LA RELIGION DE BABYLONE ET DE L
« Babylone est prise, milié, Mérodach est écr
(Jêrémib, Ch.
INTRODUCTION
A quelque antiquité imposante que remonte 1î Égyptiens dont nous avons exposé la religion c livre de cet ouvrage, il se peut toutefois qu'elle première qui ait régné sur la terre. Il est vrai qi lone, et partant aussi de TAssyrie, telle que noui paraît n'avoir pris naissance qu'après que celle ( laquelle elle devait rivaliser et à laquelle elle d( courte période, enlever le sceptre de l'empire d chait déjà vers son déclin. Mais cette civilisation c elle-même l'héritière d'une civilisation beaucou qui avait fleuri pendant des siècles sur les bords du Tigre, et qui, d'après les plus récentes décoi bien s'être étendue beaucoup plus à Touest, jus( de la Méditerranée. Cependant ce passé reculé temps préhistoriques. Que fut la première ci^ potamienne ? Quelle fut la religion du peuple qi dieux adorait-il, quel culte leur rendait-il ? Noui dire de science certaine. Tout ce qu'il nous est ] c'est de rechercher et de noter les traces que c et cette religion ont laissées dans celles des succédé aux anciens maîtres du pays. Ces qi nous permettront seulement de retracer une esi de la première civilisation et de l'ancienne rel: miennes. C'est ce que nous essaierons de faire Sur le terrain de l'histoire proprement dit l'Assyrie viennent après, non avant l'Egypte.
ens et les Assyriens appartiennent, comme Tate, aux peuples qu'on est habitué d'appeler les ues. J'ai déjà signalé l'inexactitude de ce nom ; emploi si général que lui en substituer un autre éer une confusion fâcheuse. Les peuples qu'on la race sémitique sont au sud, outre les deux is le titre de ce deuxième livre, les Arabes, tant limyarites ou sabéens, et leurs plus proches lites éthiopiens de l'Afrique, qui y vinrent de rd les Cananéens, les Phéniciens et les Israélites, t quelques petites peuplades de l'Asie Mineure. 5 d'écrire l'histoire de la religion de tous ces ir plusieurs les sources font défaut. Nous ne posindications peu nombreuses et tout à fait insufïl- ! des Araméen^ ou Syriens. Les inscriptions hivertes depuis un petit nombre d'années sont de int assez récente et ne sauraient être employées lour l'histoire, avant le commencement de notre m des tribus désignées sous ce nom. Ce n'est que raélite ou mosaïste, et seulement à partir de l'éïl, qu'on peut esquisser une histoire ; et encore plusieurs lacunes : la réponse à nombre des quesilève doit être encore ajournée. Les religions
et des Phéniciens, qui n'offrent entre elles ce essentielle, nous fournissent le fond sur lequel religion d'Israël, laquelle eut à l'origine de gran- ^ec les premières, mais qui se développa avec le niêre originale et puissante. Entreprendre d'ère proprement dite de la religion de Babylone serait, au point où en est la science, une tentains prématurée. Sans doute les sources ne manlut depuis les fouilles de Layard, de Botta et de
continuateurs, bien que la lecture, en particuloms propres, off're certaines difficultés. Mais 3ore possible de déterminer ce qui remonte mitives et ce qui est de date postérieure, ni par etracer le développement des idées et des for- Mésopotamie. A le tenter, nous courrions risque
d'écrire une histoire plus hypothétique que réelle (t). E les dieux principaux changent avec les dynasties roj dieux de la ville d'où chaque dynastie était originaire pi premier rang, sans, pour cela, complètement détrôner les ont précédés. Il semble en avoir été de même, d certaine mesure, en Mésopotamie. Mais nous ne pouvon le démontrer d'une manière rigoureuse; en outre, le sys ligieux paraît y avoir moins varié qu'en Egypte. Nous es donc de retracer un tableau de ce système, ou plutôt théon mésopotamien, tel qu'il nous apparaît groupé ai quelques dieux principaux, ainsi que des usages religiei ferons pourtant précéder cet exposé d'une esquisse de gion du pays dans les temps qui y ont précédé l'établi des Sémites. Après avoir ainsi donné, du moins dans si principaux, une vue d'ensemble du dogme dont la form les modifications dans le cours des âges nous sont inc nous raconterons dans un ordre historique ce qu'on sa religion dans les trois grandes périodes de la théocratie assyrienne. Mais auparavant, nous devons nous arrêter men de quelques questions préliminaires.
On s'accorde généralement à penser que les Sémites i toujours habité la Mésopotamie. D'où y sont-ils venus ? part des historiens ont cherché leur lieu d'origine en A d'où ils se seraient dirigés vers le sud, avant de se répa tout l'ouest de l'Asie. A tout bien considérer, cette sup repose sur des raisons très faibles. Les Grecs et les I a-t-on dit, appellent Chaldéens les habitants ou, tout ai une partie des habitants du sud de la Mésopotamie, et le ments font mention d'un empire Ghaldéen assez puissi s'être emparé de Babylone dès le huitième siècL Jésus-Christ. Que ces Kaldis fussent des Sémites, du moi parlassent la même langue que les Babyloniens, adorai mêmes dieux qu'eux, cela résulte aussi des monumen la physionomie des noms propres. Or, Xénophon et Stra
(l)Voir, sur la valeur des inscriptions assyriennes pour Thistoire compa lirions, le discours d'ouverture de mon cours & l'Université de Leyde, do duction française par M. Vemes a paru dans la Remie politique et 12 juin 1878, p. 650 et ss.
3 Ghaldéens établie en Arménie. C'est > que doit avoir été le pays d'origine des que ceux-ci sont les premiers qui Talent s Sémites. Or, non-seulement la consébeaucoup excéder les prémisses, mais n nous paraît pécher par la base. Ce qui Chaldéens ou Kaldis habitaient le sud est pas moins, et cela au propre témoiï, que les Chaldéens d'Arménie avaient m autre nom, et que personne, avant appelés Chaldéens. De plus, il est diflî- ; ils doivent plutôt avoir appartenu à la 'ouve du reste aucune trace de Sémites rd, ce qui serait inexplicable si c'était là i comparaison des notions et des usages rmettrai aucun jugement sur la compaies différentes tribus, me fait regarder lable rhypothèse qui place en Arabie le Non que la race sémite ait toujours bail est vraisemblable, les Sémites ont une ancêtres des peuples que plus tard on i Indo-Européens, ce ne peut certaineabie. Cependant, TArabie fut le berceau que le rameau établi en Arabie de la 3 furent primitivement réunis les fils de lam, est devenu dans cette contrée ce er, s'y est créé ce caractère si personnel dans la suite, le distinguer et qu'il a migrations sous tous les cieux et sous e qui ne s'accuse pas moins dans la vie autres parties de la vie des Sémites, 'ie du Sémite. Là il se retrouve encore je, sans altération, tel qu'il était il y a
des Mohammad^ I, p. 241, combat dëj&ropinion que iginaires du Kurdistan, ou d'aucune autre région est un fils de la plaine, du désert, de la Nedjd. >re développée la question dans la ZeiUckrift der esellscfiaft, XXVU, p. 371 et ss.
vingt ou trente siècles; c'est donc, selon toutes les vraisemblances, de là qu'il doit être parti en se dirigeant au nordnord, pour occuper toute l'Asie occidentale. Cette hyp en outre, l'avantage d'expliquer d'une manière satisft grande différence que présentent, dans l'unité du cara( nique et dans la parenté des langues, les idées religi< Sémites du nord et de ceux du sud. Ceux-ci, pendant de privés de toutes relations avec les autres peuples, isoléî du monde dans l'étendue sans bornes de leurs déserts, fidèles aux institutions de leurs ancêtres et ne firent qi progrès dans la civilisation. Ceux-là, au contraire, f contact, dans les pays où ils s'établirent et fondèrent nies, dont ils firent la conquête, ou même simple ils exercèrent le brigandage et qu'ils parcoururent en pillards, avec une civilisation ancienne, bien supérieu propre degré de développement, se l'assimilèrent en gr; tie et la développèrent en la marquant au sceau de leu caractère. Ils se mêlèrent aux autres peuples et apprir appeler sur eux la bénédiction et la protection divines, les anciens dieux de ces peuples, à côté de leurs propr Bien que les Cananéens fussent eux-mêmes des Sémites la civilisation de meilleure heure que les Israélites entre ces deux peuples peut nous donner une idée de passa ailleurs entre Sémites et hommes d'une autre ra( Une autre question est de savoir si les Sémites se naux, après avoir ensemble ou succesivement quitté se sont tous établis en Mésopotamie jusqu'à ce que d'2 Phéniciens et les peuples qui se rattachent à eux, plus Hébreux et enfin les Araméens, partis de cette région, cassent un nouvel exode dans la direction du nord-ou dis que les Babyloniens et les Assyriens demeurèreni bords de l'Euphrate et du Tigre. C'est, on le sait, l'h généralement admise. Les bonnes raisons pour l'ap] manquent pas. En premier lieu la tradition. Selon la Héber, la personnification ou Téponyme des Hébreux, s phakshad (Arrapachitis) ; Térach, le père d'Abraham, à éponyme de quelques tribus, notamment de celles d'Isr d'Our-Kasdim, qu'on a coutume de traduire par Ourj
ancienne ville d'Our, aujourd'hui 1 empire chaldéen. Hérodote et IX une tradition phénicienne d'araient venus de la mer Erythrée, Nous reviendrons plus loin sur me les Israélites et les Phénis seules preuves de cette proveaux.
portants rapports, mais aussi de 1 entre leur civilisation et leur re- Léridionaux. D'un côté, tous les aient à leurs dieux le même nom Qous rencontrons chez les Arabes, niens et les autres Sémites du lamas, Shamsh, Shemesh, et les t ; chez tous domine le caractère rapport entre l'homme et la divii-vis de son maître. Mais le panne celui du sud. Ici Sad, Saïd, Al très divinités ; là Baal-Bel, Istar- , Anat. Ces dieux sont répandus et de l'ouest, mais sont complète- Le mythe bien connu d'Adonis, si li fut non-seulement le plus popudu Tigre jusqu'aux rives de la ui pénétra jusqu'en Grèce, paraît les Arabes ; du moins les tra- Arabie quelques savants (Krehl, iingulièrement faibles. Les mon- Irier des Israélites et des peuples ienne. On retrouve sous une forme s et chez les Assyriens différents
mia, p. 105) se prononce contre cette traduo- >mmun avec Chaldéens, mais signifie con-
salement VU, 98.
mythes et mainte légende, tels que le mythe de l'arbre vie, la légende du déluge et d'autres, dont il n'y a pas tra les Sémites méridionaux jusqu'à l'époque postérieure oi empruntèrent aux juifs et aux chrétiens. Enfin non-seu la semaine de sept jours et le repos du septième jour, 1' tion sainte par excellence pour les Israélites, est d' babylonienne, mais encore les Babyloniens désigna jour du repos par le même nom que les Israélites (Sabî Il y a plus : on peut établir, pour une part avec une certitude, pour l'autre avec une grande vraisemblanc ces éléments ne proviennent pas des Sémites eux-i mais du peuple qui les a précédés en Mésopotamie, que 1 quérants les ont empruntés aux anciens habitants, non à ceux-là.
On a pensé pouvoir conclure de toutes ces analogies ( moment donné Phéniciens, Hébreux, Araméens, ont v Mésopotamie avec les Babyloniens et les Assyriens, apporté avec eux ces légendes et ces usages de la mère Cela est fort possible, du moins pour les Phéniciens, lei néens et les Araméens ; quant aux Israélites, ce n'est nul une preuve qu'ils aient jamais habité l'extrême Orii peuvent fort bien s'être approprié toutes ces traditions, y c celle des migrations d'Héber et d'Abraham, venant d après leur établissement dans le pays de Canaan, e emprunté ces légendes aux Cananéens. Elles existaient ( pays de Canaan, et toutes ne sauraient y avoir été ap dans les temps historiques par les relations commei elles ont pour cela pénétré, en partie du moins, beaucoi avant dans les régions occidentales. Je ne pouvais passt silence l'hypothèse de cette cohabitation. J'abandoni philologues de décider si la différence des langues des £ du nord et de ceux du sud, s'explique dans cette hypoth
(1) Je me borne & mentionner en passant que les Phéniciens, par conséqi les Hébreux, dont la langue ne diffère pas essentiellement de la leur, ^ oi l'article comme les Arabes, tandis qu'il manque en vieux Chaldëen et en U faudrait donc que les Chaldéens et les Assyriens l'eussent perdu après qu nanéens se furent séparés d'eux, ce qui nous semble très problématique.
Mais je dois appeler Tattention sur ce fait remarquable que Ton ne retrouve chez les Sémites occidentaux aucune divinité empruntée par les Babyloniens aux anciens habitants du pays, et adorée sous son nom primitif, quelquefois légèrement modifié, telles que Maroudouk, Hia, Nirgal, Anou, Davkina et autres, tandis que les dieux de Babylone que Ton voit adorés par les Araméens, peuvent très bien avoir été empruntés par eux à leurs voisins d'Assyrie. L'hypothèse de la cohabitation, à une époque reculée, de tous les Sémites du nord en Mésopotamie, n'a donc rieii d'impossible, mais ne saurait être acceptée comme un fait avéré. Et s'il venait à être démontré, comme Tout dernièrement soupçonné quelques savants (Sayce entre autres), que le puissant peuple des Ghétas ou Hétites, qui domina un temps le pays de Canaan et fut plus tard refoulé au nord, n'était pas sémite, mais plutôt proche parent des habitants primitifs de la Mésopotamie, et représentait une civilisation analogue à celle qui a précédé la civilisation de Babylone, la différence entrs la civilisation araméenne-phénicienne et celle de l'Arabie trouverait une explication suffisante dans l'influence de ce peuple, même alors quejamais les Araméens et les Phéniciens n'auraient été en Mésopotamie, mais qu'ils seraient venus directement dans leur pays, du désert, ou des bords de la mer Erythrée, en passant par l'Arabie, où ils auraient séjourné plus ou moins longtemps.
Cependant, que les Sémites septentrionaux aient été réunis dans les temps reculés en un seul peuplé, ou bien que de l'Arabie ils se soient dirigés en diverses fois, et par des émigrations isolées, vers les pays où nous les trouvons établis plus tard, il est certain que si la religion des Assyriens et des Babyloniens n'est pas la mère, elle est tout au moins la sœur aînée des leurs, et qu'en outre la suprématie politique et le degré plus avancé de civilisation des empires mésopotamiens ont exercé une très grande influence sur les peuples de l'Asie occidentale. Or, cette religion est la seule religion polythéiste sémitique que nous connaissions avec quelque certitude, d'après des sources originales. Il reste sans doute encore dans leur histoire bien des points obscurs, qu'une étude ultérieure pourra seule éclairer ; l'interprétation des documents originaux en est
encore à ses débuts. Néanmoins, le jour qu'ils ont j< religion de la Mésopotamie nous permet déjà de non cette religion une idée plus juste que celle que nous nous en former d'après les indications disséminées ouvrages des auteurs grecs.