont i le plus tôt mention sur les monuments, et qui, par conî sont parvenues les premières à un grand éclat et à une h étendue.

Dans le principe, il y eut sans doute autant de religio les que de petits états luttant entre eux pour l'existei domination dans la vallée du Nil. Plus tard, les rois de

(1) L*auteur a maintenant des raisons de croire que cette forme de Tanc gion des Égyptiens ne s'est produite que la seconde dans Tordre chrono qu'elle a été précédée par la religion d'Héliopolis (Chap. IV), dont la plus élevée estRa.

iclusifs dans leur politique; ils adoré* les diverses parties du pays, du nord ie Thèbe, du Delta et de la Nubie, et ité dans toute l'étendue de leur vaste intolérants qui voulurent faire prévalie forme de culte spéciale, et persé-

autres cultes, provoquèrent de vioirent quelquefois leur couronne à ce 5, la religion dominante de TÉgypte nastie régnante, et la religion de la )ituellement la religion locale de la le cette dynastie étaient originaires, jui, dans les temps historiques, ait isse Egypte, est celle qu'on prétend $ (Mena, — c'est le nom du bœuf sacré aythique, qui peut-être ne diffère pas n. Avant lui, les Égyptiens sont habilesou, adorateurs ou serviteurs d'Hor

toujours considéré comme le maître [es hommes de la race supérieure, sans

Il se pourrait cependant que les Shemylhiques comme Horos lui-même, de Ra sont les religions les plus anition les plus antiques monuments, n suite les plus générales, et on peut le fond de la religion nationale. Peutle Memphis, et celui de Neith, divianciens. Il en est déjà fait mention ige très reculé, quoique plus récents 'antiquité du culte d'Horos. Cepenle ce ne fussent pas des dieux pureîrtain qu'ils ne trouvèrent leur place i national et ne furent généralement

i haute Egypte, à environ soixante

I haute que de la basse Egypte, occupe une place dans celui de Ra.

milles au sud de Memphis, et à quinze au nord de Thèbe, fut le sanctuaire du culte d'Osiris et de Tadoration d'Horos ; de cette ville sortirent la dynastie de Menés et la dynastie suivante, appelées Thinites, Osiris est constamment appelé seigneur d'Abydos (Abet), ville voisine de Thinis, et qui ne tarda pas à éclipser cette dernière. Tous les temples du nome, où sont ces deux villes, sont consacrés à Osiris. Outre ceux de Seti I et de Ramsès II, rois de la dix-neuvième dynastie, antérieurement découverts, l'infatigable Mariette a retrouvé au nord d'Abydos les ruines d'un temple plus ancien, dont plusieurs parties tombent en poussière sitôt qu'elles sont mises au jour. Les inscriptions attestent que plusieurs souverains ont visité ce sanctuaire vénérable, qui, très certainement, a servi de modèle aux temples d'Osiris, élevés dans diverses parties de l'Egypte et jusqu'en Ethiopie. AThinis- Abydos, Osiris était adoré comme le roi de l'Éternité, dont l'occident est la demeure, et comme le maître du royaume des morts. Avec lui, on y révérait Anhour, dieu guerrier armé du glaive, sans doute une des formes du dieu que nous verrons adoré à Hélio polis, et plus tard à Thèbe, sous le nom de Shou ; Horos, le vengeur de son père, Isis la grande mère et les quatre enfants du mystère, vraisemblablement les quatre génies de la mort. Les autres dieux du cycle osirien avaient déjà, dans une antiquité reculée, leurs temples particuliers dans la haute Egypte.

Tout le monde connaît le mythe d'Osiris, tel qu'il est rapporté dans Plutarque. Osiris est un roi d'Egypte qui, non content de combattre la barbarie et la grossièreté des mœurs dans ses états, parcourt le monde pour répandre partout les bienfaits de la civilisation. Sa sœur et épouse, Isis, administre pendant ce temps avec sagesse et fermeté les états de son frère et mari. Rappelons sommairement le piège tendu par Typhon à son frère, le cercueil d'Osiris emporté par le courant du Nil dans la mer (en passant par l'embouchure la plus orientale du fleuve, à Tanis), son échouage à Byblos, la recherche et les plaintes d'Isis, le cercueil retrouvé à la cour du roi de Byblos, ramené en Egypte, surpris par Typhon, le cadavre sacré coupé en quatorze morceaux, lesquels sont disséminés dans toutes les provinces de l'Egypte, pieusement recueillis, — sauf un seul, — par Isis et

inhumés chacun à l'endroit où il avait été trouvé, Typhon défait par Horos et épargné par ordre d'Isis, le châtiment d'Isis pour cette indulgence, les deux défaites infligées à Typhon par Horos, Osiris proclamé roi de l'empire des morts, enfin la naissance prématurée d'un nouveau fils d'Isis et d'Osiris, Harpocrates, représenté avec les jambes paralysées.

Nous ne nous arrêterons pas aux explications que le moraliste grec a données de ce mythe. Il l'a rapporté dans la forme sous laquelle il était raconté de son temps. C'est pourquoi, au milieu de quelques parties authentiques et reproduisant fidèlement la fable ancienne, on trouve chez lui des traits qui trahissent une origine plus récente, ou même une provenance étrangère. Il y a aussi une méprise que nous tenons à relever. Il a présenté Harpocrates, qui n'est qu'une manifestation particulière d'Horos, comme un personnage distinct. Harpocrates est le jeune Horos, Har pe chruti, c'est-à-dire Horos l'enfant, que les Égyptiens représentaient la main portée à sa bouche et les jambes pendantes, assis sur les genoux de sa mère. Les Grecs le crurent paralysé, à cause de cette position des jambes. Plus tard, il fut même regardé comme le dieu du silence, à cause de la main portée à sa bouche. Les Égyptiens ne voulaient pourtant indiquer par ce symbole que l'âge du dieu, encore trop jeune pour pouvoir parler. Quant aux éléments étrangers, c'est, en particulier, la mention de Byblos. Elle a pour but de rattacher le mythe égyptien d'Osiris au mythe phénicien d'Adonis. Lucien raconte aussi qu'à la grande fête d'Adonis une barque égyptienne arrivait à Byblos et y était reçue en grande pompe. La mention que le sarcophage pénétra dans la mer par la branche tanitique du Nil ne saurait non plus appartenir à la tradition primitive et ne peut avoir été ajoutée que postérieurement à l'époque des rois pasteurs, qui firent de Tanis le centre du culte de leur dieu Sutech, identifié dans la suite avec Set et désigné ici sous le nom de Typhon.

Quant à la partie essentielle du mythe, nous la trouvons déjà exprimée dans un hymne datant de la dix-huitième dynastie, c'est-à-dire du commencement du nouvel empire, et jusque dans une inscription de la quatrième dynastie et dans les portions les plus anciennes du Livre des morts.

Bien des interprétations différentes en ont été données depuis Pliitarque jusqu'à nos jours. Cependant, il nous semble n'en comporter qu'une seule. Si nous étudions attentivement la nature des dieux qui y figurent, surtout si nous le faisons à la lumière que répandent sur ce sujet les anciens monuments, il ne nous sera pas difficile d'en pénétrer le véritable sens.

Osiris est un dieu solaire et c'est seulement dans des temps plus récents qu'il devint un dieu lunaire et môme un dieu du Nil, et un dieu du vin comme Bacchus. Notons pourtant que toutes ces significations sont identiques au fond. Le Nil, source de la fécondité du sol égyptien, et le vin, qui donne une nouvelle vie, sont les représentants terrestres du breuvage céleste que les Aryens nommèrent soma ou haoma, les Grecs ambrosia, le breuvage de l'immortalité. Puis, c'est la lune qui est regardée comme le réservoir ou la source de ces eaux célestes. Enfin, si Osiris est dieu solaire, il l'est du soleil nocturne, mort mais ressuscité, par conséquent dieu de la vie éternelle, « de la longueur du temps ou de l'éternité », comme disent les Égyptiens, et à qui appartient de droit tout ce qui donne ou entretient la vie. La signification de son nom Asar (qui, soit dit en passant, est le même que les Assyriens donnent au royaume souterrain, au ciel caché, et qui signifie chez eux : <c le bon », comme aussi Osiris s'appelle toujours : « l'être bon »), est encore incertaine, mais le rapport spécial dans lequel il est représenté avec Horos, le dieu du soleil, souvent identifié avec lui, tantôt représenté comme son père, le plus souvent comme son fils, sa désignation comme fils de Seb, le temps, et de Nou, la déesse de l'océan céleste, comme petit-fils de Ra, le dieu du soleil par excellence, le père des pères, et dont il est dit que, dans le Souten-se-nen (1), il est réuni à Osiris, ne permettent pas de voir en celui-ci autre chose qu'un dieu solaire. Il serait cependant inexact dé' dire : Osiris signifie le soleil. Il est l'être divin qui se manifeste dans le soleil ; une de ses appellations habituelles est « l'àme cachée du seigneur du disque », ou simplement l'âme du soleil. Il est Tâme du soleil qui ne meurt pas avec cet astre (lorsque le soleil se couche), mais se montre la nuit dans l'étoile brillante

(1) Lieu mystique du ciel souterrain.

natin s'unit de nouveau au corps du soleil rappelé représentait chez les Égyptiens que Taction bieneil, que ne peuvent anéantir les forces malfai- 3s elles aussi du même astre. De ce symbole iriste se dégagera avec le temps une notion de lorale. Osiris deviendra le maître de Tunivers ieu dont tout tire son origine, qui a créé le soleil er et se coucher, le maître de la vie en dehors saurait vivre. Cette transformation n'a pas besoin 5e. On comprend comment Osiris est devenu le me dans ce que celui-ci a de meilleur, de l'âme 3omme lui, doit lutter contre des puissances desans le triomphe du dieu, trouve le gage de son le; dans sa résurrection, l'assurance de sa propre )ès les temps les plus anciens, nous voyons les Identifier avec lui, leur idéal étemel. Plus tard , hommes ou femmes, seront appelés Osiris. nemi et le frère d'Osiris ou d'Horos l'ancien, soit lolaire, c'est ce qui ne saurait faire doute, bien ait dit qu'identifier Set avec le soleil est une aéritant pas qu'on s'y arrête. En même temps t adoré, il est une des figures les plus intéreshéon égyptien. Jamais il n'a été regardé comme vinité. Dans les plus anciens mythes il figure ni d'Horos, et joue le rôle peu enviable d'un issassin qui, s'il n'est jamais tué, est toujours rement châtié, ce qui ne saurait beaucoup releenommée, même d'un dieu. Cependant il a ses invoque, parce qu'on le craint. Il est à remarqu'adoré dans la basse Egypte, surtout lorsque Hyksos eurent considérablement répandu son jours considéré comme le dieu spécial de la tandis qu'Horos avait sous sa protection la basse

lyksos, du moins l'un d'entre eux, devaient lui exclusif, il apparaît aussi comme le dieu des Nugres. C'est pourtant bien un dieu d'origine pureté, et s'il est devenu plus spécialement le dieu

des races mélangées de la basse Egypte et des races barbares soumises par les Égyptiens, c'est sans doute parce que, de tous les dieux indigènes, aucun, par son caractère malfaisant, ne se rapprochait davantage des dieux grossiers de ces races inférieures.

Dans les temps reculés, Set fut non-seulement Tadversaire mais l'égal de son frère Horos. Il figure sur la proue de la barque solaire, combattant le dragon de Tobscurité, avec lequel, par une ironie de son mauvais destin, il sera un jour identifié. Il est quelquefoi»appelé le mattre suprême, la clef de voûte du ciel. II est yis-à-vis d'Horos et d'Osiris dans le même rapport que le fttoloch sanguinaire vis-à-vis du Baal bienfaisant, que Çiva vis-à-vis de Vishnou, la personnification de la puissance dévastatrice, stérilisante du soleil, le feu dévorant, le dieu de la guerre et de toutes ses horreurs. Il est Fauteur de tout mal naturel, le dieu des tremblements de terre,de la chaleur torride, des orages, des tempêtes, des vapeurs pestilentielles. Il devint par une conséquence naturelle le dieu de la mort. Plus tard, dans le mouvement qui élèvera le symbolisme religieux audessus du naturalisme primitif, lorsque Tanthropomorphisme commencera à le pénétrer, il deviendra Tadversaire barbare d'Horos. C'est lui qui blesse, qui arrache, qui dévore l'œil d'Horos, blessure que se charge de guérir Ra, le dieu solaire supérieur, — symbole des éclipses partielles ou totales du soleil. Les animaux qui lui sont consacrés sont les animaux nuisibles ou impurs, l'hippopotame, le crocodile, le pourceau. Enfin, complètement dégagé de la nature, vraisemblablement sous l'influence des Perses, il devient le principe mauvais dans la création et dans Tordre moral, et peu à peu son nom disparaît et ses images font place à celles de Thot et d'Horos (1).

Horos, le rival de Set, fut un des dieux les plus honorés de l'Egypte. On peut dans un certain sens dire de lui, comme de Baal (pour celui-ci, on trouvera dans le troisième livre de cet ouvrage la preuve de cette assertion), que son nom fut moins

(1) W. Pleyte a largement contribue & Tëclaircissement des mythes et de Thistoire de ce die4i, dans sa Religion des Préisraélites, recherches sur le dieu Set, et dans sa Lettre à M. Th, Devéria. Comparez aussi le petit ouvrage du même auteur : Le dieu Set dans la barfue du soleil.

?rminé, qu'un titre commun donné à une 3 dieux. On peut citer à Tappui de cette vants : il est rare que le nom d'Horos soit t ou apposition ; presque chaque localité a signé par un surnom particulier ; — ainsi :arsamts et Ahi, à Edfou et à Dendérah, Ra, Harkamutif, qui est Ghem et Harka, le t d'Ament à Thèbe, etc. ; — enfin on voit uments plusieurs Horos différents, repré- 3 Tautre. En outre, quelques êtres divins, (Har-sapd) reçoivent le titre d'Horos, lorsmasculin, et, au moins dans les derniers ros au pluriel est toujours employé comme *ou^ les dieux. La signification du nom e harmonie avec cet emploi. Har ou Her 3 plus élevé, le Très-Haut, le Seigneur, par té principale, le dieu considéré comme le

trois classes d'Horos : la première com- (Hor-our), frère d'Osiris et de Ra; le grand lou, Horos à l'horizon) d'Héliopolis, Horoshyphallique Hor-Chem, rentrent dans cette îconde renferme les différents fils des préjr le célèbre fils d'Isis (Har-se-ise), le ven- Qsi que Har-hut, le dieu de la barque ailée l'exécuteur des jugements d'Osiris dans le i des rois, après lequel aucun roi ne règne, puisque tous les rois ne sont que ses lieuisième classe est celle des Horos enfants et Samtoti, les jeunes dieux représentés s, dieux très récents, que M. Pleyte croit lans les derniers siècles avant notre ère, itégorie.

voir dans Horos sans attribut le dieu du encore de le confondre avec le soleil luiignification est fort différente de celle de le plus souvent employé pour désigner le lune étaient appelés ses yeux. Il doit donc

être considéré comme le dieu de la lumière, le gage de la vie. Sa lutte avec Set, dans laquelle il intervient comme le vengeur de son père Osiris, ou comme commandant des armées de son père Ra-Harmachis, a fourni une matière inépuisable aux poètes, aux peintçes et aux sculpteurs égyptiens. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer et d'expliquer le mythe retracé à Edfou dans une suite de tableaux, généralement connus depuis la belle publi* cation de M. E. Naville. Dans le principe, ce fut sans doute un mythe naturiste, mais un des plus élevés, de ceux dont les personnages ne sont pas de simples produits de la nature divinisée, mais déjà les esprits de la nature, espèce d'abstraction et de personnification des forces naturelles. Telle est la conception mythique de la lutte entre la lumière et l'obscurité, la vie et la mort. Les alternatives du jour et de la nuit, de la douce et vivifiante chaleur du printemps et des ardeurs brûlantes de Tété, tout fournit des traits au tableau.

Mais, pour les Égyptiens, ce mythe naturiste n'était plus depuis longtemps que la forme d'un dogme, le fondement même de leur foi, la foi au triomphe de la lumière et de la vie sur l'obscurité et sur la mort, dans le règne éternel. Dans les phénomènes changeants de la nature, dans la succession régulière des rois, représentants d'Horos sur la terre, ils trouvaient le gage de cette foi.

11 n'est pas douteux que de bonne heure le mythe ait trouvé son application dans l'histoire. La lutte soutenue par les rois pour réunir toutes les parties de TÉgypte sous un seul et même sceptre, la guerre contre les envahisseurs barbares ou contre les puissances étrangères, tout fut rapporté au drame céleste. Bien qu'au fond du mythe il n'y ait pas un fait spécial et déterminé, mais l'expression de l'antagonisme permanent entre la pure race égyptienne et les races étrangères, il n'est pourtant pas né de cette lutte, mais il a été modifié dans le cours des siècles pour en reproduire les traits.

Isis, la déesse aux cent noms, fut particulièrement en honneur dans les derniers temps de l'empire égyptien, principalement sous les Ptolémées, et sa popularité ne fut balancée peut-être que par celle d'Hathor. Un temple magnifique, très fréquenté et souvent décrit lui fut élevé plus tard dans Ttle de Philak. Son

culte se répandit hors de l'Egypte, et ses images, portant le petit Horos sur ses genoux, sont devenues le modèle des innombrables Madonna col bambino. Il n'en faudrait pas toutefois conclure qu'elle tient un rang plus élevé que son époux. Du moins dans Tantiquité elle occupait plutôt un rang secondaire et fut bientôt éclipsée par Hathor, Moût de Thèbe, Pacht de Memphis, etc., et le plus souvent elle ne fut adorée qu'avec ces divinités. Elle eut cependant sous les premières dynasties ses temples particuliers. Il est difficile de déterminer son vrai caractère. Son nom, — i4s, — dé quelque manière qu'on le traduise, ancienne, élevée, vénérable, ne fournit que des indications très vagues. Les Grecs l'ont identifiée avec une demi-douzaine de leurs déesses, notamment Démôter (Cérès), Perséphonô (Proserpine), Héra (Junon). Elle a, en effet, quelques analogies avec chacune d'elles. Comme épouse d'Osiris, reine du domaine des morts, elle se rapproche de Proserpine; comme mère des dieux, déesse de la fertilité, elle n'est pas sans rapport avec Gérés (Dé-mêter, la terre mère). Gomme déesse-mère, elle porte une coiffure en forme d'épervier, symbole de la maternité, ou une tête de vache, tète qu'elle reçut de Thot, en remplacement de sa tête humaine qu'avait abattue Horos, pour punir sa mère de son indulgence envers Set, le meurtrier d'Osiris. La tète d'Isis, déesse de la nuit, qu'Horos, dieu vengeur, lui coupe, ne saurait être autre chose que la lune qui, pleine, ressemble à une tête humaine et qui, après être disparue pendant quelques jours (c'est-à-dire avoir été coupée), reparaissant en croissant, ressemble à une tête de vache avec ses deux cornes. C'est Thot, dieu de la lune, qui lui donne cette tête de vache, quand elle a perdu la sienne.

Il n'est plus possible de préciser à quels phénomènes naturels fut primitivement rapporté le caractère d'Isis. Elle fut, à l'origine, une déesse de la fécondité, la déesse par excellence, comme épouse du dieu suprême et mère du dieu Horos, le vengeur de son père. De même que toutes les divinités égyptiennes d'un certain rang, on la considéra comme maîtresse du ciel, fille de Ra ; elle partagea avec Horos le titre de souveraine des deux mondes et les symboles de la puissance céleste: le disque solaire, les cornes et le serpent (l'uréus). Ce fut donc

une déesse du ciel, sœur, fille, mère du dieu du soleil, et elle peut, à ces titres, être assimilée à Hérè-Dionô, la Junon des Italiotes qui, comme déesse du ciel nocturne et de la lune, est réponse de Zeus ou Jupiter, à Forigine dieu du jour et du ciel lumineux. Gomme elle est déesse de la nuit, la lune est sa tète.

Nephthys, sœur dlsis, se confond presque avec elle. Elle porte les mêmes noms, a les mêmes attributs. Si Ton trouve quelquefois Isis désignée comme épouse de Set, Nephthys, mère d'Anubis, est aussi femme d'Osiris. Bien qu'elle soit habituellement regardée comme la compagne du meurtrier d'Osiris, elle pleure avec Isis la mort du dieu et veille, les ailes étendues, sur le cher cadavre. Elle n'a jamais partagé le mauvais renom de son époux, le dieu de la mort. Set. C'est dans un sens favorable qu'elle est appelée gardienne des morts : elle préside à la fin, mais à la fin qui mène à la victoire.

La signification d'Isis et de Nephthys, comme déesses de la nature, ressort avec im peu plus de clarté de la description du navire divin d'Horos. Il y est dit que la vergue est la déesse du ciel, Nout, et qu'Isis et Nephthys sont les deux extrémités de cette vergue. Il faudrait donc les considérer comme les deux extrémités du ciel, les deux horizons, soit Test et l'ouest, soit le nord et le sud, ou, ce qui revient au même, le crépuscule du matin et du soir.

Le nom de Nepthys, Nett-ha^ maltresse de la maison, fut sans doute pris d'abord dans un sens physique,— la maison où rentre le soleil à la fin de sa course, c'est-à-dire le ciel nocturne, — mais elle devint plus tard, comme Isis l'élevée, le symbole de réponse des rois, le type céleste de la matrone égyptienne, ordinairement appelée aussi maîtresse de la maison. Cette signification morale semble lui avoir assuré dans le panthéon osirien une place à côté d'Isis avec laquelle, comme déesse de la nature, elle a, d'ailleurs, tant d'analogie.

Une autre déesse, Hathor, ressemblant non moins que Nephthys à Isis, est encore fréquemment identifiée avec cette dernière. Une des inscriptions de son temple à Dendérah la nomme : Isis, qui est Hathor à Dendérah. Sans doute, c'est là une indication très postérieure ; mais, de très bonne heure, Hathor fut mise sur la même ligne qu'Isis, Elle a aussi plus d'un trait commun

it nous parlerons bientôt, entre autres, le titre de les dieux. On a pensé que ce titre ne faisait pas is qui lui furent le plus anciennement donnés, •épond à Tun des traits originaux et primitifs de sa l'elle fut la déesse de la beauté, de l'amour et du 5CS n'ont pas, comme on l'a cru, reporté les preibuts d'Aphrodite sur Hathor, mais leur ont seuleune plus, grande importance, en les accentuant n culte fut très étendu, et les attributs et les noms ivec lesquelles elle avait le plus de rapport, furent reportés sur elle. Elle aussi, comme la plupart ryptiennes, est la maîtresse du ciel visible et de e n'est pas, comme la désolée Nephthys, la gar- ^rts, mais plutôt la déesse du ciel diurne, baigné slat du soleil, et du ciel nocturne, brillant de la des étoiles, la mère féconde et fécondante qui )té et le bonheur.

B titre, la première-née du commencement, la ]tssasie les dieux et les déesses de ses dons et com- 5 biens. Gomme Noub, la dorée, la première elle le soleil à son lever et à son coucher, par conséssance et à sa mort. Mère du jeune dieu du soleil, i le nom de fllie ou d'enfant de Ra, le dieu du rai, le créateur.

lue, comme Horos est nommé le dieu d'or, elle t déesse d'or. Lorsque l'idée morale pénétra et vieux symboles de la nature, elle devait devenir beauté, de l'amour, de la joie, du bonheur de ifluencede l'esprit grec ne fit sans doute que évidence ces attributs que la déesse a en comir d'Assyrie, sa proche parente. Hathor fut adorée nité des mines et la protectrice du travail des die patronne ne pouvait être mieux choisie pour c, que la déesse qui, de son sein obscur, faisait les cieux le soleil, semblable à un disque d'or en

ile osirien compte encore deux dieux masculins 3st pas habituellement adjoint d'équivalents fé-

miûins, deux dieux originairement sans épouses (1) : Thot et Anubis.

Thot (Thuti ou Thui) avait, dès les temps les plus anciens, son principal temple à Sesennou (Ashmounein), dans la haute Egypte. Il ne saurait y avoir le moindre doute sur sa nature. Il porte sur la télé le disque lunaire entre deux cornes, et pour d'autres raisons encore ne peut être que le dieu de la lune. Les dieux lunaires mâles ne sont pas rares dans les anciennes my?thologies. Il a sa place dans la barque du soleil, où étaient réunis tous les dieux lumineux. Il est appelé « Roi d'éternité, » et à ce titre tient à la main la feuille de palmier sur laquelle il inscrit les dates et les événements mémorables. Il est le dieu du temps et de l'éternité, attributs qui ne pouvaient être mieux dévolus qu'au principal dieu lunaire, chez un peuple qui n'a longtemps réglé son année que sur le cours de la lune. On conte que c'est lui qui inventa le jeu de dames et qu'il gagna à ce jeu les cinq jours intercalaires, qu'on ajouta plus tard à l'année lunaire. Au moment de la formation de cette légende, Thot n'était plus la lune elle-même, mais distinct d'elle, devenu le dieu de la science, il gagna sur la lune les cinq jours qu'elle ne voulait pas céder de bon gré, c'est-à-dire qu'on attribua la rectification scientifique de l'évaluation du temps au dieu qui passait pour l'inventeur de toutes les sciences et de tous les arts, et comme la mythologie établissait un rapport étroit entre lui et la lune, on se représenta qu'il avait gagné sur elle cette rectification au jeu. Comme dieu lunaire, il est aussi le dieu des quatre vents nocturnes, de même que le dieu du soleil produit les quatre vents diurnes par le souffle de sa bouche. Les vents étaient pour les anciens la respiration du dieu lumineux et créateur, qu'il se manifeste dans le soleil ou dans la lune, et Thot est créateur comme Ra. Tout en conservant ces attributs primitifs, il ne tarda pas à prendre un caractère moral et devint le dieu de la connaissance, des lettres, de la civilisation sacerdotale, c'est-à-dire-de la seule qu'ait jamais connue l'Egypte,

(1) Ce n^est que lorsqu^il fut devenu Thot trois fois grand, Hermès Trismegistoe, qu*il a été en divers lieux, notamment À Troja près Memphis et À Philak, associé À Nëhânanus ou Nëhëmau, une des formes d'Hathor. Voir Lepsius Die Gœtter der Her Elemente, Taf. IV. N» Xm. Brugsch Reiseberichte p. 45.

par excellence le dieu des prêtres. En effel, la première science fut celle des corps célestes et du cours du temps. Le dieu de la lune, éclairant de sa douce lumière l'obscurité des nuits, dut passer pour le protecteur naturel de ces études. Tous les travaux exigeant un développement supérieur de l'intelligence lui furent également consacrés. Aussi fut-il, avec Hathor et avec Horos- Sopd, adoré dans les mines du Sinaï ; il fut considéré comme le maître de la parole divine, le scribe qui réunit ou inspire les sainteâ écritures, le fondateur des bibliothèques, celui qui donnait aux rois leurs noms au sens profond. Dans le monde sou< terrain, il était l'avocat des bons et plaidait leur cause devant le tribunal d'Osiris. Peut-être y eut-il là dans l'origine un mythe physique. Le dieu de la lune, laquelle reçoit sa lumière du soleil, pouvait facilement devenir dans le royaume de la mort l'avocat du soleil, le gage de sa bonté, l'auteur de sa résurrection. Il fut le protecteur de tout mérite méconnu, le grand redresseur des torts. On joignit très anciennement à son culte celui de la déesse Safekh, patronne des bibliothèques, la déesse de la lumière stellaire, représentée vêtue d'une peau de panthère, comme les grands prêtres, mais il ne paraît pas qu'on l'ait jamais désignée comme son épouse. Ses animaux étaient Tibis et le singe cynocéphale. Thot est souvent représenté sous la forme d'un cynocéphale, que revêtent aussi les huit dieux (les Sésennou) qui forment son cortège. Aussi, porte-t-il, comme ces animaux, le nom d'Asten ou d'Astennou. Cet animal était en Egypte, nous ne savons trop pourquoi, le symbole de Tégalité du jour et de la nuit, et, en général, de l'équilibre, de l'égalité. C'est pourquoi Asten est constamment représenté assis sur le fléau de la balance sacrée, précisément au-dessus de l'aiguille indicatrice, aussi bien dans les psychostasies que dans les temples. Le grand honneur rendu à Thot dès les &ges les plus anciens ne fit que croître avec le temps, gr&ce à l'appui des prêtres dont il était le dieu et qui protégeaient leur protecteur, ainsi qu'au progrès de la civilisation, dont il était le promoteur. Après l'avoir appelé grand, on l'appela deux fois et trois fois grand. Son nom et ses images remplacèrent ceux de Set, effacés sur les monuments. Lorsque le christianisme pénétra en Egypte, Hermès trismégiste (Thot trois fois grand)

fut considéré comme le dieu le plus renommé de Tancien culte, et il se forma sous son nom une espèce de théoso qui exerça une influence notable sur Télaboration de Tan dogme chrétien.

Anubis eut moins d'importance et ne tarda pas à éclipsé par d'autres divinités. Anpou ou Anoup^ de An, duire, est le conducteur des&mes. On le représente sou à côté des momies, veillant sur elles comme un gardie était peut-être primitivement l'étoile Sirius. Il est généi ment regardé comme fils d'Osiris et de Nephtys, quel fois de Set et de Nephtys, ou bien d'Osiris et d'Isis, et ratt, suivant les différentes traditions locales, avoir touj occupé la troisième place dans la triade divine : père, i et fils.

Tous les dieux du cycle osirien descendaient d'ancêtres c muns: Seb etNou, dont il est difficile de définir avec préci la signification. Mais si, au lieu de considérer isolément ch; des noms qui leur sont donnés, ou des caractères qui sont attribués-, on les embrasse tous dans une vue d'ensen on arrive à une explication satisfaisante. Ainsi qu'il réi sans aucun doute possible d'un très grand nombre de te: Seb est un dieu ou une personnification de la terre, et même plus tard complètement identifié avec elle. Mais il s ici de la terre considérée comme la matière durable, pei nente, étemelle, toujours subsistant. C'est pourquoi, e autres, le roi Menkaura est appelé, sur un sarcophage, i ton de Nout et chair de Seb. Aussi Seb est-il le plus an des dieux, « seigneur de la longue succession des temps l'éternité », ainsi qu'il est constamment nommé, le plus cien dominateur. C'est sans doute pour ces raisons que Grecs l'ont comparé à leur Kronos, qui était aussi le ro: vieil âge d'or. Mais c'est une erreur de le nommer, coi le font encore Lepsius et, en partie, Mariette, le dieu du tei ce que ne fut ni lui ni Kronos. Sur différents tombeaux est représenté couché, tandis que Nout, la déesse du forme au-dessus de lui comme un arc de voûte, absolue comme on représente Ymer, le géant germain de la mati et la vache céleste Audhumbla. Mais son symbole ordic

est Toie qui, selon les traditions égyptiennes, avait pondu Tœuf du monde.

Son épouse, Nou ou Nou-tpe, s'appelle aussi la mère des dieux. C'est, comme la plupart des déesses égyptiennes, une divinité du ciel. Elle est représentée dans le sycomore céleste comme Hathor versant les eaux de la vie dans les mains d'une âme qui s'en abreuve, et répandant toute espèce de dons, des fleurs et des fruits sur ses protégés. C'est la déesse des eaux considérées comme principe cosmogonique, de l'Océan céleste qui abreuve les âmes des morts identifiées avec les étoiles et répand sur la terre mille bénédictions dans la rosée fécondante.

Ces deux dieux, restant seuls au milieu de la nuit, quand on ne voit ni soleil, ni lune, ni étoiles, sont les parents de tous les dieux lumineux du ciel qui doivent revenir.

Ainsi, pensait l'Égyptien, en a-t-il été au commencement des choses. Nul n'existait alors que le dieu éternel de la matière terrestre et les eaux éternelles qui couvrent et remplissent tout. Mais comme, chaque matin, de l'hymen de ces doux principes surgit le dieu du ciel diurne, ainsi une fois, avant les siècles, avant Osiris, Horos et tous les dieux, Seb, leur père commun, existait seul.

La doctrine de l'immortalité, qui n'est chez aucun peuple de l'antiquité aussi développée et ne tient dans le système théologique une place aussi prépondérante que chez les Egyptiens, est étroitement unie à toute celte mythologie : elle n'en est pas née, elle a seulement été mise dans un rapport étroit avec elle. Lorsque l'homme passa de la vie instinctive à la vie réfléchie, le premier gage, le premier symbole qu'il trouva d'une vie nouvelle après la mort fut la révolution diurne et annuelle du soleil. Cet astre était considéré comme un être vivant, il avait été personnifié dans une divinité, les hommes étaient regardés comme ses enfants. N'était-il pas naturel de voir dans les phases de son existence l'image de celles de l'existence humaine ? D'autres peuples que les Égyptiens firent le même raisonnement, entre autres les Indous ; il paraît être un trait commun de toute la race caucasienne, et non pas spécialement des Mésopotamiens ou des Aryens. Mais il est incontestable que la foi en l'immortalité et>

Tespoir d'une vie sans fin n'ont jeté chez aucun autre peuple d'aussi profondes racines que chez les Égyptiens. Diodore dit avec raison : « Les Égyptiens appellent les demeures des vivants des hôtelleries, et les tombeaux des morts des demeures éternelles, parce que les morts vivent dans le monde inférieur pendant une éternité qui n'a pas de fln. » C'est pourquoi son tombeau était la plus grande préoccupation de tout Égyptien. Un certain Saneha, qui vivait sous les premiers rois de la douzième dynastie, avait été exilé et avait été bien accueilli dans le pays voisin d'un prince, vraisemblablement libyen. Là, il était parvenu aux plus grands honneurs. Il y avait sa famille, il y avait trouvé une seconde patrie. Mais la pensée qu'il mourrait dans l'exil, qu'on ne transporterait pas son corps en Egypte, pour lui donner la sépulture et lui assurer une deuxième naissance et une éternelle suite de transformations, l'obsédait et lui faisait ardemment désirer l'autorisation de retourner dans son pays. Il l'obtint. Le roi se souvint de lui, et désira son retour. L'argument le plus pressant qu'employa le monarque pour l'y décider, est précisément le motif qui faisait si vivement désirer à Saneha la fln de son exil. « Pense, lui flt-il dire, au jour de ton enterrement et au voyage dans l'Amenti, car tu as déjà atteint l'âge mûr. » Et il lui promit des funérailles magnifiques. L'exilé n'hésita pas un instant, ne perdit pas une heure; il abandonna tout, jusqu'à ses enfants, pour aller se faire construire un superbe tombeau, en vue de sa lin prochaine.

Peut-on s'étonner qu'une foi si vivace se soit traduite dans une doctrine élevée à la hauteur d'un dogme ? Voici en quels termes l'Égyptien formulait ce dogme : Le mort qui a été pieux et qui a vécu comme un enfant de la lumière devient comme Osiris ; son ombre, comme celle du soleil, descend à l'occident, tandis que son âme monte au ciel et que son corps est déposé dans le tombeau ; du sort de son ombre dépend si son corps et son âme seront unis de nouveau, c'est-à-dire s'il ressuscitera. II va dans le monde qui est appelé tantôt le « monde caché » (Amentï)^ tantôt le « monde opposé (au monde actuel) de la double justice » {Set-i ou Set-mah), tantôt le « monde du repos » {Teser)^ ou bien encore Chor nnter, le «monde inférieur divin »^;

Là il doit, en tant que pécheur, subir un jugement. Il y a difFérentes descriptions de ce jugement, néanmoins toutes reviennent, en somme, à ceci : Il est d'abord décidé si le mort est Osiris ; en d'autres termes, s'il est uni à Tètre divin et bon. Il est introduit par Ma, la déesse de la justice ou par Horos luimême. Ensuite, son &me est placée sur le plateau de la balance et pesée par Anubis, Horos et Thot ; ce dernier note le résultat du pesage, et, si cela est possible, justifie le mort. Puis, celui-ci est conduit par Horos devant Osiris qui, assis sur son trône, le monstre de l'enfer devant lui, les quatre génies de la mort rangés à ses côtés, et assisté de quarante-deux juges, prononce le jugement. Si le mort est condamné, il doit subir la deuxième mort, et est abandonné à l'anéantissement. Un des dieux, soit le terrible Set, soit Horos, soit un des serpents Sapi ou Apap, démons de l'obscurité, ou le bon Tum, le dieu caché du soleil, une autre forme d'Osiris même, lui coupe la tête. Mais cette décapitation n'est pas le terme de son châtiment. Il est ensuite jeté dans les flammes éternelles. Un mourir sans fin, telle est l'idée que les Égyptiens semblent s'être formée des peines infernales. Ce châtiment était encore personnifié dans le démon Auaî, qui était peut-être une onomatopée pour exprimer les a pleurs et les grincements de dents. » Nous avons déjà parlé des autres châtiments, comme d'être déchiré et dévoré par les mauvais esprits et d'être ensuite rejeté sous forme de leurs excréments. Ces supplices étaient nombreux. L'enfer avait soixante et quinze cercles, et il semble que les peines variaient suivant les péchés dont on s'était rendu coupable. L'état le plus misérable auquel pussent être réduits les condamnés était sou-* vent exprimé en ces termes : a Ils ne voient plus la lumière et on ne se souvient plus d'eux. » Etre plongé dans une complète obscurité, — cela ne rappelle-t-il pas les « ténèbres du dehors » de l'Évangile? —et être oublié, voilà les images les plus redoutables pour l'Égyptien, ami de la lumière, et dont la première et constante préoccupation, pendant sa vie, était d'éterniser sa mémoire.

Pourtant tout n'était pas non plus terminé pour celui qui échappait à la condamnation. Lui aussi devait encore être purifié par la lutte et par le feu. Il avait à franchir plus de quinze portes,

à chacune desquelles rattendaient les plus redoutables épreuves. Des monstres Tattaquaient, il courait des dangers, des filets étaient tendus sur sa route. Il devait traverser des régions désolées où rien ne germe ni ne pousse, et qui étaient sous le pouvoir des sept mauvais esprits ; ensuite Focéan céleste, sur lequel, de même que les passagers qui naviguaient sur la barque du soleil, il était sans cesse menacé de tomber par dessus bord et de se noyer. Mais s'il était inébranlable, s'il combattait vaillamment avec la lance sacrée et avec les paroles magiques des livres et des hymnes saints, il atteignait enfin les champs bienheureux de VAalou (ou ^arou), où on lui servait des mets délicieux. Là il peut reprendre les travaux auxquels il se livrait pendant sa vie, cultiver la terre et récolter des moissons d'une richesse fabuleuse; là il est inondé de Téclat de la gloire d'Osiris, et se rassasie de la contemplation du dieu de la lumière ; là il peut lui-même, comme un esprit de lumière (chou), cingler sur l'océan céleste dans la barque du soleil, ou briller pendant la nuit comme une étoile (sahou) au firmament. Il appartient dès lors aux pieux (amhou), aux fidèles (hésou), aux sages (akérou), aux riches (asou). Etre uni à la divinité et être comme un dieu, tel fut donc le contenu de la plus ancienne doctrine sur l'immortalité : c'est déjà la doctrine de l'infinie béatitude.

On s'étonnera peut-être de ne trouver dans cette doctrine aucune trace de métempsychose, ni de la résurrection des morts sortant de leurs tombeaux, dogmes que l'on a jusqu'à présent attribués aux Égyptiens sur la foi d'Hérodote. L'historien grec en effet affirme que l'àmo du mort transmigrai t dans des corps d'animaux, et parcourait ainsi successivement toutes les formes du monde animal, pour s'unir de nouveau, après trois mille ans, à un corps humain. Mais les monuments ne fournissent pour ainsi dire rien qui confirme cette opinion. Il est vrai que dans le tombeau d'un des Ramsès on voit une pénitence qui pourrait, au premier abord, faire songer à une doctrine de ce genre : le mort, après avoir été condamné par Osiris, est représenté sous la forme de l'animal immonde, du pourceau, sur une barque conduite par deux cynocéphales, les animaux consacrés à Thot, et emmené ainsi sous la surveillance d'Anubis, vraisemblablement au lieu du supplice, et non, comme on le croit ordinaire-

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ist la seule composition de ce lie est certainement symbolique, mal compris la doctrine égyps. D'après le Livre des morts (2), ie espèce de formes, se méta- , en dieu à tète de crocodile ; [)ur tromper ses ennemis et se avait fait Osiris lui-même, et ce [)é, que son &me, qu'accompatorme d'un épervier avec une »s. Mais tout cela se passait dans r la terre. L'erreur d'Hérodote a

Pythagore, formée en Egypte ptiennes, était la reproduction l'à une époque postérieure un

Ames soit sorti de Pancienne s'il a existé, n'eut certainement croyances relatives à l'immorion mystique, née du mythe ns le coucher du soleil la sépadieu resplendissant, leur réuîprésentèrent sous cette image Mais celui-ci revivait avec le ent dans des régions supéerches ont confirmé ce qu'on le la doctrine de l'immortalité mrs été aussi arrêtée, ni aussi ici. Sous l'ancien empire on itinuation de la vie terrestre l'idée d'une rétribution morale

1 reste encore dans la foi des m des choses obscures pour , avec le temps, une étude plus Vinsi on parle toujours d'un

t, suppl. p. S7.

monde et d'un ciel souterrain». Pour ma part, je doute que le Chernouter désigne un monde souterrain^ et je suis bien plus porté à y voir les plus hautes régions du ciel, inaccessibles au regard de rhomme pendant sa vie terrestre. Je ne serais pas éloigné de me représenter les choses de la manière suivante : Le dieu du soleil et ceux qui meurent comme lui entrent à Toccident dans le royaume de la mort, dans le ciel invisible, et poursuivent de là leur course, non sous la terre, mais plus haut que le ciel visible, pour revenir et reparaître à l'orient. Plusieurs dessins et plusieurs expressions des monuments paraissent justifier cette explication. Je n'oserais pourtant la donner dès à présent comme certaine, et j'attends que de nouvelles recherches viennent trancher la question.

En tout cas, le mythe d'Osiris est assez clair. Il germa et ne cessa d'avoir ses racines dans le naturisme, mais, dès les temps les plus reculés, il eut aussi une signification morale. Osiris est originellement le dieu du soleil qui meurt chaque jour, chaque jour devient la proie du dieu de la mort, son frère Set. Pleuré par la déesse du ciel, sa sœur et son épouse, il ressuscite chaque matin dans le jeune soleil, le vengeur de son père, qui tue son rival. C'est dans l'ombre, loin du regard de l'homme, que se livre le combat du jeune Horos avec le meurtrier de son père, car ce n'est qu'après la victoire qu'il peut, au matin, s'élancer triomphant dans les cieux. Cependant la terre veille, et, avec elle, le gardien céleste, Sirius, tandis que la lune monte à rhorizon, comme remplaçante du soleil et garante de sa résurrection. Tels sont les faits naturels élémentaires qui ont donné naissance au mythe. A mesure que l'Egypte devint plus agricole, le mythe s'appliqua également à la succession des saisons et fut aussi rattaché aux inondations périodiques du Nil. Mais tous ces éléments naturels appartiennent à l'âge préhistorique. L'Osiris des siècles historiques, celui dont parlent les textes égyptiens est déjà plus qu'un dieu-nature : il est devenu le type de l'homme mourant et ressuscitant, et en même temps le dieu suprême, invisible, le maître de la création qui se manifeste dans le soleil et les autres phénomènes bienfaisants de la nature. Son mythe est déjà pour les Égyptiens le symbole de leur foi dans la victoire de la vie sur la mort, victoire manifeste

is le cours du soleil, dans le retour e fondement de leur espérance de 'expression de leur foi dans la vie- Ceux qui ont vécu sur la teiTe sem- 3 et obéissants à ses lois, devaient •e conime elle, triompher avec elle* er éternellement avec elle dans les

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