‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 3 sur 50 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

L'explication de ce déficit, espérons-le, temporaire, doit être cherchée en très grande partie dans la manière polémique dont le problème religieux s'est trouvé posé parmi nous à l'aurore et à la suite de nos révolutions. Non-seulement, pondant do longues années, cette branche particulière des sciences historiques ne reçut aucun encouragement officiel, on lui fermait plutôt les voies par où elle aurait pu pénétrer dans notre enseignement public ; mais, de plus, il faut bien reconnaître que la plupart de ceux qui la cultivaient librement se laissaient entraîner à en faire une science de combat. A l'a jonort traditionnel on opposait un a priori révolutionnaire, et la recherche tout entière s'en ressentait. Comme la passion et la science font toujours mauvais ménage, celleci souffrait, et dans sa valeur, et dans sa réputation, do ce caractère de plaidoyer pro ou contra, et elle inspirait une véritable répugnance à nombre d'esprits distingués, pensant avec raison que la sérénité de l'amour pur du vrai est indispensable à toute science digne de son nom. Cela est si certain que le jour où le gouvernement de la République, jugeant le moment venu de ne pas laisser plus longtemps notre enseignement supérieur fermé à des études constituées déjà dans les pays voisins, se décida à créer au Collège de France la chaire dont j'ai l'honneur d'être le titulaire, cette création fut combattue par des hommes d'une grande autorité, parce qu'elle leur semblait destinée fatalement à exciter les passions plutôt qu'à enrichir la science.

Ce préjugé défavorable, il convient de l'attribuer à une habitude d'esprit née elle-même du fait que, pendant des siècles, l'édifice social parmi nous ne fit qu'un avec une religion déterminée. Il en résulta que ceux qui ébranlèrent et, à la fin, firent crouler cet édifice furent amenés par cela même à prendre une attitude radicalement hostile à la tradition religieuse privilégiée. Et comme cette tradition religieuse était absolutiste par essence, comme elle reléguait en bloc tout ce qui n'était pas elle dans une même catégorie d'erreur perni-

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