SON DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE PROBABLE
Comme les Babyloniens et d'autres peuples de l'antiquité Phéniciens se glorifiaient de posséder des livres religieux anciens, écrits ou tout au moins inspirés par les dieux mêi Quelle qu'ait pu être la richesse de cette littérature sacré n'en arien subsisté. Nous n'avons plus aujourd'hui que les seignements renfermés dans les classiques et les fragments de Sanchoniathon.
Dans le cours de ces dernières années, le trésor des ins( tions phéniciennes et araméennes s'est considérablement ac et, depuis Hamaker, leur explication a fait bien des progrès en a retrouvé partout où s'est répandue la civilisation pt cienne. La moisson la plus considérable a été fournie par l'îl Chypre et par les pays sur lesquels s'est le plus longtemps m tenue la domination de Carthage. Le nombre des inscript recueillies en Phénicie est relativement peu considérable Du moins la mère patrie a-t-elle fourni le monument le plus portant, le sarcophage du roi Eshmounazar. Mentionnons en la Sicile et la remarquable inscription d'Eryx, la Sardai Marseille, où Ton a trouvé la célèbre table des sacrifices,
(1) Les découvertes intéressantes de M. Renan Tont pourtant sensiblement a
plus complète que celle de Carthage, la Mésopotamie avec ses sceaux et ses gemmes gravées, l'Egypte et ses graffiti. Quelques lumières que ces inscriptions aient déjà données et qu'elles promettent encore, on ne peut les utiliser qu'avec la plus grande .., , x.^j. q^^ l'accord soit fait entre les savants jur la manière de lire et d'interpréter les ânes (1).
Sanchoniathon se composent d'un certain s et de cosmogonies citées par Porphyre et but polémique, et qu'ils ont puisées dans ges du philosophe phénicien Philon He- Byblos. Grâce à la négligence des Grecs et étiens d'Orient, les œuvres de ce philoso- 5 autres une histoire de la Phénicie, sont D'autant plus précieuses doivent en être ; ayant échappé au naufrage. Mais quelle înts comme sources pour l'étude de la restait phénicien. Les cosmogonies concor- ;énérale avec la doctrine phénicienne de 3 Damascius attribue aux Phéniciens. Mais ous l'empereur Adrien, au deuxième siècle a écrit à une époque où depuis longtemps is avaient commencé à se confondre et à ant, d'après son propre aveu, son livre originale. Il ne la donne que comme une lins libre d'un recueil composé à une époi dans lequel les cosmogonies servaient listoire nationale. Movers n'a voulu voir qu'un personnage mythique, dont le nom San-chon-yat). Le nom, pourtant, « Sakoun-
ie nie de Chypre est lue dans une traduction : « A Batcomme un nuage. U repose maintenant comme un une autre : « N. N. (noms de villes inconnues) Tan I, le [ou Channo) le tisserand a élevé ce monument. » Une it d'Eshmoun. Après la pluie parait le soleil ; » ou bien : Is de N. N. » Ce sont là, à la vérité, des cas extrêmes et mt pas moins quels progrès ont encore besoin de faire tation des inscriptions phéniciennes.
yitten, » le dieuSakoun a donné, est un nom phénici" rien de mythique ni de symbolique. La sincérité des de Philon est d'ailleurs confirmée par le caractère de car il reproduit des doctrines qui certainement n'étai croyances populaires de Tépoque où ce livre a été écr était de démontrer, à la manière d'Evhémère, que le religieuses ne sont que de Thistoire dénaturée, et que ont emprunté aux Phéniciens leurs principaux die principales théogonies. Dans ce but, il fait un usage de ses sources, mais celles-ci se reconnaissent et se É assez sûrement de ses commentaires (1).
Les fragments renferment une introduction à l'his Phénicie, introduction analogue à celle que Ton renc les annales de la plupart des peuples anciens, et don riaux sont empruntés à la mythologie et au dogme, de vue, quoiqu'ils ne puissent prendre rang à côté de chapitres de la Genèse, ils présentent avec le cont chapitres de nombreuses analogies. Ils renferment la formation du monde et Thistoire de Torigine et des destinées de l'humanité, telles que les ont conçues giens phéniciens d'une époque relativement récente, dire qu'il s'y trouve des traditions et des légendes f( tes, de provenances diverses, et qu'il ne faut pas y v cuments purement et authentiquement phéniciens, tiens et ces légendes reproduisent les vieux mythes i quels les Phéniciens, comme tous les peuples anci une histoire, ont comblé l'énorme vide des temps ques. Tous les efforts pour y découvrir des cosmog nales et déterminer les localités où elles se seraie ont d'ailleurs échoué (2).
(1) Quelques années après que ces pages furent écrites, M. le co professeur à Strasbourg, a publié une critique remarquable sur i r histoire des religiotis des « Phœnikika » de Sanchoniathon, dans cicule de ses Studien zur semitischen Reîigionsgeschichte. Leipsic, allemand est beaucoup plus sceptique en ce qui concerne Tauthenti ments en question que moi-mâme je n'ai cru devoir Tôtre. Je prie le parer les résultats auxquels est arrivé M. Baudissin avec les opinions texte.
(2) Ewald. Bunsen en compte 3 ; Renan, 8.
On a voulu faire remonterrexistencede Saûchoniathon jusqu'à l'époque de Salomon, et on Ta fait descendre jusqu'à l'ère des Séleucides. Les vraisemblances nous paraissent plutôt fixer la composition de l'ouvrage vers la fin de la domination persane. Un même sentiment, un patriotisme exalté par les malheurs des temps, a sans doute inspiré l'ouvrage original et la réédition de Philon. Ce dernier voulut venger le passé de son pays des dédains de la civilisation grecque. Sanchoniathon prétendit établir la supériorité du caractère national phénicien sur celui des Grecs, entreprise qui se comprend le mieux pendant la période macédonienne de la lutte entre la Grèce et la Perse, alors que la Grèce menaçait de plus en plus l'Orient, et qui aurait perdu beaucoup de son opportunité lorsque les armées d'Alexandre eurent anéanti le vieil empire dans lequel la Phénicie tenait encore un rang honorable et jouissait de la mesure d'indépendance et d'autonomie que la domination persane laissa toujours aux anciens états devenus des provinces.
Rien de moins historique assurément que les fables que 6anchoniathon, ou tout au moins Philon, nous donne pour de l'histoire. A peine peut-on espérer y retrouver quelques traces de l'ancienne histoire religieuse du pays. Elles ne nous apprennent, à proprement parler, que la manière dont un philosophe d'une époque où déjà la religion phénicienne était en pleine décadence, se représentait l'origine du monde, du genre humain et du peuple auquel il appartenait. En outre, l'auteur était un philosophe, ou plutôt un théosophe, et il s'en faut que ses idées soient l'expression des croyances populaires. Sa première description de la formation de l'univers offre de grandes analogies avec le premier, c'est-à-dire le plus récent, des deux récits de la création de la Genèse. La rédaction des deux récits doit remonter à peu près à la même époque. On retrouve dans le document phénicien l'expression bohou pour désigner le chaos, l'obscurité qui repose sur ce chaos, l'esprit (rouach) qui plane sur elle. Les deux conceptions ont été puisées à la même source et sont des transformations du mcme mythe. Néanmoins, elles diffèrent du tout au tout. Tandis que le prêtre hébreu représente la création comme l'œuvre d'un Dieu personnel qui appelle toutes choses à l'existence par la puissance de sa parole, d'après le philosophe
phénicien Tesprit crée sous Timpulsion d'un désir inconscient, de sorte que le désir est le principe de tout ce qui est trouve chez lui la mention de l'œuf du monde, commui que toutes les anciennes mythologies, et que passe sou Tauteurdela Genèse. Après la naissance dumonde, Sanch rapporte de la même manière naturiste Tapparition < sur la terre. Ensuite, il entre dans l'histoire propremer la Phénicie et du pays de Canaan, rétrécissant de pluî son cercle. C'est aussi, on le sait, la marche suivie pai miers chapitres de la Genèse. Il retrace successivement des géants, adorateurs du soleil, qui furent les premii tants de Canaan, puis des deux rameaux de la même r se composait encore de son temps la population de la I les Sidoniens comprenant les Syriens et tous les habi sud, et les Giblétains représentant tous ceux du nord, ment cananéen prédominait, et qui, bien quePhénicier toujours distincts des Sidoniens. Enfin viennent les nies, en tête desquelles figurent El Elyôn, le Dieu Très principal dieu de toutes les tribus cananéennes, pari ment adoré à Byblos, et la lutte de ses descendants pouvoir suprême.
Ces traditions renferment plusieurs traits qu'on retroi la Genèse. Les Réphaïm, géants ayant pour pères des pour mères des habitantes de la terre, le culte du Di( Haut remontant aux origines mêmes de l'humanité, l'ii des arts et des métiers, tout cela est à peu près identic que nous lisons dans la Genèse. LalutleentreEsaiîetJac pendant dans celle de deux frères Shamînroum (un Se mâle, dieu du ciel élevé) et Usov. Divers traits de la d'Abram s'y retrouvent également. Ces concordances, a de bien des choses disparates, ne sauraient s'expliquei emprunts, elles proviennent uniquement de l'usag source commune, source qui n'est autre que l'ancienne I des peuples cananéens, librement reproduite, conformé génie propre de chaque peuple, par Tauteur Israélite et teur phénicien.
Ces remarques assignent aux fragments leur véritabl comme source pour l'étude de la religion phénicienne.
tout leur contenu n*est pas, à proprement parler, phénicien, mais cananéen. C'est en vain qu'on y chercherait les matériaux d'une histoire de la religion primitive des Phéniciens. On y trouve tout au plus quelques indications sur ce sujet. Sanchoniathon a construit tout un système reposant sur des traditions de diverses provenances, la plupart antérieures à Tépoque phénicienne ; ce n'est qu'en passant qu'il parle des dieux vraiment sidoniens. Il ne mentionne pas même le mythe capital de Melqart, l'hercule tyrien, n'assigne qu'un rôle subordonné à Astarté et aux Cabires et passe complètement sous silence Baal-Hammân. Ce qui nous reste de son œuvre est donc une source plus précieuse pour l'étude des mythologies des peuples cananéens, subjugués et conquis par les Phéniciens, que pour celle de ces derniers.
Avec les documents que nous possédons, il est encore impossible d'écrire une histoire de la religion des Phéniciens. Les sources sont trop pauvres. Tout ce qu'on peut faire c'est de déterminer et de caractériser les éléments qui entrèrent dans sa formation et de .les classer d'après l'ordre chronologique approximatif dans lequel ils se succédèrent. On peut admettre avec Movers que le nord, représenté par Byblos et Béryte, a le premier joui d'une certaine prépondérance et que, par exemple, la religion dont ces états furent le centre a dominé la première en Phénicie et, la première, a été propagée au loin parles colonies. Le culte de la déesse de la fertilité, mère des dieux, et de son jeune époux, nommé par les Grecs Adonis, y tient la plus grande place. Il est étroitement uni à celui du dieu assimilé par les Grecs à Kronos, lequel, vraisemblablement, appartenait à une autre catégorie d'êtres divins. C'est l'élément cananéo-syrien presque dans toute sa pureté. Ce sera donc de ce cycle de divinités que nous nous occuperons d'abord. Nous ne traiterons des dieux cabires que dans la période suivante, bien qu'ils aient peut-être été déjà adorés dans la première, parce qu'il est certain que ce furent les grands dieux de Sidon. Cette deuxième période fut celle de la grande puissance de Sidon et des Phéniciens du sud. Elle commence au seizième siècle et finit au douzième, probablement à l'époque de la prise et du sac de Sidon par les Philistins. Les principales familles sidoniennes se réfu-
gièrent à Tyr et y reconstituèrent leur pouvoir monarchique et aristocratique. La ville insulaire, en face de l'ancienne Tyr continentale, devint la ville royale et sainte. C'est dans Tîle qu'on a retrouvé les ruines des temples les plus célèbres. La religion de Tyr ne diffère pas essentiellement de celle de Sidon. Le culte d'Astarté perdit un peu de son importance. Baal-Melq et Eshmoun de Sidon furent les dieux les plus révéré; de Hiram P', l'allié de Salomon, fut le point culmi gloire et de la puissance de Tyr. Ce fut ce prince qi avec une rare magnificence les temples de son Baj tyrien) et plaça dans l'un d'eux cette colonne d'or l'admiration des étrangers. La religion de Carthage, neuvième siècle sur l'emplacement d'une ancienne ce nienne, diffère encore moins de celle de Tyr que i celle de Sidon. Il est donc naturel de réunir ces tr sous le titre de religion de Sidon, par opposition à ce blos. Il va sans dire que bien des traces du culte ^ des Cananéens se retrouvent dans la religion plus sud.
A partir du neuvième siècle, époque où commenc dence de Tyr, la religion phénicienne n'a plus d'his fleurit à Carthage et décline dans la mère patrie. La ( d'Arados, qui succéda à celle de Tyr et de Sidon, p pour exclusivement égyptienne. Le dernier représ parti orthodoxe et national phénicien fut le roi de S mounazar, dont le sarcophage est au Louvre. Il s'effo susciter la religion et les mœurs phéniciennes et d'i Orient une digue à l'invasion de la civilisation grecqi Carthage, en Occident, lutta contre la puissance d des Romains. Déjà il n'était plus temps, et les fils s'étendaient dans les tentes de Sem. Eshmounazar de tombeau sans laisser de postérité, véritable type p des destins de son peuple et de sa race, dont il n'avai ter la décadence.