CHAPITRE V
LA RELIGION SOUS L'EMPIRE ASSYRIl
Le puissant empire qui devait pendant des si de tous les peuples de TAsie occidentale ne fu le territoire d'une ville située au nord de la Bat île du Tigre. Cette ville, à l'époque où elle fut f vraisemblablement « la ville du centre de la pi shazou), et, comme point de départ de l'existé « la ville de Tancien temps du gouvernement j habituel était la ville d'Ashour. Ce nom, qui celui du pays (qui s'appelait aussi le domaine était dérivé de celui du principal dieu de Temp de clarté, nous écrirons, selon Torthographe i l'Assyrie lorsqu'il s'agira de la ville et du pays, rons le dieu Asour. Le gouvernement de l'j espèce de théocratie dont les chefs portèrent d lieutenant ou vicaire du dieu Asour, mais p celui de Seigneur des pays.
Qu'étaient les Assyriens ? Leur langue et leur férant en rien d'essentiel de celles des Babylc leur proche parenté avec ces derniers. L'opinioi due est que, originaires de la Babylonie, ils l'oi tairement ou contraints, et ont émigré vers le e
(1) Il existe ane autre manière, très ancienne, de lire le m que du dieu national: A-oushar; cette leçon est regardée comme la plus ancienne. Mais il se peut aussi que ce ne s dont la signification (« digue de Teau t , ou, < boire de Teau »),ei
que très ancienne. Des raisons plausibles militent en faveur de cette opinion. En effet elle concorde avec le récit de la Genèse, chap. X, d'après laquelle Nimrod vint du sud et fonda dans le nord de la Mésopotamie plusieurs villes importantes, et avec le mythe si connu de Sémiramis, tel que le rapporte Ctésias. Sémiramis (Samouramat, le ciel élevé), est un nom qui fut porté, entre autres, par la femme du roi d'Assyrie Ramanninari III, mais qui, dans le principe, fut certainement un des surnoms de la grande déesse mère qui s'appelait à Babylone Zarpanitou, et qui était adorée à Ninive et à Arbèles comme la voluptueuse ou la guerrière Istar. Cela fournit Toccasion d'en faire la fondatrice de la grandeur et de la magnificence de Babylone, et de reporter sur elle, comme histoire, la mythologie de la grande déesse. Sémiramis est représentée en même temps comme voluptueuse et guerrière. C'est elle qui, la première, monte à l'assaut de la capitale de la Bactriane, qui étend ses conquêtes des Indes à l'Egypte et à l'Ethiopie, elle qui est réprimandée de ses dérèglements par le roi de l'Inde, — un moraliste singulièrement choisi! — et dans son épi taphe se vante d'avoir encore trouvé au milieu de tous ses travaux du temps pour le plaisir et pour l'amour. Ce double caractère est aussi, comme on sait, celui de la déesse. Sémiramis s'échappe sous la forme d'une colombe, oiseau qui était aussi un symbole de la mère des dieux. Son premier mari, qu'elle quitta pour Ninus, personnification de la civilisation assyrienne, s'appelait Oannès. Or, nous avons vu qu'Oannès, ou Hea, est le dieu de la civilisation de la Mésopotamie méridionale ou de la Chaldée. La signification mythologique de ce divorce et de ce deuxième mariage est manifeste : Sémiramis rattachée d'abord au système des dieux de Babylone et à l'esprit, au développement général de la Chaldée, fut aussi unie plus tard, lorsque son culte pénétra dans le nord et qu'elle se confondit avec Istar, au principal dieu du panthéon assyrien. Ninus, le deuxième époux de Sémiramis, est la personnification de l'Ashour belliqueuse, conquérante du monde. Son nom pourrait être une forme grécisée du mot Nin, seigneur. On rapporte qu'il fonda ou restaura Ninive et lui donna son nom. Le nom de Ninive, anciennement Nina, signifie la demeure ou le li^u de repos du dieu (ni-na) etn'ariendeconmiunavecNin.Le
fils de Ninus est appelé Ninyas, nom identique à cel Nina. Il n'est pas, comme son père, un prince gueri contraire fainéant et voluptueux. Il représente Niniv< des temps postérieurs, dégénérées, corrompues par personnification de ces générations déchues dan dieu guerrier — représentant le rude et belliqueux nord — et de la voluptueuse Sérairamis — la civili vante des plaines chaudes et humides de la Chai doit le reconnaître, fort heureusement trouvée. ( soit, ce qui ressort, pour le sujet qui nous occupe, d de Gtésias, c'est que les civilisations chaldéenne ou h et assyrienne sont identiques au fond, ou plutôt qu( lion primitive des Soumirs et des Accads, personni leur grande déesse, se développa d'abord chez lei représentés par leur dieu Hea (Oannès), ensuite ch riens représentés par le dieu éponyme de leur cité i Si Ton se rappelle que la puissance des rois chaldéens de Babylone a succédé à celle des prince mitiques, moitié accadiens de Karrak, de Larsa et qu'en outre rétablissement de leur pouvoir à Babj peu près de la même époque que celui de la domi Tienne dans le nord, il paraîtra fort vraisembla Assyriens, refoulés par les derniers conquérants lonie, ont cherché un nouveau pays oii ils pussent s ont jeté les fondements d'une puissance indépendai vilisation ne fut pas purement sémitique, car il qu'ils avaient déjà subi l'influence des Soumirs et et leur avaient emprunté leur écriture et un grand leurs dieux et de leurs usages. Ils étaient pourtani ment sémites que les Cassites ou Chaldéens de Ba noms des rois de la dynastie de Chammouragas a] pendant des siècles à un dialecte très rapproché d» ce n'est que très tard qu'on y trouve mêlés quelqu mitiques, et plus tard encore que les listes nous suite régulière de ces derniers ; ceux des rois d'Ass^ traire, bien qu'écrits en caractères accadiens, a] dès la plus haute antiquité à la langue assyrienne, à un idiome sémitique. Le rapport réciproque (les (}
et le rapport commun de tous deux aux anciens Âccads et Soumi rs peuvent être assez exactement comparés à celui des Francs aux Allemands, et à celui de ces deux peuples aux Romains. Francs et Allemands ont emprunté la civilisation gréco-romaine, mais elle a marqué d'une empreinte beaucoup plus profonde les peuples établis en Gaule que ceux qui restèrent en Germanie ; ainsi les Babyloniens se sont beaucoup plus assimilé la civilisation des Soumirs et des Accads que ne l'ont fait les Assyriens. L'analogie, hélas ! va plus loin, et la môme hostilité constante, le même antagonisme séculaire règne entre les deux puissants peuples de TAsie occidentale et entre les nations les plus importantes du continent de TEurope centrale.
La puissance considérable que les Assyriens déployèrent et la durée de leur domination qui se maintint douze siècles, pendant six au moins desquels TAssyrie forma un grand empire, trouvent leur explication dans la nature de ce peuple et dans la forte organisation de son gouvernement. Il suffît de considérer les représentations de leurs dieux, de leurs rois et de leurs guerriers et de les comparer avec celles des autres peuples, même des Babyloniens, leurs voisins et leurs parents, de regarder ces figures aux traits rudes et fortement accentués, mais nullement ignobles, ces corps solidement charpentés, ces muscles d'acier, dont la saillie a été peut-être exagérée à dessein, de voir leurs tableaux de chasse et de guerre, pour se convaincre qu'on a à faire à un peuple endurci par le climat, ne craignant ni fatigues, ni dangers, qui prise au-dessus de toute chose la force physique, s'enorgueillit de sa sévérité inflexible qu'il pouvait forcer jusqu'à la cruauté et la férocité, et aime avant tout à être la terreur des nations. Sans doute une grande sensualité s'alliait à cette énergie ; mais la mollesse et l'amour du plaisir qui devaient causer la ruine de la monarchie ne se développèrent que plus tard. Les Assyriens furent inférieurs par la science et la civilisation aux Babyloniens, comme les Romains le furent aux Grecs, et ils ne paraissent avoir rien produit d'original dans ces domaines. Dans les arts aussi, ils furent devancés par leurs voisins du sud, mais ils finirent par les y surpasser.
Ils excellèrent surtout par l'organisation de leur gouvernement. A leur tête était un roi, regardé comme le lieutenant de
Dieu ; il était généralissime de Tarmée et juge su{ dessous du roi toute une hiérarchie de hauts dignitî gouverneurs des peuples conquis formaient son cons tageaient avec lui le privilège de donner, selon un oi miné, leur nom à Tannée (éponymes). A la droite di sa place le Tourtanou (« le petit puissant » ; le roi : « le grand puissant »,rabtanou), le premier command mée ; à sa gauche était celle du Siltanou (sultan), co en second. Ces attributions indiquent déjà le caractèi de la monarchie. Après eux prenaient rang le chef d et le préfet du palais, ayant le titre de premier co roi (1), le préfet de Tempire et ceux des quatre villei les, nombre qui fut augmenté à certaines époques. . de ces grands dignitaires s'étageaient les juges et le naires de tout ordre. Il n'est pas question de prêtres leurs dans cette hiérarchie. Il se peut que le maître-c conseiller du roi aient fait partie des classes sacerdo trées, mais, pour autant que nous sachions, les mem classes n'étaient appelés à aucune autre des grandes l'état.
Quelles que soient cependant la rigidité et la sév nance de cette hiérarchie, il ne faudrait pas n'y voir potisme égoïste et arbitraire. Pour autant que nous i croire les déclarations des rois eux-mêmes dans leu ils maintenaient impartialement les lois et les inst l'état vis-à-vis de leurs sujets fidèles. Sargina II parl( d'Asour » qu'il a rétablies et jurées dans un traité a vassaux. « Les grands dieux, dit-il, m'ont établi, m (le roi légitime) pour maintenir lidèlement les traitéi ments ; j'ai régné sans commettre d'injustice et san les faibles. » Lors de la fondation d'une ville il fourn aux habitants tout l'argent et tout le bronze nécessi prix établis par un tarif régulier, et procure même d de nouveaux colons, pour qu'ils puissent défriche leur établissement, et veille à ce que les cérémonies
[\) Abarakkou; neloïi une remarque inteUigente de Delitzscb,ce même qui est donné à Joseph dans la Oenèse XLI, 43 (abrdk).
soient accomplies pour les ouvriers. Son successeur, Sinachérib s'exprime dans le même esprit. Un pouvoir fort qui respecte la loi et le droit n'en est que plus fort.
Mais l'agrandissement et la solidité de la puissance assyrienne reposaient encore sur un autre fondement, peut-être plus important, à savoir la religion. On sera frappé en parcourant les récits détaillés des rois d'Assyrie sur leurs campagnes sans cesse renouvelées, de la cruauté avec laquelle ils traitaient les vaincus (1). Il est vrai que nous retrouvons la même barbarie, nonseulement chez tous les Sémites, même chez le pieux roi David, mais encore chez leurs successeurs et leurs disciples en fait de politique, les Achéménides. Dans aucune histoire cependant on ne trouve aussi fréquemment et fastidieusement que dans celle de l'Assyrie les récits de malheureux rebelles écorchés vifs, embrochés, empalés, brûlés ; de nez et d'oreilles coupés, d'yeux arrachés, de pyramides de têtes élevées devant les portes des villes révoltées et châtiées, et une foule d'autres atrocités. Mais on n'a pas assez remarqué que cette cruauté était, pour les Assyriens, dans un rapport étroit avec leur piété. On pourrait presque dire que les rois d'Assyrie se vantent de leurs exécutions sanglantes dans la mesure où ils font montre de leur piété. Des trois grands rois du neuvième siècle avant Tère chrétienne, c'est Asournazirpal qui est le plus prodigue en témoignages de sa dévotion; mais il fut aussi le plus cruel. Son flls Salmanasar et son petit lUs Samsiraman célèbrent davantage dans leurs monuments leur propre gloire que celle des dieux ; mais ils se bornent à appliquer les châtiments les plus habituels dans les mœurs de l'Orient, le pal, la crucifixion, la décapitation, etc.; il y est beaucoup moins question de gens écorchés vifs ou d'yeux arrachés. Quoiqu'il en soit, les cruautés exercées par les rois d'Assyrie étaient une conséquence de leurs idées théocratiques. Les guerres qu'ils faisaient étaient les guerres d'Asour, comme celles des rois de Juda étaient les guerres de Yahveh ; elles étaient entreprises en vue d'étendre son empire et de glorifier son nom. L'insurrection était une hérésie : se
(1) Voir À ce sujet la réponse d'Ëberhard Schrader & Gutschmid, KeHinschrif^ ten und Qetehichtsforschung, pp. 523 et suiv., et surtout p. 525.
révolter, c'était se soustraire à Tadoration d'As grands dieux. La soumission des peuples à TÂss^ rois était, à proprement parler, la soumission à Tai culte d'Asour. Il est mainte fois dit expressémec étrangers qu'ils n'adorent pas le grand Bel, ou As c'est pour cela qu'ils doivent être châtiés. De même i pour les Israélites, pour les Assyriens Asour est pi que les autres dieux dans lesquels c'est en vain qi confiance. Les idoles conquises des dieux étrangers é quefois restituées à la demande des peuples vaincu avant qu'on y eût gravé la gloire d'Asour. Si le roi vaincu les Cimmériens, ce n'a été, selon Asourbani l'aide d'Asour. Lorsque plus tard Gygès se révolta ce syriens, la défaite que lui infligèrent ces mêmes Cim présentée comme un châtiment d'Asour. Toutes 1 exercées par les rois d'Assyrie étaient donc des pue infligeaient à des hérétiques ou à des apostats. Une sans réserve suflit pour détourner ces châtiments, les princes un devoir religieux que d'étendre d'Asour, devoir auquel ses lieutenants sur la terre n manquer, de même que les rois très catholiques oi tiens ne pouvaient se dispenser de persécuter les C'est ridée purement sémitique de la théocratie qu toujours a porté les mêmes fruits.
Qu'était pourtant ce dieu adoré par les Assyi comme le seul dieu , du moins comme le plus granc On ne trouve aucune mention de son nom ni de soi Tancien empire de Babylone. Avec la ruine de l'e rien, ce culte cesse complètement. Il fut donc pn dieu national de l'Assyrie, dont l'ancienne capitale c pays lui-même ont pris le nom. Il est très difficile d rapprochait d'un quelconque des dieux de l'ancien ] duquel. Il est certain qu'à l'origine il a été com autres dieux un dieu cosmogonique, et non une p lion, soit le type céleste de la royauté, soit la réun les dieux supérieurs en une seule personne. Il fut o placé en tête des listes assyriennes des dieux. 1 anciennes il occupe la place d'Anou, et le gran
immédiatement après lui. Son idéogramme est le même que celui du dieu Sar, le premier créé des dieux, et qui était déjà regardé par les Assyriens et par les Babyloniens comme une forme ou une révélation d'Anou. De même qu'Anou, il a aussi Istar pour épouse. Cela peut autoriser Fidée qu'à l'origine il ne fit qu'un avec Anou, et qu'il était le dieu suprême du ciel, sous un autre nom. Mais dans d'autres listes, Anou figure à côté d'Asour. Le nom de Sin se trouve aussi dans un hymne ancien, écrit avec l'idéogramme d'Asour et de Sar (1), Sinachérib est quelque fois appelé Asourachérib (2), et à l'époque où fut fondée la ville d'Ashour, Sin était le principal dieu, ou du moins celui dont le culte était le plus répandu chez les Sémites chaldéens. On peut donc, en cherchant à quels dieux antérieurs il faut rattacher Asour, hésiter entre Anou et Sin. Mais Asour avait été placé si haut par son développement comme dieu national, au-dessus de ce qu'il fut d'abord comme dieu de la nature, qu'il est devenu impossible de retrouver ce qui le caractérisait en cette qualité. Il est devenu un dieu supérieur à la nature, de même que Yahveh pour les Israélites, présentant peut-être même un caractère encore plus abstrait que ce dernier. Ses attributs sont très généraux et dérivent tous de sa dignité comme chef, père, conducteur, roi des légions (kissat) ou de l'assemblée des dieux. C'est pourquoi il est regardé comme l'arbitre suprême, celui qui donne la couronne et fait obtenir la victoire, le dieu de la justice, le puissant protecteur des bons et le vainqueur des méchants. Naturellement, en tant que dieu national d'un peuple aussi guerrier que l'étaient les Assyriens, il est par excellence le dieu de la guerre, celui qui passe en revue les armées, et, à ce titre, l'époux désigné d'Istar, déesse non moins guerrière que lui. Son nom est môme fréquemment employé au pluriel pour désigner les dieux en général, de même que celui d'Istar pour désigner les déesses, tellement on rattacha à son nom l'idée de la divinité. On ne retrouve aucun mythe dans lequel il joue le principal rôle,
(1) West. As, Inscr. IV, 9, 1. 3-4.
(2) Dans d^autres endroits on voit employer Tun pour l*autre les noms d* Asour et de R&manou. U ne semble donc pas sans exemple que ces noms fussent substitués r4in à Tautre, ce qui s*explique probablement par 1^ nature d' Asour.
ce qui s'explique facilement par ce que nous vem Si Ton en excepte ce seul dieu supérieur, les dieux i paraissent avoir été absolument les mêmes que ceuxd Du moins dans les derniers temps, les deux panth^ complètement identiques. On peut néanmoins dou ait toujours été ainsi. Si nous comparons, en tète d' tion du grand conquérant Toukoultipalésar P' (qu'on néralement comme ayant vécu au douzième siècle t la liste des dieux avec deux autres listes du siècle, celles d'Asournazirpal et de Salmanasar II, une notable dififérence. Dans la première, le nombre dieux n'est que de sept, correspondant probableme jours de la semaine : Asour, Bel, Sin, Sama Ninib et Istar. Ce n'étaient pas les seuls dieux adoi règne, mais les principaux, et pour cela même le n n'est pas, dans cette liste, accidentel. Les deux autres présentent treize dieux (1), vraisemblablement d'aprè des mois de Tannée, douze, plus le mois intercalai les mêmes dans les deux listes, mais présentés dai différent, bien que les trois listes commencent pt finissent par Istar. Aux dieux mentionnés par Tout sont joints Anou, Hea, Nergal, Mardouk, Nabou < grande épouse de Bel. Il résulte de là que ces dieu: déjà antérieurement adorés en Assyrie, étaient mair vés au rang des grands dieux, et que parmi eux a place, entre autres, les deux principaux dieux de I de Barzipa, Mardouk et Nabou, qui ne furent adorés qu'après que cet empire eut fait la conquête de Ba outre, la Belit de Babylone avait été distinguée d laquelle elle se confondit d'abord. Deux siècles encoi sous le dernier des grands rois d'Assyrie, Asour nombre est resté le même, ou plus exactement il est d
(1) Celle de Salmanasar (Layard, pi. 87^, ne parait en contenir qu Hea doit y être ajouté après Sin. Ses attributs sont en effet mentionné nom n*y figure pas.
(2) Même quelquefois onze (voir West. Asian Inscr, III, 17 1. 42 Smith, Assurbanipal, p. 85). Mais cette particularité doit être a erreur du copiste de la tablette. En effet, plus haut dans la colonne, douzaine se retrouve complète.
mais on ne retrouve plus dans les listes Anou, Hea et le grand Bel, et à leur place figurent les deux Istar de Ninive et d'Arbèles et Nouskou. Le Bel qui, dans les documents que nous venons de citer, est mentionné immédiatement après Nabou, n'est pas le grand Bel des temps anciens, mais bien Mardouk. Il en ressort que, dès cette époque, par conséquent avant la fondation du nouvel empire de Babylone, il était déjà parvenu au premier rang. Mais il est remarquable que toute la première triade supérieure a disparu des listes, quoique Hea soit mentionné quelques lignes plus bas. Immédiatement après Asour, ou bien Asour et Belit, rapprochée de lui comme son épouse, vient la deuxième triade, Sin, Samas etRaman ; ensuite Bel (Mardouk) et Nabou, puis les deux Istar et enfin Ninib, Nergal et Nouskou. Les trois dieux les plus anciens sont donc considérés comme suffisamment représentés par Asour seul, à qui, par suite, réponse de Tun d'eux est adjointe comme au seul dieu qui dans le culte s'élevait au-dessus de tous les autres. Le monarchisme dans le monde des dieux se rapproche ici, par un pas important, du monothéisme.
Ce n'est pas ici le lieu de donner un aperçu de l'histoire politique de l'Assyrie. Nous rappellerons seulement que sa puissance ne cessa de s'accroître et sa domination de s'étendre, bien que souvent les conquêtes faites par un roi fussent aussi vite perdues qu'elles avaient eu lieu, et qu'à quelques périodes de grand déploiement de force succédât plus d'une fois une époque de décadence et d'amoindrissement. Le principal objectif de la politique assyrienne fut et resta la possession de Babylone, ou du moins l'hégémonie sur cette ville. Les forces des deux états d'abord se balancèrent. De courtes guerres, dans lesquelles les succès et les revers alternaient, se terminaient par des traités ou par des mariages. Toukoullininib (xiii« siècle avant J.-C.) fut le premier qui ajouta la Babylonie à ses états, et prit le titre de roi d'Ashour, de Kardouniyas, des Soumirs et des Accads. Mais après sa mort la ville sainte recouvre son indépendance, jusqu'à ce qu'un siècle plus tard Toukoultipalésar la conquit de nouveau. Après lui se succédèrent plusieurs rois, peut-être d'une autre dynastie, qui s'appliquèrent moins à faire des conquêtes, qu'à faire fleurir les arts de la paix. Us construisirent des digues,
creusèrent des canaux et élevèrent des palais € paix dura pendant tout le dixième siècle. Mais au cédèrent sur le trône les grands conquérants A petit-fils Salmanassar II, et son arrière-petit-filî Babylone resta indépendante sous leur règne, i quelquefois leur payer tribut, et subit quelques est digne de remarque, bien que très naturel, conquérants aient montré une dévotion toute les dieux guerriers Ninib et Raman. Asourna « la prunelle et la gloire de Ninib ». Il en fit fair( statue, lui éleva un autel et un temple, et li jours de fête solennelle dans les mois Sabatou \ (Août). Il dit qu'il en a fait son principal dieu c de Kalach. Ninib fut aussi le principal dieu Salmanassar montra plus de dévotion à Rama le nom à son fils.
Sous le règne de ce dernier, Ramannirari II nombreuses conquêtes, il se produisit un fai dans l'histoire religieuse. Nous lisons dans de tions aux listes des éponymes (1) qu'en Tannée ou 786 avant J.-C), en laquelle eut lieu une e les Mèdes : « Le dieu Nabou entra dans son 1 ment construit (?)». Il s'agit vraisemblablement, d'un temple construit par Ramannirari à Naboi Kalach, et appelé Bit-Zida, comme le principal à Barzipa. Ce roi fit aussi bâtir un temple sem mais consacré simultanément à Mardouk et à Kalach était orné de six statues de Nabou, deu: trée et quatre de moindres dimensions dans Dans cette salle se trouvait une inscription e dieu, inscription constatant que ces statues a\ crées par le préfet de Kalach (qui était égalen de quelques autres provinces) au dieu protecteu reine, en reconnaissance de la conservation de prolongation de leurs jours. Elle se termine p2
(1) Voir Smith, Aasyrian eponym Canon, pp. 44 et 62. D stitckey 2» éd., p. 93, 1. 31.
dation; entre tous les dieux, de mettre en Nabou la plus grande confiance. Nous ignorons quels motifs put avoir Ramannirari pour rendre de tels honneurs au dieu de Barzipa et pour adorer particulièrement avec lui le grand dieu de Babylone. On aprétendu expliquer cette dévotion par l'influence de sa femme, qu'on a supposée être une princesse babylonienne. Elle s'appelait Sammouramat. Mais ce nom seul ne suffit pas à démontrer qu'elle fût de Babylone. L'inscription que nous avons citée ferait plutôt penser à quelque grand danger dont le roi aurait été sauvé et dont il aurait attribué la délivrance à Foracle de Nabou. Il ne s'agit nullement ici de l'introduction du culte de ce dieu en Assyrie, car déjà sous les rois prédécesseurs de Ramannirari, il figurait, ainsi que Mardouk, au nombre des grands dieux. Mais ce qui mérite d'être noté, c'est que le culte des dieux de la partie méridionale du pays ait pris une telle importance en Assyrie. Cette importance, ils la conservèrent dans les siècles suivants. Après une période de décadence, la gloire de l'empire assyrien fut relevée par le célèbre Toukoultipalésar II, dont le nom se lit aussi dans l'Ancien Testament (Tiglat-pileser), et par son successeur Salmanassar IV, le premier qui prit le titre de roi de Babylone, roi des Soumirs et Accads. Or, ce dernier adora plus que tous les autres les dieux du midi, Nabou, Tasmit, Nana, la souveraine de Babylone, Mardouk, Nirgal et Laz, et mentionne, comme un des grands événements de son règne, que la dix-septième ou la dix-huitième année de ce règne il a pris les mains de Bel (Mardouk). Ces mots semblent se rapporter à une solennelle consécration religieuse, à l'admission du prince dans le sanctuaire même où reposait la divinité, quelque chose d'analogue à ce que les rois d'Egypte appelaient : « voir Ra dans son sanctuaire à Héliopolis. » La dynastie suivante, qui fut la dernière des rois d'Assyrie, celle des Sargonides, marcha dans les mêmes voies. Son fondateur, Sargina le jeune, bien que roi d'Assyrie, prit le litre de Sakkanakkou (souverain, comme premier serviteur des dieux) de Babylone, roi des Soumirs et des Accads, et mit Maroudouk et Nabou, comme ses dieux , immédiatement à côté d'Asour. En un mot, on pouvait faire la guerre à Babylone, la châtier de ses révoltes, la soumettre ; elle n'en restait pas moins, môme pour les Assyriens, la ville sainte qui, sauf par Sinaché-
rib et Asourbanipal, fut toujours traitée avec dont les rois d'Assyrie ne négligeaient pas d' ainsi que ceux des villes voisines.
Pourtant, jamais Babylone ne put être con née au joug assyrien, jamais on ne put le lui 1 arrière-pensée de révolte. Chaque fois qu'elle pressa de le secouer. Est-ce pour des causes f que la capitale de l'Assyrie fut constamment nord ? qu'après Asour, ce fut Kalach, puis N Sargina, outre Kalach, se fit construire une au la région montagneuse de l'Assyrie, Dour-Sa qu'il semble s'être préparée comme un refuge imminent ? Ce qui est certain, c'est que sous lutte pour la possession de Babylone fut const elle fut disputée aux Assyriens par un redou Yagina rendit indépendant le royaume de Ch Babylone, sur les bords du golfe Persique, ét{ avait été tributaire des rois d'Assyrie. Après i bus chaldéennes se furent réunies sous son Maroudouk-baliddin III monta sur le trône, le roi d'Élam, rechercha en outre l'amitié de j roi de Juda, et, mettant à profit les troubles par le changement de dynastie, s'empara de I ment où Sargina monta sur le trône, il eut trop à combattre et trop d'autres difficultés à surm( ses armes contre Maroudouk, mais la douzié régne il entra en campagne contre lui. Ni les Élamites n'étaient en état de résister à la tac pline des armées assyriennes. D'ailleurs, Sar diviser, Maroudouk-baliddin abandonna préci lone et bientôt s'enfuit dans son pays. C'est bi représenté ce prince chaldéen comme le h( dance nationale et de la résistance patriotic Sargina affirme, dans ses inscriptions, que s Babylone contre la volonté des dieux, et que c Maroudouk lui donna la victoire, à lui, le roi peut guère signifier qu'une chose, à savoir Babylone ne soutenaient pas la cause du rc
effet, à peine eut-il quitté la ville, que les prêtres se portèrent au devant de Sargina, ayant avec eux les saintes images de Bel, de Zarpanitou, de Nabou et de Tasmit, les dieux de Babylone et de Barzipa, et lui préparèrent une entrée triomphale. Babylone était dans l'allégresse. De son côté, Sargina s'empressa d'offrir des sacrifices aux grands dieux. Il fut même initié aux mystères de Bel, comme Pavait été Toukoultipalésar, et il prit les mains de ce dieu et celles de Nabou ; il consacra aux deux divinités deux taureaux ailés, et offrit des sacrifices à tous les dieux des Soumirs et des Accads. Pourtant, son gouvernement ne semble guère avoir été plus goûté par les habitants de Babylone que celui des Chaldéens. En effet, à peine cinq ans après, ce prince, qu'on parait avoir reçu avec tant de pompe par crainte plus que par enthousiasme, fut-il mort, que Babylone secoua l'autorité de son fils Sinachérib et Maroudouk-baliddin remonta sur le trône des Soumirs et Accads. Mais, cette fois, la vengeance fut terrible. Sinachérib s'empara de la ville et la châtia sans miséricorde. Maroudouk-baliddin, fatigué de la lutte, réunit ses dieux, rassembla son peuple et quitta son pays pour fonder une colonie dans le pays d'Élam, sur les côtes du golfe Persique, où il mourut peu après. Un autre prince chaldéen, Souzoub, prit les armes contre les Assyriens ; Sinachérib ne se tint pas pour satisfait de l'avoir battu, il dirigea une expédition contre la colonie récemment fondée, qui était un foyer permanent de conspirations contre son autorité. C'était la première fois qu'une armée assyrienne paraissait dans ces régions. Les vaisseaux, construits à Ninive et à Karchémis, vraisemblablement par des captifs de Tyr, de Sidon et de l'Ionie, et dont les équipages furent formés des mêmes éléments, descendirent le Tigre et l'Euphrate. Il est naturel que le roi multipliât les sacrifices pour l'heureux succès d'une expédition en dehors de toutes les habitudes. Et à qui pouvait-il s'adresser, en cette circonstance, sinon au dieu de la région maritime, à Hea ou Dagan, le seigneur de l'Océan ? Il rapporte dans ses inscriptions les offrandes et les sacrifices propitiatoires qu'il fit à ce dieu, et comment il fit jeter à la mer, en son honneur, un vaisseau, un poisson et un autre objet d'or. Dagan accorda au prince son appui, et l'expédition fut couronnée d'un plein succès.
Le successeur de Sinachérib, Asourachîddin (Es blit sa résidence à Babylone, rebâtit la ville, relevî y régna en paix jusqu'à sa mort; de son vivant i son fils Asourbanipal roi d'Assyrie. Après sa mort lils Saulmugina régna un certain temps en paix à B que son frère dirigeait les guerres d'Asour. Mai était le maître ; il dominait sur les prêtres et les si offerts en son nom. Le centre de gravité de la p Tienne était donc déjà reporté en Assyrie. Cette paraît avoir offusqué les Babyloniens, et penda entre les Élamites et les Assyriens, et à un mom( parts les peuples soumis se révoltaient contre les . Babylone tenta encore un nouvel effort pour se Saulmugina fut entraîné dans le mouvement, ou librement, mécontent de la dépendance dans h placé. En vain Asourbanipal rappela-t-il dans un les bienfaits dont il avait comblé son frère et h avait toujours eus pour le peuple de Babylone. Lî éclata pas moins. Mais l'heure de l'abaissement d pas encore sonné. L'Assyrie était trop puissante s nement d' Asourbanipal pour qu'une révolte eût ç de succès. Babylone succomba une fois de pli périt dans l'incendie de son palais allumé par lui ses compétiteurs au trône. Les dieux sanguinaire purent encore une fois se délecter aux tortures c victimes ; Asourbanipal tira une vengeance crm qui lui avait été faite. Ceux qui avaient blasj d'Asour et de son serviteur, eurent la langue an furent coupés en morceaux (1) et leurs membres pâture aux bêtes sauvages. Tous ceux que la pe avaient épargnés périrent dans les supplices ou en servitude et transportés dans les provinces élc pire. « C'est ainsi, dit le roi, que je contentai le c dieux, mes Seigneurs. » Mais les dieux de Babylo leur part dans les hommages du vainqueur. '. furent réédiiiés et magnifiquement ornés, et on f
(1) Ost le même supplice que Samuel infligea au roi des Ama
la ville pendant la révolte, et qui rentrèiprès la répression.
les jours de l'Assyrie étaient comptés, îrnier roi puissant qui régna à Ninive. sseurs furent incapables de conjurer les t sur Tempire, et la monarchie assyrienne it fin pour toujours le culte d'Asour. Le lui succéda comme dieu suprême et, 3 pour un peu de temps à la tête de la enne.