‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 35 sur 50 · U RELIGION DE PAPHOS ET D'ASKELON · texte numérisé non relu

U RELIGION DE PAPHOS ET D'ASKELON

Nous ne nous proposons pas de donner ici une descri complète de toutes les religions de provenance cananéer syrienne. II est cependant indispensable de dire quelques d'une religion qui fleurit surtout à Askelon et à Paphos. I ment différente et également rapprochée de celle de Byb de celle de Tyr, elle semble former entre elles la trans Hérodote rapporte que le temple de Paphos avait été cou sur le modèle de celui d'Askelon, et tout ce que nous savo: culte célébré dans le premier de ces sanctuaires atteste était à peu près identique à celui du deuxième, tandis qu': ferait sur des points importants de celui de Byblos. Si cett nière ville envoya de bonne heure des colonies en Chypre, semble pas qu'elle ait implanté sa religion à Paphos, mais tôt, comme nous l'avons dit à la lin du chapitre précède Amathus (Amathonte). A côté des prêtres, Kinyrades, nom doute emprunté à Kinnor, le père de TAdonis de Byblos avait à Chypre des Tamyrades, vraisemblablement ainsi mes d'après Baal-Tamar, le dieu de la partie méridions Canaan. Bien que la religion d' Askelon soit plus ancienn celle de Paphos, nous parlerons d'abord de celle-ci, parce n'existe sur celle-là presque aucun renseignement, et q n'est guère que ce que nous savons du culte de la coloni jette quelques lumières sur celui de la mère patrie.

Aphrodite la céleste, la déesse de Tamour et de la beauté, des grâces et du bonheur, du mariage et de la fécondité, née de l'écume marine, sous les pas de laquelle éclosent les fleurs, est sans doute une divinité d'origine aryenne que les Grecs adoraient avant d'être établis en Hellade, mais qui a sa contre-partie dans une déesse cananéenne et phénicienne de la nature, et c'est du mélange de ces deux déesses qu'est provenue l'Aphrodite que nous connaissons. Les Grecs, dont le sens exquis du beau l'orna de tous les dons de la plus riche et de la plus adorable poésie, reconnaissent eux-mêmes que son culte fut importé de Chypre à Cythère, et de là dans toute la Grèce. Le temple de Paphos était très célèbre par sa magnificence, ses mystères, son oracle. C'était une construction cyclopéenne formée de blocs énormes, preuve de sa haute antiquité. Il couronnait une colline rocheuse appelée Galgi, nom qui rappelle celui de Gilgal, un des sanctuaires des Israélites au temps des Juges. L'architecture n'en était pas grecque, mais du style que les Grecs nommaient phénicien. I^e sanctuaire était petit. L'autel principal, sur lequel on prétend qu'il ne pleuvait jamais, était devant le temple. Il ne servait pas à des sacrifices sanglants, on y faisait seulement fumer l'encens. Cependant on immolait à la déesse des animaux m&les. Dans le sanctuaire, il n'y avait pas de statue, mais seulement une colonne de pierre, et non de bois comme les Ashéra du pays de Canaan. A l'entrée du temple s'élevaient deux colonnes semblables à celles de tous les temples de la Phénicie et du temple de Jérusalem, représentant celles sur lesquelles on croyait que reposait le monde, ce que les Grecs appelèrent des colonnes d'Héraclès. Entre le vestibule et l'adytôn, il y avait deux chandeliers semblables à celui du temple de Jérusalem. Sur toutes les représentations du temple de Paphos on remarque des colombes. On sait que chez les Grecs, Aphrodite était représentée dans un char traîné par des colombes, ou quelquefois chevauchant sur un bouc, et que Sémiramis de Babylone, c'est-à-dire l'Ourania, la déesse du ciel élevé, au fond identique à TAstarté de Paphos, avait été changée en colombe, c'est-à-dire qu'elle avait été représentée sous cette forme. Est-il besoin d'ajouter que le culte célébré à Paphos était aussi licencieux que celui de Byblos et de tous les sanctuaires où

on adorait la déesse mère, connue comme divinité du ciel nu Ha la terre ? Mais on n'y pratiquait pas le culte sanglant de Les sacrifices humains oiTerts à AmathonteetàSalamine él probablement d'origine sidonienne.

La déesse de Paphos était adorée sous deux formes difl tes, comme déesse mère et comme déesse vierge et guer Ces derniers attributs, qui plus tard en Grèce passèrent à . ne, appartinrent quelquefois dans les temps reculés, i chez les Grecs, à Aphrodite. En Egypte, Anât, comme d mère, est opposée à Tanit, et comme guerrière, à la volupti Qadesh ou Ken, divinités empruntées par les Égyptiens au miles. Elle paraît donc tenir le milieu entre les déesses ^ tueuses de l'abondance et les déesses vierges et sévères, les Ashéra et les Baalit d?une part, et de Tautre TAstarté don ou la Tanit de Carthage, et correspondre assez exacte à Neith chez les Égyptiens. A ce titre, elle réunissait ei deux natures opposées, tantôt féconde et dispensant la f dite, tantôt chaste ; elle représentait le ciel nocturne et di Aphrodite ourania et Athênè. Elle faisait donc partie des anciennes divinités antérieures à Tépoque sémitique, et doptèrent les Mésopotamiens alors que les Sémites, non que les Aryens, ne regardaient pas encore le ciel comme ui mâle. A proprement parler, elle ne personnifie pas le ci( même, mais la force divine qu'il révèle. Sous les noms d gartis, Derketo, elle était représentée sous la forme d'un po symbole de la fécondité et surtout de la fécondité des eam

La religion d'Askelon était de même nature que cel Paphos. Du moins la déesse qui y était Tobjet de la prim vénération n'était autre que celle qu'on adorait dans le t( de Paphos, bien que nous trouvions à côté d'elle d'autres nités inconnues dans l'île de Chypre. Le culte d'Ater Tir'ata, Derketo — ce sont autant de formes du même ne la grande déesse d'Askelon, était encore pratiqué dans d'î localités. Elle avait entre autres à Hiérapolis en Syrie i ses plus célèbres sanctuaires. On a donné différentes ex tions de son nom, mais il n'y a pas le moindre doute à sur son caractère : c'était la déesse du ciel mère. A Asl elle était adorée avec Oannès, représenté tantôt comm

époux, tantôtcommeson flls. C'est le même que Dagon, le dieubien connu de Gaza, d'Ashdod, d'Ekron, de Dor, de Joppe, de toute la partie méridionale du pays de Canaan, le Hea-Salman des Babyloniens et des Assyriens, dont le nom, dans quelques inscriptions cunéiformes, alterne avec celui de Dagan. Il est ordinairement considéré comme le dieu national des Philistins, bien qu'eux-mêmes eussent certainement emprunté son culte aux anciens habitants du pays. Peut-être ne différait-il pas, au fond, de Marna, c'est-à-dire : notre seigneur, comme les Philistins rappelaient à Gaza. D'après Philon, il était le père deTamyros, Baal-Tamar. Enfin, il y avait encore parmi les dieux d'Askelon un certain Esculape, portant un lion. Le dieu que les Grecs identifièrent avec leur Asklèpios est Eshmoun. Quelque étrange qu'il puisse d'abord paraître que ce dieu, si haut placé dans la vénération des Phéniciens proprement dits, ait été aussi adoré par les Cananéens méridionaux, il faut bien admettre au moins la possibilité du fait, puisqu'il y avait entre Beyrouth et Sidon un temple d' Asklèpios et que, dans ce sanctuaire, son culte était étroitement uni à celui de Tamar et du lion symbolique.

Tous ces dieux étaient des dieux de la nature féconde. Nous consacrerons un chapitre spécial à Eshmoun, l'un des principaux dieux de l'Asie occidentale. Il n'est pas douteux que Derketo, la déesse poisson, ne représentât d'une manière symbolique la puissance fécondante des eaux célestes. Le nom de Dagon est probablement ijn augmentatif de dag poisson, comme Alon de El, Shimshon de Shèmesh. On sait par la tradition des rabbins que Dagon était représenté sous la forme d'un poisson. Son union avec Atergatis confirme cette tradition. Philon traduit sou nom par « dieu nourricier » et dit qu'il était le Jupiter de l'agriculture. Ces deux sens ne s'excluent nullement, les deux mots poisson et blé dérivent dans les langues sémitiques d'une même racine, qui signifie multiplier. Peut-être le nom primitif de Dagon provenait-il directement de cette racine et les deux autres sens ne représentent-ils que des faces particulières de son caractère général. Les Philistins peuvent en avoir fait le. dieu de l'agriculture, le dieu de la fête du printemps, tandis que le rapport dans lequel il était avec Oannès, Anou de Babylone, l'a fait représenter sous la forme d'un poisson. Peut-être aussi

Tamar, « le palmier », nom que les Israélites ne donnaient qu'à des femmes, mais qui chez les Philistins était le nom d'un dieu mâle, était-il un dieu des fruits, un dieu de Tautomne. Mais de lui on ne sait que fort peu de chose, et nous n'osons aller au-delà de cette supposition.

Quoi qu'il en soit de bien des points douteux, deux faits ressortent avec évidence de ce que nous savons de s'--'^'^'*'^ -"^^ taine. La religion la plus ancienne de la Syrie, de l et de Canaan, que l'idée fondamentale en soit le mari du ciel et de la terre, ou l'action vivifiante, mystérie dans les eaux de l'Océan céleste, fut la religion < essentiellement agricoles, la glorification de la fécoi puissance de vie de la nature, par conséquent un c tueux, mais généralement humain. En second lieu, paux dieux de ce cycle portent tous les mêmes m moins ont tous la même signification que ceux de Les Philistins paraissent avoir adopté de très bonni religion des habitants du pays qu'ils subjuguèrent; pandit d'abord aussi rapidement et devint prompten nante parmi les Phéniciens, dont le culte national ei toujours d'importants éléments. Nous verrons bient Hébreux pratiquèrent d'abord la religion des Canai quis, mais chez eux le sentiment religieux puremeni épuré dans une évolution ascensionnelle et réforma par prévaloir et tous les éléments étrangers furent î ment éliminés de la religion d'Israël. Les deux relig Phénicie et d'Israël se sont d'abord développées sous plus humaine de la religion de Canaan, toutes deux épanouies dans toute leur richesse que sur le sol de C

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