LA RELIGION DE GÉBAL OU BYBLOS
Le printemps est dans la Palestine et dans la Syri des prémices de la moisson et des troupeaux. Lorsqu son charmante tirait vers sa fin, que déjà commen( faire sentir les chaleurs accablantes de Tété, il se c Gébal (Byblos), une fête d'un sombre caractère. G'étai funèbre. Des lamentations, des chants plaintifs r( dans les rues et les temples, accompagnés des sons a flûte de deuil. Des femmes les cheveux épars, d'autres n tresse meurtrissant la poitrine, toutes les habits déchi nant tous les signes d'une violente consternation, des péce de prêtres), eunuques habillés en femmes, erraie rues comme cherchant quelqu'un, ou se tenaient dar pies, assis en cercle autour d'un catafalque. Sur ce catî sarcophage destiné à recevoir le corps, une statue en qu'on cachait d'abord, puis qu'on cherchait et qu'c par trouver et qu'on couchait dans le cercueil. La b avait causé la mort était visible, béante. A côté du ca l'image de son meurtrier, le sanglier qui à la chasse 1 tellement blessé. Le dieu était pleuré pendant plusi avec toutes les marques de la plus vive douleur ; pui les sacrifices funéraires et l'on inhumait le corps. 0 au soleil des vases nommés jardins d'Adonis, où
planté des rejetons verdoyants, qui ne tardaient pas à être desséchés par les rayons brûlants du soleil. C'était un symbole de la vie du jeune dieu moissonnée dans sa fleur, et, d'une manière plus générale, de la brièveté de toute existence. C'était, disaiton, un beau et brillant jeune homme, aimé de la déesse de Tabondance et de l'amour, lequel, sur les sommets du Liban, avait été tué par le dieu avide de vengeance qu'on représentait sous les traits d'un sanglier. Les Grecs le nommaient Adonis, amant d'Aphrodite, et le représentaient comme victime de la jalousie d'Ares. Il était, en réalité, l'Adôn Adonim, le seigneur des seigneurs, le plus grand des dieux du pays de Canaan et d'une partie de la Syrie, dont le culte était célébré avec la plus grande pompe à Byblos.
Vers la fin de l'année, en automne (l'année commençait en octobre), la fête était renouvelée, mais avec une difl'érence importante. Lorsque les pluies de l'arrière-saison, entraînant l'argile des rives des fleuves et des torrents, donnaient aux ondes une teinte rougeâtre, on y voyait l'annonce de la mort du dieu, dont le sang teignait ainsi les eaux. On célébrait de nouveau pendant sept jours la fête funèbre, mais le huitième le deuil et les pleurs faisaient place à une joie désordonnée. C'est qu'on disait que le dieu était ressuscité et monté au ciel. A la continence des jours précédents succédait une licence sans frein. Les femmes qui avaient refusé de se consacrer en coupant leur chevelure étaient livrées aux étrangers ; les vierges devaient faire le sacrifice de leur honneur au dieu, et le prix de la prostitution sacrée était versé dans le trésor du temple. Comme dans toutes les anciennes religions, le dogme et le culte, la mythologie et les cérémonies, se tenaient ici étroitement. Dans l'antiquité, les solennités religieuses étaient du dogme en action, la représentation de ce qu'on croyait être arrivé aux dieux. Dans cette fête, les femmes remplissaient le rôle de la déesse et devaient comme elle chercher l'amant perdu, comme elle le pleurer mort, comme elle se réunir avec lui après sa résurrection. Persuasion que ce sacrifice, si choquant pour notre sentiment moral raflané, pouvait seul assurer aux adorateurs les dons de la déesse, croyance à une action sympathique du rite, à une puissance magique pour amener la réunion du céleste couple, comme les sorciers
des peuplades primitives imitent le bruit de Forage pour provoquer la pluie, quel qu'ait pu être le sens primitif perdu, de cette coutume, il est certain qu'on regarc bration de ces fêtes dans leur forme traditionnelle dispensable pour assurer la fécondité des champs, de et des familles.
Ces fêtes n'étaient pas, d'ailleurs, exclusivement sainte Byblos. On les retrouve dans l'Ile de Chypr dans le pays de Canaan et dans toute l'Asie occid Israélites, après les avoir empruntées aux Canané bien longtemps à s'en détacher. Au temps d'Ezéchiel comme dans l'exil, on en retrouve encore les traces, leur établissement correspondit à un degré de dév moral bien inférieur à celui où étaient parvenues les qui continuaient de les célébrer. Mais on sait quelle de persistance de Thabitude et combien de siècles i faire disparaître les coutumes superstitieuses les mo monie avec le progrès général des idées et des mœur il ne faut pas oublier que le dogme et le culte de 1; nicie témoignent d'un développement religieux biei à l'idée qu'ailleurs on se faisait du même couple ( manière dont on le servait.
La religion de Byblos et de la Syro-Phénicie n'étai le simple culte de la nature des anciens temps; te était sortie, et elle y plongeait encore ses racines. E remonter à cette religion primitive et purement ns fameuse doctrine réservée, dont on recevait le secr était initié à ces mystères, était l'expression sym l'hymen du ciel et de la terre, les ancêtres de tout de leur union et de leur séparation. Ce mythe fut ( présenté de la manière la plus grossière, la plus ré tard épuré, humanisé, idéalisé par la poésie. 11 cens moins des traces de sa première rudesse. L'actior correspondant à ce dogme était la représentation di ception cosmogonique enfantine, le sacrement qui a fils des hommes les bienfaits résultant de l'union di de tout ce qui est, et de la terre, la mère universel première religion et la première mythologie des pe
culteurs. C'est ce que démontre une saine interprétation des mythes prêches par les prophètes de Byblos, car il y en avait deux, correspondant aux deux fêtes, et qu'il faut soigneusement distinguer. L'un se rapporte au printemps, Tautre à Tautomne. Dans le premier, le jeune dieu, à peine uni à son amante, est tué par Ares représenté sous la forme d'un sanglier; c'était le ciel riant du printemps tué — remplacé — par le ciel embras.é de Tété. Dans d'autres mythologies, par exemple dans celle des Perses, le sanglier était aussi la représentation des ardeurs brûlantes de l'été. Les Grecs assimilèrent à leur Ares les dieux du feu de la Mésopotamie, qui étaient des dieux guerriers. Le deuxième mythe représente la mutilation du dieu céleste, époux de la terre féconde, par son fils révolté Kronos, le dieu armé d'une faux, le dieu de la moisson mûre, le Saturne des Romains. L'avènement du règne de ce dieu, — la venue de cette saison, — marque Tatténuation des ardeurs de l'été. C'est ce que les anciens expliquaient naïvement sous l'image de la mutilation du père par le fils. Ce trait manque dans le mythe d'Adonis. Dans le mythe parallèle d'Attis, chez les peuples de l'Asie mineure, c'est le dieu qui se mutile lui-même, et l'on sait que ce trait était reproduit dans les fêtes, que les jeunes gens imitaient Attis et Adonis, comme les femmes reproduisaient l'acte de la déesse mère (1). Il va de soi, bien que Sanchoniathon ne le dise pas expressément, que le dieu mourait à la suite de cette mutilation. Attis aussi se donnait la mort en se mutilant, et c'était
(1) Ce que dit Firmicus, De erroreprof, relL 15, se rapporte également à ce détail « Slatuisse etiam ut quicumque initiari vellet, secreto Veneris sibi dato, assem in manum meretricis nomine deœ daret. Quod secretum quale sit, omnes tacite intelligère debemus; quia hoc Ipsum, propter turpitudinem, manifestius explicare non possumus. » Et Arnobe, Adversus Gentes V, 212 : « Nec non et Cypri» Veneris abstrusa illa initia prœterimus — in quibus sumentes ea certas stipes inferunt ut meretrici et referunt phallos, propitii numinis signa datos. » Comp. aussi avec Clément d*Alexandrie, Protrept, 13: ev tatç TeXetalç -ça^vriç tîSç TceXoy^a; îjôovîi; rtxfiTÎptov t^ç Yovîjç àXwv )ç^<Jv8po; xai ^otXXoç toT; (luoufjLCVot; tîjv t^)ç^V7)v tijv fioi/^tx^v èî«8{8ovT«i, v(^(ii<7{jLa 8à tl^ipoM9i autj ol (xuoi>[x^vot, 6ç ixalpa^ èpa<rra\. Cette habitude n^était pas une pratique obscène, mais un acte mystique symbolique, ou plutôt sacramentel. Le ^aXXô; è;;iSt8({(i£vo( était un emblème de celui de la divinité, non-seulement regardé comme le symbole de la force vivifiante de la nature qui devait bientôt renaître, mais certainement aussi porté comme une amulette qui assurait la fécondité.
précisément en automne que la joie et l'enthousiasme causés par la résurrection du dieu terminaient la fête.
Les Grecs appelaient la déesse de ces mystères, tantôt Aphrodite, tantôt Dioné, tandis qu'elle est souvent et expressément désignée sous le nom de Baaltis, c'est-à-dire Baalit, la forme, la manifestation féminine de Baal. Mais quelques noms qu'elle ait portés (à Babylone, par exemple, elle s'appelait Zarpa Myhtta, deux noms de la terre-mère), il est certain que t( fois qu'il est fait mention de Baalit sans apposition, il i la déesse de la terre et du monde souterrain. Il convie distinguer expressément d'Astarté de Sidon, et des dé< même sorte, Atergatis et Anât. Quant au dieu appela par les Grecs, il portait un grand nombre de noms. Q uns sont empruntés au culte qui lui était rendu, comme et Giggras, qui tous les deux signifient lamentations, h leur sens primitif vint peut-être de la fiction mythologi faisait que les Phéniciens croyaient entendre dans le n du vent les plaintes du dieu du ciel, blessé et moun noms donnés à son père, Kinyras, Kinnôr, la harpe, a^ même origine (1). Mort, le dieu s'appelait Tammouz, noi mant la séparation d'avec sa compagne ; on retrouve chez les Cananéens. On croit qu'il s'appelait encore Ao oi c'est-à-dire Yahu, noms qui furent donnés à Dionysos, î on l'identifie alors. Cependant j'ai de graves doutes à ce s
(1) Movers, pass. cit. 202-243. Preller Griech. Myth. I. «)4. Son nom cyp ou Kiris est-il en rapport avec ^ara, qui signifie appeler t Linos qui joue uni mythe grec d^Adonis est regarde comme la personnification delà complain 4c Malheur a nous I » que Ton répétait dans les fêtes d'Adonis. Movers, p, En tantque dieu de la fécondité il était représenté dansHlede Chypre corn avijp x«^«o«» 's'y wv aîôoTov fiÊya. Hesych. dans Movers 226. Tous les die ciens ont en commun la forme de pygmées ou de patèques.
(2) Movers, pas. cit. 545-555. Chwolsohn, Ssabter U 204. On sait que voit Adonis dans le Yao de Toracle de TApollon lumineux de Macrobe, et autres, Colenso et Land ont voulu en déduire Torigine cananéenne d Kuenen repousse l'authenticité et Tautoritéde cet oracle I. 399 et suiv. J^ plus loin en ce qui concerne Yahveh. Quant a la mythologie qu'on y ti est parfaitement juste, du moins pour les temps postérieurs. Dans d'autr< Dionysos est aussi nommé Ao et Yauas. C'est ajuste titre qu'il est appelé l'automne, et pour ses adorateurs il était, avec raison, le plus élevé. Mai erreur que de voir, comme Macrobe et a sa suite Movers, dansHadès, Zeuse
Il ne faut pas oublier qu'il y avait dans Adonis deux formes du dieu du ciel, le premier tué par le second, le second par le dieu de la moisson. Le dieu dont la mort et la résurrection étaient célébrées en automne était TAdôn Melqart de Tyr, l'Hercule tyrien dont Hiram déplaça la fête, on ignore pour quels motifs, le grand dieu du feu, tout ensemble terrible et bienfaisant. La fête de Yahveh, nom expressément donné à la fête des Tabernacles, célébrée par les Israélites en automne, était dans un étroit rapport avec les fêtes célébrées à Byblos à la même époque, de même que Yahveh avait originairement le même caractère que Yahou et le Melqart de Tyr.
Mais la religion de la Syro-Phénicie s'était déjà élevée au-dessus du pur naturisme d'où elle était issue. A côté de l'adoration des forces et des phénomènes de la nature, il y avait déjà dans les plus anciennes religions le germe du culte des âmes des morts et des esprits de la nature. Ces deux cultes étaient réunis dans la religion de Byblos. Le dieu mort prend le nom de Tammouz, le séparé (1), symbole non-seulement de l'extinction et du réveil de la nature, mais encore du grand mystère de la vie, de la mort et de la résurrection. La signification morale avait, dans les derniers siècles, complètement effacé le sens naturiste, qui fut remis en honneur par les philosophes dits physiciens. Cela ressort, entre autres, des fêtes d'Adonis qu'on avait coutume de célébrer à la mort des jeunes gens remarquables par leurs talents, leurs vertus, ou objets d'une tendre affection. Des mystères étaient joints au culte de Byblos ; or, dans toute l'antiquité, les mystères ont toujours eu trait à l'immortalité. Enfin, ici comme partout où ces deux éléments d'abord simplement rapprochés se pénétrent et se confondent, on voit naître de leur réunion un certain monothéisme, ou tout au moins un certain monarchisme. Le dieu mourant et ressuscitant semble à Byblos s'être élevé au-dessus de la nature et des autres êtres divins : c'est le dieu Très-Haut, El-Elyôn. Bien que sous une
nysos des dieux du soleil. En aucun cas, on ne saurait identifier Dionysos avec le dieu du printemps de Bjblos.
(1) Les assyriologues y voient une altération sémitique du nom accadien ou soumërien Doumouxou^ c*est-&-dire : « fils de la vie » ou plutôt « le vrai fils » « le fils légitime ».
autre forme et sous un autre nom, il conserve ce caractère dans la théologie phénicienne. Il se peut qu'à Forigine il se soit appelé Baal-Ram, et que ce nom, comme celui d'Abram, ait été celui du ciel élevé. Déjà chez les Cananéens il s'y rattachait une idée morale. En Syrie, il s'appelait Hadad ; c'est le grand dieu national d'Aram, nom qui se retrouve dans plusieurs rois de Syrie, comme Ben-Hadad et Hadad-ez( On rattache encore ordinairement à Byblos d'autres tr analogues à celle d'Adonis. Sanchoniathon, ou plutôt P Byblos, rapporte trois autres mythes, au fond identiqi différant que dans la forme, reproduisant Tidée du dieu ressuscité. Ils concordent en ceci, que dans tous trois immolé est représenté comme offert en sacrifice par s( El Kronos, par conséquent il n'est pas le dieu suprèn Tun, le sacrifice est remplacé par la circoncision. Le J pelle dans l'un Jéhoud, l'unique, dans l'autre Sadid (le pu dans le troisième Moût, la mort (ou peut-être le tué). I duction de ces trois récits met hors de doute, d'une p sence de sens critique et historique de Philon, de Tautr^ puleuse exactitude avec laquelle il a reproduit les vieil! niques. Il n'a osé ni omettre un de ses récits, ni les for les trois en un seul. Us ne sauraient tous trois provenii blos et, vraisemblablement, aucun n'en provient. ( Jéhoud, dans lequel la circoncision prend la place du i doit provenir de la partie méridionale du pays de Cai nous trouvons les traits essentiels de la même traditioi légende d'Abram. La supposition que cette version ne vait pas dans l'œuvre originale de Sanchoniathon, et Philon qui Ta empruntée à la tradition juive, est dénuée vraisemblance. Cet auteur a l'habitude de transformer 1 en histoire : on ne saurait admettre qu'il ait fait un myl événement qu'il aurait trouvé déjà entré dans le don l'histoire. Ce récit ne prouve nullement l'existence de 1' la circoncision chez les Phéniciens. Si elle a, dans le Canaan comme antérieurement en Egypte, remplacé le des enfants, elle n'avait aucune raison d'être en Phé cette sorte de sacrifice ne cessa jamais d'être pratii mythe du dieu qui tue son fils n'avait peut-être d'autre
ifler par un exemple divin l'usage de consaenfants au dieu du feu, comme celui de la PS eut pour objet de consacrer par l'exemple 3pos du septième jour. Ce mythe appartenait 'e ordre que celui d'Adonis, lis ou Tammouz fut très répandu en Asie DUS avons vu qu'il était encore célébré à Jée temps avant la captivité et que même il se :il. Ashéra, dont le culte fut si général et si Cananéens, ne diffère pas, au fond, de TAi. C'est la déesse de la terre, adorée principa- )res verts et dans les fraîches vallées, et dont in pieu de bois, tandis que celui de la céleste t de Tyr était une pierre brillante. L'Adonis ré dans l'île de Chypre, notamment à Ama- 5, qui était une colonie des Phéniciens, — et \ colonies établies dans l'île paraissent être L'Aphrodite d'Amathonte, sans doute identilos, différait de celle de Paphos, et nous verde ces deux sanctuaires, bien que tirant l'un ine de la Phénicie, n'avaient ni le même cae source.