CHAPITRE III
LES CROYANCES RELIGIEUSES DES MÉSOPÔTAMIENS SÉM] (BABYLONIENS ET ASSYRIENS)
Les Sémites, après avoir subjugué les Soumirs et 1( adoptèrent sinon tous les dieux du peuple vaincu avons énumérés dans le chapitre précédent, du moins d'entre eux ; quelques-uns de ces dieux conservèrei langue des conquérants les noms qu'ils portaient dan peuple conquis ; ainsi Nergal, Davkina, peut-être Nin Les noms de quelques autres subirent de légères mod comme Ana qui devint Anou, Amaroudouki qui devi douk; d'autres enfin reçurent des noms nouveaux, exp langue sémitique leurs attributions ou leur caractère. ( qu'Hea devint Dagan, ImouNi Râmanou ou Barqou. L( substituèrent aussi quelques-unes de leurs propres d d'anciens dieux du pays ou du moins réunirent en une sonnalité des dieux sémites et des dieux accadiens, caractères analogues; ainsi Samas se confondit avec Ou( Agou, Nabou avec Nouskou. Ils conservèrent aussi qu( de leurs dieux, comme les trois déesses de la lune, qi également adorées par les Arabes. La plupart des dieu aussi des surnoms sémitiques et le nom générique ace dieux (Ana, Dingira) fut remplacé par le nom sémitiqu
Jamais peut-être deux religions n'ont été plus él fondues ensemble que celle des anciens et des nou^ bitanls de la Mésopotamie.La religion des Soumii*s et (
fut, comme le peuple lui-même, complètement sémitisée. L'ancienne langue parlée dans le pays s'y conserva encore assez longtemps après que les Sémites s'y furent établis.A lafin cependant, elle disparut,du moins dans la vie publiqueet journalière, devant celle des conquérants dans laquelle passèrent quelques mots de l'idiome ancien. Ainsi après la conquête de la Gaule par les Romains, le celtique disparut devant le latin, qu'il enrichit d'un petit nombre de mots. Néanmoins l'accadien resta encore pendant des siècles la langue sacrée et celle des savants. Avec la fondation d'un vaste empire, il se constitua un sacerdoce puissant, composé peut-être, surtout dans les premiers temps, principalement de sages soumiriens-accadiens, mais qui, dès le début pourtant, dut aussi compter dans ses rangs un certain nombre de Sémites. Dans ces conditions, les prêtres se bornèrent, comme il était naturel qu'ils le fissent, à introduire quelques changements dans la doctrine consacrée, et conservèrent les anciennes divinités et les anciens usages, continuèrent la tradition et adoptèrent même pour eux les titres (saftanaftftou, mag, patis) que portaient ceux à l'école desquels ils se mettaient. Nous assistons à un phénomène historique analogue à celui qui se produisit au moyen-âge, où le latin resta la langue de l'église et de la science, alors que les Germains vivaient depuis longtemps déjà d'une vie nationale indépendante, et même avaient conquis et soumis à leur loi l'Italie. Nous devons cependant noter une différence : c'est que la religion des Babyloniens et des Assyriens fut beaucoup plus sémitique que le catholicisme des Germains convertis au christianisme ne fut germain.
11 est très difficile aujourd'hui de distinguer avec certitude ce qui, dans ce système, était anciennement enseigné touchant les dieux,des doctrines postérieures à la formation du sacerdoce, et qui furent son œuvre ; ce qui appartient aux Soumirs et aux Accads, de ce qui est d'origine babylonienne. Nous ne pouvons, sur ce point, que faire quelques suppositions, qui ont pourtant un haut degré de vraisemblance.
En premier lieu, il semble que la nouvelle classe sacerdotale se soit appliquée à établir une hiérarchie de dieux plus régulière, où les rangs fussent plus exactement déterminés et plus fixés que cela n'avait lieu auparavant. On ne trouve nulle part dans
les inscriptions, avant la domination des Sémites, les triac connues d'Anou, Beltihavti, Dagan (Hea) ; Sin, Sam; Râmanou ; plus tard môme elles ne sont jamais mentioi dans les textes purement accadiens.
La formation de la deuxième triade, composée des fih dieux de la première, parait avoir été une conséquence i constitution de celle-ci, et par conséquent être d'une date récente. La réunion des trois grands dieux en une triade se au contraire avoir été déterminée par rétablissement royaume plus vaste que les anciennes principautés. Nous rons que les dieux qui la composent n'étaient que des concep légèrement dilTérentes d'une seule et même divinité, des fo diverses du dieu suprême du ciel, qui était adoré sous des i différents dans plusieurs localités ou dans de petits états, q conquête réunit sous un même sceptre. On eut le sentimei leur analogie et de leur égalité, sans parvenir à les ramei l'unité et on les mit sur le même rang; car dans l'antiquité simple différence de noms et une légère différence d'attribu suffisaient pour donner aux formes diverses du même dieu existence indépendante et une personnalité indélébile.
Ce fut là un premier pas qui devait en amener d'autres et duire à une détermination plus complète delà hiérarchie di^ A chacun des dieux supérieurs on donna un cortège ou cour complète de dieux familiers et de serviteurs. Mais i impossible de procéder à une classification absolument régu et d'éviter les doubles emplois. En effet, on fut bien oblig tenir compte de la tradition, et, pour n'en citer qu'un seul e: pie, le dieu du soleil avait, dès la plus haute antiquité, sa i marquée dans plusieurs cycles divins.
Fit-on un pas de plus ? Au-dessus des trois dieux princi] en plaça-t-on un auquel ils fussent subordonnés, sinon l'adoration du peuple, du moins dans la doctrine des prêt On Ta soutenu, et, il faut l'avouer, non sans quelque appar de fondement. On allègue d'abord à l'appui de cette assertic nom même de la capitale. Ce nom, sinon le seul ou mêm plus ancien, du moins le plus fréquemment employé, était Bî Babilou, la porte d'ilou, la porte de Dieu. Un des plus anciens qui y établit le siège de son gouvernement, Chammouragas
dans une de ses inscriptions : « Ilou et Bel ont livré le royaume des Soumirs et des Accads en mon pouvoir. » En outre, dans une liste des dieux (i), il se trouve en tête, tandis que les deux triades et les autres dieux viennent à la suite.
Je dois pourtant avouer que ces preuves me semblent très faibles. Le nom générique de la divinité entrant dans la composition du nom de Babylone (en accadien Ka-dingira), n'établit pas plus la foi des Babyloniens en un Dieu suprême Ilou, que les autres noms de villes fort nombreux, dans la composition desquels entre un autre nom générique de dieu (Nitouk, Nipour, Nina, le nom le plus ancien de Ninive) ne prouvent qu'une semblable foi ait existé chez les Soumirs et les Accads (2). Le dieu que Chammouragas nomme à côté de Bel, comme Tauteur de sa puissance, n'est d'ailleurs, comme le démontre la comparaison avec un grand nombre d'autres inscriptions, autre qu'Anou, dont le nom est fréquemment écrit avec le simple signe Ana, (3). Si dans la liste susmentionnée, Ilou est placé au-dessus des deux triades, Istar est au même rang que lui, et au-dessus de tous deux se trouvent Samou et Irsitiv, le ciel et la terre, que l'on ne saurait prendre pour des dieux supérieurs. Celui qui a dressé la liste a manifestement commencé par les appellations générales, et il ne saurait faire doute que dans son énumération Hou et Istar n'ont d'autre sens que celui de dieu et de déesse.
Il est certain que ce dieu suprême II ne se rencontre pas dans la cosmogonie des Babyloniens, fait qui d'ailleurs a frappé le grec Damascius, et lui a fait dire (Gh. 125) qu'ils ne parlent pas d'une première cause ou d'un premier principe, mais en admettent deux, Tauthè et Apasôn, époux divins d'où étaient nés tous les dieux. Tauthè, la mère des dieux, n'avait d'abord
(1) West, Asian Inscr, H. 48.
(2) On peut faire la même remarque à propos des Phéniciens qui n'ont certainement pas adore un dieu £1 comme Dieu suprême et distinct des autres dieux et qui appelaient néanmoins une localité Pheniel (la face de Dieu), et des Indous chez lesquels on retrouve un grand nombre de noms géographiques dans la composition desquels entre deva au singulier. Du reste, on trouve une ou deux fois au lieu de BabiloUf Babili, où ili est un pluriel. L'ilou de Babylone était Maroudouk.
(3) Comparer entre autres West, Asian Inscr, IV, 36, n« 35-37.
donné le jour qu'à un fils unique appelé Moy Damascius, serait le monde sensible (intelligib une autre génération serait issue du couple div et Lachos (1), ensuite Kissaré et Assôros, et Anos, lUinos et Aos (2). Le fils d'Aos et de Dai le démiourge.
Damascius était en général très bien informi divins qu'il mentionne se retrouvent dans la Babyloniens récemment découverte ; mais les pas une personnalité aussi accentuée que dan
« Alors, — lit-on dans la première tablette C( de la création d'après la mythologie babyloniei cieux au-dessus de la terre, ni rien sur la terre l'abîme (apsou, dans l'ouvrage de Damascius apa la profondeur des eaux), n'avait pas encore brisé mou-Tiavat (la mer chaotique ? — manifesten Moymis de Damascius, réunies en un seul êtr ratrice d'eux tous (les dieux). Leurs eaux (ni supérieur, céleste et l'inférieur chaotique, Ti furent d'abord délimitées, — ou séparées les ui Mais aucun arbre n'avait encore poussé, aucui encore épanouie, et aucun des dieux n'avait avènement à l'existence; aucun nom n'étaii ordre n'avait été établi. Mais alors les die Lachmou et Lachamou (Lachè et Lachos d( appelèrent (les dieux ou le premier couple d'ê ceux-ci multiplièrent ; ensuite Sar et Kisar (As qui s'étendirent pendant plusieurs jours, ensui
Malheureusement le texte s'arrête là. Anou, I venaient vraisemblablement ensuite. Il est im]
(1) C*e8t certainement ainsi qu'il faut lire, au lieu de Dach( le porte l'édition.
(2) Anos ne peut être que Ana, Anou. Aos Tépouz de Daul naturellement Hea. Dlinos doit donc être le grand Bel, dont aussi en accadien Éliv ou Elim (Uim). On voit ordinairemei Belos de Damascius.
(3) Diaprés la leçon de Delitzsch, ichiqû de chàqu, Comp. d^lineavit^ statuit et ch6q, terminus^ limen.
linftF avftp. pflrtîfnde qui étaient Lachmou et Lacbamou, Sar et voir dans les premiers la personnification de its, dan$ les seconds, celle de la transmission
on sait qu'ailleurs les deux couples ne sont [ififérentes d'Anou et d'Antou, du ciel et de la miens se représentaient donc que Tûnivers lent de Tordre actuel (c'est là ce qu'il faut ement parler, par le mot de création) avait ; états, parcouru plusieurs phases d'existence, en haut et en bas, les eaux dans un désordre î, il s'était encore succédé deux périodes, qu'il caractériser à Taide des documents que nous -être une d'épuration et de séparation des
de croissance et de propagation des êtres.
se produisirent les grands dieux, dans leur
tant davantage de la stature humaine, et la
iplit un certain nombre de tablettes, faisant
nous venons de transcrire. Mais elles sont arable état de conservation, que le contenu [lisible, et qu'on n'en a déchiffré que des e présentent ni suite ni cohésion. Nous uer à en tirer la doctrine des Babyloniens.
pouvons dire avec certitude, c'est que, de i Genèse, des créations différentes se succéles y étaient décrites d'une manière beaucoup 'y a que celle des corps célestes dont le récit t, et elle renferme une très belle description. Il 1rs parlé du Créateur au singulier et, sous ce loute Anou qui était désigné. Dans d'autres pas-
il est dit que les grands dieux établirent l'ordre ssent donc avoir été, comme en Egypte, les mts du Créateur. Celui-ci règle d'abord l'ordre itoiles, douze astres, partagés en trois groupes
is attributions est certainement erronée, car pour la justifier ces noms d^une racine hébraïque (lacham^ manger, cornmême que tous les noms propres de ce fragment, ils sont uigue, loch signifie purifier, nettoyer.
pour déterminer le cours de Tannée ; il fixe ensuite planètes, de telle sorte que ces astres, qui furent t redoutés, ne pussent causer de dommage à person après avoir placé à côté de lui Bel et Dagan (Hea), la masse bouillonnante du chaos le protecteur de la de la lune, dont les cornes tombent et repouss quelquefois se développe jusqu'à former un cercl établit à Torient Samas, le dieu du soleil, et le destii les fonctions de juge. Dans la création des animaux très redoutables par leur force reçoivent les premie les animaux rampants sont formés les derniers, renfermant le récit de la création de Thonmie est i maltraitées ; toutefois le peu qui soit encore lisi! digne de remarque. C'est une pressante recomma hommes d'offrir, chaque jour, des sacrifices aux di( adresser leurs prières, et de vivre dans la sainteté ( de Dieu.
Ajoutons quelques mots sur le récit de la création Bérose. Ce récit diffère beaucoup de celui que n d'examiner, quoiqu'il y ait aussi entre eux des point blance. Il reproduit probablement la tradition d'une de prêtres et semble provenir de la cité d'Ouroukt Bérose rapporte qu'il y eut un temps où tout n'étai obscurité. Dans cette eau (le chaos) naissaient el toute espèce de monstres, êtres à quatre visages, à hommes à queue de poissons, tels que ceux que 1' ses lecteurs pouvaient voir représentés sur les murs à Babylone. C'étaient, en effet, les animaux emprun mythologie postérieure à la symbolique primitive, d s'était par degrés obscurci, et auxquels une imagii frein ni règle en avait ajouté d'autres encore plus f — Tous ces monstres obéissaient à une femme nom roka, en chaldéen Thalath, ou plus exactement Tarn dire : tiavat, la mer primordiale, la Tauthè de Dan les Grecs traduisirent par Thalassa, la mer, et Séléi Mais Bel coupa la femme en deux et d'une partie fc et de l'autre la terre ; les monstres disparurent. Bel coupa la tête et de son sang mêlé à la poussière de
forma rhomme qui, en tant que formé de la tête du dieu suprême, est doué d'une intelligence et d'une sagesse divines. Il ordonna aussi aux dieux de se couper la tête, pour faire avec leur sang les hommes et les animaux, après quoi il créa les astres, le soleil, la lune, les cinq planètes. Ce récit renferme évidemment deux variantes du même mythe mises bout à bout, comme les Ch. I et II de la Genèse. La double mention de la création de l'homme ne permet guère de doute à cet égard.
Le fond est le mythe de la création commun à presque tous les peuples de l'antiquité, dans une forme moins belle, moins poétique que le Ch. I de la Genèse, mais présentant avec ce dernier de frappantes analogies. L'idée première en est empruntée à la séparation que le premier rayon de l'aurore semble opérer entre le ciel et la terre, confondus pendant la nuit en une masse vague et confuse, au sein de laquelle, comme dans une mer immense et obscure, s'agitent des êtres sans forme et sans nom. La lumière du jour leur donne la yie véritable, les crée en les faisant apparaître. Homoroka (c'est-à-dire Oum-ourouk, la mère ou la grande déesse d'Ourouk) ouThauatth était donc la déesse de la nuit régnant seule sur Tunivers chaotique avant la première aurore. Les monstres auxquels elle commandait ne peuvent signifier que les constellations, que l'aurore fait disparaître. Bel, lui, est le dieu lumineux ayant à la première aurore mis fin à la nuit séculaire que tous les anciens peuples se représentaient comme ayant précédé l'origine du temps et de l'univers, et séparé les deux firmaments, le ciel et la terre, comme il le fait encore chaque matin, lorsqu'il s'élève au-dessus de la ligne de l'horizon. Bel, après avoir créé la terre, l'orne, la peuple, l'anime. Le mythe grossier de la formation de l'homme du sang de Bel mêlé à la poussière de la terre exprimait, au fond, la même idée que le récit bien plus noble et poétique de la Genèse, à savoir la double nature de l'être humain, tenant à la terre et tirant d'elle son être et sa subsistance, comme tout ce qui vit à sa surface, mais doué de raison et ayant en lui quelque chose de divin.
On ne saurait dire avec certitude quel est le Bel suprême doDt il s'agit dans ce récit ; car ce nom était donné à plusieurs dieux. On trouve quelquefois la création attribuée à chacun des
trois dieux les plus haut placés dans la hiérar dans tel ou tel récit, à d'autres dieux encore. î digne de remarque que le récit de Bérose attri dieu personnel la première création, celle qui a du chaos, et qu'ainsi il a une couleur beaucoup que la tradition que reproduisent les tablettes création du néant, c'est là une pensée étrangère qui n'a pris naissance qu'à une date bien postéri nous reportent ces récits : la création de la Gei n'est pas la formation du monde de rien, ma: dégagement du chaos primitif d'un monde ordoD Nous avons émis la supposition que les troi réunis en triade dans le système sémitique, fur chacun indépendamment des deux autres, le di règne sur toutes choses. Il est difficile de rév( qu'ils fussent tous trois des dieux du ciel. Pour! chacun leur caractère propre, du moins dans la bylone, et pouvaient par conséquent trouver 1 une théogonie. Dans ce système Ana, littéralem était devenu Anou, nom auquel on paraît avoir é « le caché ». Il avait conservé son haut rang, et de le voir présenter comme le dieu par excellen positivement le dieu de la plus haute sphère du étoiles fixes, qu'il a créé et dans lequel il habite, les grands dieux toutes les fois qu'ils sont en besoin du secours du dieu le plus puissant. Son plus habituel semble avoir désigné les quatre ré signifier littéralement qu'il fait parcourir ces soleil. Il est celui qui fonde (Sousrou, Ousousou fait mention de son arc. On ne sait avec certituc représentait l'arc-en-ciel, la voie lactée ou le cette dernière signiflcation est la plus vraiseï autre arme, que porte comme lui son 111s Barq foudre. Ce n'était pas un dieu bienveillant, il éti très redouté. Les sept mauvais esprits qui porti et la destruction (1) et qui menacent le dieu d appelés ses messagers ou ses anges.
(1) Nous reviendrons tout à Theure sur ce mythe.
La consomption (ou la fièvre, idpa, asaftftou), qui était avec le fils ou le serviteur de Bel, Namtar, le dieu de la peste, à la tête de toutes les maladies, est son fils. Lorsque les rois d'Assyrie voulaient vouer à la ruine les ennemis de leur pays, ou maudire ceux qui violeraient leurs monuments, ils invoquaient le secours d'Anou et de son fils Râmanou, pour renverser le trône de leurs ennemis et engloutir leurs armées. Il semble même que ce fût à lui que furent offerts les sacrifices les plus grands et qui coûtaient le plus, la prostitution sacrée par exemple et les tortures que s'infligeaient à eux-mêmes les esclaves des temples, peutêtre même les sacrifices humains. Son épouse, dont la personnalité est peu accentuée, s'appelait Antou et est généralement regardée comme la terre. Primitivement elle doit avoir eu une autre signification, et ne différa sans doute pas essentiellement d'Istar, qui, dans la hiérarchie qui nous occupe, est placée à côté d'Anou, plutôt comme fille que comme épouse.
Le grand Bel, sur le nom duquel règne encore une grande incertitude, est rangé tantôt à côté d'Anou, comme son frère, tantôt au-dessous de lui, comme son fils. Seigneur du pays, père des dieux, roi de l'univers, il fut l'objet d'un culte qui ne le céda guère à celui d'Anou même. On a cru reconnaître en lui' le dieu du monde souterrain, des sombres profondeurs; s'il eut en effet ces attributs, il fut, en tout cas, proprement et à l'origine, le dieu du ciel, comme l'ont été tous les dieux des enfers, et principalement du ciel nocturne ; son fils aîné était le dieu de la lune. A ce titre, il fut aussi le dieu des esprits des morts (les Anounnaki), dont les âmes brillaient dans les étoiles. L'épouse de Bel, Bélit, la déesse du ciel étoile, n'est, comme celle d'Anou, j guère plus que l'expression féminine des attributs de son époux.
1 Le troisième dieu de la triade supérieure, qui est quelquefois
I appelé fils d'Anou, n'occupait pas la place la moins considérable
I dans la mythologie et dans le culte, car c'était entre tous et par
I excellence un dieu bienfaisant. Nous l'avons déjà rencontré
\ dans le panthéon des Soumirs et des Accads, où il porte le nom
I d'Ea, ou Hea. On pense généralement que les Babyloniens lui
[ conservèrent ce nom (1). Pourtant, si Ton considère qu'il est sou-
(1) Lenormant a risque la supposition qu'ils rappelaient Noua^ et a identifie ce nom avec celui de Noach(Noé) ; cette hypothèse repose sur les preuves les plus faibles.
vent appelé le « poisson divin », nageant dans Tocé
que le nom sémitique Dagan signifie dieu poisson,
une très haute antiquité Dagan est cité comme le
dieu de la triade supérieure (1), il ne saurait guère
pour nous que les Sémites de Babylone lui aient doni
Plus tard il semble avoir été habituellement design
surnom de Salman, — d'où est dérivé le nom d'I
Salmanasar, — le sauveur, le secourable. Gomme
nature, c'est le dieu du ciel et de ses eaux fécondante
était une déesse des eaux, et la terre fécondée pai
Davkina, est son épouse. Lui-même est simpleme
rOcéan (apsou) ou bien présenté comme y faisant sa (
l'extrémité de la terre. Il y nage comme un poisson
court sur sa barque en compagnie de sa femme, de se
douk et de deux servants. Un hymne accadien d'un
étendue est consacré à cette barque, qui était une arc
par un couvercle de bois de cèdre, mais néanmoin
d'un mât. Il y est dit, entre autres, quelle cœur se réjc
au point du jour. Sur la poupe se tenait, comme su
dieu du soleil chez les Égyptiens, le grand pilote du
de sa lance, de sorte que toute cette description se
beaucoup du mythe égyptien si connu. Il s'appelle
dieu de l'œil brillant ou lumineux j», nom qui prit ch
syriens une signification symbolique. Dagan devint
Bel-nimiki, le maître des pensées profondes ou de h
Ainsi, il ne fut pas à l'origine le dieu du soleil au sens
mot, mais bien le dieu de l'océan céleste, qui s'incari
poisson solaire (le soleil nageant dans le ciel comme u
dans la mer), navigue sur la barque du soleil, ou don
est l'œil. Mais il est aussi le maître du monde souterrai
céleste obscur; le maître de la terre (Bel-irsitiv^ ii
En-Ki) et de sa surface, et il n'est pas rare de le trou)
le maître des cieux et de la terre.
Ses principaux attributs découlent naturellement signification qu'il avait comme dieu de la nature. Ei dieu des eaux célestes, bienfaisantes et fécondantes,
(1) Inscription de Chammouragas, West, As. Jnsc. , 1, 4, n« XV, 1.
le créateur des hommes et de leur ressem- ; une sorte de Chnoum babylonien, qu'on inir de la postérité, et qui, par suite, était natula voluptueuse Istar, Belit-ili, la maîtresse s de profondeur et de lumière conduisirent de la sagesse, le maître de l'oracle (Belétait déjà chez les Accads et les Soumirs it des enchanteurs et des mauvais esprits, dans le récit bien connu de Bérose, il est j dieu qui a apporté aux hommes la civili-
)us dit le prêtre-historien, — il y avait à Baide d'hommes, ramassis des diverses nations Idée. Ils vivaient sans loi, comme des bêtes, lier jour il monta de la mer Erythrée, sur les ie, un animal à l'aspect redoutable nommé )rps d'un poisson, et sous sa tête de poisson des pieds d'homme sous sa queue de poise de reconnaître ici une représentation très anciens monuments assyro-babyloniens, le ires de cornes, par conséquent de premier us forme humaine, mais vêtu d'une peau de ) figurait comme une mitre au-dessus de sa îscendait quelquefois jusqu'aux talons, quelusqu'à mi-corps, et, dans ce dernier cas, une ouvrait souvent la partie inférieure du corps, cet étrange animal passait tout le jour au ms prendre de nourriture, et enseignait aux les sciences, les arts ; il leur apprit à bâtir ver la terre, introduisit les lois, l'arpentage s propriétés ; en un mot, tout ce qui est nén société ; de telle sorte, ajoute le naïf histoouveau n'a été découvert depuis. Au coucher 3 retirait dans la mer et y passait la nuit, îc la gravité d'un savant : « C'était un am-
)in d'être grand clerc en mythologie pour ce mythe. Il s'agit évidemment de Dagan ou
Hea (Ea-han, Ea-poisson, Oannès?) qui se dérobe dant la nuit dans l'océan céleste, et semble avoir enfants, mais au matin réparait avec la lumière, sous la forme du soleil resplendissant et vit au m mes. L'origine de toute science, de tous les arts, de tion, rapportée au dieu du ciel ou du soleil, est i retrouve sous des formes diverses dans les traditi( peuples anciens. Si ce premier éducateur a n mythologie babylonienne la forme d'un poissoi doute l'attribuer à la situation du pays au bord place que la pêche eut dans les habitudes et dans de ses premiers habitants. Le soleil leur parut s( la nuit comme le poisson dans l'océan, et au n comme un poisson nageant sur le fond cristallin de l'océan céleste. Mais ils lui donnèrent aus humaine, exprimant l'intelligence et virent m( suprême intelligence d'où découlent toute sagesse lisation. Ce mythe nous offre, dans une forme d'ur une pure et simple conception de la divinité qui religieux des premiers promoteurs de l'antiqi chaldéenne.
Les trois dieux principaux ne vivaient pas touj harmonie. On se représentait les cataclysmes de lutte des éléments comme un combat que se livra sauces supérieures. Les éclipses de soleil et de 1 qu'on appelait la lune obscure (la nouvelle lune) dées comme causées par les mauvais esprits. Un nous dans un mythe, les sept esprits redoutés d'A blablement les pléiades) alliés à son fils Râmanou, tout plonger dans l'obscurité, même d'éteindre S la lune. Bel avait créé Sin, Samas, le dieu du s qui représente sans doute ici le ciel étoile, et leu mandé de ne jamais se séparer. Mais les mauvais sirent Samas à abandonner Sin, et donnèrent à h dans le ciel supérieur, à côté d'Anou, et Sin ne p montrer. Alors Bel envoya son serviteur Nouskoi zénith, à Hea, pour lui raconter tout ce qui s'était quer son assistance. Hea n'hésita pas et envoya soi
pour sauver le dieu menacé. Mardouk, le dieu de la lumière solaire, doit ramener le dieu de la lune, Sin, lorsque celui-ci s'est caché.
Hea ou Dagan figure aussi comme le grand sauveur dans le mythe du déluge. Mais ici la catastrophe n'a plus Anou pour auteur, mais bien Bel lui-même. La version de ce mythe rapportée par Bérose diffère en quelques points de celle qu'on a retrouvée dans les écritures cunéiformes, et cette dernière renferme aussi, couMne le récit biblique sur le même sujet, deux traditions différentes, mêlées et confondues ensemble; Tune attribue le déluge à Bel, Tautre à Samas. Il semble donc que dès une très haute antiquité, il ait déjà existé plusieurs rédactions de ce mythe. Nous le reproduirons, uniquement parce qu'elle est la plus courte, dans la forme où il est rapporté dans la grande épopée. Le héros de cette épopée, Toubar (ordinairement Gisdhoubarou Izdoubar), le héros solaire, affaibli et malade, va à Textrémité de Toccident pour rendre visite au demi-dieu qui, lors du grand déluge, a été épargné par les dieux et doué de l'immortalité. Son nom, dont les signes signifient « la lumière de la vie », ainsi que son prénom, a celui qui demeure au loin », doit peut-être se lire Chissi-roukou, ou Chissiti-roukou (dans Bérose Xisouthros) (1). C'est une sorte de Dionysos, ou dieu du principe vital caché dans les eaux, comme Noé qui, également sauvé du déluge, invente le vin. Xisouthros raconte ensuite ce qui s'est passé lors du déluge.
Malheureusement le commencement du récit est endommagé. Pourtant on voit clairement que les dieux tiennent un conseil où assistent Anou, Bel, Ninib et le Seigneur du monde souterrain. Hea, qui ne paraît pas avoir été présent à l'assemblée, dévoile à Chissit (nous lui donnerons provisoirement ce nom) la volonté des grands dieux, et lui ordonne de construire un vaisseau assez grand pour y loger le germe de toute vie. Il exécuta ce travail, inspecte jusqu'à huit fois le navire dans toutes ses parties, le renforce de planches aux endroits faibles et Tenduit
(1) La leçon Chaçiç^adra^ donnée par Smith et quelques autres savants est complètement impossible* Delitzsch a démontré que le premier signe du nom ordinairement rendu par oud^ a aussi le son de ckisk ou chU.
de bitume (1) en dedans et en dehors, yembarq vin, des vivres en aussi grande abondance que 1( y porte tout son or et son argent, y fait entrei ses esclaves hommes et femmes, les animaux animaux domestiques, même toute son armée pie. Chissit, sur Tordre de Samas, entre en t vaisseau, ferme la porte, confie le commander Bouzour-sadi-rabou (le grand inaccessible des i tes, vraisemblablement un dieu des nuages), commence. Elle est peinte sous les plus so Plusieurs dieux y prennent part, entre autres B eaux s'élèvent jusqu'au ciel, de sorte que la ten un désert. Les autres dieux s'enfuient comme chasse, et se réfugient dans le ciel d'Anou. Là, et pleure sur les hommes, ses enfants qu'elle maintenant flottent dans Tocéan comme des poi pleurent sur les âmes des morts (anounnaki) i avec anxiété ce qui arrivera. Mais au bout de s pête s'apaise et le déluge cesse. Le septième jo la fenêtre et voit la lumière, mais en même cadavres flotter comme des roseaux sur les dur s'inonde de larmes. Le vaisseau s'arrête au se Nizir (conservation?), mais il faut encore six joi eaux commencent à baisser. Il ouvre de nouve septième jour, et lâche successivement trois o deux premiers reviennent, tandis que le troisiç voyant les eaux baisser, ne revient pas. Alors C! les animaux en les chassant dans la direction d cardinaux, et il offre aux dieux un sacrifice d'eî Noé à Yahvèh). Ce sacrifice consiste, — et c'es que le héros de Tépopée babylonienne était à 1 analogue à Dionysos, — en vin aromatisé (2) do se réunir les dieux comme des mouches, et de fois, fait revenir Istar avec la lumière créée par Bel seul est absent, et Chissit souhaite que tous
(1) Koupri, même mot qu*on lit Genèse VI, 14 (Kophar). [2] SourqinoUf comp. Thébreu shoreq.
î lui, mais que Bel ne vienne pas, parce qu'il mes. Bel est encore irrité ; il convoque auprès 3t les esprits et leur exprime son mécontenteêtre a échappé au déluge. Mais Hea Tamène à ;s, lui représente qu'il a été injuste en faisant lent les bons et les méchants et qu'il vaut le nombre des animaux sauvages, accroître la 3t les maladies, afin de faire périr les malfai- 3 rend lui-même auprès du favori d'Hea et lui mités de l'occident une retraite où il pourra ï les siens.
3ra frappé de la concordance entre ce récit et oncordance qui quelquefois va jusqu'à l'empressions, et sur laquelle nous ne pouvons i détail. Le fond des deux récits est le même une tendance morale. Mais le récit de la iin monothéiste strict, qui ne connaît ni n'ad- :eu. Aussi Noé est-il un homme, bien que ce ; temps primitifs, de beaucoup supérieur au aes, et c'est le même Dieu qui cause le déluge )é. Dans la légende babylonienne, le fond litif est beaucoup plus transparent que dans e tout le drame qui fait le sujet du mythe se . C'est la peinture mythique d'une violente de laquelle tous les dieux lumineux s'en- 3 même de la lumière (Chissit) est sauvé dans rigée par «le grand inaccessible des montadieu dont la colère cause cet orage est le tte et obscur ; l'exécuteur de ses vengeances 3u du tonnerre et de la tempête ; le sauveur liurne, le dieu lumineux des eaux célestes. li désolaient fréquemment la Mésopotamie rme sous laquelle est représentée la lutte forces cosmiques opposées. On se représente B ciel, sur une plus vaste échelle, ce qu'on n petit sur la terte pendant les orages de maison pluvieuse. Lorsque le mythe dans sa mvisagé comme une tradition historique des
anciens temps, la scène en fut reportée sur la t ros en devint un homme, bien qu'il conservât so
On fait ordinairement suivre la principale triad fonnée des lils des trois dieux du ciel : Râmanou, ils ne sont pourtant pas le plus souvent rangés d et Sin, qui était le principal dieu de l'ancienne y occupe habituellement le premier rang.
Râmanou, le haut, l'élevé (1), appelé aussi Barqt dieu de la foudre, était le flls d'Anou. C'est le mêc Soumirs et les Accads appelaient Im ou Ni, première ligne, dieu de la foudre, qu'engendrait mais également dieu du vent, qui procédai tégalen de tous les phénomènes analogues, tonnerre, nua rage. On pourrait y voir la personnification de t( divines qui se déploient dans l'atmosphère et qu'c causées par le dieu du ciel. Mais il faut toujours de départ de ces phénomènes divers la foudre et un dieu très redoutable. Aussi une des images ( rois d'Assyrie, et qu'on trouve souvent dans les ( flcielles de leurs conquêtes, était-elle : « Se pr( ennemis comme un ouragan de Râmanou. » Sesco les sept messagers redoutés d'Anou, qui déchaînai De la flamme de ses foudres il illumine le ciel, é assaille les montagnes, et met en fuite tous cosmogonie nous a déjà fait faire connaissance [ combat : « la colossale Tiavat » ou Tiamat. Elle d'une manière évidente ici comme le sombre qui retient dans ses flancs les eaux salutaires lumière du ciel, comme une espèce de dragoi serpent Ahi des Védas, que combat Indra, au serj contre lequel lutte Thor, et aux différents serp< combattus par les dieux de la Grèce. On a rel tablette une description saisissante de cette lut
(1) Voir les différentes manières de lire son nom, ci-dessua peut aussi signifier le tonnerre, mais j*estime que Tautre intei préférence.
(2) On voit en général dans ce document le récit d*une lutte é le dieu qui y joue le principal rôle, et dont le nom n^est pas me
récit, Râmanou est principalement présenté comme le dieu de la foudre, car il lance la foudre devant ses pas, et saisit son glaive avec lequel il linit par immoler le monstre ; il monte sur son char de nuages et rassemble en sa main les quatre vents qui lui servent de rênes ; mais c'est Anou lui-même qui produit l'orage et la tempête, et qui fait souffler les vents. Pourtant, s'il est exact qu'il soit aussi appelé le chien des dieux, Râmanou avait été également le dieu du vent, ce qui est d'ailleurs un attribut très fréquent des dieux de la lumière.
Râmanou, en effet, appartient aux dieux de la lumière (1). On a déjà fait la remarque que dans les tablettes astronomiques il est appelé : le soleil du midi au plus haut point de sa course, et parmi ses satellites il ne compte pas seulement les personnifications du tonnerre, de la foudre et de Téclair (Tara-moua, Birqou, Isou-birqou), mais aussi du lever et de la lumière du soleil, (Nipich-Samsi et Nour-Samsi). Cela m'amène à une remarque du plus grand intérêt pour Tintelligence non-seulement des croyances religieuses de Babylone, mais encore de la mythologie tout entière. Parmi les êtres célestes bienfaisants, il y a, outre les grands dieux du ciel même, qui pour la plupart résident sur les hauteurs inaccessibles de l'empyrée et ne prennent qu'indirectement part à la lutte entre la lumière et l'obscurité, deux, ou si Ton y ajoute les dieux du feu comme une classe à part, trois catégories de dieux de la lumière, ceux qui éclairent en vertu de leur propre nature et d'une manière constante, et par là répandent sur le monde toute espèce de bénédictions, ceux qui, en tant que dieux du feu, produisent, créent la lumière et se distinguent par leur puissance magique, et ceux qui, en tant
le fils d*Anou, et que Mardouck soit fils d'Hea et ait des attributs quelque peu difl'érents de ceux qui sont ici mentionnés. Ce qui a produit cette confusion, c'est qu'on a voulu trouver dans ce passage un parallèle avec le récit de Bel et du Dragon dans les apocryphes de TAncien Testament, et qu'il n'est pas rare de rencontrer Mardouk simplement désigné sous le nom de Bel. Cette manie de voir partout des concordances entre les noms et les récits bibliques et ceux des documents babyloniens a déjÀ induit en erreur maint assyriologue.
(1) Lenormant, les Dieux de Babylone et de V Assyrie (Extrait de la Revue de France^ p. 18 et 26). Quoique ne pouvant accepter toutes les explications de l'auteur, ie dois recommander la lecture de cet article, qui renferme une courte, mais très complète exposition de la théologie des Babyloniens .
que combattants, ramènent, délivrent ou venger cachée, obscurcie, dérobée, tuée. Ces différentes ( est vrai, ne sont pas nettement tranchées et absi tinctes Tune de Tautre. Deux de ces fonctions c peuvent être réunies sur une seule et même div; cas pour le dieu égyptien Ra, pour la déesse helléi et, comme nous ne tarderons pas à le voir, pour TI lone. Les dieux du tonnerre appartiennent, sans possible, à la troisième de ces classes. On parle l'orage, de dieux de la tempête et du vent, de die et on ne songe pas que la plupart d'entre eux étaic des dieux de la lumière guerriers et victorieux. Le de Torage sont les monstres dont ils triomphent. Ai est le dieu qui, lorsque le ciel est obscurci par d'ép est envoyé, en vertu de sa nature de dieu de la lu dieu suprême de la lumière et du ciel, pour détruir dissiper Tobscurité avec son glaive et ses trait Mardouk, dont le caractère de dieu lumineux ne doute, a en conséquence cette fonction en c( Râmanou, mais sa nature est plus compréhensive, ] c'est pourquoi nous y reviendrons et en parlerons détails plus loin.
Ninib et Nergal sont aussi essentiellement tout e dieux guerriers et des dieux lumineux, et par ces rapprochent de Râmanou. Le premier est appelé le fi du Bel suprême, le second est tantôt présenté comi Bel, tantôt comme celui de Samas, le dieu du sole dernier cas il doit être plutôt rangé dans le cycle > Ils sont au fond identiques, et ne furent originellei formes différentes d'une seule et même divinité, ca solument la même signification l'un que Tautre, dieux de la guerre et de la chasse, favorisant la fi briques (parleur incandescence), protecteurs des maisons et, à ce titre, placés sous la forme de tai lions ailés aux deux côtés des portails(i); trèssouv(
(1) On lit souvent de Ninib : le taureau de sa divinité {alap ilou ailés s*appelaient des Nergals. Les deux figures portent le nom de j même que Thébreu Cheroubim. Leurs idéogrammes sont, à peu (
contre réunis. Nergal dont le nom s'écrit aussi Nirounougal, le grand prince de la maison (1), signifie celui qui sort dans la bravoure (mislamta ouddoua) ou le dieu avec la massue. Il était adoré, avec son épouse Laz, à Koutha. Ninib, ellement un dieu élamite, en tout cas le dieu* 5ousinak), occupe dans la mythologie un rang i de Nergal, et fut sans doute un dieu du soleil ; ue Nergal, Thercule Assyrien, le dieu du soleil ant, qui meurt et ressuscite, le puissant par excelou), et tous deux furent vraisemblablement des 3 infernal, des dieux du soleil caché. Il se peut e generafor, l'auteur de la vie, le représentant e, et à ce titre aussi le dieu des troupeaux (ram- 3t de la moisson. Mais c'est surtout un dieu de la chasse, frappant de la foudre qu'il lance sur la vent invoqué sous le nom de Zamama, dont la t encore entourée de quelque obscurité (2). ieux, qui se rapprochent de Râmanou, revenons riade. Sin, le fils du grand Bel, en était le prinappartient pas à la classe des dieux guerriers, sept mauvais esprits menacent d'obscurcir sa lupassif et se cache, et Mardouk doit venir le dét déjà pour les Soumirs et les Accads le nom
'bar, — Voir dans Delitzsch la preuve que le deuxième de ces Nergal et non de Mardouk. Assyr. Lesestûcke^ p. 29, et n« 46.) aussi le nom de Âlik-machri, celui qui marche en avant, le Parmi les planètes, Tun est représenté par Saturne, Tautre par
t-il toujours prononcé Nirgal ou Nergal. Delitzsch lit le nom jal, dont Nergal serait une contraction. Cette leçon semble cont. Asian Inscr, U, 59, rev. 1. 37 d + e, où Ou-ourougaly « grand l^ure comme synonyme de prince de la demeure, c'est-à-dire r des villes et des maisons. Selon Delitzsch il faut construire : le ville » qui serait alors le monde infernal, mais Tabréviation rand prince, prouve bien que Tadjectif gai, grand, appartient À À Ourou ou Ounou,
signifier « image des maisons », et dans ce sens se rapporterait à lée, qu'on plaçait & l'entrée des villes et des palais.
d'illuminateur ou protecteur de la terre, et les E pelaient Nanaarou, nom qui a la même signifier
En tant que dieu de la lune, il est un grand aucun corps céleste ne se montre sous des forme et il fut aussi anciennement le grand divise Il fut toujours et généralement placé à un r mais nulle part plus éminent qu'à Our, la vi consacrée dans la plus haute antiquité. C'est là ( l'hymne où Sin est représenté comme seul élewi tous les dieux, père de tout ce qui vit, Seign célestes (çebaot). On y lit encore que, entre les il est sans égal, qu'il est le roi des rois, n'ayant j à personne; tous obéissent à ses commander esprits célestes et les âmes des morts se prosteri sèment devant lui, car rien ne lui est supérieui nommé le rejeton qui a crû de lui-même, par c( présenté comme n'ayant été créé par aucun auti ayant en lui-même le principe de son existence, sentait sous l'image d'un homme fort avec une et étincelante, dgnt jamais les genoux ne sont fa
Outre ce dieu mâle de la lune, qui était aussi 1 les Babyloniens avaient encore trois déesses de moins une déesse qu'ils révéraient sous trois foi l'épouse ou les épouses du dieu du soleil. Il est r poser que c'étaient des divinités sémitiques, qui empruntées aux Soumirs et aux Accads, car 1 avaient trois déesses de la lune, Manât, Allât ( était comme la concrétion des deux autres. Pour de Babylone portent des noms accadiens ou d accadiens : Goula, la grande, égale en rang à A sentant la même signification que cette dernière Anounit. Les Babyloniens avaient aussi leur A l'empire des morts, l'épouse du soleil résidant ( infernal, la sombre déesse mère qui verse du p veines de ceux qui violent leurs serments, de
(1) Les assyriologiies n'ont pu encore tomber d'accord sur k nance du nom de Sin. Quelques-uns le dérivent de la racin briller, éclairer ; mais Delitzsch tient pour une étymologie accac
"es maladies. On Ta identifiée à Anounit, ion encore douteuse et sur laquelle nous idre notre jugement. Il est certain pourtant ch, la triple et une déesse de la lune, était utable. Dans son temple Oulbar, le sang les adorateurs s'y livraient à des jeûnes i seul qui s'humilie profondément devant n aide de tous maux. Sans elle il dépérit Lvée d'eau, et son ennemi le brise comme it un glaive flamboyant, esse redoutée, Samas ou Samsi, le dieu tôt le troisième, tantôt le deuxième rang de. C'est un ancien dieu sémitique bien onfondu avec le dieu accadien de la luirtout adoré à Larsa, comme le souverain 'e; il était fils d'Hea-Dagan (1), néanmoins lou et de Bel. Ce n'est pas un dieu guerrier, comme médiateur. Mais grâce à son éclat, mivre et de Tor, il dissipe par sa seule âpre les illusions et la mauvaise influence îsages, des songes et des épouvantements, >mplots criminels et fait périr les hommes chantementsetaux conjurations magiques, lédecin; car les maladies sont causées par ivais esprits. Le matin, lorsqu'il tire les u ciel, il étend sur la surface de la terre ime une couverture et donne à la terre la 3 sorte que tous les dieux du ciel le saluent aits peuvent se passer de commentaire. Il besoin d'expliquer pourquoi ce dieu qui mt était regardé comme le législateur ; lui tingue la vérité du mensonge, était révéré me de la terre et des cieux.
3 séparer de son frère, le fils aîné de TOcéan i, en accadien Amaroudouki, a été contracté
de Sin ; pourtant, comme le nom de ce dieu est écrit avec re une confusion pour le chiffre d'Hea XXXX.
pour devenir en assyrien Mardouk (Mérodach dans l'Ancien Testament). Comme dieu ou prophète de la lumière (en accadien goudibir)^ comme il est aussi nommé, il mesure la course du soleil, car il le précède et reste plus longtemps qi rizon, dans l'aurore et le crépuscule.
Nous avons vu qu'il occupait un rang élevé entr dieux accadiens, en tant qu'intermédiaire entre le du ciel et les hommes, et champion luttant contre esprits. Il était un dieu guerrier comme Ràman Nergal, et d'une manière plus spéciale, le dieu qu bonheur aux hommes. Comme dieu de la lumiè même que Mithra chez les Perses, l'auteur c la force créatrice ou du principe actif, et il a natui sieurs attributs en commun avec le dieu du soleil ; ce dernier, sincère, vainqueur des mauvais es] fantômes nocturnes, principalement les sept diei hostiles, disparaissent à son approche) et dieu de son magnifique temple à Babylone, son tombeau ( il reposait, on apprenait à connaître sa volonté en sept flèches. Cet oracle par les flèches se retrouve du dieu des Sabéens et de la Mecque, Chobal. Cette donc avoir une origine sémitique. En tout cas, il eul déens un rang élevé et reçut d'eux des honneurs e la suprématie de Babylone, dont il était le princip contribua sans doute pour une grande part à son fut pour eux le roi des dieux, le souverain des c terre, le grand Bel par excellence. On l'appelait sin Dieu. Il est le créateur dont la volonté est la loi gouverne les cieux et la terre. C'est lui qui apaise mer, qui flétrit la fleur, lui, le vénérable qui n( toute la gloire des dieux vient de lui. Tous ces attr nent parfaitement à un dieu de la lumière.
Quant à son épouse, Zarbanit, dont le nom n'a expliqué d'une manière satisfaisante, nous ne savc sinon qu'elle était une déesse mère, comme 1 déesses de la Mésopotamie, qu'elle protégeait les le sein maternel et présidait aux accouchements. 1 indices que sous un autre nom elle était au fond
Goula, réponse de Samas, et que Nana, la déesse mère, à proprement parler, la compagne de Nabou; et, en effet, on a rencontré à Dilmoun, dans une île près de la côte d'Elam, Zarbanita adorée avec Nabou.
Peut-être Nabou ne diffère-t-il pas au fond de Mardouk, et les deux divinités eurent-elles à Torigine la même signification. Ils furent étroitement unis dans la religion de Babylone, Nabou y étant tantôt représenté comme le fils, tantôt comme le père de Mardouk, quoiqu'il soit également appelé le fils d*Anou ou d'Hea (1). Lui aussi préside au lever et au coucher du soleiJ, règle ainsi le cours du temps, produit la chaleur du soleil {Kamimou samsi), commande aux légions du ciel et de la terre, est l'auteur de la voûte céleste, et aussi le seigneur des canaux et celui qui fait couler les fontaines. On ne doit pas perdre de vue, à propos de ces derniers attributs, que dans la mythologie la lumière et l'élément liquide se confondent le plus souvent plus ou moins. Au point de vue physique, ce dieu qui donne au soleil la lumière et Ja lui retire ne diffère donc pas essentiellement de Mardouk (2). Mais il s'est développé d'une manière toute différente. Tandis que Mardouk est devenu un dieu guerrier, Nabou est resté un dieu pacifique. C'est lui qui donne aux rois le sceptre et la couronne, et c'est peut-être pour cela qu'il est appelé le dieu du sceptre {chattou, ce qui peut d'ailleurs aussi signifier le stylet à écrire). Il est le démiurge ou le créateur (hanou, AK) et organise les œuvres de la création. Mais il est surtout le dieu de la parole et de l'écriture, l'inventeur de l'écriture, celui qui écrit sur les tablettes, « le seigneur des oreilles » le dieu de la révélation {il tasmitouv), nom qui est aussi habituellement donné à son épouse. Toutes les œuvres littéraires sont entreprises en son nom, comme en Egypte au nom de Thot, de Ganeça dans les Indes. Son nom le caractérise comme le prophète, l'annon-
(1) Peut-on, comme le fait entre autres remarquer M. Menant, traduire l'expression Ablou-KinouVy qu'on lui trouve souvent appliquée par : « qui naît de lui-même », de telle sorte qu'elle répondrait à l'égyptien choper teseff J'en doute fort. Xtnouo signifie sincère, fidèle, véridique, et dans les West, Asian Inscr, I, 53 (59), col. I, 1. 33, nous voyons que Mardouk est appelé Nabou ahilshoii kinoiiv, ce que nous ne pouvons, en bonne logique, traduire par « son fils qui se fait naître lui-même ».
(2) Il faut noter que Mardouk avait sa chapelle dans le temple de Nabou & Babylone, et Nabou la sienne dans le temple de Mardouk à Barsipa.
dateur de la lumière. Il paraît avoir été origi sémitique. Il se rattache si étroitement à Nou de Bel, dont les Sémites ont emprunté aux Soi le nom, Tidée et les attributs, que lui, Nabou, n comme ce messager du dieu du ciel nocturne Aussi la planète Mercure, qui apparaît tantôt matin, tantôt comme celle du soir, lui est-e Sémites en Mésopotamie ont aussi adoré à ce établissant un lien étroit entre les deux cult( feudes Accads, qu'ils nommèrent Isha et exa ment comme un habile ouvrier qui affine l'o cuivre et Tétain , éclaire les demeures obsc comme protecteur contre les mauvais esprits Ce sont là les grands dieux de Babylone et pourrions avec eux nommer une multitude < dont la plupart ne furent adorées que dans c dans certaines régions. Les déesses n'occuper qu'un rang très secondaire ; elles ne sont, poi la manifestation féminine de l'idée que représi Il en est pourtant une qui eut un caractère déesse par excellence, Istar, qui se manifes mes diff*érentes. Nous lui consacrerons qu ciales, et aurons ainsi l'occasion de faire co déesse, sa grande ennemie. — Istar, du nom pas encore donné une explication pleinemen s'appelle aussi Roubat, la brillante, la princes tresse des dieux, et porte encore une foule de ou bien la déesse sévère et chaste, guerrière, fllle d'Anou, le dieu suprême du ciel (ou quelq ou la déesse mère voluptueuse et féconde, la et de la beauté, et comme telle fllle du diei
(1) Je me borne à mentionner ici Topinion de Delitzsch, q un nom accadien (soumirien) qui se prononçait primitivem signifier « celle qui dispense le bonheur ». La planète V consacrée, s^appelait en effet chez les Sémites « le petit boni Jupiter (Gad), qui était « le grand bonheur ». Ce qui est cer n*a pas une physionomie sémitique, et que les noms avec la pas rares dans l'ancienne langue (par exemple, Namtar^ le qui préside aux destins, ditar le juge « celui qui dispense 1
Sous la première de ces deux formes, elle était adorée, entre autres, à Arbèles (Arba-il), sous la deuxième à Ninive et à Aganè (un des quartiers de Sippara), en Chaldce. La planète Vénus était consacrée, comme étoile du matin, à la déesse chaste et guerrière, et comme étoile du soir à la déesse féconde. Mais ce n'est peut-être là qu'une spéculation d'une date postérieure. Les sources font défaut pour préciser quel fut, à Torigine, le sens cosmogonique du mythe d'Istar. Je doute fort qu'elle ait été dans le principe, comme on l'admet généralement, la déesse de la terre ; mais quelquefois elle paraît avoir été identifiée avec la lune. A Aganè, elle se confond avec Anounit, que nous avons appris à connaître comme la déesse de la lune. Mais il est prudent de suspendre notre jugement sur ce point, jusqu'à ce que peutêtre la découverte de sources nouvelles Téclaire de plus de lumières. Quant à sa signilication dans le panthéon de Babylone, elle ne saurait faire doute. Son amant ou son époux, Doumouzi (le fils de la vie, Tammouz), de même que l'Adonis de l'Aphrodite de l'Asie occidentale, meurt de bonne heure. Il en est d'ailleurs de même de tous ceux qu'elle aime, tous meurent empoisonnés par elle. C'est pourquoi, lorsqu'elle offre sa main au héros de l'épopée, Toubar (Gizdhoubar), celui-ci la refuse et énumère ceux qu'elle a fait successivement périr, un homme ou un fils de l'homme, un oiseau de proie, un lion, un cheval, un roi, un esclave. Quels que soient les mythes qui servent de base à cette énumération, le sens n'en est pas douteux : le poète a voulu symboliser la puissance de l'amour qui s'étend sur tous les êtres. Istar furieuse de ce refus va se plaindre à Anou et à Antou, qui créent et lui donnent un taureau pour combattre le héros qui a osé lui résister. Mais celui-ci, aidé d'un allié, tue le taureau qui est pleuré par Istar et ses deux suivantes Samchati et Charimati (dont les noms expriment le plaisir sensuel). Istar est manifestement la déesse du ciel qui répand la fertilité, qui naît tous les printemps et meurt tous les automnes ; elle convie en vain le dieu brûlant de l'été à s'unir à elle, et celui-ci tue, dans le taureau, la puissance fécondante du ciel lui-même.
Istar descend aussi dans les enfers, dans le monde souterraiji, le pays d'où nul ne revient (nouga), la maison de l'obscu-
rite, dont la lumière n'éclaire pas même Tenti rit de poussière et de boue et où les ombres comme des oiseaux (1), dont une couche épa couvre la porte et les impostes. Le royaume ( touré d'eau, et à la porte est un gardien qui n n'en laisse sortir personne, sans Tautorisation des enfers. Le portier hésite à introduire la d( menace d'enfoncer la porte, si on ne lui ou les verrous et de faire sortir tous les morts, veau ils mangent et ils vivent. Enfin on ou que la reine des enfers, Ninkigal, en a donné portier, avec ces paroles railleuses : «Laisse-h les époux qui ont abandonné leurs épouses, si se sont arrachées du sein de leurs maris, sur les gens qui avant le temps (sont morts?); admets-1 qui avant ellesont venus visiter cet empire ! » 1 chir sept portes, — percées dans sept murs chacune desquelles on lui enlève une partie et de sa parure, de sorte qu'à la fin elle est ( pouillée. Enfin les deux grandes déesses sor Istar éclate en imprécations. Mais la déesse ( dans son domaine, c'est elle qui règne et qui ( ordonne à son ministre, Namtar, deperclure i les membres de sa rivale. Cependant les cons( sence d'Istar ne tardent pas à se faire resse Toute transmission de la vie cesse chez les hoi animaux. Les dieux, les gardiens de l'ordre i vent le tolérer. Le ministre d'Anou, Papsou dieu lui-même sous ce nom, se rend tout i d'Hea. Celui-ci crée un être surnaturel appe (On voit son lever) pour l'envoyer en de la déesse des enfers et la conjurer au dieux de rendre la liberté à Istar. Ce messi la sombre divinité avec des imprécations, p résister aux ordres des dieux supérieurs. Ista
(1) Les ombres des Égyptiens et les Harpyes de TAsie mine les âmes des morts, avaient aussi en partie la forme d*oîseai
aspergée des eaux de la vie, est remise en possession de ses vêtements et de ses parures, et remonte vers le monde visible.
Il y a encore bien des choses obscures dans ce mythe, entre autres la signification de l'être créé par Hea. Mais l'origine de la représentation mythique se laisse pressentir. Istar, ici fille de Sin, par conséquent déesse incarnée dans la lune, et à ce titre, de même que dans les autres mythologies, déesse de la fertilité, est par degrés, comme la lune elle-même, rendue à tout son éclat. Les deux fois sept portes font penser à deux semaines. Le mythe avait naturellement depuis longtemps déjà été rapporté à la succession des saisons, et Istar était devenue d'une manière générale la déesse de la fertilité. Le poète du remarquable morceau auquel nous avons emprunté ce mythe semble aussi s'être déjà, dans une certaine mesure, élevé au-dessus du point de vue purement naturiste. Istar n'est nullement pour lui une déesse aimable et bienfaisante, bien que son absence doive faire cesser toute vie sur la terre. Elle n'a pas seulement beaucoup à souffrir ; le poète laisse entrevoir qu'elle n'était pas sans avoir mérité ses souffrances. Les insultes que lui adresse la déesse de l'empire des morts attestent qu'on reprochait à Istar d'être impudique, infidèle et dissolue. Il est à noter que la sombre princesse de l'enfer non -seulement juge et punit, mais encore qu'elle avait la disposition de l'eau de la vie.
Si la chaste et guerrière Istar n'est pas séparée de Tlstar voluptueuse, elle en est du moins soigneusement distinguée. Elle est appelée la maîtresse de l'armée et des batailles (Bilit oummani, tachasi), la terreur dans le combat, l'archère des dieux Cqasitti ili), la fille aînée du dieu suprême du ciel. Cette déesse guerrière ne saurait être qu'une divinité du ciel lumineux, soit le ciel étoile avec la voie lactée figurant l'arc de la déesse, soit — et cette interprétation ne peut être mise en avant que sous réserve d'un examen ultérieur — la déesse de la lumière cachée d'Anou, qui se manifeste dans la foudre.
Ce serait une erreur de croire que toute cette mythologie est née du culte des astres. Il est vrai que l'idéogramme qui sert à marquer la divinité et qui précède toujours, comme déterminatif, les noms des dieux, ressemble beaucoup à une étoile. Mais ce fut à l'origine l'idéogramme spécial pour expri-
mer le ciel, et c'est par extension qu'il a été attri des esprits célestes et, répété quatre fois, au: parmi les anciens dieux figuraient aussi la tei fleuves, la déesse des enfers et d'autres, qu'on ne tacher aux astres. Il n'en est pas moins constant des astres fut une partie importante de la religioi et que quelques astres, notamment les planètes, rapport avec quelques-uns des grands dieux et pr leur manifestation. Cette astrolâtrie eut une ment soumiro-accadienne et sémitique. Tous compris les Arabes, adoraient les étoiles, ce qui ( la part de tribus nomades. Il est donc plus que que ce culte existait aussi chez les Sémites i avant qu'ils eussent pénétré dans la région arros( fleuves. Le nom de Keiwan, donné par les habitai l'Asie à la planète Saturne, se retrouve à Babylom Kaivanou. Mais la connaissance que, dans ces te les Sémites avaient du ciel était encore très élén eux, quelques étoiles et quelques constellations i pluie, d'autres la sécheresse ; ils ne paraissent d'autres présages de l'observation du ciel. Il est ] n'étaient pas même en état de distinguer le étoiles. Une fois établis dans le pays de Soumir trouvèrent florissante une certaine astronomie, ] vrai, se résolvait en astrologie, mais qui n'en repc sur des observations exactes. On utilisa comm( les grands temples en étages (Betzida), la plupj Nabou. Les tablettes astrologiques, et mêm des rois d'Assyrie, mentionnent principalemi des grands dieux de Babylone. Tous les terme y sont accadiens. Il semble donc que les Bab; emprunté cette science aux Accadiens, et les . Babyloniens.
De même que les Chinois, les anciens peuples r virent dans le ciel étoile la révélation la plus claii divine. L'imagination pieuse tirait toute sorte de sur la destinée du roi que sur celle du peuple, de étoiles, des conjonctions du soleil et de la lunCj
furent identifiées avec les cinq principaux 5C Ninib, Jupiter avec Mardouk, Mars comme 3C Nirgal le dieu de la guerre. Nous avons , qui était nommée Dilbat, prophétesse (du acrée à Istar; Mercure, du moins en tant Tétait à Nabou. On voit en outre par là que 1 occident à ces planètes ne sont qu'une imi- )ylonienne.
est une institution provenant de la Babylement datant déjà des Soumirs et des •ins trouve-t-on ce nom employé pour désilos, qui d'ailleurs portait aussi d'autres noms
de repos le 7, le 14, le 15 et le 28 de chaque 9 était aussi consacré comme un jour férié.
de repos n'étaient pas célébrés de la même lois d'août, qui était la fête de Mardouk et de î pouvait manger ni viande bouillie, ni fruits t pas changer d'habits, ni porter des habits îslois, ni rendre la justice, ni même, s'il Ire de remèdes. La nuit suivante seulement e sacrifier aux deux divinités. Le 2J du même li porter des habits blancs, ni sacrifier pen- \ l'aube, car c'était la fête de Sin et de Samas, î et du soleil.
baient les fêtes des dieux, auxquels il faut îfastes, qui n'étaient pas moins nombreux à ;ypte, on devait donc observer des régies pas offenser la divinité. Mais les dieux exis des horiimes. Ceux-ci devaient non-seuleifices ordinaires, dont le nom (3) semble indi-
II, 32, 16. Le mot Sabatoum est défini dans ce passage , « le jour du repos pour le cœur ».
ntm tnagam^ un jour blanc, heureux.
u, sacrifices nahou, ce qu'on a rapproché de la racine héit; Niphaly insons ^culpa vacuus fiiit. De même que les employaient le même mot pour sacrifier et pour prier.
quer qu'ils étaient considérés comme des moyens de
et de propitiation, et qui avaient lieu de préférence s
teurs ou au sommet des temples construits en for
(nous ne savons encore que fort peu de chose sur la n
le rituel de ces sacrilices), mais encore on était tenu
d'autres, deux notamment particulièrement antipathii
sentiment moral : celui de la pudeur et celui des er
seulement chaque jeune fille, pour obtenir la permi
marier, devait au moins une fois dans sa vie, à
Sacées (suhhôth ?) s'être livrée à un étranger, mais
sieurs temples, notamment celui d'Anou, avaient leu
les de profession, qui ne pouvaient impunément se
à leur servile métier. Cet usage était aussi fort réi
TAsie occidentale, comme nous l'apprenons par 1'^
tament. Cette coutume barbare avait son principe de
religieuse, il est vrai des moins élevées, à savoir qu
qui accordent la fécondité ne répandent avec abond
bénédictions que si des personnes nombreuses se voi
service et les servent d'une manière en tout confoi
nature. La prostitution sacrée fut, du moins si nous
nous en rapporter à Hérodote, un usage purement l
et qui peut-être ne s'étendit pas en dehors de la vill
lone. On ne saurait y voir qu'une espèce de droit d
au profit des dieux, dont l'étranger était regardé
représentant.
Le sacrifice des enfants avait également sa source motifs d'une piété de très bas aloi et purement égoïs crifiait ses enfants pour s'assurer à soi-même une le « U donnait, lisons-nous, sa progéniture pour sa proj tête des enfants pour la tête de l'homme. » C'est abs( théorie et la pratique qu'on retrouve dans l'antii nombre d'autres races et d'autres peuples, et que no également en honneur chez nos ancêtres, les anciens Aussi ne pouvons-nous affirmer avec certitude que I niens et les Assyriens aient emprunté ces idées et mes aux peuples qui furent leurs maîtres en c Toujours est-il que les peuples sémitiques y sont fidèles jusqu'aux derniers temps de leur existence. Hoi
aux prophètes d'Israël qui les premiers se sont élevés contre ces atrocités au milieu de Sémites ! Assurément les dieux qui prenaient plaisir à de tels sacrifices conservaient, même en face d'un développement déjà remarquable de la notion de Dieu, bien des traits de Tancienne barbarie.
Par contre, on croyait que les dieux se révélaient aux hommes qui les priaient. Nous avons déjà vu que, du moins à Babylone, réponse de Nabou, la déesse mère, portait le nom deTasmitoum, et lui-même celui de Il-tasmitoum « le dieu qui exauce »,« le dieu de la révélation » . Lui et Mardouk étaient par excellence les dieux rendant des oracles, bien que d'autres aussi, notamment Istar, lissent également connaître leur volonté. C'est Istar qui, lorsque Asourbanipal se préparait à aller combattre le roi de Van, Achçiri , lui donna cette assurance : « C'est moi qui détruirai Achçiri. » Dans une autre circonstance, lesdieux consul tésavant une bataille lui rendirent cette réponse : « Va sans crainte, nous marchons à tes côtés, nous t'assisterons dans ton expédition. » La divinité se révélait aussi d'une manière permanente et très spéciale dans les songes. Si les voyants peuvent raconter tant de choses sur le monde des dieux, c'est qu'ils les ont vues en songe. Lorsque Xisouthros raconte au héros de Pépopée comment Hea instruisit le grand Bel des causes du déluge, il ajoute expressément qu'il ignorerait ce fait s'il n'en avait pas été témoin dans un songe. C'est un songe qui amène Gygès, le roi des Lydiens, à se soumettre aux Assyriens. Dans un songe Sin révèle à Asourbanipal que son frère rebelle mourra de mort violente ; l'armée n'hésite plus à exécuter un passage dangereux de rivière, dans lequel elle avait d'abord refusé de se risquer, lorsque Istar a donné dans un songe l'assurance au roi « qu'elle marche au devant de celui qu'elle a formé de ses mains (qu'elle a créé) ». Nous retrouvons ces idées chez la plupart des anciens peuples, mais chez aucun elles ne prirent un aussi grand développement que chez les Sémites.