CARACTÈRE ET RÉSULTATS MORAUX DE LA RELIGION ÉGYPTIEN
Pour comprendre le caractère de la religion de TÉgypte, i indispensable de se rendre compte d'abord de deux phénomc qu'elle présente et qui semblent, au premier regard, offr l'esprit deux contradictions doal on a peine à croire que termes opposés et en apparence inconciliables puissent coexi dans aucun système religieux. C'est, premièrement, un se ment très vif de la spiritualité de Dieu, uni aux représentât matérielles les plus grossières des différentes divinités ; en sec lieu, un sentiment non moins vif de l'unité de Dieu, uni plus grande multiplicité des personnes divines (1).
Nous avons déjà montré combien superficielle et inexacte l'explication qu'on a prétendu donner de ces faits au moyen c
(1) C'est ce qu'a très bien exprimé M. Chabas (Revue archéologique^ 1862, p. dans le passage suivant: « En présence des doctrines de la vieille Egypte, on épi > une espèce de vertige comme à rapproche d'un abîme insondable. Aucune m; i logie n'a jamais possédé une masse aussi considérable de mythes bizarres et ' » pliqués, entés sur un principe simple comme celui du monothéisme; une » chaîne parait dans ce système rattacher insensiblement l'homme et les mànei » innombrables divinités qui représentaient les modes particuliers, les formes ( » volontés de Tétre universel, le pivot de l'ensemble. Le tout forme un panthé » particulier dont la définition exacte exigerait une science plus étendue qi I nôtre. » — Je laisse au compte de l'auteur le mot de panthéisme, qui ne parait s'appliquer au système religieux des Égyptiens que sous les plus grande serves. Si j'essaye de donner une explication devant laquelle il a reculé, ce n'es que je veuille me vanter d'une science supérieure à la sienne, mais parce q crois que cette explication ressort comme d'elle-même de l'observation des pr paux faits constatés et de la pensée directrice qui se trouve partout exprimée ces symboles.
double enseignement ésotéri(iue et exolérique, d'une doctrine haute et pure dont les prêtres auraient soigneusement conservé le secret, en maintenant, de propos délibéré, les masses dans rignorance et dans la superstition. Il n'y eut pas, à proprement parler, de doctrine secrète en Egypte. L'écriture hiéroglyphique, pour être plus compliquée que Talphabet romain, était lue cependant par tous les gens instruits. Les inscriptions et les peintures formaient un vaste enseignement public accessible à tous. Chacun pouvait se procurer les livres où étaient exposés les résultats des méditations et des spéculations des prêtres ; chacun pouvait se faire initier aux mystères. Non-seulement les prêtres égyptiens ne cherchaient pas à retenir le peuple dans l'ignorance, mais ils ne faisaient pas même difficulté de communiquer leur science aux étrangers qui, comme Hérodote et Platon, venaient étudier Thistoire, la civilisation, les arts, la religion et la sagesse de TÉ^pte. Il n'y eut de différence que celle qui existe partout entre les classes éclairées et les masses ignorantes. Mais il y a plus. Les plus instruits des prêtres, les plus hardis promoteurs du progrès religieux, étaient aussi attachés que le peuple aux formes et aux symboles traditionnels ; tout en les interprétant avec la plus grande liberté, ils n'auraient pas voulu en sacrifier la moindre partie. Qu'on se souvienne de Chamous, fils de Ramsès II, assurément initié aux mystères les plus profonds, et cependant adorateur fanatique de son dieu Apis, dans le tombeau duquel il voulut être lui-même inhumé.
Nous croyons trouver la première cause de ces deux phénomènes dans la tendance symbolique et mystique de la religion égyptienne, qui se dégagea de très bonne heure du principe mythologique. Un symbole est l'enveloppe sensible d'une pensée simple ou complexe ; un mythe est la représentation d'un phénomène naturel sous la forme d'une action personnelle. En général, le symbole sort du mythe, et la mythologie précède la symbolique. La formation d'une mythologie exige, outre une disposition poétique des esprits, une époque de luttes, d'aventures, de conquêtes, une situation épique, une phase de création et de formation, non une vie calme, régulière, un état constitué, un ordre social organisé. Lorsque la première de ces situations se prolonge, lorsqu'un peuple n'arrive que lentement à l'organisa-
tion civile, politique et religieuse, et qu'en outre il est doué d'un esprit poétique, d'une imagination vive, d'un génie créateur, sa mythologie devient riche et exubérante, et lorsqu'il aura une fois passé à la vie sédentaire, à un état régulièrement constitué, cette mythologie, déposée dans sa poésie et dans son histoire, illustrée par Fart, servira de point de départ à son développement philosophique. Si, au contraire, la transition est relativement très courte, si, sous l'empire de circonstances favorables, le peuple passe promptement de la vie du chasseur, du pasteur nomade, du conquérant, à la vie sédentaire du laboureur, la puissance créatrice des mythes s'épuisera vite, ils se transformeront promptement en symboles, et dans le système religieux le symbolisme l'emportera sur la mythologie.
On suppose, non sans raison, que, de même que les peuples aryens, le peuple égyptien est sorti de l'Asie pour suivre son mouvement de migration à l'ouest. Il eut donc sdn âge héroïque, son âge de luttes et d'expéditions aventureuses, de struggle for life. Mais le pays d'où il sortait ne peut avoir été loin de l'Afrique. Les populations aborigènes de la vallée du Nil ne paraissent avoir été ni nombreuses ni redoutables. Lorsque les Égyptiens passèrent à la vie sédentaire et constituèrent un état régulier, leur mythologie était encore au berceau. Les spéculations des savants, l'imagination des poètes et des artistes se trouvèrent, pour ainsi dire, en face d'un mythe unique, le mythe solaire d'Osiris, reproduit sous des noms différents dans toutes les parties du pays et renfermant une riche moisson de conceptions mythologiques à l'état brut, non encore anthropomorphisées. L'élément humain n'y est guère représenté que par Osiris et son aller ego septentrional, Atoum-ra. Ajoutons que les Égyptiens, quoiqu'ils ne paraissent pas avoir éprouvé une aussi grande hésitation que les Sémites à représenter la divinité sous une forme humaine, semblent pourtant avoir regardé des représentations symboliques monstrueuses comme plus conformes à la vénération qu'elle doit inspirer. Un profond sentiment du caractère surhumain de Dieu est le trait distinctif des religions sémitiques en général ; c'est surtout par là qu'elles se distinguent des religions aryennes, qui accentuent plutôt les côtés communs de la nature divine et de la nature humaine. En
irons l'un et Tautre, comme nous pouvions lez un peuple allié, ainsi que le prouve sa aux Aryens, de Tautre aux Sémites, nce symbolique de la religion égyptienne qui prendre et à résoudre la première contradicas signalée. Là où les symboles ne sont pas bule ignorante et grossière, ils donnent lieu erreurs que la mythologie. L'adoration du néme, de l'animal en tant qu'animal, produit religion inférieure à celle qui repose sur les ines et poétiques d'un Zeus olympique, d'une xn Apollon pythique. Mais sait-on dégager le )n arrive plus promptement à une conception liste de la divinité. Le danger est de céder à 3rie mystique et de multiplier les symboles Bs sens profonds ; on échappe, par contre, à perdre la religion dans un amas de fables Qt de prix que celui de leur poétique beauté, rétiens pour toute représentation humaine de les plus belles conceptions du pinceau d'un rfichcl-Ange, a toujours été fort vive, tandis e plus rigide ne s'offusque nullement de sa nbolique, sous l'image d'un œil qui voit tout, action, sous l'image d'une colombe. En un repoussantes pour notre goût raffiné sous ptiens représentaient leurs dieux, répondent tion de la divinité plus pure, -plus spiritualiste 3bles formes des dieux de l'Hellade.
ième contraste, maint document égyptien lière la plus claire et la plus précise un pur 1 est peu de polythéismes plus riches que celui vallée du Nil. Les mêmes considérations qui mpte du premier de ces contrastes, nous explile second. Les ignorants n'éprouvaient aucune îes représentations monstrueuses, d'une part, îssentaient un sens mystérieux et profond, ) que leur propre développement n'avait pas )oint où leur sens intime en aurait pu être
blessé. Les savants comprenaient le sens des symboles et reportaient sur ces derniers leur respect pour la vérité à la(iue servaient d'enveloppe. Le peuple n'avait aucune idée du : théisme ; mais chacun dans la multitude des dieux ava dieu de prédilection, et l'adorait souvent comme s'il eût é que. Les savants voyaient dans les différents dieux des m; tations, non, comme on Ta dit quelquefois, des émanatic principe suprême invisible, ineffable et incompréhensibl dieux étaient les créatures de ce principe divin supériei crée lui-même ses membres, c'est-à-dire les dieux. L( caché, seul existant au commencement (Toum dans le Li\ morts), s'est manifesté et continuait à se manifester dai formes sans nombre. De là cette grande tolérance pour tou formes, pour toutes les conceptions religieuses, pourv chacune d'elles se rattachât au centre primitif, conser valeur relative, et ne prétendît pas s'imposer comme 1 gion absolue, au préjudice des autres; de là aussi, la J avec laquelle les Égyptiens admettaient des dieux étrange généralisation de l'idée de l'unité divine n'arrêta pas veloppement exubérant du polythéisme : car dans l'esp l'Égyptien, cette proposition: a 11 y a des manifestations i brables de la divinité, » était corrélative à celle-ci : « Di un. » Mais de là aussi la résistance générale et énergique i tentative du genre de celle d'Apepi ou de Ghounaten. C'( de véritables hérésies contre lesquelles les savants étaie premiers à s'élever ; c'était la substitution d'une manifei spéciale de la divinité au Très-Haut, seul unique. Mais l'o sidérait tellement les différents dieux comme des manifesl d'un même principe divin, qu'on réunissait et confondail noms dans des appellations communes, comme Amoun-raharmachis, Ptah-Sokar-Osiris, etc., et qu'on n'hésitait pas cer sous l'image d'une divinité des invocations s'adressan autre. Nous avons vu commment la politique contribua au tien de toutes les religions locales, surtout de celles des ] pales villes (1).
(1) Les Israélites qui avaient déjà franchi l'étape importante dont nous rexpression dans le commandement : < Vous n'adorerez pas d'autres dieu:
pas difficile maintenant de dégager Tidée religion de TÈgypte. Par la forme de sa tient à celles où prédomine le symbolisme, 1 organisation, aux cultes théocratiques, et, res, elle se rattache aux religions sémitiques symboliques et théocratiques. Par son déve- L ni véritablement monothéiste, ni complèelle s'arrête au point où Ton s'efforce de i spiritualité de Dieu avec la multiplicité de 511e marque le point de départ de ce mouveanciennes religions des Sémites atteignit dans le monothéisme juif. D'un autre côté, )anthéisme, par sa riche mythologie, surthropisme, si Ton veut bien me passer non-seulement le dieu vivant sur la terre, ant destiné à devenir, après sa mort, Osiris
)endantaucuD scrupule h représenter Dieu au milieu de îore fort longtemps a adorer nombre d'êtres divins à côté savoir si le monothéisme est antérieur au polythéisme, et )tion du premier, ou celui-ci un développement de celui- ) par des raisons tirées de Thistoire, mais seulement par ue. En Egypte, par exemple, le monothéisme est antéié des dix-huitième et dix-neuvième dynasties. Nous le imes morales de Ptah-hotep, qui, si elles n'ont pas ét^ ipire, ne datent certainement pas d'une époque posté- [. Chabas dit à ce propos {Revue archéologique^ 1858 te de la divinité intervient fréquemment dans le texte, lotion de Tunité et de l'individualité divines » . Le monodans les plus anciens fragments du Livre des morts. On a ms l'antique formule poutu (ou pout) nouterou, que M. Elohim, le seigneur des dieux » ; mais Lepsius, de Rougé cette traduction et croient devoir rendre ces mots par « la LUS (Die Gœtter der vier Elementen^ p. 224 et ss. Comp. a rend par « les neuf dieux». En tout cas, elle résume e monde des dieux et est, par conséquent, un pas Ters ssions monothéistes et les systèmes polythéistes remon- ^ptiens à une égale antiquité. Mais chez d'autres peuples, n état de barbarie, on trouve, avant les systèmes les myystématiqiies et sans ordre, avant le polythéisme le polyl'adoration des forces de la nature envisagées comme al faisants, dont les traces se montrent encore dans les Igyptiens et d'autres peuples bien plus civilisés qu'eox. *
lui-môme, dans le royaume souterrain , et un d neux qui accompagnent le dieu Ba dans sa cour^ elle se rattache également aux religions aryenne Elle est donc positivement une religion tanl que pré-aryenne, représentant à elle seule une sémitique et Taryen ne s'étaient pas encore di chaque religion a aussi son caractère propre, qui ni par les formes dans lesquelles elle se montre, de développement auquel elle atteint, mais p^ mentale qu'elle exprime, bien que cette dernier rapport étroit avec cette forme et ce dévelop fondamentale de la religion de l'Egypte, ce qui ment frappé l'Égyptien dans l'univers, et ce pleinement rendu dans sa théologie, c'est : lj