CHAPITRE VI
LA BELIGION SOUS LE MOIHN EMPIRE
A partir de la fin de la sixième dynastie, s'ouvre une pé confuse et incertaine. 11 semble que l'empire soit déchii que des dynasties multiples de Memphis et d'Héracléopol gnent successivement ou simultanément. Il est impossib Hxer la durée de cette période, et nous ne pouvons rien non plus sur la religion à cette époque. Ce n'est qu'avec h zième dynastie que la lumière reparaît, grandissant sous h zième, pour pâlir de nouveau avec la treizième, et bientôt plétement s'éteindre au milieu de l'invasion de TÉgypte pa hordes étrangères et barbares. C'est le temps de ces trois d lies des Mentouhotep's et Antef s, des Amenemha's et Userte (les Sébékhotep's et Nepherhotep's, qu'on peut, le plus j ment, appeler le moyen empire.
Si l'on s'en tient aux noms, les dieux principaux ne sei plus du tout ceux que nous avons vus dominer dans l'âge p dent. Dans les tombeaux et sur les sarcophages, on trouve jours les louanges d'Osiris et des dieux de son cycle, surto Ra et du groupe de divinités dont il est le centre. Mais, da vie commune, il semble que leur culte soit oublié, ou qu€ un mouvement inverse de celui que nous avons constaté rieurement, il soit redescendu du rang de culte national à de culte particulier et local. C'est encore plus vrai de celi Ptah : il est impossible d'en saisir la moindre trace pe
Sans doute il était encore pratiqué à Memçait que peu d'influence en dehors de son tre quelques divinités dont nous reparlerons
culte, pour des causes particulières, acquit ion, les principaux dieux sont : Mount ou al d'Hermonthis (An res^ l'An méridional), su de Koptos et de Chemnis (Eft/imin, Pano- Imoun, le dieu de Thèbe, villes qui, sauf nies situées dans le voisinage immédiat les lévation de ces dieux est naturelle. C'étaient la Thébaïde, et les trois dynasties sous lesnt au premier rang étaient originaires de nt, pour cela, appelées les dynasties théis d'ailleurs que ce n'est guère que par leurs it, soit entre eux, soit des précédents, et on resta la même.
sntouhotep's de la onzième dynastie, à en ns, étaient originaires dllermonthis, TAn ) de Menton. Leur principale résidence fut e de Hamamât, tout près des riches carrièy a découvertes, et ils adoptèrent pour leur e dieu particulier de cette ville, Khem, qui inscription du temps de Mentouhotep III, le lontagneuses ». Leur puissance ne s'étendit le pays, elle fut même, dans les premiers 'hébaïde, mais elle se développa peu à peu, euxième Mentouhotep, ils dominaient déjà îypte (inscription de Konosso, près de Phiinces de cette famille réunirent toute TÉptre. Ce fut vraisemblablement sous leur I Thèbe, qui devait plus tard briller d'un oins, c'est là qu'on a trouvé les tombeaux rouve que Thèbe aussi fut une de leurs ré-
r roi de la douzième dynastie était emaoun », le dieu de Thèbe, et le deuxième mille, le célèbre Usertesen I, jeta à Karnak ents du temple d'Amoun, le plus vaste de
rÉgypte, Ce temple existait encore sous les Hyksos ; plus tard, il fut saccagé, puis restauré par la vingtième dynastie. Menton et Ghem furent honorés par les rois de la douzième dyc comme par leurs prédécesseurs. Ainsi Ousertesen P' déclare une inscription d'un temple consacré à Ghem et à Amo Wadi Halfa en Nubie, que Mount, comme dieu de la Thét lui a soumis quelques tribus nubiennes. On peut admettre en fut de même des rois de la treizième dynastie ; du m trouve-t-on à Taaud (Krokodilopolis), ville dont ils favoris beaucoup la religion, Mount et Amoun, le premier menti comme dieu de la Thébaïde.
Le dieu de Koptos, le plus communément désigné soi nom de Ghem, était habituellement représenté, suivant l'ex sion égyptienne, dans a la ligure de sa force », c'est-à-dire l'image d'une momie, ou en gaine, dans sa forme ithypl que, le bras levé et un fouet à la main, la double aigrette 1 sur la tête. A ces attributs, on reconnaît le dominateur divin dieu de la fertilité. Ses deux noms, Ghem et Min, ouMen, n dent à ces deux attributs, Ghem signiRant dominateur, et celui qui féconde : c'est le principe de vie, la force généra cachée de la nature, le créateur qui donne au monde la f( dite. A ce titre, il occupait la première place dans la gi fête de l'agriculture. Souvent on place à côté de lui une qui s'entr'ouvre, ou quelque chose de semblable.
Ce n'est, au fond, qu'une forme particulière d'Horos, et fréquemment désigné sous les noms de Ghem, le victo Horos, le flls d'Osiris ou le fils dlsis, et quelquefo vengeur de son père ; il est même, mais une seule fois, da: temple de Thot, où il forme une triade avec Isis etOsiris, n même rang que ce dernier. Le nom d'époux de sa mère lui vient mieux qu'à aucun autre ; car, ainsi que la semence, j avoir fécondé la terre, devient sous la forme d'épi le flls ( mère, ou que le soleil qui se couche le soir dans le sein < terre, pour la féconder, semble au matin sortir de la ter être son flls, ainsi on se représentait l'action de la force < nature qui régit le monde, conçue comme un être divin.
Mais Ghem est aussi une forme d'Amoun, c'est-à-dire qu^ est identique, ou plus exactement ce sont deux formes i
livine. Le grand dieu de Thèbe sous les dix* ivième dynasties, Amoun, ou Amoun-ra ne is la forme primitive de cette divinité, mais sacerdotal du type originel. Le nom de Men Q réalité, une abréviation, mais bien un surtrouve des représentations de Ghem ause lit «Amoun-ra, roi des dieux», preuve cer- 1 rantiquité on avait conscience de l'unité des son côté, Amoun est appelé, dans son grand « répoux de sa mère ». Le double sens de sa )tien a amené à Tadorer comme le dieu qui, nde, le maintient et le conserve. Cependant, lussi a le caché », idée en parfaite harmonie ) la force active de la nature, qui est une et cachée. Aussi la théologie sacerdotale plus en plus Amoun comme le dieu suprême, épétons, cette conception n'a rien de primi- )grès lent, elle se^ dégagea du caractère origilébaine.
premier aspect, différer beaucoup des dieux m dieu guerrier, représenté sous la figure me tête d'épervier, un soleil, un serpent et Vmoun sur la tête. Il porte, comme Amoun et 3igneur de la Thébaïde. Or Amoun, en tant souvent représenté avec une tête d'épervier, in dieu guerrier. Mount, comme TAmoun priit sans doute le même être que THoros des ermonthis (nom peut-être formé de la réus deux dieux, Horos-Mônt), on le révérait ar-pe-chrouti, Horos enfant, représenté sous ites, conception qu'on pourrait rattacher à la irs, à supposer que cette division du temps gypte. Horos lui-même est d'ailleurs quelcomme un esprit violent, dieu de la guerre
ification de ce dieu ressort surtout de la fête en son honneur le premier du mois de ve, il est vrai, la mention de cette fête qu'à
l'époque des Ramsès de la dix-neuvième et de la vingtième dynasties. Il n'y a cependant guère lieu de douter qu'elle date du moyen empire, et peut-être de plus loin. C'est h Medinet-abou qu'on a découvert la peinture de la procession qui avait lieu dans cette circonstance. Chem, Amoun dans sa forme ithyphallique, était le principal dieu auquel était consacrée cette fête. Il ressort de cette circonstance que pendant des siècles, alors même qu'Amoun-ra avait été élevé au premier rang, Chem était encore adoré à Thèbe, dans la ville sainte d'Amoun-ra. Chem, dans la forme sous laquelle il était révéré à Koptos et à Chemnis, figure deux fois dans cette procession, d'abord à découvert : sa statue, auprès de laquelle se trouvent les symboles de la fécondité, est portée par des prêtres sur un pavois surmonté d'un dais. Il est encore représenté dans son coffre sacré : derrière la statue du dieu, en effet, s'avancent quatre prêtres portant une arche semblable à l'arche sainte des Israélites. De cette arche sortent cinq arbres (1). Elle représente sans doute le même être divin, qui après avoir reçu les offrandes dans son sanctuaire, est promené processionnellement par les prêtres.
Le taureau blanc ou fauve (Mena, consacré à Men, c'est-à-dire à Chem), apparaît deux fois dans le cortège : la première, où le roi coupe avec une faucille d'or une poignée d'épis, et offre des grains à l'animal ; la seconde, où on lui présente l'encens. Dans cette même fête, on lâchait quatre oies sacrées, nommées, d'après les quatre génies de la mort : Hapi, Amset, Tuau-moutef et Kebh-senouf , et qui devaient porter aux quatre régions du ciel la nouvelle qu'Horos, en la personne du roi vivant, était monté sur le trône. Il semble, en effet, que .ce fût une fête de royal avènement, renouvelée chaque année; mais c'était aussi une fête de l'agriculture. Elle était consacrée à Horos-Chem, le dieu solaire envisagé comme la force fécondante de la nature ; néanmoins, celte force naturelle ne pouvait répandre ses bienfaits que grâce au sage gouvernement du roi, dont les travaux d'uti-
(1) Le nomd^une telle arche était hbn, la sainte, la consacrée. Sur une de ces arches d*où sort un acacia on lit : c Osiris s'élance ;». C'était donc une représentation de la vie éternelle symbolisée par la semence enfouie en terre, et qui revit dans Tarhre. C'est un fait digne de remarque que Tarche des Hébreux était faite aussi de bois d'acacia. Brugsch, ReUeberichte p. 127.
[laient les inondations du Nil et assuraient la pte, et qui, dans les mauvaises années, devait s mesures de bonne administration, à la subsis- C'est pourquoi le moment où le roi coupait la tait le plus important de la fête. L'idée domiion des Égyptiens était Télernel passage de la ie la mort à la vie. Ils en voyaient Timage dans ileil, dans le cours des saisons, et fondaient sur ir foi en l'immortalité de l'homme. Aussi, les iraissent-ils sous des formes diverses, tout enieux solaires, dieux de la fertilité et dieux du Q. Chacun d'eux, cependant, se rattachait d'une ecte à l'une ou à l'autre de ces significations, origine dieu solaire, était devenu presque exieu des morts, tandis que Chem, qui de sa nadieu solaire et est mis par le Livre des morts le monde souterrain, était devenu, par excella fécondité.
qui n'était guère que la divinisation des forces a nature, s'harmonisait parfaitement avec le calement agricole de l'Egypte à cette époque. Le Mount ne se dégagea que plus tard, sous les rois dix-huitième et de la dix-neuvième dynasties, louzième, l'Egypte atteignit un haut degré de des princes puissants et pacifiques. La paix réï la mer. Les images d'Ousertesen !•' se retroue sur l'embouchure tanitique du Nil, au Sinal et i Nubie; pelles d'Ousertesen III, en Ethiopie. Ce >, dans cette contrée, comme un dieu local; plus tard, Thoutmès !•' lui éleva un temple lieux. Aménemha III est le célèbre Mœris qui 3me des canaux de l'Egypte et conquit par ses îs toute une province, le Fayoum, qu'il fertilisa on ou la restauration et l'extension d'un vaste le. Ce fut dans cette province qu'il éleva un ;, le Labyrinthe, et qu'il construisit sa pyramide, [œris paraît lui avoir été donné en récompense 1 rendit par la régularisation des inondations.
A en croire les inscriptions, tous ces travaux des rois et grands dignitaires de l'état furent exécutés sans accabler, con dans les temps précédents, le peuple sous le poids des corv Si ces inscriptions ne respirent pas une profonde humilité, e attestent un esprit de douceur et de sollicitude pour les mail reux. « Je n'ai, dit Âmeni Aménemha dans Tinscription dé ( verte à Béni Hassan,— je n'ai opprimé aucun petit enfant, e traité aucune veuve, troublé aucun pécheur, gôné aucun I ger. » « J'ai, dit Saneha (ce grand dignitaire dont nous a\ déjà quelquefois parlé), — j'ai donné à boire à celui qui a soif (qu'on se souvienne du verre d'eau de l'Évangile), remi voyageur dans son chemin, chassé l'oppresseur des Sakti (1] mis lin à la violence. » Par exemple, cette charité n'allait pas. qu'au pardon des injures, et le même seigneur se montra in toyable pour son ennemi vaincu. Il se vante de s'être approj ses biens, d'avoir dévasté sa maison et sacrifié aux dieux concubines, victimes innocentes des rivalités de deux ht personnages, en un mot d'avoir traité son ennemi comme ce ci l'aurait traité lui-même, s'il l'avait tenu en son pouvoir.
Cette époque fut, en outre, profondément religieuse. Les p ces s'y distinguèrent par leur dévotion, par les sacrifices et libations qu'ils offraient aux dieux. Des fêtes fréquentes ap] talent quelque relâche à l'activité considérable des populatic et permettaient au travailleur de reposer son corps et son esp Outre les fêtes ordinaires de la nouvelle et de la pleine lune y avait deux fêtes de la nouvelle année, une pour l'année ci\ l'autre pour l'année astronomique, la fête des grandes et la \ des petites chaleurs; enfin celle des cinq jours intercalai] consacrée aux principaux dieux du cycle osirien, à Osiris, à I à Set, à Nephtys et à Horos, était célébrée avec la plus grai solennité et les plus grandes réjouissances.
Du reste, cette période se distingue par une dévotion s'ét dant à toutes les formes religieuses de FÉgypte. Les prin honorèrent d'un culte particulier le dieu local de Thèbe d ses trois manifestations ; ils eurent aussi une grande vénérai pour Horos, et ne négligèrent pas non plus Héliopolis et
(1) Penplada libyenad ou sinaltiqud, ciiez laquelle Saaeha vécut quelque tei
dieux. Le plus ancien des innombrables obélisques qui ornaient cette ville et représentaient les rayons du soleil, en même temps qu'ils étaient le symbole de la fixité et de la durée, fut dressé par Ousertesen P'. Dans Tinscription gravée sur le monolithe, il se dit lui-même « aimé des esprits d'Héliopolis ».
Il est temps que nous parlions avec quelque détail d'un dieu dont nous avons déjà plusieurs fois prononcé le nom : Ghnoum ou Noum, le même que quelques savants nomment, quoique à tort, Kneph, comme son nom l'indique, l'architecte, le créateur de l'univers, en qui se réunissent les deux idées du feu cosmique et du souffle vital. Son culte remonte jusqu'aux premiers temps de l'histoire d'Egypte , mais a pris surtout un grand développement à l'époque où nous sommes arrivés. C'était un dieu local. On le trouve déjà mentionné sous les premières dynasties, et il ne cessa pas d'être adoré à toutes les époques c^e l'histoire de l'Egypte. C'est aller trop loin que de voir en lui, avec quelques égyptologues, « l'Esprit placé à la tête du monde des dieux égyptiens. » Il était le dieu de la région des cataractes, et le principal centre de son culte était Éléphantine (Ab), dans l'île de Konosso (Kebh). A son culte se joignait celui de deux autres divinités : Sati et Anka, ou Anouka. On l'appelait encore le dieu du premier des nomes, parce que les nomes, districts de l'Egypte, commençaient aux grandes chutes du Nil. Il serait difficile de dire aujourd'hui si son culte a pris naissance dans cette contrée, ou s'il y a été importé. Chnoum était aussi adoré dans les régions voisines. En tout cas, le lieu où un souffle puissant venu d'en haut semblait précipiter les masses d'eau qui alimentaient le grand fleuve nourricier de TÉgypte, et qu'on regardait alors comme ses sources, convenait parfaitement à la nature de Chnoum, et, s'il n'y est pas né, son culte a dû promptement et facilement s'y naturaliser. Chnoum était proprement le souffle de Dieu, en tant que pour les anciens le souffle et l'esprit se confondaient dans une même notion; il correspond assez exactement à l'idée primitive de la Rouage Yahveh des Hébreux, à l'esprit de Dieu, au vent divin, planant au commencement sur les eaux. Il avait pour symbole le bélier, emblème de la fécondation. Sati, dont le symbole est un dard, et dont le nom dérive de lancer, et même signifie dard, était
aussi une divinité des cataractes écumeuses, qui se précipit( avec fracas et avec la rapidité de la flèche. En outre, Tidée fécondation est aussi étroitement liée à ce nom. Le nom d'An! la deuxième compagne de Chnoum, dérivait d*un mot signifiî « embrasser ». C'est la déesse de la terre, rendue fertile par embrassements du dieu. On lit dans une inscription du temple Sothis à Assouan en Nubie : « La divine Sothis, celle qui embrai (anka-t) dans Tamour pour rendre le pays fertile, sous ce n( d'Anka ânftf, » ce qui signilie que Sothis, Fétoile Sirius, Tâi dlsis, par conséquent la déesse mère, s'appelle Anouka lorsqu'e devient féconde sous les embrassements du dieu du ciel. G' le mythe ancien et universellement répandu du ciel ou de Ta] du ciel, fécondant la terre par les eaux célestes, localisé ici dî les cataractes qui, pour les Égyptiens, représentaient la sou de la fécondité de leur pays. Partout aussi, ces eaux cèles sont personnifiées comme les déesses des fleuves : d'ab( célestes, ensuite terrestres, comme la Gangâ, la Sarasvatî, e Il est à remarquer que le nom par lequel les anciens Per désignent la rivière Tigris signifie aussi fleuve et flèche. même pensée pouvait s'exprimer dans un mythe solaire. Au Chnoum fut-il, mais seulement à une époque postérieu rattaché au cycle solaire sous le nom de Ghnoum-ra. Sati dev alors le rayon fécondant descendant du soleil sur la terre, et quelquefois représentée comme uue forme de Ra. Anka se conserva sa signification et, en tant que la terre mère, quelquefois représentée comme la nourrice du roi.
Les noms des rois de la douzième dynastie, alternativemi Sebek-hotep et Nefer-hotep, attestent que, sous leur règne culte de Sébak, le dieu à la tète de crocodile, fut en grand hi neur. C'était un dieu originaire d'Ethiopie, auquel les r d'Egypte, vainqueurs des Éthiopiens, donnèrent droit de ( dans le panthéon national, pour affermir leur domination : leur conquête. Ce fut Ousertesen III qui, le premier, soui complètement l'Ethiopie, et son fils, Aménemha Mœris, pai déjà avoir été un fervent adorateur de Sébak. Ombos devint Egypte le centre de ce culte, et Sébak était ordinairem appelé le dieu d'Ombos. De là, il se répandit dans différen autres parties de la Thébaïde et dans le Fayoum. Sébak fut si
aucun doute un dieu du Nil, et plus spécialement des inondations. C'était une croyance répandue chez les Égyptiens que les crocodiles déposaient leurs œufs juste à la limite où, chaque année, devait atteindre Tinondation. D'où on tirait la conséquence que c'était un de ces animaux qui, comme roi du fleuve, réglait la hauteur du débordement. C'est aussi pour cette raison que Sébak fut adoré comme dieu local du Fayoum, nouvelle province créée par les dépôts limoneux du fleuve. Sébak, dieu du Nil, et pourtant dieu créateur, se trouve associé à plusieurs épouses, différant selon les localités où il était adoré, mais généralement, à ce qu'il semble, des déesses de la terre conmie Ânka. Plus tard, du moins à partir de la dix-huitième dynastie, son culte fut associé à celui de Tanit et d'Anit, deux déesses du ciel que nous rencontrerons et dont nous étudierons la signiflcation dans la dernière partie de cet ouvrage. Elles appartiennent probablement aux divinités primitives des peuples sémitiques.
On a vu dans Sébak l'obscurité de la nuit qui alternativement triomphe du soleil et est vaincue par lui (Mariette). Mais je crois qu'on s'est dans cette explication laissé égarer par une transformation postérieure du rôle de ce dieu. Il ne fut pas plus à l'origine un dieu malfaisant que Set, et il ligure souvent, comme ce dernier, sur la poupe de la barque du soleil, par conséquent au nombre de ceux qui combattaient aux côtés d'Horos, et non de ses adversaires. A Ombos, son culte se trouvait associé à celui d'Horos.
De ce que nous venons de dire, il résulte donc que Sébak était un dieu de l'inondation, et à ce titre un dieu créateur. Les principaux centres de son culte étaient tous des villes situées sur des points importants du Nil, par exemple Koptos, Arsinoé et Athribis, ou bien sur des canaux et des travaux d'art qui conduisaient au loin l'onde fertilisante. A Silsileh, où le Nil était adoré et mis au rang des dieux principaux, la place de ce dieu se trouve quelquefois occupée par Sébak (dans le Spéos). La mention d'Élien et d'Eusèbe, que le crocodile était pour les Égyptiens le symbole de l'eau potable et de l'eau fertilisante des inondations, concorde pleinement avec ces attributs.
Néanmoins, quelques dieux, bien que fort différents les uns des autres, ont les mêmes symboles, et le crocodile, ainsi que
quel<iues autres animaux féroces, était aussi consaci Lorsque ce dernier baissa dans Testime générale, lors les nomes où florissait le culte d'Horos et d'Hathor, mença à faire aux crocodiles une guerre d'exterminati défaveur atteignit également Sébak, et les interprètes ques plus récentes oublièrent qu'il différait primitive tout au tout de Set. Déjà pourtant à une époque plus i Hâpi (qu'il ne faut pas confondre avec Hapi, le taure parait avoir relégué dans l'ombre Sébak. Hàpi, ou Hapi le dieu du Nil. Je n'oserais affirmer que déjà sous 1 empire on lui rendit un culte important. Mais sous ] empire il fut adoré avec une grande ferveur, surtout localités où le cours du Nil s'infléchissait. Nous avons qu'il figurait dans la triade supérieure, par conséquent dieux créateurs, avec Sébak, à Silsileh, dans le temj truit dans une grotte des rochers qui, à cet endroit, ne de libre au fleuve qu'une passe très resserrée. Il avait temples à Héliopolis et à Memphis. 11 ressort d'un hy lui était consacré (Pap. Sali. U et Anastasi VU, pul M. Maspéro) que le Nil sur la terre n'était qu'une fom céleste, la source des eaux fécondantes de l'univers, ignore le nom, qui ne révèle pas ses formes, et dont pî quent il est impossible de faire des images, a Nulle dei le renferme, on ne lui fait pas de sacrifices ; mais I ofi'randes faites aux autres dieux, doivent être regardée lui étant consacrées. » Ce dieu, dont l'origine date peul l'époque qui nous occupe à présent, resta en grand hon qu'aux derniers temps de l'existence du royaume d'É{ Hâpi reçut même encore des hommages sous la do] romaine.
Si, comme pour la période précédente, nous voulons ici un aperçu du développement religieux dans la péri nous venons de résumer le*s faits, nous constaterons qu'il est en parfait accord avec l'état général de l'empij époque, et que nous pouvions nous attendre à l'ador dieux tels que ceux que nous avons dépeints, dans u grande prospérité de l'agriculture, où tous les arts de fleurirent et furent portés très loin , et où l'Egypte vit c
un réseau nouveau de canaux. Du reste , ce que nous avons dit à propos de l'ancien empire, n'est pas moins vrai du moyen : les rois y exercent un pouvoir absolu, qui n'est limité ou contrebalancé par celui d'aucune caste de prêtres. Mais ils sont très religieux, ils protègent et affermissent la religion, vont jusqu'à créer de nouvelles formes de culte et de nouveaux sacerdoces. L'un d'eux, Ousertesen III, devint même le dieu local généralement adoré de la Nubie. Au-dessous d'eux gouvernaient les grands de l'état, qui descendaient sans doute d'anciens souverains locaux, et qui, à ce titre, remplissaient aussi des fonctions sacerdotales, mais n'en étaient pas moins des laïques. Leurs inscriptions témoignent de leur sens moral et de leur sollicitude pour les temples des dieux existant dans les limites de leur gouvernement. La littérature est surtout ce que l'on pourrait appeler de nos jours une littérature séculière, ainsi que l'attestent les maximes de Ptahhotep et l'autobiographie de Saneha. 11 ne manque pas non plus de commentaires des anciens textes magiques , commentaires qui prirent place plus tard dans le Livre des morts. Pourtant les prêtres paraissent n'avoir joué alors qu'un rôle secondaire.
Gela résulte aussi de l'étude des monuments funéraires. On ne rencontre encore sur les murailles des tombeaux que peu d'images des dieux, on n'en a même découvert aucune dans les monuments datant de la treizième dynastie ; et dans les inscriptions qui accompagnent ces peintures, les noms des dieux se lisent très rarement. Les titres honorifiques des morts ont en général une physionomie plus bourgeoise que religieuse. Sous ce rapport, les célèbres tombeaux de Chnoum-hotep et d'Ameni Aménemha, à Béni Hassan, sont surtout remarquables. On y voit le mort représenté dans l'exercice de sa profession, au milieu de sa vie domestique, de ses délassements. Et qu'on ne s'imagine pas que ces peintures fussent destinées à conserver et à transmettre à la postérité le souvenir des scènes qu'elles retracent : car l'entrée des tombeaux était interdite. Tout cela était fait en vue du mort même. C'était une application d'une ancienne croyance des cultes animistes, en vertu de laquelle tout ce que l'on représentait pour le mort lui servait en réalité dans la vie future. Ces tombeaux nous apprennent donc ce que
les princes et les grands de cette époque appréciaic raient conserver de Taulre côté de la tombe, ce qui é mobile le plus élevé de Texistence, à savoir le bien-êt ou plutôt une certaine jouissance des biens de la à une disposition bienveillante pour le bien-être hommes.
Il ne régnait donc encore aucune terreur des pein( ou du jugement après la mort. La vie future n qu'une reproduction de la vie présente, et on ne beaucoup avoir pensé à une rétribution après h trouve déjà, il est vrai, la formule qui sera dans la sans changement au nom des morts (comme chez ; ou « bienheureux ») : maâcherou, qui doit signifier l'autorité », ou « véridique par la parole » spéciale parole magique (1). Mais il ne se rattache encore aucune idée de justification ni de jugement, comn d'abord. L'usage des stèles funéraires prit naissance période. Anubis y cède la place à Osiris, avec leque qués plusieurs autres dieux.
(1) ChampoUion et d*autres après lui avaient traduit « justifié ] Devéria (Recueil Vieweg, I, i, 10), G. Maspéro (dans la traduction a Histoire ancienne des peuples de V Orient, p. 601), et Pietschman de Touvrage (ibidem), ont donné une nouvelle traduction, à laqu rallié, du moins pour le fond.