‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 33 sur 50 · DES NOMS GÉNÉRAUX DE U DIVINITÉ CHEZ LES PHÉN · texte numérisé non relu

DES NOMS GÉNÉRAUX DE U DIVINITÉ CHEZ LES PHÉN

Bien des erreurs se sont glissées dans les idées nelles et encore persistantes sur les croyances et le Phéniciens. On a encore coutume de dire que les p dieux des Cananéens étaient Baal, Molek, El, Adonis regarde comme des êtres divins personnels et indépe même titre qu'Héraclès, Héphaestos, Kronos, Osiris; les divinités féminines s'appelaient Baaltis et Astarté On se représente Baal comme un dieu du soleil ou de Saturne, Molek comme un dieu du feu, El comme ciel. Adonis comme un autre dieu solaire. Le culte des ainsi que celui de El, aurait été généralement répandi dant celui de Molek aurait été moins général. Il s spécialement le dieu redoutable et cruel des Ammoi les Israélites eux-mêmes auraient adopté et suivi pe certain temps le culte. Adonis, considéré, à l'exe Grecs, comme un nom propre, serait le nom de la div; frante dont le principal temple était h Byblos'. Il jusqu'à Astarté, le plus souvent confondue avec i regardée comme une divinité de la terre et de la Baaltis, l'Aphrodite voluptueuse de TOrient, la dé terre féconde, qui ne soient traitées comme des êtres i très déterminés (1).

(1) Movers s*est donné beaucoup de peine pour établir le caractère i Baal. Rel. der Phom, p. 172 et sa. 11 dit déjà à la page 169 : c Baa

Dans ce système, on n'a pas de peine à expliquer Tunion fréquente du nom de Baal avec des noms de villes et de lieux. Les exemples semblables n'abondent-ils pas non-seulement chez les Grecs, mais encore chez les Assyriens, plus proches parents des Phéniciens? Ainsi, Tlstar de Ninive et celle d'Arbêles. Bien que ce soit toujours le même dieu, Baal, il revêt dans chaque localité quelque trait particulier de caractère et une certaine individualité. Il y aurait donc, en un certain sens, un Baal de Tyr, un de Sidon, etc., comme chez les catholiques de nos jours il y a des madones et des saints de tel ou tel sanctuaire . ayant chacun leur caractère propre et leurs attributions, et qui pourtant sont toujours la même madone ou le même saint. Cependant le nom de Baal ne se rencontre pas seulement uni à des noms géographiques, il l'est aussi à d'autres noms de dieux. Pour quelques-unes de ces combinaisons, on n'a pas éprouvé grand embarras. Baal-Hammân a été traduit Baal le brûlant, Baal-Mélek, le roi Baal.

Mais quelques combinaisons ont été plus rebelles à une interprétation plausible, par exemple Baal-Gad, Shêmesh, Zéboub, Çephôn. Gad était le dieu propice qui se manifestait dans la'planète Jupiter, Shêmesh le soleil, Zéboub un autre dieu solaire, le soleil représenté sous la forme d'une mouche armée d'un aiguillon, Çephôn le vent du nord, ou tout au moins un* dieu du nord, se rattachant au ciel septentrional ou aux tempêtes souf-

supréme commun à tous les peuples syro-phëniciens. » l\ combat MQnter et Creuzer qui ayaient soutenu que le nom de Baal pouvait s'appliquer à tous les dieux, et ramène ce nom À son ancien sens traditionnel. Tous les auteurs postérieurs lont suivi dans cette voie. De Vogué {Inscriptions Sémitiques^ p. 107 et ss.) et quelques assyriologues soutiennent la même opinion pour El. L*argument de M. de VogOé est que Ton trouve chez les Syriens les noms propres Hazaël et Benhadad. Or, Hadad étant un dieu particulier, il s'en suit que El doit en être un aussi. Autant vaudrait dire que Theos chez les Grecs et Deva chez les Hindous étaient des dieux spéciaux puisqu*on trouve le nom de Théodore à côté d*Apollodore, celui de Devadatta À côté de Somadatta. U allègue encore qu*à Palmyre on rencontre El invoqué avec quelques autres dieux. Mais des inscriptions aussi peu anciennes que celles de Palmyre ne peuvent pas être invoquées, quand il s^agit de déterminer le sens primitif des noms des dieux. Il ne fait pas doute qu*à Tépoque grecque El n*ait été regardé comme un dieu, entre autres par Philon. On rencontre encore dans la plupart des commentaires, des livres d'histoire et des lexiques bibliques Topinion traditionnelle pour Molek ou Melek. M. Oort fait honorablement exception dans son Mentchenoffer in Israël, (les sacrifices hwnain^ che^ les Israélites)^ p. 58 et ss.

fiant du nord; Baal apparaît donc dans ces différentes locutions comme un titre d'honneur accolé aux noms propres de différentes divinités. Movers croit avoir trouvé la solution de la difficulté dans cette explication un peu confuse que ces combinaisons font ressortir chacune un côté spécial de Tidée générale du dieu Baal, ou le rapport qui existe entre ce dieu et d'autres, qui lui sont subordonnés. Baal, le dieu Très-Haut des Phéniciens, El des Syriens et des Hébreux, nommé plus tard par ces derniers Yahveh, seraient le résidu d'un monothéisme primitif, obscurci et altéré dans la suite des âges par la multiplicité des personnifications divines, mais qui se serait perpétué avec assez de pureté dans TEl-Schaddaï des Hébreux et TEl-Elyôn de Melchisédek (Malkîcédeq).

C'est là une idée tout à fait erronée. Tout ce qu'on a dit pour la démontrer se retourne contre elle. Ainsi, l'article qui précède toujours Baal dans TAncien Testament. Quand jamais rencon- Ire-t-on le nom d'une divinité déterminée précédé de l'article ? Où pourrait-on lire le Mérodach, îeNabou, /e Yahveh? On estime impossible que Baal, dans l'Ancien Testament, exprime tantôt le Baâl de Tyr, que les Grecs confondirent avec Héraklès, tantôt le dieu de la planète Saturne. Et pourquoi ? Les Hébreux ont bien eux-mêmes adoré divers Baal, Baal-Pé'or, le dieu des montagnes des Ammonites, Baal-BeritdeSichem, Baal-Zéboub d'Eqrôn, à qui Ahazia envoya une ambassade, et le Baal indigène du pays de Canaan. Quand ils parlent des Baalim au pluriel, ce n'est pas toujours, tant s'en faut, dans le sens des images de Baal. Les inscriptions, dont on a invoqué le témoignage en faveur de l'idée reçue, tendent plutôt à l'infirmer. Ainsi, la formule si souvent reproduite sur les monuments de Carthage : « A notre Adôn Baal, Baal-Hammân », signifie plutôt : « A notre maître et seigneur, le seigneur Hammân.» Adôn, aussi bien que Baal, est ici un titre d'honneur et non un nom propre. Pour admissible en soi que paraisse l'emploi de « notre » joint au nom d'un dieu spécial, il n'en existe, que nous sachions, aucun exemple. Le nom de Baal ne se lit sur aucune inscription phénicienne comme celui d'une divinité particulière, et ce fait serait décisif, alors même qu'une dernière preuve qu'on allègue serait fondée: Elle e3t tirée du grand nombre de noms. propres de personnes

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dans la composition desquels entre Baal, comme si les noms génériques théos en grec, deus en latin, déva en sanscrit, bagha en persan, n'étaient pas aibsolument dans le môme cas. Baal, seigneur, principalement dans le sens d'époux, est un titre d'honneur que les Phéniciens donnèrent à leurs principaux dieux mâles. Uni à des noms de villes, il a le sens de seigneur ou dieu protecteur de la cité, et s'emploie comme le mot Neb en égyptien, par exemple Neb-Sesennou, surnom de Thot et signifiant le seigneur de la ville d'Ashmounaïn et d'autres qu'on pourrait citer. Il doit se traduire par seigneur ou dieu protecteur de Sidon, de Tyr, de Tarse ou de toute autre ville au nom de laquelle on le trouve joint. Peut-être ne donnaitH)n ce titre qu'à une catégorie spéciale de dieux. Du moins ne le trouve-t-on jamais joint au nom de quelques-uns des dieux principaux, par exemple à celui d'Eshmoun. Le même fait, dont nous ignorons la cause, se reproduit en Mésopotamie. Une certaine classe d'êtres divins y portent le titre de Bel, nom qui ne se rencontre jamais sur les monuments assyriens et babyloniens sans être accompagné d'un nom spécial de dieu (i), tandis qu'il est des dieux à qui il n'est jamais donné. Il en est de même des Asoura's chez les Indous, des Bagha's et Yazata's chez les Perses, des Theoi ou Daimones chez les Grecs, des Ases et des Vanes chez les Germains : tous ces noms désignent des classes déterminées de dieux. On ne peut cependant encore dire avec certitude quels dieux en Phénicie et dans le pays de Canaan appartenaient, quels n'appartenaient pas à la classe des Baals. Peut-être ce nom ne s'appliquait-il qu'aux dieux célestes, se manifestant dans la lumière, en opposition avec les dieux chtho-

(1) On pourrait alléguer que rAncien Testament emploie Bel comme le nom d*un dieu particulier sans même le faire précéder de Tarticle. Mais c'est là plutôt une apparence qu'une réalité. Si on lit (Es. XL VI, 1) : « Bel s'incline, Nebo est renversé», il faut noter que Bel et Nebo sont une seule et même divinité. Le prophète a certainement séparé les deux noms parce qu'il a pris par erreur Bel pour un dieu distinct. De môme Jérémie L, 2 : « Bel est humilié, Merodach est anéanti. » Merodach ou Maroudouk n'est autre que Bel. Au ch. LIV« 44, le prophète parle de Bel de Babylone, c'est-À-dire de la dualité Bel-Maroudouk etBel-Nabou. Mais il ne faut pas oublier qu'ici ce sont des prophètes Israélites et monothéistes qui parlent, et que les Babyloniens, bien qu'ils désignassent sous le nom de Bel une classe de dieux, comme les Perses le faisaient par Ahoura, disaient quelquefois simplement Bel pour le Bel suprême, de même que les Perses employaient quelquefois le nom d'Ahoura.

niens et autres, tant dieux du soleil que du feu, d ou du vent (1). Eshmoun, le plus souvent présenté dieu caché, ne pouvait donc pas être désigné sous ce ne pouvons cependant faire sur ce point que des su Plus tard, lorsque du polythéisme en décomposition un certain monothéisme, le nom de Baal fut queh ployé pour désigner le Dieu unique, comme El. C'ei Zarathustra attribua exclusivement le nom d'Ahoura suprême, Ahoura Mazda, TAhoura, Têtre, ou plutôt h qui sait toutes choses.

lien est de Mélek, Molek, comme de Baal. Il e aussi employé au singulier dans l'Ancien Testament, cle (2), et on ne le trouve dans les inscriptions pt qu'uni à un nom particulier de divinité. Il n'était pa donné indistinctement à tous les dieux, mais seule certaine catégorie de dieux, aux rois parmi les diei Moloch n'existe que dans l'imagination des savant nom donné par les Israélites au dieu des Ammonil leur roi, et n'était peut-être qu'une altération dont oi facilement le motif, de Milkon, notre roi, nom qu quelques inscriptions puniques. Peut-être aussi faut kâm, le roi du peuple, en' opposition avec Melqart, ville, le dieu protecteur de Tyr, dont le dieu des Ami rait été regardé comme le rival. Son nom propre était ^ blement Amman ou Ammon (3), nom qui, comme ce aurait été commun au dieu national et à la nation. Il croire que les Ammonites adoraient aussi Kamosh, 1 Moabites. Ainsi s'appelle dans l'Ancien Testament 1 Moab, Ninip, celui des Assyriens, quoique ceux-ci i ment jamais Malik, qui en assyrien ne signifie que p

(1) Bien que Baal Pè'ôr fût un dieu de montagne, il ne fait pas ex règle. C*ëtait un dieu phallique, et la montagne était regardée commi dieu du ciel qui sur ce point Brunissait à la terre pour la féconder.

(E) Lé?y, Études Phéniciennes, lU, 39,

(3) Le roi des Ammonites, appelé Abdoumélik sur les monuments appelé ailleurs Abd-hammon. Talbot, Gloss, n» 89. Si Juges XI, 24 sur une erreur, les Ammonites donnaient également & leur Mélek 1 mosh, comme les Moabites.

bien quelquefois Sar, c'est-à-dire roi. Le nom de Melchisédek montre que Çédeq, le juste, un rival cananéen du dieu égyptien Ptah, le seigneur de la justice, appartenait aussi à la classe des Méleks, ou des rois du ciel. Il n'était autre, sans doute, qu'El Elyon, le Dieu Très-Haut. Il s'appelaitaussiAdoni-çédeq, portant par conséquent le titre d'Adôn ou seigneur. Les Méleks faisaient tous partie de la classe des Baâlims, et quelques-uns seulement de ces derniers, les plus élevés, formaient celle des Méleks. De même en Egypte, tous les dieux d'un certain rang portaient le titre de Nebs ou seigneurs, et quelques-uns seuls, les plus vénérés, celui de Souten Nouterou « rois des dieux». Nous ne nous étonnerons pas de voir ces titres donnés seulement aux dieux du pur feu céleste ; ce furent les dernières et les plus hautes conceptions du culte de la nature ; ils méritaient de porter le titre de rois du monde des dieux, ou, ce qui revient au même, de rois du ciel.

Le titre d'Adôn est synonyme de celui de Baal, et était d'un emploi encore plus répandu, soit dans le nord, soit dans le sud de la Phénicie, en Syrie et parmi les Cananéens de la Palestine (1). Les Yahvistes les plus stricts n'hésitèrent même pas à le donner à leur seul Dieu, tandis que jamais ils ne lui donnèrent celui de Baal (2). Appliqué à Yahveh, il s'employait au singulier avec ou sans article, avec ou sans le complément « de

(1) Qu*on songe, par exemple, aux princes cananéens Adoni-Bezeq (Jug. I, 5) et Adoni-Çëdeq (Jos. X. 1). Ces deux noms correspondent parfaitement par leur composition à celui du fils de David Adonijahou (Adoniyah), et comme celui-ci signifie le seigneur Yahveh, ou Yahveh (est) mon seigneur, ils signifient probablement le seigneur Bezeq et le seigneur Çëdeq. Bezeq était vraisemblablement un dieu de la foudre et du soleil. Nous avons déjà caractérisé Çédeq, le Sjdyk des fragments de Sanchoniathon, comme un dieu analogue À Ptah. l\ figure comme nom propre de personne (et les noms des dieux furent souvent dans les temps postérieurs employés comme noms propres, sans aucune addition) dans une inscription néophénicienne, et dans une inscription découverte À Soulcis. Lévy, Phœn. St,, U, 83 et 99.

(2) Je parle ici des Yahvistes rigoureux. Des noms tels que Baalyah et Yehobaal montrent que des Yahvistes moins orthodoxes ne craignaient pas de donner & leur dieu le nom de Baal. Comme M. Kuenen l'a fait remarquer avec raison (Tome I, p. 401 et ss.), il ne résulte nullement encore de 1à que, lorsqu'on parlait des Baals, on y comprit aussi Yahveh. Lorsque Yahveh eut cessé d*ôtre un dieu de la nature pour devenir un dieu spirituel, élevé au-dessus de la nature, on ne put plus lui donner le nom de Baal, bien que, antérieurement, il y eût certainement droit, en tant que dieu du ciel.

toute la terre », et avec le verbe et le nom propre (Yahveh) au singulier. Ce pluriel dont on trouve un autre exemple dans remploi du mot Elohim, et plus particulièrement dans la forme Adonê Adonim, seigneur ou plutôt seigneurs des seigneurs, sulGrait, au besoin, à attester qu'Adôn n'était pas le nom d'un dieu particulier, et que le dieu de Byblos, nommé par les Grecs Adonis, devait porter un autre nom. Sur les monuments phéniciens le titre d'Adôn, le plus souvent joint à celui de Baal, est donné à différentes divinités.

Le nom de Dieu le plus répandu chez tous les Sémites était El (èl). L*usage en répond complètement à celui de « Dieu», mais son sens propre est « le Fort ». Nous l'avons trouvé sous la forme II et Hou à Babylone ; il entrait dans la composition du nom de cette ville, Bab-Ilou, la porte de Dieu. Il était employé même en Assyrie, mais il était surtout répandu dans TYémen, la Syrie, le pays de Canaan, l'Arabie et la Phénicie septentrionale (1). Dans la Phénicie méridionale il fut vraisemblablement remplacé par Baal, mais la trace semble en exister dans le nom générique pluriel des dieux, Alonîm (2). Il n'y a pas une seule

(1) La quantité ie noms propres dans la composition desquels entre El, et que M. Lévy a relèves sur des sceaux araméens, trouvés en Assyrie, est un fait digne de remarque. Lévy, Ph. St, H, 29, 31, 32, etc. — On sait dans combien de noms de rois syriens et israélites et d'autres personnes des înêmes nationalités le même mot se rencontre. De Vogtlé Ta signalé sur les monuments nabatéens, Insc. Sém, passage déjà cité.

(2) M. Schlottmann (Eshmunazary p. 116) dérive le pluriel Alontm du singulier Elon, et pense que ce dernier est une forme intensive de El, comme Sabbatôn, le grand sabbat, de sabbat. Il repousse avec raison Topinion d'Ewald, qu*Alontm ne serait qu*une autre prononciation d' Adonim* Cette forme intensive dos noms des dieux n*était, au reste, pas rare dans le sud du pays de Canaan ; par exemple Shimshôn (de Shemesh, le soleil), Dagon (de dag, grains, par conséquent le fertile, ou bien de dag^ poisson). La forme El parait avoir été peu usitée ou complètement inusitée dans le sud de la Phénicie. On trouve aussi dans le nord des noms composés avec Baal, comme Sibeit-Baal (?) À Byblos et Matanbaal À Arvad, tous deux sur des monuments assyriens. Je ne crois pourtant pas qu'on trouve de noms dans la composition desquels entre El dans aucune inscription sidonienne, provenant de Sidon, de Tyr ou de Carthage. Haniel (Cit. III) se rencontre dans une inscription de Kition ; mais cette ville semble avoir été une colonie de Byblos. Il est très digne de remarque qu'à Laodicée, la ville la plus au sud sur la côte de la Phénicie, Hammon auquel est joint un nombre de fois indéfini le nom de Baal dans les inscriptions puniques, s'appelle El-'Hammàn (Lévy, Ph, St, III. 8 et ss)

velle que Baal n'était pas un nom particulier mais un nom commoi

preuve, que El ou II ait jamais été le nom d'une divinité particulière. Lorsqu'un certain monothéisme commença à se faire jour, le nom d'El put être de préférence attribué au plus élevé des dieux ou au Dieu unique, mais il ne fut jamais ni le nom d'un dieu particulier, ni celui d'une classe de dieux. Si Baal répond à Tégyptien Neb, Mélek àSouten noutérou, El correspond, sinon par son sens propre, du moins par son emploi à Nouter, Dieu. On trouve une seule fois dans Sanchoniathon, le nom Eloah, si fréquent chez les Israélites, dans la forme plurielle Elohîm, et qui semble être d'origine araméenne. Les compagnons d'El- Kronos sont appelés Elohim. Ce nom n'a pas encore, que nous sachions, été rencontré sur les monuments phéniciens.

Il est plus difficile de constater s'il y a aussi des noms génériques de divinités féminines. Le doute ne semble pas permis en ce qui concerne le nom de Baaltis, Baalit, la Baal féminine, l'épouse ou la dame, comme est souvent sommairement nommée la déesse de Byblos. Ce nom, comme celui de Rabba, Roubat, la grande, était donné à toute une classe de déesses. La chose est moins claire en ce qui concerne les noms d'Astarté ou Ashtoret et d'Ashéra. Cependant, il ne paraît pas que ce fussent des noms de divinités particulières. Ils sont souvent employés au pluriel dans l'Ancien Testament. En particulier, la ville d'Ashtoret-Karnaïm, où l'on adorait Astarté cornue, est aussi appelée Ashtarot, au pluriel. Ce pluriel ne saurait être assimilé à Elohim ou Baalim. En assyrien aussi on trouve mainte fois la mention d'Istarât, ou d'Astartés, ce qui n'est pas une preuve décisive, mais une analogie qui a sa valeur, parce qu'on ne rencontre dans aucune mythologie des noms particuliers employés de cette manière. Nous verrons que le nom d'Astarté était porté par deux divinités différentes et même opposées l'une à l'autre. Ashtoret, de même que Baal, Mélek, Adôn, se rencontre fréquemment sur les monuments phéniciens sans apposition, et par conséquent, dès le temps d'Eshmounazar, était déjà employé comme un nom propre. Soit comme vierge, soit

8*ëchanger avec El. Ainsi le dieu de Talliance à Sichem s*appelle tantôt Baal-Berit, tantôt EUBerit, Juges VUI, 33, IX, 4, 46, et le fils de David, Baalyada, I Chr. XrV. 7, est appelé Elyada I Chr. lU, 8, et U Sam. V, 16.

comme déesse mère, elle est toujours une divinité du ciel, et, comme telle, opposée à Ashéra. Celle-ci, qu'on a souvent confondue avec elle, ne nous paraît pas avoir été proprement phénicienne, mais plutôt cananéenne. Ashéra était, selon toute vraisemblance, un nom générique pour désigner les déesses telluriennes comme épouses des dieux du ciel, ou simplement une forme féminine d'Asher, qui était un dieu bienfaisant et bénissant. Les noms spéciaux de ces divinités doivent avoir été Ribqa (Rébecca), la nourricière, Lea, la terre labourée, Hanna (la sœur de Didon), la gracieuse, la bénissante, Tamar, le côté féminin de Baal-Tamar, peut-être aussi Naama, Taimable, etc. Tanit, Dido-Elissa, Atergatis ou Derkéto appartiennent au groupe des Astartés, ou, si Ashtoretest vraiment un nom propre, à ses surnoms, comme la Méléket du ciel, Sara.

Quoi qull faille penser d'Astarté, les vues traditionnelles sur la religion des Phéniciens, renforcées dans les derniers temps par Tautorité d'un savant des plus éminents, Movers, doivent être soumises à une révision générale et profondément modi- . fiées. Le monothéisme n'y apparaît pas au commencement en / germe, mais à la fin comme dernier terme de son évolution, . qu'elle n'eut pas la force d'achever. Ni Baal, ni Mélek, ni Adôn \ ne furent originellement des noms du dieu suprême, ni ne devinrent plus tard des dieux spéciaux auxquels on aurait adjoint Baalit, Méléket ou Ashéra. Ce furent des noms généraux désignant les dieux d'une certaine catégorie. L'emploi du titre d'Adôn était général parmi les Sémites cis-euphratiques. Ceux de Baal et de Baalit furent particulièrement employés dans le pays de Canaan et le sud de la Phénicie, cependant ils n'étaient pas inusités dans le nord, et Bel, Bélit, qui n'en sont que d'autres formes, se retrouvent en Assyrie et à Babylone. Il est probable, néanmoins, que cette désignation est originaire de la Mésopotamie méridionale, d'où elle passa dans le nord, tandis que la conception du dieu du feu, Mélek, le roi des dieux, prit naissance dans le nord et, de là, se répandit dans le sud. 11 est commun à toute la race ; Ashéra ne se rencontre qu'en Canaan. La formation de ces noms qui expriment la divinité au sens abstrait a partout été le premier pas vers le monothéisme, et lorsque l'idée monothéiste commença à se développer chez les Mésopota-

/miens, on choisit de préférence pour désigner le dieu le plus \ élevé ou le dieu unique un de ces noms qui, par leur largeur, ( ne rappelaient spécialement aucune divinité particulière. Il n'y I eut que les Israélites, chez qui le culte de Yahveh, le dieunatio- ^nal, avait atteint une pureté sans exemple dans Tantiquité, qui, ^peu à peu, apprirent à voir en lui le seul et vrai Dieu. Mais ils /le nommèrent aussi simplement El, ou bien remplacèrent ^ Yahveh par le pluriel Elohim, nom qui n'est pas, comme on Ta xru, une désignation du vrai Dieu plus ancienne que Yahveh, mais, au contraire, n'a reçu ce sens que plus tard.

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